23 mars 2018

Paul Henri Houël (1881-1917).

Paul_Henri_Houel

Jeunesse

Paul Henri Houël voit le jour le 17 septembre 1881 dans la commune axonaise de Guise. Narcisse Apollinaire Alfred, le père, est âgé de 27 ans. Il pratique le métier de boulanger. Plus tard, cet homme travaillera comme clerc d’huissier. La mère, Berthe Jeanne Lorent, est une jeune femme de 22 ans qui n’exerce pas de profession. Les parents divorcent avant le 8e anniversaire de leur fils. Le père se remarie le 26 août 1889. Devenu principal clerc d’huissier, il vit à Ribemont avec sa nouvelle épouse.

Genealogie_famille_Houel

La fiche signalétique et des services de Paul Henri Houël nous apprend qu’il possède un degré d’instruction de niveau 3. Il sait donc lire, écrire et compter. Il a sans doute poursuivi ses études au lycée Henri Martin. Un nom, Henri Houël, est gravé sur la plaque commémorative de cet établissement.

Malheureusement, les archives de ce lycée, qui auraient permis d’en savoir un peu plus sur le parcours scolaire d’Henri Paul Houël, ont été détruites durant la Première Guerre mondiale. En effet, les lieux ont été réquisitionnés par l’autorité allemande pour qu’ils puissent servir d’hôpital lors de l’occupation de la ville de Saint-Quentin.

Mais il y a tout de même de fortes probabilités pour que ce soit notre homme.

Paul Henri travaille ensuite comme clerc de notaire, bénéficiant probablement des relations du père pour trouver cet emploi.

Cette activité professionnelle ne semble pas lui convenir. Le 23 octobre 1899, peu de temps après avoir fêté ses 18 ans, il prend la décision d’entrer dans l’armée. Désir d'émancipation ? Tentation pour le côté « aventure » ? Autres raisons ? Nous ne le saurons jamais.

Au 74e R.I.

Paul Henri est loin d’avoir atteint l’âge de la majorité qui est, à cette époque, fixé à 21 ans. Il a donc besoin de l’assentiment paternel pour commencer cette nouvelle expérience. Narcisse Apollinaire Alfred Houël lui donne son aval. Après avoir obtenu cette autorisation, le jeune Paul Henri se rend à la mairie de Ribemont pour y signer un engagement volontaire de 3 ans.

C’est dans une des trois casernes du 74e R.I. qu’il va faire ses premiers apprentissages de soldat.

Nommé caporal le 1er juin 1900, puis sergent le 19 décembre de la même année, ce sous-officier est amené à exercer les fonctions de sergent fourrier entre le 21 janvier et le 26 septembre 1901, avant de retrouver ses fonctions de sergent.

Le premier semestre de l’année 1902 est difficile pour lui. Durant cette période, le sergent Houël aura à son actif plusieurs punitions.

La première a lieu le lendemain du réveillon. Ayant pris du retard dans la communication d’une note de service, il écope de deux jours de consigne qui lui sont donnés par un sergent-major. Cette punition est aussitôt augmentée de deux jours par son capitaine.

Le 8 mars, son chef de bataillon, major de garnison, lui porte 12 jours de consigne. Il a été rencontré, portant un képi de fantaisie ridicule, malgré les prescriptions de l’ordre général sur la tenue.

Neuf jours après avoir effectué cette sanction, il est encore puni par le même officier pour avoir réalisé des inscriptions au crayon sur le mur du poste. Il prend de nouveau 8 jours de consigne.

Le 30 mai, c’est le lieutenant-colonel qui lui assène 4 jours de consigne pour ne pas avoir veillé à ce que les hommes, exempts de service surveillé, soient à l’infirmerie, conformément aux ordres donnés.

Somme toute, en y regardant de plus près, les motifs infligés pour ces 28 jours de consigne dénotent un caractère assez indépendant, oubliant parfois la rigueur des règlements militaires. Ces traits de personnalité se retrouveront un peu plus tard. Mais ils ne sont pas prédominants, sans quoi il n’aurait pas obtenu son certificat d’aptitude à l’emploi de chef de section dans la réserve ou la territoriale. Il est nommé sous-lieutenant de réserve le 10 avril 1903.

Toutefois, peu sensible à l’idée de renouveler son contrat lorsque celui-ci arrive à échéance, il quitte, en 1902, la caserne du 74e R.I..

Le 23 novembre 1902, il retourne vivre à Ribemont, rattaché au 87e R.I. de Saint-Quentin, avec son certificat de bonne conduite accordé.

Retour à la vie civile

Cherchant sa voie professionnelle, il est tour à tour reporter dans un journal de province puis directeur de cinématographe. Durant les années suivantes, sa vie va être entrecoupée par de nombreux passages aux 87e et 287e R.I..

Il revêt sa tenue de sous-lieutenant pour accomplir une période volontaire de 12 jours allant du 6 au 17 juillet 1903.

À la fin de cette session, le colonel du 87e R.I. écrit ceci : « Ancien sous-officier de l’active, très vigoureux, a de l’entrain et de l’autorité. Bonne instruction pratique. Bon chef de section, apte à rendre des services en campagne. »

En 1904, le sous-lieutenant de réserve Houël effectue une période d’instruction en deux parties. La première a lieu du 14 au 28 mars, la seconde entre le 6 et le 20 juin. Ces séjours à la caserne de Saint-Quentin lui offrent l’occasion d’être formé aux nouveaux règlements.

Le 26 février 1905, il passe dans le régiment de réserve suite à une décision prise par le général commandant la 4e division d’infanterie.

Paul Henri Houël réalise un nouveau stage volontaire de 15 jours, du 18 septembre au 2 octobre 1905. Le lieutenant-colonel responsable du 287e R.I. note dans le feuillet du personnel : « Officier de réserve très capable de remplir en campagne les fonctions de son grade. Bonne tenue, appréciation d’ensemble : 16 ». Cette observation est cosignée par le colonel du 87e R.I..

En 1906, le sous-lieutenant de réserve Houël fait deux périodes de 14 jours sous l’uniforme. Une première du 22 mai au 3 juin et une seconde du 26 août au 8 septembre. Prenant part aux manœuvres du 2e corps, il est noté comme étant un officier rigoureux, intelligent et énergique, qui a su commander sa section en toutes circonstances, en étant très à la hauteur des fonctions de son grade ; l’appréciation d’ensemble est évaluée à 18.

L’année de son mariage avec Alice Gabrielle Hauële qu’il épouse à Saint-Quentin le 18 mars 1907, Paul Henri Houël retourne à la caserne Saint-Hilaire pour y réaliser un nouveau stage volontaire entre le 3 et le 16 juin.

À cette période de sa vie, il est directeur de la « Gazette saint-quentinoise », une revue hebdomadaire littéraire, scientifique, commerciale et agricole qui a été publiée entre 1905 et 1910. Il vit au numéro 12 de la place du 8 octobre.

Saint_Quentin_place_du_8_octobre

Le sous-lieutenant Houël passe dans le grade supérieur le 19 février 1908.

Il accomplit une période d’instruction qui s’étale entre le 12 et le 30 mai 1909. Cette année-là, il se rend au camp de Sissonne durant la convocation du 287e R.I..

Le lieutenant-colonel du régiment dit de lui : « Très sérieux et dévoué, connaît ses règlements, ade la pratique et du commandement. Commande très bien sa section et pourra commander une compagnie. Apte à faire campagne. »

Les années 1910-1911 sont marquées par 8 séances effectuées à l’école d’instruction de Saint-Quentin.

Il reçoit une lettre de félicitations du ministre de la guerre. Une récompense lui est accordée à l’occasion de fêtes ou de cérémonies organisées par des sociétés de préparation et de perfectionnements militaires. (Publication dans le J.O. du 23 juillet 1911).

Il fait un dernier passage au 287e R.I. du 31 août au 20 septembre 1911.

Devenu libraire à Paris, il vit dans un appartement situé au 41 de la rue du général Foy.

De nouveau attiré par la vie militaire il finit par signer un nouvel engagement le 24 septembre 1912. Cette fois-ci, il est attendu en Afrique du Nord. Son épouse se retire à Saint-Quentin. L’histoire ne dit pas si le couple s’est séparé de manière définitive.

Dans la Légion

C’est avec son grade de lieutenant de réserve qu’il intègre la 1ère compagnie du 2e régiment étranger le 14 octobre 1912, après avoir effectué la traversée de la Méditerranée

Le 28 décembre 1912, il participe à l'affaire de la Casba de Ribaa.

Sa nouvelle vie est très dure. Va-t-il tenir le coup ? Une observation faite en avril 1913 par le lieutenant-colonel Vandenberg, responsable du régiment, est sans appel. Elle est dure et intransigeante. Voici ce qu’il écrit : « Ancien reporter d’un journal de province, ancien directeur de cinématographe, il n’a pas réussi dans la vie civile et cherche comme pis-aller une situation dans la vie militaire. Gros garçon jovial, mais d’une moralité dont je suis peu sûr. A de l’allant, est vigoureux, mais n’est pas à sa place dans la Légion. »

Quelques mois plus tard, Paul Henri Houël finit par trouver ses marques dans le métier de légionnaire. À la fin du deuxième semestre de l’année 1913, le nouveau chef du régiment, le lieutenant-colonel Girodon, est beaucoup plus nuancé dans ses propos concernant son subordonné. Il note : « Je ne puis encore émettre un jugement personnel sur le compte du lieutenant de réserve Houël que je ne connais pas suffisamment. Je puis seulement dire que le chef du 1er bataillon, récemment rapatrié, avait apprécié favorablement les services qu’il rendait dans une compagnie et appuyé sa demande de maintien au Maroc pour une deuxième année, demande qui est, évidemment, un acheminement à une demande de passage dans le cadre actif. »

Les défauts notés par le lieutenant-colonel Vandenberg finissent par devenir des qualités. Il est apprécié par ses supérieurs.

À Fez, le responsable du régiment de marche du 2e étranger écrit ceci le 20 mars 1914 : «  Gai, jovial, le cœur sur la main, le lieutenant de réserve Houël a de la bonne volonté et paraît aimer le métier militaire, au moins, tel qu’on le pratique aux colonies et dans une troupe de soldats de métier comme à la Légion, mais son instruction militaire est faible. Je doute qu’il ait assez le goût du travail et l’esprit du devoir pour le développer beaucoup. L’occasion ne s’est pas encore présentée de le juger en colonne. »

Carte_du_Maroc

Le 9 février 1914, le chef de bataillon Denis Laroque, qui commande le 3e bataillon du régiment, lui donne l’unique punition de sa carrière de légionnaire. Il lui porte 4 jours d’arrêt simple avec le motif suivant : «  A quitté, de sa propre autorité, la tente qui lui avait été provisoirement affectée, pour s’installer, la veille même de l’arrivée de sa compagnie, dans une chambre de baraquement qui venait d’être attribuée à cette unité, sans attendre la répartition faite par son commandant de compagnie, à l’égard duquel il a aussi manqué de déférence. »

Lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914, le 2e régiment de marche est scindé en deux. Une partie, devenue le 2e régiment de marche du 2e régiment étranger, est destinée au front de France, l’autre, le 1er régiment de marche du 2e régiment étranger, demeure au Maroc. Le lieutenant de réserve Houël fait partie des effectifs du 3e bataillon qui reste sur place.

Cet officier prend part à plusieurs opérations militaires dans le Maroc occidental durant l’année 1914.

Le 31 mars 1914, il participe au combat de Dar Ayard au nord-est de Fez. Le 10 mai, il est au djebel Tfazza pour lutter contre les guerriers Rhiata. Deux jours plus tard, il est engagé dans la montagne des Tsoul. 

Paul Henri Houël, lieutenant à la 10e compagnie, est autorisé à faire une 3e année de stage à la Légion.

Son bataillon est à Koudiat-el-Biad.

Carte_localisation_Koudiat_el_Biad

Le lieutenant-colonel Corbière, qui a remplacé le lieutenant-colonel Girondon à la tête du régiment, écrit l’appréciation suivante le 29 septembre 1914 : « C’est un bon officier de réserve, jovial, heureux de vivre, rempli de bonnes volontés, toujours prêt à rendre service. Il se tient bien au feu et commande honorablement sa section. Il a été félicité et proposé pour le Ouissam Alaouite à la suite des opérations. »

Le lieutenant Houël est titularisé dans son grade par décret du 17 octobre 1914.

Poste_de_Koudiat_el_Biad

Une nouvelle observation est rédigée le 7 septembre 1915 par le responsable du 1er régiment de marche du 2e régiment étranger.

« C’est un officier d’une intelligence vive, d’un esprit très ouvert et assimilant très vite les diverses questions d'intérêt militaire ou générales. A cependant besoin de prendre un peu plus de jugement et d’étudier le métier plus à fond. Est trop superficiel. A de l’entrain, de la gaieté et possède les qualités physiques voulues pour faire campagne. Sera très bon lorsqu’il aura mûri son caractère et appris les détails du métier. »

Il participe à de nouvelles opérations militaires en octobre 1915. Abd el Malek réapparaît dans la région de Taza pour y faire renaître un foyer de résistance chez les Rhiata et les Beni Ouaraïn. Les 1er et 4 octobre 1915, le lieutenant Houël participe aux combats de l’Oued Ifran et du Souk el Arbaa.

Son passage à la Légion arrive à son terme.

Une décision du résident général au Maroc, datée du 27 octobre 1915, l’affecte dans un régiment d’infanterie qui combat sur le front français.

Sur le front européen

Arrivé en France, pour remplacer le lieutenant Maurice Joseph le Hoc, qui a été muté à son ancien régiment, il rejoint la ligne de front le 19 novembre 1915 pour intégrer le 149e R.I..

Ce régiment se trouve en Artois, une région qu’il s‘apprête à quitter après avoir vécu de longs mois dans un secteur particulièrement éprouvant.

Le lieutenant Houël devient officier porte-drapeau. Il occupe ce poste durant peu de temps. Le 23 janvier 1916, il prend, pour une période très courte, le commandement de la 9e compagnie avant d’être nommé à la tête de la 11e à partir du 12 février 1916.

En mars 1916, le régiment est envoyé en urgence dans le secteur de Verdun. Sa compagnie, sous les ordres du commandant de Witkowski, n’est pas engagée en première ligne. Dans un premier temps, elle est placée au village de Fleury-devant-Douaumont avec les 3 autres compagnies du 3e bataillon du 149e R.I., pour constituer la réserve de la 25e brigade. Le 9 mars, la compagnie Houël est rapidement envoyée au sud-ouest du fort de Douaumont avec une seconde compagnie du bataillon.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés à cette date, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_Verdun_journee_du_9_mars_1916__2_

Très exposé aux bombardements allemands, le lieutenant Houël est blessé le 10 mars à 15 h 00. Les médecins constatent une plaie profonde par éclat d’obus à son pouce droit, plaie qui nécessite une évacuation vers l’arrière.

Le sergent-major Lucien Bellwo et les soldats Louis Choix et Albert Bazin, tous trois de la 11e compagnie, signent le certificat d’origine de blessure de guerre de leur supérieur.

Le lieutenant-colonel Abbat, qui commande le 149e R.I. à cette époque du conflit,écrit ceci à son sujet : « Commande depuis un mois la 11e compagnie dans d'excellentes conditions, a de l’autorité et sait donner l’exemple dans les circonstances difficiles. Très bon officier à tous les points de vue. »

Paul Henri Houël est promu directement au grade de capitaine à titre définitif, le 4 avril 1916. Soigné, il retrouve son régiment le 18 avril qui est en pleine restructuration. Les pertes durant son passage à Verdun ont été conséquentes. Le lieutenant-colonel Gothié qui a repris le commandement de son ancienne unité le jour même où le capitaine Houël est revenu, s’apprête à combler les blancs qui se trouvent dans la liste de ses cadres. 

Paul Henri Houël obtient une nouvelle promotion puisqu’il est nommé capitaine adjudant-major du 3e bataillon. Il devient le second du commandant Fernagu, récemment affecté au régiment.

Le 149e R.I. a quitté l’enfer de Verdun quelques jours plus tôt. Après un court repos à Landrecourt, il prend la direction de la Champagne pour venir s’installer dans un secteur situé entre les buttes de Tahure et celles de Mesnil, près des deux-Mamelles. C’est une région plutôt calme en comparaison de ce qu’il vient de vivre.

Fin juillet 1916, les hommes du lieutenant-colonel Gothié sont en repos, une partie à Mairy-sur-Marne, l’autre à Sogny-aux-Moulins.

Le capitaine adjudant-major Houël est photographié après un exercice de défilé qui a lieu le 31 juillet 1916 à Mairy-sur-Marne. Nous le voyons échanger quelques mots avec le sous-lieutenant Mouren qui se tient devant ses hommes.

Le_capitaine_adjudant_major_Houel_et_le_sous_lieutenant_Mouren___Mairy_sur_Marne

Début août 1916, son bataillon est à l’entraînement du côté de Châlons-sur-Marne avec le reste du régiment. Une dizaine de jours plus tard, le régiment se prépare à partir dans la Somme. Début septembre 1916, le capitaine adjudant-major Houël participe à la prise du village de Soyécourt avec 3 compagnies du 3e bataillon. Les actions, qu’il mène au cours de cette opération, lui valent la Légion d’honneur.

Pour en savoir plus sur l’attaque du village de Soyécourt, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Photo_aerienne_Soyecourt

Paul Henri Houël bénéficie d’une permission qui lui permet de s’éloigner de la ligne de front du 24 septembre au 3 octobre inclus.

Le régiment alterne des périodes dans des secteurs plutôt calmes pour entreprendre une instruction intensive et des temps de repos. Cette instruction a lieu mi-partie au camp de Villersexel, mi-partie en deuxième ligne du secteur Seppois-Largitzen en Haute-Alsace.

Mi-avril 1917, le 149e R.I. est envoyé dans la région de Montmirail où il reste 6 semaines.

Le capitaine Houël obtient une seconde permission du 18 au 28 avril 1917.

À partir du début du mois de juin, le 149e R.I  occupe plusieurs secteurs à l’ouest du fort de la Malmaison.

Après une permission exceptionnelle du 3 au 6 juillet il est pour la troisième fois de l’année en repos, du 19 au 29 juillet. Cette permission fut la dernière.

Fin septembre, le régiment se prépare à la prochaine attaque pour laquelle il va être sollicité. L’entrainement est long et pénible.

La photographie suivante a été réalisée quelques jours avant que le régiment ne rejoigne le front pour être engagé dans la bataille de la Malmaison.

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

Le capitaine adjudant-major Houël est placé à la gauche du commandant Putz. L’image joviale et bonhomme sur le cliché correspond à la réalité de la description faite par ses supérieurs, même si nous ne savons pas ce que les hommes pensaient de cet officier.

Le 23 octobre 1917, les bataillons du colonel Boignes se lancent à l’attaque.

Pour en savoir plus sur les compagnies du 3e bataillon du régiment, il suffit de cliquer une fois sur le dessin suivant.

Attaque_du_149e_R

Peu de temps après avoir remplacé le commandant Putz tout juste blessé à la sortie de son P.C. au début de l’attaque de la Malmaison, il est touché par des éclats d’obus. Les souffrances sont terribles. Son pied droit est broyé et il a de multiples fractures compliquées aux deux jambes.

Rapidement évacué à Sermoise, il ne survit pas à ses blessures. Le jour même, le capitaine adjudant-major Houël décède à l'ambulance 13/8, après avoir été amputé de son pied.

Trois semaines plus tôt, le colonel Boignes avait écrit une dernière note succincte et particulièrement élogieuse à son sujet dans son feuillet individuel de campagne : « A de brillantes qualités militaires, de l’autorité et de la belle humeur. Est parfaitement susceptible de commander un bataillon. Fait un excellent adjudant-major. »

Il y a de fortes probabilités pour le corps de cet officier ait été restitué à la famille dans les années 1920.

Décorations obtenues :

Citation à l’ordre de 21e C.A. n° 97 du 12 mai 1916

Ayant fait 3 ans de campagne au Maroc. Venu de France à sa demande, a donné un bel exemple d’énergie et de ténacité le 10 mars 1916 en maintenant son unité en première ligne, sous un bombardement violent d’artillerie de gros calibre, à un emplacement de grande importance pour la défense  de la position Blessé au moment où il encourageait ses hommes. »

Cité à l’ordre n° 142 de la 43e D.I. en date du 15 juillet 1916.

« Par son activité, son habileté, son influence morale sur les hommes, a su, dans le minimum de temps, coordonner et mettre en valeur les efforts de chacun, de façon à faire donner le maximum à sa troupe et l’amener à conquérir sans pertes, le 9 juillet 1916, 500 mètres de tranchées ennemies et de faire 8 prisonniers vivants. »

Cité à l’ordre n° 229 de la 43e D.I. en date du 3 juillet 1917.

« Officier très courageux et très énergique, a montré beaucoup de courage et de dévouement en assurant, malgré un bombardement violent, le sauvetage de sa liaison ensevelie dans les abris. »

Citation à l’ordre de l’armée (J.O. du 17 janvier 1918)

« Brillant officier, plein de cœur et d’ardeur, ayant une haute autorité sur sa troupe. A été mortellement frappé à la tête du bataillon dont il avait assuré le commandement en marchant à l’attaque des positions ennemies. »

Chevalier de la Légion d’honneur en date du 18 septembre 1916

« S’est distingué par l’ardeur et l’énergie avec lesquelles il a commandé son bataillon au cours des attaques des 4 et 7 septembre 1916. A fait preuve des plus brillantes qualités d’entrain de décision et de ténacité dans la conquête et l’organisation des positions ennemies. » Déjà deux fois cité à l’ordre.

La nomination ci-dessus comporte l’attribution de la croix de guerre avec palme.

Autres décorations :

Médaille coloniale agrafe Maroc.

Officier dans l’ordre marocain Ouissam Alamite en date du 29 mai 1915.

Le nom de Paul Henri Houël est à la fois gravé sur le monument aux morts de Saint-Quentin et sur celui de Ribemont.

Monuments_aux_morts_de_Saint_Quentin_et_de_Ribemont

Son épouse s’est remariée en 1925.

Il n’y a pas de descendance connue pour cet homme.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Fiche signalétique et des services provenant du site des archives départementales de l’Aisne

Actes d'état civil lus sur le site des archives départementales de l’Aisne.

La partie de carte qui localise Koudiat-el-Biad est extraite de l'historique du 8e régiment de tirailleurs tunisiens, 3e bataillon de Marche trouvé sur le site « Gallica ».

La photographie de groupe est extraite du fonds Paul Douchez, un témoignage en trois volumes. Ce volumineux travail a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à Achache, à A. Carrobi, à J. Charraud, à É de Fleurian à J.P. Duchemin, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales du département de l’Aisne.

 

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30 mars 2018

Un témoignage conséquent laissé par le lieutenant Paul Douchez. Arrivée au 149e R.I.

Paul_Douchez

En 1983, un des fils du lieutenant Douchez fait don des écrits de son père au S.H.D. de Vincennes. Les souvenirs de guerre de cet homme, rédigés en 1921, ont été rassemblés en trois volumes.

Seule la partie consacrée au 149e R.I. nous intéresse. Nous prendrons donc le récit de Paul Douchez en cours de route à partir du moment où il commence sa formation d’officier, juste avant son arrivée dans son nouveau régiment.

Au début de l’automne 1916, l’adjudant Douchez s’apprête à quitter le 5e R.I.T., qui a été son régiment depuis la mobilisation générale en août 1914. Il vient de se porter volontaire pour accéder à une formation qui doit lui donner accès au grade de sous-lieutenant. Une fois sa demande acceptée, il se rend à Remiremont pour suivre les cours qui sont délivrés par le centre d’instruction de la VIIe armée. Les études commencent le 15 octobre 1916. Elles sont assez courtes. La formation se termine le 28 décembre 1916. Il retrouve son ancienne compagnie le 28 décembre 1916. Paul Douchez reste encore quelques semaines dans cette unité avant d'être muter au 149e R.I..

Les derniers jours passés au 5e R.I.T..

Fin janvier 1917

« L’adjudant David, de la 2e compagnie de mitrailleuses et moi-même, nous sommes promus sous-lieutenants à la date du 29 janvier 1917 et affectés au 149e R.I..

Le sous-lieutenant Dhotel m’invite à déjeuner avec David dans son P.C. de Largitzen.

Le trésorier-payeur du 5e territorial nous règle notre indemnité d’entrée en campagne, sous déduction des 100 francs perçus lors de notre nomination au grade d’adjudant.

Nous nous rendons à Friessen où nous nous présentons devant le lieutenant-colonel Pineau, commandant le 149e R.I.. Il nous affecte :

David à la 9e compagnie, cantonnée à Friessen

Douchez à la 2e compagnie, cantonnée à Hindlingen

Il nous libère pour 48 heures afin de pourvoir à notre équipement. Nous allons nous présenter à nos commandants de compagnie respectifs et rentrons ensuite à Largitzen.

Carte_1_temoignage_Paul_Douchez

Le soir, le nouveau colonel commandant le 5e R.I.T. nous invite dans son P.C. pour un dîner d’adieu auquel assistent nos commandants de compagnie, le capitaine Darras et le sous-lieutenant Dhotel, le capitaine adjudant-major Tallandier, le sous-lieutenant de Fernehen et le nouveau chef de bataillon Liagre.

Le capitaine Darras remet au colonel Roy, en ma présence, la proposition de citation à l’ordre de la division, dont j’ai fait mention le 19 janvier. J’exprime mon doute de ce qu’en raison de mon départ, il y soit donné suite. Le colonel me donne l’assurance que bientôt il me la fera parvenir à mon nouveau régiment.

Conformément à mes prévisions, elle m’a été enlevée et mon absence mise à profit au bénéfice d’un protégé.

J’ai, depuis longtemps, les meilleures jumelles de la compagnie. Le sous-lieutenant Labastie, quoique pourvu d’une excellente paire, a déjà cherché à me les faire retirer par le capitaine. Lorsqu’il connaît mon affectation, il parvient, quoique le règlement m’autorise à les conserver, à me les faire retirer pour se les approprier. J’obéis pour ne pas entrer en conflit avec mon commandant de compagnie par ailleurs très correct avec moi.

8 février 1917

Nous allons, David et moi, acheter à Belfort notre équipement. Par économie, je garde mon sabre ainsi que la tenue, encore fort bonne, que je me suis fait faire récemment. Mon browning, devenu réglementaire, me dispense également d’une dépense.

Le soir, je dîne avec le capitaine Darras et le sous-lieutenant Labastie.

9 février 1917

Je vais, une dernière fois, à nos diverses positions pour prendre congé des hommes avec la plupart desquels je suis depuis plus de deux ans. Un seul obus nous est envoyé dans cette matinée. Il tombe dans le boyau d’accès, une quarantaine de mètres en avant de moi, tandis que je me suis arrêté une minute à la porte d’une cagna pour dire au revoir à un collègue. Ce colloque m’a, à coup sûr, évité d’être mis en pièce. Je puis voir en effet, un instant plus tard, le boyau bouleversé.

Arrivée au 149e R.I.

Le soir même, je conduis une compagnie de travailleurs à Largitzen. En prévision d’une attaque par violation de la Suisse, que semble méditer l’ennemi. De grands travaux de défense sont activement poussés. La frontière helvétique est toute proche, puisque de Friessen, nous voyons les mâts qui la jalonnent.

Le 149e R.I. creuse des tranchées autour de Largitzen où j’ai le plaisir de revoir mon ancien régiment.

L’hiver est cruellement rigoureux. Certaines nuits, le froid tombe à un degré tel, qu’il faut suspendre tout travail. Les pioches s’émoussent, sans pouvoir entamer le sol gelé.

Une décision nous fait permuter David et moi. Elle me donne l’emploi d’officier F.M. du 3e bataillon.

À la 9e compagnie, j’ai pour commandant de compagnie, le lieutenant Paul Claudin ; comme collègues, le sous-lieutenant Berteville et le sous-lieutenant Bloch. Ce dernier a pour unique emploi d’être chef de popote des officiers du bataillon…

Dès la première nuit, je suis encore désigné pour conduire les trois compagnies au travail. Nous faisons des canaux très profonds dans lesquels sont enterrés ensemble jusqu’à 15 câbles de transmission. Les conditions dans lesquelles doit être effectuée cette tâche de haute importance ne sont pas observées. Le génie, sous la direction duquel il est mené, est absent lorsque sa présence est nécessaire. Parfois, il est représenté par un sergent incompétent.

Les officiers du génie sont insaisissables ; quant aux nombreux sapeurs, ils sont fainéants, ivrognes, incapables et aucunement surveillés.

En résumé, des sommes fantastiques sont enfouies, parfois à fleur du sol, dans la boue ou les cailloux, vouées à une destruction rapide, sans pouvoir, en cas de problème, rendre aucun service.

Début mars, le lieutenant-colonel Pineau, qui reçoit un nouveau chef de bataillon, m’invite à une réception. Sa popote est installée dans un restaurant abandonné. Le menu est un peu banal, si l’on considère que nous sommes là à environ deux kilomètres des premières lignes. J’ai, à ma droite, l’aumônier du régiment, Stanislas Galloudec.

L’après-midi de cette journée, c’est la bénédiction des fanions à l’église de Friessen.

Les_fanions_du_149e_R

J’avais, sur mon passage dans « l’active », des appréhensions motivées par les différences de vie, d’âge, de service, par l’esprit inconnu de moi, des jeunes troupes que j’allais avoir à commander. J’étais pris dans la crainte de manquer de résistance aux fatigues spéciales peu pratiquées dans l’armée territoriale, soucieux du manque des connaissances nécessaires, n’ayant pas fait de service militaire, et par l’accueil des jeunes officiers.

De suite, je suis mis à l’aise par la cordialité serviable de mes nouveaux camarades et chefs. Je me rends vite compte que mon cours d’élève officier m’a doté d’un bagage ignoré de beaucoup d’entre eux. Les premières étapes de déplacement me prouveront bientôt que je supporte la marche et les intempéries, mieux que la plupart de mes jeunes hommes. J’ai des désillusions sur leur état d’esprit. Je m’attendais à les trouver animés d’un patriotisme compensant la triste mentalité générale des territoriaux. Il en est de même pour la discipline, sapée par les parlementaires, minée par les nombreux journaux anti-français, subventionnés par les agents allemands.

Dans les périodes de demi-repos, tous vont, à tour de rôle, suivre au C.I.D. des cours de chefs de section, de grenadiers, de mitrailleurs, de F.M., de canon de 37, de signalisation, d’observation, de liaison, de commandants de compagnie, de chefs de bataillon… Je suis désigné pour suivre l’un de ces cours, où ne se traite qu’une partie de ce que j’ai déjà étudié à Remiremont.

Je quitte Friessen pour rejoindre le C.I.D. à Méziré, avec mon ordonnance, en utilisant la voiture de compagnie. »

La 43e division s’apprête à changer de secteur. Le C.I.D. suspend les cours pour suivre isolément la division.

Pour accéder à la biographie de Paul Douchez, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

Paul_Vincent_Constantin_Douchez

Sources :

Fonds Douchez composé de 3 volumes. Déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

Le portrait peint représentant le sous-lieutenant Douchez, la photographie de la popote du 3e bataillon du 149e R.I. et les clichés des fanions du 149e R.I. proviennent tous du fonds Douchez Réf : 1 K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher  et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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06 avril 2018

Alfred Monnoury (1892-1917).

Alfred_Monnoury

Natif du département du Cher, Alfred Monnoury naît le 23 août 1892. Son acte de naissance est enregistré à la mairie de Dun-sur-Auron. Hippolyte Monnoury, le père,  un employé du chemin de fer âgé de 28 ans, se présente le jour même devant l’adjoint au maire Nicolas Moreau ; il est en compagnie de l'aubergiste Étienne Gauthier et du coiffeur Laurent Bonnet, les deux témoins imposés par la loi qui autorise l’enregistrement des nouveaux nés dans le registre d’état civil. 

La mère, Catherine Beigneux, qui se repose au domicile familial, situé route de Levet, est une jeune femme âgée de 22 ans ; elle n’exerce pas de profession.

L’enfance et l’adolescence d’Alfred ne semblent pas s’être complètement déroulées à Dun-sur-Auron. En effet, le nom de cette famille ne figure pas dans les registres de recensement de la commune pour les années 1901 et 1906.

Alfred poursuit sa scolarité après l’école communale. Élève à l’école normale, il obtient le certificat d'études pédagogiques et le brevet supérieur.

Ces diplômes lui permettent d’exercer le métier d’instituteur pendant deux ans.

Nous retrouvons la trace des parents d’Alfred Monnoury dans la commune de Marçais grâce à la lecture du registre de recensement de l’année 1911. Le père est maintenant chef de gare. Alfred, alors âgé de 19 ans, ne vit plus au domicile parental.

La lecture de la fiche signalétique et des services de cet homme nous apprend qu’il exerce le métier « de hussard noir de la République » à Marçais, probablement quelque temps après le dénombrement de la population du village de 1911.

L’année suivante, le conseil de révision l’inscrit dans la 1ère partie de la liste du canton de Saint-Amand après son passage à la visite médicale obligatoire.

Une fois sa feuille de route reçue, il se prépare à quitter le Cher. L’enseignant laisse ses élèves derrière lui pour prendre la direction d’Épinal. Cette place forte lorraine, proche de la frontière allemande, accueille de nombreux régiments.

Le 10 octobre 1913, il attend son affectation dans une des compagnies du 149e R.I.  dans la cour de la caserne Courcy.

Son niveau d’études lui offre l’opportunité de faire rapidement la formation de caporal. Il est nommé dans ce grade le 11 avril 1914.

Alfred porte toujours l’uniforme lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914. À cette date, il commande une escouade de la 8e compagnie du régiment. Cette unité est sous les ordres du capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André.

Le caporal Monnoury participe aux combats du Renclos des Vaches, d’Abreschviller et de Ménil-sur-Belvitte en août 1914.

Le 1er septembre, il obtient ses galons de sergent. Quelques jours plus tard, le 149e R.I. est envoyé dans la Marne. Il se prépare à reprendre le village de Souain aux Allemands. Les hommes du régiment spinalien passent ensuite l'automne 14 en Artois puis en Belgique.

Le jeune homme devient aspirant le 24 décembre 1914. Son régiment est de nouveau positionné en Artois.

Trois mois plus tard, Alfred Monnoury est promu sous-lieutenant à titre temporaire par décision du général en chef le 31 mars 1915. Ce changement de grade est ratifié par décision ministérielle le 7 avril.

L’aspirant Monnoury est décoré de la croix de guerre avec étoile d’argent, suite à son engagement dans les combats qui se sont déroulés entre le 9 et le 13 mai 1915.

Cet officier est blessé le 27 septembre 1915 au cours d’une attaque lancée dans le secteur du bois en Hache. Atteint d'otorragie (saignement de l’oreille) et de commotion cérébrale, son état est jugé suffisamment grave pour qu’il soit évacué vers l’arrière durant quelques semaines. Pour cette blessure et son courage, il est autorisé à mettre une étoile de vermeil à sa croix de guerre.

Bois_en_Hache_vue_aerienne

L’aspirant Monnoury retrouve son régiment, toujours en Artois, le 1er décembre 1915. Il est, cette fois-ci, affecté à la 7e compagnie pour y prendre le commandement d’une de ses quatre sections.

Le 149e R.I. est expédié dans la Meuse au début du mois de mars 1916. La ville de Verdun est menacée. Les Allemands ont lancé une vaste offensive à long terme qui a commencé le 21 février. Les compagnies du régiment sont placées dans différents secteurs du fort de Vaux et du village de Vaux-devant-Damloup au cours de deux périodes bien distinctes. La première a lieu du 8 au 17 mars, la seconde du 31 mars au  10 avril.

La 7e compagnie du régiment, sous les ordres du lieutenant Ribault, occupe les tranchées de première ligne, à partir du 4 avril, dans le secteur de l’étang de Vaux.  Le 8, le sous-lieutenant Monnoury est de nouveau commotionné par l’éclatement d’une torpille. Il ne semble pas avoir été évacué vers l’arrière suite à ce traumatisme. Il peut ajouter une deuxième étoile d’argent sur sa croix de guerre.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. 

8_avril_1916

Le 149e R.I. quitte l’enfer verdunois pour être envoyé au repos à Landrecourt. Le régiment gagne ensuite la Champagne où il occupe une zone située  entre les buttes de Tahure et de Mesnil, près des Deux-Mamelles. C’est un secteur plutôt calme, en comparaison avec ce que vient de vivre Alfred Monnoury.

Au cours de cette période, il est détaché au centre d’instruction de fusiliers-mitrailleurs du 19 juin au 6 juillet 1916.

Le 18 août, le sous-lieutenant Monnoury rédige un courrier à ses supérieurs. Il sollicite sa nomination à titre définitif dans la réserve de la classe 1912.

Le lieutenant Ribault qui commande la 7e compagnie donne son opinion :

« Demande transmise avec avis favorable. Provenant des aspirants d’infanterie de la classe 1912 et promu sous-lieutenant à titre temporaire le 31 mars 1915. Monsieur Monnoury est sur le front depuis le début des opérations. Il a pris une part aussi active que brillante aux différents combats livrés par le 149e R.I. et a été cité une fois à l’ordre du C.A. et deux fois à l’ordre de la division.

Instituteur primaire, ancien élève d’une école normale, titulaire du brevet supérieur. Monsieur le sous-lieutenant Monnoury mérite à tous les points de vue d’être nommé à titre définitif comme sous-lieutenant de réserve. »

Le commandant Schalck, responsable du 2e bataillon, poursuit en écrivant :

« Le sous-lieutenant à T.T. Monnoury va compter bientôt 17 mois de grade pendant lesquels il a toujours fait preuve d’un acquis militaire sérieux, joint à beaucoup d’activité, d’intelligence et de dévouement. Excellent chef de section, a toujours donné à sa troupe l’exemple du courage, de l’entrain et du sang-froid. Blessé aux attaques de septembre 1915, revenu sur le front peu après, titulaire de la croix de guerre, il mérite, sous tous les rapports, d’être confirmé dans son grade à titre définitif, au titre de la réserve. Excellente instruction primaire (brevet supérieur), d’une bonne éducation, il fera bonne figure comme officier de complément. Demande transmise avec avis très favorable. »

C’est au lieutenant-colonel Gothié, chef du 149e R.I., que revient le droit de conclure :

« Officier très brillant, énergique, dévoué, intelligent, d’une belle tenue et d’une excellente éducation, au front depuis le commencement de la campagne, beaux états de service (une blessure et trois citations), instruction primaire supérieure (brevet supérieur), mérite à tous égards d’être titularisé. »

Suite à cette demande écrite et après avoir obtenu l’avis très favorable de ses chefs directs, il passe dans la réserve avec le grade de sous-lieutenant à titre définitif le 24 octobre 1916. Cette nomination est publiée dans le J.O. du 20 novembre.

Devenu réserviste à titre définitif, il doit faire une nouvelle lettre pour demander sa réintégration dans l’armée active. Le lieutenant-colonel Pineau, nouveau responsable du 149e R.I., donne un avis très favorable à cette requête.

Alfred Monnoury obtient son maintien au 149e R.I. sans aucun problème.

Ce sous-lieutenant participe ensuite à la bataille de la Somme. Le 4 septembre, le 149e R.I. doit reprendre le village de Soyécourt. Sa compagnie, la 7e,  est en réserve avec les deux autres compagnies du 2e bataillon. Elle ne participe pas directement à l’attaque.

Après ces événements, Alfred Monnoury est envoyé en permission à partir du 13 octobre 1916. Il est de retour à la 7e compagnie le 26.

Début novembre, le régiment est toujours en Picardie, pas très loin du village de Génermont. Au cours de cette période, le sous-lieutenant Monnoury gagne la Légion d’honneur, après une action d’éclat.

Le jeune officier est promu lieutenant à titre temporaire dans l’armée active le 21 novembre 1916.

Cinq jours plus tard, il reçoit le commandement de la 10e compagnie.

En 1917, Le 149e R.I. occupe durant plusieurs mois un secteur à l’ouest du fort de la Malmaison, dans une zone située à l’extrême gauche du chemin des Dames, du côté de Billy-sur-Aisne, Jouy, Aizy et des fermes Hameret et du Toty.

Ferme_Hameret

Au cours de cette période, il obtient plusieurs permissions, il doit également se former depuis qu’il a été nommé lieutenant. La première période de repos à l’arrière a lieu du 25 janvier au 7 février 1917, la seconde entre le 10 et le 21 mai et la troisième du 26 août au 6 septembre. Entre temps, il a effectué son stage de commandant de compagnie au C.I. du 21e C.A. du 2 au 22 avril 1917.

Au retour de sa 3e permission, il retrouve son commandement à la 10e compagnie. Le régiment est en plein préparatif pour la future bataille de la Malmaison. Pour obtenir les meilleurs résultats,  il doit subir un entrainement assidu qui durera plusieurs semaines.  

Le cliché suivant a été réalisé quelque temps avant que le régiment ne rejoigne le front. Le lieutenant Monnoury y est représenté avec la presque totalité des officiers qui commandaient les compagnies du 3e bataillon. 

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

L’attaque de la Malmaison est déclenchée le 23 octobre 1917.

Dès le premier jour de la bataille, pendant la seconde phase de l'opération, alors que sa compagnie arrive dans le secteur du bois de Belle Croix, près de Vaudesson, le lieutenant Monnoury est tué par l'explosion d'un obus.

 Le visage de cet officier est horriblement mutilé par un éclat. Le sergent Alfred Marquand témoigne :

«… la perspective rectiligne du chemin est soudain barrée par deux corps immobiles, étendus en travers. Pris d’un doute subit, je les examine. Leurs mains sortent comme des moulages de cire des manches boueuses de leurs capotes ; leur barbe courte tranche en sombre sur le blanc jaunâtre des joues. Deux minces galons d’or, une barrette écarlate sur la poitrine… À mes pieds gît la dépouille mortelle du lieutenant Monnoury. La tête à demi renversée laisse deviner une affreuse blessure par où la bouillie sanglante de cervelle s’est écoulée avec la vie. Le couvercle relevé, l’étui à jumelle bée, vide… »

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Tranchee_de_la_Loutre__bois_de_Belle_Croix

Le lieutenant Monnoury est  inhumé dans le petit cimetière militaire de Condé-sur-Aisne par le groupe de brancardiers de la 43e D.I.. Sa sépulture porte le n° 311.

Le colonel Boigues, chef du 149e R.I. avait écrit ceci dans son livret de campagne le 1er octobre 1917 : « Compte parmi les meilleurs officiers de compagnie du régiment. A de l’activité, de l’intelligence et beaucoup d’autorité. En résumé c’est un excellent officier. »

L’acte de décès d’Albert Monnoury est transcrit à la mairie de Marçais le 18 février 1918.

Son corps a probablement été restitué à la famille dans les années 1920.

Le nom de cet officier est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Marçais.

Alfred Monnoury est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Citations obtenues :

Cité à l’ordre de la 43e D.I. n° 56 en date du 25 mai 1915 :

« Pendant les combats du 9 au 13 mai, sous un feu violent, a toujours conservé un grand sang-froid et a fait preuve de la plus belle bravoure. Le 12 et le 13 mai, en plein jour et en terrain découvert, a établi la liaison entre deux compagnies de 1ère ligne et a puissamment contribué à la défense d’un ouvrage important. »

Cité à l’ordre du 21e C.A. n° 63 en date du 18 octobre 1915 :

« Le 25 septembre 1915, devant Angres, a maintenu sa section dans la parallèle de départ, sous un bombardement des plus violents. A été enterré et blessé. Officier de beaucoup de courage et de sang-froid, déjà titulaire de la croix de guerre pour citation à l’ordre de la division. »

Cité à l’ordre de la 43e D.I. n° 126 en date du 2 mai 1916 :

« Officier d’une bravoure à toute épreuve et d’un entrain communicatif. Du 5 au 6 avril 1916, a, par son exemple, maintenu sa section sous un feu violent et continu de gros obus et de torpilles. Le 8 avril, quoique très violemment commotionné par l’éclatement d’une torpille, a fait preuve du plus grand mépris du danger en continuant à secourir, sous le feu, des hommes ensevelis par des projectiles. » 

Citation à l’ordre de l’armée : (publication dans le J.O. du 17 janvier 1918) :

« Commandant de compagnie d’une bravoure à toute épreuve. A montré de réelles qualités de commandement en entraînant brillamment sa compagnie à l’attaque de positions ennemies fortement organisées. Est tombé glorieusement en s'élançant à la tête de ses troupes à l’assaut d’un fortin ennemi qui arrêtait momentanément sa progression. »

Autre décoration :

Chevalier de la Légion d’honneur (J.O. du 22 décembre 1916). Cette décoration prend rang le 24 novembre 1916) :

« Officier d’une énergie et d’un courage exceptionnel. Le 7 novembre 1916, a vigoureusement entraîné à l’attaque d’une position très fortifiée, la vague d’assaut qu’il commandait a dirigé pendant trois quarts d’heure, avec un acharnement farouche, un violent combat au cours duquel il a fait 40 prisonniers, dont 5 officiers. Déjà trois fois cité à l’ordre. »

Alfred Monnoury possède un dossier individuel dans la base Léonore. Pour le consulter, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_base_Leonore

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Historique du 149e R.I.. Épinal, imprimerie Klein. 1919.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

La photographie de groupe est extraite du fonds Paul Douchez, un témoignage en trois volumes. Ce volumineux travail a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à T. Cornet, à M. Porcher, à F. Barbe, au Service Historique de la Défense de Vincennes, au collectif Artois et aux archives départementales du Cher.

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13 avril 2018

Roger Georges Berteville (1892-1917).

Roger_Georges_Berteville

Roger Georges Berteville voit le jour le 26 juillet 1892 dans la maison de son grand-père maternel, située au 11 rue Saint-Nicolas dans la commune de Gonesse.

Son père, prénommé Auguste Maurice, est un rentier âgé de 36 ans. Sa mère, Berthe Eugénie Simon, est une femme âgée de 31 ans.

C’est tout ce qui nous connaîtrons sur l’enfance et l’adolescence de Roger Georges et sur sa famille.

Jeune adulte, il vit à Paris avec sa mère dans le 8e arrondissement, au 44 rue François 1er. Le père est décédé. Roger Georges Berteville travaille comme brodeur dans la capitale.

L’année de ses vingt ans, il est déclaré « bon pour le service armé » de la classe 1912 par le personnel militaire du conseil de révision du 6e bureau de la subdivision de la Seine.

Lorsqu’il reçoit sa convocation accompagnée d’un titre de transport ferroviaire, il apprend que son incorporation va avoir lieu dans un régiment d’infanterie vosgien.

Affecté au 149e R.I., il se rend à la gare de l’est le 8 octobre 1913, pour rejoindre la ville d’Épinal. Le jeune homme arrive au corps le lendemain. Il intègre les effectifs de la 11e compagnie du régiment spinalien. Les apprentissages sous l’uniforme peuvent commencer, marches, séance de tir, exercices physiques en tous genres, tout cela va accompagner son quotidien durant les mois à venir.

Il est repéré par ses supérieurs qui lui offrent la possibilité de faire la formation de caporal. Il est nommé dans ce grade le 11 avril 1914.

Fin juin… attentat de Sarajevo... les relations avec l’Allemagne s’enveniment très rapidement, l’embrasement est proche…

Faisant partie des troupes de couverture, le 149e R.I. quitte la caserne Courcy le 1er août 1914. Il doit au plus vite gagner la frontière avant même que la déclaration de guerre ne soit officialisée. Le caporal Berteville fait toujours partie des effectifs de la 11e compagnie, sous les ordres du capitaine Erhard.

L’homme est blessé le 9 août 1914, au cours du baptême du feu du régiment. Sa compagnie, un peu à l’écart des premiers engagements, a été envoyée en renfort dans la zone des combats dans l’après-midi.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante :

Renfort_capitaine_Ehrard_9_aout_1914

Le caporal Berteville a-t-il quitté le front pour être soigné vers l’arrière ? Est-il revenu quelques heures plus tard, après avoir été pansé à l’ambulance à la 11e ? Il n’y a, hélas, pas de réponses claires à ces questions. En effet, aucune information détaillée n’a pu être retrouvée dans les différents documents consultés. Celles-ci auraient permis un éclairage beaucoup plus précis sur cette période de sa vie.

Tout ce dont nous sommes sûrs, comme l’atteste sa première citation, c’est qu’il a participé à un engagement majeur du 149e R.I. à la date du 9 mai 1915. Le 24 mai, il passe dans le grade supérieur.

Le régiment poursuit la guerre en Artois. Le sergent Berteville participe aux attaques du mois de septembre du côté du bois en Hache près d’Aix-Noulette.

En mars 1916, son régiment est engagé dans la bataille de Verdun. Il combat dans le secteur du fort de Vaux et du village de Vaux-devant-Damloup.

Roger Georges Berteville est nommé sous-lieutenant de réserve à titre temporaire pour la durée de la guerre, à partir du 5 mai 1916. Cette décision a été prise par le général en chef seulement quelques jours après le départ du 149e R.I. de la zone des combats meusiens.

Il réintègre l’armée active, le jour même de sa nomination, conservant ainsi sa place au sein du 149e R.I..

Sans doute proposé par ses supérieurs directs, son nom est venu remplir un des blancs laissés sur la liste des cadres touchés par les derniers affrontements.

Cinq jours plus tard, une seconde blessure le retire du front pour plusieurs semaines. Les circonstances qui ont entraîné une plaie à sa cuisse gauche ne sont pas connues. Tout ce que nous savons de manière sûre, c’est que le 149e R.I. est  positionné en Champagne, dans un secteur plutôt calme, du côté des buttes de Tahure et que le jeune officier est allé à Pau pour y être soigné.

De retour de convalescence, il est envoyé au centre des bombardiers-grenadiers de Langres pour y suivre une formation qui débute le 3 septembre 1916. Il retrouve le dépôt le 13 septembre.

Six jours plus tard, le sous-lieutenant est dirigé sur le dépôt divisionnaire de la 43e D.I.. Il ne tarde pas à retrouver son ancien régiment.

Le 1er octobre 1916, il est affecté à la 9e compagnie du 149e R.I. qui est engagé dans la Somme.

Le lieutenant-colonel Pineau laisse une note peu flatteuse dans le feuillet de campagne de cet officier. Le 2 janvier 1917, il écrit ceci : « Nouvellement promu, était un excellent sous-officier. Paraît vouloir se relâcher un peu depuis qu’il est officier, un peu mou, a besoin d’être poussé, peut bien faire. »

Commander une section cela n’est pas donné à tout le monde, il faut être bien formé et avoir de l'expérience, ce qui est loin d'être le cas du sous-lieutenant Berteville.

Lorsqu’elle est comparée aux autres années du conflit, l’année 1917 est plutôt clémente pour le 149e R.I., c’est une  période qui va sans doute permettre au sous-lieutenant Berteville de prendre en main sa section, de s’aguerrir en faisant autorité sur ses hommes.

Le régiment occupe durant de nombreux mois des positions situées à l’ouest du fort de la Malmaison, du côté d’Aizy, de Jouy, de Billy-sur-Aisne et des fermes du Toty et de Hameret.

Fin septembre, le régiment se prépare pour une future attaque qui doit se dérouler dans le secteur du fort de la Malmaison.

Le cliché suivant a été pris quelque temps avant le déclenchement de la bataille de la Malmaison. Le sous-lieutenant Berteville figure parmi tous ces officiers.

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

Après avoir été reportée plusieurs fois pour des raisons de mauvais temps, l’attaque de la Malmaison est déclenchée le 23 octobre 1917.

Roger Georges Berteville commande une des sections de la 9e compagnie qui fait partie des troupes de soutien, derrière le 1er bataillon, au cours de la première phase de l’opération.

Le sous-lieutenant Berteville trouve la mort durant la 2e phase du combat, quelque temps après que son bataillon ait reçu l’ordre de passer en tête d’attaque, laissant le 1er bataillon derrière lui.

Touché à la poitrine par plusieurs éclats d’obus, le sous-lieutenant Berteville décède à 8 h 00 sur le champ de bataille.

Le sergent Émile Pierron et le caporal Adrien Claudel confirmeront son décès au moment de la rédaction de son acte de décès, rédigé par l’officier d’état civil du 149e R.I., le sous-lieutenant Auguste Fourneret.

Roger Georges Berteville a été inhumé dans le cimetière militaire de Condé-sur-Aisne, lieu où a été enterrée une partie des officiers et des soldats du régiment qui ont été tués ce jour-là. Sa sépulture porte le numéro 275.

Son corps est restitué à la famille dans les années 1920.

Le sous-lieutenant Berteville repose actuellement dans la division 6 du cimetière Montparnasse à Paris.

Sepulture_Roger_Georges_Berteville

Cet homme est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Son nom est gravé sur le monument aux morts de la commune de Gonesse.

Citations obtenues :

Citation à l’ordre de la 85e brigade n° 7 en date 21 mai 1915 :

« Le caporal Berteville Roger Georges, n° matricule 7076, 11e compagnie, a organisé et défendu brillamment pendant 48 heures, une tête de sape prise à l’ennemi au cours du combat de Notre-Dame-de-Lorette, le 9 mai, a enrayé un retour offensif des Allemands

Citation à l’ordre de la 85e brigade n° 23 en date du 8 octobre 1915 :

« Le 26 septembre 1915, devant Angres, est parti à l’assaut des lignes ennemies en entraînant brillamment sa ½ section. Déjà cité et blessé au début de la campagne. »

Citation à l’ordre de l’armée n° 543 en date du 28 décembre 1917 publiée dans le J. O. du 17 janvier 1918 :

« Officier d’une bravoure, d’un allant et d’un entrain remarquables, a entraîné sa section à l’assaut d’une position ennemie fortement organisée, blessée mortellement au cours de l’attaque, a donné à ses hommes le plus bel exemple de bravoure et de sang-froid. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le portrait du sous-lieutenant Berteville est extrait d’une photographie qui figure dans le Fonds Douchez. Ce fonds, composé de trois volumes, a été déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

La photographie de la sépulture de cet homme a été trouvée sur le site "héros de Gonesse"

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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20 avril 2018

Gaston Louis Adrien Faure (1880-1946).

Gaston_Louis_Adrien_Faure

Né de Jean Marie Faure et de Léonie Modeste Charrasse, Gaston Louis Adrien voit le jour le 29 juillet 1880 à Carpentras, la sous-préfecture du Vaucluse ; cette naissance a lieu dans le logement de fonction de ses parents situé à l’intérieur de la caserne de la gendarmerie. À l’arrivée de Gaston, son père, un ancien zouave pontifical devenu brigadier, est âgé de 39 ans. Sa mère qui élève déjà 3 enfants est âgée de 32 ans. 

Nous ne savons rien de l’enfance de Gaston, si ce n’est que sa fiche signalétique et des services mentionne un degré d’instruction de niveau 3, il a donc quitté l’école communale en sachant lire, écrire et compter.

Le 5 mars 1899, le jeune homme, qui n’a pas encore vingt ans, se rend à la mairie de Salon-de-Provence pour y signer un contrat de trois ans avec l’armée. Étant mineur, il doit obtenir l’autorisation paternelle pour mener à bien son projet.

Un long voyage en train l’attend. Trois jours plus tard, Gaston est installé dans un des bâtiments de la caserne Mac Mahon du 150e R.I., un régiment qui possède son dépôt à Saint-Mihiel dans le département de la Meuse.

Le soldat Faure ne va pas mener son contrat à terme. Sa formation militaire est interrompue un an plus tard. Envoyé en congé le 5 mars 1900, il semble avoir fait valoir l’article 21 de la loi sur le recrutement, ayant un frère appelé postérieurement à son incorporation.

De retour à la vie civile, il rentre chez lui avec son certificat de bonne conduite.

Gaston Faure accomplit une 1ère période d’exercice, du 21 août au 17 septembre 1905, au 141e R.I., le régiment auquel il a été rattaché et qui a ses quartiers à Marseille. La 2e période d’exercice, pourtant obligatoire, n’est pas mentionnée sur sa fiche matricule.

En 1908, Gaston est installé dans la cité phocéenne. Il gagne maintenant sa vie comme négociant.

Cet homme vit toujours à Marseille lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914. Les événements qui vont précipiter le monde dans une terrible guerre l’obligent à rejoindre son corps d’affectation dès le lendemain de la mobilisation.

Vieux soldat de la réserve, il a été fraîchement rattaché au régiment territorial du 141e R.I.. Il est maintenant inscrit dans les rangs du 115e R.I.T.. Les premières semaines du conflit, Gaston Faure les passe à La Turbie à une quinzaine de kilomètres, au nord-ouest de Nice, puis dans la région de Dijon, au fort d’Hauteville.

La déclaration de neutralité italienne rend le risque d’ouverture d’un front dans les Alpes complètement caduc. Elle permet donc de piocher dans ce réservoir d’hommes pour envoyer des renforts sur le front. Un gros contingent d’hommes provenant de son régiment est prélevé dès le 20 septembre 1914, pour être acheminé dans un régiment d’active. Gaston Faure fait partie du nombre. Il s’agit d’une application de la loi du 4 août 1914 qui permet de mettre un homme, quel que soit son âge, dans un régiment d’active ou de réserve, enfonction des besoins.

Ce groupe doit servir à compléter une partie des effectifs qui fait défaut au 149e R.I., un régiment qui a été particulièrement éprouvé durant les deux premiers mois du conflit.

Tous ces soldats sont envoyés, dans un premier temps, au dépôt du 149e R.I. qui a été installé dans la région de Langres à partir du 4 août 1914.

Le 28 novembre 1914, Gaston quitte Rolampont avec un groupe de renfort. Le soldat Faure utilise le transport ferroviaire en direction de Dunkerque avant de rejoindre son régiment qui combat en Belgique depuis le début du mois. Comparativement à tout ce qu’il a vécu depuis le début de la guerre, c’est une période moins rude pour le régiment spinalien. Gaston Faure est aussitôt affecté à la 2e compagnie du 149e R.I., sous le commandement du capitaine Genevoix.

Fin décembre 1914, le 149e R.I. quitte la Belgique pour se rendre dans le Pas-de-Calais. C’est à pied que les trois bataillons du régiment vont devoir rejoindre leurs nouvelles positions. Les étapes se font de nuit, sur les routes pavées du Nord. Le repos a lieu dans les fermes et les granges locales au fur et à mesure du chemin parcouru.

Le 18 janvier 1915, la compagnie Genevoix est en cantonnement à Béthonsart au nord d’Arras.

Le 31 janvier, c’est le baptême du feu pour Gaston. Sa compagnie, qui exécute des travaux de défense, subit un violent tir d’artillerie de la part des Allemands. Le capitaine Genevoix est tué au cours de cette journée.

La 2e compagnie est maintenant sous les ordres du capitaine Crepet. Elle retrouve ainsi son ancien chef du début de la guerre. Cet officier avait été retiré de ce commandement pour être mis à la tête du 1er bataillon du régiment au début du mois de septembre.

Durant le mois de février, les 1ère, 2e, 3e et 4e compagnies du 1er bataillon occupent les tranchées de première ligne en alternance. Il en est de même pour les deux autres bataillons du régiment.

Les Allemands lancent, dans ce secteur, une grande offensive le 3 mars 1915. Une partie du 149e R.I. est prise au dépourvu. Après une explosion de mines et un tir d’artillerie extrêmement violent, l’infanterie ennemie se lance à l’attaque. Gaston Faure est fait prisonnier du côté du bois 7 au nord de la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_journee_du_3_mars_1915

Il y a de fortes probabilités pour que le soldat Faure fasse partie des effectifs de la section qui se trouvait, ce jour-là, sous l’autorité du sous-lieutenant Darracq. La quasi-totalité des hommes constituant cette unité, surprise par la fulgurance de l’attaque allemande, s’est faite piéger au cours de l’assaut.

Une longue captivité débute pour Gaston Faure.

Le 11 mars, il a la chance de pouvoir rassurer les siens. Il adresse un courrier à sa famille pour lui faire savoir qu’il a été fait prisonnier et qu’il est maintenant détenu au camp de Celle, à proximité d’Hanovre.

Il reste interné dans ce lieu durant une année. L’homme se dit bien traité en compagnie de plusieurs camarades du midi. Chaque quinzaine, Gaston Faure écrit à ses proches. Il reçoit en retour des courriers et des colis, qu’il numérote précautionneusement pour bien en accuser réception. Il correspond également avec de nombreux amis.

Les bonnes conditions de détention commencent à se dégrader à partir de la fin du mois de mars 1916. Le soldat Faure traverse une partie en chemin de fer, une partie à pied, l’Allemagne d’ouest en est, pour rejoindre la Russie.

Il va de camp en camp, principalement dans le nord de l’actuelle Pologne autour de Gdańsk. Il fait de longues marches dans le froid et la neige avec très peu de nourriture, probablement avec un équipement rapiécé de toute part, et de surplus, peu adapté aux conditions climatiques.

Le 15 juin 1916, il écrit : « Pourquoi nous traiter de la sorte ? C’est honteux pour ceux à qui incombent les causes de notre séjour ici, de s’en prendre à nous pour des différents qu’ils ont entre eux. Vous pourriez en dire quelques mots à notre député, Monsieur Girard. »

Il survit à toutes ces épreuves.

Le 10 octobre 1916, Gaston Faure quitte la Russie. Trois jours plus tard, l’ancien soldat du 149e R.I. est envoyé au camp de Guben, près de Berlin. S’ensuivent alors de nombreux changements de lieu d’internement. Le 4 novembre, il est à Berger Damm. La veille de Noël 1916, Gaston se trouve au camp de Spandau puis à celui de Brandenburg à partir du 15 janvier 1917.

De retour dans la Basse-Saxe, cette fois-ci, il est, à compter du 1er février, en captivité au camp de Hameln à proximité d’Hanovre. Il quitte provisoirement cet endroit, entre le 20 février et le 24 avril 1917, pour aller travailler en forêt du côté de Bexten-Listrup. De retour au camp de Hameln, il rassure ses proches sur ses conditions de captivité qui sont bien meilleures que celles qu’il avait en Russie. En mai, Gaston travaille en ville à l’entretien des jardins de particuliers.

Le cliché le représentant parmi un groupe de prisonniers a été fait au printemps de l’année 1917.

En_captivit__avec_les_camarades

Fin juin 1917, impatient de recevoir du courrier il écrit : « Sachez chers parents que les nouvelles, c’est tout, c’est tout pour un prisonnier. » Il envoie une photographie le représentant avec deux soldats russes ; tous les trois sont, selon ses dires, « habillés à la bonne franquette ».

Avec_deux_camarades_russes

Quelque temps plus tard la famille reçoit le cliché suivant réalisé au camp de Hameln.

Camp_de_Hameln

Entre le 5 décembre et 5 février 1918, il se plaint de ne plus recevoir de courrier.

Le 30 avril 1918, Gaston Faure quitte Hameln pour Softau, un camp situé plus au nord, du côté de Bremen.

En juillet, il parle du rapatriement des prisonniers dans un de ses courriers. Il calcule la date approximative de son éventuelle libération qui pourrait, selon lui, avoir lieu en septembre en fonction des 10 000 soldats libérés par mois et selon son rang chronologique.

Cette perspective plutôt réjouissante n’a pas lieu. Le 30 octobre 1918, il est toujours interné à Softau, ne pouvant plus compter sur le rapatriement, mais plutôt sur la fin du conflit.

Gaston_Faure_en_captivit_

Le 11 janvier 1919, il envoie sa dernière carte d’Allemagne depuis Dordrecht. C’est ici qu’un grand nombre de prisonniers français a été rassemblé en vue du retour au pays. Il vient de faire un voyage en péniche, sur le Rhin, depuis Wesel jusqu’à Dordrecht. Le 3 mars 1919, il est rattaché au 141e R.I..

Revenu à la vie civile après presque quatre années de captivité, Gaston Faure retourne à Salon où il va travailler comme représentant de commerce pour sa société d’huile, de savon et de café « Les fils de Jean-Marie Faure ».

Le soldat Gaston Faure possède une fiche sur le site du Comité International de la Croix Rouge.

Fiche__du_Comite_International_de_la_Croix_Rouge_de_Gaston_Faure

Le 17 janvier 1920, il épouse Marie Louise Crousnillon, dite Malou, dont il eut deux enfants, Gérard né en 1920 et Robert né en 1924.

Il est définitivement libéré des obligations militaires en novembre 1929.

Gaston Faure décède le 16 mai 1946 à l’âge de 65 ans.

Il aura laissé une correspondance de 170 lettres et de nombreuses photographies

La généalogie de Gaston Louis Adrien Faure se trouve sur le site « Généanet ». Pour la lire, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Geneanet

Sources :

La fiche signalétique et des services de Gaston Louis Adrien Faure a été consultée sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône et son acte de naissance sur celui des archives départementales du Vaucluse.

La plupart des informations figurant dans cette biographie a été fournie par Bernard Faure, le petit-fils de Gaston Louis Adrien Faure.

L’ensemble des photographies proviennent de la collection personnelle de Bernard Faure.

Le morceau de pain qui se trouve sur le 2e montage a été ramené de captivité par Gaston Faure. Il est toujours conservé dans la famille.

Un grand merci à M.F. Affaton, à M. Bordes, à A. Carobbi, à B. Faure  et aux archives départementales des Alpes de Haute-Provence.

 

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27 avril 2018

Maurice Alfred Reigneau (1894-1917).

Maurice_Alfred_Reigneau

Les parents de Maurice Alfred Reigneau habitent un petit appartement de la rue Yvon Villarceau, dans le 16e arrondissement de la capitale, lorsque leur fils voit le jour le 22 février 1894. La mère, Jeanne Catherine Thérèse Mouly, une jeune femme âgée de 20 ans, est professeure de couture à l’école professionnelle de la ville de Paris. Le père, Jules Émile, travaille comme employé.

La déclaration de naissance de l’enfant est faite deux jours plus tard en présence du docteur en droit, Charles Fontaines, et du peintre en décors, Charles Vanderheyden-Danton.

Après la communale, Maurice Alfred poursuit sa scolarité dans une des écoles dominicaines de la région parisienne.

Le jeune Reigneau n’est pas concerné par la mobilisation générale lorsque la guerre contre l’Allemagne éclate en août 1914. Futur soldat de la classe 14, il lui reste encore un peu de temps avant d’endosser l’uniforme. Très rapidement, la France va avoir besoin d’hommes pour compléter les classes déjà rappelées. Les pertes des premiers mois de guerre ont été considérables et il faut prévoir l’avenir. En toute logique, la classe 14 est appelée avant l’heure. 

Début septembre 1914, Maurice Alfred Reigneau quitte son appartement de Neuilly-sur-Seine, situé au 23 rue d’Orléans, pour être incorporé au 22e régiment de dragons ; cette unité de cavalerie possède son dépôt à Reims. Le 7, il commence sa formation militaire qui dure plusieurs mois.

Les différents documents consultés concernant ce soldat ne permettent pas de connaître la date exacte de son arrivée sur le front.

Nous saurons seulement qu’il a été promu brigadier le 6 octobre 1915 puis maréchal des logis le 21 avril 1916. Ces changements de grades ont été obtenus durant un long séjour de 10 mois (octobre 1915 - août 1916), réalisé par le régiment, dans le secteur de Prosnes et de la ferme des Marquises, en Champagne.

Nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 14 janvier 1917, sa promotion est ratifiée par décision ministérielle six jours plus tard. (J.O. du 25 janvier 1917).

Il est admis à servir dans l’infanterie pour la durée de la guerre. Le sous-lieutenant Reigneau est affecté, comme chef de section, à la 11e compagnie du 149e R.I..Cette unité est en Haute-Alsace, du côté de Villersexel.

Le 10 mars 1917, il est nommé à la tête d’une section de la 3e compagnie de mitrailleuses du régiment.

Le 149e R.I., qui n’a pas participé à une grande attaque depuis la fin de l’année 1916, se prépare à prendre part à la bataille de la Malmaison du 23 octobre 1917.

Quelque temps auparavant, Maurice Alfred Reigneau est photographié parmi les officiers du 3e bataillon du régiment, dans le parc de la Demoiselle de Maucroix à Ancienville.

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

À cette période, le jeune homme occupe toujours le même poste sous les ordres du capitaine Prenez.

Sa compagnie débute l’attaque avec le bataillon de soutien. Elle donc placée juste derrière le 1er bataillon du régiment qui marche en tête. Lorsque c’est au tour du 3e bataillon de mener les combats, les sections du capitaine Prenez installent leurs mitrailleuses pour protéger les vagues d’assaut.

Pour en savoir plus sur les évènements que se sont déroulés le 23 octobre 1917, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_2_journee_du_23_octobre_1917__2e_objectif_

Touché à l’abdomen, Maurice Albert Reigneau poursuit le combat malgré les souffrances.

Ses blessures sont tellement graves qu’il décède peu de temps après, dans le bois de la Belle-Croix, en poste, entouré de ses hommes.

Le sous-lieutenant Reigneau est inhumé par les soins du groupe des brancardiers de la 43e D.I., au cimetière militaire de la commune de Condé-sur-Aisne. Sa sépulture porte le n° 224.

L’acte de décès de cet officier, complété par le lieutenant Auguste Fourneret, responsable de l’état civil du 149e R.I., est transcrit à la mairie de Neuilly-sur-Seine, le 4 juillet 1918.

Les soldats Victor Martin et Désiré Plançon furent les deux témoins qui permirent la validation de cet acte.

Son corps est restitué à la famille dans les années vingt.

Maurice Alfred Reigneau est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Durant son parcours de guerre, le jeune homme adresse un courrier à l’un de ses anciens enseignants, le père Le Roy. Un extrait de cette correspondance a été publié dans le livre d’or du père dominicain Métayer : « Nos anciens élèves des écoles dominicaines Albert le Grand, d’Arcueil (Seine) Lacordaire et Saint-Dominique (Paris) morts pour la France 1914-1918. Ce qu’ils furent… Ce qu’ils nous disent… » 

Ce passage est non daté.

«… Le séjour aux tranchées est pénible, mais l’on n’y pense pas, c’est pour la France, c’est pour la victoire finale que nous travaillons et nous ne devons pas penser à nous-mêmes. Je ne désire qu’une chose ; voir une trouée faite et aller chevaucher dans les lignes ennemies, leur couper les vivres, le ravitaillement.

Pourvu que Dieu continue à nous aider et que la victoire soit proche... »

Maurice Albert Reigneau a obtenu les citations suivantes :

Citation a l’ordre de la VIe armée n° 527 du 20 novembre 1917.

« Officier très brave et très courageux ; s’est dépensé sans compter au cours de l’attaque du 23 octobre 1917 en soutenant par l’emploi de ses mitrailleuses la progression des vagues d’assauts. Grièvement blessé au cours de l’opération, a fait preuve d’une énergie rare en oubliant sa propre souffrance, ne pensant qu’à exhorter ses hommes. Mort pour la France. A été cité»

Citation à l’ordre de l’armée :

« Officier d’un grand courage et d’un patriotisme ardent, passé sur sa demande de la cavalerie dans l’infanterie, remarquable exemple pour les hommes placés sous son commandement, dont il avait su faire une compagnie d’élite. Grièvement blessé au cours de la bataille de la Malmaison, il a, néanmoins, gardé son commandement et maintenu l’avance de sa compagnie. »

Le sous-lieutenant Reigneau a été décoré de la Légion d’honneur à titre posthume (publication dans le J.O. du 17 octobre 1919).

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Acte de naissance trouvé sur le site des archives de Paris.

Livre d’or du père dominicain Métayer : « Nos anciens élèves des écoles dominicaines Albert le Grand, d’Arcueil (Seine)  Lacordaire et Saint-Dominique (Paris) morts pour la France 1914-1918 « Ce qu’ils furent… Ce qu’ils nous disent…».

Éditions Lyon, imprimerie des missions africaines, 150 cours Gambetta. 1934.  

Historique du 22e régiment de Dragons. Paris, imprimerie militaire universelle L. Fournier, 264  boulevard Saint-Germain.

Le portrait du sous-lieutenant Reigneau provient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue « l’illustration ».

La photographie de groupe est extraite du fonds Paul Douchez, un témoignage en trois volumes. Ce volumineux travail a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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04 mai 2018

Un témoignage conséquent laissé par le lieutenant Paul Douchez (2e partie). Où l’on avale du kilomètre…

Jeanne_et_Paul_Douchez

Fin mars 1917, la 43e D.I. s’apprête à quitter la région de Belfort pour s’installer en Haute-Saône. Le sous-lieutenant Douchez qui assistait à une formation au C.I.D. est obligé de la suspendre pour suivre le mouvement.

Effectuant sa première marche de nuit Paul Doucher laisse derrière lui Méziré. Il doit prendre ses quartiers dans le village de Mignavillers, près de Granges-la-Ville. Le trajet qu’il effectue avoisine les 40 km. Il traverse les communes d’Aibre et de Secenans.

Fin_mars_1917_parcours_approximatif_effectue_de_nuit_par_le_sous_lieutenant_Douchez

Logé chez l’habitant, il peut reprendre ses cours qui se déroulent à Granges-la-Ville.

Le C.I.D. quitte ensuite cette commune pour aller à Lure.

Le sous-lieutenant Douchez abandonne Lure pour rejoindre Belfort en limousine. Il prend ensuite le train pour gagner Villersexel. Le convoi ferroviaire passe par la gare de Vesoul.

Début avril, cet officier retrouve son ancien régiment. Durant les semaines suivantes, les hommes du 149e R.I. subissent un entraînement assez dur. Les exercices et les marches sont monnaies courantes.

Retrouvons les écrits de Paul Douchez…

« Nous faisons des manœuvres à Oricourt et à Aillevans.

Les_manoeuvres_d_Oricourt_et_d_Oppenans

Avant un nouveau départ, je vais à Belfort pour l’acquisition d’une tenue n°1. 

6 avril 1917

Villersexel à Désandans (par la route)

7 avril 1917 

Desandans à Exincourt (par la route)       

Exincourt à Faverois (par la route)

Parcours_effectu__par_le_sous_lieutenant_Paul_Douchez_les_6_et_7_avril_1917

La popote des officiers de bataillon se déroule chez la récente veuve du pasteur protestant.

L’accueil est cordial et confiant. Rien n’est fermé à clé. Des couverts en argent sont mis à notre disposition. Aussi, ne tarde-t-il pas à en disparaître. Plus tard, durant une permission du cuisinier, son barda est ouvert pour y chercher un objet. Les couverts y sont trouvés. J’essaie d’en provoquer l’envoi à leur propriétaire. Aucune sanction n’est prise, pour des raisons, hélas, trop facile à deviner.

12 avril 1917 

Nous embarquons à Morvillars à 4 h 00 (le train traverse Bar-le-Duc).

14 avril 1917 

Passage à Montmirail avant de débarquer à Artonges à 8 h 00.

De_la_gare_de_Morvillars___la_gare_d_Artonges

D’Artonges, nous prenons la route pour Fontenelle.

16 avril 1917 

Nous quittons Fontenelle pour l'aller à Azy.

De_la_gare_d_Artonges___Azy

17 avril 1917 

Cinquième permission, je passe 7 jours à Calais. Bombardement de la ville la nuit par 5 destroyers.

27 avril 1917 

Je retrouve le régiment à Givry.

29 avril 1917 

Promenade de Givry à Château-Thierry dans la voiture de compagnie.

La 9e compagnie cantonne à la ferme des Brusses.

7 mai 1917 

Départ des Brusses, passage par Givry, Bouresches, bois de la Marette, Bourbelon, le Vitray, Maison-Blanche, Montgivrault, Lucy-le-Bocage, Belleau, Givry, les Brusses

7_mai_1917_marche_effectuee_par_la_9e_compagnie_du_149e_R

Legende_carte_journee_du_7_mai_1917

18 mai 1917 

Départ de Givry à Breny (route) par Belleau, Monthiers, Bonnes, Grisolles et la Croix

Parcours_approximatif_effectue_par_la_9e_compagnie_du_149e_R

19 mai 1917 

Breny à Launoy (route) par Oulchy-le-Château, Oulchy-la-Ville, le Plessier-Huleu, Hartennes-et-Taux, Launoy, ferme de Launoy

Je suis désigné comme porte-drapeau pour ce déplacement.

Parcours_approximatif_effectue_par_l_officier_porte_drapeau_du_149e_R

20 mai 1917 

Ferme de Launoy à Droisy et retour (route)

23 mai 1917 

Ferme de Launoy à Breuil (route) par Droisy, Taux, cote 157, Raperie, Chaudin, ferme Cravançon, Missy-aux-Bois, Breuil

Parcours_approximatif_effectu__par_la_9e_compagnie_du_149e_R

Legende_carte_journee_du_23_mai_1917

26 mai 1917 

Breuil à Soissons (promenade)

28 mai 1917

Breuil à Ciry-Salsogne (route) par Grand’routes Paris-Soisson et Reims-Sermoise (Soisson-Sermoise)

Parcours_approximatif_effectue_par_la_9e_compagnie_du_149e_R

1er juin 1917 

Ciry-Salsogne au bois Marcon (grande sablière) : 2e ligne (route) par Chasseny, Vailly, ferme Hameret

Parcours_approximatif_effectu__par_la_9e_compagnie_du_149e_R

Entre la fin mars et le 1er juin 1917, de Mérizé à la ferme Hameret,  le sous-lieutenant Douchez aura effectué près de 225 km à pied.

Ferme_Hameret_juin_1917

Sources :

Fonds Douchez composé de 3 volumes. Déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

Le cliché de la ferme Hameret est extrait d'un album photographique qui appartenait à officier du 149e R.I. dont le nom est inconnu.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher  et au Service Historique de la Défense de Vincennes. 

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11 mai 2018

Aperçus de la photographie militaire au début du XXe siècle : sous l'uniforme du 149e R.I..

Studio_photographique

Important : ne soyez pas surpris de découvrir ailleurs un texte proche de celui-ci. Il ne s’agit pas de plagiat ou d’un copier/coller facile, mais ce travail est le résultat d’une réflexion collective entre trois personnes. Chacun a ensuite publié sa propre version de ce travail suivant ses fonds documentaires.

Arnaud Carobbi du site « Parcours du combattant 14-18 »

Site_Arnaud_Carobbi

Stéphan Agosto du blog du 74e R.I.

Blog_Stephan_Agosto

Denis Delavois du blog du 149e R.I.

Bonnes découvertes !

Petit aperçu de la photographie de soldats, 1900-1919

Les photographies sont un outil d’une extraordinaire richesse pour qui s’intéresse au parcours d’un homme, à l’histoire d’un régiment. C’est dans ce dernier cadre qu’est faite la présentation qui suit : quels sont les types de photographies que l’on rencontre lorsque l’on étudie un régiment et plus particulièrement ici le 149e R.I. ?

Des photographies avant 1900 existaient, mais elles sont moins fréquentes. Toutefois, les premiers types de photographies évoqués sont représentatifs de ce qui se faisait avant 1900. Le cliché suivant représente quatre soldats de la classe 1894.

Des_gars_du_Puy_de_Dome_de_la_classe_1894

Une démocratisation en marche :

Au tournant du XIXe siècle, la photographie est encore un objet rare et le plus souvent réservé à des moments clefs de la vie : une naissance, un mariage, un portrait (individuel ou de famille), parfois un décès (mais cette pratique disparaît) et l’incontournable photographie au service. Ces clichés sont majoritairement pris par un photographe. Les portraits sont faits dans son atelier. C’est l’époque des cartes photos, photographies collées sur un carton aux couleurs du photographe. La majorité a perdu le petit papier qui les protégeait.

D’autres sont plus « habillées », collées sur une bordure cartonnée, sans inscription au dos.

Portraits_d_avant_guerre

La pose est souvent stéréotypée, suivant les instructions du photographe, ce qui explique les similitudes importantes d’un cliché à l’autre pour un même atelier.

Portraits_mod_les_classiques

Comme le montre le montage suivant réalisé à partir de trois photographies rassemblées, la pose peut-être beaucoup plus originale. Ici nous pouvons voir un sergent-major du 149e R.I. dont l’identité reste hélas inconnue.

Un_sergent_major_du_149e_R

À noter le fusil qui ressemble vaguement à un lebel. Mais le fût est bien trop mince. L’anneau grenadière fait plutôt penser à un système Berthier. Pourtant, ce n’en est pas un non plus. Ce fusil semble être un assemblage de plusieurs pièces d’armes différentes. La baïonnette n’est en aucun cas réglementaire. Sa poignée est bien en métal, mais de forme aplatie. L’armement a certainement été fourni par le photographe pour rendre la pose plus martiale.

Dans certains cas, le photographe prête même une veste présentant bien mieux que la capote de sortie.

Uniforme_identique

La photographie amateur existe également au début du XXe siècle. Elle est souvent le fait d’officiers ou de militaires rengagés et a conduit les auteurs à les regrouper dans des albums.

Les deux clichés suivants, réalisés en 1911, proviennent d’un petit album hélas disparu.

Photographies_album_1901_appareil_Kodac_1897

Il arrive fréquemment que ces clichés aient fortement pâli ou jauni avec le temps, ce qui est moins souvent le cas des tirages des professionnels.

Ces clichés amateurs sont souvent des portraits, des groupes et des moments permettant une pause des sujets, presque toujours en extérieur.

On trouve tout de même, à mesure que les années passent, de plus en plus de photographies prises à tous les moments de la vie militaire : arrivée à la caserne, vie à la caserne, groupes, marches, manœuvres… Ce changement est lié au développement d’un nouveau support : la photo-carte. Cette photographie, tirée sur un papier donnant au final une carte postale à un prix modique, marque une étape importante dans la démocratisation de la photographie.

Elle est d’abord réduite à une portion du verso.

Carte_photo_la_plus_ancienne

Elle remplit ensuite la totalité de la surface.

Manoeuvres

On imagine mal la révolution que fut cette photo-carte et, par son coût réduit, le plus grand nombre de clichés qui furent achetés à partir de cette décennie.

Rarement conservée, cette photo-carte est l’épreuve qui a été tirée afin que les hommes y figurant puissent passer commande.

Dans d’autres cas, on trouve aussi un système de numérotation permettant de vendre les photographies.

Epreuve_a_rapporter

La venue à la caserne de photographes professionnels (ambulants comme sédentaires) était  semble-t-il très bien tolérée quand on voit le nombre de photographies de groupes prises au sein même de l’établissement. Si, souvent, les hommes posent comme ils sont, au moment de la corvée, entre camarades de chambrée, il arrive qu’il y ait certainement une commande officielle pour photographier tous les hommes.

On trouve fréquemment ces photographies de groupe sur photo-carte, parfois sur un support cartonné (c’était déjà le cas au cours du XIXe siècle).

Photographies_de_groupes

De nombreuses cartes-lettres ont également été mises en circulation à cette époque. Elles sont composées de deux photographies évoquant des scènes de la vie quotidienne du soldat. Une partie est consacrée à la rédaction du texte écrit par l’homme qui souhaitait l’envoyer à ses proches. L’autre partie rappelle l’histoire du régiment. Certaines de ces cartes-lettres ont pu traverser le temps.

Les_cartes_lettres

Le cliché suivant, réalisé par un professionnel de la chambre noire, nous montre une scène de tir.

S_ance_de_tir

À partir de 1900, l’imprimeur A. Gelly produit des fascicules appelés « Albums régimentaires » regroupant des photographies des hommes par compagnie. On a donc pratiquement toutes les personnes du régiment à la date des clichés. S’il ne s’agissait pas d’une commande officielle du Ministère de la Guerre, cette initiative privée connut un réel succès et une bienveillance évidente des autorités militaires.

Le 149e R.I. dispose de plusieurs albums. Il en existe un pour les années 1902, 1905, 1908, 1909 et 1911. D’autres ont été probablement réalisés.

Le 4e bataillon du 149e R.I., qui appartient au groupe de forteresse d’Épinal, a été photographié avec cette unité qui possède ses propres albums.

Les hommes de ce bataillon ont été « immortalisés » en 1909, 1911, 1912. Un album non daté, intitulé 2e groupe des 4e bataillons, a aussi été créé. Comme pour le 149e R.I. il doit y avoir d’autres fascicules.

Albums_r_gimentaires_149e_R

Le cas des plaques de verre :

La plaque de verre négative

Il arrive de trouver des plaques de verre montrant des soldats avant-guerre. Il faut rappeler qu’avant-guerre, on photographie sur plaque (les pellicules souples Kodak arrivent au début de la décennie 1910). Il s’agit donc de plaques originales ayant servi à faire des tirages sur papier. Leur grande fragilité explique qu’il n’en reste pas tant que cela un siècle plus tard.

Des centaines de soldats ayant effectué leur service militaire au 149e R.I. se sont fait tirer le portrait dans les studios de la famille Scherr. Celle-ci possédait un important magasin, avenue des Templiers à Épinal.

Photographie_Scherr

Malheureusement, ce bâtiment a été touché par un bombardement aérien américain qui a eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale, détruisant ainsi tout le stock de plaques de verre et de négatifs archivés.

On peut aussi trouver des photographies sur plaques de verre associant deux vues. Il s’agit de plaques utilisées pour un appareil photographique stéréoscopique. Placées dans un appareil spécial, ces vues donnaient une impression de relief et de profondeur.

Un autre procédé permettait de lire des vues stéréoscopiques. Ces clichés,réalisés sur un support en carton, pouvaient être visionnés avec un appareil qui portait le nom de « mexicain ».

L’image suivante représente le lieutenant-colonel Pineau qui commande le régiment à la fin 1916, sur les ruines du château de Déniécourt au mois d’octobre de cette année, dans la Somme.

Mexicain

Le cas des photographies en intérieur :

Ce sont certainement les clichés les plus rares. En effet, ces photographies nécessitaient une exposition supérieure. Peu d’amateurs se risquèrent à faire cette expérience. La photographie qui suit représente une chambrée de soldats du 149e R.I.. Elle a été faite en 1901.

Photographie_d_interieure_la_chambree

Celle qui suit représente la musique du régiment. Elle a été réalisée dans une école à l’occasion d’une des fêtes données à Épinal. La date où elle a été créée n’est pas connue, mais la silhouette caractéristique de l’homme qui est debout derrière le pupitre permet de l’identifier sans aucune difficulté. Il s’agit du sous-chef Émile Ferdinand Drouot.

Photographie_d_interieur_fetes_des_ecoles

Une démocratisation qui s’accélère avec la guerre ?

Il peut paraître étonnant que la guerre et la pénurie de produits chimiques pour les tirages aient conduit à une généralisation de la photographie. Il existe plusieurs explications à ce phénomène qui peut paraître incongru.

Tout d’abord, les anciens types de photographies continuèrent d’être achetés chez les photographes : photographies sur carton, photographies de groupes ou individuelles tirées sur photo-carte.

Portraits_realis_s_durant_le_conflit_14_18

Cependant, les cartes photo passèrent de mode et on en trouve de moins en moins à mesure que la décennie 1910 passe. De même, il n’y eut plus de photographies dans des albums régimentaires, même si des photographes professionnels continuèrent de venir dans les dépôts et lors de marches ou d’exercices.

Ensuite, c’est au front que cette démocratisation s’accélère. Certes, les appareils photographiques ne sont pas nombreux, mais des officiers, voire des hommes du rang, partirent avec leur appareil photographique. C’est là que les appareils Kodak pliables (le fameux Vest Pocket) dotés d’une pellicule souple permirent la réalisation de nombreux clichés.

Non seulement les amateurs en firent des albums photographiques qui sont des merveilles d’informations quand ils sont légendés, mais ils fournirent à des camarades des tirages de ces photographies. Ces échanges font que la vie à l’arrière, voire au front, est documentée pour le 149e R.I..

Album_149e_R

 Exemple de tirage offert au capitaine Jules Georges Hippolyte Robinet dans les années 1960.

Album_du_capitaine_Robinet

D’autres sources :

Des photographes du service des armées ou des journalistes prirent des clichés des hommes du 149e R.I. à plusieurs occasions.

Ce qui est le cas pour le 14 juillet 1917 lorsqu’une délégation du régiment s’est rendue à Paris. Ces hommes ont été désignés pour faire partie des éléments de régiments et de formations pour défiler derrière le général Augustin Dubail, durant la fête nationale du 14 juillet, dans les rues de la capitale, entre le cours de Vincennes et la place Denfert-Rochereau.

le_147e_R

Un autre évènement majeur pour le régiment photographié par un professionnel : son retour à Épinal le 4 août 1919.

Retour_du_149e_R

En guise de conclusion :

On imagine souvent que la photographie était encore un luxe au début du XXe siècle. Si sa pratique l’était, être photographié le fut de moins en moins. La photo-carte fut le médium principal de cette démocratisation au début du XXe siècle. Le développement de la pratique grâce à Kodak en fut un autre, à partir des années 1920.

Les photographies sont une source essentielle de cette histoire militaire du premier quart du XXe siècle. Si elles permettent de découvrir des aspects méconnus de la vie militaire, elles sont aussi une source particulièrement bien connue des spécialistes de régiments. Ceux-ci sont alors capables de replacer les clichés dans leur contexte spatial, chronologique, mieux que n’importe qui d’autre.

Sources :

La photographie de groupe du 147e R.I. provient du site « Gallica ».

Pour la consulter dans son format original, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. 

B

L'ensemble des autres photographies utilisées pour ce travail collectif provient de ma collection personnelle.

Pour consulter le travail réalisé par A. Carrobi, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

Site_Arnaud_Carobbi

Pour consulter le travail réalisé par S.Agosto, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

Blog_Stephan_Agosto

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à A. Carrobi, à J. Huret, à É. Mansuy et à « Marcus » qui intervient sur le forum « Pages 14-18 ».

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18 mai 2018

Ferdinand Dupuy-Gardel (1885-1917).

Ferdinand_Dupuy_Gardel

Ferdinand Dupuy-Gardel est né le 21 décembre 1885 à Viscomtat dans la maison paternelle puydomoise. À sa naissance, son père, Jean-Marie, âgé de 40 ans, travaille dans un atelier de cordonnerie. La mère, Jeanne Bassot, est une femme de 35 ans qui n’exerce pas de profession, elle s’apprête à élever son deuxième enfant.

Le degré d’instruction de Ferdinand n’est pas inscrit sur sa fiche signalétique et des services. Cependant, nous pouvons affirmer sans aucun souci qu’il a poursuivi ses études après la scolarité primaire obligatoire. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de l’école normale de Chamalières, ce qui nous permet de dire que ce jeune homme a obtenu les connaissances suffisantes pour devenir enseignant.

Le 27 septembre 1905, Ferdinand Dupuy-Gardel est incorporé au 105e R.I. de Riom, immatriculé sous le numéro 6641. Il vient tout juste de valider un engagement volontaire d’une durée de trois ans, dans les conditions de la loi du 11 juillet 1892 qui offre « la faculté d’être renvoyé au bout d’un an ».

Bénéficiant de cette clause qui lui permet de rompre son contrat en toute légalité, le soldat Dupuy-Gardel est envoyé dans la disponibilité de l’armée active avec l’octroi de son certificat de bonne conduite le 18 septembre 1906.

Ferdinand travaille ensuite comme instituteur public à Saint-Rémy-sur-Durolle.

Durant les années suivantes, il accomplit plusieurs périodes d’exercices dans son ancien régiment. La première a lieu du 24 août au 20 septembre 1908, la seconde se déroule du 29 août au 20 septembre 1910 et la troisième du 29 mai au 14 juin 1913.

Entre-temps, il a épousé Angélina Bion une jeune institutrice originaire du village de Fayet-Ronaye. Le couple s’est marié le 3 août 1909 à Viscomtat. De cette union est né un petit garçon qu’ils ont prénommé Jean René Alphonse.

Genealogie_famille_Dupuy_Gardel

Lorsqu’il franchit le portail de la caserne d’Anterroche le dernier jour de sa 3e période d’exercice, il est loin de s’imaginer qu’il sera, de nouveau, obligé de laisser ses élèves, pour, cette fois-ci, partir à la guerre.

Caserne_d_Anterroche_Riom_105e_R

En juillet 1914, les tensions politiques entre la France et l’Allemagne sont extrêmes. Le 1er conflit mondial du 20e siècle est sur le point de voir le jour.

Ferdinand Dupuy-Gardel est rappelé à l’activité militaire en vertu du décret de mobilisation générale du 1er août 1914.

De retour au 105e R.I., l’ex-instituteur retrouve son uniforme de soldat le 4 août. Cette fois-ci, il ne s’agit plus d’entraînements…

Son régiment quitte Riom trois jours plus tard. Les hommes embarquent dans les trains qui se tiennent prêts à partir en gare de Gray pour prendre la direction des Vosges. Le 105e R.I. combat dans le secteur d’Abrechviller avant de retraiter.

Le 14 septembre 1914, le soldat Dupuy-Gardel est blessé près de Fontenay. Touché par une balle à la cuisse gauche, il est évacué vers l’arrière.

La date exacte de son retour sur la ligne de front n’est pas connue. Elle a probablement lieu en janvier 1916.

Tout ce que nous savons de manière sûre, c’est qu’il fait partie des effectifs de la 28e compagnie du dépôt du 105e R.I. à la date du 12 août 1915. Ce jour-là, Ferdinand Dupuy-Gardel rédige un courrier à son supérieur. Il souhaite être nommé au grade de sous-lieutenant en vertu de la circulaire ministérielle n° 4753 c/1 qui date du 31 juillet 1915.

Son commandant de compagnie donne son aval : « Très bon soldat, dévoué et intelligent, a fait campagne et a été blessé. Instituteur public. Rentre dans la catégorie des candidats visée par la circulaire du 31 juillet 1915. Avis très favorable. »

Le 29 septembre, il est nommé caporal. Ses nouveaux galons et son savoir d’enseignant lui permettent d’exercer les fonctions de fourrier avant d’être promu dans le grade convoité pour la durée de la guerre à compter du 28 décembre 1915.

Une nouvelle affectation l’attend. Il a ordre de rejoindre le 17e R.I..

Arrivé sur le front le 23 janvier 1916, son récent passage au grade de sous-lieutenant l’amène en Artois, dans un secteur compris entre Houdain et Gouy-Servins, pour prendre le commandement d’une section du régiment.

Comme le laisse supposer une annotation sur le feuillet du personnel, rédigé par le lieutenant-colonel Paitard, responsable du 17e R.I., sa période passée au sein du régiment n’a pas laissé que des bonnes impressions.

Début septembre 1916, il écrit ceci : « Officier très calme et quelque peu effacé, s’occupant respectueusement de ses fonctions, mais ne semble pas en état, au moins pour le moment, d’exercer le commandement d’une unité supérieure à la section. »

Le 19 septembre 1916, Ferdinand Dupuy-Gardel est blessé du côté de Berny-en-Santerre.

Lorsqu’il revient dans son ancienne unité après sa convalescence, il est affecté à la 10e compagnie.

Le 7 août 1917, le sous-lieutenant Dupuy-Gardel est sévèrement puni par ses supérieurs. Le lieutenant-colonel Paitard lui inflige 8 jours d’arrêt de rigueur avec le motif suivant : « Étant en permission et ayant un motif légitime de demander une prolongation, en a adressé la demande au chef de corps, malgré l’interdiction, mainte fois répétée, d’agir ainsi. A considéré sa prolongation comme accordée bien qu’il n’eut pas reçu de réponse, et est, de ce fait, rentré quatre jours en retard. »

Le chef du 17e R.I. donne son appréciation sur les compétences de son subordonné : « Il n’avait, jusqu’ici, donné lieu à aucune plainte au sujet de sa conduite. Officier ayant de la bonne volonté, mais fort peu de moyens. Ne paraît pas s’être encore rendu compte de la gravité de la faute qu’il a commise. C’est pourquoi je ne le punis pas plus sévèrement et que je ne demande pas d’augmentation. »

Sa hiérarchie ne l’entend pas de cette façon. Elle impose une sanction beaucoup plus sévère. La punition est vite portée à 20 jours d’arrêt de rigueur, par le général commandant le 21e C.A. avant de passer à 30 jours par ordre du général responsable de la VIe armée. 

Cette faute entraîne  une pénalisation supplémentaire. Sa prochaine permission devra être réduite de quatre jours tout en étant retardée de deux mois. De plus, le général commandant le 21e C.A. estime que cet officier ne doit pas rester au 17e R.I.. Pour lui, c’est un mauvais exemple pour la troupe. Un changement de corps est donc demandé. 

Le lieutenant-colonel Peitard rédige une note très dure dans le feuillet individuel de campagne du sous-lieutenant Dupuy-Gardel : « A reçu deux blessures au cours de la campagne ce qui lui a fait perdre quelque peu de son activité. Consciencieux pendant les périodes de calme, mais perd tous ses moyens sous le feu. En somme, à peu près inutile au combat. À surveiller à tout point de vue. Moyens limités. »

C’est dans ces conditions qu’il reçoit sa mutation pour le 149e R.I.. Le 25 août 1917, il arrive au C.I.D. de la 43e D.I.. Le 22 septembre, Ferdinand Dupuy-Gardel intègre la 10e compagnie du régiment, placée sous l’autorité du lieutenant Monnoury. Le régiment est sur le point de commencer un entraînement préparatoire en vue de la future attaque de la Malmaison.

Peu de temps avant le déclenchement de cette offensive, le sous-lieutenant Dupuy-Gardel est immortalisé par l’objectif du photographe parmi tous les officiers du 3e bataillon à Ancienville.

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

La bataille de la Malmaison a lieu le 23 octobre 1917. La 10e compagnie est engagée en tête d’attaque durant la 2e phase de l’opération avec le reste du 3e bataillon après avoir été en soutien durant la 1ère phase.

La section du sous-lieutenant Dupuy-Gardel est dans le secteur du bois de Belle Croix lorsque celui-ci trouve la mort.

Sa fin est violente et instantanée, plusieurs éclats d’obus lui arrachent une partie du visage et du crâne.

Le sergent Alfred Marquand évoque sa rencontre avec le corps sans vie de cet officier dans l’ouvrage « Et le temps à nous est compté » :

«…Le deuxième cadavre est celui du sous-lieutenant Dupuy-Gardel que je reconnais péniblement malgré la boursouflure du visage à la courte barbe en pointe. Le cou n’est plus qu’une masse broyée de caillots hideux. Les jambes dépouillées des leggins offrent la pitrerie macabre des chaussettes tombant sur le cou-de-pied. Les infâmes détrousseurs ont déjà glané leur butin… »

Le passage de cet officier au sein des effectifs du 149e R.I. a vraiment été trop bref pour que ses chefs puissent se faire une opinion sur lui.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant la journée du 23 octobre 1917, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Tranchee_de_la_Loutre__bois_de_Belle_Croix

Ferdinand Dupuy-Gardel est inhumé dans le cimetière de Condé-sur-Aisne, par les soins du groupe de brancardiers de la 43e D.I., dans une sépulture qui porte le n° 313.

Son acte de décès est envoyé pour transcription sur le registre d’état civil de la commune de Saint-Rémy-sur-Durolle, le 26 mars 1918.

Le corps de cet homme a certainement été rendu à la famille dans les années 1920.

Son nom est inscrit sur les monuments aux morts des communes de Saint-Rémy-sur-Durolle et de Viscomtat ainsi que sur celui de l’école normale de Chamalières.

Cet officier a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre n° 201 de la 13e D.I. :

« A constamment donné l’exemple du courage et de l’énergie. Blessé le 19 septembre 1916 en surveillant, malgré un violent bombardement, l’organisation d’une tranchée récemment enlevée à l’ennemi. »

Citation à l’ordre de l’armée (publication dans le J.O. du 17/01/1918)

« Officier brave et courageux, joignant aux plus brillantes qualités militaires, le sentiment du devoir poussé jusqu’à l’abnégation. Tué à … au moment où il se portait à l’attaque du fortin ennemi qui opposait une résistance acharnée. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Fiche signalétique et des services lue sur le site des archives départementales du Puy-de-Dôme.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

J.M.O. du 105e R.I.. S.H.D. de Vincennes.  Réf : 26 N 676/1

J.M.O. du 17e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 588/2

La photographie de groupe est extraite du fonds Paul Douchez, un témoignage en trois volumes. Ce volumineux travail a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à M. Porcher, à F. Barbe, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales du Puy-de-Dôme. 

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25 mai 2018

Frédéric Alexis Biehler (1893-1917).

Frederic_Alexis_Bielher

Frédéric Alexis Biehler est né le 10 juillet 1893, dans le petit village de Saint-Laurent situé au sud-est d’Épinal. Le père, Frédéric, est âgé de 34 ans. Il travaille comme boucher. La mère, Marie Célestine Michel, qui a 35 ans, exerce le métier de tisserande dans une usine locale. Elle élève déjà une fille. Les parents se séparent après la naissance de leur troisième enfant. Le père se remarie avec Marie Angélina Colin, avec qui il aura 7 autres enfants.

Une fois sorti de l’école communale avec un degré d’instruction de niveau 2, Frédéric Alexis choisit de pratiquer la profession paternelle. Il reste sur son billot à découper la viande et à désosser les carcasses jusqu’au jour où il doit honorer ses obligations militaires.

Dans sa jeunesse, il pratique le tir, à titre civil, dans le club sportif « l’avant-garde » dans son village natal. Il y obtient d'excellents résultats au niveau régional en 1912 et 1913.  

Déclaré « bon pour le service armé », le jeune homme est classé dans la première partie de la liste du canton d’Épinal pour l’année 1913.

Malheureusement pour nous, sa fiche matricule, visible sur le site des archives départementales des Vosges, ne fournit pas d’explication sur son parcours militaire.

Tout ce que nous pouvons confirmer, c’est que Frédéric Alexis Biehler porte toujours l’uniforme, lorsque les hostilités contre l’Allemagne débutent en août 1914, probablement au 149e R.I..

Pour tenter à minima une reconstruction de son parcours de soldat, nous disposons des informations trouvées sur sa fiche du site « Mémoire des Hommes » et sur son acte de décès fourni par la mairie d’Épinal.  Ce qui est vraiment peu.

Comme pour son service militaire, nous ne saurons rien sur ce qu’il a fait durant les 3 premières années du conflit si ce n’est cette petite anecdote racontée par J. Baptiste, petit-neveu de ce sous-officier.

« Lors d'une permission obtenue pour Noël 1916, il a rapporté un fusil pris aux Allemands. Lorsqu’il est arrivé à la gare d'Épinal, un chef de police militaire a voulu lui confisquer. Le sergent Biehler a attrapé cet homme par le col de sa veste pour lui dire que s'il voulait obtenir un fusil comme celui-ci, il devrait faire comme lui, monter aux tranchées de premières lignes, pour le prendre aux Allemands.

Dans les années 1950-1955, l'un de ses derniers frères s'en servait encore à la chasse pour tirer le gros gibier. »

Le sergent Biehler faisait partie des effectifs de la 11e compagnie du 149e R.I., le jour où il a trouvé la mort, au cours de la bataille de la Malmaison, près du bois de la Belle Croix, le 23 octobre 1917 ; il a été touché par une balle en pleine tête.

Les sergents Ernest Verbe et Roger Richard confirment sa mort quelque temps plus tard lorsque son acte de décès est enregistré par l’officier d’état civil du régiment.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Bois_de_la_Belle_Croix

Après les combats, il est inhumé par le groupe de brancardiers de la 43e D.I. à Condé-sur-Aisne, dans une sépulture individuelle numérotée 171.

Il repose actuellement à Vauxbuin avec 30 de ses camarades tués le même jour dans ce secteur. Sa tombe, qui porte le numéro 63, est placée dans le carré C de la nécropole nationale française de cette commune.

Sepulture_Frederic_Alexis_Bielher

Le nom de cet homme est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Saint-Laurent rattachée à Épinal en 1964.

Monument_aux_morts_de_Saint_Laurent

Frédéric Alexis Biehler a obtenu la 1ère citation de sa croix de guerre en Artois en 1915. La seconde est gagnée dans le secteur du fort de Vaux en 1916 et la troisième près du trou Bricot.

Le sergent Biehler est décoré de la Médaille militaire le 14 octobre 1916.

« Sous-officier d'une bravoure et d'un sang-froid exemplaires. Le 4 septembre 1916, après avoir brillamment enlevé une section de grenadiers à l'assaut d'un village fortement occupé, s'est rendu maître de deux forts groupes ennemis qui offraient une résistance acharnée et a tué de sa main six Allemands. Violemment contre-attaqué, a résisté seul et a maintenu la position en attendant bravement l'arrivée d'une section de renfort. Blessé au cours de l'action, a refusé de se laisser évacuer et a conservé le commandement de son groupe après un pansement sommaire. Déjà cité trois fois à l'ordre. »

Cette concession prend rang le 18 septembre 1916, elle comporte également l’attribution d’une palme à sa croix de guerre.

La généalogie de la famille Biehler peut se consulter en cliquant une fois sur l’image suivante.

Geneanet

Sources :

La fiche signalétique et des services et l’acte de naissance de Frédéric Alexis Biehler ont été consultés sur le site des archives départementales des Vosges.

Les registres de recensement des années 1901 et 1911 de la commune de Saint-Laurent qui ont permis de retrouver la composition de la famille Biehler ont été consultés sur le site des archives départementales des Vosges.

Les portraits de ce sous-officier proviennent de la collection personnelle de J. Baptiste, petit neveu du sergent Biehler.

Le cliché du monument aux morts de la commune de Saint-Laurent a été réalisé par É. Mansuy.

La photographie de la sépulture a été faite par J. Baptiste.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Baptiste, à A. Carobbi, à É. Mansuy,  aux archives départementales des Vosges et à la mairie d’Épinal.

 

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