18 juin 2013

Louis Cretin (1891-1945) une bien terrible destinée...

                    Louis_Cretin  

Les lecteurs du blog du 149e R.I. se souviennent certainement des textes laissés par Louis Cretin. Textes qui sont extraits d’un témoignage émouvant et qui évoquent les épisodes tragiques vécus par cet homme durant la quasi-totalité du conflit, dans ce régiment spinalien. Certaines scènes du quotidien racontées sont parfois décrites avec un brin de malice et surtout avec beaucoup d’humour.

 Mais qui était Louis Cretin ?

 Retrouver la filiation et le vécu de ce soldat de la Grande Guerre semble être une gageure, voire une quête de l’impossible. En effet, les d’indices d’identifications qui filtrent dans son témoignage ne permettent pas de retrouver ses origines.

Voici ce qu’il nous dit : « Je me nomme Louis Cretin, ex-soldat musicien du 149e R.I. de la classe 1911. Je suis actuellement tisserand au Pont-au-Lait, à Saint-Maurice-sur-Moselle dans les Vosges. »

À priori, avec ces modestes informations en main, il y a bien peu de chances de trouver une piste sérieuse qui va nous permettre de reconstruire une partie de son parcours de vie. Il faut donc chercher ailleurs.

Un lot de cartes photos, n’ayant aucun lien avec le carnet de Louis, acheté chez un bouquiniste va peut-être nous aider à faire un pas en avant dans cette démarche.

La photographie suivante représente la musique du 149e R.I.. L’officier et le sous-officier qui se trouvent au sein de ce groupe de soldats sont connus. Le premier est le chef de musique Paul Porte, le second est le sous-chef de musique Émile Drouot.

                   Carte_postale_Louis_Cretin_1

 En retournant la carte postale, nous pouvons lire le texte suivant :

                   Texte_carte_postale_Louis_Cretin_1

«  Cette photo a été prise à la Louvroie le jour de la revue du général Bonneau. Toute la musique est au complet. Moi, je suis indiqué par 2 +  et celui qui en a une c’est mon ancien. Je vous en enverrai prochainement des autres de la fête d’hier (vétérans)»

Ce petit texte qui ne porte pas de signature et qui n’est pas daté est adressé à une dénommée Léonie Cretin.

Un agrandissement de la photographie permet de retrouver aisément les deux personnes évoquées dans le texte.

                                        Portrait_Louis_Cretin_1     

Voici maintenant une seconde photographie qui fait partie du même lot. Elle représente également la musique du 149e R.I. et nous retrouvons les silhouettes familières du chef de musique Paul Porte et du sous-chef de musique Émile Drouot.

                   Carte_Postale_Louis_Cretin_2           

Cette fois-ci, le texte laissé au verso est beaucoup plus généreux en informations.

                  Texte_carte_postale_Louis_Cretin_2       

« Biens chers parents,

Je vous envoie la photographie de la musique prise au quartier, je l’envoie également à Charles. Demain dimanche, il y a les courses de bécanes à Épinal et le fils Boileau reste pour les voir, il irait chez eux dimanche prochain. Vers la fin de la semaine, mercredi, vous m’écrirez si vous avez l’intention de commencer les foins. Lundi. Je demanderai une perm pour aller vous donner un petit coup de main, c’est tout ce que je peux faire cette année. Surtout, ménagez-vous dans ce moment pénible et ne vous forcez pas trop. Ici il fait beau temps et quelques cultivateurs commencent la fenaison. Si lundi vous ne commencez pas, j’attendrai 8 jours de plus pour aller vous aider. Je suis en bonne santé et vous souhaite être de même. Avec cette photo, je vous envoie mes plus filiaux baisers. Louis Cretin »

Ici, l’auteur du texte n’a pas eu la riche idée de nous laisser un indice qui permettrait de le reconnaitre de manière irréfutable. Après une observation minutieuse à la loupe de la carte postale, le portrait le plus ressemblant avec celui de la photographie précédente pourrait bien être celui du soldat qui se trouve juste sous la fausse clé de voute de la fenêtre centrale. L’homme qui pose à sa gauche rappelle également son « ancien ».

Même s’il y a quelques points de similitude, la ressemblance est loin d’être sûre !!!

Un agrandissement sur les personnes permet de faire la comparaison. À chacun de se faire sa propre opinion…

                   Portrait_Louis_Cretin_2

Cette fois-ci, la carte postale est datée du  14 juin 1913. Elle est signée du nom de Louis Cretin et elle est adressée à Léon Cretin. Le prénom de Charles est cité dans le texte.

Mais est-ce que le Louis Cretin qui appose sa signature sur cette carte postale et le Louis Cretin qui a rédigé le témoignage sont la même personne ? Pour l’instant, rien ne vient légitimer cette hypothèse.                                

Il manque toujours la source, le « chaînon manquant », qui va nous permettre de relier tous les documents précédents de manière plus sérieuse.

Une visite sur le site des archives départementales des Vosges est nécessaire. Il faut consulter le registre du recensement de l’année 1906 de la commune de Saint-Maurice-sur-Moselle, pour trouver ceci :

                 Tableau_recensement_

Nous avons maintenant la composition complète de la famille de Louis Cretin. Les liens entre tous les documents peuvent se faire maintenant plus aisément.

Avec ce précieux sésame, nous pouvons déduire que la première carte postale est adressée à la sœur de Louis, Léonie. La seconde est expédiée à son père Léon. Charles, qui est cité dans le texte de la deuxième carte postale, est certainement son frère.

Ce document indique également le lieu de naissance de Louis Cretin. Une visite supplémentaire sur le site des archives départementales des Vosges permet de trouver très facilement son acte de naissance.

À partir de là, tout s’éclaire…

Louis voit le jour le 21 juillet 1891 dans le village de Bussang. Il est le troisième d’une fratrie de quatre enfants. Léonie et Charles, ses ainés, sont natifs de Granges. Louis Émile est le fils légitime de Joseph Léon Cretin qui, à sa naissance, est âgé de trente-huit ans et de Marie Éléonore Géhay qui, elle, est âgée de 29 ans.

Son père exerce la profession de préposé des douanes et sa mère est ménagère.

La famille Cretin s’installe dans la petite bourgade de Saint-Maurice-sur-Moselle après la naissance de Louis.

Louis épouse Marie Joséphine Grosjeais le 4 juin 1921 dans la commune vosgienne du Thillot.

En 1898 Henri, le frère cadet de Louis voit le jour à Saint-Maurice-sur-Moselle.

Quelques informations supplémentaires glanées dans son témoignage permettent de confirmer que Louis est bien marié, et qu’il a deux petites filles, qui sont respectivement âgées de 6 et 3 ans au moment ou il rédige son écrit. Il fait également allusion à un autre de ses frères qui est prénommé Henri, un jeune homme de la classe 1918, appartenant au 31e B.C.P., qui sera blessé en octobre 1918.

 La fiche signalétique et des services de Louis Cretin a pu être consultée aux archives départementales des Vosges. L’état civil de cette fiche confirme bien la filiation avec Joseph Léon et Marie Eleonore Gehay. Sa date et son lieu de naissance, sa profession et  son lieu de résidence sont exacts. Par contre, cette fiche ne comporte aucune information sur les affectations régimentaires et sur son parcours de soldat durant la guerre de 14-18 ! Elle ne fait pas référence au 149e R.I. et encore moins à un autre régiment !

Louis est décrit comme ayant les cheveux blonds et les yeux bleu clair. Son front est moyen, son nez est donné comme grand et son visage étroit. Il mesure 1 m 67.

Bien vide cette fiche signalétique et des services ? Pas tant que cela ! Pour ceux qui sont encore un peu sceptiques,  deux informations capitales vont venir nous confirmer que c’est bien celle de Louis Cretin.

Il est fait référence à une cicatrice due à une transfusion sanguine et à des séquelles de fracture à la jambe droite.

Il faut reprendre la lecture du texte de Louis pour lire ceci :

« … l’éclatement de 4 marmites se produit au milieu du dépôt. Les piquets, les planches, les rouleaux de fil de fer voltigent de tout côté. Je reçois un morceau de bois qui me fait l’impression de me faucher la jambe… J’ai la jambe droite fracturée à la partie moyenne… »

Plus loin, il écrit :

« Le 21 juillet, jour anniversaire de mes 27 ans, le major passe une visite aux blessés de notre salle. Il s’arrête près de moi et me demande si je consentirais à donner du sang à un camarade grièvement blessé… Sans hésiter, je réponds oui. »

  Dans ses souvenirs, l’auteur nous fait également savoir qu’il est incorporé à la 3e compagnie du 149e R.I. en 1912, avant de rejoindre la musique du régiment. Il dit aussi qu’il a été décoré de la croix de guerre quelques semaines avant la fin du conflit avec la citation suivante :

« Brancardier très dévoué, au front depuis le début des hostilités. A toujours accompli courageusement son devoir. »

Si aucune indication n’est donnée sur sa fiche concernant son parcours de soldat de la Grande-Guerre, ses écrits nous permettent d’en savoir un peu plus. Cette fiche matricule imcomplète sur la période 1912-1919, est en revanche plus fournie sur sa participation aux F.F.I. de Saint-Maurice-sur-Moselle du 1er juin 1944 au 2 octobre 1944.

Que s’est-il passé durant cette période ?

Saint-Maurice-sur-Moselle est une petite commune de deux mille habitants, blottie au milieu de la  vallée de la Moselle. 

Au mois d’avril 1943, le commandant Lucien Gonand, responsable des organisations Giraud, charge le brigadier Mansuy des eaux et forêts de Saint-Maurice-sur-Moselle de constituer un groupe de résistants dans la commune. Avant cette date, Il n’y avait pas de maquis proprement dit dans cette agglomération rurale.

Une poignée de Frémis se réunissent autour du brigadier forestier Mansuy. Le groupe doit se former. Il faut se préparer à prêter main-forte aux alliés lorsque le moment sera venu. Des plans de sabotage des voies de communication sont établis. Des mises au point concernant l’organisation proprement dite sont régulièrement  à l’ordre du jour.

Le maquis des Roches de Morteville est créé en novembre 1943. Il a pour mission principale de mettre à l’abri les réfractaires au S.T.O.. Son emplacement géographique nécessite  un ravitaillement qui reste difficile à faire. Il est abandonné au début de l’année 1944  pour être transféré, avec celui de Bussang, au Peut-Haut.

Les Allemands sont irrémédiablement repoussés vers les Vosges depuis la fin du mois de septembre 1944. Ils ont l’intention de créer une ligne de résistance dans cette région. Chaque matin, les membres de l’organisation Todt et les S.S. appellent les hommes de Saint-Maurice-sur-Moselle pour les faire travailler sur les hauteurs de la commune. Ceux-ci sont dans l’obligation de creuser des tranchées. Ils doivent également préparer des emplacements qui seront susceptibles de recevoir des pièces d’artillerie de montagne, des mortiers et des nids de mitrailleuses.

Le 2 octobre 1944, un détachement de la division S.S. «  Das Reich » arrive sur la place du village. Les hommes sont déjà rassemblés pour partir au travail forcé. Comme à l'accoutumée, il est procédé à l’appel des travailleurs. Au même moment, un homme sort de sa poche, une liste de noms. Après lecture de celle-ci, les personnes désignées doivent se mettre à part.

Elles montent aussitôt dans deux camions qui les conduisent à Bussang. Ces personnes restent dans ce village jusqu'au matin du 3 octobre. De nouveau, ils reprennent la route en camions pour être conduits à la prison de Mulhouse. Entre-temps, sept d’entre eux viennent d’être fusillés en chemin. Les rescapés sont dirigés sur le camp de concentration de Schirmeck, pour être ensuite envoyés vers les camps de la mort…

Louis Cretin se trouve parmi eux.

Quel rôle a joué Louis Cretin durant tous ces évènements ? Je n’en ai aucune idée. Je sais simplement qu’il existe un dossier le concernant, qui se trouve aux archives des victimes des conflits contemporains  de la ville de Caen. Je n’ai pas eu l’occasion de me rendre sur place pour le consulter.

Louis est déporté à Dachau , il fait partie du convoi 461 et porte le matricule 114448.

Il décède le 4 février 1945 dans ce camp de la mort. Cette date et ce lieu de décès sont bien inscrits en marge de son acte de naissance.

Une recherche sur le site de « Mémoire ses Hommes » permet de trouver la fiche suivante.

                 Fiche_39_45_Louis_Cretin

Dans ce tableau, il faut noter une petite erreur concernant le lieu de naissance.

Une plaque commémorative fixée sur le mur de la mairie de Saint Maurice-sur-Moselle vient rappeler les évènements tragiques qui eurent lieu le 2 octobre 1944.

               Plaque_commemorative

Les liens unissant la famille Cretin de Saint-Maurice-sur-Moselle, le résistant Louis Cretin décédé à Dachau et l’auteur des souvenirs du soldat-musicien de la classe 1911 au 149e R.I. sont maintenant établis.

Il reste cependant quelques zones d’ombre pour confirmer de manière catégorique que le portrait de Louis Cretin est bien le sien. En effet, même s’il y a des similitudes entre l’écriture de la première carte qui n’est pas signée et la seconde, je ne peux pas confirmer à 100 % que c’est la même personne qui les a rédigées.

Sources :

Wikipédia.

Site des archives départementales des Vosges.

Site « Mémoire des Hommes ».

Site « Mémorial Gen Web ».

Témoignage inédit de Louis Cretin qui peut se consulter en cliquant un fois sur l'image suivante :

                                       Le_chemin_des_Dames_et_la_Malmaison   

 « Notre village Saint Maurice-sur-Moselle » bulletin de liaison ° 14 publié en octobre 2005.

Un article concernant les évènements du 2 octobre 1944 est  paru dans le journal « La Liberté de l’Est »  du 11 janvier 1949.

Un grand merci à M. Bordes, à J.M. Bolmont, à D. Browarski, à A. Carobbi, à T. Cornet, à É. Mansuy, aux différentes personnes du forum « pages 14-18 » qui m’ont apporté leur aide, à la mairie de Saint-Maurice-sur-Moselle et aux archives départementales des Vosges.                

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25 juin 2013

Souvenirs de Louis Cretin, un soldat musicien du 149e R.I..

                   Carte_postale_Louis_Cretin_1              

Afin de faciliter la lecture des souvenirs de Louis Cretin, soldat musicien du 149e R.I.,  j'ai réalisé cet index qui permet un accès rapide aux textes publiés dans les différents articles de ce blog.                                                            

Un immense et chaleureux merci à  D. Browarski et à T. Cornet qui nous offre ici la possibilité de lire ce témoignage qui couvre la quasi-totalité de la guerre. 

Pour avoir accès aux textes, il suffit de cliquer une fois sur chacune des images.

 

                                                                   1914        

                                            D'épinal à Wisembach

                                                     1) Premiers coups de feu

                  Louis_Cretin_Wisembach

                                         2) Une histoire de drapeau bien incroyable !

                  149eme_R

                                            3) Du col de Saales à Val-et-Chatillon...

                  Louis_Cretin__Abreschviller_

                                            4) Une longue retraite pour la C.H.R. du 149e R.I..

Girecourt_sur_Durbion

                                     

                                         De Wassy à Souain (septembre 1914)

                                                 1) Marche ou crève pauvre biffin !!!

                   Marche_ou_creve_pauvre_biffin

                                                    2) Une gorgone Sarysienne

 Une_Gorgone_Sarysienne

       3) Indicibles souffrances

  Carte_photo_2

                                                   4) Entre Suippes et Souain

                   Entre_Suippes_et_Souain

                                                 5) Un jus bien désagréable

                   Un_jus_bien_d_sagr_able

                                                                   1915

                                    En Artois             

                                                        La bistouille (février 1915)

                  La_bistouille

                       Deux bien étranges recrues à la C.H.R. du149e R.I. (août 1915)

                  Deux_bien__tranges_recrues___la_C

                                                                      1916

                                     La  Meuse, la Champagne et la Somme

                                       La bouffarde de M’sieur Drouot (mars-avril 1916)

                La_bouffarde_de_M_sieur_Drouot

                                    Après Verdun, la troupe se lâche (avril-mai 1916)

                Apr_s_Verdun__la_troupe_se_l_che

                                    Le camp de Mailly, repos et permission (juin 1916)

                Le_camp_de_Mailly__repos_et_permission

                                Rencontre avec les troupes russes (juillet-août 1916)

               Rencontre_avec_les_troupes_russes

                             Un musicien brancardier raconte (août-septembre 1916)

              Un_musicien_brancardier_raconte

                                                                    1917

                            L'Alsace, le chemin des Dames et la Malmaison

                                                      Alsace 1917 (janvier 1917)

                Alsace_1917

                                 Le chemin des Dames et la Malmaison (juin 1917)

               Le_chemin_des_Dames_et_la_Malmaison

                                                                       1918

                                                          Vosges

                                                             Vosges (janvier-avril 1918) 

Lauterupt

 

                                                               Champagne

                                                    Champagne (juin-juillet 1918)

                      Champagne

                      Pour en savoir plus sur Louis Cretin, il suffit de cliquer sur l'image suivante :

                                   Louis_Cretin

                                       Un grand merci à D. Browarski et à T. Cornet.

 

 

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