28 août 2012

Raymond Bonnefous (1893-1979).

                   Raymond_Bonnefous

Un très chaleureux merci à N. Bauer pour son autorisation de publier ici cette petite note biographique concernant son grand-père le médecin sous-aide major Raymond Bonnefous.

 Raymond Bonnefous vit le jour le 8 mai 1893 à Rodez.  Il est le fils de Louis et de Jeanne Thédenat. Son père exerçait la profession de chirurgien. Il fait ses études secondaires au lycée de Rodez, puis il entreprend des études de médecine à la faculté de Toulouse. À la mobilisation, ce jeune homme de 21 ans est en deuxième année de faculté.

Après avoir fait ses classes à la 16e section d’infirmiers à Perpignan, Raymond Bonnefous est détaché le 17 septembre à l’hôpital temporaire 21 puis à l’hôpital temporaire 30 de Rodez, en tant qu’infirmier de visite. Nommé médecin auxiliaire le 20 juin 1915, il intègre le 6 juillet le G.B.D. de la 43e D.I. qui se trouve alors en Artois. Il reste au G.B.D. jusqu’au 3 janvier 1918, date à laquelle il est nommé au 149e R.I..

Il quittera ce régiment le 28 décembre de cette même année avec le grade d’aide-major. Après la guerre, c’est la reprise des études de médecine, Raymond Bonnefous obtient son doctorat en 1925. Chirurgien, il se lance parallèlement dans une carrière politique : élu maire de Rodez en 1935, il sera sénateur de l’Aveyron de 1946 à 1971 et président du Conseil Général de 1949 à 1976. Il disparaît le 5 juillet 1979. 

Citations : 

À l’ordre de la division, avril 1916 : « Chargé d’évacuer les blessés d’un village dans le voisinage immédiat de la ligne ennemie, a pendant deux nuits consécutives fouillé maisons et caves et enlevé ceux qu’il a trouvés au milieu des plus grandes difficultés. S’est déjà signalé maintes fois au cours de la campagne. » Croix de guerre. 

À l’ordre de la division, le 13 août 1917 : « Médecin auxiliaire d’un grand dévouement et d’une remarquable bravoure. Chargé des évacuations, n’hésite jamais à se rendre au premier appel quels que soient les dangers à courir. À donné, en particulier les 12 et 19 juin un magnifique exemple de mépris du danger en venant procéder sous des rafales d’une grande violence, aux positions des batteries mêmes, à l’enlèvement d’officiers grièvement blessés, dont un doit, pour une large part, la vie à la rapidité de son évacuation. » 

À l’ordre de l’armée, mai 1918 : « Médecin sous-aide major Bonnefous. D’un dévouement inlassable, d’un courage au-dessus de tout éloge, est allé à différentes reprises au cours des combats des 28 et 29 mai 1918, donner des soins et ramasser des blessés même en avant de la ligne. À ramené dans nos lignes le corps d’un officier. À montré pendant ces opérations, sous un feu violent de mitrailleuses, le plus bel esprit d’abnégation et une grande bravoure. Donne à tous les hommes, dans les endroits les plus exposés, le réconfort de sa présence. » Croix de guerre avec palme. 

À l’ordre de la division, 15 juillet 1918 : « Médecin d’un dévouement remarquable. Fait preuve en toutes circonstances d’une bravoure, d’une abnégation et d’un esprit de sacrifice hors pair. Se porte constamment au secours des blessés quelle que soit la force du bombardement. »

À l’ordre de l’armée : Médecin sous-aide major d’une bravoure à toute épreuve. Dans la période du 2 au 4 octobre 1918, sur un terrain battu par le tir incessant des mitrailleuses allemandes, est allé panser et relever les blessés de son bataillon et d’un bataillon voisin, jusque dans les fils de fer de l’ennemi. Détaché lors de l’attaque de la ligne Hunding dans un Bataillon de Chasseurs, y a montré le même mépris du danger et a fait l’admiration de tous par son superbe courage. Cinq citations, dont une à l’Armée. » Croix de guerre avec palme. Nommé aide-major de 2e classe. 

Raymond Bonnefous a obtenu la Légion d'honneur en 1921.

Sources : 

Toutes les informations présentées dans cette petite notice m’ont été données par N. Bauer, la petite-fille de Raymond Bonnefous. 

L’histoire de Raymond Bonnefous durant la Grande Guerre peut se lire dans le roman de Nathalie Bauer « Des garçons d’avenir » publié en 2011 aux Editions Philippe Rey. 

                                                  Des_gar_ons_d_avenir__couverture__

Pour en savoir plus sur la carrière politique de Raymond Bonnefous, il suffit de cliquer une fois sur les deux images suivantes. 

Assembl_e_nationale

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Un grand merci à N. Bauer, à M. Bordes et à M. Clément qui intervient régulièrement sur le forum du site « Pages 14-18 ».

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04 décembre 2012

Foucaucourt-Soyécourt, septembre 1916, du côté des postes de secours...

                   Raymond_Bonnefous         

De nouveau un très grand merci à N. Bauer pour son autorisation de publier ici les passages inédits provenant du carnet laissé par son grand-père Raymond Bonnefous. 

Le 18 août 1916, le G.B.D. 43 s’était installé à Framerville. Le médecin sous - aide major Raymond Bonnefous, du groupe de brancardiers divisionnaire de la 43e D.I., nous fait part de ses observations sur l’attaque menée par la 85e brigade, depuis son poste de secours. 

                   Carte_Framerville

 Samedi 2 septembre 1916 

Repos au cantonnement. Préparatifs de l’attaque ; on termine la composition des équipes, l’approvisionnement des postes.  

Dimanche 3 septembre 1916 

Grand-messe à Framerville. L’attaque est vraisemblablement pour demain, et le soir, je reçois l’ordre de monter avec douze hommes au poste de la Boulangerie. La nuit s’écoule tranquille et le matin…

                              Groupe_de_brancardiers

                              Somme 1916. Une partie de l équipe de brancardiers de Raymond Bonnefous

                                       (Ce dernier se trouve debout au centre de la photographie)

 Dimanche 3 septembre 1916

Grand-messe à Framerville. L’attaque est vraisemblablement pour demain, et le soir, je reçois l’ordre de monter avec douze hommes au poste de la Boulangerie. La nuit s’écoule tranquille et le matin… 

Lundi 4 septembre 1916

… nous apprenons que l’attaque se déclenche à 14 h 00. Je descends déjeuner à Framerville en hâte et, à midi, je reçois mes renforts : ma première section et la troisième avec Martin.

À 14 h 00, les vagues d’assaut sortent des tranchées. Grimpés sur les parapets, nous les voyons monter au pas, à droite de Soyécourt, précédées d’un tir de barrage de 75 formidable. Les canons tirent à toute vitesse et bientôt la vue est barrée par un nuage de fumée ; on voit dès le début de l’attaque des groupes se détacher : ce sont des prisonniers qui descendent ; nous sommes enthousiasmés. À 4 h 00, les blessés commencent à affluer ; toutes les équipes entrent en service et jusqu’à 10 h 00 du soir, il n’y a pas une minute d’interruption. À 8 h 00, je monte voir un P.S. de relais sur le trajet du 149e, puis le P.S. du 3e B.C.P., et je redescends pour avancer mon poste, qu’avec difficulté, sous l’averse qui vient de se déchaîner et en continuant les évacuations, je porte au boyau du parc, ce qui me permet d’utiliser les brouettes porte-brancards plus longtemps. Les équipes peuvent se reposer trois heures dans la nuit et je m’étends moi aussi de minuit à 5 h 00, tout mouillé et gelé. 

Mardi 5 septembre 1916

À 5 h 00, je monte en reconnaissance avec Ducuing. Nous pataugeons dans les boyaux C5b et Brière de l’Isle, et nous décidons sur ce dernier l’établissement d’un P.C. de relais, qu’à 9 h 00 du matin, je viens installer  avec 12 hommes de la 1ère dans un grand abri allemand à deux entrées et très profond, situé au milieu de la première maison de Soyécourt. Le mouvement des blessés, un peu ralenti pendant la nuit, a repris dès le petit jour, avec de grosses difficultés pour les brancardiers.

Par un boyau très marmité, je vais voir le médecin du 149e. Une 2e attaque se déclenche, nouveaux prisonniers, peu de blessés.

À 4 h 00 du soir, mes équipes exténuées ont enfin un moment de détente et nous en profitons tous pour manger un morceau en hâte. Puis les évacuations de blessés allemands couchés continuent jusqu’à la nuit,  ce qui me force à garder un officier saxon. Je reçois pour la nuit deux équipes de territoriaux, qui suffisent à assurer le service et permettent à mes équipes 8 heures de repos. 

                   Position_du_G

 Mercredi 6 septembre 1916

Au matin, le défilé des blessés allemands continue. Ce sont tous des Saxons, en général jeunes et vigoureux, plutôt sympathiques. Comme les prisonniers que nous voyons depuis la veille passer en file, ils sont tous du 102 et du 103.

À 4 h 00 de l’après-midi, une troisième attaque se déclenche ; elle est pour nous un peu plus meurtrière que les précédentes et ne donne aucun résultat, car nos poilus, sans ravitaillement et dans la boue depuis trois jours, sont exténués. Le soir, je reçois une équipe de renfort du G.B.C.A. 35 (depuis notre entrée en ligne, nous sommes rattachés au 35e C.A.) et les 4 équipes fonctionnent à peu près sans interruption jusqu’à 1 h 00 du matin où le mouvement s’arrête enfin. 

Jeudi 7 septembre 1916

La journée est très calme. Deux nouvelles équipes du G.B.C.A. 35, que je reçois, n’ont rien à faire. Je peux descendre déjeuner à Foucaucourt (dorénavant, je descendrai y prendre tous mes repas avec Martin) et l’après-midi je monte avec Côme faire le tour de Soyécourt ; nous montons dans les anciennes lignes allemandes et admirons le travail parfait de notre  artillerie : tranchées et boyaux sont nivelés, les abris sont effondrés ou murés ; des abris de toutes sortes, casques de tranchées, équipements, grenades, cartouches, traînent partout. On voit de nombreux cadavres allemands dans la première et la deuxième ligne ; quelques cadavres français à découvert sur la plaine. Les boyaux ne sont plus que des sentiers reliant les trous d’obus. Devant nous, on voit Vermandovillers, dont la 86e brigade tient les 3/4 ; un peu partout et pas loin, les Allemands marmitent. 

Vendredi 8 septembre 1916

Journée calme. L’après-midi, deuxième promenade dans les lignes. Sur le soir, rapide visite du médecin-chef. Cinq ou six blessés sont évacués avant la nuit et nous dormons tranquilles.  

Pour en savoir plus sur Raymond Bonnefous (cliquer sur l’image suivante) :   

                                        Raymond_Bonnefous

Sources : 

Toutes les informations présentées dans cette petite notice m’ont été données par N. Bauer, la petite-fille de Raymond Bonnefous. 

La photo utilisée pour le montage est extraite du site suivant :

 http://defouloir.forumactif.org/visite-memorial-14-18-h31.htm : 

Merci à son auteur qui vient de me donner son autorisation pour que je puisse l’utiliser ici. 

L’histoire de Raymond Bonnefous durant la Grande Guerre peut se lire dans le roman de Nathalie Bauer « Des garçons d’avenir » publié en 2011 aux Éditions Philippe Rey. 

Un grand merci à N. Bauer et à M. Bordes.

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23 juin 2014

Carnets de Raymond Bonnefous... Les combats dans le secteur d'Arcy-Sainte-Restitue.

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Une fois de plus, un très grand merci à N. Bauer, pour son autorisation de publier ici un nouveau passage du carnet laissé par son grand-père Raymond Bonnefous.

27 mai 1918

Ordre subit et inattendu à 9 h 00 à la suite duquel, après une série d’ordres et contre-ordres, nous embarquons en camion à 20 h 00. Roulons toute la nuit.

28 mai 1918

Arrivons à 9 h 00 à Arcy-Sainte-Restitue, où nous apprenons que les Allemands sont à 4 kilomètres d’ici. Le bataillon se déplace aussitôt en direction de Cuiry-House et de Tannières et progresse jusqu’au chemin de Cuiry-House et de Branges où il se maintient jusqu’à la tombée de la nuit. Alors vive attaque allemande qui nous force à nous replier jusqu’en arrière du chemin de Branges à la route de Braine.

29 mai 1918

Nous passons la nuit dans des trous. À 4 h 00, vive attaque allemande. Nappes de balles, nombreux blessés, sommes obligés de reculer jusqu’en bas de la crête où nous tenons avec une trentaine d’hommes jusqu’à 10 h 00. Batterie. Rentrons à Arcy-Sainte-Restitue à 11 h 00. Déjeuner copieux. Nous replions à 1 h 00 sur Servenay ; bataillon éreinté. En tirailleurs jusqu’à 23 h 00 du côté de Servenay.

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30 mai 1918

Rentrons fourbus par Beugneux et Oulchy-le-Château à la Croix, nous cherchons de 4 h 00 à 7 h 00 pour repartir rejoindre dans les bois le T.C. où nous passons une heure. À midi, on prend position dans le village « le Charme », où nous sommes en réserve du 158. Nous passons la soirée dans une immense ferme, où on égorge volailles et lapins, où on vide les caves et les poulaillers.

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31 mai 1918

À 3 h 00, le bataillon se porte en position à quelques centaines de mètres en avant du village, en lisière du bois, et le commandant installe son P.C. dans un hangar au milieu d’un champ, et j’y reste avec lui. On y dort jusqu’à 10 h 00. À 11 h 00, alerte, nous sommes menacés d’encerclement et nous nous replions rapidement par les bois, descendons au Tartre pour remonter de l’autre côté en position. Sur la côte d’en face, on voit les Allemands avancer en colonne par quatre : nous ne tardons pas à nous replier jusqu’à Belleau, où nous faisons grand-halte. À 21 h 00, on mange et on se replie sur Bussiares, où on cantonne avec le régiment à 4 h 00.

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1er juin 1918

On en repart à 13 h 00 pour se diriger sur Marigny-en-Orxois. On y passe une heure et on revient sur nos pas pour se mettre en position à l’est du calvaire de Bussiares. P.C. dans un petit bois où on se creuse des trous, dans lesquels on passe une nuit tranquille.

2 juin 1918

Journée calme et ensoleillée. Mais à 17 h 00, violent tir d’artillerie sur toute la ligne, qui se replie vers 18 h 00 à 300 m en arrière. Je quitte le P.C. le dernier avec mon équipe et nous ramassons un blessé de la 2e que nous transportons à Champillon, que M. Richard a déjà abandonné. Il meurt en arrivant. Nous le laissons là et revenons sur nos pas. Le P.C. est installé dans une large haie où nous passons la nuit.

3 juin 1918

Au petit jour, on le recule de quelques mètres dans la même haie ; à 10 h 00, marmitage de la ligne. Derrière nous, une forte ligne américaine. À 11 h 00, on se replie de nouveau sous un violent marmitage pour se placer sous bois en avant de Champillon. Le marmitage, de plus en plus violent, nous force à abandonner la position et on se replie dans les bois en arrière de la ligne américaine. À la tombée de la nuit, on prend des positions de repli à la lisière du bois. À minuit, on apprend, enfin, que c’est la relève bienheureuse.

 4 juin 1918

À 3 h 00, le 4, on se replie par Marigny, qui vient d’être très marmité et au petit jour, on vient bivouaquer dans les bois au nord de la ferme Heurtebise. On y passe la journée et de nouveau la nuit.

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5 juin 1918

Rassemblement du bataillon. Capitaine Pougny : Légion d’honneur. Sergent Cazin : médaille militaire. Pendant le reste de la journée, on contemple les feuilles à l’envers, et à la tombée de la nuit, on descend par Dhuisy pour cantonner à Ocquerre.

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Sources :

Toutes les informations présentées dans cette petite notice m’ont été données par Nathalie Bauer, la petite-fille de Raymond Bonnefous.

Pour en savoir plus sur Raymond Bonnefous il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

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L’histoire de Raymond Bonnefous durant la Grande Guerre peut se lire dans le roman de N. Bauer « Des garçons d’avenir » publié en 2011 aux Éditions Philippe Rey.

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Un grand merci à N. Bauer à M. Bordes et à A. Carobbi.

20 mars 2015

À bicyclette du côté de la frontière suisse.

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Une nouvelle fois un très grand merci à N. Bauer pour son autorisation de publier ici une autre partie du  témoignage laissé par son grand-père, Raymond Bonnefous.

À la mi-décembre 1917, le médecin sous-aide-major Raymond Bonnefous est installé à Pont-de-Roide. Il est responsable d’une infirmerie qui se trouve à l’intérieur de l’Hôpital Hélène Peugeot. La veille de Noël 1917, il apprend sa mutation au 149e R.I..

16 décembre 1917

C’est dimanche, mais je ne peux ni me changer, ni aller à la messe. J’habite à l’extrémité du patelin, et Adam n’a pas pu me trouver encore. Toute la journée, je fais des courses pour le cantonnement.

17 décembre 1917

Il faut installer une infirmerie de cantonnement. Nous allons visiter l’hôpital Peugeot, où on nous abandonne une aile de bâtiment : 4 pièces meublées avec électricité et chauffage central. Nous y installons aussitôt ma salle de visite et le cabinet dentaire. L’après-midi se passe à la pâtisserie, aux cafés, aux docks.

18 décembre 1917

La pâtissière, chez qui j’ai logé Collard, nous invite à goûter l’eau-de-vie de prunes qu’elle vient de distiller, et nous fait manger quelques bons chaussons, quoique ce soit jour sans gâteaux. Nous allons ensuite à notre P.C. de l’hôpital Peugeot, où la clientèle civile commence à rappliquer chez le dentiste.

Le soir, le médecin-chef nous rejoint, rentrant de permission.

H_pital_Peugeot

19 décembre 1917

Nous allons voir la coulée de la fonte à l’usine de Fourneau. Le matériel est un peu ancien, mais c’est intéressant tout de même.

20 décembre 1917

Avec le médecin-chef et l’abbé Bruneau, nous grimpons à la batterie des Roches. C’est un ouvrage qui domine Pont-de-Roide et la vallée du Doubs, et qui fait partie du fort du Lomont. On aurait, sans la brume,un coup d’œil splendide.

21 décembre 1917

Avec Papot, nous filons en auto sanitaire à Montbéliard, puis en vélo nous pédalons jusqu’à Sochaux pour voir nos anciens logeurs et nous rentrons à Pont-de-Roide pour dîner.

22 décembre 1917

Le patron nous entraîne avec Chenu sur la route de Porrentruy dans une ballade monotone et sans intérêt.

Eglise_de_Pont_de_Roide

23 décembre 1917

C’est dimanche. À 9 h 30, grande messe solennelle. La population est très religieuse, et l’église est bondée de monde. Le père Bruneau nous place dans les stalles du chœur, en face du général et de son État-major. Musique agréable.Nous tuons l’après-midi au cinéma d’abord, puis au café.

24 décembre 1917

En revenant de l’hôpital passer ma visite, je rencontre Pierrot, un sous-aide-major du 12e d’Artillerie, qui m’aborde pour me demander quel jour je compte rejoindre mon nouveau poste au 149e.

Je suis tout ahuri de cette nouvelle, mais Pierrot m’exhibe la circulaire, où je lis en effet ma mutation avec Lebranchu du 1er bataillon au 149e. Je fais une grande sensation à table en annonçant cette nouvelle qui fait s’exclamer tout le monde. L’après-midi, nous allons avec le médecin-chef en prendre confirmation chez le médecin divisionnaire ; à la réflexion, je regrette bien de quitter le groupe, mais je ne suis pas fâché de passer enfin dans un corps de troupe, et surtout au 149e, où je retrouverai M. Rouquié.

25 décembre 1917

Après une messe de minuit remarquable où, grâce au père Bruneau, nous avons un bout de banc dans le chœur, un réveillon fantastique se prolonge à la popote jusqu’à 5 h 00. On boit, on chante, on s’amuse, et le père Bruneau est endiablé. Le soir, à dîner, de nouveau champagne et plats fins : de nouveau, piano mécanique et chansons.

26 décembre 1917

On hospitalise Calippe dans mon service ; il traîne la patte de plus en plus et m’avoue aussi une autre petite misère. On soignera le tout à la fois. D’ailleurs, il ne s’ennuie pas pour la première journée. Deux clientes assidues de Collard, des dactylos de Peugeot,viennent lui tenir compagnie, et de plus en plus, je passe tout mon temps dans mon service confortable ; j’aide Collard à soigner ses gentilles clientes.

Le patron décide de me garder jusqu’après le jour de l’An et me fait écrire en ce sens à M. Rouquié et à Lebranchu.

27 décembre 1917

Il a été décidé hier, au cabinet de Collard, qu’on prendrait ce soir le thé chez moi. À 17 h 00, tout est prêt ; de bons gâteaux reçus de la maison sont sur la table, le feu chauffe bien, mais… nous passons jusqu’à 7 h 00 sans voir venir nos invités.

28 décembre 1917

Nous faisons d’amers reproches à l’hôpital à M… et à A… pour leur lapin d’hier soir et passons avec eux une bonne soirée. La neige a cessé ; il fait un clair de lune splendide et l’effet sur la neige est vraiment très joli. Le thermomètre est à – 16°, et le Doubs est entièrement pris. D’ailleurs, on ne voit plus circuler que des traîneaux.

29 décembre 1917

Avec le médecin-chef et M. Jourdan, nous faisons une nouvelle ascension dans la neige à la batterie des Roches et je rentre vite chez moi à 17 h 00. Cette fois, les invités sont exacts au rendez-vous et nous passons une soirée agréable.

30 décembre 1917

Hier, j’ai reçu une lettre de Lebranchu disant qu’il m’attendait le 29. Je décide d’aller m’entendre avec lui, et par ce bel après-midi de dimanche, je file en vélo par Mattay, Mandeure, Valentigney et Seloncourt. À Seloncourt, je m’arrête à l’infirmerie du régiment, où on m’apprend que M. Rouquié est absent depuis 3 ou 4 jours ; je monte jusqu’à Vaudoncourt, village de cultivateurs. Lebranchu  ne fait aucune difficulté pour m’attendre jusqu’au 3 ; il me présente à l’aide-major, M. Richard, un jeune homme qui semble très doux et très sympathique et je fais demi-tour pour arriver à Pont-de-Roide  à la nuit noire. Il gèle toujours très fort, aussi j’ai rencontré dans toutes les descentes quantité de lugeurs et lugeuses.

Carte_journee_du_30_decembre_1917

31 décembre 1917

Le dernier jour de l’année s’écoule bien tranquillement. Le soir, on lunche à 18 h 00 ; on joue au baccarat jusqu’à 22 h 00, puis dîner somptueux, champagne, laïus du patron, réponse de Jourdan, piano mécanique et chansons. 1917 est enterré. Que sera 1918 ??????

1er janvier 1918

Nous commençons l’année par une grande messe solennelle ; l’église de Pont-de-Roide est aussi pleine que le jour de Noël. L’après-midi, nous courons à un concert offert aux Rudipontains par les ambulances et l’artillerie de tranchées. Il a lieu dans une grande salle de l’usine Peugeot. Le tout Pont-de-Roide s’y est donné rendez-vous et bien avant l’heure, la salle regorge de monde. Nous arrivons à temps pour pouvoir choisir nos places et… nos voisins. Je m’installe confortablement derrière A... et à côté de madame la pharmacienne, une jeune dame très musicienne et fort aimable. Le concert est dans le style de tous les concerts offerts par les poilus, plutôt salé. Le temps ne me semble pas long, mais il fait un froid terrible, et les pieds sont glacés. Heureusement, A… a apporté une précieuse bouillotte que je réussis à partager un instant avec ma voisine.

À la sortie, nous allons finir la soirée à l’hôpital avec ce pauvre Calippe, qui s’ennuie désespérément.

2 janvier 1918

C’est la journée des paquets et des adieux. A… et M… viennent me voir le matin à l’hôpital. Toute l’après-midi, je n’ai pas une minute à moi. Je cours de l’hôpital chez Ducuing, de chez Ducuing à chez moi,pour revenir à 18  h 00 à l’hôpital, ce qui représente un certain nombre de km.  A… et M… sont chez Collard, tandis que Jourdan et autres encombrent la chambre de Calippe. On s’isole sans eux.

À 19  h 00, on se retrouve réunis pour la dernière fois à la popote. Le médecin-chef est vraiment charmant pour moi ; depuis hier, ma popote est à son compte ; ce soir, c’est lui qui fait les frais du dîner, et quel dîner ! Vins fins du commencement à la fin, champagne à flots, et pour finir speech tout à fait aimable du patron qui m’accable de compliments et de confusion. Collard et Morise, d’ailleurs un peu noirs, ont les yeux pleins de larmes, et quand je veux répondre au patron, je suis moi-même tellement ému qu’au bout de quelques mots je ne peux plus articuler… Mais avec les chansons, la gaieté reprend le dessus et M. Bruneau entraîne les rires de l’assemblée.

Vraiment, c’est au moment de la séparation qu’on mesure surtout le degré de sympathie et d’affection qui vous unit aux camarades, et je ne m’étais pas rendu compte de l’attachement que j’avais pour le groupe.

3 janvier 1918

Passage au 149e R.I.

 Après avoir bouclé mes cantines, je cours à l’hôpital. De l’usine Peugeot, A… me guettait à mon passage sur le pont pour me faire ses adieux. Je vais vite serrer la main à Calippe, aux infirmiers, et je file à la popote, où je déjeune en vitesse, et après avoir fait mes adieux aux camarades, je monte en traîneau avec un conducteur. On m’a donné un bon trotteur, et j’arrive rapidement à Seloncourt où M. Rouquié me souhaite la bienvenue. Je suis à Vaudoncourt à 14 h 00. et Lebranchu reprend mon traîneau. M. Richard me présente à 17 h 00 au commandant de Chomereau, qui me fait un accueil très affable ; à 18 h 30, réunion à la popote ; M. Richard me présente successivement au capitaine adjudant-major Guilleminot, au capitaine Quinot, commandant la 1ère compagnie, à Roncin, un de ses sous-lieutenants, au lieutenant de Parseval, commandant la 1ère C.M., un bébé à qui on donnerait 15 ans et qui est de la classe 16, à son sous-lieutenant Lesserteur, un bon gros qui a l’air brave type. La 2e et la 3e compagnie ne sont pas là. La 3e est à la Cité du Val, un petit village à 2 km d’ici, et où je dois aller demain passer la visite.

La première impression est assez bonne, mais on sent nettement qu’il n’y a pas là l’homogénéité du G.B.D. et qu’on rencontre un peu de tout.  Après dîner, je regagne vite ma chambre, où m’attend un bon feu. J’ai pris l’ordonnance de Lebranchu, un Vosgien, qui a l’air bien stylé et répond au nom de Bolot.

4 janvier 1918

À 8 h 00, je pars à la Cité du Val, accompagné d’un brancardier. Après la visite, je vais me présenter au capitaine commandant la 3e Cie, le capitaine Liétout, un grand blond maigre, élégant et froid ;  je fais connaissance avec son sous-lieutenant Viard, un blond, joli garçon et qui a l’air de le savoir.

En rentrant, je passe à l’infirmerie ; le personnel infirmier et brancardier me fait très bonne impression ; ils sont tous polis et bien disciplinés. Je fais plus ample connaissance avec M. Richard, décidément tout à fait chic, bon garçon, avec qui, j’espère, je m’entendrai très bien.

À table, à 11 h 00, on me présente à 2 sous-lieutenants qui d’ailleurs sont mes voisins de chambre (ils étaient hier à Montbéliard) Boudène, un jeune décoré de la classe 15 de la 2e compagnie et Loubignac, de la 1ère.

Après déjeuner, on va tous ensemble au pont Sarrazin, un pont naturel franchissant un ravin sous bois, où M. Richard nous photographie. La musique du régiment vient jouer ensuite à Vaudoncourt ; on se gèle  à l’écouter, mais il faut faire acte de présence.

5 janvier 1918

Avec M. Richard, nous allons à Beaucourt, la capitale des Japy, gros bourg usinier sans intérêt, où se trouve en ce moment le Q.G. du 40e C.A., auquel nous sommes momentanément rattachés pour les travaux.

6 janvier 1918

Nous devons partir demain pour nous rapprocher encore de la frontière et des chantiers où travaillent les compagnies. C’est dimanche. Le caporal infirmier Leclerc, qui est prêtre, dit la messe au bureau de bataillon. L’après-midi, je prends le vélo du cycliste de l’infirmerie et je descends à Hérimoncourt, où est cantonné le 1er B.C.P.. Je serre la main de Penet et de quelques officiers qui écoutent la fanfare et je rentre avant la nuit.

7 janvier 1918

Grandvillars_au_bon_marche

À 9 h 00, le bataillon quitte Vaudoncourt. Le mouvement se fait par compagnies, aussi nous partons à part par les sentiers sous bois. Il dégèle et on patauge. Nous arrivons à 10 h 30 à Saint-Dizier, un village tout en longueur, perché sur un plateau. Nous retrouvons là la 2e Compagnie  commandée par le lieutenant Robinet, et la 3e qui est venue de la Cité du Val. Voilà donc le bataillon au complet, et on est 14 à table. L’officier de cantonnement m’a logé dans la maison de la popote, au 2e dans une petite chambre. J’ai donc un lit, c’est tout ce qu’il me faut.

Carte_journee_du_7_janvier_1918

Legende_carte_journee_du_7_janvier_1918

Pour notre début dans le patelin, nous avons une histoire : le lieutenant Robinet s’est battu la nuit dernière avec un homme du 109e, cantonné dans le village, et l’a blessé. Je lui propose d’aller à Morvillars prendre de ses nouvelles ; il accepte avec joie, et je file avec la boue, la pluie et le vent ! Une longue descente m’amène à Léhétain ; puis je traverse Delle et je prends la route de Morvillars, qui m’est familière ; à Grandvillars, je stoppe au « Bon Marché » où on me demande des nouvelles des dentistes ; puis je passe au débit de tabac, où Mlle Fernande me sort d’une cachette 2 paquets de cigarettes Maryland. À Morvillars, je vais prendre des nouvelles du blessé, qui n’a qu’une écorchure ; puis je passe chez les Juillet, où on me fait un bon thé à la crème et je repars, le vent dans le nez. Je suis à Delle où la nuit est noire ; je souffle un moment à la pâtisserie, puis je repars pour arriver péniblement à la popote juste à l’heure du dîner.

8 janvier 1918

La neige tombe serrée toute la journée et nous bloque à la popote.

9 janvier  1918

Encore la neige ! Impossible de sortir.

10 janvier 1918

toute la nuit, un vent violent a amoncelé la neige par endroits, et les compagnies travaillent toute la journée à frayer un passage au ravitaillement et à dégager en particulier la route de Croix, où des fourgons de douaniers sont bloqués par la neige. Je vais faire un tour de ce côté là, et par endroits, j’enfonce jusqu’au-dessus des genoux. Je pousse néanmoins jusqu’à Croix où je rencontre le lieutenant Jeand’heur qui m’offre à sa popote un petit verre de bon kirsch !

11 janvier 1918

Après midi, je prends mon courage à deux mains et je pars à pied pour Hérimoncourt. Dans le bois d’Holaud, la piste est encore mal faite. Après la traversée d’Abbevillers, ça va mieux, et une longue descente en lacets m’amène à Hérimoncourt où je passe un moment avec Penet. Au retour après Abbevillers, Jeand’heur me rattrape en traîneau et me porte jusqu’au carrefour de la Croix.

12 janvier 1918

Il fait beau, mais l’après-midi, M. Richard s’absente et je suis donc obligé de rester au cantonnement. Les jeunes filles de la popote me tiennent compagnie, et le soir tous ensemble, après dîner, on joue avec elles à la bague et au furet. Dans l’après-midi, une tuile. M. Richard soignait ces jours-ci un gosse atteint d’une méningite tuberculeuse. Pendant son absence, on m’appelle vite, et j’arrive pour voir mourir le gosse dans une dernière convulsion.

13 janvier 1918

C’est dimanche. Il fait un temps affreux : pluie ininterrompue qui fait sur la neige un mélange glissant. Le caporal Leclerc chante la grand-messe à l’église. Toute la journée, le mauvais temps nous bloque à la popote, où on bâille à s’en décrocher la mâchoire.

14 janvier 1918

Je me lève de bonne heure par un temps sec et radieux. À 9 h 00, je pars en vélo, et malgré les difficultés que j’éprouve jusqu’à Vaudoncourt pour traverser les amoncellements de neige gelée, et descendre les côtes lisses et glissantes, je suis à 11 h 00 à Pont-de-Roide. Après déjeuner, je vais voir à l’hôpital ce pauvre Calippe, qui a eu ces jours-ci d’abondantes hémoptysies et dont le pied ne s’améliore pas ; je lui tiens compagnie pendant une heure, puis je vais passer un moment à la pharmacie, et comme j’en sors avec Collard, nous nous trouvons nez à nez avec A… et M… ; pendant une heure on se promène le long du Doubs ; ensemble, on retourne à l’hôpital et après des adieux émus à Calippe, que je ne reverrai sans doute jamais, je prends le chemin du retour ; à Seloncourt, où je m’arrête un moment chez le médecin-chef, je me laisse surprendre par la nuit et je rentre avec un gros retard à cause de l’état de la route.

15 janvier 1918

Malgré un vent furieux, je descends jusqu’à Delle faire des emplettes en vue du départ qu’on annonce pour vendredi.

16 janvier 1918

Du vent et de la pluie. J’en profite pour mettre à jour ma correspondance.

17 janvier 1918

Veille de départ. Je retourne à Delle compléter mes achats.

18 janvier 1918

Carte_journee_du_18_janvier_1918

 Lever à 3 h 30. Départ dans la nuit à 4 h 30 par Dasle, Audincourt, jusqu’à Voujeaucourt, soit 19 km. On déjeune avant d’embarquer à l’Hôtel de la Gare et vers midi le train démarre, emportant avec lui le bataillon et la Cie 21/2 du Génie. Heureusement, le voyage ne sera pas long, car on est très serré… Le Doubs que nous franchissons a largement débordé et complètement submergé une route qui le borde… Dans le compartiment, on chante à tue-tête. Nous traversons successivement Belfort, Lure, Luxeuil, Épinal, le dépôt du régiment, où personne n’est venu le voir passer et Bruyères.

19 janvier 1918

À 1 h 30 du matin, on nous débarque à la Chapelle, et le bataillon prend la route de Corcieux.

Carte_journee_du_19_janvier_1918

Legende_carte_journee_du_19_janvier_1918

 L’étape est pénible, car nous avons à peine dormi la nuit précédente, pas du tout celle-ci, et les jambes sont raides après ce trajet en chemin de fer, succédant à une étape de 20 km. À Corcieux, nous laissons le commandant, la 1ère Cie et M. Richard. Je continue avec les 2e et 3e et le service médical. Le jour se lève et nous grimpons une côte interminable ; chaque lacet de la route nous montre un nouveau lacet plus haut ; les hommes sont vannés, et la file des traînards s’allonge, s’allonge. Enfin, voilà le sommet et le village des Arrentès, où je dois cantonner avec la 3e Cie. Après avoir installé l’infirmerie à la mairie, je me couche à 20 h 00 dans une très modeste chambre au-dessus d’une auberge et je dors profondément dans un mauvais lit jusqu’à 23 h 00. Je fais popote avec le capitaine Liétout et Viard et les repas dans la chambre du capitaine sont plutôt silencieux.

Sources :

Toutes les informations présentées dans cette petite notice m’ont été données par N. Bauer, la petite-fille de Raymond Bonnefous.

Pour en savoir plus sur Raymond Bonnefous il suffit de cliquer sur l’image suivante :

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L’histoire de Raymond Bonnefous durant la Grande Guerre peut se lire dans le roman de N. Bauer « Des garçons d’avenir » publié en 2011 aux Éditions Philippe Rey.

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Un grand merci à N. Bauer à M. Bordes et à A. Carobbi.