14 novembre 2009
Sergent Marcel Weber (1891-1914)
Le sergent Marcel Weber est né le 24 juin 1891 à Mulhouse. Il servait dans la 9e compagnie sous les ordres du capitaine Henri Souchard.
Citation à l’ordre du régiment :
« Sous officier brave et dévoué. Tombé au champ d’honneur le 25 août 1914, à Ménil-sur-Belvitte » : Croix de guerre avec étoile de bronze.
Il obtient la médaille militaire à titre posthume le 17 février 1922. Il repose dans la Nécropole Nationale Française de Rambervillers. (Voir dans l’album-photo de la Grande-Nécropole)
Je remercie Mme D.J.L. Fargues pour m’avoir autorisé à reproduire les documents concernant Marcel Weber, ainsi que Guy Watbled.
11 novembre 2009
Bois des Hospices... Bois Fumin... Les oiseaux ne chantent plus.
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Introduction
Il me faut de nouveau remercier de manière chaleureuse Tristan de Chomereau qui me donne son aimable autorisation de reproduire ici des documents familiaux. Le petit travail qui suit se divise en deux parties. La première concerne plus particulièrement la situation générale du secteur dans lequel intervient le 149e R.I à Verdun. La deuxième est le témoignage écrit par le général Gaston de Chomereau de Saint-André.
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Situation générale
Pendant les journées des 6 et 7 mars, la canonnade avait fait rage, surtout dans les secteurs de la rive gauche de la Meuse. Elle reprend le 7 au soir, elle est d’une intensité exceptionnelle sur l’ensemble du front du 21e C.A..
7 et 8 mars 1916
La canonnade qui s’est atténuée dans la nuit du 7 au 8 recommence le 8 au matin. Elle bouleverse les organisations des premières lignes et cherchant à écraser sous les obus des plus gros calibres, les ouvrages de Souville, de Vaux, de Tavannes et de Saint Michel.
8 mars 1916
Une attaque d’infanterie allemande se déclenche le 8 à 11 h 00. Elle est précédée par des équipes jetant, avec des appareils spéciaux, des liquides enflammés. Le 109e R.I., qui a été abordé le plus violemment, perd sa première ligne dans le bois de la Caillette et ne peut la reconquérir au cours de l’après midi, malgré ses contre-attaques, au cours desquelles le commandant d’Hauteville est tué. A sa gauche le 17e R.I., à sa droite, le 21e R.I. se maintiennent sur place. Les mitrailleuses du 21e R.I. infligent de lourdes pertes aux allemands qui essaient de gravir les pentes nord-ouest du fort de Vaux. Dans l’ensemble, la position de la division est donc conservée, avec, au centre, un fléchissement d’une centaine de mètres.
9 mars 1916
Dans la nuit du 8 au 9 mars 1916, il y a un bombardement continu, mais ralenti de l’artillerie ennemie. Aucune action d’infanterie. En outre, de très nombreux minenwerfers, en position dans le ravin allant du fort de Douaumont à l’étang de Vaux, procèdent à un tir méthodique de destruction sur les tranchées ou éléments de tranchées du 17e R.I., de la 26e brigade et de la 120e D.I..
L’entrée en action du 149e R.I.
Le 1er bataillon est sous les ordres du commandant Magagnosc.
Le 2e bataillon est sous ceux du commandant Schalk.
Le 3e bataillon est sous ceux du commandant Witkowsky.
Les troupes combattantes ont été très éprouvées, le général de Bouillon (13e D.I.) obtient du général Maistre (43e D.I.), le libre emploi de la 85e brigade (158e et 149e R.I.). Il utilise dans un premier temps le 149e R.I., qui est le régiment le plus avancé de cette brigade. Deux bataillons (Ceux de Magagnosc e de Schalk) sont mis a la disposition du colonel Schmidt (26e brigade), pour étayer le 109e R.I. et préparer le rétablissement de son front. Le dernier bataillon du régiment (Witkowsky) est à la disposition du général Menvielle (25e brigade) pour soutenir éventuellement le 17e R.I. où les chasseurs. Le 3e bataillon (Witkowsky) du 149e R.I.arrive a Fleury et remplace le 3e bataillon du 17e R.I. placé en réserve dans la tranchée du chemin de fer au sud du bois de la Caillette. Il organise la défense de Fleury et toutes les troupes de la 25e brigade consolident leurs positions en prévision d’une attaque de nuit.
Le bombardement retrouve toute sa violence le matin du 9, principalement aux deux ailes du secteur, que l’infanterie allemande attaque à partir de 12 h 00 avec le même acharnement qu’elle avait montré la veille devant le bois de la Caillette. Sur la droite, l’effort ennemi vise surtout les abords immédiats du fort de Vaux, que défendent les éléments encore disponibles de la 120e D.I., puis la 86e brigade, et où le commandement est pris, à partir de 14 h 30, par le général de Boissoudy, commandant la 43e D.I. (P.C. au tunnel de Tavannes). Dans la soirée, le général de Bouillon s’entend avec le général de Boissoudy pour la remise progressive à la disposition de ce dernier de ses unités organiques de la 85e brigade. Au centre, le 17e R.I. et le 20e B.C.P., résistent à l’assaut et conservent leur terrain. A gauche, le 21e B.C.P. est bousculé aux avancées des bois Nawé et Albain. IL subit des pertes graves, et se reconstitue, tant bien que mal dans la partie moyenne de ces bois.
« Le 149e R.I. vient en renfort des 20e et 21e B.C.P. Les 1ère et 4e compagnies, conduites par le commandant Magagnosc, reprennent une partie du village de Vaux au cours d’une furieuse attaque. Les hommes élèvent des barricades dans l’unique rue du village. Ils y apportent tout ce qui se trouve à leur portée, même les sacs de riz, de haricots, de café, pris à l’épicerie voisine. Ils repoussent plusieurs contre-attaques. »
(Page 149 du « Verdun » de Jacques Péricard, aux Editions Librairie de France. 1936.)
10 mars 1916
Pas de changement dans les positions des troupes. Aucunes attaques d’infanterie. Il y a un bombardement très violent sur Fleury et ses environs par des obus de tous calibres où un dépôt de munitions du secteur prend feu.
Tableau des tués du secteur de Verdun
Tableau des Sépultures Verdun 1916
Le matin, le général Maistre dispose pour son groupement de la 27e D.I. (général Legrand). Il prévoit que la 53e D.I. (colonel Putois), qui se présente en tête, sera engagée sur le front de la 43e D.I., toujours menacé, puis, la lutte de se côté s’ étant un peu atténuée, il donne cette brigade à la 13e D.I. dont les 109e et 17e R.I.. Ils sont à bout de forces.
11 mars 1916
Dans la nuit du 10 au 11, les 75e et 140e R.I. de la 53e brigade, relèvent respectivement les 17e et 109e R.I., encore qu’un ordre du corps d’armée, arrivé à une heure à Souville, ait prescrit de laisser la 53e D.I. à la 43e D.I., de nouveau en mauvaise posture au fort de Vaux. Le général de Bouillon, n’ayant pu se conforter à cet ordre reçu trop tardivement, offre alors au général de Boissoudy de hâter le retour sous son commandement des 149e R.I., 3e et 10e B.C.P.. Mais cette entente elle-même ne peut s’exécuter dans les conditions prévues, car, pendant les journées des 11 et 12 mars, les bombardements incessants et les combats sans cesse rallumés, entravent les mouvements de rocade visant à la reconstruction des liens tactiques.
Au terme de ces deux journées, le secteur de la 13e D.I. se trouve réduit à l’ouest, où la 77e brigade relève les 20e et 21e B.C.P., ainsi que le bataillon Witkovsky du 149e R.I.. Le groupement Guillaumat s’étend jusqu’à une ligne ouest de village de Fleury. Le général de Bouillon peut de ce fait, se reconstituer quelques réserves et en profiter pour faire entrer en ligne, à la place du 21e R.I. épuisé, des éléments prélevés sur les 10e B.C.P. et le 149e R.I..
La remise en ordre des unités et les travaux d’aménagement du front se poursuivent, dans ce secteur réduit à environ 2200 m, pendant les journées du 13 au 17 mars au cours desquelles, heureusement, l’infanterie allemande ne procède à aucune attaque d’ensemble. Pourtant, la situation reste assez confuse à l’est, a cause de l’intensité du bombardement sur le fort de Vaux et des opérations de relève de la 43e D.I. par la 77e D.I..
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Témoignage du capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André commandant la 1ère compagnie puis le 3e bataillon.
A cette époque, le 149e R.I. est toujours au 21e C.A. (général Maistre). Il appartient à la 43e division d’infanterie commandée par le général de Boissoudy, faisant brigade avec le 158e R.I (général Guillemot). Le bataillon est à 4 compagnies, de 130 fusils environ. Je commande la 1ère compagnie, (bataillon Magagnosc).
Le 25 février 1916
Le 149e R.I. vient de quitter le camp de Saint-Riquier (Somme) après une préparation intense pour une offensive dans la Somme (armée de réserve Pétain). En janvier, il est parti du secteur de Lorette où, pendant un an, il a subi des pertes énormes. Le 25 février, nous apprenons la nouvelle de l’attaque sur Verdun. Le corps d’armée, s’embarque vers Vitry-le François. Le rassemblement se fait dans la région nord de Bar-le-Duc. Dernière mise au point. L’état physique et moral est parfait. Les hommes ont conscience qu’il faut arrêter l’ennemi. Il y a une exaltation et un esprit de sacrifice collectif que je n’ai vu que là.
6 mars 1916
Départ en camions par ce qui deviendra la voie sacrée. A Souilly, le régiment passe devant Joffre, qui est salué par les acclamations des poilus. Le débarquement se fait à hauteur du Fort du Regret. Le cantonnement a lieu à Haudainville. Le P.C. s’établit dans une péniche sur le canal. Pas de projectiles sur la ville, mais de nombreux entonnoirs de 320 ou 380. Les crêtes au nord sont sans cesse enfumées.
7 mars 1916
Nous montons en première ligne par 218-222, le Cabaret. De violents barrages d’artillerie au carrefour 325 nous obligent à attendre, arrêt dans les bois. Le 1er bataillon se trouve à 200 m au sud-ouest, contre les dentelés du fort de Tavannes. La nuit est terrible, il fait moins 12 degrés. Harcèlement incessant de l’ennemi, il n’y a pas de tranchées et l’obscurité est absolue. Nous entendons les hurlements des blessés des autres unités. Par chance, il ne se passe rien à la 1ère compagnie, pour moi, une simple contusion par éclat, m’étourdissant une main pendant deux ou trois jours.
8 mars 1916
Il faut creuser des tranchées. A 14 h 00, nous recevons l’ordre de contre-attaquer de suite entre le fort de Souville et Tavannes, au nord. Aucune autre précision ne nous est donnée. Nous ne savons rien sur l’ennemi, pas de soutien d’artillerie. Je n’ai pour me repérer, qu’une carte au 80000e, il y a beaucoup de lacrymogènes. La Chaleur est brusque et épuisante. Rafales ininterrompues de 150 et 210. Un Contrordre arrive à 15 h 00, le régiment est placé en réserve au sud de la batterie de l’Hôpital (bois), Aucun abris pour nous protéger
Pertes : Plusieurs officiers et de nombreux d’hommes sont tués.
9 mars 1916
A 4 h 00, l’ordre est donné de porter en toute hâte deux compagnies entre le fort de Douaumont et Vaux, en renfort de la 13e Division. Grâce à une accalmie, le détachement (1ère et 4e compagnies sous les ordres du commandant Magagnosc) dévale par les ravins qui s’appellent aussi de la mort. Il atteint sans perte, l’objectif à 6 h 30. A 8 h 00. La 1ère compagnie attaque Vaux qui vient d’être enlevé. Elle barrera le vallon à l’est de l’Étang. Mouvement par petits paquets, je pars en tête à la course comme guide. Premier abri, le pont sous le chemin de fer à voie étroite et le chemin creux au deuxième. J’enjambe sous le pont un commandant du 21e R.I., bon camarade, tué à l’instant.
La compagnie ralliée, je prescris l’attaque, trois sections sont déployées, une reste en réserve. Dès le débouché, il y a de violentes rafales de mitrailleuses. Un de mes officiers tombe (frappé de 2 balles) pendant que je lui donne des ordres. La section La Chevalerie, que je suis, progresse rapidement. Elle saute sur le village, bouscule les Allemands et les refoule jusqu’au moulin où elle s’est arrêtée. Je complète l’occupation. Il est impossible d’aller plus loin.
A ma droite le 409e R.I. (120e D.I.), qui se trouve aux lisières sud du village, à ma gauche (voie ferrée) un autre régiment (n° ?) a rejoint. Il est en réserve. Il n’y a pas moyen de creuser des tranchées, l’eau arrive à 40 cm. Les caves étayées solidement sont inondées. Nous sommes au contact immédiat avec l’ennemi, à 20 ou 30 m, dans le village, collés aux Allemands pour essayer de faire diminuer les rigueurs des bombardements. Nous gîtons dans les maisons du gros du bourg, qui ont peu souffert. Pas un obus sur nous, mais des 210 et 320 tombent à 300 m sur les pentes. Tir de lapin sur les isolés qui circulent devant nous (du 3e corps actif).
Les 10 et 11 mars 1916
La situation reste inchangée. Alertes perpétuelles, des tentatives sont faites pour se reprendre réciproquement des maisons. Les combats à la grenade sont fréquents. Nous en avons heureusement trouvé et rapporté des caisses abandonnées. L’évacuation nocturne des blessés se fait péniblement. Absence de nouvelles. Un sergent à cran parvient à atteindre le fort de Vaux pour s’assurer que les Allemands n’y sont pas. Les vivres de réserve emportées pour plusieurs jours s ‘épuisent. Les morts sont enterrés sur place. Il neige.Le commandant Magagnosc est rappelé d’urgence par le colonel, il me passe le commandement des deux compagnies.
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16 mars 1916
Au matin, relève par le 158e R.I.. Impossible de partir de jour. Nous nous empilons dans les dernières maisons à l’ouest du village. Un courrier apporte le courrier qui est le bienvenu et quelques boules de pain fraternellement partagées.
A la nuit, marmitage incessant vers l’Etang, l’attente est longue. L’arrosage ralentit, courte consultation avec le commandant de la 4e compagnie le lieutenant Canon (ancien adjudant colonial), calme et brave. « On y est ? Oui. » Les deux compagnies, derrière moi, partent, colonne par un, emmenant les nombreux blessés. Un seul projectile, un 77, tombe sur nous, m’éclabousse, mais n’éclate pas. Derrière nous, le marmitage recommence. Nous atteignons par la Chapelle Sainte-Fine, le chemin Fleury, le fort de Souville et le fort de Tavannes, le bois des Hospices où nous sommes en réserve. Calme, repas pantagruélique. Les hommes absorbent les jours de vivres en retard et s’endorment. Au jour, nous creusons, car il n’y a pas plus de tranchées que de plans directeurs à Verdun après 18 mois de guerre.J’obtiens ’une citation à l’ordre de l’armée pour la section la Chevalerie et un nombre respectable de croix de guerre.Stationnement pendant quelques jours relativement paisible. L’ennemi s’acharne tout près de nous sur Souville-Tavannes et sur nos batteries à 400 m à l’ouest. Nous ne recevons que quelques 77 dont l’un, comme le 16 mars, s’enfonce à un mètre de moi, sans éclater.Le régiment descend ensuite au repos et s’entasse dans les magasins à fourrages et dans les casernes ; empilement bien risqué.A côté, un cimetière neuf où nous trouvons plusieurs camarades évacués pour blessures quelques jours auparavant et que nous croyions sauvés. Circulé dans la ville. Quelques harcèlements, puis remonté en réserve (bois au sud-ouest du fort de Moulainville). Pas de casse. Enfin, vers le 25 mars, repos complet au fort de Landrecourt. P.C. dans une maison civilisée devant le fort.
29 mars 1916
Un message me prescrit de rallier d’urgence Dugny pour y prendre, par intérim, le commandement du 3e bataillon du 149e R.I. qui monte dans le secteur le 31 mars au fort de Vaux et dont le commandant est nommé au commandement du 21e B.C.P.. Je connais déjà à fond les officiers, le 3e bataillon ayant eu l’occasion de travailler avec moi et ils me connaissent.
A 16 h 00, je reprends le commandement à Dugny. A 18 h 00, je pars en reconnaissance, en voiture, avec mes quatre commandants de compagnie. Il fait un froid très vif. Nous sommes frigorifiés lorsque nous débarquons au Cabaret, où les projectiles tombent assez nombreux. Nous passons d’abord par le fort de Tavannes puis nous redescendons au tunnel par une profonde tranchée neuve. C’est l’œuvre du 33e C.A. (ex-Pétain) qui est habitué à travailler vite. Puis, nous allons par la sortie sud du tunnel et la Laufée. Nous atteignons la batterie de Danloup, pour arriver pendant une accalmie de marmitage, dans un abri de bombardement à 400 m sud-est du fort de Vaux, qui sert de P.C. et d’abri pour un peloton. Le quartier s’étend de la batterie de Damloup exclu au fort de Vaux inclu, où j’aurai une compagnie (en partie de réserve). Le dispositif est presque linéaire. Devant le fort, une tranchée d’un mètre de profondeur qui est sans cesse marmité. Pas de téléphone, il est continuellement coupé. Pas d’optique possible à cause du terrain. Pour avoir l’appui de l’artillerie, il faut envoyer un coureur au fort qui, lui, peut communiquer. Pas d’eau, une seule source connue et marmitée. Ces agréables constatations faites, la reconnaissance, très sommaire est terminée. Retour par le fort de Tavannes à Dugny, sans accroc. A 16 h 00, je suis à Belrupt, où le détachement me rejoint. Je laisse à Dugny, un de mes capitaines, tué par bombe d’avion, au moment où nous arrivions. Le bataillon repart de Belrupt à la tombée de la nuit ; Il passe par les casernes Chavert, le Cabaret, la voie ferrée et le tunnel, encombré et interminable, sous un marmitage intermittent.
31 mars, 1er, 2 et 3 avril 1916
Les journées sont identiques (sauf une heure de silence total au petit jour, et quelques accalmies) avec un arrosage constant, plus ou moins dense. Plusieurs tentatives ennemies sont arrêtées net par nos feux. Nous avons un combat particulièrement dur le 1er avril, en liaison avec un effort cumulé sur le village de Vaux perdu puis reconquis. Visite journalière au fort, P.C. du lieutenant-colonel Randier, commandant le 109e R.I. et le sous-secteur où l’on accède par une brèche au nord-est.
L’eau fait défaut. Odeur de latrines défoncées. Mais l’infrastructure est intacte. Les communications, le ravitaillement et les évacuations sont très pénibles. La relève est annoncée pour la nuit du 3 au 4 avril. Arrivée des reconnaissances du 323 e R.I..
Pendant ce temps là au 1er bataillon…
« Le 1er avril à 4 h 30, le 1er bataillon du 149e R.I. appuyé à gauche par le 31e B.C.P., à droite par le 158e R.I., se porte à l’attaque du village de Vaux. Le commandant Magagnosc a la tâche la plus dure, car c’est lui qui doit heurter de front le principal obstacle. Ses compagnies s’avancent rapidement vers leur objectif : La 1ère occupe les maisons à l’ouest du village, la 2e capture une cinquantaine d’Allemands.
Mais l’ennemi a l’avantage de la position, l’avantage du nombre et, de plus, l’avantage des obus à sa disposition. Son artillerie soumet les Français à un bombardement infernal, véritable déluge de feu. Des dizaines de mitrailleuses tirent ensemble, plus terribles que les canons. Impossible d’aller plus en avant.
Bientôt une puissante contre-attaque se déclenche ; par rangs de huit ou dix, coude à coude, baïonnette au canon, officiers en tête, les Allemands se ruent sur nous. Nos mitrailleuses en fauchent une partie, mais il en vient d’autres. Des corps à corps s’engagent. L’ennemi arrose les maisons avec du pétrole, pour déloger les Français. Leurs officiers tombés, les sergents Chapelle et Chef rallient les survivants et se retranchent chacun dans un coin du village.
Quand, deux jours après, le bataillon Magagnosc sera relevé, il aura perdu 6 officiers et 359 sous-officiers soldats. Ne manquons pas de signaler la belle attitude du capitaine Toussaint (2e compagnie) qui, grièvement blessé, continuait de commander et d’encourager ses hommes. A gauche du 149e R.I., le 31e B.C.P., accompagné par une compagnie de sapeurs, s’empare de la tranchée allemande qui constitue son objectif et capture les occupants. Mais, sous le bombardement infernal, les chasseurs sont obligés de se replier. Tout aussitôt, les Allemands arrivent à la contre-attaque. Ils sont repoussés. De nouveau, bombardement infernal sur nos lignes, puis, encore une contre-attaque allemande. »
(Pages 170 et 171 du « Verdun » de Jacques Péricard. Editions Librairie de France. 1936.)
Au petit jour, seulement des éléments de tête débouchent. Le reste du bataillon est encore très loin derrière, pour éviter un massacre. J’ai juste le temps de me faire bloquer dans le tunnel de Tavannes, ce qui nous vaut un cinquième jour en première ligne.
5 avril 1916
Le 3e bataillon du 149e R.I.est à son tour à l’abri à Tavannes, ayant perdu près d’un tiers de son effectif en officiers et hommes, Nous avons colmaté de ce côté l’ennemi en lui interdisant l’accès du fort de Vaux. Nous passons plusieurs jours mis en réserve dans ce tunnel avec une sensation de sécurité. Ce tunnel de Tavannes, est un abri incomparable, qui a largement contribué à conserver Verdun. En revanche, les communications souterraines manquaient. Celles-ci auraient pu sauver Vaux et des milliers de nos hommes.
J’ai admiré le calme courage des braves territoriaux du 144e R.I.T de Tarbes sous les ordres du commandant de Castillan, régiment affecté au 21e C.A. et qui travailleurs de fortune, seront décimés.
10 avril 1916
Le 10 avril, je rejoins Dugny. Le 149e R.I. a perdu, dans les deux séjours en secteur, mille cinq cent hommes et une vingtaine d’officiers, dont le lieutenant-colonel Abbat (de Bourges), blessé. Etape pour embarquer et aller en arrière. Retour en réserve à Dugny (situation grave sur la rive gauche de la Meuse). Départ définitif le lendemain pour Bar-le-Duc, puis la Champagne, dans un secteur calme.
Sources :
J.M.O. de la 25e brigade sous-série 26 N 503-3.
J.M.O. de la 26e brigade sous-série 26 N 503-6.
« Verdun » de Jacques Péricard aux éditions Librairie de France. 1936.
« Les étapes de guerre d’une division d’infanterie, 13e division ». Lieutenant-colonel Laure. Editions Paris Berger-Levrault. 1928.
Collection "Gaston de Chomereau de Saint-André.
Avec tous mes remerciements au Service historique de Vincennes et aux personnes suivantes : Arnaud Carobbi, Tristan de Chomereau, Robert Neff et Alain Orrière.
31 octobre 2009
Soldat Armand Henriot
Une simple lettre du soldat Armand Henriot de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. écrite de Verdun, accompagnée d'un portrait.
Le 19 mars 1916 Ma chère sœur, Je viens de recevoir aujourd’hui une lettre de toi du 13 mars, je suis heureux d’avoir de tes nouvelles. Je vous écris presque tous les jours, depuis quelques temps. Mais les lettres ne doivent pas aller assez vite en ce moment. Je suis toujours près de Verdun. On comptait embarquer aujourd’hui en autos et au lieu de cela, nous allons de nouveau en ligne ce soir. On ne va pas en première ligne, on va en réserve, probablement pas pour longtemps. Les troupes qui doivent nous remplacer ne sont pas toutes arrivées. Je n’ai toujours pas pris de nouvelles d’Henri. Je ne comprends pas car il doit le faire cependant. Le temps est toujours au beau, on se croirait au printemps. Je ne vois plus rien à te dire pour aujourd’hui. Dans l’espoir que toute la famille est en bonne santé. Je t’embrasse bien fort. Ton frère. Armand Henriot |
24 octobre 2009
Général Gaston de Chomereau de Saint-André (1879-1966)
Avant tout, je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude à Tristan de Chomereau qui a bien voulu me communiquer des documents familiaux concernant le Général Gaston de Chomereau de Saint-André lorsqu’il était officier au 149e R.I.. Je le remercie également pour l'autorisation qu’il me donne de pouvoir les utiliser sur le blog du 149e R.I..
Gaston Marie Joseph de Chomereau de Saint-André est né le 05/12/1879 dans le petit village de Buxières-d’Aillac qui se trouve dans le département de l’Indre. Il décèdera dans cette même commune le 15/06/1966.
Officier au 149e R.I. du 23/03/1914 au 16/04/1918.
Il consacrera sa vie à une longue carrière militaire qu’il terminera avec le grade de général de brigade.
Tableau récapitulatif :
Campagnes :
-1914-1918.
-1939-1940.
Blessures :
Eclat d’obus dans l’épaule gauche, 28/08/1914 à Rambervillers.
Citations :
A l’ordre de l’armée, n° 144-d du 04/12/1915 :
« Le 9 août 1914, au combat du col de Sainte-Marie, a conduit brillamment sa compagnie à l’assaut des tranchées allemandes fortement organisées. S’est également fait remarquer par sa bravoure et son attitude énergique au combat d’Abreschwiller, le 1er août 1914. Blessé grièvement par éclat d’obus, le 28 août, a demandé a rejoindre le régiment, incomplètement guéri. »
Chevalier de la Légion d’Honneur, D. du G.Q.G., n° 2851 du 03/05/1916 :
« Officier de la plus grande valeur, ayant un haut sentiment du devoir. Le 9 mars 1916, a enlevé, avec sa compagnie, malgré un feu violent d’artillerie et de mitrailleuses, une partie du village de Vaux-devant-Danloup qu’il a organisé défensivement. Du 31 mars au 5 avril, commandant un bataillon dans un secteur particulièrement dangereux (Fort de Vaux) s’est dépensé sans compter, sous un bombardement des plus violents, pour la défense et l’organisation de la position. (Comporte la croix de guerre avec palme).
A l’ordre de l’armée, n° 527 du 9 novembre 1917 :
« Officier d’élite, d’un courage à toute épreuve. A le 23 octobre 1917, conduit son bataillon, fanions déployés, à l’attaque des positions allemandes, et s’en est brillamment emparé, d’un seul élan. »
A l’ordre de l’armée, n° 130-28 du 28 septembre 1918 :
« 48e B.C.P.- commandant de Chomereau de Saint-André. Possède déjà un passé brillant de gloire, acquis sur la Somme, au chemin des Dames et au Kemmel. S’est brillamment élancé à l’attaque, le 10 août 1918, a rompu le front ennemi, bousculé ses arrière-gardes, réalisé une avance de plus de huit kilomètres, enlevant à l’ennemi plus de 200 prisonniers, des canons et des mitrailleuses. Au cours des combats des 19, 20 et 21 août, a affirmé de nouveau sa crânerie et son allant, brisant la résistance acharnée de l’ennemi et lui enlevant Lasigny. »
IIe groupe de bataillons de chasseurs, sans numéro du 1er janvier 1919 :
« A enlevé, dans une brillante action, la ville de Liesse aux arrière-gardes ennemies. A terminé la poursuite, le 11 novembre 1918 dans les bois de Revin, après avoir fait tomber, dans un chaud combat, la dernière résistance des Allemands. »
A l’ordre de l’armée, n° 2097/C du 11 mai 1948 :
« Officier général des plus belles qualités de chef. Chargé, le 13 juin 1940, de diriger les opérations de repli au de-là de la Loire, des 4 régiments régionaux de la région parisienne, de 2 de Seine-et-Oise, des dépôts de Seine-et-Oise, d’un effectif d’environ 25000 hommes, a réussi par son énergie à exécuter les mouvements prescrits, dans des conditions extrêmement difficiles, malgré les incursions d’engin blindés ennemis et les bombardements aériens, en maintenant la cohésion et la discipline dans ces diverses unités. Le 15 juin, à Etampes, est intervenu personnellement pour rallier les fuyards d’autres unités et à pris le commandement d’une section ainsi regroupée, pour faire face, dans une situation critique, à une incursion ennemie. »
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Décorations :
Commandeur de la Légion d’Honneur. Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1945.
Officier du mérite espagnol.
Grand officier de la Légion d’Honneur (en 1957, des mains du général Héring, aux Invalides).
Notice rédigée par le commandant de Chomereau de Saint-André sur la bataille de la Malmaison et destinée aux familles des soldats du 1er bataillon.
Le 23 octobre 1917, à 4 h 00, le 1er bataillon qui,les jours précédents,occupait les creutes Chantereine, Volvreux et Colombe, etc. est à ses emplacements d’attaque dans la parallèle de départ. Les tranchées Bourdic et des territoriaux sont occupées par la 2e compagnie (Robinet) à droite et la 3e compagnie (Mouren), à gauche, en 1ère ligne. La 1ère compagnie (Ihlé) est en soutien. Les sections de mitrailleuses (de Parseval) réparties. Le chef de bataillon se trouve au centre avec le capitaine adjudant-major Guilleminot, le sous-lieutenant d’artillerie Pélegry et la liaison. Une compagnie de nettoyeurs, la 5e compagnie(Aubert) est intercalée entre les compagnies de tête et la compagnie de soutien. Un détachement du service médical avec le sous-aide-major Lebranchu, accompagne la liaison.
A droite, un bataillon du 158e R.I.. A gauche, un bataillon du 109e R.I.. Derrière, se trouve le 3e bataillon (Putz) qui est placé
sous les ordres du commandant du 1er bataillon et constituant avec ce dernier élément le 1er groupe d’attaque.
L’abbé le Galloudec, aumônier du régiment, a tenu, de même qu’à Soyécourt, à marcher avec le bataillon de 1ère ligne. Il
mourra glorieusement, au poste de combat qu’il s’était choisi.
Notice extraite de : « La Preuve du sang. Livre d'Or du Clergé et des Congrégations. 1914-1922 », paru à La Bonne Presse en 1925.
Stanislas François Marie Le Galloudec (1875/1917)
Né à Lanrivain dans les côtes-du-Nord le 13 février 1875 ; prêtre, professeur à l’école de Jean de Béthune à Versailles. Il est mobilisé (S.A.) comme aumônier titulaire au 12e C.A. (2 août 1914). En février 1915, il est à l’ambulance 3/21 à Sains-en-Goyelle. A sa demande, il passe au 149e R.I.
A été mêlé aux actions suivantes - 1914 : Sarrebourg, la Chipotte, la Marne, la poursuite, et l’Artois. – 1916 : Verdun, Sommes. Il est tué à 15 mètres d’un fortin ennemi au fort de la Malmaison, le 23 octobre 1917, au moment où il exerçait son ministère auprès d’un officier grièvement blessé.
Citation à l’ordre de l’armée : 29 septembre 1916 (J.O. du 27 février 1917) :
« A l’attaque du 4 septembre 1916, est parti avec les premiers éléments d’assaut, malgré la fusillade et le bombardement, pour donner les secours nécessaires aux mourants et aux blessés, et s’est porté ainsi jusqu’aux lignes les plus avancées avec un courage et un dévouement au-dessus de tout éloge. »
Citation à l’ordre de l’armée : 11 décembre 1917 (J.O. du 17 janvier 1918) :
« Aumônier titulaire d’un héroïsme légendaire au régiment. S’est bravement porté avec les vagues d’assaut, se dépensant sans compter auprès des blessés et des mourants. A été tué à 15 mètres d’un fortin ennemi, dans l’exercice de ses fonctions auprès d’un officier grièvement blessé. Déjà cité à l’ordre de l’armée. »
Chevalier de la légion d’honneur à titre posthume : 27 avril 1920 (J.O. du 22 juin 1920) :
« Aumônier titulaire d’un héroïsme légendaire au régiment. S’est bravement porté avec les vagues d’assaut, se dépensant sans compter auprès des blessés et des mourants. A été tué au moment où, à 15 mètres d’un fortin ennemi, il exerçait son culte auprès d’un officier grièvement blessé, le 23 octobre 1917. A été cité. »
L’objectif fixé sera défendu avec la dernière énergie. Ce mouvement de terrain : 190 - aboutissement du Chemin des Dames sur la route de Maubeuge – observatoires 195, jonction de trois crêtes, est en effet d’une importance capitale pour l’ennemi. L’organisation en est formidable et comporte six systèmes de tranchées, plusieurs sont à contre pente : Blocus, Lassitudes-Epreuves, Caniche-Carlin-Griffon, Basset-Hérisson, Esculape-Esope, Enoch-Egée-Loutre, avec flanquements, réseaux épais, abris bétonnés, etc.
(Le poteau indicateur marquant le point d’origine du chemin des Dames, a été offert par le 1er bataillon au musée de l’armée des invalides).
La garnison est constituée par les grenadiers du régiment impératrice Augusta, élite de la garde allemande. Tout cela, nos hommes le savent, mais ils ont confiance dans le succès. Ils sont calmes et décidés. Le moral est superbe. Deux jours auparavant, une reconnaissance de la 1ère compagnie, commandée par l’aspirant Laurencin, a poussé jusqu’au Blocus. Il fallait dix volontaires, il s’en est présenté cinquante…
A 4 h 45, l’heure H = 5 h 15, est communiquée a la troupe par les officiers. Un barrage préventif ennemi, ou plutôt une contre préparation de 77 et de 105, commence avec violence.
A 5 h 15, les hommes sont d’un bond sur le parapet. Le bataillon part, fanions déployés, aux cris de « En avant » avec une fougue splendide. Il fait nuit noire, mais les éclatements et les fusées lancées de tous côtés, éclairent le terrain bouleversé. Le vacarme est indescriptible. Sur un front de 12 km, des centaines de pièces tirent à toute vitesse. Le barrage allemand est plus intense. Des 150 se joignent aux 77 et aux 105. Les premières tranchées allemandes sont presque complètement nivelées et la direction est difficile à maintenir. Tout le monde n’a qu’une idée, il faut progresser vers l’objectif indiqué. Pas de traînards, seuls restent en arrière les hommes trop gravement atteints pour avancer quand même.
Dès le départ, le commandant de la compagnie de gauche, le lieutenant Mouren, qui entraîne son unité avec sa bravoure habituelle s’abat, foudroyé, ainsi qu’une partie de sa liaison. Le lieutenant Malaizé, qui lui succède, tombe presqu’aussitôt à son tour, grièvement blessé. Le mordant et l’initiative des hommes facilitent la tâche des gradés et pallient les conséquences des pertes subies, de l’obscurité et de la difficulté de se reconnaître sur un terrain dont tous les points de repère ont disparu.
A 5 h 45, les éléments de tête, serrant à bloc notre barrage roulant, vont atteindre le premier objectif, la route de Maubeuge. A notre droite, certains éléments du corps voisin, retardés légèrement par la traversée des bois, se trouvent en retrait. La fraction de liaison (1ère compagnie et la section de mitrailleuses du sous-lieutenant Lesserveur) assure avec beaucoup de décision la sécurité de ce flanc. Le chef de bataillon la fait renforcer par une équipe de stokes aux ordres de l’aspirant Valdenaire et fait appuyer de ce côté une compagnie du bataillon Putz. Le danger possible est ainsi conjuré. A gauche, un trou analogue s’est produit devant l’Ouvrage Fermé. La fraction de liaison (sous-lieutenant Loubignac de la1ère compagnie et la section de mitrailleuses du sergent Mantelin) obvie à cet inconvénient. Un élément du bataillon Putz est poussé dans cette direction.
A ce moment, le barrage allemand est franchi ; Il a coûté des pertes sérieuses, mais n’a en rien interrompu la progression.
Quelques prisonniers trouvés dans les abris non effondrés de la tranchée Griffon et de la tranchée du Basset commencent à apparaître. L’un d’eux, interrogé par le chef de bataillon, lui annonce que la 1ère ligne solide de résistance est vers la route de Maubeuge.
En effet, presque au même moment (5 h 45) des nids de mitrailleuses se démasquent sur la ligne Esculape-Hérisson, en particulier vers les points 3043, 3044, etc. Les allemands se défendent avec acharnement et notre ligne se trouve momentanément arrêtée à proximité de l’emplacement prévu pour le premier bond. Sur l’ordre du chef de bataillon, commandant le 1er groupe d’attaque, les éléments de tête du 3e bataillon qui atteignent 190, s’arrêtent un peu. Le chef de bataillon peut s’entendre directement avec le capitaine Foucher qui a pris le commandement du 3e bataillon après la disparition de commandant Putz et du capitaine adjudant-major Houel. Ordre est donné au capitaine Foucher de suivre de près la progression du 1er bataillon aussitôt qu’elle pourra être reprise. La chose essentielle à faire pour l’instant est la réduction des nids de mitrailleuses qui nous causent des pertes sensibles. Les chars d’assaut sont encore trop loin pour intervenir. Les mitrailleurs appartiennent à des détachements spéciaux et aux grenadiers Augusta : soldats choisis, ils tiennent jusqu’au bout et il faut, pour maîtriser leur résistance, l’extraordinaire mordant de nos poilus. Une série de combats sanglants s’engagent. Des hommes seront ensuite retrouvés, tués à coups de couteau de tranchée.
A la compagnie de droite (2e) l’aspirant Boissenin, le sergent Bossut sont tués. Cette unité a devant elle les mitrailleuses de 2743 et de l’observatoire 195, échelonnées en profondeur. Le commandant de compagnie secondé par les sous-lieutenants Daumont et David progresse de trous d’obus en trous d’obus sous la protection d’échelons de feux. Au centre, le sergent Caillet (1ère compagnie) est tué. Le lieutenant Ihlé, qui après avoir enlevé sa compagnie avec un allant incomparable la dirige, debout, à découvert, les jumelles à la main, est mortellement atteint par deux balles. Le sous-lieutenant Boudène, le poignet droit traversé par une balle, lui succède et continue l’avance. A gauche, le commandant de compagnie en troisième, le sous-lieutenant Gindre –qui gravement contusionné par accident, la nuit précédente, a voulu faire l’attaque quand même – est tué à son tour, l’adjudant Defrain blessé, l’adjudant Robert Chef commande désormais cette unité. Le feu ennemi est des plus nourris, mais gradés et soldats appliquent strictement, comme sur le terrain d’exercice, les procédés de combat qui leur ont été enseignés pour la réduction des centres de résistance. Ils Les manœuvrent, les débordent, s’emparant successivement des mitrailleuses adverses.
Il est actuellement 6 h 25 et le barrage roulant français s’est déplacé. Sur la droite des rafales de mitrailleuses qui arrivaient de la ferme de la Malmaison et de la partie est du Hérisson ne réussissent pas à entraver la progression. L’adjudant Didier de la 1ère compagnie en soutien avec son peloton derrière la compagnie Robinet, estimant son intervention nécessaire a, de lui-même obliqué légèrement à droite avec beaucoup de jugement, pour compléter l’action de cette compagnie en opérant du côté de la bifurcation Hérisson-Lévrier. Secondé par quelques hommes, il s’approche personnellement après utilisation préalable de V-B jusqu’à portée de grenades à main des mitrailleuses allemandes. Un F.M du 158e R.I. se joint à lui. Cette action combinée menée avec intelligence et énergie oblige les mitrailleuses de 3043 à se rendre. Celles de 195 ne tirent presque plus. A gauche la compagnie Chef qui est solidement étayée par l’élément Loubignac opèrent d’une manière analogue vers la Loutre. Sur ce point, l’ennemi s’efforce de réagir. Une contre-attaque d’environ trois sections débouche par le boyau Egée, se rabattant ensuite face à la route de Maubeuge. Le sergent Charmier, presque seul, se jette au devant d’elle et l’arrête à coups de grenades. Renforcé par le peloton de l’aspirant Fromont, le peloton de tête de la 3e pousse en avant. La contre-attaque allemande est bousculée et dispersée. Enfin, le reste de la compagnie Boudène – dont le chef, de sa main valide tue un officier allemand – appuie énergiquement les 2e et 3e compagnies, s’intercalant dans leurs vides.
A 7 h 15, les résistances paraissent maîtrisées. Le bataillon fondu en une seule ligne, se lève tout entier à la fois et charge
furieusement sur son dernier objectif, marqué par 195 et 2746. Il le dépasse largement, dispersant quelques groupes d’allemands et muselant deux dernières mitrailleuses. Certaines fractions emportées par leur ardeur vont jusqu’au bois Planté. Ils doivent se replier en raison de notre barrage…
Les liaisons sont aussitôt complétées avec les unités sur nos flancs et en arrière et l’organisation défensive est entreprise. Chaque unité se conforme strictement aux ordres antérieurs. Aucune réaction adverse ne se manifeste après cette lutte opiniâtre et nos hommes peuvent se promener à découvert, tranquillement, sur le terrain ainsi nettoyé.
Les pertes du bataillon sont sérieuses, mais plus que compensées par celles de l’ennemi et par le résultat obtenu. L’objectif désigné, particulièrement important dans le cadre général de l’attaque a été enlevé de haute lutte et à H + 4 : 9 h 15, les bataillons de seconde ligne, dépassent la crête si brillamment conquise, pourront descendre vers les Vallons et Chavignon, cueillant les batteries allemandes désormais sans défense.
En résumé : Fougue admirable malgré les lourdes pertes subies. Application impeccable au combat des procédés d’instruction du terrain d’exercice, esprit de sacrifice poussé au plus haut degré. Une volonté de vaincre assurant la victoire brillante et complète. Telles sont les caractéristiques de l’attaque du 23 octobre par le 1er bataillon. La page est digne de son historique et peut faire suite à celle du col de Sainte-Marie, d’Abreschwiller, de Saint-Benoît, de Lorette, de Vaux – deux fois repris par le bataillon – qui y laissait 400 hommes sur 500 et 14 officiers sur 17, mais arrêtait l’allemand, de Soyécourt et de la sucrerie de Génermont.
P.C. Ihlé le 24 octobre 1917.
Ce texte sera édité quelques temps après. En voici les premières pages qui ont été envoyées par Patrick Blateyron.
Avec tous mes remerciements aux personnes suivantes: Stéphan Agosto, Patrick Blateyron, Arnaud Carrobi et Tristan de Chomereau.
Sources :
« La preuve du sang. Livre d’Or du clergé et des congrégations. 1914-1922 », paru à la bonne presse en 1925.
« Batailles et combats des chars français, l’année d’apprentissage (1917) » Lieutenant-colonel breveté J. Perré. Editions Charles Lavauzelle et cie 1937.
« J.M.O. de la 170e D.I..» Sous-série 26 N 462/4. S.H.D. Vincennes.
18 octobre 2009
Sous-lieutenant Jean de Longeaux (1892-1914)
Né le 5 mai 1892, il fit ces études aux collèges Saint-Pierre Fourrier de Lunéville et à celui de Pontlevoy. Elève à Sainte-Geneviève (1909-1912), il fut admis à Saint-Cyr en 1912.
En 1914, il est nommé sous-lieutenant au 149e R.I., le 2 août. Le 9 août, il est au col de Sainte-Marie-aux-Mines. Il prend part au combat de Diespach le 14 août.
Le 25 août 1914, le 149e R.I. a couché à Menil-sur-Belvitte. A 4 h 00, l’ennemi est signalé dans le bois de Glonville. Le régiment marche à l’attaque. Le sous-lieutenant de Longeaux est désigné pour faire avec son peloton la tête d’avant-garde. Arrivé à hauteur de Bazien, il est avisé que le régiment va stationner et reçoit l’ordre de couvrir le rassemblement. Il rend compte presque aussitôt que l’ennemi est tout proche, à la lisière des bois. Un peu après, un sergent voit de loin le sous-lieutenant De Longeaux, debout au milieu des blés, fouillant avec sa lorgnette la bordure de la forêt. On entend un feu violent de mitrailleuses et de mousqueterie. Quand on vérifia la liaison, on ne trouva personne.
Blessé vers 6 h 00, d’une balle dans le ventre, il avait été relevé par l’ennemi vers 10 h 00, et porté à Azerailles, où il mourut le 28 août, vers 8 heures, assisté d’un aumônier.
Dans un très court billet, écrit par lui le 23 août, on lit : « … J’ai le pressentiment que je vais y rester ce soir, et je vous écris ce mot pour vous dire adieu. Je tiens à vous assurer que je suis mort la conscience en règle, en faisant mon devoir, en pensant à dieu, à vous, à papa. »
Citation à l’ordre de l’armée : (ordre n° 79 du 8 juin 1915)
« Officier d’une très grande bravoure. Au combat du col de Sainte-Marie, le 9 août 1914, a montré le mépris le plus absolu du danger en entraînant sa section sous une grêle de balles. A été blessé mortellement à Ménil-sur-Belvitte (Vosges), en résistant jusqu’au bout contre un ennemi très supérieur en nombre. » Signé d’Urbal.
Ce texte est extrait du livre d'or de Sainte-Geneviève.
Un grand merci à Thierry Cornet et à "Wagram" du site "Pages 14-18".
14 octobre 2009
Sergent Frédéric Biehler (1893-1917)
Né le 10 juillet 1893 à Saint-Laurent dans les Vosges (Commune rattachée à Epinal depuis 1964). Il est sergent à la 11e compagnie lorsqu’il croise le chemin de la mort le 23 octobre 1917 sur les coups de 8 h 00 du côté du bois de Belle-Croix (Ce dernier se trouve sur la commune de Vaudesson dans le département de l’Aisne). Après les combats il est inhumé par le groupe de brancardiers de la 43e D.I.,à Condé-sur-Aisne, dans une sépulture individuelle numérotée 171.Il repose actuellement dans la Nécropole Nationale Française de Vauxbuin, avec 32 de ses camarade tués le même jour dans ce secteur.
Quelques souvenirs familiaux :
Il a obtenu sa Croix de guerre à la bataille de Notre-Dame-de-Lorette en 1915.
La première de ses citations a été attribuée dans le secteur du fort de Vaux en mars 1916, la seconde au Trou Bricot. La famille ne sait pas pour l’obtention de sa 3e citation.
Médaille Militaire (Trouvé sur un site de recherche généalogique).
Frédéric Alexis Biehler - matricule 7845
Sergent au 149e Régiment d'Infanterie.
«Sous-officier d'une bravoure et d'un sang-froid exemplaires .Le 4 septembre 1916, après avoir brillamment enlevé une section de grenadiers à l'assaut d'un village fortement occupé, s'est rendu maître de deux forts groupes ennemis qui offraient une résistance acharnée et a tué de sa main six Allemands.
Violemment contre attaqué, a résisté seul et a maintenu la position en attendant bravement l'arrivée d'une section de renfort.
Blessé au cours de l'action, a refusé de se laisser évacuer et a conservé le commandement de son groupe après un pansement sommaire.
Déjà cité trois fois à l'ordre.»
Anecdotes (source familiale) :
1°) Avant l'armée il pratiquait le tir à titre civil dans le club sportif « l’avant-garde » dans le village de Saint-Laurent avec d'excellents résultats au niveau régional en 1912 et 1913.
2°) Lors d'une permission obtenue pour Noël 1916, il a rapporté un fusil pris aux Allemands. Lorsqu’il est arrivé à la gare d'Epinal un chef de police militaire a voulu lui confisquer. Il a attrapé cet homme par le col de sa veste pour lui dire que s'il voulait obtenir un fusil comme celui-ci, il devrait faire comme lui en montant aux tranchées de premières lignes pour le prendre aux Allemands.
Dans les années 1950-1955, l'un de ses derniers frères s'en servait encore à la chasse pour tirer le gros gibier.
Le dernier combat du sergent Biehler.
Le 149 e R.I dans la Bataille de la Malmaison appuyé par le groupe Schneider A.S.8.
Peu de chose sur le régiment, mais ce qui va suivre peut tout de même nous donner une idée de ce qu’a pu vivre le sergent Biehler dans les derniers instants de sa vie…
Une vue d’ensemble avec l’artillerie spéciale n°8…
Préparations.
Un groupement Schneider, composé des groupes 8, 11 et 12, et un groupement Saint-Chamond, comprenant les groupes 31 et 33, sont désignés pour participer à cette attaque. Ces groupements étaient sous le commandement du lieutenant-colonel Wahl. Les groupes Schneider étaient composés de 12 chars de combat, répartis en 4 batteries de 3 chars. Les groupes Saint-Chamond comportaient 14 chars et étaient constitués à 4 batteries inégales de 3 ou de 4 chars.
L’artillerie spéciale n° 8 est affectée à la 43e division avec l’objectif d’atteindre la forêt de Belle-Croix. Le groupe A.S.8 est embarqué dans la journée du 17octobre 1917 en gare de Champlieu et débarqué en pleine voie dans la gare improvisée de Moulin-Saint-Pierre. Il gagne ensuite ses positions de rassemblement à 200 m au nord-ouest de Vailly, en bordure de la route de Jouy.
Malgré toutes les précautions prises, le mauvais temps qui avait détrempé le terrain, les tirs de contre-préparation ennemis et le bouleversement des lignes allemandes par l’artillerie française qui tirait de façon intense depuis six jours et six nuits créèrent pour les chars un ensemble de circonstances difficiles.
Dans la nuit du 22 au 23, une pluvieuse nuit d’octobre, l’A.S. 8 se met en marche à 23 h 00 et suit la route de Vailly à la ferme Vaurains. Au nord de Jouy, le groupe se divise en deux colonnes.
La colonne de droite (1re et 3e batteries) s’engage sur l’itinéraire ravin du Toty-ferme le Toty. Arrivée à hauteur de la Gabionnade située à 200 m au sud de la ferme le Toty, elle est prise sous un tir violent d’obus de gros calibres. Le char de tête tombe dans un entonnoir qui vient de se creuser devant lui ; peu après il est atteint par un obus et mis hors service. La route se détériore rapidement sous les coups de l’artillerie adverse ; le terrain avoisinant détrempé par les pluies est impraticable. Bientôt, aux obus explosifs, succèdent les obus toxiques ; le ravin s’emplit de gaz « moutarde » ; il faut mettre les masques ; en outre, aucune lumière ne peut-être allumée, car la colonne est en en vue et à 500 m de la tranchée allemande du Blocus. Les travaux de terrassement entrepris pour dépanner les appareils n’avancent que très lentement. Un
seul char de la 1ère batterie se dégagera vers 10 h 00 ; en raison de l’heure tardive, il sera maintenu en réserve, à la carrière des Obus, par le commandant du groupe. A la 3e batterie le lieutenant Bussière se remettra en marche vers 6 h 30 et parviendra à rejoindre l’infanterie avant le début de la deuxième phase. Un autre char, celui de l’adjudant Florimond, dégagé plus tardivement, fera le tour de la carrière des Obus, suivra la trace des batteries de gauche et rejoindra son commandant de batterie au cours de la deuxième phase.La colonne de gauche (2e et 4e batteries) arrive sans encombre à sa position de départ (carrière des Obus) entre 2 h15 et 2 h 30.
Vers 4 h 00, le char du commandant de la 2e batterie est atteint par 2 obus qui tuent 4 hommes de l’équipage et mettent l’appareil hors service.
Journée du 23 octobre 1917
Les chars dans le secteur de la 43e division.
Nous savons déjà que la 1ère batterie de l’A.S. 8 (batterie de droite) n’a pu atteindre à temps sa position de départ et qu’à la 3e batterie, le char du commandant de batterie, n’arrive à se dégager de l’embouteillage de la Gabionnade que vers 6 h 30, c’est-à-dire trop tard pour prendre part à la première phase. Il traverse lentement le terrain bouleversé que le 158e R.I. vient de conquérir. Il atteint vers 8 h 00 le point de stationnement qui lui a été assigné pour l’arrêt sur le deuxième objectif (sud-ouest de la cote 190,6). A ce moment, il est pris à partie, ainsi que les cuirassiers qui l’accompagnent, par une mitrailleuse en batterie près des carrières Montparnasse. En quelques coups de canons, tirés à bout de portée par-dessus l’infanterie, il l’a réduit en silence.
La 2e batterie (lieutenant Le Poetvin), dont le char de tête a reçu deux obus à la position de départ, se met en marche à 5 h 15, commandée à pied par son chef. L’appareil de queue, arrêté momentanément dans un trou d’obus à 300 m de la position de départ, reçoit successivement deux obus dans le chariot arrière et le réservoir droits. La batterie réduite à un appareil (le char Aubry) rejoint, vers 7 h 30, le bataillon de tête du 149e R.I. installé sur son objectif et s’arrête aux abords de la cote 195,1 pour y attendre l’heure H’. Au cours de ce stationnement, l’infanterie lui signale une mitrailleuse en action à la corne sud-est du bois de la Belle-Croix et des allées et venues dans la région du boyau de Dennewitz où semble se préparer une contre-attaque. Le char s’avance à 150 m des objectifs désignés et tire une trentaine d’obus. La mitrailleuse est détruite et les fantassins du 149e R.I. voient de nombreux allemands s’enfuir vers le bois de la Belle-Croix. Ces résultats obtenus, le char rejoint l’abri que lui offre la côte 195,1.
La 4e batterie, initialement réservée, quitte, conformément au plan d’engagement la carrière des Obus à 6 h 15. Elle atteint à 8 h 00, le point 29-39 qui lui a été désigné comme terme de son premier bond. A ce moment, elle reçoit, du commandant de groupe (capitaine de Blic), l’ordre de s’engager à H’ en prenant à son compte les missions des 2e et 3e batteries que l’on sait réduites chacune à un char.Ainsi, durant la première phase, les chars en raison de la rapidité de la progression de l’infanterie et des difficultés du terrain, n’ont pu rendre aucun service. Durant le stationnement sur le premier objectif, leur action a commencé à se faire sentir. Deux mitrailleuses ont été réduites au silence et une contre-attaque étouffée dans l’œuf. Ils sont maintenant dégagés de la zone chaotique ou ils étaient presque paralysés et nous allons voir leur rôle grandir.
A 9 h 15, six chars se mettent en mouvement sur le front de la 43e D.I. dont ils dépassent bientôt le premier échelon.
Le char Bussière, appuie la droite du 158e R.I.. Il progresse rapidement se tenant entre le barrage roulant et la première vague. Les réactions ennemies sont faibles jusqu’au moment où l’infanterie, arrivée à trois ou quatre cents mètres de la tranchée des Oubliettes, est plaquée au sol par des coups de feu nombreux partant de cette tranchée et des lisières de bois qui affleurent au rebord sud du plateau. Le char en quelques coups de canon, neutralise la partie ouest de la tranchée. Il se porte ensuite vers la batterie 39-60 qu’il trouve inoccupée. Il gagne la lisière sud du bois des Hoinets vers 40-63 et en commence le nettoyage en la longeant vers l’est. A ce moment, il est prévenu par l’officier de liaison de son groupe auprès du 158e R.I. que le groupement de chasseurs qui forme la droite de la division est démuni de chars. Il aperçoit, en outre, derrière lui, des groupes d’infanterie qui recommencent à progresser et la batterie de réserve qui arrive à la rescousse sur le front du 158e R.I.
En conséquence, il se rabat vers l’est en contournant le ravin des Bousseux. Il est rejoint, vers 10 h 45, par son camarade de combat le char Florimond, qui se place en surveillance, à sa droite vers 42-59. A 11 h 45, la batterie est libérée par l’infanterie et se met en marche pour rejoindre la carrière des Obus.
Revenons maintenant vers l’ouest où nous avons vu apparaître la 4e batterie venant relever le char Bussière d’une partie des multiples missions qu’il a si gaillardement assumées. Cette batterie a, depuis H’, tantôt suivi, tantôt précédé la gauche du 158e R.I. et la droite du 149e R.I.. Elle n’a rencontré que peu de résistance.
Plus proche du 149e R.I. et du sergent Biehler.
Le Schneider de la batterie C de l’aspirant Aubry prend sa position de départ à la carrière des Obus. Il suivra l’itinéraire suivant : Lisière ouest des bois du coteau et du blocus, pour prendre la direction de la tranchée du blocus, de la tranchée lassitudes, de la tranchée Carlin. Il traverse le chemin des Dames et la tranchée du Hérisson, puis la route de Maubeuge, les boyaux Enock, et Erfurt, la tranchée Dennewitz, pour arriver à la lisière est du bois de Belle-Croix jusqu’aux pentes nord du
plateau de Chavignon. Point 3963.
Un premier arrêt se fait à 7 h 25 sur une position de surveillance à 100 m à l’ouest de la cote 195.1. Un second arrêt à lieu à 9 h 40 sur le plateau de Chavignon, pour éviter de rentrer dans le tir de barrage français. Un troisième arrêt a lieu de 11 h à 11 h 30 sur les pentes nord du plateau de Chavignon où ce termine la mission de la batterie. Un dernier arrêt se fera sur le chemin du retour à 13 h 50, sur la route de Maubeuge pour dépanné le char qui avait déraillé.Pendant le combat, le 149e R.I. signale une mitrailleuse à la corne sud-est du bois de Belle-Croix à 8 h 30. Une contre-attaque allemande doit se préparer dans le secteur de la tranchée Dennewitz. Le char se porte en avant et tire une trentaine de coups de canon à 150 m en plein objectif.
Pendant le stationnement qui fut atteint assez facilement à 7 h 25, le char tirant à 150 m au canon, détruit une mitrailleuse et arrête une contre-attaque qui tentait de déboucher de la lisière sud du bois de Belle-Croix, vers 7 h 50. Pendant une vingtaine de minutes, on apercevait distinctement les allemands fuyant les tirs du char. Pendant toute la marche sur le 2e objectif, le char a précédé les vagues d’attaques de 50 à 100 m environ. Attaquant une petite carrière en lisière de la forêt sur le plateau. Il fît une douzaine de prisonniers et prit une mitrailleuse qui est rapidement emportée dans le Schneider. Pendant le stationnement sur le 1er objectif, le char fut longtemps seul. A 8 h 10, il vit arriver derrière lui, 3 chars de la batterie D et un char de la batterie B. Ces chars suivirent d’abord à 150 m, puis le char de la batterie B, passera en tête sur le plateau. Les chars de la batterie D dépassèrent à leur tour, les vagues d’attaque. Tous les chars étaient au rebord nord du plateau à 11 h 00. L’ordre de repli fut donné à 11 h 30 après avoir constaté que l’infanterie dépassant le plateau, portait ses mitrailleuses dans la vallée.
Au retour le coincement des fils de fer arrachés par le char provoqua un déraillement sur la route de Maubeuge. Le Schneider fut dépanné en 40 minutes de travail par le personnel et les moyens du bord.
Sources :
« Batailles et combats des chars français, l’année d’apprentissage (1917). » Lieutenant-colonel breveté J. Perré. Aux Editions Charles Lavauzelle et cie 1937.
« Les chars d’assaut, leur création et leur rôle pendant la guerre 1915-1918 » Capitaine Dutil agrégé d’histoire. Aux éditions Berger-Levrault, éditeurs 1919.
Un grand merci à Jacques Baptiste, à Arnaud Carrobi et à « Tanker » du site "Pages 14-18", au Service Historique de Vincennes et à l’ E.C.P.A.D.
06 octobre 2009
Avant-guerre... Les cantinières.
Voici quelques photographies de cantinières posant avec leurs familles et leurs personnels.
Pour mieux comprendre leurs rôles et leurs fonctions, quelques définitions données par Jean Riotte.
La cantinière, généralement l’épouse d’un sous-officier du régiment, était celle qui en tant de paix s’occupait de la cantine, lieu de distribution de vivres et de boissons pour les hommes de troupe. Elle était la seule femme à vivre à l’intérieur de la caserne, dans un logement séparé qu’elle partageait avec son mari. En campagne, les cantinières suivaient les troupes pour assurer le ravitaillement et les diverses tâches de la vie quotidienne. Ainsi étaient-elles amenées à faire la lessive, à servir de barbier et à donner les premiers soins aux blessés. Même si elles étaient tenues en principe à l’écart des champs de bataille, elles côtoyaient souvent le danger au péril de leur vie.
La suppression des cantinières en 1914 constitua l’aboutissement d’un processus de retrait progressif des femmes dans l’univers guerrier.
Famille Crévisy
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Vivandière, du latin médiéval « vivenda » qui signifie « vivres ». La vivandière était la femme autorisée à suivre les troupes en campagne pour vendre les vivres et les boissons dont celles-ci avaient besoin. Au cours du XIXe siècle, ce substantif fut remplacé par celui de cantinière qui s’imposa peu à peu ».
Sources : Les mots des soldats, d’Odile Roynette, aux éditions Belin, 2004, ISBN 2-7011-3050-6.
Famille Duchene
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Tout le monde ne peut pas exercer cette profession. La sélection est sévère et sujette à un règlement très précis. Même si le passage suivant est bien antérieur à la période 1914, les modalités pour obtenir les autorisations spécifiques devaient être assez identiques dans la première décennie du 20e siècle. Bon nombre de « pantalons garance », ceux des classes 1911, 1912 et 1913, les rappelés du début du conflit, qui montèrent en premières lignes en août 1914, ont du croiser ces équipages et ces familles lors de leur passage à la caserne Courcy durant leur service militaire...
Quelques éléments complémentaires…
« La gendarmerie a dans ses attributions spéciales la police relative aux individus non-militaires, aux marchands, aux vivandiers qui suivent l’armée. En conséquence, les personnes qui ont à leur suite ces personnes sont tenus d’en faire connaître les noms, prénoms, lieux de naissance et signalements, soit au grand prévôt, soit au prévôt, soit au commandant de la force publique de la division ou du détachement.
Ces officiers sont chargés de recevoir et d’examiner les demandes des personnes qui désirent exercer une profession quelconque à la suite de l’armée. Ils accordent des permissions et délivrent des patentes à celles qui justifient de leur bonne conduite et qui offrent toutes garanties pour ce genre d’industrie auquel elles veulent se livrer. Le grand prévôt et les prévôts n’accordent de patentes que pour les quartiers généraux auxquels ils sont attachés. Ces patentes sont soumises au visa des chefs d’état-major, qui les font inscrire sur un registre. Les commandants de la force publique des divisions ou détachements délivrent, sous l’approbation du chef d’état-major et aves visa, des patentes aux vivandiers, marchands et industriel des divisions ou des brigades. Ils les font viser par le prévôt du corps d’armée.
Ces permissions et ces patentes doivent être l’objet d’un examen sévère de la part de la gendarmerie. Elle se les fait présenter fréquemment, et s’assure de l’identité des individus qui en sont détenteurs. Cette mesure est de la plus haute importance pour empêcher et réprimer l’espionnage.
Indépendamment de leurs patentes, les marchands autorisés et les vivandiers reçoivent une plaque portant l’exergue : « marchand » ou « vivandier » et le numéro de leur patente.
Ils sont tenus de porter cette plaque d’une manière ostensible, et d’en avoir à leur voiture une autre portant leur nom, le numéro de leur patente et l’indication de la fraction qu’ils sont autorisés à suivre.
Les chefs d’état-major exigent que les comestibles et les liquides dont les marchands et les vivandiers doivent être pourvus soient toujours de bonne qualité et en quantité suffisante ; ils en fixent les prix.
La gendarmerie s’assure que ces prescriptions sont exécutées. Elle fait souvent des perquisitions dans les voitures des marchands et des vivandiers, et empêchent qu’elles ne servent à transporter d’autres objets que ceux qu’elles doivent contenir.
Famille Leblanc
Cantinières des corps de troupe :
Les cantinières des corps de troupes reçoivent leurs patentes du conseil d’administration et sont tenues de les faire viser par le commandant de la force publique de la division ou du détachement. La gendarmerie peut se faire présenter ces patentes. Les chefs de bataillon, les adjudants-major et les adjudants sont chargés envers les cantiniers des corps de la surveillance prescrite par l’article précédent à l’égard des marchands et vivandiers.
Un médecin et un pharmacien sont chargés d’apprécier la qualité des liquides et comestibles débités.
Dans chaque corps d’armée, un médecin et un pharmacien militaires sont chargés de faire inopinément des tournées générales ou partielles pour apprécier la qualité des liquides et des comestibles débités par les marchands, les vivandiers et les cantiniers. Pour ces tournées, ils sont assistés d’un maréchal des logis ou d’un brigadier de gendarmerie avec deux gendarmes. »
Sources : Décret du 26 octobre 1883 portant règlement sur le service des armées en campagne. Librairie militaire de L. Baudoin et Cie 1884.
Un grand merci à Jean Riotte et à Robert Neff.
29 septembre 2009
Premiers pas en Artois en octobre 1914.
Après son passage dans le secteur de Souain, le 149e R.I. poursuit sa destinée du côté de Notre-Dame-de-Lorette.
Tableau des_tués dans le secteur du bois de Bouvigny.
Tableau des blessés et des disparus dans le secteur du bois de Bouvigny.
Tableau des sépultures dans le Pas-de-Calais (année 1914)._
Total : 77 tués, 101 blessés et 13 disparus. Avec certainement des manquants...
1er octobre 1914
Avis donné à la brigade : Elle embarquera avec le C.A. dans la soirée elle gagne Veuve. Arrivée à midi.
Le 158e R.I. arrivant de Mourmelon-le-Petit est arrivé depuis 9 h 00. Le 149e R.I. (2 bataillons) y arrive à partir de 14 h 00. Un bataillon est resté à Souain. Départ de la brigade à 18 h 00 pour embarquer à Châlons.
2 octobre 1914
Destination prévue : Creil, arrêt à la Plaine-Saint-Denis, départ 23 h 00. Destination : Arras. Arrivée à Amiens, direction Abbeville, Etaples puis Calais, Armentières débarquement à Wavrin à 4 h 00 du matin.
3 octobre 1914
Le 158e R.I. débarque d’abord et s’établie en défense, passage sur la Deule, la Bassée jusqu'à Bauvin. Le 2e bataillon en réserve à Marquilliès. Des corps de cavaleries ennemies sont signalés dans la région de Carvin.
4 octobre 1914
Le 158e R.I. est toujours en action vers Vendin-le-Viel, Pont-à-Vendin, mais n’y parvient pas. Il se retranche à Wingles. Les attaques de cavalerie sont repoussées par les territoriaux qui occupent le Sud de Lille, ils reculent en direction de Haubourdin-Loos.
5 octobre 1914
Même but que la veille, pour le 158e R.I., le 8e R.I.T., le 17e et le 20e B.C.P. dans les environs de Lille-Haubourdin. La 7e division de cavalerie tient les passages de la Deule et de la Lys près de Sailly-sur-la-Lys. Le Q.G. est à Wez-Macquart.
6 octobre 1914
Le reste de la 13e division est transporté en camions à 3 h 00 en direction de Lens. Le poste de commandement de la brigade est à la mairie de Haubourdin. Toutes les actions sont repoussées.
La 7e division de cavalerie s’emparent des ponts de Delemont ( ?) et pousse jusqu’à Estaires.
Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.
"Le 149e R.I. est en réserve et soutien d’artillerie au nord de Cambrigneul et dans la région Aubigny, Camblain-l’Abbé."
7 octobre 1914
Situation inchangée. Calme sur toute la ligne. Rassemblements ennemis signalés sur Roubaix-Tourcoing et vers Comines.
A 16 h 00, ordre téléphonique du commandant de la 10e armée : mise en marche immédiate sur La Bassée des 2 bataillons de chasseurs en laissant sur place tous les éléments territoriaux et le bataillon d’infanterie actif qu’il a sous ses ordres. Les territoriaux passant sous les ordres de la 7e division de cavalerie.
(Avant d’exécuter l’ordre parvenu de manière anormale, le général demande confirmation au 21e C.A.) c’est alors que l’ordre arrive. Les 2 bataillons de chasseurs se rassemblent à Haubourdin.
Carte extraite du livre "les combats de Notre-Dame-de-Lorette" du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.
Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.
"Vers 20 h 00, deux compagnies du 149e R.I., réserve de la 43e D.I., arrivent à Bouvigny pour renforcer les cyclistes et les cavaliers aux avant-postes."
8 octobre 1914
Les chasseurs doivent être dirigés sur Mazingarbe par camions. Cela se fait dans la nuit, sans incidents. Les territoriaux remplacent les chasseurs.
La 85e brigade est subordonnée au général commandant la 7e division de cavalerie pour la défense d’Haubourdin. Seul le 158e R.I. est concerné par tous les combats.
Le général Dumezil, commandant la brigade n’est plus sous les ordres du général Hely d’Oisel.
Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.
"La 43e D.I. doit exécuter deux attaques simultanées, l’une sur Carency, l’autre sur le plateau de Lorette. Pour celle-ci, elle donne vers 12 h 00 au 3e bataillon du 149e R.I., l’ordre de passer par le bois de Bouvigny et d’atteindre comme 1er objectif la chapelle. Deux
compagnies et demie, sous les ordres du commandant Laure, commencent à progresser dans la partie ouest du bois où elles se trouvent, au passage, les 2 compagnies qui avaient relevé les cyclistes de la 1ère division de cavalerie, et dont les postes avancés demeurent à quelques mètres de petites fractions ennemies .En même temps, à droite, partant du bois de la Haie, la 5e compagnie et un peloton de la 2e compagnie du 1er bataillon de chasseurs tentent d’aborder le bois de Bouvigny par la lisière sud-est. L’adversaire résiste partout, et l’avance entravée par de multiples difficultés est presque nulle. La nuit tombe. Au milieu des arbres, dans un épais brouillard qui accentue l’obscurité, le combat continue. On est là, face à face avec des présences incertaines mais dangereuses, et l’on tire pour un rien, nerveusement. Il n’est pas un glissement ou un pas que l’on ne perçoive dans les feuilles mortes malgré le bruit de la fusillade. Tout à coup, sur la ligne des tirailleurs, un cri rebondit de bouche en bouche : « En avant ! » Et on charge à la baïonnette, droit devant soi, sans rien voir, mais avec la foi dans le succès. Bientôt, c’est le désordre et l’anxiété : les chasseurs viennent butter dans le flanc droit des unités du 149e R.I.. Il faut s’arrêter à hauteur de la maison forestière. Après ce moment de crise, qui a coûter quelques pertes, les fusils se taisent. L’ennemi s’est replié, on ne sait où, mais on ne le sent plus devant soi. On installe les petits-postes et des patrouilles prudentes ratissent le terrain."
Extraits du livre "Lorette une bataille de 12 mois" d' Henri René aux éditions Perrin et cie.
"Depuis quelques jours déjà, nous savions que « ça chauffait » ferme, d’Arras à Lille. Nous trépidions dans l’inconnu. La 1ère division (13e) avait filé tout d’une traite sur Armentières et Lille, où nous la devinions aux prises avec l’ennemi. Mais nous la 2e division, pour qu’on nous eût débarqués, sans suivre la 1ère, à l’ouest d’Arras, pour qu’on nous fît construire hâtivement des tranchées autour des villages où nous étions cantonnés, pour qu’on nous laissât mélangés avec la division de cavalerie tourbillonnant dans les Plaines de la Gohelle, il fallait donc nous attendre à être engagés sur place. Sans doute, et cela n’était pas pour nous déplaire. Car, de l’infanterie aussi largement articulée à l’aile d’une armée, de la cavalerie la coudoyant en grande masse, de l’artillerie encore habituée aux évolutions rapides se mélangeant à elles, tout cela nous faisait l’effet d’être de la bonne graine de poursuite. Nous savions que la victoire de la Marne était à exploiter et que, dans l’esprit des chefs, il y avait place pour une décision foudroyante à laquelle tous étaient fiers d’être peut-être appelés à collaborer.
A 11 h 00, nous déjeunions, lorsque le capitaine commandant le bataillon fut appelé au téléphone…
Alerte ! Mission d’honneur, très importante, recommandations spéciales et insistantes du général commandant d’armée : Allemands à repousser d’une hauteur dominant toute la plaine, positions d’artillerie à conquérir et à conserver à tout prix, liaison à assurer avec l’avant-garde de la 13e division qui redescend de Lille et marche sur le même objectif.
On était prêt : on boucle et l’on part. Une pose plus loin, vers les quatre-Vents, on se grossit d’une section de mitrailleuses et d’une batterie d’artillerie. Avec quelque émotion, on serre la main aux camarades du 2e bataillon du régiment, momentanément maintenu à ses constructions de tranchées…
Point de direction : le vieux moulin de Bouvigny qui se profile là-haut, sur la crête, au-dessus de Servins.
Pendant que nous y montons, le capitaine commandant déboîte à droite avec sa reconnaissance d’artillerie et, de loin, nous le voyons qui scrute l’horizon à la jumelle avec le commandant de batterie : bonne affaire ! C’est là qu’il va planter les quatre 75 assurant notre appui, car c’est de ce côté, du bois de la Haye, qu’on aperçoit la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette, notre objectif…
Quelques « tuyaux » nous sont parvenus en cours de route : notre cavalerie, qui avait pris pied aux abords de cette chapelle, a été refoulée par une attaque d’infanterie la nuit dernière, et ses cyclistes n’ont eu que le temps de couvrir son repli, luttant pied à pied sur le plateau et dans le bois contre une avant-garde ennemie supérieure. Deux compagnies de notre régiment, que nous allons retrouver là-haut, ont déjà remplacé les cyclistes…
Nous faisons la pause près du vieux moulin, avec une petite avant-garde dans la direction du bois : la dernière halte avant de nous engager…
Ce n’est pas la première fois qu’on va se battre, mais la perspective d’un combat de bataillon isolé en rase campagne, cela vous fait tout de même quelque chose. Des coups de fusil partent du bois, à l’est… Des balles perdues arrivent près des meules de paille et du boqueteau où nous nous abritons…
A nos pieds, au nord, une immense plaine, mal dégagée des brumes qui la recouvrent en partie, avec des cheminées innombrables, des alignements de corons, des chevalements de puits de mines et, ce qui est moins pacifique, des grondements sourds s’échappant du sol, des lueurs se détachant du brouillard là-bas, du côté de la Bassée, de Loos, de Liévin… C’est, sans doute, le canon de la 1ère division qui redescend de Lille et l’espoir de sa prochaine collaboration à notre engagement."
Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.
"Une compagnie reste en réserve près du vieux moulin et y creuse des tranchées. Le reste s’avance… La formation est bonne…
Voici la petite avant-garde à la lisière. Un cycliste rend compte que les deux compagnies nous ayant précédé sont en avant, à 200 m, vers une maison forestière, nez à nez avec l’ennemi qu’elles accrochent ferme.
Le capitaine commandant les prend sous ses ordres…
La nuit tombe, c'est le moment choisi.Une compagnie s’avance de front, pour entraîner les camarades, une autre par le rebord du plateau, en lisière nord du bois, et, au sud les chasseurs à pied prolongent la petite attaque avec ordre de « taper » dans le flanc gauche de l’ennemi… Le signal sera donné à droite par les chasseurs, il se fait un peu attendre, leur cheminement sans point de direction bien visible ayant été difficile. Voilà la nuit maintenant. On s’impatiente. Tout d’un coup la nappe du sifflement des balles s’étend sur tout le bois, les cris de « En avant à la baïonnette ! » percent le silence qui avait précédé l’attaque, la confusion règne, des hommes tombent, surtout à gauche. Les officiers circulent dans le taillis épais et obscur pour mettre de l’ordre parmi le brouhaha, des chasseurs à pied venant de la droite « se jettent dans les jambes » des unités qui ont poussé droit...
Le combat n’a pas donné les résultats qu’on escomptait de la surprise. A gauche, nous sommes bouclés : grosses pertes, progrès nuls, inquiétude des officiers qui sont convaincus qu’on est tombé « sur un bec » et qu’il n’y aura pas moyen de passer. A droite, on entend plus rien et on n’a plus de nouvelles des chasseurs ni des sections du bataillon qui agissaient en liaison avec eux.
Il faut avoir assisté à des combats de nuit en rase campagne, surtout sous bois, pour se rendre compte des anxiétés d’une telle situation, quand on n’a eu le temps de reconnaître au préalable ni l’ennemi ni le terrain !
Bonne nouvelle : vers minuit, on a la certitude que la droite a passé, filant d’une traite sur ses objectifs, et poussant des éléments jusqu’à l’orée à l’est du bois. Même à gauche, l’affaire s’arrange… Une patrouille d’aile, qui s’est glissée le long des pentes, a pris contact, vers les corons de Marqueffles avec des éléments de la 1ère division.
A l'intérieur du bois, des mouvements perçus nous donnent bientôt la conviction que l'ennemi se décroche, par des chemins connus de lui, mais où il nous est impossible de le talonner en raison de l'obscurité et de la non-connaissance des lieux."
...
9 octobre 1914
R.A.S.
"Le commandant Michaud recherche lui même la liaison avec le bataillon Laure du 149e R.I., à l’intérieur du bois de Bouvigny, pour que le 149e R.I. lie son mouvement au 20e B.C.P..Le 3e bataillon du 149e R I. est, lui aussi, parti en avant à la première heure du matin. Les taillis touffus, les ronceraies et le brouillard épais ralenti sa marche. Quelques balles de patrouilleurs ennemis qui s’enfuyaient l’ont obligé à balayer tout le bois. Arrivées à la lisière les sections de droite sont prises sous le feu d’écharpe de mitrailleuses qui vient de la direction d’Albain-Saint-Nazaire, mais à gauche la progression s’avère plus facile. L’artillerie qui n’a pas pu tirer dans la matinée, vers midi, entre en action du bois de la Haie, et pousse une section du 12e R.A.C., sous les ordres du lieutenant Robert, dans le bois même de Bouvigny et jusqu’à la lisière est, à hauteur des premiers éléments de l’infanterie, assurant ainsi une liaison particulièrement intime avec les deux armes. La 5e compagnie et le peloton de la 2e du 1er B.C.P., qui ont été placés sous les ordres du capitaine Laure, sont bloqués par les tirs ennemis, tandis que le reste du bataillon organise le point d'appui de l'ancien moulin Topart.
16 h 00, le bataillon Laure et le bataillon Michaud se sont mis en liaison. A 21 h 00, le capitaine Laure envoie au général commandant la 43e D.I. le compte rendu suivant : « Situation en fin de journée : à la nuit ma 1ère ligne avait pu atteindre une grande haie traversant du nord au sud l’arête de Notre-Dame-de-Lorette, à environ 300 m à l’ouest de Notre-Dame-de-Lorette. Haie sur laquelle se trouvait en liaison à gauche avec le 20e B.C.P.. Deux de mes sections environ ont pu sauter sur des tranchées allemandes situées à mi-chemin entre la haie et Notre-Dame-de-Lorette, et les occuper. A la faveur de la nuit, une compagnie fraîche du 149e R.I. (5e compagnie) prélevée sur celles amenées par le lieutenant-colonel Escallon, a pris sous son commandement mes deux sections occupant un peu en avant la tranchée allemande. Cette 5e compagnie se trouve en liaison à gauche avec une compagnie du 20e B.C.P. qui occupe la partie gauche (nord) de la haie. Il y a quelques allemands qui se trouvent encore réfugiés dans la chapelle crénelée et ses abords, mais vraisemblablement très peu. Le point critique pour le maintien de l’occupation du terrain conquis est le rebord sud du plateau, face à Ablain-Saint-Nazaire, car de Ablain-Saint-Nazaire sont partis toute la journée des feux nourris et ajustés d’infanterie et surtout d’artillerie. Sur ma demande, 2 compagnies fraîches (8e et 6e compagnies) s’occupent cette nuit de l’organisation défensive de ce rebord. Mes 4 compagnies se reconstituent à la lisière est du bois de Bouvigny, moins une demie de la 12e compagnie que j’envoie à la garde des tranchées faites par le génie au moulin de Bouvigny (avec ordre de les occuper surtout face au nord puisque je tiens maintenant assez fortement le plateau pour que le repli face au bois de Bouvigny n’ait pas grande importance) et moins une demie de la 10e compagnie (peloton d’Estrée-Gauchie). J’ignore la destination donnée à ce dernier élément, et je demande que ces deux sections me soient rendues si possible. A ma droite, les 6 sections du 1er bataillon (capitaine Delporte) me couvrent en tenant les lisières sud-est du bois de Bouvigny, face au saillant ouest d’Ablain-Saint-Nazaire. Si cette compagnie est rendue demain à son bataillon, il faudra assurer la couverture du 149e R.I. face à Ablain-Saint-Nazaire. Le lieutenant-colonel Escallon a repris ce soir le commandement de l’ensemble ; 2 bataillons du 269e R.I. sont venus, je crois se mettre à sa disposition un peu avant la nuit ».
Pour soutenir, en effet, l’action des unités qui attaquaient le plateau de Lorette, le commandement avait pris diverses dispositions. Les 2 bataillons disponibles du 149e R.I. avaient été portés dans le bois de Bouvigny, et au nord, près de la ferme Marqueffles, 2 bataillons du 10e C.A., un du 41e R.I. et un du 70e R.I., envoyés à Mazingarbe à la fin de la matinée, les remplaçaient en réserve. Le 269e R.I. transporté d’Arq en autocars et envoyé en renfort du 149e R.I, sous les ordres du commandant Wurmster, se trouvait au soir à Aix-Noulette ; là il était employé pendant la nuit à transporter des outils destinés aux troupes qui occupaient le plateau de Lorette."
....
Extraits du livre "Lorette une bataille de 12 mois" d' Henri René aux éditions Perrin et cie.
"Quel brouillard ! On n’y voit pas à dix pas…
Les ordres brefs de notre chef, nous actionnant hardiment vers l’avant, accroissent notre confiance.Tout le monde en ligne, en tirailleurs et à grands intervalles, pour les compagnies de tête. Les compagnies de queue suivront en colonnes minces. Des patrouilles, bien commandées couvriront ce dispositif.On avance résolument, quoique lentement, car le taillis est épais et, à gauche il y a encore des coups de fusil : il faut pourtant balayer tout le bois et ne laisser derrière soi aucun traquenard.Vers la lisière nord, on rencontre nos tués de l’échauffourée d’hier soir…De temps en temps, dans le brouillard épais, des formes se détachent : l’ennemi ? Non, des faisans, dans le brouillard amplifie les mouvements. Voici d’ailleurs « la Faisanderie », rendez-vous de chasse gracieusement niché dans le bois. On fouille rapidement, et on passe. L’orée du bois. A droite du chemin central, nos sections de pointe nous attendent et respirent en nous voyant : elles n’ont pas été attaquées dans leur solitude, mais, pendant la deuxième partie de la nuit, elles ont entendu des va-et-vient de troupes et de voitures tout près d’elles, là, sur la gauche, entre la Faisanderie et la lisière nord du bois… Elles ont fait le gros dos, sans bouger, heureuses de se sentir au point du jour redevenues maîtresses de la situation.
9 h 00 : Les ailes reçoivent des balles, partant des patrouilles ennemies qui se retirent devant elles.
Le centre est gratifié par de violentes rafales de 77 au moment où il se déploie en lisière. Bon gré mal gré, le combat commence.
Le 77 est cuisant, ses obus tombent dru et juste… Satanées pièces, elles ne doivent pas être loin : probablement aux abords de la chapelle qu’on ne voit pas encore. Quelques tués, de vingt à trente blessés.
Le rassemblement de départ s’élargit sans qu’il soit besoin de donner des ordres dans ce sens, et le gros du bataillon appuie vers la pointe du bois se prolongeant au nord. La pointe du sud est moins hospitalière : on y reçoit des balles qui vous prennent de travers et semblent venir de la plaine, vers Ablain-Saint-Nazaire et Carency.
Allons-y par la gauche, puisque la porte paraît céder de ce côté. Au centre et à droite, la ligne de tirailleurs élargit encore ses intervalles, et peut ainsi venir s’accrocher à la petite crête qui relie transversalement les deux pointes.
Les données de l’engagement se précisent. De cette crête que nous occupons maintenant et où nos tirailleurs se terrent en attendant que le dispositif de combat ait pris sa forme définitive, on aperçoit à l’est, en fond de tableau, une haie qui coupe le plateau. Derrière la haie, un clocheton émerge, à 1500 ou 1800 m.
C’est de là que partent les 77 ; de là aussi, des balles qui, maintenant que nous sommes vus, sont beaucoup plus ajustées.
Vengeance : nous entendons l’aboiement caractéristique du 75, sans doute nos quatre canons du bois de la Haye, qui viennent frapper dans les jambes des Allemands, autour de la chapelle. L’intervention de notre artillerie « donne du cœur au ventre ».
Et puis, les gars, il faut marcher, coûte que coûte ; car voyez ce commandant de chasseurs à pied, qui arrive auprès de votre chef, écoutez son appel :
Mes chasseurs, avant-garde de la première division descendue de Lille et de la Bassée, ont attaqué cette nuit les pentes de la chapelle par le nord. L’abordage à la baïonnette, plusieurs fois renouvelé, a été sanglant. Plus de cent des nôtres y sont restés, et au moins autant d’Allemands. Nous n’avons pas pu tenir aux abords immédiats de la chapelle, mais nous sommes accrochés au haut des pentes, sur le rebord du plateau. Notre situation, des plus critiques, redevient bonne avec vous. A tantôt : nous vous attendons. Nous tiendrons jusqu’à votre arrivée.
Tout s’agence et s’arrange. Un grand lieutenant d’artillerie nous annonce en même temps qu’il est à la Faisanderie avec deux pièces. On va pouvoir les utiliser pour appuyer directement notre action, pendant que celles d’en bas, du bois de la Haye, continueront leur tir d’écharpe.
Le grand lieutenant joyeux de prendre sa part de si près à un combat d’infanterie, fait plaisir à voir. Il donne ses ordres :
Une pièce en batterie sur le chemin, entre la Faisanderie et la lisière. Les téléphonistes, déroulez le fil jusqu’ici. Allô…pièce prête ? 2400…
Les trajectoires rasantes de ce tir tendu frôlent nos dos, dans nos trous de tirailleurs, mais leur effet moral nous fait bondir. Et nous sommes décidément, résolument, sans esprit de retour, lancée sur le « tapis de billard », bien convaincus désormais que tout mouvement de recul nous coûtera plus cher que l’assaut. Les bonds : à allure extra-rapide. Les arrêts : en manœuvre mieux qu’au terrain d’exercice !
Cette progression, pied à pied, commencée à 11 h 00, nous a fait gagner encore 1000 m quand arrive 17 h 00.
Les 77 ont taillé dans la chaîne d’attaque, et aussi une certaine mitrailleuse qui « crache » on ne sait trop d’où, part là-bas, en avant et à gauche, croisant ses feux avec celle d’Ablain. Mais ces Allemands travaillent mal, on voit que les chasseurs de la 1ère division les ont déjà « sonnés », et ils nous font même pas peur ! Ils nous offrent inutilement le spectacle de quelques 105 qui s’en vont, mi-fusants, mi-percutants, couper des branches du bois où nous ne sommes plus.
Tout le monde n’est pas de fer. A preuve, cet homme, pourtant point blessé, qui s’en va hurlant et ricanant, les yeux hors de la tête, les bras ballants, les jambes flasques... Il est fou. On n’y fait pas attention, ce spectacle étant assez courant pendant les « marmitages ».
Le capitaine commandant sort, avec sa dernière vague de renfort : le 77 a vu et reconnu un groupe de commandement ; ils sont « salués de première », trois agents de liaison sur quatre sont fauchés, la vague dispersée.
Par bonheur, le gros du régiment arrive à ce moment dans le bois : on l’a transporté en autos, et, à la nuit tombante, une compagnie de renfort, la 5e , est mise à notre disposition. Son débouché est plus heureux que celui de notre derrière vague, et bientôt, elle vient, à la faveur de l’obscurité, talonner la chaîne, qui n’avait plus beaucoup de vitalité, pour l’entraîner d’un bond jusqu’à la haie.
Il fait nuit. On se « rameute » derrière la haie : une fraction la dépasse et se jette dans une tranchée allemande dont les derniers défenseurs se retirent précipitamment vers la chapelle.
A gauche, on donne la main aux chasseurs de la 1ère division qui garnissent toute la partie nord de la haie et vont pouvoir ensevelir quelques-uns de leurs morts…
A droite, il s’agit de se rabattre face à Ablain, car si l’ennemi s’avisait de remonter par là, les résultats du combat seraient bien compromis.
Appel à voix basse. Echange de poignées de mains. Les patrouilles d’officiers circulent pour reconnaître le terrain et en préparer l’occupation. Nous tenons bien le plateau, tout le plateau. L’ennemi a laissé une arrière-garde à la chapelle , mais son gros semble se replier au delà.
On en peux plus, ce soir. On va s’accrocher à la haie et investir la chapelle à très courte distance. On y entrera demain d’un coup de main résolu, avec une unité fraîche. Des groupes d’officiers de 2e bataillon viennent à nous… On se passe les consignes de combat. Nous laissons sur place nos unités au contact immédiat, notamment celle qui occupe la tranchée allemande à mi-chemin entre la haie et la chapelle. Nos remplaçants garnissent la haie avec une compagnie, échelonnent une 2e compagnie face à Ablain, placent les autres en réserve à la lisière nord-est du bois. Et nous allons, près de la Faisanderie, nous compter, nous reconstituer... et nous reposer.
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10 octobre 1914.
Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.
" Dans la nuit du 9 au 10 une attaque allemande devance celle des français. Sur le plateau de Lorette ce sont les français qui prennent l'initiative de l'action. le 2e batailllon du 149e R.I.(commandant Pretet) qui avait relevé dans la soirée du 9 le 3e bataillon, s'empare pendant la nuit d'une tranchée ennemie, au nord de la chapelle, face au 20e B.C.P.. Par cette avance, nous nous trouvons à peine à 500 m de l'oratoire. Il disparait en partie dans la grisaille du brouillard mais les lueurs d'incendie de grandes meules de paille qui brûlent à ses côtés accusent parfois les lignes de son contour. Quand la flamme, qui couve, tout à coup est plus vive, on voit non loin de là une pièce de 77 probablement endommagée, seule, sans servants, toute noire et sinistre, qui se cabre. Les hommes retournent les parapets, approfondissent les tranchées et consolident la position. Le lieutenant-colonel Escallon demande que des batteries d’artillerie s’installent sur le plateau et dans le bois de Bouvigny pour battre Carency et Ablain-Saint-Nazaire.
A midi, il peut écrire au colonel Cheminon :
" Nous sommes les maîtres incontestés de la crête de Notre-Dame de-Lorette. Nos tranchées font le tour du plateau. La plus à l'est est à 200 m à l'ouest de la chapelle en recevant quelques coups de fusil. La tranchée ennemie est à 100 m au delà de la chapelle. Nous organisons avec le capitaine Vautravers (12e régiment d'artillerie) un système pour la battre, je la ferais attaquer cette nuit..."
Les troupes qui tiennent alors le plateau sont réparties comme suit : le 2e bataillon du 149e R.I. dans les tranchées devant la chapelle, dans l’ordre : 5e et 8e compagnies face à l’est, 6e compagnie face à Ablain-Saint-Nazaire. A gauche, tenant le rebord nord du plateau, en équerre par rapport au 149e R.I., face à la chapelle, quatre compagnies du 2e bataillon du 17e R.I. qui ont relevé celles du 20e B.C.P. dont « les 1ère et 4e compagnies ont eu plus de la moitié de leur effectif mis hors de combat ».
A la lisière est du bois de Bouvigny, de gauche à droite, la 3e compagnie du 20e B.C.P. et le 1er bataillon du 149e R.I. ; à l’intérieur du bois, les 5e et 6e bataillons du 269e R.I. et le 3e bataillon du 149e R.I.. Deux batteries du groupe Vautravers du 12e R.A.C ont pris position à la lisière est.
Un épais brouillard qui a traîné toute la matinée n’a pas permis au canon de tirer. Mais dès que le temps s’est éclairci, les tranchées allemandes du plateau ont été prises à partie, et, dans la nuit, la compagnie Pétin du 149e R.I. a « sauté d’un coup de main hardi sur la chapelle » qu’elle a occupée avec une section."
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11 octobre 1914
La 85e brigade reste en cantonnement à Houdain, et reprend contact avec la 43e division qui est à Camblain-l'Abbé. Le P.C. à Mainsnil-Bouchée.
Extraits du livre "Lorette une bataille de 12 mois" d' Henri René aux éditions Perrin et cie.
"Aujourd’hui, reconnaissance. Le 2e bataillon a fait ses deux jours de service, il a eu la peine de creuser les premières tranchées dans un terrain très dur. Il avait d’ailleurs hérité de notre situation de fin de combat, ce qui n’est jamais très drôle : c’est à nous de reprendre nos places.
Les camarades ont bien travaillé pendant ces deux jours : au nord, le 1er bataillon a relevé les chasseurs et a commencé à construire des « guitounes » pour ses compagnies de réserve sur les pentes du plateau, vers Marqueffles, car, si on reste sur ce terrain, on en sera réduit à vivre sous terre comme les taupes ! Quant au 2e bataillon, dès 22 h 00, il a sauté d’un coup de main hardi sur la chapelle qu’il occupe maintenant avec une section ; et, la nuit dernière, il a relié ce poste avancé en coin sud de la haie par de petites tranchées de demi-sections, échelonnées en arrière et à droite.
Tout cela ne constitue pas une position très solide, mais il n’entre encore dans l’esprit de personne que nous soyons condamnés à « prendre position » : c’est un temps d’arrêt, nous semble t’il, nécessité par les circonstances et pour permettre à la 1ère division d’exécuter sa manœuvre, dans la plaine usinière où nous la voyons évoluer à nos pieds, où ces canons tonnent sans arrêt, où ses bataillons doivent être en train de mordre violemment l’ennemi et de le rejeter au delà des villes de Lens et de Liévin.
Bien des chose nous confirment dans cet espoir, et en particulier l’action de notre artillerie. Les deux batteries se sont en effet, le 10 au matin portées aussi en avant que possible. Celle du grand lieutenant a pris position, dans la pointe nord, sous le couvert des bois, et de là s’est mise à tirer très violemment tant sur l’est de la Chapelle, où l’ennemi travaille la terre, que sur les environs d’Ablain, où, à notre avis, les Allemands seraient fous de chercher à se maintenir, puisque nous les dominons complètement !
L’autre, celle du bois de la Haye, est arrivée ce matin et , s’est installée à découvert, imparfaitement abritée des vues par la petite crête d’où avait débouché notre attaque. Il est vrai de dire qu’il lui en a coûté cher ! A peine eut-elle tiré quelques salves, que les « grosses marmites » vinrent au-devant d’elle, avec une rapidité, une précision, une sûreté qui resteront longtemps présentes à notre mémoire : quatre coups courts, quatre coups longs, quatre coups au but …
Tableau : nos pièces disparaissent dans un tourbillon de bruit assourdissant et de lourde fumée noire ; des terres, des débris de matériel et de membres humains sont projetés en l’air à une très grande hauteur… Lorsque ce chaos s’aplanit, on aperçoit, parmi les officiers ou servants qui se retirent étourdis, deux canons désemparés, faussés, gauchis, dont l’un est lamentablement couché sur le flanc, par suite de la pulvérisation d’une des roues, un caisson bouleversé et boiteux, un autre caisson qui « saute » par explosions saccadées et brutales.
Les corps d’une demi-douzaine de servants tués ou grièvement atteints, gisent parmi les décombres, et quelques blessés, s’éloignent horrifiés vers le poste de secours le plus proche…"
12 octobre 1914
La brigade se rendra à Grand-Servins ou le général prend le commandement du groupement de défense de la position de Notre-Dame-de-Lorette dès que les bataillons du 149e R.I. seront réunis. Le 158e R.I. est engagé dans divers endroits, dont une partie sous les ordres de la 13e division, dans la région de Mazingarbe.
13 octobre 1914
Le général Dumezil reçoit l’ordre de se rendre au Q.G. de la 10e armée à Saint-Pol, en mission temporaire pour y préparer l’organisation du tir d’artillerie lourde.
14 octobre 1914
Au 149e R.I., rien d’important.
15 octobre 1914
Au 149e R.I., rien d’important. Le 158e R.I. se retire de Cambrin pour être reporté à Mazingarbe.
16 octobre 1914
Le général Dumézil rentre de Saint-Pol. L’ E.M. de la brigade est transféré à Bouvigny (le château).
Le 149e R.I. renforce sa position. Le 158e R.I. est engagé en 1ère ligne à Vermelles.
17 et 18 octobre 1914
Situation inchangée.
Pour le dimanche 18 octobre 1914, voici une anecdote extrêmement dramatique qui rappelle que la guerre n'est vraiment pas belle, concernant le 149e R.I.. Elle a été trouvée dans le livre "la gloire divin mensonge" d' Albert GARNIER soldat au 144e R.I.T.. Elle n'engage que l'auteur sur l'analyse de la situation.
" A 23 h 00, une note du commandant du régiment m'annonce que ma compagnie est mise dès cette nuit à la disposition du général Dumesil et ordre m'est donné de partir à 11 h 30 pour la Faisanderie sur le plateau de Lorette afin d'aider à améliorer des éléments de tranchées au-dessus du Fond-de-Buval.
Décidement, je ne moisis pas à Bouvigny et on semble avoir à l'état-major du régiment de bien bonnes dispositions pour moi !
Nous partons, chargés comme des mulets, et cette compagnie que je ne connais pas encore, que je commande depuis quelques heures à peine, grogne un peu. Je vais de section en section, j'explique aux hommes qu'il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur; ils le comprennent vite et tout s'arrange rapidement.
En montant la côte très dure qui nous mêne à la Faisanderie en passant par la Forestière, nous rencontrons un tombereau conduit par un soldat du 149e R.I. accompagné d'un infirmier. Dans ce tombereau il y a quelques bottes de paille et sur cette paille, une fillette d'une douzaine d'années qui a été trouvée dans une tranchée que vient de prendre aux Allemands le 149e R.I.. Nous entendons les gémissements de cette malheureuse enfant. L'infirmier m'explique qu'elle est comme folle et qu'elle se trouve dans un état pitoyable ; les brutes allemandes qui l'ont entraînée dans la tranchée l'ont abîmée...
On me dit que nos camarades du 149e R.I. ont fait payer cher leur crime à ceux qu'ils ont pincés, mais tous les coupables ont-ils été chatiés ?
Ma compagnie émue par ce récit qui circule vite à travers les rangs, continue son ascension vres le plateau de Lorette, cependant que le tombereau avec son pitoyable chargement descend en cahotant sur l'ambulance de Bouvigny...
Là-haut, le tac-tac des mitrailleuses nous avertit que nous allons nous trouver rapidement au milieu du guêpier..."
...
19 octobre 1914
Une compagnie participe à une attaque partielle sur Ablain-Saint-Nazaire avec le 3e B.C.P..
Le reste de la brigade est sans changement.
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20 octobre 1914
Même chose. Le reste du 149e R.I. continue la défense de la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette.
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21 octobre 1914
Situation analogue. Rien d’important. Un bataillon du 144e R.I.T. est mis à la disposition pour la défense du P.A. de Bouvigny.
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22 octobre 1914
Les 158e R.I. est retiré de la 1ère ligne et se réorganise. Le 149e R.I., rien d’important. Perfectionnement de la 2e ligne de Bouvigny.
...
Passage extrait du livre "la gloire divin mensonge" d' Albert GARNIER soldat au 144e R.I.T.
"Le vent souffle en rafales, il fait gris et froid. Ce secteur est sinistre. Nous approfondissons les tranchées et nous creusons les boyaux. Les hommes mettent vraiment à ce dur travail de terrassement une bonne volonté admirable. Quelques-uns pourtant n'ont jamais touché une pelle ou une pioche de leur vie, et je les vois œuvrant de leur mieux, creusant péniblement dans cette argile verdâtre et grasse toute truffée de gros silex au contact desquels le fer de la pioche fait jaillir de longues étincelles et où la pelle semble retenue par d'invisibles tentacules. Pas un de ceux qui sont là ne pouvaient soupçonner, il y a deux mois, que pour faire un bon soldat il fallait d'abord être un terrassier émérite. Cette guerre de positions que la volonté de l'ennemi nous impose, nous réserve des surprises peu ordinaires.
Les obus tombent autour de nous; je viens d'avoir 4 blessés et un mort et nous ne voyons pas l'ennemi. On continue à creuser ferme afin s'enterrer au plus vite et aussi profondément que possible.
Je reçois l'ordre d'aller prendre personnellement les instructions du colonel qui devant nous commande le secteur de droite. Il y a là le premier et le troisième bataillon de chasseurs à pied avec le 149e R.I.. La fusillade crépite ferme quand je rejoins le commandant Laure, du 149e R.I., qui est le héros de la veille et dont la bravoure est louée par tous, pour la façon magistrale dont il s'est emparé il y a 4 jours de tranchées allemandes sur Ablain-Saint-Nazaire. Il me demande de l'accompagner auprès du colonel qui est un peu plus loin à un poste d'observation d'où il juge, de l'effet que produit sur le village d'Ablain-Saint-Nazaire, le vigoureux pilonnage auquel se livre une de nos batteries de grosse artillerie qui prépare une nouvelle attaque très prochaine.
Le coin est très dangereux; nous dominons à 50 m à peine l'entrée ouest du village, et si on nous aperçoit, notre affaire sera vite réglée; en moins d'une minute une batterie de 77 aura vite transformé notre petit groupe en bouillie; nous sommes une cible idéale.
Notre bombardement donne apparemment des résultats remarquables. Les maisons volent en éclat, les murs et ce qui reste encore de toitures s'effondrent. On peut croire que pas un seul être ne sortira vivant de ce titanesque bouleversement, et cependant les évènements qui suivront nous apprendront que les Allemands résistent à ce lourd arrosage. Des boyaux creusés par eux sous les maisons leur permettent de communiquer à couvert et à l'abri, d'un bout à l'autre du village, et de revenir au point sensible avec les mitrailleuses dès l'arrêt de notre pilonnage.
Quand la nuit tombe, le coin du petit pays que nous venons de bombarder est pulvérisé et en flammes, et pourtant l'ennemi tient.
Quand, muni d'instructions je rejoins ma compagnie que j'ai quittée, il y a 4 heures déjà, on se demande si je ne suis pas tombé en route. Les sorties sont dangereuses par ici, les chemins ne sont pas sûrs avec les éclats de marmites et les mouches bourdonnantes qui sillonnent l'air. Encore une nuit qui va être dure; on grelotte de froid et cependant on va avoir chaud..."
23 octobre 1914
Pas de changement important ni de fait intéressant.
24 octobre 1914
Situation inchangée.
25 octobre 1914
Le bataillon du 144e R.I.T. remplacé par un bataillon du 143e R.I.T. est destiné à la relève d’unités de la seconde ligne du 149e R.I., pour leur permettre de se reposer. Au 149e R.I., R.A.S.. Le 158e R.I. relève le 21e R.I. à Aix-Noulette.
26 octobre 1914
Le 158e R.I. termine sa relève du 21e R.I.. La relève du 149e R.I. par le 143e R.I.T. à lieu à 8 h 00 en seconde ligne.
Ordre prévu pour le lendemain : regroupement de toute la brigade à partir de 6 h 30 dans le secteur : route d’Aix-Noulette à Souchez exclue jusqu’au ravin au Sud de la cote 102 (lisières du bois de Bouvigny)
27 octobre 1914
Continuation des travaux dans les secteurs des 149e R.I. et 158e R.I. par les unités de 2e ligne des abris et les torchis et tranchées de communication par les unités de 1ère ligne.
28 octobre 1914
Bombardement allemand de Noulette.
Construction par le 149e R.I. d’une tranchée au dessus de Ablain-Saint-Nazaire.
29 octobre 1914
Le 158e R.I. a ordre de participer à l’attaque d’Angres de la 13e division. Avance de 200 m en avant.
L’artillerie amie tire toute la nuit pour troubler les ravitaillements ennemis.
30 octobre 1914
Suite de l’attaque sur Angres sans le 158e R.I.. L’ordre est donné de procéder à la relève du 149e R.I. et du 158e R.I. par des unités de la 70e division de réserve et des territoriaux.
Le 149e R.I. doit laisser sur place un bataillon (1er) entre la chapelle et la route. Le 158e R.I. laisse aussi un bataillon (3e)
Concernant le 149e R.I. : les unités de 1ère ligne du 2e et du 3e bataillon qui occupaient la pente sud du plateau et la lisière est du bois face à Ablain-Saint-Nazaire, seront relevées par un bataillon du 360e R.I.. Les unités de 2e ligne par 2 bataillons qui ne sont arrivés que le 31 octobre au matin....
Sources :
« Journal des marches et opérations de la 85e brigade ». S.H.A.T.. Réf : 26 N 20/10.
« Lorette, une bataille de douze mois ». Henri René, aux éditions Paris, Perrin et Cie – 1929.
« Les combats de Notre-Dame-de-Lorette ». Capitaine J. Joubert, aux éditions Payot – 1939.
« La gloire, divin mensonge ». Albert Garnier, aux éditions Valois – 1931.
Un grand merci à l’association « collectif Artois 1914-1915 ».
22 septembre 2009
Commandant Charles Didierjean (1868-1914)
Né à Baccarat le 17 janvier 1868, il fit ses classes chez les Jésuites au collège Saint-Joseph de Reims, puis alla à la rue des Postes (1885-1887) et fut reçu à Saint-Cyr en 1887.
La guerre le trouva chef de bataillon au 149e R.I. à Epinal, régiment qu’il avait intégré le 23 juillet 1913. Le 11 juillet 1914, il fut nommé Chevalier de la Légion d’Honneur.
La guerre déclarée, il envisagea la mort avec calme et s’y prépara en chrétien. Dès les premiers jours d’août, il partait avec son bataillon pour l’Alsace et, le 14, au matin il était frappé à mort à Haut-de-Steige.
Citation à l’ordre de l’armée :
« Commandant Didierjean du 149e R.I. . A été tué le 14 août 1914 à Haut-de-Steige (Alsace) à la tête de son bataillon au moment où il se portait vers les premiers éléments de la compagnie d’avant-garde pour reconnaître la situation et le terrain avant de donner son ordre d’engagement. A donné ses ordres jusqu’au dernier souffle de sa vie avec un courage au-dessus de tout éloge. »
Signé : MAUD’HUY .
Témoignages :
Le général Menvielle : … "Dites à Mlle Didierjean que je conserve de son père – comme tous ceux qui l’ont connu – le souvenir ému que laisse après lui un chef d’une si haute valeur morale et militaire."
Le commandant Laure : … "Un tel homme avait pris tous nos cœurs…
Etant sous-lieutenant au 152e R.I., dans les Vosges, le prédicateur d’une mission donnée à Gérardmer pouvait écrire de lui : … On ne pouvait compter les jeunes gens que l’exemple de ce brillant officier retenait dans la bonne voie."
Marié en 1897 et devenu veuf en 1913, il laissait cinq orphelins.
Sources : Livre d'or de l'école Sainte-Geneviève.
Quelques passages venant du livre "jours de gloire et de misère" de Henri René.
6 août 1914
En Alsace – le baptême du feu.
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"Le commandant Didierjean éteint sa pipe, son inséparable. Il en secoue les cendres d’un geste machinal sur le croc de sa canne, son autre inséparable, il incline un peu sur l’oreille son grand képi haut-formé et, très ému sans vouloir le paraître, il assigne les objectifs à ses capitaines….
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Le commandant Didierjean, avec l’excessive bravoure qui lui était coutumière, a été frappé le 13 août, à Haut-de-Steige sur la ligne d’éclaireurs au « champ d’honneur » de cette Alsace où il avait si ardemment rêvé de reconquérir lui-même ses parchemins de famille. Nous avions pour lui un véritable culte et il n’est pas de mots pour traduire les regrets qu’il laisse parmi nous."
19 septembre 2009
Capitaine René Micard (1876-1914)
Né à Isigny dans le Calvados, il fit ses études au collège Stanislas, puis à la rue des Postes (1893-1896), et fut admis à Saint-Cyr en 1896. La guerre le trouva capitaine au 149e R.I.. Marié, et ayant une petite fille âgée, à ce moment, de deux ans. Il partit, à la mobilisation, avec la 5e compagnie de son régiment et prit part à plusieurs actions où il se distingua par son courage.
Le 21 août 1914, il tomba à Biberkirch en Lorraine. Il repose aujourd’hui à Poussay, dans les Vosges, dans la sépulture de famille de son épouse.
Citation à l’ordre de la 10e armée le 31 mai 1915 :
« Tué le 21 août 1914 vers Abreschvillers, en allant reconnaître avec quelques hommes un bois qui se trouvait à la droite de sa compagnie et était, depuis la veille occupé par l’ennemi. Avait déjà fait preuve d’un grand sang-froid et du plus beau courage au combat du 9 août au col de Sainte-Marie en ramenant, sous une fusillade des plus meurtrières, un de ses officiers grièvement blessé. » (Signé : d’Urbal.)
La croix de la légion d’honneur et la croix de guerre avec palme lui furent attribuées à titre posthume.
Sources : Livre d'or de l'école Sainte-Geneviève.
Un très grand merci à madame Frédérique Tabellion, descendante du capitaine René Micard, qui autorise la mise en ligne des photos de sa sépulture prises par Eric Mansuy. Une chaleureuse poignée de main pour l'aide technique d'Arnaud Carobbi.





























