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149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.

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1 novembre 2010

Secteur sud-est d'Ypres. Journée du 8 novembre 1914.

             Carte_journ_e_du_8_novembre_1914__2e_bat

                              L_gende_carte_journ_e_du_8_novembre_1914

 Avec le 2e bataillon du 149e R.I. : 

J.M.O. de la 33e brigade d’infanterie.

Dans le secteur de droite, le commandant de la Bastide et le capitaine Pretet (2e bataillon du 149e R.I.) viennent rendre compte vers 21 h 00 du fait que les Allemands se sont infiltrés dans le bois au sud du canal et que la ligne de défense a du être reportée en arrière.

Une attaque de nuit ne réussit pas.

J.M.O. du 53e régiment d’infanterie.

0 h 25 : L’attaque a continué sa progression et la 1ère ligne arrive à 100 m environ de la lisière nord-ouest du bois de Klein-Zillebeke.

Le groupe de maisons de Zwarteleen est occupé par des fantassins ennemis qui prennent d’écharpe les troupes d’attaques. Une compagnie de renfort est chargée d’enlever ce groupe de maisons.

9 h 30 : Les premières lignes sont arrêtées à 100 m environ, par des tranchées ennemies depuis deux heures environ, sans pouvoir arriver à progresser davantage, par suite de la violence du feu ennemi. Ordre leur est donné de s’installer et de s’organiser, avant de pousser plus loin.

4 h 10 : La situation est la suivante : Le bataillon Saisset tout entier est déployé et est arrivé à 100 m de la lisière nord-ouest du bois de Klein-Zillebeke et il y creuse des tranchées à sa gauche, le reliant aux Anglais. Les deux compagnies du bataillon Dufor (la 9e compagnie est toujours restée à Voormezelle) renforcent la 1ère ligne des tranchées anglaises derrière le bataillon Saisset. Les 2 compagnies du bataillon Laffiteau sont en réserve et creusent des tranchées.

7 h 40 : L’ordre arrive de reprendre à 8 h 30 le mouvement offensif. Le 53e R.I. progresse dans la direction du château d’Hollebeke. Ce mouvement sera soutenu par des fractions du 90e R.I. et du 149e R.I. qui sont placées le long de la voie ferrée.

 

Malgré son extrême fatigue, le régiment, qui n’a pas eu une minute de repos depuis le 30 octobre, reprend le mouvement en avant. La progression est bientôt arrêtée de front par des feux de l’infanterie et des mitrailleuses, et en enfilade par des feux venant du nord-est de Klein-Zillebeke.

Les Anglais ont évacué toutes les tranchées entre le chemin de fer et la route.

10 h 00 : L’attaque n’a pu progresser, les tranchées anglaises ont été améliorées et réunies les unes aux autres. La progression est fortement renforcée par des travaux, mais malgré tous les efforts, il est impossible de pousser plus en avant.

12 h 00 : Les tranchées sont soumises depuis le matin à un violent bombardement, il est impossible de se montrer hors des tranchées.

12 h 00 : Le bombardement devient de plus en plus violent sur les tranchées de 1ère ligne qui sont démolies et les hommes ont les plus grandes peines à s’y maintenir.

Étant donné l’état d’épuisement des hommes, il ne peut plus être question d’attaque, si ce n’est avec des troupes fraîches ;

13 h 00 : Néanmoins, le régiment qui vient de recevoir un nouvel ordre d’attaque essaie encore une fois de se jeter en avant. Les Anglais inquiets font demander si nous tenons alors que le régiment va attaquer. Le colonel leur demande leur appui, mais ils répondent qu’ils ne peuvent attaquer et nous souhaitent « un heureux événement ».

14 h 00 : Un bombardement plus violenta complètement détruit les tranchées de 1ère ligne. Quelques hommes de ces tranchées ont reflué en arrière, par la voie ferrée, mais ils sont bientôt ramenés à leur place et la situation un instant compromise est rétablie. L’attaque est reprise.

15 h 15 : Le bataillon Dufor débouche lentement sur la gauche, en liaison avec les Anglais qui ne bougent toujours pas.

18 h 30 : Le bataillon Dufor gagne du terrain, il progresse dans le bois. Il arrive à une cinquantaine de mètres de mitrailleuses allemandes qu’il se dispose à enlever à la baïonnette, lorsque les Anglais, voyant un mouvement dans le bois, ouvrent sur lui un violent feu de mitrailleuses. Sous ce double feu, le bataillon Dufor est obligé de refluer et perd ainsi la partie du bois qu’il avait conquise.

Il se cramponne au village de Zwarteleen dont il tient les lisières, ayant à sa gauche une fraction, en liaison directe avec la droite anglaise. Sur le reste du front, la situation n’a pas changé, mais les hommes sont de plus en plus fatigués, tant par le bombardement ininterrompu, que par le manque total de sommeil depuis 4 jours.

22 h 30 : Malgré cela, un nouvel ordre d’attaque est reçu pour 23 h 30.

Le 1er bataillon devra se maintenir dans ses tranchées, et soutenir par un feu violent les 3 compagnies du bataillon Dufor, qui reçoivent l’ordre de déboucher de Zwarteleen. À la même heure, une contre-attaque sera tentée sur notre droite, entre la voie ferrée et le canal, pour repousser des infiltrations ennemies qui se sont produites dans les bois.

23 h 30 : L’attaque est tentée, mais elle ne peut pas débouchée.

J.M.O. du 81e régiment d’infanterie.

En exécution d’un ordre du général commandant l’armée, le 3e bataillon dans les tranchées de Strombeck, est mis à la disposition du général Moussy. Il se rend par Wielje, Saint-Jean, Potyze dans la direction nord de Zillebeke. Le 2e bataillon tient seul les tranchées de Stombeck.

Au matin, le 1er bataillon en réserve de division à Saint-Jean se porte également dans la région nord de Zillebeke.

Ces deux bataillons sont au bivouac, en attendant de nouveaux ordres. Le 3e bataillon est remis à la disposition du colonel commandant le 81e R.I. qui reçoit l’ordre de se porter dans la direction de la ferme Blawe-Poort, avec mission d’organiser une ligne de défense entre la voie ferrée et le canal.


Du côté des Allemands :

 

Historique du I.R. n° 105. 

À cette date le groupe d’assaut von Linsingen est constitué. Il est sous les ordres du général commandant le IIe C.A.. Ce groupe est composé du XVe C.A. et du corps combiné Plettenberg ( ?) (Garde prussienne). Le I.R. n° 105 reçoit l’ordre d’attaquer les positions ennemies dans le bois nord du grand virage du canal, à l’ouest de la voie ferrée. Pour cela, 3 compagnies du I.R. n° 132 et 2 compagnies du 15e bataillon de génie sont placées sous ses ordres.

À 13 h 15 arrive l’ordre de  déclencher l’attaque à 14 h 00. Les unités trop mélangées ne peuvent pas être réorganisées si vite. L’attaque est donc ajournée jusqu’à 15 h 00. Le régiment dépasse le talus de la voie ferrée aux roulements de tambours, tandis que sa musique placée derrière la clique joue la « marche d’attaque ». Simultanément, les mitrailleuses, qui sont engagées en position surélevée d’un talus, tirent par-dessus les troupes d’assaut, sur les positions ennemies dans le bois.

Les attaquants essuient déjà de lourdes pertes en franchissant le talus. Celui-ci est sous le feu des mitrailleuses ennemies qui tirent de flanc depuis les cotes 59 et 60. Les compagnies des 2e et 3e bataillons réussissent à pénétrer dans le bois et gagnent 200 m de terrain. Elles prennent plusieurs bouts de tranchées et font quelques prisonniers. L’attaque s’enraye en raison des pertes élevées, notamment à la suite des tirs de flanc depuis les cotes 59 et 60. Au 3e bataillon, ce tir a eu des effets les plus meurtriers. Sa 12e compagnie a réussi  à franchir le talus de la voie ferrée. Les compagnies qui sont à sa droite sont clouées sur place sur les positions de départ, par le tir de flanc ennemi. Elles ne sont pas parvenues à franchir le terrain dégagé devant leur secteur, dominé par le feu des mitrailleuses ennemies.

Pour protéger le flanc ouvert du 2e bataillon, la 2e compagnie avance et nous nous replions un peu sur cette aile. Une section de la 1ère compagnie relance l’attaque enrayée du 2e bataillon. Nous parvenons ainsi à prendre la tranchée la plus avancée de la nouvelle ligne de défense ennemie. Nous faisons des prisonniers. Puis l’attaque prend définitivement fin, suite aux pertes importantes.

Dans l’après-midi, nous engageons encore toutes les mitrailleuses du régiment en 1ère ligne ainsi qu’un canon de 77 du F.A.R. 66 à hauteur du virage du canal, sur la route reliant le château de Hollebeke à Verbranden-Molen. Il faut porter l’attaque plus loin. Mais cela reste irréalisable pour l’instant, à cause du tir ennemi très violent.

Historique du I.R. n° 126. 

Le I.R. n° 105 a pris d’assaut plusieurs tranchées françaises dans le bois entre la voie ferrée et la route de Verbranden-Molen. La 30e D.I. qui est à la droite de la 39e D.I., repousse une attaque anglaise avec de lourdes pertes pour l’assaillant.


Historique du I.R. n° 132. 

Il faut tenir la position, mettre de l’ordre dans les unités et retirer les réserves. Dans la nuit du 8 novembre, les Anglais et les Français fortifient leurs positions, surtout  sur la cote 60 à l’ouest de Zwarteleen, dans le quartier nord du village et sur son glacis. À 11 h 40, la division ordonne au I.R. n° 105 de prendre le bois à l’ouest de la voie ferrée. Elle place pour cela sous ses ordres, 3 compagnies de notre 3e bataillon (10e, 11e et 12e compagnies) près de son aile droite.

Au terme d’une préparation d’artillerie de 2 heures, l’attaque débute à 15 h 15. Elle n’a que quelques succès à l’aile gauche du I.R. n° 105. À l’aile opposée, le 3e bataillon essuie un tir frontal et de flanc. Ce tir venant du nord-ouest est si violent, qu’en dépit des réclamations permanentes du I.R. n° 105, et des instances de commandement supérieures, l’attaque s’enraye. Notre bataillon a de lourdes pertes. Le chef de bataillon est tué, les compagnies n’ont plus d’officiers. Il avait déjà été très difficile de faire sortir les hommes de la tranchée pour les faire attaquer.

Historique du I.R. n° 171.

Pour le 8 novembre, il est ordonné de tenir la ligne atteinte et d’effectuer des reconnaissances des positions ennemies. En plusieurs endroits, il tente aussi des attaques, mais sans succès. Une patrouille de reconnaissance de la 9e compagnie est capturée en totalité par les Anglais.

Historique du  I.R. n° 172.

Dans la nuit du 8 novembre, vers 1 h 00, les Anglais essayent à nouveau une attaque par surprise. Elle est repoussée aisément.

Les 8 et 9 novembre, le tir d’artillerie se poursuit.


Avec le 3e bataillon du 149e R.I. :

 

Extraits de l’ouvrage « Jours de gloire, jours de misère Histoire d’un bataillon » de Henri René aux éditions Perrin et Cie. 1917.

«  Le 8 au matin, nous arrivons au repos à la Clytte. Voici des toits, peut-être de la paille… Hélas ! Il faut rester dehors, au bivouac dans la boue, tout est bondé. Malgré ce désenchantement, on apprécie à sa juste valeur, à défaut de confortable, le calme de l’atmosphère, la pensée que le bruit du canon restera distant de quelques kilomètres. »

Extraits de l’ouvrage « Souvenirs d’un médecin major 1914-1917.», d’Édouard Laval aux éditions Payot ((1932). 

 Souvenirs_d_un_m_decin_major« … Le 149e R.I. est au repos dans le village (La Clytte). Il l’a bien mérité, après cinq jours de tranchées.Beaucoup d’hommes ont les mains qui tremblent. Effet physique dû à l’ébranlement prolongé des centres nerveux par l’explosion des obus de fort calibre. Ces pauvres diables sont des héros. Ils circulent tranquillement, la capote toute jaune de terre, les mains gonflant les poches, la pipe au coin de la bouche. Or, en les regardant de près, on s’aperçoit que chez beaucoup d’entre eux, la capote est trouée comme des drapeaux glorieux des Invalides, que chez d’autres, c’est le képi qui est traversé, ou encore le soulier. Vestiges émouvants de la bataille dont ils ne songent guère à tirer vanité, sans doute parce qu’ils sont tous ainsi… » 

Références bibliographiques :

Pour les Allemands :

Historique du I.R. n° 105. Baensch-Stiftung. Dresden 1929.

Historique du I.R. n° 126. Belser. Stuttgart 1929.

Historique du I.R. n° 132. Berlin 1932.

Historique du  I.R. n° 171. Stalling. Oldenburg 1927.

Historique du I.R. n° 172. Sporn. Zeulenroda 1934.

 

Tous ces historiques proviennent de la collection Herman. Plote. Les traductions en français ont été réalisées par Herman Plote.

Pour les Français :

J.M.O. de la 33e brigade : Série 26 N 505/3.

J.M.O. du 53e R.I. : Sous-série 26 N 644/5.

J.M.O. du 81e R.I. : Sous- série 26 N 664/10.

Tous ces J.M.O. sont consultables sur le site « S.G.A./Mémoire des hommes».

« Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon », d’Henri René aux éditions Perrin (1917).

« Souvenirs d’un médecin-major 1914-1917. », d’Édouard Laval aux éditions Payot ((1932). 

Un très grand merci à M. Bordes, à  A. Carobbi, à J. Huret, à H. Plote, et à M. Porcher. De nouveau je viens remercier le Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes. 

23 octobre 2010

"Et le temps, à nous, est compté."

                    Montage_Alfred_Marquand

Il y a parfois des évènements heureux… Un livre qui évoque le 149e R.I. pendant les combats de Verdun, de la Somme, de la Champagne et de l’Aisne pour la période de mars 1916 à février 1918 va bientôt être publié C’est du très rare.  Que dis-je ! C’est de l’inédit…

 « Et le temps, à nous, est compté. » Lettres de guerre d’Albert Marquand (1914-1919), est présenté et annoté par Francis Barbe, avec une postface du général André Bach, ancien chef du service historique de l’armée de terre.

 

Quelques éléments biographiques:

Albert Marquand est né à Troyes, le 13 décembre 1895. Sa famille s'installe dans l'Ardèche à Aubenas, lorsqu'il a 3 ans, pour exploiter une librairie. Il fait ses études à l'E.P.S. d'Aubenas. Appelé à 19 ans à Digne (3e R.I.), il monte au front au printemps 1915 pour le terrible combat de la Gruerie, incorporé dans le régiment de sa région le 55e R.I.. 

Blessé, il repart au front puis est évacué pour maladie. Après une convalescence, il est incorporé au 149e R.I. avec qui il fait campagne pendant 2 ans. Par la suite, sa culture et son savoir lui permettent de passer au 8e Génie, puis au service des interprètes à l'Armistice.

Libéré des obligations militaires, Albert Marquand reprend son activité de libraire avant de s'expatrier à Sedan toujours dans la même profession. Il mourra jeune, peut-être à cause de son exposition aux gaz de combat.

Présentation du livre par l’auteur :

Couverture_livre_d_Albert_Marquand«  Et le temps, en ce moment, à nous est compté. » C’est ce qu’écrit le sergent du 55e R.I. Marius Guilhon à sa famille à Saint-Jean-le-Centenier, le 28 juin 1915. Deux jours après, il trouve la mort dans le bois de la Gruerie. À ces côtés, Albert Marquand, originaire d’Aubenas en Ardèche et caporal dans le même régiment, est blessé. Au front depuis une dizaine de jours, le jeune homme de 19 ans comprend au cours de ce baptême du feu toute l’horreur de cette guerre, et la fragilité de la vie humaine dans cet enfer de feu et de fer. Depuis la mobilisation, en août 1914 jusqu’à son retour à la vie civile en 1919, Albert Marquand va entretenir avec sa famille une importante correspondance. Parti comme beaucoup confiant et patriote, il va peu à peu déchanter en découvrant la réalité de la vie au front. Comptant deux années et demie au front, il ne va pas manier la langue de bois pour dire son quotidien à ses proches qui, à l’arrière, n’en soupçonne pas les difficultés. Comme il l’écrit, «  une fois dans l’engrenage, on est bien pris. » Dans la tranchée, la mort, imprévisible, guette… Avec des mots pleins de force, il dit sa peur, sa volonté d’échapper à la tourmente, et apporte ainsi un témoignage sincère et de premier ordre sur la Grande Guerre et pour tenter de comprendre comment des millions de soldats ont-ils pu tenir ?

 Pour tous ceux qui sont intéressés par les témoignages, souvenirs ou correspondances d’anciens combattants de la Grande Guerre et qui souhaitent commander cet ouvrage, voici le bulletin de souscription.

 

Bon_de_souscription_1_149e_RI

 

Un grand merci à Francis Barbe et à Tristan de Chomereau.

22 octobre 2010

Secteur sud-est d'Ypres, journée du 7 novembre 1914.

                   Carte_journ_e_du_7_novembre_1914

 

                                     L_gende_carte_7_novembre_1914

 

Avec le 2e bataillon du 149e R.I. :

J.M.O. de la 33e brigade d’infanterie.

Pendant la nuit, les Anglais gardent le secteur de Zwarteleen jusqu’à la voie ferrée. Le  90e R.I. et le 2e bataillon du 149e R.I. sont dans  le secteur ouest de la voie ferrée.

Dans la nuit, la 6e division de cavalerie et 10 compagnies du 53e R.I. sont mises à la disposition du général Moussy.

Sur les ordres du 16e C.A., le 53e R.I. qui devait rester à droite, relève les Anglais dans leur secteur.

Le 90e R.I., le 2e bataillon du 149e R.I. et les derniers éléments du 68e R.I. restent dans le secteur de droite. Le général Moussy reçoit l’ordre de reprendre l’offensive le plus tôt possible dans la direction de Hollebeke-Klein Zillebeke. Le général Vidal qui était disponible vient prendre le commandement de l’ensemble de tous les éléments.

J.M.O. du 53e régiment d’infanterie.

Le régiment tout entier est à la disposition du général Moussy. Il doit appuyer l’attaque de la brigade Moussy vers  l’est dans le secteur nord du canal. Il est envoyé en position d’attente  à l’écluse n° 8.

8 h 25 : Le bataillon (Saisset) se porte immédiatement à Verbranden-Molen en réserve à la disposition du général Moussy. Il doit se placer sur le chemin qui, de Verbranden-Molen, se dirige vers le sud-ouest et il s’arrêtera près du village et à l’ouest du bois.

Le bataillon Dufor viendra immédiatement par l’écluse n° 8, le long du canal et au nord de celui-ci, se placer en réserve par l’est, et les compagnies de tête à hauteur du coude que fait le canal à l’est de l’écluse n° 7, ses derniers éléments vers l’écluse n° 7.

Le bataillon Laffiteau laissant en place les compagnies établies le long du canal se place derrière le bataillon Dufor, entre les écluses n° 7 et n° 8. Le lieutenant-colonel se porte à l’est de l’écluse n° 7, le long du canal.

12 h 30 : La brigade Moussy a atteint, au nord du canal, les bois qui sont dans l’angle, entre le canal et la voie ferrée. Le régiment doit attaquer. Les 5e et 7e compagnies sont chargées de cette opération : la 7e compagnie sur la moitié nord de la lisière nord-ouest du parc, la 5e compagnie sur la moitié sud de la même lisière.

Le but de l’opération est de reconnaître en détail les abords de la lisière, les cheminements, les défilés qui y conduisent, les points faibles des défenses préparées par l’ennemi, les endroits où la pénétration dans le parc est possible.

Le reste du régiment se réorganisera à Voormezelle : les 1er et 3e bataillons et le 2e bataillon à Oostoek tout en se tenant prêt à la marche au 1er signal.

11 h 30 : L’ordre arrive. Il faut se porter immédiatement à l’attaque sur le bois 40 par le nord-ouest. Le bataillon Dufor et 2 compagnies du bataillon Saisset y prendront part. Les 2 autres resteront en réserve à Voormezelle. Les 2 autres compagnies restées à Oostoek se porteront (la 5e) dans les tranchées faites par le génie au sud de Voormezelle, sur la rive ouest du ruisseau et à hauteur de Saint-Eloi (la 6e), sur la route Ypres-Kemmel à la bifurcation 1500 m nord de Groote-Vierstrad. Les compagnies resteront en réserve à la disposition du C.A..

15 h 15 : Le bataillon Dufor est en liaison avec le 80e R.I.. Le chemin du pont de la cote 60 dans la direction de Klein-Zillebeke est sous le feu ennemi. L’ordre est envoyé au bataillon Dufor de se porter sur Zillekeke, au lieu de marcher sur Verbranden-Molen, qu’il n’est possible de déboucher que sous le feu.

17 h 15 : Les Anglais ont leur gauche malmenée par les Allemands et demandent du renfort. Le bataillon Dufor est  envoyé aussitôt.

Le bataillon Saisset reste vers la cote 60. Les compagnies du bataillon Laffiteau reçoivent l’ordre de se tenir en réserve, au passage à niveau de Zillebeke.

17 h 25 : L’ordre arrive d’attaquer immédiatement pour dégager les troupes qui sont à droite de la voie ferrée. Le 53e R.I. se portera en avant en dépassant la ligne anglaise et en prenant pour objectif les bois de Klein-Zillebeke, la droite appuyée à la voie ferrée.

L’attaque sera exécutée de la façon suivante : le bataillon Saisset en première ligne franchira les lignes anglaises, et se portera sur l’objectif le plus rapidement possible.

Le bataillon Dufor, suivant en soutien, se tiendra prêt à organiser le terrain conquis. Le bataillon Laffiteau en réserve au nord de la cote 60, près de la voie ferrée, restera à la disposition du colonel.

Le lieutenant-colonel se tiendra au début de la cote 60.

19 h 00 : Les dispositions pour l’attaque sont prises, le colonel donne l’ordre d’attaquer.

23 h 15 : L’attaque a été déclenchée et faite avec vigueur. Les compagnies de 1ère ligne ont franchi les tranchées anglaises et progressent vers les bois. Elles sont à environ 200 m en avant des tranchées anglaises et continuent le mouvement en avant.

J.M.O. du 90e régiment d’infanterie.

Les nouvelles positions ayant laissé dans nos lignes une brèche, le groupe de Vaugelas en liaison avec le 53e R.I. à gauche assure l’inviolabilité de la ligne, à  hauteur du pont de chemin de fer.

Entre ce pont et le canal de Hollebeke au sud, la compagnie Nivet (4e) reçoit l’ordre d’occuper , dès l’aube, le bois de la Faisanderie où elle s’installe face à la voie ferrée.
Le 2e bataillon du 149e R.I. défend la lisière sud au K 28. Nos sections remarquent, à partir de 10 h 00, le glissement d’unités allemandes qui sautent la voie ferrée et s’infiltrent par un ravin entre le 2e bataillon du 149e R.I. et la 4e compagnie du 90e R.I. Un peloton de la 1ère compagnie vient renforcer notre ligne, mais le mouvement tournant de l’ennemi, bien que très meurtrier pour lui, ne s’en poursuit pas moins. Une compagnie du 149e R.I. (capitaine Jeske) est appelée à son tour pour s’opposer à cet enveloppement. Nous tenons les positions jusqu'à la nuit, mais l’ennemi est en force si considérable qu’un bataillon du 122e R.I. doit participer aussi à la défense.

Les compagnies de notre régiment brûlent 400 cartouches par homme sans parvenir à bloquer l’ennemi qui charge par 3 fois nos tranchées entre 18 h 00 et 24 h 00.

La 4e compagnie contre-attaque à la baïonnette et parvient à garder nos positions à la suite de cette offensive.

Du côté des Allemands :

Historique du I.R. n° 105.

Le 1er bataillon et la compagnie de mitrailleuses sont avancés jusqu’au bois de Camp, à 500 m au sud-est de Klein-Zillebeke, ou ils s’enterrent. Ils tirent profit des couverts locaux. Le tir violent de l’artillerie et de l’infanterie ennemie vise toute la position du I.R. n° 105.


Historique du I.R. n° 126.

Les éléments de la 82e brigade qui sont engagés à la gauche de notre 2e bataillon peuvent gagner du terrain. Les compagnies  occupent une position qui est tenue jusqu’au 16 novembre. (Relève).


Historique du I.R. n° 132.

L’ordre de la division préconise à la 61e brigade d’occuper fermement le bois à l’ouest de la voie ferrée, au nord du grand virage du canal. A 7 h 00, le brouillard est si dense que nous ne voyons rien à dix pas. La tranchée de la moitié gauche du 2e bataillon n’a pas été creusée pendant la nuit à la même hauteur que celle de la moitié droite.  Elle est vingt à trente pas plus loin. Il  faut donc relier les deux. Vers 12 h 00, le brouillard se lève brusquement. Dans le champ de betteraves, devant la section de droite de la tranchée, qui se trouve à peu près à la hauteur de la section de gauche, nous découvrons une patrouille anglaise qui s’est approchée sous couvert du brouillard. Les anglais sont pris sous notre feu. Deux hommes seulement peuvent s’échapper jusqu’à la première ferme de Zwarteleen. Ils ont été trouvés 2 jours plus tard grièvement blessés.

Pendant toute la matinée, en dépit du brouillard, l’artillerie ennemie maintient un tir très violent. Nous pouvons tout de même réorganiser les unités et  faire face à l’ouest, contre le bois toujours menaçant sur le flanc gauche. Il n’est pas occupé par l’ennemi, mais seulement visité par des patrouilles. Sur la lisière ouest, les maisons sont fortement occupées.

Vers 11 h 00, nous faisons savoir qu’une attaque de la 61e brigade,  aux unités très mélangées, venant de l’est et orientée contre le bois, est impossible. Il est proposé d’engager le I.R. n°105 qui vient du sud. A 12 h 00, il est signalé l’apparition de tirailleurs français sur le talus de la voie ferrée. Il faut orienter les compagnies qui sont à l’ouest  contre celles-ci.

La brigade donne ces propositions à la division avec les difficultés qui peuvent se rencontrer. Celle-ci ordonne alors à 16 h 15, que le I.R. N°105 doit prendre la partie Sud du bois. La 61e brigade son tiers nord. La division se réserve encore  le droit de fixer l’heure de l’attaque. Finalement, elle renonce à son exécution. Les journées du 6 et du 7 novembre ont permis à la division de capturer 12 officiers et 730 hommes (anglais et français) e de prendre 3 mitrailleuses.

Historique du I.R. n ° 171.

Au cours de la nuit du 7 novembre, un transport de nombreux volontaires de guerre arrive. Ils renforcent la 12e compagnie pour ensuite rester à la disposition de l’E.M. du régiment. Pendant la nuit, nous regroupons les unités. Des munitions et du ravitaillement sont apportés. Ces mesures sont fréquemment perturbées par des tirs de surprise ennemis.

Le brouillard dense qui est encore présent le 7 au matin est mis à profit par l’ennemi pour effectuer une attaque-surprise à 7 h 00. Elle est dirigée sur l’aile gauche du I.R. n° 171. Elle échoue et les Anglais retournent sur leur ligne de départ après avoir essuyé des pertes. La 12e compagnie cède alors 2 sections au 1er bataillon et la 3e compagnie au 2e bataillon. Il faut parer aux nouvelles surprises. Vers 12 h 00, arrive l’ordre de la division de poursuivre l’attaque. Le I.R. n° 171 reçoit 2 compagnies du 8e B.C.P.et la 7e compagnie du I.R. n° 172. Le 1er bataillon doit poursuivre ses assauts contre les positions ennemies qui se trouvent dans la forêt.

À 14 h 00, lorsque le brouillard s’est enfin levé, et que la préparation d’artillerie a pu être effectuée, le 1er bataillon s’élance. Il parvient à pénétrer dans le bois et gagne 200 à 300 m de terrain. Mais bientôt, son attaque s’enraye.  Le 1er bataillon reste alors totalement isolé en pointe dans le bois avec son aile droite qui est fortement repliée. En effet, ni le I.R. n° 126, ni les compagnies de chasseurs engagées entre ce régiment et l’aile droite de notre 1er bataillon, ne sont parvenus à progresser. À la gauche de ce 1er bataillon, le 3e bataillon  qui a pu gagner du terrain ne peut pas résister à une contre-attaque ennemie qui se déclenche à 17 h 00. Après des tentatives de résistance très coûteuses en vies humaines, les 1er et 3e bataillons doivent se replier sur leurs positions de départ. Pour la nuit, les restes du 8e B.C.P. sont également placés sous les ordres du I.R. n° 171, tandis que ses  2 compagnies engagées restent en 1ère ligne. Les 2 autres compagnies sont placées dans le petit bois près de Groenenburg pour protéger le flanc droit. Pendant la nuit, les Anglais renouvellent leurs tentatives d’attaque sur les 1er et 3e bataillons. Ils tentent d’enfoncer ainsi notre flanc droit, mais sans résultat. Notre ravitaillement en vivres et en munitions s’en est trouvé perturbé et souvent on a dû entamer les rations de réserve.

Historique du I.R. n° 172.

Au  matin, de nombreux cadavres anglais gisent à quelques pas seulement devant notre position. Pendant les premières heures de la journée, il se déclenche un vif tir d’artillerie et d’infanterie qui doit se poursuivre toute la journée. L’attaque attendue ne vient pas.

Avec le 3e bataillon du 149e R.I. :

 

                   Journ_e_du_7_novembre_1914__3e_bataillon_

 

J.M.O. de la 85e brigade d’infanterie.

Pendant la nuit du 6 au 7, les compagnies du 158e R.I. engagées avec le 3e B.C.P. et la 77e brigade progressent jusqu’à la hauteur d’une ligne nord-sud passant par la côte 74 (500 m à l’ouest du moulin de Spanbrock ) où les Allemands s’installaient.

Dans la journée la fusillade recommence des 2 côtés sans qu’on puisse avancer ni d’un côté ni de l’autre.

Le 3e  bataillon du 149e R.I. engagé en face de Wyschaete est retiré de la ligne et porté à la Clytte.

Extraits de l’ouvrage « Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon » de Henri René aux éditions Perrin et Cie. 1917.

« Le 7 au soir, on nous a lancés à l’attaque, et en dépit de notre prodigieux éreintement, nous sommes allés jusqu’aux abords de la « ferme tragique ». Des mitrailleuses postées sur la hauteur de Spanbrock nous ont pris de flanc : il a fallu se coucher et attendre l’obscurité pour rallier nos tranchées. Après ce dernier effort, le commandant a osé ce qu’il n’avait jamais osé : il a demandé notre relève ! Nous laisser un jour de plus eût été une imprudence, car la limite des forces humaines était franchie. »

Du côté des Allemands :

Historique de l’I.R. 17e bavarois.

Deux tentatives d’attaques contre l’Eikhof ont échoué dans la journée. Des éléments du 1er et du 2e bataillon avaient progressé sur 100 m et s’y sont enterrés.

 

Références bibliographiques :

Pour les Allemands :  

Historique du I.R.  n° 17. Schick. München 1927.

Historique du I.R. n° 105. Baensch-Stiftung. Dresden 1929.

Historique du I.R. n° 126. Belser. Stuttgart 1929.

Historique du I.R. n° 132. Berlin 1932.

Historique du  I.R. n° 171. Stalling. Oldenburg 1927.

Historique du I.R. n° 172. Sporn. Zeulenroda 1934.

Tous ces historiques proviennent de la collection Herman Plote. Les traductions en français ont été réalisées par Herman Plote.

Pour les Français :

J.M.O. de la 33e brigade : Série 26 N 505/3.

J.M.O. de la 85e brigade : Série 26 N 26 N 520/10.

J.M.O. du 53e R.I. : Sous-série 26 N 644/5.

J.M.O. du 90e R.I. : Sous- série 26 N 668/1.

 

Tous ces J.M.O. sont consultables sur le site « S.G.A./Mémoire des hommes».  

 

« Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon. », d’Henri René aux éditions Perrin (1917).

 

Pour en savoir plus : 

«En avant quand même ! Le 53e R.I. de Perpignan dans la tourmente de la 1ère guerre mondiale ». Livre de Renaud Martinez. Publier aux Éditions l’Agence. 2007.

 

Un très grand merci à M. Bordes, à P. Casanova, à  A. Carobbi, à  J. Charraud, à J. Huret, à H. Plote, à M. Porcher, à A. Sauvaget ainsi qu’au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

 

15 octobre 2010

Secteur sud-est d'Ypres, journée du 6 novembre 1914.

                   Section_de_mitrailleuses_du_3e_bataillon__1909_

Avec le 2e bataillon du 149e R.I. :

J.M.O. de la 33e brigade d’infanterie.

L’ordre  d’opérations du 16e C.A. pour le 6 novembre porte l’offensive dans les mêmes conditions qu’hier.Le groupement Moussy doit maintenir l’ennemi dans le parc et le château d’Hollebeke pour favoriser la progression du groupement Olleris.

 

J.M.O. du 53e régiment d’infanterie.

À minuit, les bataillons reçoivent un contre-ordre. Ils sont arrêtés sur la route de Saint-Eloi à Ypres où ils restent jusqu’à 4 h 00. À cette heure arrive l’ordre pour la journée du 6 novembre.

Le 53e R.I. a pour mission d’attaquer dans la matinée le parc et le château de Hollebeke avec de petits éléments qui s’efforceront d’y pénétrer. Les 5e et 7e compagnies sont chargées de cette opération : la 7ecompagnie sur la moitié nord de la lisière nord-ouest du parc et la 5e compagnie sur la moitié sud de la même lisière.

Le but de l’opération est de reconnaître en détail, les abords de la lisière, les cheminements, les défilés qui y conduisent ; les points faibles de défenses préparées par l’ennemi et les endroits où la pénétration dans le parc semble possible. Le reste du régiment (1er et 3e bataillons) se réorganisera à Voormezelle, lebataillon à Oosthoek, tout en se tenant prêt à marcher au 1er signal.

11 h 30 : L’ordre arrive de se porter immédiatement à l’attaque sur le bois 40 par le nord-ouest. Le Bataillon Dufor et 2 compagnies du bataillon Saisset y prendront part. Les 2 autres resteront en réserve à Voormezelle. Deux compagnies du 2e bataillon, restées à Oosthoek, se porteront : la 5e compagnie dans les tranchées faites par le génie au sud de Voormezelle, sur la rive ouest du ruisseau, et à hauteur de Saint-Eloi ; la 6e compagnie sur la route Ypres-Kemmel, à la bifurcation, 1500 m au nord de Grootvierstrad. Les compagnies en réserve à la disposition du C.A.. 

15 h 15 : Le bataillon Dufor est en liaison avec le 80e R.I., par la compagnie d’Arblade qui a été envoyée dès le matin. Les premiers éléments du bataillon Dufor débouchent sur le bois au nord de la Kapellerie. Feu violent de l’artillerie ennemie.

16 h 20 : La progression continue, mais toujours très lentement, à cause du feu de l’artillerie ennemie, qui exige de minutieuses précautions pour la marche.

18 h 20 : L’attaque a débouché de la Kapellerie, entre les tranchées occupées par le 31e B.C.P. et elle a été arrêtée à environ 400 m des lignes allemandes. Le brouillard est extrêmement épais, il rend les liaisons impossibles et tout le mouvement en avant extrêmement périlleux. Le demi-bataillon Saisset est derrière le bataillon Dufor.

Toute continuation d’attaque dans les conditions atmosphériques présentes semble impossible et le colonel demande des ordres.

19 h 00 : L’ordre est donné de retourner à Voormezelle.

J.M.O. du 90e régiment d’infanterie.

Les 2e et 3e compagnies gardent leurs positions le long du canal. Les 1ère et 4e compagnies passent en seconde ligne.

Vers 7 h 30 la 7e compagnie et un peloton de la 8e compagnie relèvent à la faveur du brouillard les 5e et 6e compagnies qui avaient, la veille, gagné 200 m en avant de la ligne générale.

Vers 15 h 00 ces troupes sont cernées par les Allemands dans les bois situés à 500 m au nord de Klein-Zillebeke.

Le général Moussy appelle tous les éléments disponibles et les réserves de troupes anglaises.

Du côté des Allemands:

 

Historique du I.R. n° 105.

Le I.R. n° 105 est à l’ouest de Zandvoorde, à la disposition de la 39e D.I.. Les 2e et 3e bataillons se regroupent à la lisière sud-est du bois au sud-est de Calvaire, le 1er bataillon et la compagnie de mitrailleuses dans les fermes au sud de Basseville-Beek. L’attaque de la 39e D.I. est fixée pour midi. Elle doit être repoussée à cause du brouillard dense, qui empêche un tir précis de l’artillerie. Lorsque le brouillard se dissipe vers midi, la préparation d’artillerie se déclenche et l’assaut débute à 14 h 00, contre la position anglaise, près de Klein-Zillebecke.

Le I.R. n° 105 suit, en tant que réserve de la division. Dans un premier temps, le régiment est avancé jusqu’au château de Hollebeke (le château est). Puis, il suit l’attaque de progression de la 39e D.I., en direction du grand virage du canal de l’Yser, près de Hollebeke. Au soir, le régiment est engagé à son tour. Le 2e bataillon occupe à la gauche du I.R. n° 132, le talus de la voie ferrée Ypres-Comines. Son aile droite est appuyée au bois au sud de Klein-Zilebeke. Le 3e bataillon à sa gauche, avec son aile gauche poussée jusqu’au-delà du même talus, à hauteur du passage de la route en dessous du grand virage du canal.   

Historique du I.R. n° 126.

La préparation d’artillerie n’a pu débuter qu’à 11 h 00, à cause d’un brouillard dense. Les positions devant nous sont alors bombardées par notre A.C. et par le 2e groupe du 10e R.A.L.. D’autres batteries tirent sur la clairière du bois au nord et au nord-est de Camp. Des obusiers lourds du IIe C.A. bavarois tiennent le grand bois au nord du virage du canal, entre la voie ferrée et la route de Verbranden-Molen, sous un tir très dispersé. Une batterie de 210 tire exclusivement sur Ypres.

Vers 14 h 00, notre infanterie quitte ses tranchées. Le 3e bataillon sort avec 3 compagnies en 1ère ligne, le 2e bataillon avec 2 compagnies. Très rapidement, les positions des Français sont bousculées. Elles sont faiblement occupées au sud de Camp. Celui qui ne veut pas se rendre est achevé à la crosse de fusil ou à la baïonnette. Nous avons fait prisonniers 2 officiers et 15 hommes qui se sont défendus avec acharnement depuis un abri.

Puis l’assaut se ralentit devant les maisons près de Camp. En plus des haies renforcées de fils de fer, des tirailleurs français se succèdent en faible nombre. Le tir de défense principal vient du flanc. Il cause des pertes sévères dans nos rangs. Des fusants explosent dans les airs. Ils forcent nos réserves à se déployer trop tôt. Néanmoins, aux alentours de 16 h 00, les positions françaises de part et d’autre de Camp, sont entre nos mains.

Malgré la mort de notre colonel près de Camp (balle dans la tête), nous poursuivons les fuyants en direction de Klein-Zillebeke. Bientôt nous sommes mélangés avec des éléments de la 82e brigade et du I.R. n° 132. Nous avançons jusqu’à la hauteur de Klein-Zillebeke. Des réserves françaises, dépêchées à la hâte, tentent en vain de nous arrêter. À 17 h 00, les 90e et 268e R.I. français sont bousculés. Ils ont perdu 730 prisonniers ( ?) dont 12 officiers, tombés entre les mains de nos 11e et 12e compagnies. Ces compagnies ont pris également 2 mitrailleuses au talus de la voie ferrée. Nos pertes s’élèvent à 4 officiers tués, 7 blessés. Les pertes de la troupe n’ont pas pu être précisées (très élevées). Malgré la pénurie d’officiers et de sous-officiers, les soldats des 1er et 3e bataillons poursuivent leur progression depuis Klein-Zillebeke, à travers les boqueteaux presque jusqu’à la cote 60 et aux premières maisons de Zwarteleen, où l’attaque s’est définitivement brisée. Quelques groupes du 3e bataillon peuvent encore avancer, presque ensemble avec l’ennemi en fuite, jusqu’aux premières maisons de Zillebeke, 1,5 km plus loin. Là, ils débouchent su un tir de flanc de mitrailleuses anglaises qui les forcent, au terme d’un combat rapproché, à se retirer sur Zwarteleen. Ils sont accueillis par les nôtres, leurs rangs sont fortement éclaircis. Nous n’avons pas réussi à prendre possession le 6 novembre au soir, ni de la cote 60 ni du village de Zwarteleen. L’ennemi qui s’y est fortifié solidement offre une résistance très vive. Les forces de nos troupes trop épuisées n’ont pas été suffisantes pour la briser. En outre, l’artillerie ennemie, avec l’effet dévastateur de ses tirs, a constamment tenu sous son feu, la ligne atteinte par les nôtres. De plus, la 82e brigade est restée très en retard dans le bois nord-est de Klein-Zillebeke.

Le I.R. n° 105 est de nouveau avancé pendant l’assaut de Klein-Zillebeke, depuis Zandvoorde, jusqu’au-delà des lignes de départ d’attaque du I.R. n° 126, dans le bois entre la voie ferrée et la route de Verbranden-Molen. En raison de la nuit tombante, il ne peut obtenir une modification de la situation à l’aile gauche de la division. La ligne de combat la plus avancée qui se trouve alors, près de Zwarteleen, est dans une situation effroyable. L’obscurité, le tir terrible d’artillerie, la pénurie d’officiers rendent impossibles toutes tentatives pour mettre de l’ordre dans les unités. Malgré leur fatigue, les  hommes creusent des abris dans la boue. Leur position de défense creusée au bout de quelques heures est suffisante pour repousser plusieurs contre-attaques anglaises pendant la nuit. Contre-attaques qui partent de Zillebeke et qui sont menées par des réserves acheminées à la hâte. Il est également impossible de ravitailler la troupe, il faut donc se rabattre sur les rations de réserves.

À l’aile droite de la 39e D.I., dans le bois au nord de Groenenburg, les 7e et 8e compagnies n’ont pu gagner que très peu de terrain, le 6 novembre, et il faut les ramener au soir sur leur ligne de départ d’attaque.                           

 Historique du I.R. n° 132. 

                    Carte_6_novembre_1914__IR_n__132_

 

                                        L_gende_carte_IR_132__6_novembre_1914_

  

Les secteurs de la division ont été déplacés dans la nuit du 6 novembre. Le IIe C.A. bavarois est dirigé, avec ses derniers

éléments, au sud du canal d’Ypres. Le XVe C.A., se retrouve seul dans la région comprise entre la route de Menin à Ypres et le canal. La 39e D.I. doit attaquer dans le secteur de gauche, de part et d’autre de la route de Zandvoorde à Zillebeke. La 30e D.I. doit soutenir cette attaque  en s’en prenant à l’adversaire placé face à elle. Nous voulons ainsi faire commencer la percée à la droite de la route, face au front tenu par le 2e bataillon du I.R. n° 126, notre voisin direct à notre gauche (début à 10 h 00). Notre 1er bataillon et la compagnie de mitrailleuses restent dans le secteur de droite. Ils occupent le front entier tenu jusqu’alors par le régiment.

Les 2 autres bataillons sont déplacés dans le secteur de gauche. Selon un ordre reçu ; ils doivent arriver  à 7 h 00 à la ferme qui se trouve à 700 m à l’est du château de Hollebeke. La relève et la marche de route se sont déroulées sans incident. Le secteur du 3e bataillon est en partie aussi celui du 2e. Ils sont pris en charge par la 30e D.I. (I.R. n° 99). Au terme d’une marche de nuit très épuisante, les 2e et 3e bataillons du I.R. n° 132, sur des chemins trempés et en mauvais états, atteignent la ferme à 7 h 00. La progression de la brigade doit se borner au secteur compris entre la route Zillebeke et le virage du canal. Elle est orientée contre la position ennemie, le long du chemin qui va de Klein-Zillebeke à Camp et au virage du canal.

L’attaque est confiée aux 1er et 3e bataillons du I.R. n° 126 qui a sous ses ordres notre 2e bataillon et la 1ère compagnie du 15e pionniers, dotée de lance-mines. Notre 3e bataillon reste à la disposition de la brigade à la ferme à 700 m à l’est du château de Hollebeke. La préparation d’artillerie à laquelle participe aussi l’artillerie lourde et celle du IIe C.A. bavarois, depuis la rive sud du canal, ne débute qu’à midi à cause du brouillard dense.

À 14 h 00, le I.R. n° 126 part à l’attaque. Le 3e bataillon est orienté sur Camp. Le 1er bataillon est à sa gauche. Vers 15 h 00, le 1er objectif sur la position ennemie est atteint au terme d’une course rapide. Vers Camp, il se déroule des combats acharnés qui nous sont favorables. Mais l’attaque nous coûte de lourdes pertes.

Notre 2e bataillon qui doit suivre le 1er bataillon du I.R. n° 126, reçoit l’ordre de partir à l’attaque plus en avant. La 6e compagnie avance contre le fossé allant du château de Hollebeke, dans la direction nord-nord-ouest. Elle est suivie par la 8e compagnie. La 5e compagnie est engagée le long du talus de la voie ferrée. Elle est suivie par la 7e compagnie. Le tir de l’artillerie ennemie est très violent. En franchissant le bois entre la voie ferrée et l’angle du virage du canal et la route Klein-Zillebeke-Zwarteleen, les compagnies de notre 2e bataillon, ont perdu la liaison avec le 1er bataillon du I.R. n° 126. Celui-ci a poursuivi l’ennemi qui bat en retraite, jusque dans le bois au nord-est de la route de Klein-Zillebeke à Zwarteleen. La 6e compagnie s’oriente maintenant contre Zwarteleen. La 5e compagnie longe la voie ferrée jusqu’au bois à l’ouest de Zwarteleen. La 8e compagnie suit  jusqu’aux fermes au nord du bois qui vient d’être franchi, et la 7e compagnie passe la voie ferrée à la même hauteur. Mais l’attaque s’enraye près de Zwarteleen où la ligne des tirailleurs se heurte à des troupes anglaises fraîches. La 8e compagnie et une section de la 7e sont donc engagées.

Au même moment, les 9e et 11e compagnies du 3e bataillon arrivent aux fermes qui se trouvent au sud de Zwarteleen. La 11e compagnie est engagée sur cette localité. La 9e compagnie doit soutenir la 5e compagnie. Mais la nuit est au rendez-vous. Des éléments de la 8e et de la 11e compagnie ont pénétré dans Zwarteleen. Ils occupent plusieurs maisons en combattant. Au nord du chemin de Klein-Zillebeke à Zwarteleen, les I.R. n° 126 et n° 172 (ce dernier est le voisin direct du secteur d’engagement de droite de notre division) se sont fortement mélangés dans les bois entre les deux localités. Ils sont parvenus jusqu’aux abords de Zwarteleen et au chemin qui mène à Popotje. À l’ouest de la voie ferrée, on ne voit rien de ce qui se passe pour nos troupes, et ceci jusqu’au canal. Le I.R. n° 105, qui est à la disposition de la 39e D.I., n’est pas visible. Il a été retardé au virage du canal et il se trouve plus à l’est.

Nos 2e et 3e bataillons (sans la 12e compagnie qui est toujours au château de Hollebeke) se trouvent  très en pointe. Il y a un danger d’être enveloppé sur les deux ailes. Un ordre de la division donné à 17 h 35 et qui préconise de tenir la 1ère ligne, à hauteur de la sortie ouest de Zwarteleen, ne leur est toujours pas parvenu. Jusqu’à 23 h 00, les compagnies se sont donc repliées. Le mélange des unités est complet entre les I.R. n° 132,126 et 172. Les bataillons se sont ensuite enterrés. Ils font front à la cote 60. Pour leur sécurité, nous envoyons des patrouilles vers l’avant. Des détachements anglais tentent de leur côté d’avancer sur notre 1ère ligne, mais ils sont aussitôt repoussés. La nuit reste plutôt calme.

Historique du I.R. N° 171. 

De nouveau un brouillard épais empêche toute observation et toute préparation d’artillerie jusqu’à 12 h 00. Puis soudain, tout se déclenche. Le tir d’artillerie se déchaine sur toute la ligne, et l’ennemi réplique vivement. À 14 h 00, il y a un départ d’attaque sur l’aile gauche. La musique joue « la gloire de la Prusse ». Nous attaquons la lisière du bois d’en face, soutenu par le tir des mitrailleuses. Les Anglais se défendent farouchement dans leurs trous individuels et ils doivent être liquidés un par un.

Soulagée par l’avance de l’aile gauche, l’aile droite du 2e bataillon, avec le 1er bataillon qui lui succède, progressent à leur tour. Ils restent toujours en retard puisque que le I.R. n° 126 n’avance guère dans le bois. Nos 1er et 3e bataillons doivent donc constituer un flanc défensif de plus en plus grand face à ce bois. Notre 2e bataillon franchit le 1er objectif à gauche, la route Popotje-Zwarteleen, en liaison étroite avec Le I.R. N° 172.Tout en poursuivant de près les Anglais, il approche à 15 h 15 de la cote 60 au-delà de la route. Pendant ce mouvement en avant, les unités s’entremêlent, et comme les troupes sur les flancs sont en retard, la ligne de tirailleurs devient de plus en plus clairsemée.

À peine a-t-on placé la 11e compagnie, l’ultime réserve, sous les ordres du 2e bataillon que cette dernière doit être aussitôt mise en mouvement. Il se développe depuis la crête 60 une forte et surprenante contre-attaque anglaise sur le 2e bataillon et sur le I.R. N° 172 à Zwarteleen. Les 2 mitrailleuses attribuées au 2e bataillon viennent d’atteindre la 1ère ligne très étirée, lorsque les Anglais débouchent du brouillard. Malgré les lourdes pertes des Anglais qui sont dues aux tirs des mitrailleuses et des tirailleurs du 2e bataillon, les assaillants poursuivent leur avance. Ils sont protégés par les nombreux boqueteaux. Nous devons nous replier jusqu’à la route et nous défendre. Le mouvement est exécuté sous le tir de protection des mitrailleuses. Nous défendons la position de repli qui a été désignée contre plusieurs contre-attaques résolues anglaises. La dernière a lieu à 19 h 15.

Historique du I.R. n° 172. 

Le brouillard est si dense que toute observation d’artillerie est impossible. Dans la matinée tout est encore enveloppé par ce brouillard impénétrable qui se lève enfin vers midi. Immédiatement après, le tir d’artillerie se déclenche. À 14 h 00 débute l’attaque. Dans une course folle, le 3e bataillon rejette les Français (sans doute du 90e R.I.) du chemin creux situé devant la lisière du bois. Il fait plus de 100 prisonniers et prend 3 mitrailleuses. Nous traversons les parcelles de bois très dense à l’est de Zwarteleen. Nous sommes toujours retardés par de petits détachements ennemis qui arrosent les lignes des tirailleurs de leur feu. La cohésion des lignes se construit dans un terrain difficile à surveiller. Des brèches se forment et il faut engager les réserves qui suivent de près.

Au bout de 1 h ½, les détachements les plus avancés ont atteint la lisière du bois à 200 m au nord-est de Zwarteleen. Près d’un pré dégagé, de petits détachements de Français fuient et disparaissent dans le bois suivant. Brusquement, une ligne de tirailleurs très serrée d’anglais avance sur notre flanc droit. Elle est vite refoulée par notre tir qui est bien ajusté. La résistance ennemie se durcit et les nôtres n’avancent plus. Les petits détachements qui sont trop en pointe doivent être ramenés en arrière. Au soir, le régiment s’enterre sur une position qui suit approximativement le chemin qui conduit obliquement  à travers le bois en direction nord-est. Son l’aile gauche est appuyée sur la route Zandvoord -Zwarteleen, et son aile droite au coin nord-est du bois. La liaison est établie à gauche avec le I.R. n° 132 et à droite avec le I.R. n° 171. Il y a un fort mélange des unités avec de nombreux éléments égarés qui proviennent des régiments voisins parmi les nôtres. Un regroupement est impossible. Pour la nuit, il est ordonné un maximum de vigilance, tant dans les tranchées françaises qui ont été prises que dans le fossé humide du chemin forestier. Les cuisines sont avancées dans la mesure du possible. Mais un ravitaillement dans les règles de l’art est impossible à cause des nombreux tirs de surprise ennemis. À chaque instant, des balles traversent le bois en sifflant. Les Français sont très nerveux et tirent au moindre bruit. À 1 h 00, les Anglais déclenchent une forte attaque sur la position du I.R. n° 172. Elle échoue avec de lourdes pertes pour l’ennemi.

Historique du I.R. n° 17.

Après avoir mis de l’ordre dans les unités, les 1er et 2e bataillons restent en première ligne. Le 3e bataillon est  placé derrière eux en 2e ligne.

Historique du I.R.  n° 18.

Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1914, le régiment se déplace vers la droite. Sa première ligne occupe maintenant la digue (chemin du parc), allant de la « villa blanche » (Weisse Villa) jusqu’à 300 m vers la droite. Les 2e et 3e bataillons se trouvent en réserve à quelques centaines de mètres en arrière.

Avec le 3e bataillon du 149e R.I.:

 

                   Carte_journ_e_du_6_novembre_1914__3e_bataillon_

   

                                       L_gende_carte_IR_132__6_novembre_1914_

 

Dans la nuit, la 77e brigade arrive à Kemmel. Elle est dirigée, au matin à cheval sur la ligne Lindenhoëk-Kruisstraat-l’enfer. Elle a pour mission de reprendre les positions perdues et d’attaquer sur la direction de l’enfer. À 9 h 40 l’attaque débouche sur la route de Polka-Lindenhoëk. Elle progresse assez facilement jusqu'à la 1ère crête, puis il s’engage une vive fusillade. Vers 10 h 15, l’artillerie ennemie bombarde le village de Kemmel. Le poste de commandement de la brigade est porté à Lindenhoëk. La progression de la 70e brigade se fait lentement. À la nuit, les tranchées du 80e R.I.qui sont établies à 150 m à l’ouest de la halte de ?, ne sont dépassées que de 50 m. Au centre le 158e R.I. a avancé d’environ 600 m. À droite, la ligne s’est portée d’environ 3 à 400 m en avant.

 

Par suite de pertes sérieuses des éléments du 158e R.I. et du 3e B.C.P. engagés le 5 novembre (la moitié de l’effectif) les 2 compagnies du 158e R.I. sont rappelées pendant la nuit du 4 au 5 de Wulverghem. Elles sont portées sur la 1ère ligne en remplacement des débris du 2e bataillon du 158e R.I. qui se reforme à Lindenhoëk.

Extraits de l’ouvrage « Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon » de Henri René aux éditions Perrin et Cie. 1917.

« Le commandant réunit les officiers et les gradés, et nous explique la façon dont il comprend notre rôle : à l’ouest de la route Kemmel-Wytschaete, le front n’a pas bougé, la 11e compagnie en marque l’extrémité. À l’est, il a été rompu, il a fléchi de mille mètres. Il est en train, grâce à l’inertie des Allemands, de se rétablir tant bien que mal. Si l’ennemi, profitant de cette dernière avance, fait un «  à droite en marchant », il se trouvera aussitôt derrière la 11e compagnie. La panique ne sera pas longue à se mettre dans les troupes de la division ouest, lorsqu’elles se verront ainsi tournées. La meilleure solution serait, en l’occurrence, de reporter toute la droite en avant, par une rigoureuse contre-attaque, mais le commandement n’a pas l’air d’avoir les ressources nécessaires. Il nous appartient donc à  nous, « bataillon de liaison », bien que cette mission ne nous ait pas été notifiée officiellement,  de créer des uns aux autres un « pan coupé » qui rétablisse la continuité du front.

Alors, pendant que le commandant va personnellement chercher la 11e compagnie pour diriger la délicate opération de « décrochage », le capitaine P… prend la direction de nos travaux ou reconnaissances de reconstruction. Nous patrouillons dans tous les sens, recherchant le contact des éléments d’ailes des divisions que nous devons relier. Nous essayons, malgré l’obscurité, de tirer parti d’un terrain complètement inconnu et d’y établir des éléments de tranchées répondant à notre mission. Mais nous sommes cent, là où il faudrait être mille ! La 9e compagnie dont nous étions séparés depuis quelques jours vient cependant nous rejoindre. Ses cadres poussent un soupir de soulagement en retrouvant leur grande famille. On leur a fait, à eux aussi et en d’autres points du champ de bataille «  le coup de l’invité ». Ils espèrent, en nous ralliant obtenir un repos mérité. Amère désillusion…

J…, l’ami personnel du commandant, et que tout le monde au bataillon appelle du même nom d’affection familière « notre Alfred » m’exprime son mécontentement. Il vient d’être roulé brutalement par une explosion de gros obus, quelques minutes avant de nous rejoindre…

Pendant trois jours et trois nuits, nous avons résisté sur la nouvelle ligne sans faiblir. Les Allemands se sont vengés de notre rétablissement inattendu par une recrudescence de feux : pensaient-ils donc que nous allions nous enfuir ? S’ils le croyaient, pourquoi se sont-ils arrêtés ?

Bien mieux, il s’en est fallu de peu que nous reprenions nos positions du 5 novembre. »

Du côté des Allemands : 

Historique du R.I.R. n° 20 .

Repos à Comines (du 6 au 7 novembre 1914).

Jusque tard dans la matinée du 6 novembre, les combattants de notre R.I.R. n° 20 ont pu récupérer un sommeil bien mérité, après les terribles combats de ces derniers jours et nuits. Les piètres restes du régiment se mettent à retrouver un aspect humain leur permettant de se sentir nettement mieux dans leur peau. Nous avons mis de l'ordre dans les compagnies. Les pertes subies ont été relevées. Les égarés et les dispersés sont rentrés pour rejoindre leur corps d'origine. Durant ces cinq journées de combats successifs, le 20e a perdu presque la moitié de ses sous-officiers et hommes de troupe, et presque les trois quarts de son corps d'officiers (morts et blessés). La 4e compagnie qui est entrée dans la bataille avec un effectif de 246 hommes, n'en compte plus que 88 qui sont restés indemnes. Son chef ainsi qu'un Offizierstellvertreter sont blessés, un chef de section est tué. C'est à ce moment-là qu'est arrivé le premier renfort du dépôt. Il est immédiatement  reparti sur les trois bataillons. Nous n’avons plus jamais atteint un effectif de combat aussi complet qu'avant l'assaut de Wytschaete qui était de 250 hommes.

Durant ces jours, il a été procédé à l'attribution des premières croix de fer de 2e classe au régiment. Pour leur conduite et leur énergie, le Hauptmann Friedrich Rentsch ainsi que le Leutnant Rudolph avaient fait preuve à Wytschaete le 3 novembre (tous deux appartenaient à la 2e compagnie), le premier a été décoré par notre général de division, Excellence von Speidel en personne, le second par le Generalmajor Schieler commandant notre brigade. Tous deux ont eu droit à des éloges de la part de leurs supérieurs.

Références bibliographiques :

 

Pour les Allemands :

Historique du I.R.  n° 17. Schick. München 1927.

Historique du I.R.  n° 18. Bayer. Kriegsarchiv. München 1926.

Historique du I.R. n° 105. Baensch-Stiftung. Dresden 1929.

Historique du I.R. n° 132. Berlin 1932.

Historique du I.R. n° 126. Belser. Stuttgart 1929.

Historique du  I.R. n° 171. Stalling. Oldenburg 1927.

Historique du I.R. n° 172. Sporn. Zeulenroda 1934.

« R.I.R. Bavarois n° 20 ». Écrit en 1964 par l’association des anciens du K.B. R.I.R. n° 20. (306 pages). Ouvrage resté jusqu’à ce jour inédit provenant de la collection Herman Plote.

Tous ces historiques proviennent de la collection Herman Plote. Les traductions en français ont été réalisées par Herman Plote.

Pour les Français :

J.M.O. de la 33e brigade : Série 26 N 505/3.

J.M.O. du 53e R.I. : Sous-série 26 N 644/5.

J.M.O. du 90e R.I. : Sous- série 26 N 668/14.

Tous ces J.M.O. sont consultables sur le site « S.G.A./Mémoire des hommes».

« Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon », d’Henri René aux éditions Perrin (1917).

 

Pour en savoir plus :

« En avant quand même ! Le 53e R.I. de Perpignan dans la tourmente de la 1ère guerre mondiale ». Livre de Renaud Martinez. Publier aux Éditions l’Agence. 2007. 

 

Un très grand merci à M. Bordes, à P. Casanova, à  A. Carobbi, à J. Charraud, à J. Huret, à H. Plote, à M. Porcher ainsi qu’au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes. 

8 octobre 2010

Lieutenant Marie Philippe Marey (1873-1914).

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Marie Philippe Marey est né le 26 mai 1873 à Vesoul dans le département de la Haute-Saône.  Fils de Claude Marey et d’Elisabeth Rombrot, il se marie en 1914 avec Marthe Reck. Poussé par son père, il signe en 1891 un engagement volontaire de trois ans à la mairie de Vesoul. Sa carrière militaire commence au 41e Régiment d’Infanterie qui se trouve à Rennes. Il travaille au service géographique de l’armée de 1904 à 1906. Au printemps 1909, Il est nommé sous-lieutenant à son arrivée au 149e R.I., puis sous-lieutenant porte-drapeau en1910. Deux ans plus tard,  il obtient le grade de lieutenant en servant  toujours dans le même régiment. Il est lieutenant porte-drapeau en 1911.

Au début du conflit, le lieutenant Marie Philippe Marey commande une section de la 9e compagnie. Il dirige la 6e compagnie lorsqu’il est tué le 8 novembre 1914 dans le secteur de Verbranden-Molen  en Belgique.

Un avis de décès publié par sa famille est paru  dans le journal « Le nouvelliste » daté du mercredi 16 décembre 1914.

Citation à l’ordre de l’armée :

« Le 8 novembre 1914, a été tué à la tête de sa compagnie qu’il entraînait à l’attaque d’une tranchée ennemie. »

 

Sources :

Archives municipales de Vesoul.

Dossier individuel consulté au Service Historique de l’Armée de terre de Vincennes.

Le portrait du lieutenant Marey provient du tableau d’honneur de la guerre 1914-1918 publié par la revue « l'illustration ».

Un grand merci à M. Bordes, à M. Porcher, aux archives municipales de Vesoul et au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

1 octobre 2010

Secteur sud-est d'Ypres, journée du 5 novembre 1914.

                   Carte_journ_es_4_et_5_novembre_1914

                                         Legende_journee_du_5_novembre_1914__2e_bataillon_

                    Composition_des_unit_s___journ_e_du_5_novembre_1914_PNG

 Avec 2e bataillon du 149e R.I. :

J.M.O. de la 33e brigade d’infanterie.

L’ordre d’opération pour le 16e C.A., pour le 5 novembre, porte sur la continuation de l’offensive dans les mêmes conditions qu’hier. Mais sous le bombardement terrible, il  est impossible de progresser pendant le jour. Le soir, 2 compagnies du 90e R.I. réussissent à occuper un groupe de maisons abandonnées, à 2 ou 300 m en avant du front.

 

J.M.O. du 53e régiment d’infanterie.

Une attaque doit être faite à l’autre bout du secteur. Elle sera donnée par une colonne composée. Les 2 bataillons du 53e R.I. sous les ordres du lieutenant-colonel Michel, bataillon Saisset et Lermigeaux qui ont pour objectif la lisière sud du parc d’Hollebeke.

7 h 30 : Le bataillon Saisset qui est resté à Oosthoek, se porte immédiatement vers Eikhof pour se placer face au château qu’il prendra comme direction de sa gauche. Les 5e et 6e compagnies du bataillon Lermigeaux suivent le bataillon Saisset en renfort, les 2 autres restent en renfort à la disposition du lieutenant-colonel qui installe son poste de commandement à Oosthoek. Le mouvement est bientôt arrêté par le feu d’artillerie, des mitrailleuses et de l’infanterie ennemie. La progression ne se poursuit qu’homme par homme et en construisant des tranchées successives.

15 h 10 : Le commandant de l’armée prescrit pour le soir même, l’enlèvement du château d’Hollebeke.

Le bataillon Saisset sortant des tranchées se portera à l’attaque de la corne ouest, en prenant comme direction de droite le Château. Le bataillon Lermigeaux laissant une compagnie (7e) en réserve à la disposition du lieutenant-colonel, se portera à l’attaque de la même corne en prenant comme direction de droite la corne ouest elle-même.

15 h 30 : Dès les premiers moments, le capitaine Lermigeaux tombe mortellement frappé. Un léger flottement se produit à ce moment.

Le lieutenant Laffiteau prend le commandement du bataillon, mais à la tombée de la nuit une erreur de direction fait passer le 2e bataillon à droite. L’ordre est vite rétabli et les compagnies de 1ère ligne arrivent aux tranchées de 1ère ligne du 10e B.C.P.. Les compagnies de 2e ligne se rapprochent et la charge est donnée. Toutes les compagnies s’élancent. Le bataillon Saisset arrive le premier à la lisière du bois. Il y pénètre rapidement et se trouve en présence d’une tranchée ou les occupants déposent les armes. À ce moment, le sous-lieutenant Raques avec sa section arrive jusqu’au château. Les hommes du bataillon s’arrêtent autour des prisonniers. Un mouvement maladroit d’un prisonnier fait croire à un guet-apens et une fusillade générale s’ensuit, occasionnant un sérieux désordre que les prisonniers mettent à profit pour s’échapper.

Un mouvement de recul du bataillon ramène tous les hommes en dehors du bois.

Un second assaut ne donne pas de meilleurs résultats. Le lieutenant-colonel demande au colonel commandant la brigade de lui donner 2 compagnies du 3e bataillon qui viennent d’arriver en réserve à la disposition du lieutenant-colonel, mais qu’il a arrêtées au passage. Les 2 compagnies ne sont pas accordées et le bataillon est obligé de reculer. Le sous-lieutenant Roques est obligé de revenir en arrière. Le bataillon Laffiteau arrive de son côté, mais il se heurte à des tranchées fortement occupées et ne peut pénétrer.


 21 h 00 : La prise du bois et du château d’Hollebeke est chose manquée. Le colonel allait donner l’ordre de tenter une nouvelle attaque lorsqu’il reçoit lui-même l’ordre de rompre le combat.

 

 

Le 1er bataillon doit se retirer sur Saint-Eloi pour y occuper les emplacements que tenaient les compagnies du bataillon Marullas. Le 2e bataillon devant venir occuper les positions d’Oosthoek, le 3e retourne à Voormezelle.

 

Du côté des Allemands :   

Historique du I.R. n° 171.

Le 5 novembre, toute activité est annulée par un brouillard dense. On attend en vain, la percée du soleil. Cela permet pour le moins de réorganiser les unités et de fortifier la position. Nous ravitaillons la troupe sans être vus de l’ennemi. Nous creusons des boyaux et nous rencontrons l’eau souterraine à faible profondeur. Un fléau qui nous créera encore beaucoup de soucis dans les semaines à venir. À 18 h 00 arrivent les ordres d’attaque. Le 2e bataillon creuse encore rapidement une tranchée spéciale pour y placer la musique régimentaire. Elle doit accompagner l’assaut du lendemain en jouant ses airs.

Historique du I.R. n° 172.

L’attaque prévue pour le 5 novembre est ajournée.

 

Historique du I.R. n° 126.

Jusqu’au soir du 5 novembre, il n’y a rien à signaler sur le front de la division. Tous les régiments ont amélioré les lignes atteintes. Ils poursuivent la reconnaissance des positions ennemies situées en général à la lisière sud des boqueteaux, de part et d’autre de la voie ferrée, à l’ouest de Camp, et se poursuivant dans la direction nord-est, à travers le bois nord de Groenenburg.

Selon l’ordre de la division donné le 5 novembre à 22 h 00, il faut réussir le 6 novembre la percée sur Ypres. Cette dernière est très importante pour la suite des opérations.

La 39e D.I. procède à une nouvelle répartition des secteurs tenus par ses brigades. Le I.R. n° 132 (sans son 1er bataillon) est retiré du secteur du bois au nord de Groenenburg. Ce secteur est occupé maintenant par notre 2e bataillon et le 1er bataillon du I.R. n° 132. Ces bataillons constituent l’aile droite de la 82e brigade. Elle est appuyée sur sa gauche par le I.R. n° 126 placé au nord du château de Hollebeke. Le commandement du secteur de la brigade de gauche comprenant le I.R. n° 126 et le I.R. n° 132 (sans son 1er bataillon) est assuré par le général von Frankenberg commandant la 61e brigade.

À la droite de la 39e D.I., la 30e D.I., poursuit ses attaques entre la chaussée Ypres-Menin et le bois au nord de Groenenburg, comme par le passé. À la gauche de la 39e D.I., la 2e D.C. qui se trouve toujours dans le secteur tenu par le IIe C.A. bavarois, qui s’était approché de Saint-Eloi, doit soutenir l’attaque par son tir. Le 3e bataillon du I.R. n° 172 et le 8e bataillon de chasseurs doivent rester au sud-ouest de Basseville-Cabinet, comme réserve de la division. Le I.R. n° 105, quant à lui est en réserve de corps à Zandvoorde.

Sur ordre du C.A., les musiques régimentaires doivent  jouer derrière la ligne d’attaque. Lorsque la nôtre arrive au château de Hollebeke, elle est renvoyée par le colonel, « pour travailler comme brancardiers auxiliaires ». Et c’est mieux ainsi, car l’assaillant entendait déjà assez de « musique » au front !

 

Historique du I.R. n° 17 bavarois.

Un renouvellement de l’attaque est ordonné. Après la préparation d’artillerie, nous nous sommes élancés à 15 h 00. Le 3e bataillon réussit à gagner 200 m de terrain. Le 2e bataillon, lui a gagné environ 100 m. L’attaque s’est étouffée sous l’effet du tir ennemi. À 18 h 00, elle est renouvelée. Sept  compagnies du I.R. n° 22 viennent s’intercaler dans le secteur de notre régiment. Mais cette attaque se brise un peu devant les tranchées ennemies. En tenant compte des efforts accomplis par la troupe jusqu’à ce jour, nous avons renoncé à attaquer de nouveau le lendemain.

 

Historique du I.R. n° 18 bavarois.

Les 2e et 3e bataillons relèvent le 1er bataillon dans la matinée. À partir de 8 h 00, notre artillerie bombarde assez copieusement les tranchées ennemies. L’assaut de notre infanterie est déclenché. À partir de 10 h 30, des détachements réduits avancent homme après homme jusqu'à Diependarlbeek. Progressivement, ces détachements sont par la suite renforcés. Ils sont soumis à un tir de flanc venant des deux côtés à la fois. Vers 14 h 00, notre 3e bataillon avance à droite, le 2e à gauche vers les tranchées ennemies. Une heure plus tard, après avoir intercalé la 3e compagnie, la position ennemie était conquise. Les assaillants sont soumis à un très violent tir de flanc venant des deux côtés et en particulier de la direction de l’Eikhof. Avec l’arrivée de la nuit, la situation devient de plus en plus précaire. Notre artillerie lourde a dû cesser le tir dès 14 h 30, par pénurie de munitions. Les tirailleurs ennemis peuvent réoccuper les tranchées abandonnées. Ils peuvent même reprendre quelques tronçons de tranchées occupées par nos patrouilles. Le feu venant des tranchées qui flanquent nos lignes s’est fortement réanimé. Environ 200 hommes du I.R. n° 18 sont victimes de ce tir (morts et blessés). Fort heureusement, le 2e bataillon qui est à l’aile gauche a eu plus de chance. L’hauptmann (capitaine) Ritter réunit la 6e compagnie du leutnant (sous-lieutenant) Gain et quelques groupes qui appartiennent à la 5e brigade d’infanterie à notre gauche. Ceux-ci montent alors sur le versant pour approcher la lisière ouest de Saint-Eloi. Ils passent par une succession de tranchées vides. À la nuit tombante, ils atteignent la crête de Saint-Eloi. Ici, les tranchées ennemies sont également désertées sous l’effet des tirs de notre artillerie lourde. Immédiatement, les détachements se tournent vers la droite et progressent jusqu’à la lisière ouest du village. Ils parviennent ainsi à quelques centaines de mètres dans le dos des mitrailleurs ennemis. Là, le détachement s’enterre provisoirement. L’hauptmann (capitaine) Ritter implore alors le régiment à plusieurs reprises. Il demande l’autorisation de reprendre avec le 3e bataillon, l’assaut frontal qui avait échoué dans l’après-midi. Ceci dans le but de prendre Saint-Eloi en collaboration avec son détachement. Mais, la pénurie de munitions de l’artillerie est là et faute de troupe fraiche, cette autorisation n’a pas pu être donnée. Une attaque de nuit, sous de telles conditions, aurait amené le 3e bataillon, déjà trop en pointe et fortement éprouvé, dans une situation extrêmement précaire. L’hauptmann (capitaine) Ritter et le leutnant (sous-lieutenant) Gain décident donc de tenter un coup de main sous leur propre responsabilité. Mais à l’instant même où ils veulent avancer avec leurs détachements contre les mitrailleurs ennemis, des lignes importantes de tirailleurs approchent sur leur flanc gauche. Il y a alors une fusillade généralisée sur de très courtes distances. Finalement, le détachement beaucoup plus faible doit s’estimer heureux de ne pas être coupé de ses arrières. Il faut donc se replier par le même itinéraire suivi pour attaquer, tout en emportant 3 prisonniers.

En attendant, l’aile droite du régiment, donc le 3e bataillon, s’est repliée à son tour, suite aux lourdes pertes subies dans l’après-midi. Seule une ferme reste occupée par les éléments des I.R. n° 17e, 18e et 22e. Ils sont   véritablement coincés. Ils ne peuvent plus ni avancer, ni reculer. Ils s’enterrent, tout en faisant front dans toutes les directions à la fois. Du côté du I.R. n° 18, il y a la section Hofer. Cet officier particulièrement brave réussit à contacter son propre détachement, en faisant des signaux parce qu’il essuyait des tirs venant de celui-ci. Mais sa situation empire constamment. Les Français s’enterrent des deux côtés de sa section et veulent également lui couper la retraite. L’oberleutnant (lieutenant) Hofer prolonge sa position vers la droite comme vers la gauche. Il essaye d’empêcher l’ennemi de venir dans son dos. Mais il ne peut pas empêcher l’ennemi de  flanquer des deux côtés de sa tranchée. Le détachement essuie de lourdes pertes. Le lieutenant Hofer est tué. Au soir seulement, on parvient à libérer le détachement. Une batterie de 150 (obusiers) avait pu démolir les Français rassemblés autour de notre section, de sorte que les survivants peuvent être délivrés d’une captivité imminente. Les hommes qui rentrent ainsi dans la soirée ont alors déclaré qu’ils auraient été contraints de se rendre si les obusiers ne les avaient pas délivrés. Le message de l’oberleutnant (lieutenant) Hofer qu’ils emportent avec eux, confirme la tenue héroïque de ses hommes, mais également leur situation désespérée dans la journée. Après sa grave blessure, il a encore rédigé un deuxième message aux ultimes heures de sa vie, au sujet de l’effet heureux de l’artillerie, tout en demandant à la fin de son texte, que cette batterie soit remerciée pour avoir sauvé ses hommes et pour son aide efficace.

 

Avec le 3e bataillon du 149e R.I. : 

 

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                                       L_gende_3e_bataillon

   

                    Composition_des_unit_s_journ_e_du_5_novembre_1914__3e_bataillon_

J.M.O. de la 85e brigade d’infanterie.

La fusillade qui a continué toute la nuit reprend de manière très violente au matin et au jour, la canonnade également. Vers 12 h 00, le tir d’artillerie se rapproche des tranchées qui sont petit à petit démolies. Les mitrailleuses du 158e R.I. sont anéanties. Ce qui reste de la 1ère ligne est obligé de se reporter légèrement en arrière et de creuser, sous la canonnade de nouvelles tranchées.

Un peloton du 3e bataillon de chasseurs est envoyé pour soutenir la ligne. À ce moment, le commandant du 3e B.C.P. signale  également qu’au-devant de lui, l’artillerie ennemie a démoli une partie de ses tranchées. L’infanterie s’est renforcée.

Du côté de la 32e division, le 3e  bataillon du 149e R.I. est engagé en première ligne pour remplacer des unités du 342e R.I.. Il subit également des pertes sérieuses.

À la nuit, la ligne s’est reportée au sud de la route de Wyschaete environ 1000 m plus en arrière. Le 3e bataillon de chasseurs occupe le ruisseau de ? Des éléments du 158e R.I. sont sur le chemin de terre à 100 m à l’est de ce ruisseau qui longe une ferme en flammes.

La ligne allemande occupe la crête du moulin de Spanbrock et toute la nuit la fusillade bat le plateau jusqu'à Lindenhoëk.

Extraits de l’ouvrage « Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon » de Henri René aux éditions Perrin et Cie. 1917.

« L’attaque se déclenche le 5 en fin de journée : on la reçoit de son mieux. Les vagues ennemies déferlent devant nous et gagnent sur notre droite, évidemment elles cherchent à nous déborder sans nous aborder. Après être restés deux jours et demi ensevelis vivants, écrasés sous la menace perpétuelle du coup que nous pensions nous être destiné, nous éprouvons, à cette seconde pourtant critique, comme un immense soulagement … Nos hommes  retrouvent une ardeur dont ils ne se  seraient plus crus capables, ils sautent sur leurs armes et garnissent les parapets comme si le ressort de leur énergie se détendait brusquement après une longue compression…

- Mon commandant, on lâche pied sur la droite, nous allons être cernés, ils sont innombrables…

A ce cri d’alerte, le commandant sort de son poste de combat et, par la route, puisque c’est le chemin le plus court, il se rapproche de la compagnie de réserve. Pas une minute à perdre. Je vois son geste, car je suis trop angoissé pour perdre un seul de ses mouvements : il montre au capitaine P…, à la 10e compagnie, la croupe qui nous domine sur le flanc menacé. C’est l’ordre de contre-attaque. La compagnie part. Ses premiers pas nous donnent confiance, elle se déploie sur la contre-pente défilée aux vues, elle avance. Tout à coup, les mitrailleuses et les obus l’attaquent simultanément. Des groupes culbutent et tombent en lourdes masses. Des hommes sont projetés dans le cratère des explosions ; beaucoup reculent, d’autres accentuent leur marche, mettant leur fusil devant leur corps comme pour se protéger des coups.  Je vois le lieutenant Cauvin, dont le bras pend sanguinolent, qui gesticule de sa main valide pour entraîner les siens, puis qui s’affaisse épuisé par ce trop grand effort. Le capitaine P… reste invulnérable, il se multiplie, touche au but, amène des tireurs dans la tranchée qui venait d’être évacuée et sauve, pour un moment du moins, une situation bien compromise.

Bientôt cependant, vers le moulin de Spanbrock, les mauvaises nouvelles s’accentuent. Nous en subissons le contrecoup et des unités d’attaque, cherchant à étendre le bénéfice de leur succès, se glissent dans des vallonnements, échappant à nos feux… La 12e compagnie s’appuyant à gauche de « la ferme tragique »qui tient bon pivote en arrière et à droite pour se souder le mieux possible aux débris de la 10e compagnie. Je me trouve dans cette partie la plus menacée, presque au milieu de groupes d’Allemands qui grossissent à vue d’œil. La nuit tombe. Le commandant et le capitaine P… se regardent avec angoisse et je comprends à leur hésitation, car ils hésitent généralement peu, que notre cas n’est pas brillant. Les coups de feu et les fantassins ennemis nous débordent de plus en plus. De proche en proche, le craquement redouté se produit, la ligne fléchit. Les isolés que nous avions encadrés tant bien que mal nous entraînent et, sans que personne ne l’ait ordonné, le repli s’effectue. Ce sont des choses incompréhensibles, mais irrésistibles… Nous nous multiplions pour ralentir et régler le recul… Des mitrailleuses nous ont vus et nous saisissent sous leur infernal claquement… On dirait qu’elles se rapprochent… Nous passons un mauvais quart d’heure… Grand désarroi. Obscurité complète. Aucune liaison à droite. Pas de nouvelles de la 11e compagnie ; on espère qu’elle a conservé sa position et que, par sa ténacité, elle garantit ainsi le flanc de notre division d’adoption. Si c’était vrai, notre mission de « liaison » serait remplie, malgré tout, puisque nous aurions « tenu » d’une part avec ceux  qui ont « tenu » et « fléchi » d’autre part avec ceux qui ont « fléchi ». C’est la situation la plus difficile que l’on peut imaginer pour un bataillon. Celle où il doit savoir s’étirer à l’extrême pour rejoindre les éléments dissociés, celle où repose sur lui la fortune des grandes unités. En réalité, il nous reste peu d’illusions: l’ennemi a enfoncé le front entre le moulin de Spanbrock et Wytschaete. S’il le veut et s’il a de l’audace, il exploitera son succès sans tarder. Par une bonne fortune inespérée, le courant de repli m’a amené, avec quelques hommes, dans une ligne de tranchées dont j’ignorais l’existence et qui n’est pas mauvaise du tout. La remontant, je pars en exploration vers ma droite et, au bout de trois ou quatre cents mètres, je tombe sur des fractions qui, comme nous, profitent de cette aubaine pour se réorganiser. Avec les officiers qui les commandent, nous échangeons de rapides impressions : ils ne sont pas encore revenus de leur émotion, tant la partie a été chaude. Ils reviennent encore moins de leur surprise en constatant  qu’ils ne sont pas poursuivis. Au total, on n’a perdu jusqu’ici qu’un millier de mètres de terrain et, si l’on parvient à se rétablir, on en aura été quitte pour la peur. Je dépêche un patrouilleur vers le commandant, pour qu’il prenne les dispositions pour faire occuper les quelques centaines de mètres de tranchée nous séparant de ces voisins…

Le lieutenant T… vient de faire savoir qu’il n’a pas lâché un pouce de terrain, et que sa situation est désespérée si on ne rétablit pas la ligne à sa hauteur. Il est à peu près complètement encerclé, ses munitions s’épuisent.»

 

Du côté des Allemands : 

Les combats à la lisière nord-ouest de Wytschaete.

Le 5 novembre le I.R. n° 21 bavarois, occupe des cantonnements à Comines pour passer en réserve de l'armée, tandis que son 3e bataillon subit encore de durs combats défensifs à la lisière ouest de Wytschaete.

Références bibliographiques :

 

Pour les Allemands :

Historique du I.R.  n° 17. Schick. München 1927.

Historique du I.R.  n° 18. Bayer. Kriegsarchiv. München 1926.

Historique du I.R. n° 126. Belser. Stuttgart 1929.

Historique du  I.R. n° 171. Stalling. Oldenburg 1927.

Historique du I.R. n° 172. Sporn. Zeulenroda 1934.

« R.I.R. Bavarois n° 20 ». Écrit en 1964 par l’association des anciens du K.B. R.I.R. n° 20. (306 pages). Ouvrage resté jusqu’à ce jour inédit provenant de la collection Herman Plote.


Tous ces historiques proviennent de la collection Herman Plote. Les traductions en français ont été réalisées par Herman Plote.

 

Pour les Français :

J.M.O. de la 33e brigade : Série 26 N 505/3.

J.M.O. de la 85e brigade : Série 26 N 26 N 520/10.

J.M.O. du 53e R.I. : Sous-série 26 N 644/5.

Tous ces J.M.O. sont consultables sur le site « S.G.A./Mémoire des hommes».

« Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon » de Henri René aux éditions Perrin et Cie. 1917.

Pour en savoir plus :

« En avant quand même ! Le 53e R.I. de Perpignan dans la tourmente de la 1ère guerre mondiale ». Livre de Renaud Martinez. Publier aux Éditions l’Agence. 2007.

Un très grand merci à M. Bordes, à  A. Carobbi, à P. Casanova, à J. Charraud, à J. Huret, à H. Plote, à M. Porcher ainsi qu’au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

 

24 septembre 2010

Ne les oublions pas trop vite...

                   Couture_34__115_et_149e

Les pertes dans le secteur d’Ypres (novembre/décembre 1914).

 

Voici un tableau contenant les noms des 260 officiers et hommes de troupe du 149e R.I.qui ont trouvé la mort dans le secteur d’Ypres. Il faut signaler que plus de 90 noms ne figurent pas dans l’état des pertes qui se trouve dans l’historique du régiment. Il doit encore rester quelques manquants…

Derrière chaque nom se cache une histoire individuelle. Combien de familles meurtries par le chagrin ? Combien d’attentes déçues par de vains espoirs de retour ?  Combien de talents gâchés par une mort trop rapide sur un champ de bataille fauchant tant d’hommes dans la fleur de l’âge ?… Avec ici une pensée particulière pour les nombreux « trentenaires » de la territoriale qui sont passés au 149e R.I. et qui figurent sur ce tableau… Ne les oublions pas trop vite…

                                           Tableau des tués dans le secteur d'Ypres 1914

                           Tableau des blessés et des disparus dans le secteur d'Ypres en 1914

                                                       Sépultures des tués en Belgique.

Comme pour beaucoup de Français tombés en Belgique, la proportion des sépultures individuelles est très faible lorsqu’elle est comparée au nombre de tués. Combien de corps ont pu être restitués aux familles après la guerre ? Le nombre reste encore inconnu.

 Quelques graphiques et brefs commentaires…

 

 

                   R_partition_par_date_de_d_c_s

 

La première quinzaine de novembre est de loin la plus meurtrière. Les pertes sont les plus élevées pour les journées du 5 et du 18 novembre 1914. Janvier 1915, des hommes décèdent encore des suites de leurs blessures dans les hôpitaux français après avoir été évacués de Belgique.

 

 

                   R_partition_par_bataillons_et_compagnies

 

Le 3e bataillon souffre le plus avec ces 10e, 11e et 12e compagnies … Du côté de Wytschaete où ces trois compagnies sont engagées, les combats sont particulièrement virulents. La 9e compagnie plus « ménagée » est restée en réserve quelque temps.

 

 

                   R_partition_par_classes

 

 

À la lecture de ce dernier tableau, nous constatons une très forte représentation des classes anciennes venues combler les pertes des semaines précédentes. La classe 1899 est de loin  celle qui paye le plus lourd tribut. Quelque temps auparavant, un nombre conséquent de territoriaux du 34e R.I.T. de Fontainebleau et du 115e R.I.T. de Marseille ont dû découdre les numéros des képis et les pattes de collets des vareuses pour les remplacer par ceux du 149e R.I.. Bon nombre d’entre eux ne les ont pas portés bien longtemps…

 

Sources :

Historique du régiment. Épinal. Imprimeries Klein. 1919.

Fichier des « morts pour la France » visible sur le site S.G.A./Mémoire des hommes.

Une liste des pertes provenant du S.H.A.T. a été consultée.

 

Un très grand merci  à  M. Bordes, à A. Carobbi, à J. Huret, à M. Porcher, au S.H.A.T. de Vincennes et à l’association Bretagne 14-18.

 

17 septembre 2010

Secteur sud-est d'Ypres, journée du 4 novembre 1914.

                  Section_mitrailleuses_du_3e_bataillon__1908_

Avec le 2e bataillon du 149e R.I.:

 

J.M.O. de la 33e brigade d’infanterie.

Le 90e R.I. et le 2e bataillon du 149e R.I., tiennent le canal en liaison avec le 10e B.C.P.(détachement Olleris) qui est arrêté à 150 m de la lisière ouest du parc du château d’Hollebeke.

 

J.M.O. du 90e régiment d’infanterie.

Le 4 novembre à l’ouest du canal, à hauteur du pont détruit, les chasseurs du 10e B.C.P.et le 53e R.I. qui sont soutenus par le 2e bataillon du 149e R.I. se portent à 19 h 00 à l’attaque du château de Hollebeke.

La 1ère section de mitrailleuses du 90e R.I.(sous-lieutenant Oudet) prend l’ennemi de flanc à travers le canal. Elle ouvre un feu meurtrier. La 4e section de la 4e compagnie (adjudant Biet) participe à l’assaut. Elle parvient à entrer, avec un bataillon du 53e R.I. jusqu’aux abords du château. Contre attaquées sur leur droite, nos troupes sont obligées de regagner leurs tranchées.

J.M.O. du 53e régiment d’infanterie.

7 h 20 : Les 2 bataillons du 53e R.I. (1er et 2e bataillons) et un bataillon du 80e R.I., reçoivent la mission de reprendre l’attaque sur le parc d’Hollebeke par le nord-ouest. Ils sont appuyés par le 10e B.C.P. dont les premiers éléments sont à une centaine de mètres. Le bataillon Saisset vient se placer en formation préparatoire d’attaque dans les bois qui sont à l’ouest de la cote 50, laquelle est à l’est d’Oosthoek.

Le bataillon du 80e R.I. (bataillon Marullas) se place entre le précédent et le bataillon Lermigeaux qui est à Oosthoek.

Le lieutenant-colonel installe son poste de commandement à Oosthoek.

9 h 25 : Le bataillon Marullas est repris au lieutenant-colonel qui ne dispose plus que de deux bataillons. L’opération doit surtout être une reconnaissance offensive plutôt qu’une attaque proprement dite.

13 h 00 : Une nouvelle organisation de la défense de Saint-Eloi est faite par le commandement, et le 3e bataillon reçoit l’ordre de venir se placer à la lisière nord de Saint-Eloi avec le 1er bataillon en réserve des 2 bataillons de chasseurs.

13 h 30 : L’ordre est donné au 1er bataillon de reprendre sa reconnaissance et d’attaquer si l’occasion se présente.

14 h 00 : La droite du secteur est violemment attaquée. Le 1er bataillon reçoit l’ordre de suspendre son mouvement de façon à rester disponible.

14 h 45 : Le groupe dont fait partie le 53e R.I. reçoit l’ordre de faire une contre-attaque dans la direction de la Kapellerie, de manière à arrêter l’offensive de l’ennemi. Ce dernier  réussit à se glisser entre la droite du secteur et la gauche du secteur voisin.

Le bataillon Dufor se porte par l’ouest de Saint-Eloi et appuiera ensuite sa gauche à la route Saint-Eloi-Wytschaete, direction générale Kapellerie. Deux compagnies du 80e R.I. suivront le bataillon Dufor en renfort.

Le bataillon Lermigeaux qui est à Oosthoek, se portera immédiatement à l’ouest de la route Saint-Eloi à l’écluse n° 8. Il prendra une formation préparatoire de combat face à la Kapellerie, puis passant à l’ouest de Saint-Eloi, il marchera dans les traces du bataillon Dufor. Le lieutenant-colonel marchera avec le bataillon Lermigeaux. Le bataillon Saisset viendra à Oosthoek.

Le mouvement se poursuit lentement sous le feu de l’artillerie, mais sans pertes sérieuses.

16 h 40 : Les 2 compagnies du 80e R.I. sont arrivées à hauteur des tranchées des B.C.P.. Elles les dépassent un peu pour se rendre compte des mouvements de l’attaque allemande qui semble céder devant le feu des mitrailleuses.

Le bataillon Dufor est derrière le 80e R.I.. Le bataillon Lermigeaux en arrière et à droite.

17 h 00 : La nuit arrive. L’attaque allemande est enrayée. Le bataillon Dufor reçoit l’ordre de rentrer à Voormezelle. Le bataillon Lermigeaux bivouaque sur place ainsi que le lieutenant- colonel.

 Casque_prussien__calque_Du côté des Allemands:

  

Historique du I.R. n° 171.

Le 4 novembre au soir, l’offensive est provisoirement suspendue. Son ordre est venu du haut, et ne sera repris qu’après avoir soumis, le 5 novembre, toute la position ennemie à un tir extrêmement violent d’artillerie.

 

Historique du l’I.R. n° 172.

Le régiment n’a pas participé aux tentatives d’attaque du 3 et du 4 novembre, car il faut attendre au sud de Klein-Zillebeke, l’arrivée à sa hauteur du voisin de droite. Au beau temps d’automne avait succédé la pluie, et souvent un brouillard très dense couvre le paysage. Les tranchées peu profondes se remplissent d’eau et de boue. L’hiver des Flandres s’annonçait. Nous tentons d’approfondir les tranchées, mais très vite la nappe souterraine est atteinte, et il n’y avait pas encore de sacs de sable.

 

Historique du I.R. n° 126.

?

 

Historique du I.R. n° 132.

Le régiment est toujours dans le bois d'Herenthage.

 

Casque_bavarois_mod_le_3__calque_Historique du I.R.  n° 17 bavarois. 

L’attaque sur Saint-Eloi se poursuit. Les trois bataillons sont en 1ère ligne le long de la route-digue. Le 3e bataillon avec son aile gauche sur la route Wambeke-Saint-Eloi. Les 2e et 1er bataillons sont à sa droite. En raison du brouillard, notre artillerie n’a pu tirer qu’à partir de midi. L’attaque est donc repoussée dans l’après-midi. Les lignes de tirailleurs, qui débouchent  à découvert, essuient, sous le tir violent d’obus légers ennemis des pertes si lourdes, qu’elles sont forcées de se replier sur leur ligne de départ.

Historique du I.R. n° 18 bavarois.

Après avoir mis à profit le 3 novembre 1914 le renforcement de la position, l’Hauptmann (capitaine) Kohlmüller a fait avancer le 4 novembre son 1er bataillon en 1ère ligne, jusqu’à Diependarlbeek, à la faveur du brouillard matinal. Les 2e et 3e bataillons ont suivi derrière le centre.

 

Avec le 3e bataillon du 149e R.I. :

.

J.M.O. de la 85e brigade d’infanterie.

À 2 h 30 une compagnie du génie du 16e C.A. arrive pour exécuter des travaux de défense. Elle ne peut rien faire étant donné le peu de temps qui reste avant le lever du jour et le manque de piquets pour placer le réseau de fil de fer.

                     De_la_Polka___la_ferme_Lagache

 

L’ordre  donné de reprendre l’attaque à 4 h du matin est différé par suite de brouillard épais. À 4 h 45, une vive fusillade engagée à gauche, du côté de la 32e division (80e R.I.) allume le feu d’infanterie sur toute la ligne jusqu’au jour. Les travaux cessent.

À 6 h 10 une violente canonnade commence. La crête du moulin de Spanbrock en arrière des tranchées et sur la position des unités de 2e ligne, et tout le plateau à l’ouest jusqu’à la route de Lindenhoëk à la Polka, est sans arrêt arrosée de projectiles. Les unités de la 2e ligne du 158e R.I. (2 compagnies) qui n’avaient pas eu le temps de se retrancher subissent des pertes sérieuses. Vers 10 h 00, l’ordre est donné au 3e bataillon du 149e R.I. qui est resté en réserve vers Kemmel, de  diriger 3 compagnies dans la direction de la ferme Lagache.

À la tombée de la nuit, une demande de renfort adressée par la 32e division qui se trouve à l’est de Wytschaete et dont les éléments se plient, est satisfaite par l’envoi de  2 puis 3 compagnies du 3e bataillon du 149e R.I..  À 22 h 00, une compagnie du 158e R.I. est encore  envoyée vers la halte de ? À 23 h 00 le colonel Hussement qui revenait de diriger cette dernière compagnie et qui était passé par les tranchées de son régiment, est blessé mortellement. L’E.M. cantonne  à Kemmel.

 

Du côté des Allemands:
 

Les combats à la lisière nord-ouest de Wytschaete.


 

Le 4 novembre, le R.I.R. n° 17 bavarois a pu repousser une contre-attaque française lancée sur les deux côtés de la route de Grootre Vierstraat. Celle-ci est précédée d’un violent bombardement de Wytschaete effectué par l'artillerie ennemie. La 4e D.I. bavaroise qui se bat plus à droite, lance de son côté une attaque en direction d'Ypres à 14 h 00. Le 8e de réserve doit s'y joindre en deuxième ligne, avec un échelonnement vers la gauche.

À 15 h 15, l'attaque se trouve enrayée devant le boqueteau situé au nord de Wytschaete. En ce même jour, le 2e bataillon du R.I.R. n° 17 tente par deux fois un assaut visant le bois au nord-ouest de Wytschaete, mais sans succès. Il y a subi de très lourdes pertes. Le 3e bataillon du R.I.R. n° 21 bavarois est également associé à ces affrontements sanglants. Vers le soir, on a attribué au 17e de réserve ainsi qu'au 3e bataillon du  R.I.R. n° 21 placé sous ses ordres, tout le glacis à l'ouest et au nord de Wytschaete. Ils doivent désormais le défendre. Le régiment a placé en première ligne ses 1er et 3e bataillons ainsi que le 3e bataillon du 21e de réserve. Le I.R. n° 22 bavarois est relevé par le 17e de réserve. Il se rend alors à Oosttaverne  et devient réserve du corps. Il faut absolument se maintenir dans Wytschaete conquis au terme de lourds sacrifices. Wytschaete est maintenant devenu un point d'appui indispensable au sein du dispositif allemand.

Le R.I.R. n° 21 (sans son 3e bataillon) s’est rendu, le 4 novembre au soir, à Oosttaverne, conformément à son rôle de réserve du IIe C.A. bavarois.

Au cours de l'attaque menée le 4 novembre par la 4e D.I. bavaroise au nord-est de Wytschaete, seuls des éléments du 2e B.C.P. bavarois qui se sont intercalés dans le front du R.I. n° 23 bavarois entre 300 et 400 mètres à l'est du "B 2-Wald", ont réussi à prendre le tiers septentrional de ce bois situé au N.N.E de Wytschaete. Ils ont pu progresser encore et atteindre la ferme isolée située plus en avant. Cela a permis d'avancer le front allemand jusqu'au fossé est de la grande route qui relie Messines à Ypres. Mais les assaillants ne peuvent pas remporter un franc succès. Ils sont contraints de franchir le plateau dénudé et en pente descendante vers le "B 2 -Wald". Leurs cinq ou six vagues successives, quoique bien étirées, ainsi que les réserves (y comprise celle du corps) suivent au battement des tambours. Elles deviennent immédiatement la cible privilégiée des mitrailleuses et des tirailleurs qui sont placés sur la lisière est du bois, ainsi que de l'artillerie ennemie positionnée à l'ouest de St. Eloi. Les assaillants doivent ainsi subir un tir de face comme de flanc.

 

Références bibliographiques :

Pour les Allemands :

Historique du I.R.  n° 17. Schick. München 1927.

Historique du I.R.  n° 18. Bayer. Kriegsarchiv. München 1926.

Historique du I.R. n° 171. Stalling. Oldenburg 1927.

Historique du I.R. n° 172. Sporn. Zeulenroda 1934.

« R.I.R. Bavarois n° 20 ». Écrit en 1964 par l’association des anciens du K.B. R.I.R. n° 20. (306 pages). Ouvrage resté jusqu’à ce jour inédit provenant de la collection Herman Plote.

Tous ces historiques proviennent de la collection Herman Plote. Les traductions en français ont été réalisées par Herman Plote.

 

Pour les Français :

J.M.O. de la 33e brigade : Série 26 N 505/3.

J.M.O. de la 85e brigade : Série 26 N 26 N 520/10.

J.M.O. du 53e R.I. : Sous-série 26 N 644/5.

J.M.O. du 90e R.I. : Sous-série 26 N 668/14.

Tous ces J.M.O. sont consultables sur le site « S.G.A./Mémoire des hommes».

 

Pour en savoir plus :

« En avant quand même ! Le 53e R.I. de Perpignan dans la tourmente de la 1ère guerre mondiale ». Livre de Renaud Martinez. Publier aux Éditions l’Agence. 2007.

Un très grand merci à M. Bordes, à  A. Carobbi, à J. Huret, à H. Plote, à M. Porcher ainsi qu’au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

12 septembre 2010

Capitaine Pierre Prétet (1881-1952)

                   Capitaine_Pierre_Pr_tet

 

Pierre Marie Prétet est né le 19 avril 1881 à Gray, commune de la Haute-Saône. Fils de Marie Ernest Prétet, militaire de carrière et de Marie Joséphine Noir. Il est bachelier es sciences et parle l’allemand couramment.

Sur les traces de son père, il commence une carrière militaire en 1902 en servant au 2e régiment de Zouaves. Il est nommé sous-lieutenant au 21e B.C.P en 1908. Deux ans plus tard, toujours au 21e B.C.P., il passe dans le grade de lieutenant. Il arrive au 149e R.I. en août 1912. Au début du conflit, fin août 1914, il commande une section de la 6e compagnie. Il gagne ses galons de capitaine à titre temporaire en septembre 1914, pour les conserver de manière définitive en mars 1915. Pierre Prétet a conquis son grade de capitaine et la croix de guerre sur le champ de bataille. Énergique et très brave, il a, pendant quelques mois, commandé au feu le 2e bataillon du 149e R.I. dans des conditions critiques. Cela, à partir de la fin septembre 1914, après la mort du commandant François jusqu'aux tous premiers mois de l'année 1915 en Artois.

Rejoignant le 31e B.C.P. en novembre 1915, il sert dans ce bataillon jusqu’en octobre 1917. À cette date, il retrouve le 21e B.C.P.. Blessé à Tahure, il est évacué et soigné à l’hôpital n° 226 de Paris. Il termine la guerre comme capitaine adjudant-major au 62e R.I.. De nouveau blessé au chemin des Dames en mai 1918, il est fait prisonnier et interné au camp de Limbourg.

Il se marie en 1919 avec Louise Louys.

Après la guerre, il poursuit sa carrière militaire pour y mettre un terme en 1939. Carrière qu’il termine avec le grade de lieutenant-colonel.

Pierre Marie Prétet décède à Nice en 1952.

 

Citation à l’ordre de l’armée : (Cette citation a été obtenue après les combats qui se sont déroulés dans le village de Souain.)

Journal officiel du 9 octobre 1914.

« Le 19 septembre 1914 a dégagé avec beaucoup d’habileté les rues et les maisons d’un village tenu par l’ennemi et a donné lui-même l’exemple du mépris du danger. »

Chevalier de la Légion d’honneur :

« Le 8 novembre 1914 a contribué puissamment à repousser une furieuse attaque de nuit par les ordres nets et précis donnés séance tenante par lui à son bataillon. »

Sources et référence bibliographique :

Dossier individuel consulté au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

« Mémorial de la Gloire, noms des braves promus dans l’ordre de la Légion d’honneur, médaillés militaires et cités à l’ordre de l’armée. » Ouvrage réalisé à partir des dates chronologiques de publication au Journal officiel.

 

Un très grand merci à M. Bordes, à C. Leclair, à J. Huret, à M. Porcher et au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

7 septembre 2010

Secteur sud-est d'Ypres, journée du 3 novembre 1914.

                   Section_de_mitrailleuses_du_2e_bataillon__ann_e_1909_  

  

Avec le 2e bataillon du 149e R.I.:
 

J.M.O. de la 85e brigade d’infanterie.

 

Le 3 novembre au matin le 2e bataillon du 149e R.I. part vers Dickebusch à la disposition du général commandant le 16e C.A..

 

J.M.O. de la 33e brigade d’infanterie.

 

Le  bataillon du 149e R.I. (capitaine Pretet, détachement Lanquetot) est mis à la disposition de la brigade. Il vient prendre position sur le canal en liaison avec le bataillon Lanes du 90e R.I..

 

Du côté des Allemands :

 
 

                    3_novembre_1914_2e_bataillon_du_149e_R

 

 

                                    Legende_1                  

 

Casque_prussien__calque_

 

 

 

Historique du I.R. n° 132.

 

Le régiment combat jusqu’au 5 novembre 1914 au soir, dans le bois d’Herenthage près de la route de Menin à Ypres. 

 

 

Historique du I.R. n° 126.

 

Casque_IAu soir du 3 novembre, les 1er et  3e bataillons partent de Zandvoorde. Ils sont conduits, par des guides du I.R. n° 5 bavarois, jusqu’aux positions tenues par ce régiment au nord du château de Hollebeke (Hollebeke est). Un renfort de 3 officiers, 2 aspirants, 20 sous-officiers et 300 hommes venu du dépôt est exclusivement dans le 1er bataillon. Il retrouve ses 4 compagnies, avec un effectif total de 8 officiers et environ 700 hommes. 

 

Historique du I.R. n° 99. 

 

?

 

Historique du I.R. n° 143. 

 

Le régiment se bat contre les Anglais dans le bois d’ Herenthage, sur la route Ypres-Menin, jusqu’au soir du 9 novembre (relève).

 

Historique du I.R. n° 171. 

 

Les 3 et 4 novembre 1914, les tentatives d’attaques se poursuivent sans aucun gain de terrain. Ce qui a été pris à l’aile gauche et au centre ne peut pas être conservé à cause d’un tir de flanc de la droite, de plus en plus meurtrier.

 

Historique du I.R. n° 172.

 

Le régiment n’a pas participé aux tentatives d’attaque du 3 et du 4 novembre. Il doit attendre au sud de Klein-Zillebeke l’arrivée à sa hauteur du voisin de droite. La pluie succède au beau temps d’automne. Un brouillard très dense couvre souvent le paysage. Les tranchées qui sont peu profondes se remplissent d’eau et de boue. L’hiver des Flandres s’annonçait. Nous tentons d’approfondir les tranchées. Très vite, la nappe souterraine est atteinte et il n’y avait pas encore de sacs de sable.

 

Historique du I.R. n° 105.

 

?

 

Historique du I.R. n° 136.

 

?

 

Les quatre régiments de la 4e D.I.

 

?

 

Avec le 3e bataillon du 149e R.I.:

 

Le 3e bataillon est en réserve à La Polka.

 

Pendant ce temps-là que se passe t-il dans le secteur ? 

 

À 12 h 00,  2 compagnies du 158e R.I. sous les ordres du capitaine Berger sont envoyées sur Kemmel à la disposition du général Mazelles commandant la 1ère division de cavalerie.

 

Le reste de la brigade (6 compagnies du 158e R.I., le 3e  bataillon du 149e R.I., plus le 3e B.C.P. (5 compagnies)) se met en mouvement sur Kemmel. Elle a pour mission d’attaquer dans la direction l’Enfer, la Garde-de-Dieu sans se laisser accrocher par les points d’appui de Messine et de Wytschaete.

 

L’attaque débouche à 14 h 00 de Kemmel, le 3e B.C.P. en tête et au sud de la route de Kemmel à Wytschaete. Le 158e R.I. à la gauche au nord de la route, le 3e bataillon du 149e R.I. en réserve à la Polka.

 

Dès la 1ère crête à 100 m à l’est de la Polka la ligne reçoit une violente canonade, elle progresse très lentement sur le plateau découvert et battu par l’artillerie ennemie. Elle ne peut atteindre qu’à la nuit la ligne de tranchées amies occupées par la cavalerie à pied.

 

Cette ligne s’étend à peu près du nord au sud en passant par le carrefour de Kruistraat. 3 compagnies du 3e B.C.P. et 2 compagnies du 158e R.I. s’installent dans ces tranchées après les avoir débarrassées des cadavres et blessés qui les encombrent. Les autres unités se placent en 2e ligne, sur la crête du moulin de Spanbrock. La nuit est employée à approfondir les tranchées et à commencer les boyaux de communication.

  

 

                   Journ_e_du_3_novembre_1914__3e_bataillon

                                                                     

                                      legende_2

 Extraits de l’ouvrage « Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon » de Henri René aux éditions Perrin et Cie. 1917.

« Le bataillon se rapproche de la ligne de feu le 3 dans l’après-midi. Nous restons quelques heures en soutien derrière l’avant-garde, dispersés, pour diminuer notre vulnérabilité. Nous sommes dans les champs, où les balles perdues arrivent innombrables et où le bombardement le plus violent laboure partout le sol autour de nous. Les renseignements du combat sont médiocres : nos lignes tiennent à grand-peine devant des attaques obstinées et, sur notre gauche, des troupes harassées, déployées depuis une semaine, donnent les signes de lassitude les plus inquiétants.

 

Les compartimentages  de ce champ de bataille sont mal délimités. Il est d’ailleurs préférable qu’il en soit ainsi, car l’idée de cloisonnement nuirait à celle de liaison ; aux confins de deux divisions, nous sommes ballottés de l’une à l’autre…

 

Nous échouons, à la nuit, près de la ferme Lagache, qui résiste miraculeusement aux explosions et sert de poste de commandement au colonel d’un régiment inconnu.

 

- Vous arrivez à point nommé, dit-il au commandant ; nous sommes à bout de résistance : vous pouvez être notre salut.

 

- Je ne demande, mon colonel qu’a employer mon bataillon, mais je n’ai pas reçu d’ordre aussi catégorique. Je suis en réserve, derrière le point de jonction des deux divisions, sans être retiré au commandement de mes chefs directs…

 

À ce moment, sur la crête qui nous masque, tintamarre d’une attaque de nuit : fusillade et crépitement de mitrailleuses. Une fois de plus, selon toute vraisemblance, beaucoup de bruit pour rien. Il n’en est pas moins vrai que c’est terriblement impressionnant. Il semble que le bruit se rapproche. La valse des fusées a l’air de se précipiter sur nous. Les obus labourent le ciel de grandes balafres lumineuses. Je vois comme si j’y étais, la forme de ce combat de nuit, toujours semblable à lui-même.

 

On s’énerve, on tire au hasard, on approvisionne les armes, on met la baïonnette au canon. On flotte de droite et de gauche, on ne fait rien de bon, on est à la merci d’un coup de main vigoureusement mené. Pourquoi, dans ces conditions, de telles opérations sont-elles généralement stériles ? Parce que l’assaillant est encore plus en méfiance que son adversaire : il craint tout, le fil de fer, les trous d’obus, les mitrailleuses qui se déclenchent à bout portant, les baïonnettes qui hérissent les parapets, les embuscades où l’on se prend comme au piège…

 

Survient un chef de bataillon, extraordinairement excité :

 

- Nous n’y tenons plus, la limite est atteinte… Si vous ne nous renforcez pas immédiatement, c’est la catastrophe…

 

- Vous entendez, commandant ? Je vous prends sous mes ordres. Allez vous installer avec votre bataillon, à cheval sur la route de Wytschaete, pour la tenir quoiqu’il arrive. Prenez le commandement du débris de mes troupes que vous trouverez encore. Votre mission est de toute première importance. Je rends compte à vos chefs que je dispose de vous. Je compte sur vos compagnies…

 

- Compris, répond le commandant Laure.

 

On s’enfonce aussitôt dans les ténèbres, et l’on gagne la crête réputée si meurtrière. Réorganiser des unités qui ont atteint la limite de leurs forces. Assumer la responsabilité d’un secteur de combat tourmenté. Sauvegarder la liaison de deux divisions qui s’ignorent et dont les missions ne semblent nullement concordantes, tout cela en pleine nuit, c’est plus facile à dire qu’à faire. Que d’émotions en perspective…

 

La compagnie du lieutenant T…, la 11e, prend les devants. Son objectif est à l’extrême saillant de la ligne, dans une ferme en ruine, où la terreur règne, nous dit-on, depuis huit jours. D’effroyables combats l’ont faite  baptiser la « ferme tragique », c’est tout  à fait encourageant pour nos camarades qui vont s’y enfermer ! Je me trouve à leur droite, avec le fidèle entourage du commandant : nous sommes tapis au coin d’une haie, dans un fossé de la route grossièrement aménagé en tranchées. Quelques survivants de nos prédécesseurs s’y trouvent, parmi beaucoup de blessés et  quelques cadavres. Ils me préviennent que la position est atroce, car, le jour, on est vu du clocher de Wytschaete. Les artilleurs ennemis y appliquent un tir d’une impitoyable et meurtrière précision. Toutes les unités du bataillon sont ainsi réparties aux endroits les plus mauvais et il n’y a rien à dire puisque notre mission est de boucher les trous. Je plains le commandant encore plus que nous, tant sa responsabilité est lourde.

 

Aussitôt placé, je vais « en liaison » à la « ferme tragique ». Je commence à être endurci, mais vraiment, je pense défaillir tant l’horreur y est grande ! Le guide qui me précède traverse au pas de course les vingt mètres de terrain découvert nous séparant des premiers murs…

 

Nous pénétrons dans les ruines, le lieutenant T… cherche à se reconnaître au milieu de son domaine. Il rassemble toute son énergie…

 

Vraiment, il en faut ici une trop haute dose ! Ce ne serait rien s’il n’y avait que des morts. C’est le spectacle des mourants qui est le plus atroce quand on ne dispose d’aucune ressource pour leur venir en aide.

 

La compagnie s’organise dans son enfer. Les débris lui servent de barricades. Les guetteurs fouillent l’obscurité, se demandant avec angoisse quel tableau le soleil leur montrera demain. A quelques mètres, les patrouilles ennemies vont et viennent, et des blessés qu’on ne peut ramasser gémissent entre elles et nous.Les prévisions pessimistes qui nous avaient accueillis, n’étaient qu’une faible image de la réalité, et nous pouvons en juger dès le lendemain matin.

 

Notre saillant est vu et battu de partout. L’ennemi nous terrorise avec du « 150 percutant » dont l’effet moral nous ébranle jusqu’à l’affolement pendant deux jours. Les « 105 fusants »nous accablent et plongent jusqu’au fond de nos trous leurs horribles éclats. En demi-cercle, des mitrailleuses sont braquées et cherchent à nous coucher dans des tombes où nous sommes descendus comme pour y attendre le coup fatal. La « ferme tragique »est littéralement écrasée, nul ne peut plus se permettre d’en approcher…

 

Sous la rafale, je vais porter au commandant un compte rendu de la situation ; à côté de son poste, vers le coin de la haie qui sert de repère au tir, un factionnaire est affaissé sur son arme, adossé contre un tronc d’arbre qui le retient en équilibre…J’ouvre la bouche pour l’invectiver et lui faire observer vertement que ce n’est pas l’heure de dormir… J’aperçois ses yeux vitreux où filtre un dernier rayon de vie, un mince filet de sang qui coule de son cou sur sa capote… Je retourne à mon trou, ramenant un infirmier pour soigner mes blessés… »

 

Du côté des Allemands: 

 

Casque_bavarois_de_r_serve__calque_Historique du R.I.R. n° 20 bavarois. 

 

La défense des R.I.R. n° 17, 21 et 22 bavarois contre les assauts ennemis dirigés sur Wytschaete: 

 

Le 3 novembre, la brigade Kiefhaber s'est décidée à ordonner une nouvelle attaque. Pour cela du R.I.R. n° 22 bavarois doit déboucher par surprise, dès 7 h 45 du matin, de Wytschaete et gagner le bois situé un peu à l'ouest du village. En raison de l'importance des forces ennemies qui sont en présence  et qui sont parfaitement soutenues par leur artillerie, les éléments bavarois engagés n'ont pas pu progresser.

 

Ils ont simplement réussi à repousser  les contre-attaques ennemies venant de ce côté-là. Au matin du 3, le R.I.R. n° 17 bavarois se rend de la Toreken-Ferme à Wytschaete. Il y a pour mission de prendre (il est en collaboration avec le R.I.R. n° 22 bavarois qui lui est engagé à sa droite), les boqueteaux situés de part et d'autre de la route à Groote Vierstraat.

 

À sa gauche, la liaison est assurée avec le 9e grenadiers de la 3e D.I prussienne. À 7 h 45 le 1er bataillon du 17e de réserve bavarois pénètre dans le bois. Il se heurte à une résistance solide et voit bientôt son élan se briser. En effet, la troupe engagée à sa droite s'est trouvée rapidement dans une situation très précaire. Elle n'a pas pu suivre. Il faut alors mettre le 2e bataillon du 17e de réserve bavarois à la disposition du 8e de réserve qui lui se bat au nord de Wytschaete.

 

Plusieurs compagnies du 3e bataillon du R.I.R. n° 17 qui sont tenues en réserve vont  renforcer le 1er bataillon qui est violemment pris à partie à l'intérieur du bois. En début de soirée, tout le régiment s'est trouvé engagé dans les affrontements. Le 17e de réserve est alors replié sur Wytschaete où il lui est attribué la partie ouest de la localité qu'il doit mettre en état de défense. Pour cela une compagnie du 9e grenadiers  fut placée sous ses ordres.


 

Dès 10 heures du matin, l'ennemi lance d’importants contingents  contre la lisière nord de Wytschaete. Cette attaque venant du nord a pu être repoussée par les 8e et 21e de réserve bavarois. Dès 6 heures du matin, du R.I.R. n° 21 (sans son 3e bataillon), est cédé pendant la nuit à la 5e brigade d'infanterie bavaroise qui a beaucoup de mal à se maintenir face aux attaques ennemies constamment renouvelées.

 

Ces dernières visent la lisière ouest de Wytschaete qui se trouve alors à la bordure opposée (est) de la localité. Vers 10 heures, le 2e bataillon du même 21e, accompagné par la section de mitrailleuses du régiment, a pu s'intercaler dans le front du 8e de réserve près du moulin à vent. Il se défend contre les attaques vigoureuses venant du nord-ouest. 
 

Le 1er  bataillon du 21e chargé de mettre en état de défense la lisière nord de Wytschaete, arrive à son tour pour contribuer à faire échouer les attaques ennemies. Il prolonge l'aile droite du front allemand avec deux de ses compagnies. Une brèche ouverte à droite en direction de du R.I.R. n° 5 bavarois, a pu être colmatée tant bien que mal dès 11 heures du matin, par le 2e bataillon du R.I.R. n° 17. Ce bataillon doit par ailleurs parvenir à atteindre les maisons les plus septentrionales de Wytschaete. Mais là il doit  s'immobiliser à cause d'un tir très vif d'armes légères en provenance du bois. Au soir, le R.I.R. n° 21 est retiré du front pour bivouaquer à l'est de Wytschaete.

L'engagement du R.I.R. n° 20 dans la journée du 3 novembre 1914:

À l'aube du 3 novembre, les trois bataillons de notre régiment ont été rassemblés près de L'Enfer. L'Oberstleutnant Götz, jusque-là commandant du 2e bataillon, vient de prendre le commandement du régiment. Son ancien bataillon est désormais sous les ordres de l'Oberst-leutnant Jägerhuber. Le régiment a pour mission d'empêcher une poussée française planifiée à partir de la lisière nord de Wytschaete et plus au nord-ouest. Mais dans le courant de la matinée, les unités de la brigade Kiefhaber engagées devant nous ont déjà réussi à rétablir la situation au moyen d'une contre-attaque. Notre régiment est donc dispensé et n’intervient pas à son tour. Le ciel ne nous est pas favorable, il pleut des cordes.

 

Tremblant de froid, les hommes du 20e sont accroupis dans leurs trous individuels et ils se posent des questions sur l'effet des obus qui explosent dans les alentours. Lorsque les nuages porteurs de pluie et le brouillard ont finalement disparu dans le courant de la matinée, le panorama du champ de bataille apparait dans toute sa réalité. Il n’y a que des prés, des haies, des champs de betteraves et des maisons étirées jusqu'à l'infini. Voilà les environs de cette localité qui s'appelait Wytschaete ! L'activité de l'artillerie des deux belligérants reprend et devient de plus en plus vive.

 

Le tir de shrapnels effectué par les Français s’avère particulièrement désagréable.

 

Suite à un ordre du régiment qui arrive à midi, notre 1er bataillon s'est placé le long de la route de Messines à Wytschaete. Derrière lui, les 2e et 3e bataillons sont prêts à s'élancer dans une attaque sur Wytschaete-est. On y soupçonnait alors l'ennemi d'avoir réussi une pénétration profonde dans la localité par le nord-est, en venant de la route d'Ypres. Nos 2e et 3e bataillons doivent se placer pour cela à l'est de la route de Wytschaete.

 

Ils sont proches d'une ferme isolée située au sud de la Torreken- Ferme dans laquelle s'était installé l'état- major de notre régiment.

 

Nos bataillons subissent un bombardement violent effectué par les pièces les plus modernes de l'artillerie française en ce temps (obusiers Rimailho de 155). Ils doivent entreprendre leur mouvement depuis L'Enfer vers le nord-est, donc vers la droite. Ils se trouvent sur un terrain entièrement sous contrôle de l'ennemi. Terrain sur lequel ils offrent en plus leur flanc. Cela s’avère très coûteux en vies humaines, dès l'instant où les hommes débouchent les uns après les autres de la tranchée qui jusque-là, leur avait permis de se couvrir.

 

Depuis bien longtemps déjà, un feu roulant ennemi est venu s'abattre sur le lieu de rassemblement de notre régiment. L'abondance des munitions pour artillerie dont dispose notre adversaire est alors confirmée. Tout simplement par le fait qu'en cet après-midi, un officier artilleur, parti seul en reconnaissance, est poursuivi longtemps par des obus ennemis lorsqu'il courait à travers champ, sur un terrain dégagé. Jamais notre artillerie n'aurait pu se permettre un tel gâchis !

 

Pendant que nos 2e et 3e bataillons restent en réserve. L'attaque du 1er est lancée dès 13 heures. Elle gagne du terrain de façon substantielle. Nous avançons par bonds successifs qui sont plutôt longs. Nous pénétrons dans la localité pour ensuite atteindre la colline située un peu plus à l'est. Les batteries du Res. F.A.R. n° 6 sont en position de tir sur un terrain plat à l'est de la route principale qui relie Messines à Wytschaete. Elles envoient des salves de six obus à la fois sur les lisières sud-est et est de Wytschaete.

 

Nous sommes soutenus par notre excellente artillerie de campagne qui a réussi à placer  plusieurs pièces directement derrière les rangs de nos fantassins. Il a été possible de combattre avec efficacité les nids de mitrailleuses établis dans les paquets de maisons. Mais nos pertes sont inévitables. Une grêle de balles s'abat sur les assaillants. Elles proviennent des rangées de maisons de la lisière est du village. Quelques heures seulement après le déclenchement de l'attaque, son objectif est déjà atteint. Mais à ce moment-là s'abat sur nous le feu d'une artillerie ennemie ultra lourde. Il s'agit de pièces de marine anglaise qui sont placées au Kemmel.

 

Elles envoient leurs marmites sur Wytschaete. Avec un hurlement terrible, celles-ci s'abattent sur la localité et projettent des pierres, du feu et du soufre un peu partout. Les tirs sont bien ajustés. Dans les rues nettoyées par  l'occupant ennemi nos réserves se bousculent derrière la troupe combattante, tout comme les fourgons et les autres voitures. Il s'y propage alors un chaos généralisé. Tandis que les obus éclatent toujours, la confusion devient omniprésente. De nombreux hommes perdent la tête et s'enfuient. Des chefs courageux, comme l’ Hauptmann de Landwehr Rentsch et le Leutnant de réserve Rudolph, parviennent finalement à endiguer ce mouvement de fuite qui a déjà pris des proportions inquiétantes en certains endroits.

 

Soudain, le bruit se propage que le drapeau de notre 1er bataillon a disparu. Son porte-drapeau, l'Unteroffizier Mundel de la 3e compagnie qui est sur le point de se soulager a transmis l'emblème pour quelques minutes à l'un des hommes qui l'accompagnent. À ce moment-là, il a seulement remarqué qu'un obus lourd vient d'éclater parmi son groupe. Le soldat qui avait la garde momentanée du drapeau gît mortellement blessé en bordure de la route d'Oosttaverne. Le drapeau lui-même reste introuvable. L'Unteroffizier Mundel court alors dans toutes les directions à sa recherche, en dépit de la canonnade qui est toujours vive.

 

Visiblement, cet ancien de l'active cherche la mort pour se laver de l'affront subi. Finalement, au bout d'une heure de vaines recherches, un blessé couché en bordure de route, lui indique la présence d'un tissu bleu-blanc ayant atterri dans un entonnoir d'obus. Tout en pleurant de joie, Mundel prend dans ses mains le drapeau perforé par de nombreux éclats et il jure en son for intérieur de ne plus jamais s'en séparer. Une fois sa respiration retrouvée, il se présente devant son chef de bataillon, le Major von Loefen, pour lui annoncer ceci: Porte-drapeau présent avec drapeau blessé ! - le Major von Loefen, adoré par ses volontaires de guerre, vient alors d'être blessé à son tour et il doit faire ses adieux à l'Unteroffizier avec ses mots: Porte-drapeau! Jusqu'à ce jour vous avez parfaitement pris soin de mon drapeau. Continuez à le faire encore pendant toute votre vie. Je reviens bientôt! 
 

En attendant, tout ordre de bataille avait été perdu. L'Offizierstellvertreter Walter a pris le commandement de la 4e compagnie à la place du Hauptmann Wex, lui aussi blessé. Là où il y a encore un gradé, les hommes des compagnies d'assaut se rassemblent autour de lui. Chacun doit maintenant mener sa guerre personnelle dans Wytschaete où chaque maison l’une après l'autre devient la proie des flammes.

 

La veille, elles étaient encore intactes et dans les pièces on avait pu trouver des repas fraichement préparés. Il y avait même du café encore chaud sur les tables. Signe que les habitants étaient partis dans la précipitation. Des soldats français et anglais toujours présents refusent de se rendre. Ils sont tout simplement enfumés dans ce brasier.

 

L'église et le moulin à vent de Wytschaete brûlent comme des torches. Ce dernier a joué un rôle prépondérant dans la défense de la localité. Des civils sont encore présents dans les caves où ils se cachent. Ils ont alors fait tourner maintes fois les ailes du moulin - toujours dans la direction où les troupes allemandes se rassemblent pour lancer une attaque, là où se trouvent nos réserves.  D’où le bon ajustement du tir de l'artillerie ennemie qui nous a infligé tant de pertes sévères. C’était alors facile à comprendre ! Dès l'instant où le moulin est immobilisé, cette situation change totalement.

 

Les hommes de notre 20e de réserve se fraient  un chemin à la baïonnette entre les maisons en feu qui s'écroulent les unes après les autres. Ils atteignent finalement la lisière est du village tout en se battant toujours, malgré les lourdes pertes subies. La troupe sans chefs est occupée à faire main basse sur une réserve de vin trouvée dans la cave d'une ferme. Soudain il lui parvient le message alarmant que « Franzmann » lance ses réserves dans une contre-attaque. Rendus fous par la soif, les hommes s’attaquent à des fûts bien remplis avec la hache-pique pour remplir rapidement leur bidon de ce liquide tant apprécié. Ils partent par paquets entiers en direction de l'ennemi dont les têtes faisaient déjà leur apparition sur le terrain. Très rapidement les premières maisons grouillent de soldats anglais et français, et le glacis en est parsemé à son tour.

 

Le tir de destruction qui est déclenché juste à temps par notre artillerie épargne aux défenseurs la mort ou la captivité.

 

Plus tard dans l'après-midi, des éléments d'un régiment de grenadiers de la 3e D.I. prussienne viennent à leur secours, la baïonnette au canon. L'issue de ce combat doit finalement pencher en notre faveur. L'ennemi a alors cherché son salut dans une fuite rapide.

 

Ainsi finit cette journée si agitée. À 18 h 00, nos 1er et 2e bataillons se rassemblent à l'est et à l'ouest de la petite route qui mène à la Torreken-Ferme. Nous nous attendons en effet, pour le lendemain matin à une reprise du tir dévastateur de l'artillerie ennemie.

 

Bien plus tard, nos combattants ont pu être ravitaillés par les cuisines roulantes d'une unité prussienne. Les nôtres restent toujours introuvables. Notre 3e bataillon a été désigné un peu plus tôt, pour constituer la réserve de l'armée à Oosttaverne. Après une nuit relativement calme, les deux autres bataillons partent à leur tour pour Oosttaverne le 4 novembre dès 7 h 45. Ils profitent alors du brouillard matinal et arrivent à destination à 8 h 45.

 

Ils doivent attendre d'autres instructions sur place. Les deux bataillons s’enterrent sur le lieu de leur rassemblement derrière la position déjà occupée par notre 3e bataillon. La position du 3e bataillon se trouve à l'est d'Oosttaverne et au nord-est de la route qui relie cette localité à Hollebeke.

 

Il fait alors front vers le nord-ouest. Le 2e bataillon se trouve à sa droite, échelonné en arrière, derrière les 3e et 1er bataillons, et il est tenu en deuxième ligne derrière le 3e.

 

Les quelques tranchées et trous d'avant-postes déjà présents sont alors renforcés afin d'être à peu près sécurisés contre les tirs de balles ennemies. En effet, on tire constamment sur nous depuis un boqueteau situé au nord de cette position. Ces tirs nous infligent des pertes. Nos patrouilles ont pu identifier des tireurs français. Il s'agissait sans doute d'hommes qui avaient perdu leur unité.

 

Ainsi est venue la quatrième nuit qu'il faut passer à l'air libre. Le temps de novembre est exécrable et il faut rester dans des tranchées bien provisoires et dans des trous individuels.

 

Le 5 novembre, notre régiment a de nouveau passé toute la journée en ce même lieu, toujours dans ses tranchées qu'on continuait de renforcer et d’approfondir.

 

Il se trouve, en effet, toujours en disponibilité, au service de la 25e D.I. prussienne qui faisait partie du "corps Gerock". Le tir d'armes légères en provenance du boqueteau précité devenait de plus en plus fréquent sans qu'on puisse y repérer l'ennemi avec une précision quelconque. Nos pertes étaient donc en constante augmentation. Une  balle trouvée sur le terrain se révélait être un projectile doum-doum, et certaines de nos patrouilles prétendaient même y avoir reconnu la présence de civils.

 

Au soir, notre 20e de réserve (sans son 2e bataillon) quitte les lieux pour prendre du repos en cantonnant à Comines. Fatigués à l’extrême par les énormes efforts accomplis, les hommes se sont alors écroulés sur place dès leur arrivée aux quartiers. La faim est oubliée, il faut seulement dormir, dormir et encore dormir !

 

Le 2e bataillon est désigné, suite à un ordre du colonel du R.I.R. n° 21 bavarois, pour accomplir la mission spéciale suivante :

 

« Le boqueteau au nord-est de Wytschaete se trouve toujours occupé par l'ennemi. Le bataillon prendra cette nuit possession de ce bois.» Cette désignation d'un objectif certainement très difficile à prendre a été accueillie par l'état-major du bataillon avec des sentiments plus que mitigés. En effet, la troupe est  insuffisamment instruite. Comment peut-elle attaquer et occuper au cinquième jour de son engagement au front, ce bois qui lui est totalement inconnu. Personne ne connait sa position exacte et sa constitution. Le terrain d'attaque est également inconnu en tous points. Et l'opération doit se faire sans préparation d'artillerie ni reconnaissance préalable !

 

Dès 19 heures, le bataillon s'est mis en mouvement en direction de Wytschaete pour s’approcher de son objectif. Il faut tout d'abord se mettre en contact avec le général commandant  la 5e brigade d'infanterie bavaroise.

 

Jusqu'à 22 heures, les recherches sont effectuées dans ce but, à l'intérieur de Wytschaete qui est entièrement démoli et incendié. Elles devaient rester vaines. Cela commence bien  pour nos hommes !

 

L'Oberstleutnant Jägerhuber qui commande notre 2e bataillon, déplace son unité qui attend la suite des évènements à la sortie est de Wytschaete, jusqu'au bois de Rondell au nord-ouest d'Oost-taverne. En effet, ce bois ne lui est pas inconnu. Il essaye de contacter au moins le chef du R.I.R. n° 5 bavarois. Avant de partir, chaque homme a reçu un fagot fabriqué par les pionniers. Ces fagots doivent servir à incendier le bois qu'il faut prendre d'assaut.

 

À l'arrivée du bataillon qui a trouvé son chemin à travers champs  grâce à la lueur des incendies, le 5e de réserve est sur le point d'être relevé par des troupes prussiennes. Dans leur largeur d'esprit, ces dernières ont alors hautainement repoussé l'aide offerte par notre bataillon. Ce dernier - bien soulagé par l'issue de l'affaire - est donc reparti pour Oosttaverne, Wambeke, puis Warneton, avec Comines pour destination. Il arrive le 6 novembre à 3 h 15 du matin. Immédiatement on lui a désigné des cantonnements sur place. Puis chacun suit l'exemple des camarades de nos deux autres bataillons. Il n’y a plus rien d'autre à faire que de dormir !

 

Références bibliographiques :

 

Pour les Allemands :

Historiques des régiments allemands suivants :

Historique du I.R. n° 126. Belser. Stuttgart 1929.

Historique du I.R. n° 132. Berlin 1931.

Historique du  I.R. n° 143. Bernard & Graefe. Berlin 1935/1938.

Historique du  I.R. n° 171. Stalling. Oldenburg 1927.

Historique du I.R. n° 172. Sporn. Zeulenroda 1934.

 

« R.I.R. Bavarois n° 20 ». Écrit en 1964 par l’association des anciens du K.B. R.I.R. n° 20. (306 pages). Ouvrage resté jusqu’à ce jour inédit provenant de la collection Herman Plote.

 

Tous ces historiques proviennent de la collection Herman. Plote. Les traductions en français ont été réalisées par Herman Plote.

 

Pour les Français :

J.M.O. du 16e C.A. : Série 26 N 158/1.

J.M.O. de la 33e brigade : Série 26 N 505/3.

J.M.O. de la 85e brigade : Série 26 N 26 N 520/10.

Tous ces J.M.O. sont consultables sur le « S.G.A./Mémoire des hommes».

« Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon », d’Henri René aux éditions Perrin (1917).

 

Un très grand merci à H. Plote pour les traductions des historiques allemands, ainsi qu’à M. Bordes, à  A. Carobbi, à J. Huret,, et à M. Porcher. De nouveau je viens remercier le Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes. 

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