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149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.

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29 décembre 2010

Derniers souffles de vie du capitaine Lescure.

                 Colonel_Menvielle

De  nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Une volée de bois vert pour la 4e compagnie ».

Le capitaine et les chefs de sections, en profitèrent pour observer ce qui se passait en avant. On entendait les obus éclater et on voyait les camions allemands qui roulaient sur la route nationale qui va de Nancy vers Paris. Pas très loin de nous, nous avions vu aussi le colonel Menvielle qui observait avec ses jumelles le mouvement des troupes allemandes. Nous étions fort déçus de ne pas entendre notre artillerie tirer sur ces camions, qui se dirigeait vers Paris sans être inquiétés, pas plus par nos canons que par nos mitrailleuses. Nous ne comprenions pas. Nous avons su plus tard que les officiers l’E.M. du C 2 d’artillerie avaient été tués à proximité d’un pont, sur lequel passait la voie ferrée qui conduisait au casernement du camp. Toute la journée, nous sommes restés dans le secteur en attendant les ordres. Le lendemain, nous nous dirigions vers le signal de Sompuis. Nous avancions lentement, prudemment et nous nous arrêtions même souvent, longeant les bosquets de pins pour ne pas être vus.

Le capitaine Lescure, cette fois à pied, vint trouver le capitaine Altairac. Ils parlèrent entre eux, étudièrent probablement la situation dans laquelle nous nous trouvions et décidèrent d’aller de l’avant. Chaque section prit la place désignée et les soldats se déployèrent en tirailleurs. Je fus surpris de voir le chef de bataillon Lescure venir se placer à ma droite et à quelques mètres de moi sur la même ligne. Il donna l’ordre d’avancer et partit en même temps que nous. Nous quittions alors le bosquet de pins derrière lequel nous étions placés pour arriver en terrain découvert.

                  Carte_journ_e_du_10_septembre_1914

 

Après avoir avancé d’une cinquantaine de mètres environ, l’artillerie allemande, qui nous a certainement aperçus tira sur nous et envoya des obus 77 fusants. Le premier éclata juste au-dessus de nous à une hauteur de 40 à 50 m et blessa grièvement le commandant. Quelques secondes après, arriva un deuxième fusant 77 qui éclatacomme le premier, juste au-dessus de nous et blessa mortellement le capitaine Lescure. Aussitôt, mes soldats se couchèrent sur le sol et reculèrent en rampant pour s’abriter et se cacher sous les pins où ils se trouvaient avant le départ. Les infirmiers accoururent pour panser le chef de bataillon, mais celui-ci était mort. Après l’explosion du deuxième obus, l’artillerie allemande cessa de tirer.  

Dès cette accalmie, nous avons cherché à regrouper les soldats de la compagnie, dispersés, cachés, couchés sous les pins. Nous avons trouvé plusieurs blessés dont le sergent-major Sibille, un réserviste qui avait la cuisse presque entièrement percée par une balle de shrapnel. Nous avons trouvé plusieurs tués, Vauthier de Fontenoy-le-Château, Lullier et d’autres dont je ne me rappelle plus les noms. Les infirmiers vinrent aussitôt nous aider à panser les blessures, puisque chaque soldat avait son paquet de pansement. Ceux utilisés étaient peu résistants. Ensuite, nous avons fait l’appel, section par section et aussitôt nous nous sommes mis à la recherche des absents. Après un long repos, et n’entendant plus le canon, le capitaine Altairac et le lieutenant Gérardin, décidèrent que nous allions continuer à marcher dans la direction prévue. Après cet arrêt provoqué par le tir de l’artillerie, les soldats de la compagnie avancèrent très prudemment, lentement, sans prononcer un seul mot. 

Ils s’arrêtèrent à l’endroit fixé. Les quatre sections se placèrent, la première face à l’est dans la sapinière, la deuxième face au sud, la troisième face à l’ouest et la quatrième, la mienne, face au nord-est, à la lisière du bosquet de pins. Tous les soldats étaient couchés, déployés en tirailleurs, observant bien le terrain devant eux, prêts à tirer au premier signal. Il commençait à faire nuit et le capitaine a recommandé de bien surveiller et de ne pas nous laisser surprendre par l’ennemi. Peu après, j’aperçois des ombres qui sortent d’un bosquet à quelques centaines de mètres de nous. Je préviens alors mes soldats de ne pas tirer car, je vais reconnaître quelle est cette patrouille. Je sors du bosquet et avec mes jumelles, je reconnais les chasseurs à pied. Je leur fais signe en agitant les bras. Dès qu’ils m’aperçoivent, ils viennent nous trouver et je les conduitsau capitaine. Il les interroge. Les soldats donnent des précisions, sur l’endroit où ils se trouvent, et disent qu’ils viennent se mettre en liaison avec nous. Ensuite ils vont retrouver leur bataillon. (A suivre...)

 

Sources :

Les J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 et du 158e R.I., sous-série 26 N 700/10  ont  été consultés  pour la construction de la carte.

Le portrait du colonel Menvielle provient du tableau d’honneur de la guerre 1914-1918, publié par la revue « illustration ».

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Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à G. Monne.

23 décembre 2010

Une "volée de bois vert" sur la 4e compagnie.

                  Une_vol_e_de_bois_vert

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Marches de nuit ».

 

Après plusieurs heures de marche et de nombreux arrêts, nos regards se dirigèrent dans le ciel vers l’est. C’est alors que nous aperçûmes des boules de fumée blanche ressemblant à de petits nuages blancs, à une cinquantaine de mètres de haut. Nous avons reconnu ces boules nuageuses lorsque les 77 allemands éclatèrent. 

Ceux-ci montraient que nous nous rapprochions des troupes allemandes et que bientôt le combat allait reprendre.

 

L’ordre fut alors donné à la troupe d’avancer le long des bosquets de pins et même de passer à l’intérieur afin d’éviter d’être aperçue de l’ennemi. Pour pénétrer dans ces sapinières nous passions entre les arbustes très serrés, nous les écartions avec nos épaules et notre sac à dos, ces pins très flexibles se courbaient sous notre pression et repartaient brusquement comme de gros ressorts en faisant tomber quantité d’aiguilles de pin dans le col de notre chemise, ce qui était très désagréable.

 

A un moment donné, le capitaine Lescure qui surveillait la marche des soldats, exigea que nous soyons alignés à travers les pins.

 

Cette exigence provoqua un incident entre lui et un soldat de la 2e compagnie qui éprouvait bien des difficultés pour circuler à travers ces bosquets, comme tous les autres soldats d’ailleurs. Après avoir cheminé ainsi pendant quelque temps, il y eut une halte, toujours à l’abri des pins. Il faisait chaud et nous avions tous soif. Les soldats furent autorisés à se rendre à l’unique source qui se trouvait pas très éloignée de nous. Mais il fallait se déplacer par petit groupes dispersés. Ils purent alors se désaltérer et rapporter un peu d’eau dans leurs bidons  pour en donner aux camarades restés sur place.

 

Après un long repos, nous avons repris la marche en avant. Nous nous arrêtions souvent. Nous ne parcourions que de petites distances car il fallait être prudents et éviter d’être vus et d’être attaqués par surprise.

  

                 De_la_ferme_d_Orgeval___la_cote_163

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De nouveau, nous entendîmes les éclatements des obus 77 allemands bien en avant de nous. Ce qui laissait prévoir des combats imminents. Le capitaine fit arrêter la compagnie, fit placer les soldats près d’un bosquet pour ne pas être vus et lut l’ordre du jour du Maréchal Joffre. Celui-ci fut écouté très attentivement et accueilli avec gravité, sans cependant trop nous émouvoir, car nous savions tous, qu’il fallait à tout prix arrêter l’envahisseur.

 

Le capitaine Altairac dit alors « Vous connaissez à nouveau votre devoir. Je compte sur vous pour le remplir. » La compagnie se remit ensuite en marche, s’arrêtant souvent et s’abritant le long du bosquet. Nous nous rapprochions du tir effectué par les batteries allemandes. Pour éviter les pertes qui pouvaient être produites par l’artillerie, le capitaine fit placer les quatre sections en forme de losange, distantes l’une de l’autre d’une cinquantaine de mètres.

La 1ère section en tête avec le capitaine Altairac, la 2e à droite, la 3e derrière la 1ère et la 4e à gauche de la 3e. Quand elles furent en place, on leur donna l’ordre d’avancer. A peine en route, le capitaine Lescure à cheval, vint  près de moi et me demanda ce que je faisais là ! Je lui répondis : «  J’exécute les ordres de mon capitaine. »

 

C’est alors que le capitaine Lescure, furieux, je ne sais pas pourquoi, prononça des menaces contre la 4ecompagnie, les gradés et les soldats. Il dit «  Compagnie de c…, compagnie de m…, vous y passerez tous nom de dieu. » Et aussitôt, il partit au galop de son cheval vers le capitaine Altairac. Une vive altercation se produisit entre les deux officiers. Ensuite, la compagnie continua sa marche et la journée fut assez calme. Au bout d’un certain temps, elle s’arrêta. (A suivre…) 

 

Références bibliographiques :

Le J.M.O. de la 85e brigade  Série 26 N 520/9 a été utilisé pour la construction de la carte.

 

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair et à G. Monne.

17 décembre 2010

Capitaine Adrien Lescure (1874-1914).

Adrien Lescure

Adrien Joseph Lescure est né le 27 février 1874 à Montauban. Fils de Jean Lescure et de Marie Jeanne Andrieux, il se marie à Castelsarrasin en 1910 avec Marie Grousset. Appelé comme jeune soldat de la classe 1894. Il est élève de la promotion de Tananarive (1895-1897) à l’école militaire de Saint-Cyr. Sous-lieutenant en 1897, il rejoint à sa sortie d’école, le 133e R.I à Belley. Obtenant le grade de lieutenant en 1899, il est muté au 144e R.I. qui se trouve à Bordeaux. En 1908, il suit les cours de l’école de tir du camp du Ruchard.  En 1910, il est en garnison à Blaye, petite ville girondine qui accueille un bataillon du 144e R.I.. Il est nommé capitaine au printemps 1912 au moment de son arrivée au 149e R.I..

Monument_aux_morts_Montauban_capitaine_Lescure Au début de la guerre, il est à la tête de la 1ère compagnie qui est sous les ordres du commandant Pierre de Sury d’Aspremont.Très rapidement,il prend le commandement du 1er bataillon après le décès du commandant de Sury d’Aspremont, qui est tué le 9 août 1914. Il conserve ce poste jusqu’à la date de sa mort, le 10 septembre 1914 vers 14 h 00, par suite de coup de feu à l’ennemi, à Vitry-le-François au camp de Mailly.

 Citation à l’ordre de l’armée :  

Cité à l’ordre n° 44 de la 10e armée en date du 11 janvier 1915.

 « A été mortellement blessé le 10 septembre 1914 à la tête de son bataillon au moment où il le conduisait à l’attaque d’une position ennemie très fortement garnie d’artillerie. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.  

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair, à la famille Adalbert, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

10 décembre 2010

Marches de nuit.

Le barbier

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Une escapade de Darnieulliens. » 

Dès que les sections furent prêtes, la compagnie se rendit vers ce bourg important. Elle occupa le cantonnement qui lui avait été préparé puis se reposa. La population vint causer avec les soldats. Les habitants posaient de nombreuses questions : De quelle région venez-vous ? Où avez-vous combattu ? Les combats avaient-ils été meurtriers ? A présent où allez-vous ? Naturellement nous ne le savions pas. Le lendemain fut utilisé pour les soins corporels, car tous nous avions grand besoin de nous nettoyer. Nous étions méconnaissables avec notre grande barbe hirsute qui n’avait pas été rasée depuis longtemps. Les rasoirs placés dans le sac de chacun ont été perdus lorsque nous les avons déposés pour charger à la baïonnette.

Montier-en-Der

Le jour suivant, toujours sous un très chaud soleil, les soldats partirent dans la campagne faire de l’exercice comme ils le faisaient lorsqu’ils étaient à la caserne. Déplacement en tirailleurs, avancer par bonds, se coucher, se relever. Ces exercices ne plaisaient guère à ceux qui les avaient exécutés au cours de la campagne, sous les tirs des fusils, des mitrailleuses et même de l’artillerie ennemie. Ils connaissaient aussi les mesures de prudence à utiliser. Tous furent déçus de faire ces exercices. La journée terminée, les soldats rejoignirent leur cantonnement et prirent le repas du soir. Vers 17 h 00, le capitaine fit venir les chefs de section et leur dit : « Je viens de recevoir l’ordre de rassembler la compagnie et de la tenir prête pour 19 h 00. Il faut que vos hommes soient prêts à partir. » 

 

Les chefs de section prévinrent aussitôt les soldats de préparer leur sac et leur demandèrent d’être prêts pour l’heure fixée.

 

Tous, très fatigués par les exercices, furent surpris de ce départ précipité et avant la nuit. Beaucoup espéraient se reposer après les exercices exécutés au cours de la matinée.

 

Le régiment se déplaçait surtout la nuit pour que les colonnes de soldats ne puissent être vues, évitant d’être attaquées par les avions qui n’étaient pourtant pas nombreux à cette époque.

 

A l’heure prescrite, les hommes furent rassemblés dans leur section et la 4e compagnie partit après s’être placée derrière la 2e compagnie.

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                 De_Saint_L_ger_sous_Margerie___la_ferme_d_Orgeval
 

Nous quittions Montier-en-Der pour traverser la Champagne. La nuit ne tarda pas à venir. Au cours de ce déplacement un grand silence régnait et on entendait seulement le bruit des pas produit par les chaussures cloutées qui crissaient sur les cailloux de la chaussée. De temps à autre, nous voyions quelques maisons en bordure de la route, mais nous n’apercevions pas la moindre lumière.

 

Toute la nuit nous avons marché comme des automates pendant 2 où 3 jours. A un moment, au lever du jour, nous avancions en suivant un chemin qui passe au milieu des champs. Nous nous sommes arrêtés à un endroit où sont déposés des tas de cailloux que nous avons utilisés pour nous asseoir. (A suivre...)

 

Sources :

 

Le J.M.O. de la 85e brigade  Série 26 N 520/9 a été utilisé pour la construction de la carte.

 

La photo illustrant le montage intitulé « Le barbier » provient de ma collection personnelle. Elle est postérieure à septembre 1914.

Site « les Français à Verdun 1916. »

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Un grand merci à M. Bordes, à C. Fombaron, à J. Huret et à G. Monne. 

6 décembre 2010

Livre d'or de la banque privée.

Livre_d_or_de_la_banque_priv_eAlbert Garbil : Né le 22 décembre 1884 à Villefranche-sur-Saône, ville située dans le département du Rhône. Il est le fils de Stanislas Garbil et de Béatrix Perret et l’époux de Suzanne Valude. Il exerce la profession d’employé de banque au service du portefeuille, qui siège à Paris. Lorsque la guerre éclate, il vit dans le 5e arrondissement. Il rejoint son régiment au dépôt d’Épinal. Albert Garbil trouve la mort en servant dans la 6e compagnie du 149eR.I. le 26 septembre 1914 dans le secteur de Souain.

Référence bibliographique :

Livre d’or de la banque privée.

Un grand merci à P. Baude.

1 décembre 2010

Une escapade de Darnieulliens.

126940847[1]

De nouveau un très grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage de Paul Monne intitulé « En route pour Souain avec la 4e compagnie. »

                  De_Aydoilles___Darnieulles

Des civils, ayant appris à la suite d’indiscrétions que le 149eR.I. venait à Darnieulles, pour embarquer et partir vers une direction inconnue, étaient venus voir les leurs, parents ou amis. Certains étaient même venus de Passavant (70). Beaucoup furent très déçus et bien désolés de ne pas trouver ceux qu’ils espéraient voir. Leur absence laissait supposer qu’ils avaient été faits prisonniers ou tués au cours des violents combats qui avaient eu lieu dès le début du mois d’août.

Les soldats attendirent donc patiemment, ignorant la destination qu’on allait leur faire prendre. Quelques-uns de Darnieulles, malgré la surveillance exercée par les sentinelles réussirent à aller voir leur famille.

 

A la fin de la journée et un peu avant la nuit, une locomotive toute fumante, tirant de nombreux wagons de marchandises arriva en gare et s’arrêta au signal du chef de gare.  

 

59523275_p[1]

 

Aussitôt les officiers rassemblèrent leur compagnie et les chefs de sections en tête de la leur faisaient monter leurs hommes dans les wagons qui leur étaient désignés.

 

Sur ces wagons, il y avait les inscriptions : 40 hommes, 8 chevaux. Il n’y avait aucune aisance, pas de bancs pour s’asseoir. Les soldats furent entassés, assis sur le plancher, serrés les uns contre les autres comme des harengs.

 

Au bout d’un long moment, quand tous furent installés le train démarra et roula directement vers le lieu qui lui avait été fixé. Il ne s’arrêtait pas dans les gares. Celles-ci d’ailleurs n’avaient qu’une petite lumière, les carreaux avaient été peints de peinture bleue très légère.

 

Après un long moment pourtant il s’arrêta en rase campagne. Aussitôt les soldats cherchèrent à savoir où ils se trouvaient. Il faisait nuit, on ne voyait rien, pas même un petit point lumineux. C’était l’obscurité complète. On n’entendait pas le moindre bruit. C’était un grand silence. Quelques soldats profitèrent de cet arrêt pour satisfaire un besoin naturel, mais en ayant soin de rester sur le marchepied du wagon de crainte que le train ne se remette en marche et ne les laisse en ce lieu inconnu. Que cette nuit parut longue ! Comme je le dis plus haut, tous appuyés les uns contre les autres, si inconfortablement qu’il était impossible de dormir, ils sommeillaient un peu de temps à autre et c’était tout le repos qu’ils avaient.

 

Après avoir roulé longtemps, l’obscurité de la nuit fit place au jour naissant. Le train s’arrêta alors en rase campagne. Aussitôt les soldats cherchèrent à connaître le nom du pays qu’on apercevait. L’arrêt se prolongea, et quelques soldats osèrent descendre pour se dégourdir les jambes. Les officiers descendirent également. Et avec un peu de surprise, après environ une demi-heure d’arrêt, l’ordre fut donné de descendre du train et de se regrouper par section. On nous précisa que nous allions cantonner dans le bourg que nous apercevions et qui s’appelle Montdier-en-Der. (A suivre...)

 

Un grand merci à M. Bordes, à R. Neff et à G. Monne.

23 novembre 2010

Philippe Altairac (1879-1961).

                 Capitaine_Philippe_Altairac

Philippe Altairac est né le 13 avril 1879 à Paris. Fils de Jean Marie Altairac et de Julie Chatelet. Élève au lycée Buffon puis au lycée Janson de Sailly. Il se marie en 1909 avec Anna Parent. Engagé volontaire, il signe à la mairie de Versailles un contrat de trois ans avec l’armée en 1897. Élève à l’école militaire de Saint-Cyr, il fait partie de la promotion de Bourbaki (1897-1899). Très bon escrimeur, il maitrise parfaitement la langue de Shakespeare. 

Sous-lieutenant à la fin de l’année  1899. À sa sortie d’école, il rejoint le 103e R.I. qui se trouve dans la ville d’Alençon. Philippe Altairac est promu lieutenant en 1901. Après avoir passé plusieurs années au 103e R.I., il est muté au 13e R.I. à Nevers en 1911. Il arrive, fin septembre 1913 au 149e R.I. fraichement émoulu dans ses fonctions de capitaine. 

La 4e compagnie est sous ses ordres au début du conflit. Cette compagnie est commandée par le commandant Pierre de Sury d’Aspremont, responsable du 1er bataillon.

Philippe Altairac est grièvement blessé à la tête de sa compagnie, le 3 mars 1915 pendant une contre-attaque devant Noulette. Suite à sa blessure, ne pouvant plus retourner au front, il devient instructeur pour les jeunes soldats de la classe 1917. Après la guerre, il poursuit sa carrière militaire pour la terminer en 1937 avec le grade de lieutenant-colonel. Philippe Altairac décède en 1961 à Saint-Mandé.  

 

Le 25 mars 1915, il est fait chevalier de la Légion d’honneur et obtient quelques jours plus tard, une citation à l’ordre de l’armée.

Ordre n° 727 du général commandant en chef du 31 mars 1915.

« Le 3 mars 1915, lors d’une attaque allemande sur les tranchées de première ligne, a été blessé en entraînant sa compagnie dans l’exécution d’une contre-attaque, sous un feu de mitrailleuses très violent et ajusté. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de l’Armée de terre de Vincennes.

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair, à J. Huret, à M. Porcher et au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.  

17 novembre 2010

En route pour Souain avec la 4e compagnie...

                 Montage_Paul_Monne__Souain_

De nouveau un très grand merci au docteur Gilbert Monne pour son autorisation de publier sur le blog du 149eR.I. ce texte inédit qui a été écrit par son père, le sergent Paul Monne.

À la fin du mois d’août 1914 (je ne me rappelle plus la date exacte) après la victorieuse bataille au col de la Chipotte, la 4e compagnie du 149e R.I. se regroupera à Saint-Benoît (Vosges).

Nous y sommes restés un jour et une nuit. Le lendemain, nous partions vers Rambervillers.

 

Tout le long du parcours, nous avons rencontré beaucoup d’autres soldats du 21e C.A. qui allaient, eux aussi, dans la même direction. Ils étaient également très nombreux dans la campagne et marchaient à travers champs et prairies.

 

Dès notre arrivée à Rambervillers, nous avons occupé, le parc du château Sainte-Lucie qui se trouve sur la route de Roville-aux-Chênes. Nous avions l’ordre de surveiller dans la direction de Baccarat et de creuser des tranchées le long du pourtour du parc. Après un séjour de plusieurs jours assez calme d’ailleurs puisqu’il est seulement tombé quelques obus allemands sur la ville, nous étions relevés.

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                 Carte_Saint_Beno_t_Saint_Gorgon

 

Nous avons changé de cantonnement, mais en restant à Rambervillers. Dès notre arrivée, nous accueillions un important renfort de soldats. Ils venaient combler les vides causés par les lourdes pertes subies depuis le violent combat d’Abreschviller. Dans le même temps, nous avons reçu un très important ravitaillement alimentaire, car les réserves étaient épuisées.

 

Le capitaine Altairac m’a remis un bon pour réquisitionner du vin chez un grossiste. Si mes souvenirs sont exacts, ce commerçant se trouvait sur la rue de la gare et se nommait Grandcolas. Tout ce ravitaillement fut très bien accueilli et le quart de vin très apprécié par tous les soldats.

 

Après un repos de quelques jours, nous sommes partis à Saint-Gorgon où nous sommes restés seulement un jour et une nuit. 

 

Le lendemain matin, de très bonne heure, nous reprenions la direction d’Épinal. Nous nous sommes arrêtés à Girecourt-sur-Durbion où nous avons cantonné. La compagnie a couché sur de la paille, dans une grange d’agriculteur, le capitaine Altairac avec ses soldats. Par crainte d’alerte, il était expressément défendu d’enlever ses chaussures. Nous ignorions ce qui se passait et nous nous demandions où on nous conduisait.

 

Le lendemain, dès l’aube, nous nous dirigions vers Aydoilles, puis Deyvillers, Jeuxey, Saut-le-Cerf, Golbey et enfin la gare de Darnieulles, terme de notre voyage à pied. Que de souvenirs nous rappelaient ces villages traversés. Les ponts du canal et de la Moselle où nous étions venus si souvent faire la corvée de lavage en temps de paix. Aussitôt, les soldats occupèrent le terrain qui se trouvait à proximité et y restèrent toute la journée se reposant sous le soleil bienfaisant. (A suivre…)

 

Un grand merci  à M. Bordes, à G. Monne et à M. Masson. 

11 novembre 2010

Une rage de dents au 149e R.I..

Dentiste_4Je remercie le docteur Sylvie Augier qui m’autorise à utiliser de larges extraits de sa thèse consacrée aux chirurgiens-dentistes français pendant la 1ère guerre mondiale. Les passages de son travail qui pourront être lus ici accompagnent trois clichés représentant des dentistes en situation d’exercice professionnel. Une chaleureuse poignée de main à Stéphan Agosto pour la réalisation du dessin qui accompagne ce thème. Dessin qui permet de faire la transition entre le 149e R.I.et le sujet abordé.

Les dures épreuves de la guerre font du soldat, un homme qui peut être très rapidement exténué. Il est souvent sujet à de nombreuses infections. Au début de la guerre, l’équipement en matière d’hygiène est plus que rudimentaire. Par contre, il va de soi que tout deuxième classe, digne de ce nom, ne se débarrasse pas de sa brosse à habits, de sa brosse à chaussures et de son cirage ! L’hygiène dentaire des hommes de troupe est quasi inexistante. De ce fait, les maux de dents se font rapidement sentir.  De plus, ils sont régulièrement victimes, surtout au début de la guerre (avant le port du casque), de blessures de la face et des maxillaires. Au début du conflit, le service dentaire n’existe pas. La demande de soins est telle que seuls les chirurgiens-dentistes appelés comme simples soldats ou comme infirmiers peuvent soulager leurs camarades avec le matériel dont ils disposent. Il faudra attendre 1916 pour que le corps des dentistes militaires soit créé et pour, que s’organisent les services dentaires et stomatologiques…

Avant la déclaration de guerre, l’utilisation des chirurgiens-dentistes n’avait pas été prévue du point de vue militaire. Il n’existait que quelques cliniques régimentaires et hospitalières, créées à la suite des circulaires de Charon datant du 10 octobre 1907. Ces circulaires « préconisent l’inspection dentaire des militaires, l’établissement de fiches dentaires et le traitement de la bouche et des dents du régiment. » Le rôle et les attributions du dentiste à l’armée ne sont d’ailleurs pas définis. Aucune hiérarchie n’est établie pour diriger et coordonner les services que l’on tente de créer.

L’hygiène buccale est médiocre, voire inconnue. Un dentiste se plaint en 1916 de la proportion effrayante d’hommes qui ne prennent aucun soin de leurs dents. En province, on peut affirmer qu’environ 90 % de la population ignore l’usage de la brosse à dents. Pourtant,  quelques années plus tôt, un médecin inspecteur général, un précurseur presque révolutionnaire, avait émis l’idée audacieuse pour l’époque que chaque soldat pût toucher une brosse à dents à son arrivée au corps. Sa demande ne fut pas inutile puisqu’une poche de son havresac fut prévue pour recevoir le précieux objet… qui ne fut jamais distribué !

L’hygiène lamentable ajoutée aux nombreux séjours prolongés dans les tranchées réveille de nombreuses douleurs dentaires. Beaucoup de causes sont à l’origine de troubles sérieux du tube digestif, de lésions dentaires et buccales. Parmi elles, il faut retenir, l’alimentation trop carnée, la sédentarité qui empêche les soins d’hygiène et de manière plus générale, la mauvaise assimilation qui constitue une moindre résistance aux agents infectieux qui se localisent dans la bouche.

Dentiste_1Le besoin de soins est tel que, dans certaines formations dépourvues de dentiste, un simple infirmier extrait les dents, à l’aide d’un davier démodé, pour soulager ses camarades. L’installation est précaire. Un fauteuil et quelques sièges, une brouette renversée recouverte d’une serviette, deux fascines et une haie comme paravents… Le cabinet dentaire est installé ! Cependant, l’organisation commence à apparaître. Les dentistes eux-mêmes participent financièrement à la mise en place d’une structure. L’État ne possède en effet que de la boite de stomatologie n° 6 qui se trouve dans chaque ambulance. Les actions individuelles démontrent la volonté, le dévouement ainsi que l’ingéniosité des dentistes qui ont de la chance d’être affectés logiquement dans leur spécialité, même s’ils demeurent simples soldats ou sous-officiers. Le matériel souvent fort restreint de ces praticiens du front avancé ne leur permet de donner, au début, que les soins urgents. Ils ne possèdent que quelques instruments personnels, faciles à transporter rapidement. Peu à peu, la nécessité et l’expérience aidant, ils arrivent à appliquer dans de nombreux cas le traitement conservateur.

Pour faire face aux demandes stomatologistes et dentaires, les dentistes devancèrent très souvent les lois et les décrets, heureusement pour les soldats.

Naissance du dentiste militaire :

La guerre des tranchées démontre chaque jour l’incontestable utilité des dentistes. Dans chaque formation, ils apportent un concours bénévole avec le plus grand dévouement et la plus grande émulation. Mais n’est-il pas surprenant qu’il ait fallu cette terrible guerre pour que l’armée se décide enfin à accorder aux chirurgiens-dentistes la place légitime qui leur est due dans le personnel du service de santé ? Une importante réforme en 1916 a pu être accomplie. Quand le décret du 26 février 1916 crée le corps des dentistes militaires, il apparaît les postes dentaires des groupes de brancardiers de corps d’armée et de division.

Rôle du dentiste militaire :

Son rôle est double : il est militaire et technique. Les dentistes militaires doivent toujours faciliter l’œuvre du commandement. Ils sont Dentiste_2destinés à traiter les mâchoires des blessés et à maintenir le taux d’effectifs. Ils soignent les dents ou les remplacent s’il y a lieu afin de permettre aux combattants d’assimiler leur ration. Ils doivent récupérer, pour les effectifs du front, un grand nombre d’édentés rendus inaptes. Ils doivent soulager la souffrance par tous les moyens qui sont à leur disposition. Leur action en ce sens, est facilitée par l’organisation du service dentaire et, de ce fait, peut s’élargir et s’améliorer. De nombreux officiers et soldats, grâce aux soins des dentistes, peuvent trouver un soulagement immédiat pour des douleurs qui les auraient tenus éloignés plus ou moins longtemps de leur poste.

Évolution du statut de dentiste militaire :

Tout soldat peut accéder au grade de sous-officier et d’officier par sa bravoure, sa conduite ou son dévouement. Cette règle générale n’est cependant pas valable pour le chirurgien dentiste, quelle que soit sa valeur professionnelle. Pourtant, il court exactement les mêmes dangers que les médecins auxiliaires et les aides-majors. Il est à la peine sans être à l’honneur. Aussi, de nombreuses propositions sont faites pour essayer de mettre en place une hiérarchie dans le service dentaire qui serait comparable à celle du reste du service médical. Le 8 octobre 1918, un projet de loi est voté. Le grade d’officier dentiste est validé. Après un court débat, les parlementaires auront reconnu unanimement les indéniables services rendus à la défense nationale par cette profession. Après les difficultés qu’il a fallu vaincre, le dentiste, simple soldat en 1914, dentiste militaire adjudant en 1916, acquiert enfin la possibilité de devenir officier à la fin du conflit.

Dentiste_3Sources bibliographiques :

« Les chirurgiens-dentistes français aux armées pendant la première guerre mondiale (1914-1918) Organisation d’un service dentaire et stomatologie. Thèse pour le doctorat d’État de docteur en chirurgie dentaire réalisée par Sylvie Augier. Année 1986.

Pour en savoir plus :

«Larousse médical illustré de guerre» par  Galtier-Boissière. Librairie Larousse, Paris 1917. Pages 71-72.

«La direction du service de santé en campagne» de Toussaint. 1915.

«Chirurgie réparatrice maxillo-faciale, autoplasties, prothèse, restauration» par M. Virenque. Librairie Maloine. Paris 1940.

«Les centres d’édentés durant la guerre 1914-1918» de J. Chambenoit. Thèse pour le doctorat d’État de chirurgien-dentiste. Paris 1973.

Un grand merci à Sylvie Augier et à Stéphan Agosto.

5 novembre 2010

Secteur sud-est d'Ypres, journée du 9 novembre 1914.

             Carte_journ_e_du_9_novembre_1914

                                 L_gende_carte_de_la_journ_e_du_9_novembre_1914

 Avec le 2e bataillon du 149e R.I. :

 Le groupement Vidal se trouve dans le secteur depuis la veille. Il est composé pour l’infanterie des unités suivantes :

 

2 bataillons du 32e R.I..

2 bataillons du 160e R.I..

2 bataillons du 81e R.I..

1 bataillon du 122e R.I..

J.M.O. de la 33e brigade d’infanterie.

L’ordre pour le 9 novembre prescrit de prendre l’offensive dans la direction de Klein-Zillebeke. Mais l’offensive du secteur de droite ne peut repérer les Allemands au-delà du canal. Elle ne réussit pas à rétablir notre liaison face au front d’Hollebeke et dans le bois triangulaire, dans l’angle, entre le canal et la voie ferrée.

La répartition des troupes dans le secteur est faite de la façon suivante.

Secteur de droite :

Commandant du secteur : colonel Aubert du 81e R.I..

Il dispose de :

2 bataillons du 90e R.I. : 850 hommes.

1 bataillon du 149e R.I. : 700 hommes  (2e bataillon).

1 bataillon du 122e R.I. : 800 hommes.

1 bataillon du 81e R.I. : 800 hommes.

Ce secteur s’étend, depuis le long du canal de l’écluse n° 7 bis inclus jusqu’à la voie ferrée incluse en liaison à droite avec le groupement Alexis.

Secteur de gauche :

Commandant du secteur : lieutenant-colonel Michel du 53e R.I.. Il dispose de :

12 compagnies du 53e R.I..

2 bataillons du 68e R.I. : 500 hommes.

1 bataillon du 268e R.I. : 230 hommes.

Ce secteur s’étend de la voie ferrée exclue à la droite anglaise.

Réserve générale : 1 bataillon du 81e R.I..

J.M.O. du 53e régiment d’infanterie.

5 h 30 : L’attaque ne progresse pas, mais toutes les positions sont maintenues.

J.M.O. du 81e régiment d’infanterie.

1er et 3e bataillons du 81e R.I. :

 Le secteur de défense affecté au 81e R.I. qui va du canal sur l’Yser à la voie ferrée, est tenu par les 1er et 3e bataillons du 81e R.I., par le 2e bataillon du 122e R.I., par deux bataillons du 90e R.I. et un bataillon du 149e R.I.. Le groupement doit profiter de toutes les occasions pour chercher à  progresser dans la direction de Klein-Zillebeke. Il ne doit pas nuire à la relève de 1ère ligne. Les bataillons doivent travailler à rendre le front inviolable et à améliorer la 2e ligne. Le front est divisé en trois secteurs. Le P.C. du colonel est à la ferme Blauwe-Poort.

Du côté des Allemands :

 

Historique de l’I.R. 105.

Une section de la 3e compagnie est engagée pour couvrir le flanc du 3e bataillon qui est lui-même engagé à l’aile gauche, tandis que le reste de la 1ère compagnie occupe une brèche entre les 2e et 3e bataillons. Les 2/3 restant de la 3e  compagnie s’enterrent comme réserve du régiment au versant est du talus de la voie ferrée, à peu près à hauteur du grand virage du canal. Au soir arrive l’ordre de restituer l’I.R. 105 à la 30e D.I..  Il occupe un secteur dont l’aile droite s’appuie au coin sud du bois au sud de Verbranden-Molen. Son aile gauche au virage du canal. Au début de la nuit, la 2e compagnie, le 2e bataillon et 1/3 de la 1ère compagnie sont relevés par l’I.R.99. L’effectif de combat de l’I.R.105 est encore de 15 officiers, de 15 aspirants et de 1200 hommes de troupe.

Historique de l’I.R. 126.

Après avoir reçu de nouveaux renforts, le corps combiné Plettenberg (XVe C.A., 2e D.I. de la garde et 4e D.I.) constitue le groupe von Linsingen. Le groupe von Fabeck (avec les bavarois)  reçoit l’ordre de poursuivre l’attaque à l’ouest du canal de l’Yser à la Lys. La 30e D.I. est remplacée, à la droite du C.A., par la 4e D.I.. Elle est placée à l’aile gauche du corps où elle doit progresser entre la voie ferrée et le canal, pour soutenir l’attaque de la 39e D.I. contre Zillebeke.

Jusqu’au 12 novembre 1914, la 61e brigade réussit à prendre les ruines du petit village de Zwarteleen. Partout les unités sont fortement mélangées. Au sous-secteur de droite, environ 200 soldats de nos 1er et 3e bataillons sont mélangés avec des hommes de l’I.R.171 et de l’I.R.172. Le nombre de soldats de l’I.R.126 dans le sous-secteur de gauche, maintenant stabilisé ne peut même pas être déterminé. La météo reste mauvaise. La boue monte jusqu’aux genoux sur les chemins et dans les champs. La route de Zandvoorde est parsemée d’entonnoirs d’obus remplis d’eau. Partout, il y a des cadavres d’hommes et de chevaux. Le ravitaillement de la 1ère ligne reste précaire en permanence. Les cuisines roulantes ne peuvent avancer que dans la nuit et seulement jusqu’à Basseville-Cabinet. La route par Calvaire-Zillebeke où toute la circulation derrière le front de 5 régiments doit se dérouler est constamment sous le feu de l’ennemi (infanterie et artillerie). Les pertes y sont nombreuses. La corvée marche alors de 3 à 4 heures dans la boue, à travers champs. La soupe arrive souvent froide.

Historique de l’I.R. 132.

 

L’ordre de la division préconise à la 61e brigade d’occuper fermement le bois à l’ouest de la voie ferrée, au nord du grand virage du canal. À 7 h 00, le brouillard est si dense que nous ne voyons rien à 10 pas. La tranchée de la moitié gauche du 2e bataillon n’a pas été creusée pendant la nuit à la même hauteur que celle de la moitié droite. Elle est à 20 à 30 pas plus loin. Il  faut donc relier les deux. Vers 12 h 00, le brouillard se lève brusquement. Dans le champ de betteraves, devant la section de droite de la tranchée, à peu près à la hauteur de la section de gauche, nous découvrons une patrouille anglaise qui s’est approchée sous couvert du brouillard. Les Anglais sont pris sous notre feu. Deux hommes seulement peuvent s’échapper jusqu’à la première ferme de Zwarteleen. Ils sont retrouvés 2 jours plus tard, grièvement blessés.

Pendant toute la matinée, l’artillerie ennemie maintient un tir très violent, en dépit du brouillard. Nous pouvons réorganiser les unités et leur faire face à l’ouest, contre le bois toujours menaçant dans le flanc gauche. Il n’est pas occupé par l’ennemi, mais seulement visité par des patrouilles. Les maisons sur la lisière ouest sont fortement occupées.

Vers 11 h 00, nous communiquons qu’une attaque de la 61e brigade qui est toujours trop mélangée, venant de l’est et orientée contre le bois, n’est pas possible. Il est proposé d’engager l’I.R.105 qui vient du sud. À 12 h 00,  a été signalée l’apparition de tirailleurs français sur le talus de la voie ferrée. Il faut orienter les compagnies de l’ouest contre celles-ci.

La brigade donne ces propositions à la division ainsi que les difficultés qui peuvent se rencontrer. Celle-ci ordonne alors à 16 h 15, que l’I.R.105 prenne la partie sud du bois, la 61e brigade son tiers nord. La division se réserve encore pour fixer l’heure de l’attaque, mais elle a finalement renoncé à son exécution. Les journées du 6 et du 7 novembre ont apporté à la division 12 officiers et 730 hommes capturés (anglais et français) et la prise de 3 mitrailleuses.

Historique de l’I.R. 171.

 

L’ennemi tente à nouveau d’ébranler notre front par des tirs-surprises de son artillerie. Il essaye ensuite de le percer avec son infanterie. Malgré nos désavantages (mélange des unités, pertes élevées, épuisement total de la troupe), cela ne réussit pas. Le front tient. L’ordre de division distribué dans la soirée préconise la reprise de l’offensive pour le lendemain.

Historique de l’I.R. 172.

L’ennemi s’est tellement renforcé que la poursuite de l’attaque pose de plus en plus de problèmes. Le temps est froid et brumeux. Durant des jours, les soldats n’ont pas pu quitter leurs uniformes mouillés. 11 jours d’attaques, un ravitaillement et un repos insuffisants ont épuisé les forces des fantassins. Il faut toute l’énergie de ses officiers encore présents pour garder les sentinelles éveillées. Le regroupement est achevé le 9 novembre. Une nouvelle attaque est ordonnée pour le 10 novembre.

Avec le 3e bataillon du 149e R.I. :

J.M.O. de la 85e brigade d’infanterie.

Le 3e bataillon du 149e R.I. et les 2 bataillons du 158e R.I. partent à 10 h 00 pour se rendre à l’ouest de Dickebuch. Ils cantonnent le 9 au soir dans les fermes de Mille-kapelle et de  Millekapelleken. L’E.M. de la brigade cantonne à Millekapelleken. Les unités du 149e R.I. et celles du 158e R.I. se renforcent d’un détachement composé en grande partie de territoriaux.

À 18 h 30 le général Dumezil reçoit avis de sa nomination au commandement de l’artillerie de la 10e armée. Le colonel Trouchand du 162e R.I. est nommé commandant de la brigade. Le commandement provisoire est donné au lieutenant-colonel Escallon du 149e R.I..

Extraits de l’ouvrage « jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon » de Henri René aux éditions Perrin et Cie. 1917.

« Le 9, arrivée de renforts : des territoriaux de Seine-et-Marne. Ils sont cinq cents, destinés à l’ensemble du régiment. Ils sont à peine suffisants pour nous, après les pertes que nous venons de subir. Le colonel décide de nous les affecter momentanément. Nous les rendrons dans quelques jours aux autres bataillons, s’il en est encore temps. Amalgame. Refonte des effectifs et des cadres. Les capitaines I… et G… sont de retour du dépôt. Ils sont à peine guéris de leurs blessures d’août. Ils se mettent à la tête des 9e et 12e compagnies. » 

 
Du côté des Allemands:

 

Historique de l’I.R. 17e bavarois.

La poursuite de l’attaque est ordonnée. Il faut essayer d’occuper la ligne des collines qui va du canal jusqu’à Saint-Eloi. Il y a quelques succès partiels. Le 3e bataillon a ainsi pu prendre deux tranchées ennemies et faire 72 prisonniers. Le soir, les Français font une contre-attaque. Les deux tranchées sont de nouveau perdues.

Historique de l’I.R. 18e bavarois.

L’attaque est renouvelée. Nous sommes enfin parvenus à prendre la position ennemie dont le tir de flanquement nous a infligé tant de pertes. De nouveau 30 Français sont capturés. Le 3e bataillon est également engagé. Dans la soirée, nous avons pris d’assaut « la tuilerie » (Ziegelei), qui est située à environ 400 m au nord de la digue (Dammstrasse). Nous faisons 40 prisonniers. À cette occasion, le caporal Dreyer de la 10e compagnie s’est particulièrement distingué. Il a pénétré latéralement avec 3 hommes, dans la tuilerie. Dès l’instant où ces quelques hommes sont arrivés dans le coin par le devant, ils se sont trouvés brusquement confrontés à une tranchée qui est occupée par une trentaine de Français. Grâce à la décision spontanée du caporal, les occupants français se sont rendus, car ils sont très impressionnés. Le caporal Dreyer a été décoré de la médaille de bravoure en argent. La position de l’I.R.18 est maintenant très en pointe et la troupe n’a pas de liaison. Néanmoins, elle tient, et la ferme est fortifiée de tous les côtés.

L’état de la troupe, sa situation physique et sa valeur au combat s’amenuisent de jour en jour davantage. La discipline se relâche   également par manque de chefs, mais aussi parce que la troupe est épuisée par les éternelles attaques lourdes en pertes. De nombreuses maladies font leur apparition, même parmi les officiers. Le temps est particulièrement défavorable. Les épais brouillards des plaines des Flandres alternent avec les tempêtes de novembre et des journées entières de pluie. Les tranchées mal construites se remplissent d’eau. Les quelques chefs encore indemnes ont bien du mal à tenir en main les unités mélangées qui se désagrègent de plus en plus. Ces dernières  doivent faire preuve de toute leur dernière énergie. Dans ces conditions, il est compréhensible que la disponibilité de la troupe pour continuer à attaquer diminue. Les progrès deviennent de plus en plus minimes, les jours suivants.

Références bibliographiques :

Pour les Allemands :

Historique du I.R.  n° 17. Schick. München 1927.

Historique du I.R.  n° 18. Bayer. Kriegsarchiv. München 1926.

Historique du I.R. n° 105. Baensch-Stiftung. Dresden 1929.

Historique du I.R. n° 126. Belser. Stuttgart 1929.

Historique du I.R. n° 132. Berlin 1932.

Historique du  I.R. n° 171. Stalling. Oldenburg 1927.

Historique du I.R. n° 172. Sporn. Zeulenroda 1934.

Tous ces historiques proviennent de la collection Herman Plote. Les traductions en français ont été réalisées par Herman Plote.

Pour les Français :

J.M.O. de la 33e brigade : Série 26 N 505/3.

J.M.O. de la 85e brigade : Série 26 N 26 N 520/10.

J.M.O. du 53e R.I. : Sous-série 26 N 644/5.

J.M.O. du 81e R.I. : Sous- série 26 N 664/10.

Tous ces J.M.O. sont consultables sur le site « S.G.A./Mémoire des hommes».

« Jours de gloire, jours de misère. Histoire d’un bataillon », d’Henri René aux éditions Perrin (1917).

Un très grand merci à M. Bordes, à P. Casanova, à  A. Carobbi, à  J. Charraud, à J. Huret, à H. Plote, à M. Porcher ainsi qu’au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.
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