23 avril 2010

Les citations du régiment.

                    Citations_149e_R

 

Un très grand merci à Joël Huret pour la photo qui se trouve sur le montage. Ce cliché inédit, représente le lieutenant Husson (il se trouve derrière le drapeau) qui est accompagné d’une délégation du 149e R.I. à l’occasion d’une revue du 14 juillet 1917 à Vincennes.

 

Citation à l’ordre n° 16 de la 9e Armée en date du 30 novembre 1914.

« Le général commandant la 9e Armée cite à l’ordre de l’Armée le 149e Régiment d’Infanterie, qui, après s’être emparé du village de Souain, dans la nuit du 13 au 14 septembre, a dû l’abandonner, à la suite d’un violent bombardement dans la matinée du 14, s’en est emparé de nouveau dans la soirée du 15 et depuis ce temps s’y maintient et en assure la possession malgré toutes les attaques d’infanterie qu’il a eu à repousser et le bombardement d’une extrême violence qu’il n’a cessé de subir. Ce régiment a, en particulier, le 19 septembre, repoussé une attaque d’une brigade allemande qui avait réussi à pénétrer dans la partie est du village en infligeant à l’ennemi de grosses pertes et en faisant 160 prisonniers. Il a su, par sa ténacité et sa remarquable endurance, non seulement se maintenir dans le village à peu près complètement détruit, mais prendre pied dans les tranchées au nord de la localité, assurant ainsi à l’armée ce point d’appui important, objet des attaques incessantes de l’adversaire. »

Signé : Foch.  

 

Citation à l’ordre n° 304 du 35e C.A. en date du 8 octobre 1916.

«  Dans la période du 3 au 22 septembre 1916, a pris d’assaut un village puissamment fortifié, enlevé la 2e ligne ennemie et conquis deux kilomètres de terrain. S’est accroché au terrain avec une remarquable ténacité et l’a organisé ; a brisé toutes les contre-attaques ennemies malgré de violentes réactions de l’artillerie allemande, a recommencé de nouvelles attaques de lui-même, sans ordres, bien que l’objectif a lui assigner ait déjà été conquis. continué, sa progression gagnant encore 900 m et ne s’arrêtant qu’à bout de forces devant un centre de résistance fortement organisé. »  

Signé : Jacquot.

 

Citation à l’ordre n° 529 de la 6e Armée en date du 13 novembre 1917.  

« Régiment d’avant-garde, ayant un long passé de gloire. Sous les ordres du colonel Boigues, s’est distingué une fois de plus le 23 octobre 1917, en s’emparant dans un élan irrésistible de positions puissamment organisées sur plus de trois kilomètres de profondeur. Malgré de lourdes pertes en officiers a mené le combat jusqu’au bout avec la même ardeur, la même cohésion, brisant toutes les résistances et atteignant tous les objectifs assignés. À fait 700 prisonniers et capturé 19 canons dont 10 lourds, 54 mitrailleuses et une grande quantité de matériel. »  

Signé : de Maistre.

 

Citation à l’ordre de la 6e Armée en juin 1918.

«  Amené en camions dans un secteur qui venait d’être rompu par l’ennemi a, sous les ordres du lieutenant-colonel Vivier, été engagé aussitôt débarqué. Puis, pendant 8 jours et sept nuits, s’est battu sans arrêt, sans aucune défaillance et a ainsi contribué à briser la progression d’un ennemi supérieur en nombre. Conduit par un chef énergique qui n’a cessé de maintenir son poste de commandement aux endroits les plus exposés, a entraîné par un corps d’officiers d’élite, dont les lourdes pertes montrent l’héroïque dévouement, a su, non seulement tenir dans les situations les plus critiques, mais rétablir le front par ses contre-attaques. En particulier a reconquis des batteries françaises momentanément abandonnées. »  

Signé : ?

 

Citation à l’ordre de la 4e Armée en 1918.

« Régiment solide comme le roc, fidèle à sa devise « Résiste et mord », témoigne en toutes circonstances de l’ardeur qui l’anime, montrant autant de ferme opiniâtreté dans la résistance que la fougue dans l’offensive. Le 15 juillet 1918, sous le commandement du lieutenant-colonel Vivier, soumis à un bombardement d’une violence inouïe, a repoussé des attaques répétées, appuyées par des chars d’assaut. À maintenu l’intégrité de ses positions, dissociant les vagues ennemies, contre-attaquant sans relâche, ramenant des prisonniers et du matériel, et dominé un ennemi supérieur en nombre. »  

Signé : Henri Gouraud

 

Citation à l’ordre de la 4e Armée en 1918.  

« Pendant trois jours de bataille en Champagne, du 26 au 29 septembre 1918, a, dans un élan superbe, avec une volonté irrésistible, percé les lignes allemandes, réalisant une avance de plus de huit kilomètres. Le 26, sous l’impulsion méthodique de son chef, le lieutenant-colonel Vivier, a brisé l’une après l’autre, toutes les résistances que lui opposait successivement l’ennemi dans les différentes lignes d’une position formidablement organisée. Puis, le 27 et le 28, poussant de l’avant, s’engageant à fond, sans la moindre hésitation, a couvert le flanc de la division en flèche de plus de 3 kilomètres, résistant héroïquement à toutes les contre-attaques, a permis de maintenir toute l’avance réalisée. Au cours de ces trois journées, a capturé plus de 700 prisonniers, dont 15 officiers, parmi lesquels un chef de bataillon pris 14 canons de gros calibres ou de 77, de nombreux Minenwerfer, plus de 200 mitrailleuses, des dépôts importants de munitions et un matériel considérable. »

Signé : Henri Gouraud

 

Un grand merci à J. Huret et à C. Terrasson.

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02 mai 2010

Marius Dubiez (1892-1958). Pour le métier...

               Marius_DUBIEZ

De nouveau tous mes remerciements à Patrick Blateyron pour son autorisation à retranscrire ici quelques lettres supplémentaires écrites par son grand-père Marius Dubiez. Ces dernières étaient adressées à la mère de Marius,  Marie Dubiez ainsi qu’à sa sœur Claire.

 

Lettre du 26 octobre 1916.

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je vous écris ces quelques lignes pour vous donner de mes nouvelles et aussi pour en avoir des vôtres. Je pense aussi que vous avez dû recevoir la lettre où je vous demandais de m’envoyer une ou deux paires de chaussettes en laine et un peu d’argent. Cela me fera bien plaisir. Pour le métier, on est aux tranchées. C’est encore assez pénible, car il ne fait pas bien chaud ces jours-ci, je vous assure. Ma chère mère et ma chère sœur, quand vous m’écrirez de nouveau vous me direz si vous avez bien avancé à semer et si vous avez commencé à battre. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère, ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez

Lettre du 28 octobre 1916.

Ma chère mère et ma chère sœur, 

Je fais réponse à votre lettre que j’ai reçue et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Vous me dites que vous avez déjà bien avancé à semer. Je suis bien content. Pour le métier, on a repris le chemin des tranchées. On est à peu près du même côté ou  nous étions dans la Somme. J’ai bien reçu une lettre d’Alfred ce jour. Il l’avait donné à un copain de ma section, car il se trouvait à côté de notre train de combat, mais on était en première ligne. J’aurais bien voulu qu’on puisse se voir. Cela m’aurait bien fait plaisir. Vous me dites aussi qu’Herman et Maurice Bourny sont en permission. Ça doit faire plaisir de se voir entre frères. Quand vous me réécrirez, vous me direz si Arthur a déjà écrit. Ma chère mère et ma chère sœur, quand vous aurez reçu ma lettre, si vous voulez, vous m’enverrez une ou deux paires de chaussettes en laine. Il ne fait pas bien chaud dans les tranchées, je vous assure. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous. Vous donnerez bien le bonjour à Paul Catenot de ma part.

Marius Dubiez.

 

Lettres du 19 novembre 1916. 

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je fais réponse à votre lettre que j’ai reçue et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Pour le métier, on est en repos et cela fait bien plaisir, je vous assure. On en a encore vu de dur. Si vous voulez bien m’envoyer un peu d’argent, cela me ferait bien plaisir. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

 

Lettre du 12 décembre 1916. 

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je fais réponse à votre lettre que j’ai reçue et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Vous me demandez quand je pense aller en permission. Je vais peut-être y aller dans le mois de décembre où dans le mois de janvier. Mais on n’est pas encore bien sûr étant donné que l’on va peut-être remonter aux tranchées dans quelques jours. Mais quand je pense y aller, je vous en parlerai. J’avais donné une carte à Etiévant qui est allé en permission. J’espère qu’il est allé vous voir. Vous me dites aussi que vous avez reçu des nouvelles de Barraud et de Degrace, qui vous disent qu’ils sont bien malheureux. Je le pense bien, je vous assure. Ils disent que sur les 17 qui étaient à la pièce où était Léon, mon cher frère, ils ne restent que deux. C’est bien triste. Beaucoup sont morts en martyrs. Ils disent également que Léon n’a pas souffert. C’est bien, tant mieux, car c’est un peu une consolation. Lui que j’aurais tant aimé revoir. Ma chère mère et ma chère sœur, J’ai reçu des nouvelles d’Herman, de Maurice et d’Alfred qui me disent aussi qu’ils sont en bonne santé. J’ai reçu les sous qui étaient dans la lettre, ce qui m’a bien fait plaisir aussi. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

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16 mai 2010

Livre d'or de l'école professionnelle de Chalon-sur-Saône.

Livre_d_or_Ecole_Professionnelle_Chalon_sur_Sa_neJulien Genevois : Né au Creusot (Saône-et-Loire) le janvier 1896. Élève à l’école professionnelle de 1910 à 1912. Ancien élève de l’École Normale d’instituteurs de Mâcon. Instituteur au Cours complémentaire de Brumath (Bas-Rhin). Il est appelé en 1915 pour être incorporé au 21e R.I.. Il est nommé aspirant en février 1916 et affecté au 149e R.I.. Promu sous-lieutenant, le 15 juillet 1918, dans le même régiment. Julien Genevois prend part aux opérations du chemin des Dames (1917), de Champagne (1918) et aux offensives de septembre et octobre 1918.

Décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec palme et 2 étoiles de vermeil.

1ère citation : Ordre de l’armée (décernée lors de l’attribution de la Médaille militaire), 1917.

« Gradé courageux et dévoué. A magnifiquement entraîné son peloton à l’attaque du 23 octobre 1917. Accompagné d’un sergent et d’un homme seulement, n’a pas hésité a pénétrer dans les souterrains ennemis, assurant ainsi la capture de plus de quatre cents prisonniers, de plusieurs mitrailleuses et d’un important matériel de guerre. » (Cette nomination comporte l’attribution de la croix de guerre avec palme) 

2e citation : ordre du corps d’armée, 1918.

« A brillamment entraîné sa section dans l’offensive du 26 septembre au 3 octobre 1918 ; a pris, le 3 octobre, en pleine bataille, le commandement de sa compagnie dont le chef venait d’être blessé, l’a conduite avec beaucoup de courage et d’énergie ; l’a maintenue sur ses positions malgré de nombreux barrages d’artillerie et de mitrailleuses et repoussant toutes les contre-attaques ennemies."

3e citation : ordre du corps d’armée, 1918.

« Officier d’un courage et d’une bravoure remarquables. Au cours des opérations des 25 et 27 octobre 1918, a entraîné sa section à l’assaut des positions ennemies et a réussi à la faire progresser malgré de violentes rafales de mitrailleuses et un barrage intense ; s’est ensuite approché et s’est organisé sur le terrain conquis malgré le tir des mitrailleuses et des minenwerfer ennemis »

Edmond Lauvernay : http://amphitrite33.canalblog.com/archives/2010/02/13/16898529.html

Référence bibliographique :

Livre d’or de l’école professionnelle de Chalon-sur-Saône. Aux éditions imprimerie générale et administrative, Chalon-sur-Saône. 1923.

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21 mai 2010

Sergent Victor Beau (1891-1915).

               Victor_Beau

 Victor Beau est né le 3 juillet 1891 dans le petit village vosgien de Thaon-les-Vosges. Il était le fils de Victor et de Marie Nicolas.

Il avait deux frères, l’ainé Alphonse, marié et père de famille et Marcel, son cadet, séminariste tout comme lui, qui trouvera également la mort pendant le conflit. Lorsque la guerre éclata, il était au séminaire de Saint-Dié. 
 

Enrôlé avec le grade de sergent dans la 12e compagnie du 149e R.I., il  prit part à tous les combats de Sainte-Marie-aux-Mines, de Saales, de Rothau, de Schirmeck, du Donon, de Morange et de Sarrebourg. Le 29 août, il écrit sur une carte qu’il est tout étonné de se trouver encore en vie : « Je ne cesse de répéter, dit-il, que Notre-Dame-des-Ermines me protège. L’autre jour, plus de dix mille balles ont passé tout près de moi, sur ma tête, et je reste debout. Je suis le seul sergent de l’active qui n’ait reçu aucune blessure. »  

En Champagne, où il redescend avec sa compagnie, mêmes positions, mêmes périls et mêmes actions. Plus les batailles font rages, plus il se recommande à sa protectrice. La guerre lui paraît chose si terrible qu’il ne croit pas à sa longue durée. Mais le mouvement l’emporte néanmoins de l’aile droite à l’aile gauche de l’armée… Le voici qui, le 7 octobre, débarque sur le front d’Ypres. Les lettres qui parviennent à sa famille sont d’une sobriété de détails très grande. Il ne veut pas effaroucher les siens, mais nous sentons, sous la brièveté du style, les longueurs de la bataille… 
 

Le 20 octobre, il accuse réception, d’une lettre de ses parents.  

« J’apprends que Marcel est bon pour le service. Bien que la guerre se prolonge, je ne pense pas qu’il viendra me rejoindre au feu. »

 Le 23 novembre 1914, il fut atteint d’un éclat d’obus qui lui fit une blessure très grave à la tête. Il tomba, le sang emplit ses oreilles et sa bouche, puis un autre éclat d’obus vint le frapper de nouveau. Pourtant, la mort ne devait pas le prendre encore… Évacué sur un hôpital de Rouen, il y subit la terrible opération du trépan. Après de longues semaines de fièvre et de souffrances, on le vit se relever, s’essayer de nouveau à vivre, puis peu à peu reprendre des forces, au point où tout le monde put le croire guéri. Le congé de convalescence obtenu pour deux mois à sa sortie de l’hôpital de Rouen se prolongea sans aucun incident quelques temps encore. De nouveau, il avait repris sa correspondance avec sa famille. Cependant, le mal croissait en silence et lorsqu’on le renvoya,  à l’hôpital auxiliaire n° 37, il devait subir une nouvelle opération d’urgence. Son état était trop grave pour qu’il pût être sauvé… Victor Beau décéda le 17 avril 1915. Il reposera provisoirement dans un cimetière parisien jusqu’à la fin de la guerre, pour  ensuite être enterré dans son village natal dans le petit cimetière de Thaon-les-Vosges.

Citation à l’ordre de l’armée (journal officiel du 13 novembre 1915) :

« Beau Victor, sergent au 149e R.I., a fait preuve de remarquables qualités d’énergie, de sang-froid, et de courage dans le commandement de sa section, aux combats livrés par son bataillon les 5, 15 et 18 novembre 1914 et notamment le 5 novembre, devant Ypres où, sous un bombardement de 24 heures qui décimait ses hommes, il a su exalter leur moral et diriger leurs feux dans des conditions telles que plusieurs attaques ennemies contre sa tranchée ont pu successivement et définitivement être repoussées. Décédé à la suite de ses blessures. »

 

Un très grand merci à Éric Mansuy. 
 

Référence bibliographique : « Reliques sacrées » de Louis Colin. Paris, Bloud & Gay. 229 pages.

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29 mai 2010

29 mai 1915... 29 mai 2010. Il y a tout juste 95 ans.

                  Carte_29_mai_1915


                                       Legende_carte_29_mai_1915

 

Encore une bien terrible journée pour le 149e R.I…. 
 

La veille au soir, un ordre divisionnaire est donné au 149e R.I.. Le régiment participera à l’attaque générale de la 43e D.I. sur le bois carré et la croupe Sud du fond de Buval. Il attaquera sur le front h2 n2 avec deux bataillons. Chaque bataillon aura 2 compagnies en 1ère ligne. Elles seront suivies de deux vagues successives d’une compagnie. Une section de mitrailleuses avec la première vague et une section du génie avec la seconde. Le 1er bataillon à droite, sur le front n2 T1 est en liaison avec le 109e R.I.. Le 2e à gauche, se trouve sur le front T1 h2 en liaison avec le bataillon marocain et le 158e R.I.. Le 3e bataillon restera chargé de l’occupation du secteur et sera rendu à 2 h 00 sur les lieux suivants : L’E.M. et 2 compagnies aux abris du bois 6. Une compagnie à la haie G. Une compagnie au bois 5. Le signal de l’attaque doit être donné par 3 fusées blanches tirées de la sape T3 à 10 secondes d’intervalle. Des mouvements de troupes allemandes sont signalés toute la nuit ce qui entraîne une canonnade et une fusillade constantes. 

 

                                       Tableau des tués pour la journée du 29 mai 1915 

 

 

                   Graphique_Officiers 

 

 

                      Tableau des blessés et des disparus pour la  journée du 29 mai 1915 


 

               Tableau des sépultures dans le Pas-de-Calais pour la journée du 29 mai 1915

 

 

Groupe_149e_RÀ 2 h 00, toutes les troupes sont en place. À 2 h 30, les trois fusées sont lancées. C’est le signal, l’attaque d’infanterie se déclenche sur toute la ligne. Aussitôt, les Allemands ouvrent un feu d’infanterie et de mitrailleuses très nourri et très violent. L’artillerie ennemie se réveille. L’effet de surprise escomptée n’est pas au rendez-vous. La progression française est arrêtée presque immédiatement au centre, de n1 à T2 en raison des pertes. À ce moment, la 7e compagnie qui se trouve à gauche parvient à la tranchée T3 h2, en raison de l’obscurité. Elle reçoit des coups de feu du 158e R.I. et ne peut s’emparer que d’un élément d’une soixantaine de mètres à partir de T3 sans pouvoir déloger l’ennemi qui est à h2. Celui-ci résiste en lançant des bombes et des grenades à profusion… Les pertes sont lourdes. La 5e compagnie poursuit au-delà de T3 vers le Fond de Buval. Après avoir fait un gain de terrain d’une petite cinquantaine de mètres, elle établit un nouveau barrage en maintenant le terrain conquis. À droite, l’attaque progresse d’environ 100 m. À n2, les soldats s’accrochent au terrain. Vers n1, ils sont bloqués par un feu puissant de l’infanterie et des mitrailleuses allemandes…À l’aube, la partie de tranchée de T3 vers h2 est organisée et reliée à l’arrière, un boyau est creusé, pour réunir la ligne n1, n2 aux éléments de la tranchée que construisent les hommes de la 1ère ligne en utilisant les trous d’obus… La situation reste la même toute la journée. Les Allemands tiennent toujours h2 et h1. Le reste de la journée est consacré à l’organisation du terrain conquis.

 

Livre_d_or_du_clerge_et_des_congregations_1914_1922Une petite notice et une citation concernant Jean Baud ont été trouvées dans l’ouvrage « La preuve du sang : Livre d’or du clergé et des congrégations  (1914-1922) » aux Éditions Paris - Bonne presse. 1925.Jean Baud est  né le 26 décembre 1884 à Morzine dans le département de la Haute-Savoie. Il revient d’Angleterre pour servir au 97e R.I.dans le service auxiliaire en novembre 1914. Il arrive au front en février 1915 au 149e R.I.. Il a pris part aux actions suivantes : 1915 : Artois, Notre-Dame-de-Lorette, Aix-Noulette. Son corps a été identifié le 17 décembre 1915. Il repose dans le Cimetière National Mixte sur la commune d’Aix-Noulette.Citation à l’ordre de l’armée : 22 juin 1915. (J.O. du 15 août 1915).« Au cours du combat de nuit du 29 mai 1915, isolé avec quelques camarades sous un feu violent de mitrailleuses, les a exhortés à continuer le feu. Frappé à mort d’une balle à la tête, a été retrouvé dans la position du tireur couché, l’arme encore épaulée. »Il obtient  également la Médaille Militaire à titre posthume.

 

Je remercie Stéphan Agosto, Arnaud Carobbi, Alain Chaupin, Thierry Cornet, Vincent le Calvez, Michel Porcher, le Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes,  l’association « Collectif Artois 1914-1915 » et la Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Lille. 

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Une lettre écrite le 29 mai 1915 par Lucien Kern.

                 Lucien_Kern

De nouveau un très grand merci à Suzanne Martel, ainsi qu’à ses sœurs Roselyne Duclos et Denise Martel qui me donnent l’autorisation de reproduire ici l’intégralité de la lettre écrite par Lucien Kern le 29 mai 1915 (Cette lettre se trouve en partie dans le livre « Lettres de tranchées »).

 

Samedi 29 mai 1915

 

Ma chère bonne maman,  

Hier au soir, j’ai reçu avec joie et aussi avec mélancolie votre bien-aimée lettre du 9 mai. Comme elle me fait songer davantage à vous tous, à toutes nos affaires. Mon travail que j’ai quitté, vous laissant seule, à la merci des évènements. Oh quelle peine j’ai quand je pense au travail que vous aurez tout l’été et pour l’hiver prochain ! Le bois… Oh ma bonne maman chérie, pardonnez-nous si nous sommes partis à cette affreuse guerre qui est si longue et si cruelle. Le danger que je cours journellement. Les atrocités toujours répétées, le sang, le bruit, nous font beaucoup souffrir. Je songe avec douleur, à l’ouvrage qui vous attend. De toute façon, pourvu que cette guerre horrible finisse bientôt. Tout notre courage  s’en va au fil des jours. C’est très long et trop sanglant. Aujourd’hui encore, la matinée a été dure. Nous avons attaqué à deux heures et demie du matin. Je suis  fatigué et quelque peu dégoûté de cette vie qui n’est qu’un enfer continuel. Je suis toujours en bonne santé, et je souhaite qu’il en soit  ainsi pour vous, pour Marguerite et pour Georges. Ma bonne maman chérie, l’heure de l’épreuve a sonné pour notre famille. Je ne reçois toujours rien de mon pauvre frère Eugène. Il est compté disparu. Mais j’ai la ferme espérance qu’il est prisonnier. Les lettres prennent beaucoup de temps pour venir d’Allemagne. Il faut le croire, espérons. Je n’ose envisager autre chose, car avec tous mes tourments, je serai bientôt malade. Maintenant, autre chose dont je suis sûr et il faut que vous  le sachiez. Mon autre frère que j’aime tant, Aimé, est blessé, d’une balle dans le bas du dos. La blessure, quoique grave n’a heureusement atteint aucun organe essentiel. C’est l’infirmier d’Aimé qui le soigne qui me l’a écrit de la part de mon frère. Étant couché, il ne peut guère écrire. Soyez donc sans inquiétude, ma chère maman. Il reviendra à la vie, l’infirmier me disant qu’Aimé pourrait écrire d’ici huit ou dix jours. Oh quand même, que l’épreuve est dure. Toutes ces nouvelles, coup sur coup, m’ont brisé quelque peu. Que de fois en cachette je pleure. Mais combien je redouble de prières pour mes frères, pour vous, pour moi, pour me donner et à vous tous, le vrai courage. La patience de surmonter toutes les épreuves que Dieu nous envoie. Je souffre, c’est vrai, depuis neuf mois, mais plus que je n’ai souffert dans tout le reste de ma vie… Je suis le seul de nous trois sur le front. J’y suis allé le premier, et pas une égratignure jusqu’à ce jour samedi 29 mai à midi… Alors, le vieux Ovila n’est plus dans ma baraque. Le blé doit être grand partout. Comme j’aimerais être là-bas et travailler. Moi qui aimais tant arracher le reste de mes souches, regarder avec joie mon petit blé. Nos pauvres chevaux, ils doivent être maigres, et la petite Vivousse qui vous donne de la misère. Avez-vous au moins assez de vivres ?... Je vois en pensée votre jardin et vous au milieu. Que la séparation est longue. Quant à la terre de Lacerte, ma foi, il n’est pas nécessaire de se tourmenter, faites comme vous pouvez. Espérons et prions que la guerre ne sera plus longue, surtout après l’intervention de l’Italie. Oh ! Comme j’aimerais être de retour  près de vous, pour vous protéger, vous aimer, à l’hiver prochain. En attendant, il faut se battre, se tuer alors que nous devrions être si heureux ensemble. Si j’avais su ce qu’il en est, j’aurais été moins vif à venir. Mais c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. De loin, je vous aime plus que jamais, je vous embrasse de tout mon cœur. Votre fils cher Lucien Kern.

 

Références bibliographiques :

La carte utilisée pour le montage photo est extraite du J.M.O. du 25e R.I.T., sous-série 26 N 778/5.

« Lettres de tranchées ». Correspondance de guerre de Lucien, Eugène et Aimé Kern, trois frères manitobains, soldats de l’armée française durant la première guerre. Editions du blé. Saint-Boniface (Manitoba) Canada. 2007.

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04 juin 2010

Capitaine Maurice Crépet (1878-1915).

                Capitaine_Cr_pet

 

Maurice Crépet est né le 3 mars 1878 à Gigny, commune de la Saône-et-Loire.Il est le fils de Julien et de Jeanne Danguy.

Il quitte le lycée Condorcet de Paris en 1897. Saint-Cyrien de la promotion « Bourbaki », il sort de l’école en 1899.

Promu au grade de capitaine le 23 juin 1913, il se retrouve à la tête de la 2e compagnie le 15 juillet 1913, au moment du départ pour les marches des Vosges.

Au début du conflit, il commande toujours la 2e compagnie. Il prend le commandement du 1er bataillon au début septembre 1914, pour le conserver jusqu’au début janvier 1915, où il retrouve sa compagnie. Tué à l’ennemi le 29 mai 1915 dans le secteur d’Aix-Noulette.

 

1ère citation à l’ordre de l’armée: (29 septembre 1914).  

« Le 19 septembre 1914 a conduit avec vigueur une attaque à la baïonnette ayant pour but de dégager le front sud d’un village, presque entièrement entouré par l’ennemi, l’a refoulé et lui a fait 80 prisonniers. »


 2e citation à l’ordre de l’armée: (22 juin 1915).

«  Le 29 mai 1915, a fait preuve d’un grand courage en entraînant sa compagnie dans une attaque au petit jour contre les tranchées allemandes ; tué au cours du combat. »

 Un grand merci à T. Cornet, M. Porcher et au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

Référence bibliographique :

« Lycée Concorcet : Livre d’or de la Grande Guerre 1914-1918 ». Editions Cahors, imprimerie typographique A. Coueslant. 1919.

« Livre d'or des Saint-Cyriens morts aux champ d’honneur ». Editions Paris Imprimerie Nationale. 1922.

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11 juin 2010

Commandant Henri François (1876-1914).

                  Copie_de_Commandant_Fran_ois

 

Le commandant Henri  François est né le 15 janvier 1876 à Zutkerque, petite commune située dans le Pas-de-Calais. Il est le fils de Louis François et d’Alix Marie Delattre. Henri François se marie avec Marie Marguerite François en 1906 à Arras. Après avoir signé un engagement volontaire de 3 ans à Versailles, il est  admis à l’école spéciale militaire en 1895. Saint-Cyrien de la promotion de Tananarive (1895-1897). Il arrive en décembre 1911 au 149e R.I., nouvellement promu dans le grade de capitaine, pour prendre le commandement de la 6e compagnie. Il sera à la tête de cette compagnie jusqu’au 1er septembre 1914. Il est  nommé chef de bataillon à titre temporaire. Il prend ainsi le commandement du 2e bataillon de son régiment  à partir du 2 septembre 1914 et cela jusqu’au moment où il se fera tuer quelques jours plus tard dans le secteur de  Souain, le 24 septembre 1914.

 

Décorations
 

Chevalier de la Légion d’honneur par décret du 31 décembre 1913. 
 

1ère citation à l’ordre de l’armée (ordre du 29 septembre 1914) :

« Le 19 septembre à dirigé avec beaucoup d’énergie, le combat livré dans un village par deux bataillons du 149e R.I., de 5 à 17 heures et a réussi à dégager ce village presque complètement entouré ; a tenu tête toute la journée à un ennemi supérieur en nombre ; l’a refoulé et lui a fait 120 prisonniers. (Journal officiel du 9 octobre 1914).

 

2e citation à l’ordre de l’armée (ordre du 2 octobre 1914) :

«  Atteint d’un éclat d’obus, est mort à la tête du bataillon dont il avait pris le commandement pour la durée de la guerre et où il avait fait preuve des plus brillantes qualités d’entrain, de bravoure et d’intelligence. Avait en particulier, puissamment contribué à repousser de violentes attaques dirigées contre un village bombardé et incendié, à en chasser l’ennemi qui y avait pénétré et à maintenir dans la situation la plus critique, la possession de ce village. (Journal officiel du 24 octobre 1914).

 

Un grand merci à C. Leclair, à A. Carrobi, à J. Huret, à  M. Porcher et au Service Historique de la défense de Vincennes.

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17 juin 2010

Marche ou "crève" pauvre biffin !!!

                  Carte_wassy

 

Je renouvelle tous mes remerciements à  D. Browarsky pour son autorisation à retranscrire sur ce blog de larges passages du témoignage de Louis Cretin. Les cartes qui accompagnent ce texte ne donnent qu’une idée approximative du chemin parcouru par le 149e R.I. pendant cette période.

Du 6 au 12 septembre 1914.

Dommartin_LettreeEmbarqués à Darneuilles, nous passons à Mirecourt, Toul, Joinville et nous débarquons le 6 septembre au matin à Wassy. Nous cantonnons à Attencourt et à Pont-Varin. Toute la journée, ainsi que celle du 7 septembre, des convois de civils fuyant l’invasion passent sans arrêt se dirigeant vers le Sud. Cela fait pitié à voir. Le canon gronde dans le lointain et parait se rapprocher. Dans la journée, le régiment reçoit de nouveaux renforts. Dans le nombre, nous en avons qui sont âgés de 40 ans et plus. Dans l’après-midi, sous les coups de 15 h 00, nous mettons sac au dos et en route. Il fait une chaleur « sénégalienne »… Le soir, nous faisons une grand’ halte d’une heure à Montier-en-Der, puis nous repartons. Toute la nuit, nous marchons… Le commandant François du 2e bataillon menace de son révolver les hommes qui tombent de fatigue. Vers 3 h 00, nous n’en pouvions plus. Cela faisait 11 heures que nous marchions. Les traînards devenant de plus en plus nombreux, nous étions chargés de les grouper, puis de les faire avancer quand même. Enfin, l’ordre nous est donné de prendre quelques repos sur place. 50 kilomètres dans « les guibolles »  depuis hier ! Nous passons deux heures et demie dans une prairie et nous repartons. À 9 h 00, ordre est donné de consommer les vivres de réserve… C’est très facile, nous n’en avons plus depuis la retraite de Lorraine !!! Vers midi, de nouveau une grand’ halte d’une heure où on nous lit le fameux communiqué de Joffre. «  Se faire tuer sur place plutôt que de reculer. » On bouffe des kilomètres, c’est notre seule nourriture. Le soir, vers 18 h 00, nous bivouaquons près du village de Dampierre où nous passons la nuit. La canonnade est très violente. Elle devient de plus en plus proche. Le 9 septembre, de grand matin, le régiment prend contact avec les Allemands. Cette fois nous sentons qu’une grande bataille s’engage, à l’acharnement que mettent les Allemands à vouloir aller de l’avant. Les nôtres opposent une barrière infranchissable et ne cèdent pas un pouce de terrain. Au contraire, en fin de journée, nous avons légèrement avancé. L’après-midi, je suis désigné pour une corvée d’eau à Dampierre. La chaleur est très grande. Nous remplissons trois tonneaux et nous revenons à la recherche du régiment qui avait changé de place. Nous marchons à l’aventure jusqu’à 1 h 00. Enfin, nous le retrouvons dans l’après-midi. En cours de route, la chaleur avait disjoint les douves des tonneaux et l’eau s’était perdue, écoulée sur le sol, pendant le trajet. C’est à peine si chaque homme de la C.H.R. en reçut un quart. Chaque compagnie avait sa corvée personnelle. Heureusement, le temps se couvre et il se met à pleuvoir sur le matin du 10. Nous marchons… Nous marchons toujours et à chaque arrêt, nous installons notre toile de tente en forme de gouttière, pour recueillir la pluie dans nos bidons. On serre l’étoffe et on suce l’extrémité. C’est terrible la soif ! Cette journée, je vais de nouveau à la corvée d’eau. Cette fois, c’est à Saint-Ouen. C’est le même manège que la veille, mais nous en rapportons davantage. Chaque homme perçoit un demi-litre. Durant la corvée, j’ai pu boire à ma soif. Le train régimentaire nous délivre en outre du café et une ration de légumes… Mais impossible de s’arrêter Dommartin_Lettree_Sarrypour les cuire ! Le 11 septembre, la poursuite proprement dite commence. La marche devient plus rapide. Dans l’après-midi, la pluie tombe à nouveau. On refait le même truc pour obtenir de l’eau. Dans la nuit, nous faisons une grand’ halte. Nous mettons le feu à un énorme tas de fagots. Beaucoup s’étaient déséquipés pour sécher leur chemise à la flamme du brasier, en dansant aux alentours. Toujours rien à manger… Et quel contraste, cette nuit, nous dormons quelques heures enfouis dans des gerbes de blé. Le lendemain matin, la poursuite reprend et cette fois, c’est presque au pas de gymnastique que nous partons. Les officiers nous activaient sans cesse. Nous nous demandions pourquoi ! C’est que nous nous approchions de la grande ligne de Paris-Nancy  et de la Marne. Il fallait essayer d’arriver avant que les Allemands n’aient fait sauter les ponts. La ligne de chemin de fer est atteinte vers 8 h 00 à une dizaine de kilomètres à droite de Châlons. Et cela, toujours en accélérant, sans pause, sans rien… Même pas de tabac… Nous arrivons à la Marne. Heureusement, les Allemands n’ont pas trouvé le temps de couper les ponts. Nos éléments avancés et les éclaireurs du régiment firent prisonniers les Allemands qui étaient occupés  à préparer les fourneaux de mine. Le 149e R.I. passe la rivière et fait la grand' halte à Sarry.  (A suivre...)

 

  

Références bibliographiques :

Les morceaux de cartes utilisées proviennent de la carte  Michelin Champagne-Ardennes n° 241.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

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22 juin 2010

Une « Gorgone Sarrysienne ».

                  Sarry

De nouveau un grand merci à D. Browarsky. Voici la suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Marche ou crève pauvre biffin !!! »

 

Le 149e R.I. passe la rivière et fait la grand-halte à Sarry.  Ici se passe une scène comique que je vais essayer de raconter.

Nous venions de traverser la Marne, après une poursuite accélérée. À présent, tranquillisés pour le passage de nos convois, le pont sur la rivière étant intact, nos officiers venaient de donner l’ordre au régiment de souffler un coup. Nous en avions grand besoin. Les faisceaux étant formés, les poilus s’activaient à la confection d’un « jus ». Nous étions rangés de chaque côté de la grande rue de Sarry. Notre lieutenant-colonel, les chefs de bataillons et les officiers de compagnies faisaient « les cent pas », au centre, quand tout à coup, l’on entendit des cris perçants. Levant la tête, nous vîmes surgir du seuil d’une maison un allemand déséquipé et qui paraissait peu solide sur ces jambes. Il était suivi immédiatement d’une bonne femme échevelée, le chignon en bataille, le corsage à moitié dégrafé, armée d’un balai. Elle scandait chaque phrase qu’elle criait d’un coup énergique sur l’échine de l’homme. Apercevant nos officiers, l’allemand se dirige vers eux. Il est suivi de son « ange gardien ». Tous les poilus suivaient la scène, des quolibets fusaient. Un loustic cria « Vas-y la mère, ce n’est pas ton chéri. » Les coups redoublaient… « Ah le brigand », pan, « tiens voleur !, ça t’apprendra. » À chaque argument frappant, l’allemand faisait une génuflexion. Après un coup plus violent que les autres, le balai finit par casser en deux, l’envoyant rouler à quelques mètres du groupe formé par nos officiers. La femme était déchainée. Elle se précipita sur lui et à coups de pied, elle recommence le même manège qu’avec son balai. « Tiens, salaud !! À mon tour maintenant !! Tiens !, tiens !, et tiens ! Tout le monde riait aux larmes. L’allemand réussit à reprendre son aplomb et se remit debout. Jugeant que cela avait assez duré, notre lieutenant-colonel demande à la femme de s’expliquer. « Ben voilà, Monsieur le Général, quand j’ai vu venir les Français, j’ai visité ma maison et j’ai trouvé celui-là dans ma cave. Il avait bu tout mon pinard !... » À chaque geste du soldat allemand, le manche à balai redevint menaçant… « Ce n’est pas tout Monsieur l’Officier, ce salaud-là, oui, oui, parfaitement… Tu ne diras pas le contraire, je suppose… (Il est probable que l’allemand ne comprenait rien du tout à ses explications). Il s’est jeté sur moi et il a voulu m’embrasser ! Non, mais des fois, un allemand !!! C’est alors que je vous l’ai amené. Vous allez surement l’envoyer à Deibler pour qu’il le guillotine ce dégoûtant-là ! » Quatre hommes, baïonnette au canon, l’emmenèrent  à la mairie où d’autres se trouvaient rassemblés. Congédiant la femme le colonel lui dit : « C’est entendu Madame, nous ferons le nécessaire. » Inutile d’ajouter que pendant toute la scène, les poilus se tordaient de rire. Quelques instants plus tard, ayant pris notre « jus », on reprenait la poursuite.

 Sarry_CuperlyNous traversons le village de Lépine. Je suis détaché en équipe de brancardiers avec la compagnie d’Avant-garde. Le soir, à l’approche de la nuit, nous atteignons un village. Une reconnaissance va s’assurer qu’il n’est pas occupé par l’ennemi. Nos canons de 75 envoient quelques rafales d’obus pour activer la fuite des Allemands. Un orage éclate, nous sommes trempés jusqu’aux os quand nous prenons possession du village de la Cheppe. Les rues étaient transformées en torrents. C’est dans vingt centimètres d’eau que nous pataugeons. Seulement, cette nuit-là, c’est la première fois que nous cantonnons depuis notre départ de Wassy. Nous n’avons pas besoin d’être bercés pour nous endormir. Le 13 septembre, à 5 h 00, nous réussissons à découvrir quelques pommes de terre dans une cave, ainsi qu’un rucher ! Nous l’enfumons, et sans être piqués à plusieurs reprises, nous arrivons à prendre quelques rayons de miel. Avec les patates cuites en robe de chambre, nous dévorons ce repas original. À 7 h 00, nous quittons la Cheppe. Nous marchons sur Cuperly où nous faisons une grande halte. La C.H.R. achète un cochon à un civil demeuré dans ce pays et nous le partageons. Nous touchons chacun quelques grammes de ce festin.

 La résistance allemande se fait de plus en plus sérieuse. Nous avançons quand même. Le soir, à la tombée de la nuit, nous atteignons Suippes que les Allemands incendient avant de l’abandonner. Le régiment part en avant-garde d’armée, mais, à Souain, il est obligé de s’arrêter. Des troupes fraîches allemandes nous y attendaient. Je suppose que c’est celles rendues libres après la reddition de Maubeuge. La retraite allemande est terminée. Les combats vont reprendre…

 Un grand merci à D. Browarsky, à T. Cornet, à C. Fombaron et à J. Huret.

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