29 mai 2010

29 mai 1915... 29 mai 2010. Il y a tout juste 95 ans.

                  Carte_29_mai_1915


                                       Legende_carte_29_mai_1915

 

Encore une bien terrible journée pour le 149e R.I…. 
 

La veille au soir, un ordre divisionnaire est donné au 149e R.I.. Le régiment participera à l’attaque générale de la 43e D.I. sur le bois carré et la croupe Sud du fond de Buval. Il attaquera sur le front h2 n2 avec deux bataillons. Chaque bataillon aura 2 compagnies en 1ère ligne. Elles seront suivies de deux vagues successives d’une compagnie. Une section de mitrailleuses avec la première vague et une section du génie avec la seconde. Le 1er bataillon à droite, sur le front n2 T1 est en liaison avec le 109e R.I.. Le 2e à gauche, se trouve sur le front T1 h2 en liaison avec le bataillon marocain et le 158e R.I.. Le 3e bataillon restera chargé de l’occupation du secteur et sera rendu à 2 h 00 sur les lieux suivants : L’E.M. et 2 compagnies aux abris du bois 6. Une compagnie à la haie G. Une compagnie au bois 5. Le signal de l’attaque doit être donné par 3 fusées blanches tirées de la sape T3 à 10 secondes d’intervalle. Des mouvements de troupes allemandes sont signalés toute la nuit ce qui entraîne une canonnade et une fusillade constantes. 

 

                                       Tableau des tués pour la journée du 29 mai 1915 

 

 

                   Graphique_Officiers 

 

 

                      Tableau des blessés et des disparus pour la  journée du 29 mai 1915 


 

               Tableau des sépultures dans le Pas-de-Calais pour la journée du 29 mai 1915

 

 

Groupe_149e_RÀ 2 h 00, toutes les troupes sont en place. À 2 h 30, les trois fusées sont lancées. C’est le signal, l’attaque d’infanterie se déclenche sur toute la ligne. Aussitôt, les Allemands ouvrent un feu d’infanterie et de mitrailleuses très nourri et très violent. L’artillerie ennemie se réveille. L’effet de surprise escomptée n’est pas au rendez-vous. La progression française est arrêtée presque immédiatement au centre, de n1 à T2 en raison des pertes. À ce moment, la 7e compagnie qui se trouve à gauche parvient à la tranchée T3 h2, en raison de l’obscurité. Elle reçoit des coups de feu du 158e R.I. et ne peut s’emparer que d’un élément d’une soixantaine de mètres à partir de T3 sans pouvoir déloger l’ennemi qui est à h2. Celui-ci résiste en lançant des bombes et des grenades à profusion… Les pertes sont lourdes. La 5e compagnie poursuit au-delà de T3 vers le Fond de Buval. Après avoir fait un gain de terrain d’une petite cinquantaine de mètres, elle établit un nouveau barrage en maintenant le terrain conquis. À droite, l’attaque progresse d’environ 100 m. À n2, les soldats s’accrochent au terrain. Vers n1, ils sont bloqués par un feu puissant de l’infanterie et des mitrailleuses allemandes…À l’aube, la partie de tranchée de T3 vers h2 est organisée et reliée à l’arrière, un boyau est creusé, pour réunir la ligne n1, n2 aux éléments de la tranchée que construisent les hommes de la 1ère ligne en utilisant les trous d’obus… La situation reste la même toute la journée. Les Allemands tiennent toujours h2 et h1. Le reste de la journée est consacré à l’organisation du terrain conquis.

 

Livre_d_or_du_clerge_et_des_congregations_1914_1922Une petite notice et une citation concernant Jean Baud ont été trouvées dans l’ouvrage « La preuve du sang : Livre d’or du clergé et des congrégations  (1914-1922) » aux Éditions Paris - Bonne presse. 1925.Jean Baud est  né le 26 décembre 1884 à Morzine dans le département de la Haute-Savoie. Il revient d’Angleterre pour servir au 97e R.I.dans le service auxiliaire en novembre 1914. Il arrive au front en février 1915 au 149e R.I.. Il a pris part aux actions suivantes : 1915 : Artois, Notre-Dame-de-Lorette, Aix-Noulette. Son corps a été identifié le 17 décembre 1915. Il repose dans le Cimetière National Mixte sur la commune d’Aix-Noulette.Citation à l’ordre de l’armée : 22 juin 1915. (J.O. du 15 août 1915).« Au cours du combat de nuit du 29 mai 1915, isolé avec quelques camarades sous un feu violent de mitrailleuses, les a exhortés à continuer le feu. Frappé à mort d’une balle à la tête, a été retrouvé dans la position du tireur couché, l’arme encore épaulée. »Il obtient  également la Médaille Militaire à titre posthume.

 

Je remercie Stéphan Agosto, Arnaud Carobbi, Alain Chaupin, Thierry Cornet, Vincent le Calvez, Michel Porcher, le Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes,  l’association « Collectif Artois 1914-1915 » et la Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Lille. 

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Une lettre écrite le 29 mai 1915 par Lucien Kern.

                 Lucien_Kern

De nouveau un très grand merci à Suzanne Martel, ainsi qu’à ses sœurs Roselyne Duclos et Denise Martel qui me donnent l’autorisation de reproduire ici l’intégralité de la lettre écrite par Lucien Kern le 29 mai 1915 (Cette lettre se trouve en partie dans le livre « Lettres de tranchées »).

 

Samedi 29 mai 1915

 

Ma chère bonne maman,  

Hier au soir, j’ai reçu avec joie et aussi avec mélancolie votre bien-aimée lettre du 9 mai. Comme elle me fait songer davantage à vous tous, à toutes nos affaires. Mon travail que j’ai quitté, vous laissant seule, à la merci des évènements. Oh quelle peine j’ai quand je pense au travail que vous aurez tout l’été et pour l’hiver prochain ! Le bois… Oh ma bonne maman chérie, pardonnez-nous si nous sommes partis à cette affreuse guerre qui est si longue et si cruelle. Le danger que je cours journellement. Les atrocités toujours répétées, le sang, le bruit, nous font beaucoup souffrir. Je songe avec douleur, à l’ouvrage qui vous attend. De toute façon, pourvu que cette guerre horrible finisse bientôt. Tout notre courage  s’en va au fil des jours. C’est très long et trop sanglant. Aujourd’hui encore, la matinée a été dure. Nous avons attaqué à deux heures et demie du matin. Je suis  fatigué et quelque peu dégoûté de cette vie qui n’est qu’un enfer continuel. Je suis toujours en bonne santé, et je souhaite qu’il en soit  ainsi pour vous, pour Marguerite et pour Georges. Ma bonne maman chérie, l’heure de l’épreuve a sonné pour notre famille. Je ne reçois toujours rien de mon pauvre frère Eugène. Il est compté disparu. Mais j’ai la ferme espérance qu’il est prisonnier. Les lettres prennent beaucoup de temps pour venir d’Allemagne. Il faut le croire, espérons. Je n’ose envisager autre chose, car avec tous mes tourments, je serai bientôt malade. Maintenant, autre chose dont je suis sûr et il faut que vous  le sachiez. Mon autre frère que j’aime tant, Aimé, est blessé, d’une balle dans le bas du dos. La blessure, quoique grave n’a heureusement atteint aucun organe essentiel. C’est l’infirmier d’Aimé qui le soigne qui me l’a écrit de la part de mon frère. Étant couché, il ne peut guère écrire. Soyez donc sans inquiétude, ma chère maman. Il reviendra à la vie, l’infirmier me disant qu’Aimé pourrait écrire d’ici huit ou dix jours. Oh quand même, que l’épreuve est dure. Toutes ces nouvelles, coup sur coup, m’ont brisé quelque peu. Que de fois en cachette je pleure. Mais combien je redouble de prières pour mes frères, pour vous, pour moi, pour me donner et à vous tous, le vrai courage. La patience de surmonter toutes les épreuves que Dieu nous envoie. Je souffre, c’est vrai, depuis neuf mois, mais plus que je n’ai souffert dans tout le reste de ma vie… Je suis le seul de nous trois sur le front. J’y suis allé le premier, et pas une égratignure jusqu’à ce jour samedi 29 mai à midi… Alors, le vieux Ovila n’est plus dans ma baraque. Le blé doit être grand partout. Comme j’aimerais être là-bas et travailler. Moi qui aimais tant arracher le reste de mes souches, regarder avec joie mon petit blé. Nos pauvres chevaux, ils doivent être maigres, et la petite Vivousse qui vous donne de la misère. Avez-vous au moins assez de vivres ?... Je vois en pensée votre jardin et vous au milieu. Que la séparation est longue. Quant à la terre de Lacerte, ma foi, il n’est pas nécessaire de se tourmenter, faites comme vous pouvez. Espérons et prions que la guerre ne sera plus longue, surtout après l’intervention de l’Italie. Oh ! Comme j’aimerais être de retour  près de vous, pour vous protéger, vous aimer, à l’hiver prochain. En attendant, il faut se battre, se tuer alors que nous devrions être si heureux ensemble. Si j’avais su ce qu’il en est, j’aurais été moins vif à venir. Mais c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. De loin, je vous aime plus que jamais, je vous embrasse de tout mon cœur. Votre fils cher Lucien Kern.

 

Références bibliographiques :

La carte utilisée pour le montage photo est extraite du J.M.O. du 25e R.I.T., sous-série 26 N 778/5.

« Lettres de tranchées ». Correspondance de guerre de Lucien, Eugène et Aimé Kern, trois frères manitobains, soldats de l’armée française durant la première guerre. Editions du blé. Saint-Boniface (Manitoba) Canada. 2007.

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04 juin 2010

Capitaine Maurice Crépet (1878-1915).

                Capitaine_Cr_pet

 

Maurice Crépet est né le 3 mars 1878 à Gigny, commune de la Saône-et-Loire.Il est le fils de Julien et de Jeanne Danguy.

Il quitte le lycée Condorcet de Paris en 1897. Saint-Cyrien de la promotion « Bourbaki », il sort de l’école en 1899.

Promu au grade de capitaine le 23 juin 1913, il se retrouve à la tête de la 2e compagnie le 15 juillet 1913, au moment du départ pour les marches des Vosges.

Au début du conflit, il commande toujours la 2e compagnie. Il prend le commandement du 1er bataillon au début septembre 1914, pour le conserver jusqu’au début janvier 1915, où il retrouve sa compagnie. Tué à l’ennemi le 29 mai 1915 dans le secteur d’Aix-Noulette.

 

1ère citation à l’ordre de l’armée: (29 septembre 1914).  

« Le 19 septembre 1914 a conduit avec vigueur une attaque à la baïonnette ayant pour but de dégager le front sud d’un village, presque entièrement entouré par l’ennemi, l’a refoulé et lui a fait 80 prisonniers. »


 2e citation à l’ordre de l’armée: (22 juin 1915).

«  Le 29 mai 1915, a fait preuve d’un grand courage en entraînant sa compagnie dans une attaque au petit jour contre les tranchées allemandes ; tué au cours du combat. »

 Un grand merci à T. Cornet, M. Porcher et au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

Référence bibliographique :

« Lycée Concorcet : Livre d’or de la Grande Guerre 1914-1918 ». Editions Cahors, imprimerie typographique A. Coueslant. 1919.

« Livre d'or des Saint-Cyriens morts aux champ d’honneur ». Editions Paris Imprimerie Nationale. 1922.

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11 juin 2010

Commandant Henri François (1876-1914).

                  Copie_de_Commandant_Fran_ois

 

Le commandant Henri  François est né le 15 janvier 1876 à Zutkerque, petite commune située dans le Pas-de-Calais. Il est le fils de Louis François et d’Alix Marie Delattre. Henri François se marie avec Marie Marguerite François en 1906 à Arras. Après avoir signé un engagement volontaire de 3 ans à Versailles, il est  admis à l’école spéciale militaire en 1895. Saint-Cyrien de la promotion de Tananarive (1895-1897). Il arrive en décembre 1911 au 149e R.I., nouvellement promu dans le grade de capitaine, pour prendre le commandement de la 6e compagnie. Il sera à la tête de cette compagnie jusqu’au 1er septembre 1914. Il est  nommé chef de bataillon à titre temporaire. Il prend ainsi le commandement du 2e bataillon de son régiment  à partir du 2 septembre 1914 et cela jusqu’au moment où il se fera tuer quelques jours plus tard dans le secteur de  Souain, le 24 septembre 1914.

 

Décorations
 

Chevalier de la Légion d’honneur par décret du 31 décembre 1913. 
 

1ère citation à l’ordre de l’armée (ordre du 29 septembre 1914) :

« Le 19 septembre à dirigé avec beaucoup d’énergie, le combat livré dans un village par deux bataillons du 149e R.I., de 5 à 17 heures et a réussi à dégager ce village presque complètement entouré ; a tenu tête toute la journée à un ennemi supérieur en nombre ; l’a refoulé et lui a fait 120 prisonniers. (Journal officiel du 9 octobre 1914).

 

2e citation à l’ordre de l’armée (ordre du 2 octobre 1914) :

«  Atteint d’un éclat d’obus, est mort à la tête du bataillon dont il avait pris le commandement pour la durée de la guerre et où il avait fait preuve des plus brillantes qualités d’entrain, de bravoure et d’intelligence. Avait en particulier, puissamment contribué à repousser de violentes attaques dirigées contre un village bombardé et incendié, à en chasser l’ennemi qui y avait pénétré et à maintenir dans la situation la plus critique, la possession de ce village. (Journal officiel du 24 octobre 1914).

 

Un grand merci à C. Leclair, à A. Carrobi, à J. Huret, à  M. Porcher et au Service Historique de la défense de Vincennes.

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17 juin 2010

Témoignage de Louis Cretin : marche ou "crève" pauvre biffin !!!

                  Carte_wassy

 

Je renouvelle tous mes remerciements à  D. Browarsky pour son autorisation à retranscrire sur ce blog de larges passages du témoignage de Louis Cretin. Les cartes qui accompagnent ce texte ne donnent qu’une idée approximative du chemin parcouru par le 149e R.I. pendant cette période.

Du 6 au 12 septembre 1914.

Dommartin_LettreeEmbarqués à Darneuilles, nous passons à Mirecourt, Toul, Joinville et nous débarquons le 6 septembre au matin à Wassy. Nous cantonnons à Attencourt et à Pont-Varin. Toute la journée, ainsi que celle du 7 septembre, des convois de civils fuyant l’invasion passent sans arrêt se dirigeant vers le Sud. Cela fait pitié à voir. Le canon gronde dans le lointain et parait se rapprocher. Dans la journée, le régiment reçoit de nouveaux renforts. Dans le nombre, nous en avons qui sont âgés de 40 ans et plus. Dans l’après-midi, sous les coups de 15 h 00, nous mettons sac au dos et en route. Il fait une chaleur « sénégalienne »… Le soir, nous faisons une grand’ halte d’une heure à Montier-en-Der, puis nous repartons. Toute la nuit, nous marchons… Le commandant François du 2e bataillon menace de son révolver les hommes qui tombent de fatigue. Vers 3 h 00, nous n’en pouvions plus. Cela faisait 11 heures que nous marchions. Les traînards devenant de plus en plus nombreux, nous étions chargés de les grouper, puis de les faire avancer quand même. Enfin, l’ordre nous est donné de prendre quelques repos sur place. 50 kilomètres dans « les guibolles »  depuis hier ! Nous passons deux heures et demie dans une prairie et nous repartons. À 9 h 00, ordre est donné de consommer les vivres de réserve… C’est très facile, nous n’en avons plus depuis la retraite de Lorraine !!! Vers midi, de nouveau une grand’ halte d’une heure où on nous lit le fameux communiqué de Joffre. «  Se faire tuer sur place plutôt que de reculer. » On bouffe des kilomètres, c’est notre seule nourriture. Le soir, vers 18 h 00, nous bivouaquons près du village de Dampierre où nous passons la nuit. La canonnade est très violente. Elle devient de plus en plus proche. Le 9 septembre, de grand matin, le régiment prend contact avec les Allemands. Cette fois nous sentons qu’une grande bataille s’engage, à l’acharnement que mettent les Allemands à vouloir aller de l’avant. Les nôtres opposent une barrière infranchissable et ne cèdent pas un pouce de terrain. Au contraire, en fin de journée, nous avons légèrement avancé. L’après-midi, je suis désigné pour une corvée d’eau à Dampierre. La chaleur est très grande. Nous remplissons trois tonneaux et nous revenons à la recherche du régiment qui avait changé de place. Nous marchons à l’aventure jusqu’à 1 h 00. Enfin, nous le retrouvons dans l’après-midi. En cours de route, la chaleur avait disjoint les douves des tonneaux et l’eau s’était perdue, écoulée sur le sol, pendant le trajet. C’est à peine si chaque homme de la C.H.R. en reçut un quart. Chaque compagnie avait sa corvée personnelle. Heureusement, le temps se couvre et il se met à pleuvoir sur le matin du 10. Nous marchons… Nous marchons toujours et à chaque arrêt, nous installons notre toile de tente en forme de gouttière, pour recueillir la pluie dans nos bidons. On serre l’étoffe et on suce l’extrémité. C’est terrible la soif ! Cette journée, je vais de nouveau à la corvée d’eau. Cette fois, c’est à Saint-Ouen. C’est le même manège que la veille, mais nous en rapportons davantage. Chaque homme perçoit un demi-litre. Durant la corvée, j’ai pu boire à ma soif. Le train régimentaire nous délivre en outre du café et une ration de légumes… Mais impossible de s’arrêter Dommartin_Lettree_Sarrypour les cuire ! Le 11 septembre, la poursuite proprement dite commence. La marche devient plus rapide. Dans l’après-midi, la pluie tombe à nouveau. On refait le même truc pour obtenir de l’eau. Dans la nuit, nous faisons une grand’ halte. Nous mettons le feu à un énorme tas de fagots. Beaucoup s’étaient déséquipés pour sécher leur chemise à la flamme du brasier, en dansant aux alentours. Toujours rien à manger… Et quel contraste, cette nuit, nous dormons quelques heures enfouis dans des gerbes de blé. Le lendemain matin, la poursuite reprend et cette fois, c’est presque au pas de gymnastique que nous partons. Les officiers nous activaient sans cesse. Nous nous demandions pourquoi ! C’est que nous nous approchions de la grande ligne de Paris-Nancy  et de la Marne. Il fallait essayer d’arriver avant que les Allemands n’aient fait sauter les ponts. La ligne de chemin de fer est atteinte vers 8 h 00 à une dizaine de kilomètres à droite de Châlons. Et cela, toujours en accélérant, sans pause, sans rien… Même pas de tabac… Nous arrivons à la Marne. Heureusement, les Allemands n’ont pas trouvé le temps de couper les ponts. Nos éléments avancés et les éclaireurs du régiment firent prisonniers les Allemands qui étaient occupés  à préparer les fourneaux de mine. Le 149e R.I. passe la rivière et fait la grand' halte à Sarry.  (A suivre...)

 

  

Références bibliographiques :

Les morceaux de cartes utilisées proviennent de la carte  Michelin Champagne-Ardennes n° 241.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

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22 juin 2010

Témoignage de Louis Cretin : une « Gorgone Sarrysienne ».

                  Sarry

De nouveau un grand merci à D. Browarsky. Voici la suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Marche ou crève pauvre biffin !!! »

 

Le 149e R.I. passe la rivière et fait la grand-halte à Sarry.  Ici se passe une scène comique que je vais essayer de raconter.

Nous venions de traverser la Marne, après une poursuite accélérée. À présent, tranquillisés pour le passage de nos convois, le pont sur la rivière étant intact, nos officiers venaient de donner l’ordre au régiment de souffler un coup. Nous en avions grand besoin. Les faisceaux étant formés, les poilus s’activaient à la confection d’un « jus ». Nous étions rangés de chaque côté de la grande rue de Sarry. Notre lieutenant-colonel, les chefs de bataillons et les officiers de compagnies faisaient « les cent pas », au centre, quand tout à coup, l’on entendit des cris perçants. Levant la tête, nous vîmes surgir du seuil d’une maison un allemand déséquipé et qui paraissait peu solide sur ces jambes. Il était suivi immédiatement d’une bonne femme échevelée, le chignon en bataille, le corsage à moitié dégrafé, armée d’un balai. Elle scandait chaque phrase qu’elle criait d’un coup énergique sur l’échine de l’homme. Apercevant nos officiers, l’allemand se dirige vers eux. Il est suivi de son « ange gardien ». Tous les poilus suivaient la scène, des quolibets fusaient. Un loustic cria « Vas-y la mère, ce n’est pas ton chéri. » Les coups redoublaient… « Ah le brigand », pan, « tiens voleur !, ça t’apprendra. » À chaque argument frappant, l’allemand faisait une génuflexion. Après un coup plus violent que les autres, le balai finit par casser en deux, l’envoyant rouler à quelques mètres du groupe formé par nos officiers. La femme était déchainée. Elle se précipita sur lui et à coups de pied, elle recommence le même manège qu’avec son balai. « Tiens, salaud !! À mon tour maintenant !! Tiens !, tiens !, et tiens ! Tout le monde riait aux larmes. L’allemand réussit à reprendre son aplomb et se remit debout. Jugeant que cela avait assez duré, notre lieutenant-colonel demande à la femme de s’expliquer. « Ben voilà, Monsieur le Général, quand j’ai vu venir les Français, j’ai visité ma maison et j’ai trouvé celui-là dans ma cave. Il avait bu tout mon pinard !... » À chaque geste du soldat allemand, le manche à balai redevint menaçant… « Ce n’est pas tout Monsieur l’Officier, ce salaud-là, oui, oui, parfaitement… Tu ne diras pas le contraire, je suppose… (Il est probable que l’allemand ne comprenait rien du tout à ses explications). Il s’est jeté sur moi et il a voulu m’embrasser ! Non, mais des fois, un allemand !!! C’est alors que je vous l’ai amené. Vous allez surement l’envoyer à Deibler pour qu’il le guillotine ce dégoûtant-là ! » Quatre hommes, baïonnette au canon, l’emmenèrent  à la mairie où d’autres se trouvaient rassemblés. Congédiant la femme le colonel lui dit : « C’est entendu Madame, nous ferons le nécessaire. » Inutile d’ajouter que pendant toute la scène, les poilus se tordaient de rire. Quelques instants plus tard, ayant pris notre « jus », on reprenait la poursuite.

 Sarry_CuperlyNous traversons le village de Lépine. Je suis détaché en équipe de brancardiers avec la compagnie d’Avant-garde. Le soir, à l’approche de la nuit, nous atteignons un village. Une reconnaissance va s’assurer qu’il n’est pas occupé par l’ennemi. Nos canons de 75 envoient quelques rafales d’obus pour activer la fuite des Allemands. Un orage éclate, nous sommes trempés jusqu’aux os quand nous prenons possession du village de la Cheppe. Les rues étaient transformées en torrents. C’est dans vingt centimètres d’eau que nous pataugeons. Seulement, cette nuit-là, c’est la première fois que nous cantonnons depuis notre départ de Wassy. Nous n’avons pas besoin d’être bercés pour nous endormir. Le 13 septembre, à 5 h 00, nous réussissons à découvrir quelques pommes de terre dans une cave, ainsi qu’un rucher ! Nous l’enfumons, et sans être piqués à plusieurs reprises, nous arrivons à prendre quelques rayons de miel. Avec les patates cuites en robe de chambre, nous dévorons ce repas original. À 7 h 00, nous quittons la Cheppe. Nous marchons sur Cuperly où nous faisons une grande halte. La C.H.R. achète un cochon à un civil demeuré dans ce pays et nous le partageons. Nous touchons chacun quelques grammes de ce festin.

 La résistance allemande se fait de plus en plus sérieuse. Nous avançons quand même. Le soir, à la tombée de la nuit, nous atteignons Suippes que les Allemands incendient avant de l’abandonner. Le régiment part en avant-garde d’armée, mais, à Souain, il est obligé de s’arrêter. Des troupes fraîches allemandes nous y attendaient. Je suppose que c’est celles rendues libres après la reddition de Maubeuge. La retraite allemande est terminée. Les combats vont reprendre…

 Un grand merci à D. Browarsky, à T. Cornet, à C. Fombaron et à J. Huret.

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30 juin 2010

Livre d'or des élèves et anciens élèves des écoles nationales d'arts et métiers.

Livre_d_or_arts_et_m_tiersDifférentes citations trouvées dans le livre d’or des élèves et anciens élèves des écoles nationales d’arts et métiers. Éditions imprimerie de la Montligeon. La chapelle-Montligeon (Orne). 1927.  

 

 École de Châlons-sur-Marne :

René Jannel : (Châlons-sur-Marne. 1896), de la Maison Maximin Jannel et ses fils (machines agricoles) à Martinvelle dans les Vosges. Sous-lieutenant au 149e R.I..

Citation à l’ordre de l’armée, comportant l’attribution de la croix de chevalier de la légion d’honneur et de la croix de guerre à titre posthume :

«Le 3 mars 1915, lors d’une attaque allemande sur les tranchées de 1ère ligne, devant Noulette (Pas-de-Calais) a été tué en entraînant sa section à la contre-attaque, devant un feu violent de mitrailleuses.» .

Marcel Vory : (Châlons-sur-Marne. 1910), ingénieur-électricien. Aspirant au 149e R.I., mort pour la France, le 29 mai 1915, à Notre-Dame-de-Lorette. (Pas-de-Calais).

Citation à l’ordre de l’armée :

«Le 29 mai 1915, à Notre-Dame-de-Lorette, a entraîné brillamment ses hommes à l’attaque des tranchées allemandes au cri de «En avant». Est tombé glorieusement à la tête de sa section.»

École d’Aix-en-Provence :

Eugène Bessière : (Aix 1901) ingénieur-architecte à Épinal (Vosges). Soldat au 149e R.I.. Mort pour la France, le 19 septembre 1914 à Souain (Marne).

École de Cluny :

Raymond Guiller : (Cluny 1903), sergent-fourrier au 149e R.I.. Mort pour la France, le 8 novembre 1916, à Harbonnières (Somme).

Citation à l’ordre de l’armée (15 novembre 1916) :

«A rendu de très grands services comme comptable, à la 2e compagnie de mitrailleuses depuis sa formation. Nommé chef de section, a rempli son rôle avec beaucoup d’entrain.A été tué le 8 novembre 1916, par un éclat d’obus, alors qu’il maintenait une pièce de sa section, dans une position importante, sous un violent bombardement.»

École de Lille :

Marius Voisin : (Lille 1911), caporal au 149e R.I.. Mort pour la France, le 13 septembre 1915, d’un éclat d’obus à la tête, aux environs de Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais).

École de Paris :

Maurice Gérard : (Paris 1914), sergent au 149e R.I..Mort pour la France, le 4 septembre 1916, à Soyécourt (Somme). Citation à l’ordre de l’armée comportant l’attribution de la médaille militaire et de la croix de guerre à titre posthume :

«Très brave sous-officier, s’est bien conduit au feu. Tué par un obus, le 4 septembre 1916, au cours d’une corvée de ravitaillement, sous un bombardement violent.»

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07 juillet 2010

Témoignage de Louis Cretin : indicibles souffrances.

Carte_photo_2

De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Une Gorgone Sarrysienne ».

 

 La semaine qui vient de s’écouler du 7 au 14 septembre inclus fut pour mon compte personnel, la plus pénible. Ce fut la plus dure de toute la campagne. Nous avons terriblement souffert de la faim, de la soif, du manque de repos, de la chaleur, de la pluie et d’un épuisement physique complet. Même à présent, je me demande comment nous avons pu supporter tout cela. Vraiment, la résistance humaine a des ressources insoupçonnées. Il est vrai que le facteur moral a dû jouer un rôle primordial. Il est probable que si au lieu d’être les poursuivants nous avions été  les poursuivis, avec toutes ces misères nous serions tombés aux mains de l’ennemi. D’abord la faim, et cela pendant 7 jours. Nous avons simplement touché une boule de pain au moment de partir de Carte_Cuperly__La_CheppeWassy… Le 10 septembre, nous recevons un peu de  café et une ration de légumes. C’est tout !!! Pendant les opérations mouvementées du début de la campagne, et par la suite, à chacun de nos déplacements dans un secteur nouveau éloigné du précédent, nous avons été souvent plusieurs jours sans ravitaillement. Cela tient  à nos changements journaliers et rapides. La plupart du temps, notre train régimentaire ne pouvait pas nous atteindre. De plus, en tant que brancardiers, nous sommes souvent répartis par équipe de 4 hommes dans des compagnies souvent éloignées les unes des autres. Nous ne pouvons pas, dans ces conditions toucher nos distributions. Pendant la bataille de la Marne, nos convois de vivres ne nous trouvèrent qu’une seule fois, près de Dampierre. Cela, juste avant la poursuite des Allemands. Ce que nous avons reçu fut plutôt maigre … Du café, du sucre et une ration de légumes, lesquels ne furent jamais cuits. Nous avons connu la faim… Pour chercher à la tromper, nous mâchions des feuilles d’arbres le plus souvent… Très heureux quand nous trouvions une plante de rhubarbe dans un jardin. (Mais le camp de Mailly n’est pas, à proprement parler un potager.) Ce régime pouvait être efficace pour une personne obèse, mais il n’est pas recommandé pour les troupes en campagne. La soif, ah la soif ! Ça, c’est le plus terrible. Marcher sous un soleil ardent et n’avoir rien à boire… La gorge est sèche, plus de salive. Les puits que nous rencontrions étaient souillés. Défense était faite d’y puiser de l’eau. La souffrance était d’autant plus atroce que tout le long du trajet, des bouteilles de champagne vides jalonnaient notre route. Nous étions heureux quand il pleuvait. Nous sucions nos pans de capote, ou l’extrémité des toiles de tente. Nous essayions de recueillir quelques gouttes dans nos bidons en formant une gouttière. Après, nous n’en avions que plus soif. Nous aurions bien aimé plonger la tête dans de l’eau fraîche et boire goulument, longuement, très longuement. Pour apaiser la soif, nous utilisions un truc qui était assez efficace, qui consistait à mettre un petit caillou dans la bouche, cela maintenait un peu de salive. C’est tout ce que nous pouvions faire. Le manque de sommeil et de repos est pénible également. Marcher de jour cela passait encore, mais de nuit c’était plus dur. Machinalement nous fermions les yeux. Quand un arrêt se produisait, nous allions buter la face dans le sac ou l’ustensile de campement de celui qui nous précédait. Sitôt arrêtés, nous nous couchions par terre et le sac comme oreiller, sans même le déboucler. Nous ronflions immédiatement comme dans un lit bien moelleux. En fait de lit, ce n’était souvent qu’un tas de cailloux. (À suivre …)

La photographie de groupe a été réalisée avant le début du conflit.

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

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11 juillet 2010

Livre d'or de l'école professionnelle de Nancy.

Livre_d_or_de_l__cole_professionnelle_de_NancyLes citations suivantes ont été relevées dans le livre d’or de l’école professionnelle de l’est de Nancy. Cet ouvrage a été réalisé par l’association amicale des anciens élèves de l’école professionnelle Loritz et de l’école professionnelle de l’est de Nancy. Editions graphiques – Jarville – Nancy. 1922.

René Bœglin : (présent à l’école de 1907 à 1911). Ingénieur des Arts et Métiers. Aspirant, chef de section au 149e R.I. le 4 mars 1915, puis sous-lieutenant le 6 août 1916.

Citation à l’ordre du corps d’armée :

« Au cours de l’attaque de Lorette, le 9 mai 1915, sa section étant arrêtée par le feu d’une mitrailleuse allemande, est resté debout pour indiquer l’objectif et à entraîné ses hommes à l’assaut. Blessé peu de temps après. »

Citation à l’ordre de l’armée :

«  Tout jeune officier a dû prendre le commandement de sa compagnie, le 24 septembre dans des conditions difficiles. À montré à ce poste les plus belles qualités de courage et d’énergie et une haute idée de ses devoirs de chef. À été grièvement blessé en enlevant ses hommes sous un bombardement violent. Titulaire d’une citation à l’ordre du corps d’armée. »

Chevalier de la Légion d’honneur.

Jean Lœillet : Étudiant en pharmacie, répétiteur à l’École Professionnelle de l’Est. Sergent au 149e R.I..  A été blessé mortellement le 25 août 1914 au combat de Ménil, commune de Nossoncourt.

Citation à l’ordre de l’armée, du 13 septembre 1915 :

« Le 25 août 1914, au combat de Ménil-sur-Belvitte, a donné à ses hommes un bel exemple d’intrépidité en les entraînant en avant à la baïonnette, sous des feux extrêmement violents. Blessé très grièvement est resté sur le terrain occupé peu après par l’ennemi. Sous-officier plein d’allant. »

Pierre Sainglas : (présent à l’école de 1908 à 1913). Négociant à Nancy. Sergent au 149e R.I..

Citation à l’ordre du régiment :

« Pendant toute la période du 8 au 12 mars 1916, devant Verdun, s’est acquitté d’une façon parfaite de ses fonctions d’agent de liaison auprès de son capitaine, remplissant sa mission sous les bombardements les plus violents avec un sang-froid digne de toute éloge. »

Citation à l’ordre du G.Q.G., du 8 avril 1919 :

« Excellent sous-officier qui s’est fait remarquer par sa bravoure et son entrain aux combats livrés sur l’Yser, à Notre-Dame-de-Lorette, à Verdun. A été blessé grièvement trois fois en combattant. »

Médaille militaire : (J.O. du 24 mai 1919, rang du 8 avril 1919.)

À signaler deux soldats qui firent un passage au 149e R.I..

Paul Kuehn : (présent à l’école de 1899 à 1901). Ingénieur électricien.

Sergent au 149e R.I., puis sous-lieutenant au 249e R.I., blessé en champagne en avril 1917.

Deux citations à l’ordre de la division :

1ère citation :

« Officier très brave et très énergique. A maintenu sa section pendant 6 jours dans une tranchée constamment bouleversée par les obus et les torpilles et a repoussé une violente attaque allemande en lui infligeant de fortes pertes. »

2e citation :

«  Officier d’une énergie et d’un sang-froid remarquables. Grièvement blessé le 28 mars 1917 en conduisant, sous un feu violent d’artillerie lourde, une reconnaissance au contact de la position ennemie. Son détachement ayant été décimé est resté seul avec trois hommes, cherchant par tous les moyens à accomplir sa mission. »

Chevalier de la Légion d’honneur (J.O. du 1er janvier 1921.)

Edgard Bachoffner : (présent à l’école de 1909 à 1913). Agent en douane et transport. Soldat aux 21e, 149e et 174e R.I..

À été blessé le 21 juillet 1918, à l’attaque de Bézu-Saint-Germain.

Citation à l’ordre du 174e R.I., du 5 août 1918 :

«  Soldat brave et dévoué. S’est très bien conduit pendant l’attaque du 18 juillet, au cours de laquelle il a montré un entrain remarquable. »

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17 juillet 2010

Sergent Marie Joseph Thiriat (1891-1914).

               Sergent_Thiriat__1_

 

Né le 2 février 1891  à Harol, village situé sur le canton de Dompaire dans le département des Vosges. Il est le fils de Charles et d’Elie Sidonie Perrin. Marie Joseph Thiriat a été élève au séminaire de Saint-Dié. Sergent à la 5e compagnie, il est tué le 9 août 1914 par suite de coup de feu à l’ennemi.

Quelques jours après le commencement de la guerre, il écrit à une de ses tantes qui vit à Saint-Dié les quelques lignes suivantes : 
 

«  Rassure-toi, je suis encore en vie. D’ailleurs, nous n’avons pas encore vu les Allemands. Nous attendons l’arme au bras. La frontière est là, toute proche… Nous faisons une cure d’air dans les sapins. Pas de poulet, mais du singe à volonté. Nous ne sommes pas malheureux. Nous sommes gais comme des pinsons. On chante, on rit, en attendant la danse… » 
 

Le billet n’est pas daté, mais il est très facile de lui en donner une. C’était deux ou trois jours avant, ou même peut-être la veille de la grande attaque des cols, de celui de Sainte-Marie en particulier, qui eut lieu le dimanche 9 août 1914. 
 

Ses derniers instants… 
 

Debout au milieu de ses hommes, le sergent Thiriat fonça sur l’ennemi comme un lion. Touché par une balle, il s’arrêta subitement, il avait le poignet brisé. Aller au poste de refuge pour se faire panser de suite semblait être indiqué. Ses hommes le lui criaient, mais il secoua la tête et n’en fit rien. Tirant de son sac les linges qui s’y trouvaient, il fit lui-même de sa main libre le pansement sommaire de celle qui était blessée. Couchez-vous, lui cria-t-on, les Allemands vont vous apercevoir !... Grand comme il était, il pouvait être distingué. Mais une seconde balle arrive. C’est le lieutenant Camus qui la reçoit à la tête et qui tombe. Le sergent Thiriat sursaute à cette vue. Il réunit ses hommes qui semblent désemparés, ceux du lieutenant frappé et les siens propres et, dans un élan nouveau, les mène au combat qui se prépare. Hélas, une troisième balle siffle, il tombe à son tour pour ne plus se relever. Cette fois, c’est à la mâchoire et à la tête qu’il est touché. Il est transporté à l’écart, il y rendit  le dernier soupir dans la nuit.

 

Un très grand merci à Éric Mansuy.

 

Référence bibliographique : « Reliques sacrées » de Louis Colin. Paris, Bloud & Gay. 229 pages.

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