29 décembre 2010

Derniers souffles de vie du capitaine Lescure.

                 Colonel_Menvielle

De  nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Une volée de bois vert pour la 4e compagnie ».

Le capitaine et les chefs de sections, en profitèrent pour observer ce qui se passait en avant. On entendait les obus éclater et on voyait les camions allemands qui roulaient sur la route nationale qui va de Nancy vers Paris. Pas très loin de nous, nous avions vu aussi le colonel Menvielle qui observait avec ses jumelles le mouvement des troupes allemandes. Nous étions fort déçus de ne pas entendre notre artillerie tirer sur ces camions, qui se dirigeait vers Paris sans être inquiétés, pas plus par nos canons que par nos mitrailleuses. Nous ne comprenions pas. Nous avons su plus tard que les officiers l’E.M. du C 2 d’artillerie avaient été tués à proximité d’un pont, sur lequel passait la voie ferrée qui conduisait au casernement du camp. Toute la journée, nous sommes restés dans le secteur en attendant les ordres. Le lendemain, nous nous dirigions vers le signal de Sompuis. Nous avancions lentement, prudemment et nous nous arrêtions même souvent, longeant les bosquets de pins pour ne pas être vus.

Le capitaine Lescure, cette fois à pied, vint trouver le capitaine Altairac. Ils parlèrent entre eux, étudièrent probablement la situation dans laquelle nous nous trouvions et décidèrent d’aller de l’avant. Chaque section prit la place désignée et les soldats se déployèrent en tirailleurs. Je fus surpris de voir le chef de bataillon Lescure venir se placer à ma droite et à quelques mètres de moi sur la même ligne. Il donna l’ordre d’avancer et partit en même temps que nous. Nous quittions alors le bosquet de pins derrière lequel nous étions placés pour arriver en terrain découvert.

                  Carte_journ_e_du_10_septembre_1914

 

Après avoir avancé d’une cinquantaine de mètres environ, l’artillerie allemande, qui nous a certainement aperçus tira sur nous et envoya des obus 77 fusants. Le premier éclata juste au-dessus de nous à une hauteur de 40 à 50 m et blessa grièvement le commandant. Quelques secondes après, arriva un deuxième fusant 77 qui éclatacomme le premier, juste au-dessus de nous et blessa mortellement le capitaine Lescure. Aussitôt, mes soldats se couchèrent sur le sol et reculèrent en rampant pour s’abriter et se cacher sous les pins où ils se trouvaient avant le départ. Les infirmiers accoururent pour panser le chef de bataillon, mais celui-ci était mort. Après l’explosion du deuxième obus, l’artillerie allemande cessa de tirer.  

Dès cette accalmie, nous avons cherché à regrouper les soldats de la compagnie, dispersés, cachés, couchés sous les pins. Nous avons trouvé plusieurs blessés dont le sergent-major Sibille, un réserviste qui avait la cuisse presque entièrement percée par une balle de shrapnel. Nous avons trouvé plusieurs tués, Vauthier de Fontenoy-le-Château, Lullier et d’autres dont je ne me rappelle plus les noms. Les infirmiers vinrent aussitôt nous aider à panser les blessures, puisque chaque soldat avait son paquet de pansement. Ceux utilisés étaient peu résistants. Ensuite, nous avons fait l’appel, section par section et aussitôt nous nous sommes mis à la recherche des absents. Après un long repos, et n’entendant plus le canon, le capitaine Altairac et le lieutenant Gérardin, décidèrent que nous allions continuer à marcher dans la direction prévue. Après cet arrêt provoqué par le tir de l’artillerie, les soldats de la compagnie avancèrent très prudemment, lentement, sans prononcer un seul mot. 

Ils s’arrêtèrent à l’endroit fixé. Les quatre sections se placèrent, la première face à l’est dans la sapinière, la deuxième face au sud, la troisième face à l’ouest et la quatrième, la mienne, face au nord-est, à la lisière du bosquet de pins. Tous les soldats étaient couchés, déployés en tirailleurs, observant bien le terrain devant eux, prêts à tirer au premier signal. Il commençait à faire nuit et le capitaine a recommandé de bien surveiller et de ne pas nous laisser surprendre par l’ennemi. Peu après, j’aperçois des ombres qui sortent d’un bosquet à quelques centaines de mètres de nous. Je préviens alors mes soldats de ne pas tirer car, je vais reconnaître quelle est cette patrouille. Je sors du bosquet et avec mes jumelles, je reconnais les chasseurs à pied. Je leur fais signe en agitant les bras. Dès qu’ils m’aperçoivent, ils viennent nous trouver et je les conduitsau capitaine. Il les interroge. Les soldats donnent des précisions, sur l’endroit où ils se trouvent, et disent qu’ils viennent se mettre en liaison avec nous. Ensuite ils vont retrouver leur bataillon. (A suivre...)

 

Sources :

Les J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 et du 158e R.I., sous-série 26 N 700/10  ont  été consultés  pour la construction de la carte.

Le portrait du colonel Menvielle provient du tableau d’honneur de la guerre 1914-1918, publié par la revue « illustration ».

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Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à G. Monne.

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05 janvier 2011

Une déclaration amoureuse.

               Auguste_Saetler

Essayons ici de redonner un peu de « vie » à une vieille carte postale qui sommeillait dans le tiroir de l’oubli… Deux chasseurs du 21e B.C.P. et un fantassin du 149e R.I. sont représentés sur la photographie.

 

 Au dos de la carte, un certain Auguste Saetler déclare sa « flamme » à une dénommée Jeanne, habitante de la commune de Châtel-sur-Moselle. 

                                     

Châtel le 6 septembre 1907

Ma chère Jeanne,

Je viens vous faire bien sincèrement l’aveu des sentiments que vous m’avez inspirés. Depuis le moment    j’ai eu le bonheur de vous rencontrer, je me suis senti attiré vers vous et j’ai compris que vous seule pouviez faire mon bonheur. À mesure que j’ai eu l’occasion de juger de votre caractère et d’apprécier vos charmantes qualités, mon affection pour vous s’est accrue. Aujourd’hui, ma chère Jeanne, je ne puis plus résister au sentiment impérieux qui me domine. Je vous aime et j’ai compris tout ce que vous pouviez offrir. Félicité à moi si vous daignez partager votre sort au mien. J’ose vous proposer d’être près de moi, je vous aime jusqu’à la mort. Si vous voulez bien agréer l’offre de ma cour, veuillez vous trouver à côté de la gendarmerie samedi soir à 7 heures et demie. Je m’y rendrai de mon côté. Croyez, ma chère Jeanne à mon plus profond respect.

                                                                                                                                     Auguste Saetler.

Plusieurs questions se posent… Des trois soldats représentés sur la photo, lequel est Auguste Saetler ? Hélas, je ne connais pas la réponse. Est-ce que Jeanne est venue au rendez-vous fixé ?

Après de nombreuses recherches, voici quelques informations complémentaires qui pourraient bien confirmer la présence de Jeanne à ce rendez-vous…

Le 21 avril 1908, un certain Auguste Saetler épouse une dénommée Jeanne Renaud dans la commune de Châtel-sur-Moselle… Les signatures d’Auguste apposées sur l’acte de mariage et sur la carte postale sont vraiment très ressemblantes.

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               Auguste_Saetler

 

Auguste Saetler est né le 29 janvier 1883 à Kogenheim, petite ville du Bas-Rhin. Fils de Georges et de Catherine Zuber, il se retrouve orphelin de mère dès l’âge de 13 mois.

Engagé volontaire de la classe 1914, il est immatriculé sous le n° 2673 au recrutement d’Épinal. En 1918, Auguste est soldat sapeur pionnier au 149e R.I. dans la compagnie hors rang.Il décède des suites de ses blessures le 22 juillet 1918 à l’hôpital d’évacuation d’Auves, commune qui se trouve dans le département de la Marne.

Il a été décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec palme. 

Alsacien, Auguste Saetler utilise un nom d’emprunt durant tout son parcours de guerre. Optant pour le nom de famille de son épouse, il combattra sous le nom d’Auguste Renaud. Le nom d’emprunt était parfois utilisé comme mesure de protection en cas de capture par l’armée allemande. Voici quelques éléments d’informations concernant les Alsaciens-Lorrains qui proviennent du livre écrit par le lieutenant-colonel Albert Carré « Les engagés volontaires Alsaciens-Lorrains pendant la guerre » :

Les_engag_s_volontaires001« Une loi relative à l’admission des Alsaciens-Lorrains dans l’armée française est votée le 5 août 1914. En voici l’énoncé :

Article premier : Les Alsaciens-Lorrains qui contractent pendant le cours de la guerre un engagement volontaire au titre d’un régiment étranger recouvrent sur leur demande et après la signature de leur acte d’engagement, la nationalité française. Ils peuvent en conséquence, être incorporés, après l’accomplissement de cette formalité, dans un corps quelconque de l’armée, s’ils remplissent les conditions d’aptitude exigées pour l’arme dont ce corps fait partie.

Article deux : Le bénéfice des dispositions de l’article précédent est également applicable aux Alsaciens-Lorrains servant dans les régiments étrangers, au moment de la déclaration de guerre, qui en feront la demande.

Dix-sept mille six cent cinquante Alsaciens-Lorrains se sont engagés volontairement pour porter l’uniforme français. Les uns (environ 16000), rejoignirent avant d’être mobilisés, les autres se rendirent sous l’uniforme allemand. Sur un nombre de 25580 prisonniers de guerre, 1650 demandèrent à combattre sous le drapeau français. »

 

Pour appuyer la thèse de la dangerosité pour les Alsaciens-Lorrains de combattre sous l’uniforme français en cas de capture par les Allemands, voici deux documents provenant du Service Historique de la Défense de Vincennes. Ils sont enregistrés sous les cotes 19 N 1157 et 19 N 15 (un grand merci à Éric Mansuy).

 

 

                                                                                                                                    

MINISTERE DE LA GUERRE

Direction de l’infanterie

2e bureau

RECRUTEMENT

Nº 6677 2/1

 

Confidentiel

Paris, le 23 mars 1915

LE MINISTRE DE LA GUERRE

À Monsieur le Général Commandant en chef

Grand Quartier Général

 

Il m’a été rendu compte que certains commandants de recrutement croient devoir faire marquer A.L., les livrets militaires destinés aux Alsaciens-Lorrains engagés volontaires servant aux armées.

Cette façon de procéder,  qui aurait pour effet de désigner les intéressés à l’attention des Allemands au cas où ils seraient faits prisonniers, va à l’encontre du but poursuivi par la dépêche du 24 février 1915 n° 4375 2/1. Or, il importe au plus haut point que l’Alsacien-Lorrain titulaire d’un livret, comportant un état civil d’emprunt, ne puisse d’aucune façon être signalé ou reconnu.

C’est pourquoi, outre les mesures déjà prescrites à ce sujet par la dépêche du 1er mars n° 4708 2/1, il est nécessaire dans ce sens de compléter toutes les pages du livret par des indications correspondant à l’âge des intéressés et à la situation au point de vue du recrutement qu’ils pourraient avoir s’ils avaient été soumis, avant leur engagement aux lois françaises, soit comme engagés, exemptés ou réformés.

En résumé, toutes les indications se rapportant à la situation militaire fictive des intéressés doivent être inscrites sur le livret afin de donner à ce document un aspect d’authenticité indéniable.

D’un autre côté, je suis informé que certains commandants de recrutement laissent entendre que l’Alsacien- Lorrain qui s’engage dans la Légion étrangère doit attendre, pour être versé dans un régiment français, le résultat de la procédure de naturalisation suivie au Ministère de la Justice. Cette manière de voir est une interprétation erronée de la loi du 5 août 1914. En effet, l’article 1er de cette loi spécifie que, du fait de son engagement, l’Alsacien-Lorrain réintègre la qualité de français et peut être versé dans un corps français. Dès lors, l’engagé doit être immédiatement versé dans un corps du service ordinaire s’il en fait la demande aussitôt après la signature de son engagement. Comme conséquence de ces dispositions, les Alsaciens-Lorrains qui auraient été maintenus à la Légion étrangère, bien qu’ayant manifesté le désir d’être admis à servir dans des corps français lors de la signature de leur engagement, devront être versés sur leur demande dans ces corps conformément aux prescriptions du 4e alinéa de la dépêche du 24 février 1915 précitée.

J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien donner des instructions en ce sens.

Pour le ministre, et par son ordre,

Le Colonel  directeur de l’Infanterie,

E. MARGOT.

…….

Le Président du Conseil, Ministre de la Guerre,

Monsieur le Général commandant la … ème  Région.

La dépêche confidentielle n° 4375 2/1 du 24 février 1915 (8e alinéa), spécifie que le bureau de recrutement qui a immatriculé les engagés Alsaciens-Lorrains doit seul posséder leur véritable état civil.

D’un autre côté, la dépêche confidentielle n° 7870 2/1 du 8 avril suivant, rappelle cette disposition et indique que les unités, auxquelles les Alsaciens-Lorrains sont affectés, ne doivent connaître ni le vrai nom de ces derniers, ni leur véritable lieu d’origine, ni l’adresse de leurs parents restés en Alsace-Lorraine.

Or, il est rendu compte que, dans maintes circonstances, l’application de ces dispositions a donné lieu à des erreurs.

Pour remédier aux inconvénients signalés je décide que les livrets matricules véritables des Alsaciens-Lorrains servant dans l’armée française seront désormais confiés aux chefs de corps. Cette opération s’effectuera de la façon suivante :

Les commandants  des dépôts et les commandants des corps en campagne feront rechercher discrètement, dans les unités sous leurs ordres, les  Alsaciens-Lorrains qui servent sous un état civil d’emprunt.

Chaque chef de corps en campagne adressera la liste des Alsaciens-Lorrains au commandant du dépôt. Ce dernier établira une liste complète de tous les Alsaciens-Lorrains qui servent au régiment, soit au dépôt, soit aux armée, et au moyen de cette liste réclamera les livrets matricules des militaires dont il s’agit aux commandants des bureaux de recrutement intéressés qui leur fera parvenir.

Le commandant de dépôt enverra ensuite au chef de corps en campagne les livrets matricules qui devront être conservés par l’officier payeur du régiment, lequel ne devra en aucun cas s’en dessaisir.

Je vous prie de donner des instructions pour assurer l’exécution de cette décision.

Pour le président du Conseil, Ministre de la Guerre, et par son ordre,

Le Général directeur d’infanterie.

Signé : COTTEZ


Le 29 janvier 1918, le général Cottez précisait que dans le cas des régiments d’artillerie en campagne, lesquels n’avaient pas d’officier payeur, les régiments d’artillerie lourde, dont les diverses composantes étaient disséminées sur le front, et en général toutes les unités en campagne n’ayant pas d’officier payeur, les livrets matricules véritables des Alsaciens-Lorrains seraient conservés par les commandants des dépôts.

Sur la transcription de l’acte de décès d’Auguste Renaud datant du 17 décembre 1919, qui a été envoyée à la commune de Châtel-sur-Moselle, peut être lue la mention rectificative suivante :

Loi du 18 avril 1918 : L’acte ci-contre concernant un alsacien-lorrain a été établi sous un état civil d’emprunt. Le soldat Saetler, prénommé Auguste, né à Kogenheim (Bas-Rhin) le vingt-neuf janvier mille huit cent quatre-vingt-trois, domicilié en dernier lieu à Châtel-sur-Moselle, fils de Georges et de Catherine Zuber, était époux de Jeanne Félicité Paule Renaud domiciliée à Châtel. Paris, le trois novembre mille neuf cent dix-neuf.

 

Auguste Saetler n’est pas enterré dans le petit carré militaire du cimetière communal d’Auves, lieu de son décès. À ce jour, je ne suis pas parvenu à retrouver l’endroit où il repose.

Source : « Les engagés volontaires Alsaciens-Lorrains pendant la guerre », du lieutenant-colonel Albert Carré, aux éditions E. Flammarion.

Les lettres du colonel E. Margot et du général  Cottez proviennent du S.H.D.. Elles sont enregistrées sous les cotes 19 N 1157 et 19 N 15.

Un grand merci à M. Bordes, à J.M. Bolmont, à Éric Mansuy et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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12 janvier 2011

Méprise et confusion.

                  Sommesous

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Derniers souffles de vie du capitaine Lescure ». 

 

Ma section n’avait donc plus à surveiller dans cette direction, puisqu’il y avait des troupes françaises, et elle fut placée en réserve. Comme il faisait nuit, les soldats se reposèrent, se couchèrent sur les brindilles et attendirent. 

 La nuit était calme et nous n’entendions ni le canon, ni les mitrailleuses, ni les coups de fusil. Après un long repos, le capitaine donna l’ordre d’avancer vers la voie ferrée qui conduit aux bâtiments militaires du camp de Mailly. Arrivés à l’endroit désigné nous nous sommes arrêtés et nous avons écouté. C’était le grand calme. Le capitaine demanda d’envoyer une patrouille. Elle suivra la voie ferrée et trouvera un passage à niveau. Elle ira jusque- là et essaiera de traverser la voie ferrée à cet endroit, ensuite elle reviendra. Je désignai le caporal Bourdelon, un gars du midi, très débrouillard et très courageux. Il choisit ses hommes et il partit accomplir sa mission. Toute la compagnie était en file indienne sur le sentier qui suivait la voie ferrée. Nous écoutions très attentivement s’il y avait des bruits de pas et si on entendait des coups de fusils. Tout était très calme. La patrouille revint. Le caporal rendit compte de sa mission au capitaine : « Nous avons suivi la voie ferrée, nous sommes passés de l’autre côté du passage à niveau et nous n’avons rien vu, rien entendu.  

Après ces renseignements, le capitaine donna l’ordre d’avancer. Il marcha le premier, moi derrière lui et les soldats, à la file indienne sur le sentier qui se trouvait du côté gauche le long de la voie, la forêt à droite.

Après avoir marché sur une longueur de quelques centaines de mètres, nous sommes accueillis par une violente fusillade. Les coups de fusils produisaient une pétarade infernale ainsi que les flammes qui sortaient des canons des fusils  très visibles la nuit. Aussitôt, nous nous déployons en tirailleurs dans la forêt et non sur la voie ferrée et nous ripostons, nous ne pouvions pas nous dégager. Tout à coup quelqu’un à crié : «  C’est le 149e » et un autre à dit : « C’est le 158e. » Ces deux régiments formaient la même brigade. Il n’y eut heureusement pas de victimes.  Cette fusillade n’a pas été déclenchée par les Allemands comme nous l’avions cru, mais par les soldats du 158e R.I.. Cette méprise a été provoquée par manque de liaison. Le cessez-le-feu fut aussitôt arrêté. La troupe resta sur place, à proximité du passage à niveau et y passa la nuit. Celle-ci fut calme.  

                  De_la_cote_200___Sommesous

 

Le lendemain, 11 septembre, de très bonne heure, à l’aube nous avons repris la marche en avant. Très prudemment, nous traversons la voie ferrée au passage à niveau. Et peu après nous quittons le camp de Mailly. Nous arrivons dans la campagne sans qu’un coup de fusil ait été tiré. A notre grande surprise, nous avons appris que les Allemands étaient partis et battaient en retraite. Nous avançons vers Sommesous. Nous traversons le village et le carrefour, aujourd’hui très dangereux pour les automobilistes, ces deux routes nationales se croisent, l’un venant de Vitry-le-François-Paris, l’autre de Troyes-Châlons-sur-Marne. Il faisait très chaud, mais nous étions heureux d’apprendre que les Allemands avaient été obligés de partir, de battre en retraite. Malgré les longues marches effectuées pour se rendre au camp de Mailly, nous avancions sans sentir la fatigue. Cette retraite allemande nous a donné beaucoup de courage. Nous ne comprenions pas que les Allemands aient abandonné le camp sans combattre.

 

Sources :

Les J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 et du 158e R.I., sous-série 26 N 700/10 ont été consultés pour la construction de la carte.

 

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne. 

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19 janvier 2011

Arrivée à Suippes.

                 Suippes_carte_postale

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Méprise et confusion. »

Après Sommesous, nous nous sommes dirigés vers Fontaine-sur-Coole puis Vitry-la-Ville. A la nuit tombante, nous sommes arrivés dans la campagne et suivons un chemin très large. Nous nous arrêtons. Au bout de dix minutes à un quart d’heure, nous sommes toujours là et sans recevoir d’ordre. Je demande au capitaine se qui se passe. Il ne sait pas. Les soldats commencent à s’asseoir sur le sol, puis à se coucher par terre. Au bout de plusieurs heures, nous sommes toujours au même endroit. Enfin, nous reprenons la marche en avant sans avoir su ce qui était arrivé.

                 De_Sommesous___Vitry_la_Ville 

Ce n’est que bien longtemps après que nous avons appris que les Allemands avaient fait sauter le pont sur la Marne et le canal, que celui-ci n’étant pas réparé, nous ne pouvions avancer. C’est pour cette raison que le général Legrand, commandant le 21e C.A. d’Epinal, a été relevé de ses fonctions. Pendant ce temps, les Allemands, battant en retraite, pouvaient reculer sans que leurs De_Vitry_la_Ville___Marsonarrière-gardes soient inquiétées, poursuivies par les Français. Dès que les ponts furent reconstruits par le génie, nous avons repris notre marche en avant. Nous avons alors traversé des villages incendiés et les hautes flammes éclairaient au loin, ce qui laissait supposer que nous approchions des Allemands. Nous marchions sans arrêt, de nuit comme de jour. Après une période de beau temps, nous fûmes surpris par un violent orage. Une pluie diluvienne se mit à tomber et nous étions trempés comme des canards. Nous avancions plus difficilement, car la capote trempée était devenue bien lourde. La chemise collée sur notre dos. Arrivés dans un groupe de maisons en pleine campagne, le capitaine annonça une longue pause. C’est alors que tous logèrent dans les granges, se couchèrent sur la paille, satisfaits de se reposer, malgré l’eau des vêtements mouillés qui coulait le long des jambes.  

 

De_Marson___Bussy_le_Ch_teauLe matin, au réveil, il ne pleuvait plus. Le capitaine fit rassembler les soldats de la compagnie devant la ferme. Dès que tout le monde fut prêt, elle partit dans la direction de Suippes, en passant dans les environs de Marson et de Bussy-le-Château. Au cours de cette avance, il y eut plusieurs arrêts avec quelques fusillades et très peu de pertes. La compagnie, sous un chaud soleil, arriva à Suippes le 13 septembre dans la matinée. Elle cantonna dans les environs de la gare pas très éloignée des magasins d’alimentation. Nous avons constaté avec surprise qu’ils n’avaient pas été pillés par les Allemands. Malheureusement, il n’y avait rien à manger. C’est cela qui était l’essentiel, le plus important, nous ne pouvions ouvrir les boîtes de conserves. Un long arrêt était prévu, chaque section, chaque escouade, envoya des soldats dans le bourg, à la recherche de ravitaillement. Ils ne trouvèrent rien à manger, mais il y avait du vin dans les caves de marchands de gros. Ils en rapportèrent dans les seaux en toile que nous utilisions à cette époque. Ce vin fit bien plaisir. La journée se passa avec une sieste bien utile et un ravitaillement bien réconfortant. Un peu avant la nuit, le capitaine rassembla la compagnie et nous dit que nous allions avancer dans la direction de Souain, puis de Somme-Py. (A suivre…)

                  De_Bussy_le_Ch_teau___Suippes  

Sources :

Le J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 a été consulté pour la construction des cartes.

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne.   

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27 janvier 2011

Blessure.

                 Montage_Paul_Monne__3

 

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Arrivée à Suippes».

 

Sur la route nationale, les soldats marchaient en colonne par 4 avec la recommandation express de ne pas parler haut et surtout de ne pas fumer de cigarette, le point rouge de celle-ci étant visible de loin la nuit. La marche était lente, avec de fréquents arrêts. Quand un arrêt était brusque, les soldats se cognaient la tête contre le sac de celui qui se trouvait devant, ce qui provoquait de vives protestations. Après avoir marché pendant un moment, la troupe fut doublée par une auto éclairée avec des phares. Celle - ci remontait la colonne des soldats en marche.Je ne comprenais pas qu’on la laisse ainsi circuler, car ses lumières étaient bien plus visibles que le bout d’une cigarette allumée. J’ai appris par la suite que cette auto était celle d’un trésorier militaire allemand égaré. Il a été pris avec tout l’argent qu’il transportait et fait prisonnier. La compagnie continua d’avancer dans la plus grande obscurité, avec une accalmie relative. Nous approchions de Souain et nous commencions à descendre dans le village quand nous fûmes accueillis par une vive fusillade. Les Allemands avaient préparé une grande résistance sur la route de Somme-Py au dessus de Souain. Aussitôt, nous nous dirigeons dans la rue à notre gauche. Et que voyons-nous ? Une femme tenant à la main une lampe à pétrole allumée circulant dans la rue. Aussitôt, nous la faisons rentrer chez elle, la prévenant qu’elle devait s’abriter des balles, car elle pourrait être blessée et même tuée. Ensuite, nous pénétrons dans une grange et nous attendons les ordres. Le capitaine dit : « Nous devions aller à Somme-Py ce soir, mais les Allemands sont retranchés au-dessus du village et résistent. Nous allons attendre des ordres, des renseignements sur cette bataille. » Nous plaçons des sentinelles à l’entrée du village, près de la dernière maison et nous nous mettons en liaison avec les autres sections. La nuit ne fut troublée que par quelques coups de fusils. En plus des sentinelles, il y eut des patrouilles qui sillonnaient dans la rue entre les maisons. Dès l’aube, la fusillade fut intense. L’artillerie allemande, de différents calibres, bombarde la route que nous avions suivie pour nous rendre à Souain, ainsi que les champs où étaient cachés, camouflés, les soldats sous les javelles d’avoine. Après les éclatements des obus qui firent des blessés et des tués, tous les soldats se levèrent. Ils se secouèrent pour faire tomber les tiges d’avoine et devinrent une belle cible pour l’artillerie ennemie.

  

                 De_Suippes___Souain 

  

Au village, la situation devint critique, les balles sifflaient de tous côtés, les obus tombaient sur les maisons. Les capitaines Altairac et Gérardin m’avaient dit que les Allemands encerclaient le village. Avec ma section, je devais établir un barrage de la rue avec du matériel agricole et du fumier et dès que je les verrais arriver, je devais, avec ma section, charger à la baïonnette. Sur quoi j’ai dit : « Que pourrais-je faire avec mes 30 hommes s’ils sont des centaines à nous attaquer ? » Ne les voyant pas arriver, le capitaine me donna un nouvel ordre. Il me dit de quitter cet endroit, de conduire ma section, les soldats déployés en tirailleurs, près de la grande route, bordée de peupliers. Ce mouvement exécuté, je pris mes jumelles. Je m’abritai derrière un gros peuplier et j’observai ce qui se passait en avant. Les obus tombaient sur les arbres, brisant les branches et en éclatant produisaient un grondement infernal. Au bout d’un moment, je reçois une balle qui me traversa la cuisse droite en séton. Je prévins le capitaine. L’infirmier me fit un pansement et m’envoya au poste de secours qui m’évacua le 14 septembre 1914.

 Sources :

Le J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 a été consulté pour la construction des cartes.

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne.  

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02 février 2011

Dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette.

                   Paul_Monne_

De nouveau un très grand merci au Docteur Gilbert Monne qui m’autorise à reproduire sur ce blog les écrits de son père le sergent Paul Monne.

"Vers la mi-octobre 1914, le 149e R.I. occupait la Chapelle et le plateau de Notre-Dame-de-Lorette. Les Allemands ont été arrêtés là et c’est alors que les soldats ont commencé à creuser des tranchées.

Fin octobre, le régiment quittait cette région pour se rendre en Belgique et participer à la grande bataille d’Ypres et de la région. C’était la course à la mer pour les Allemands. Lorsque l’avance de l’armée de allemande fut stoppée à Ypres, le 149eR.I. revint, à pied, retrouver ses anciennes positions. Nous avons cantonné, à Noeux-les-Mines, corons fosse 10, à Aix-Noulette, Azingarde. Pour nous rendre aux tranchées de première ligne qui se trouvaient à mi-chemin de la colline, nous passions à Noulette tout près de la mare au château. Nous tournions ensuite à gauche pour arriver au bois  6. Au château, il ne restait plus que des pans de mur, il avait été incendié au cours des premiers combats. Les sous-sols et les caves voûtées étaient restés intacts. Ils servaient d’abris aux soldats qui quittaient la 1ère ligne pour venir se reposer en 2e ligne. Nous restions 48 heures en 1ère ligne et 48 heures en 2eligne. (Bois 6 et sous-sols du château) et enfin 48 heures de grand repos à Aix-Noulette, Noeux-les-Mines.

Je signale en passant qu’il n’y avait pas de fontaines, Pas de W.C., tout se faisait dans la mare. C’est même là que les cuisiniers venaient chercher l’eau pour faire le café. Les soldats français toujours imprudents sortaient de leur abri pour venir s’ébattre à l’extérieur du château, sans se préoccuper s’ils étaient vus par les Allemands qui étaient sur la crête. Les observateurs allemands les ont aperçus. Aussi, le 17 février 1915, l’artillerie a bombardé violemment le château avec de gros obus.

Malheureusement, sous le poids des hautes murailles et les obus de gros calibre, quelques voûtes se sont effondrées et ont enseveli une partie des soldats de notre 4e compagnie.

Les survivants des caves épargnées ont voulu aussitôt dégager leurs camarades qui étaient sous les décombres.

 Dix-sept ont été Le_bois_6_et_le_cimeti_retrouvés morts. Parmi eux, 3 ont leurs noms sur le monument aux morts d’Epinal. 

 

Après cette digression, j’en reviens au bois 6. De là, pour arriver aux premières lignes, il fallait traverser une petite vallée pour gagner la haie G. La tranchée qui y conduisait était très souvent, et à la moindre pluie, remplie d’eau d’une hauteur de 30 à 40 cm. Nous devions donc rester trempés pendant les 48 heures de tranchées de 1ère ligne.

Ensuite, nous suivions la colline sur une longueur de 150 à 200 m pour obliquer à droite et arriver aux premières lignes.

En décembre 1914, nous faisions de temps en temps quelques attaques, non pour conquérir du terrain, mais pour faire quelques prisonniers afin de connaître les troupes allemandes qui se trouvaient en face de nous A chaque attaque, nous avons eu soit des tués, soit des blessés et nous n’avons pas fait de prisonniers.

J’ai appris par la suite qu’il fallait cesser ces coups de main car nous avions trop de pertes pour peu de résultats obtenus.  

Au début de janvier 1915, nous étions cantonnés à Bethonsart et nous prenions les tranchées en avant du Mont Saint-Eloi. Un peu plus tard et en février, nous sommes revenus à Aix-Noulette. De nouveau, nous étions chargés de défendre l’éperon de Lorette à proximité de la haie G. A cet endroit, la troupe avait creusé de grands abris sous la colline où on pouvait abriter beaucoup de soldats. Abris qui ne pouvaient pas être démolis, même par de violents bombardements d’artillerie.

Comme précédemment, nous occupions les tranchées situées à flanc de coteau de la colline de Lorette. L’hiver était humide et pluvieux.

En février, devant nos tranchées à une quarantaine où cinquantaine de mètres, nous constations chaque fois que nous montions en première ligne, qu’un tas de terre grossissait toujours. Nous nous demandions quels travaux souterrains faisaient les Allemands pour avoir un tel volume de terre. A la fin de février, je me suis mis en liaison avec la 1ère compagnie du 149eR.I. qui se trouvait à notre gauche, vers la route d’Arras. A mon retour, je m’arrête et parle avec la sentinelle de ma compagnie. Ce soldat me dit : « Tout à l’heure j’ai écouté au fond de la tranchée. J’ai entendu les Allemands qui creusaient. » Aussitôt, je fais comme lui, je me couche, l’oreille contre le sol. « J’entend des bruits sourds de pic. Pouf…Pouf… Je dis : « Sûrement qu’ils creusent et préparent des mines. » Je fais part de mes observations aux officiers. Comme chef de section, je considère de mon devoir de dire qu’il faudrait prévenir le colonel et peut-être envisager de placer les soldats de cette tranchée plus en arrière et de n’en laisser que quelques uns.

Après cette intervention, on m’a traité de peureux, de froussard et on n’a rien fait.

Quelques jours après, le 3 mars 1915, à 6 h 00 du matin, les Allemands faisaient sauter les mines qui bouleversèrent tout le sol ainsi que les tranchées, ensevelissantde nombreux soldats dans tout le secteur de Lorette y compris ceux qui se trouvaient sur le plateau, vers la faisanderie. Les Allemands lancèrent quantité de grenades dans les abris de 2e ligne où reposaient les chasseurs à pied. Il y eut de nombreux tués, blessés et prisonniers. L’explosion des mines et des obus, les violents tirs d’artillerie mêlés à un orage, produisaient un bruit infernal. Tout cela mélangé aux lueurs produites par le tir des canons et l’éclatement des obus faisaient croire à l’éruption d’un volcan et d’un tremblement de terre. Après cela, il a fallu attaquer pour reprendre le terrain perdu. Quelques jours avant l’attaque allemande, les soldats du 149e R.I. avaient échangé leur tenu de campagne (pantalon  rouge, capote et veste bleues) contre la tenue bleue horizon. Notre nouvel uniforme a surpris les Allemands et a causé une certaine perturbation dans leur action.

Nous avons occupé aussi le bois en Hache, la faisanderie et battu aux éperons du côté de Carency et  également à Bouvigny. Pour préparer la grande offensive de 9 mai 1915, le génie  avait creusé des tranchées, un labyrinthe dans toute la vallée qui se trouve entre le bois G et la Haie G. Au cours de la nuit du 8 au 9 mai, les soldats étaient massés et cachés dans ce labyrinthe. Ils attendaient l’heure H pour attaquer. L’artillerie française a tiré sans arrêt pendant plusieurs heures pour détruire les positions allemandes et faciliter  ainsi notre avance. A 10 h 00, nous sommes partis à l’attaque. Paul_Monne_Avis_de_blessures_1L’artillerie allemande n’est pas restée inactive. Elle a riposté violemment. Les tranchées allemandes n’ont pas été complètement démolies car nous avons été accueillis par une vive fusillade. C’est en entraînant ma section à l’assaut d’une tranchée ennemie  que j’ai été grièvement blessé au bras. Pour moi, ce fut fini, la bataille de Lorette était terminée… Ce serait trop long de raconter les nombreux épisodes où notre régiment à participé. J’ai oublié bien des noms d’éperons où nous avons vécu de terribles moments."

 

Paul Monne.

 

Référence bibliographique : Historique du 149e Régiment  d'Infanterie (version illustrée).

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03 février 2011

Capitaine Henri Souchard (1873-1914).

                  Capitaine_Henri_Souchard

Henri Urbain Souchard est né le 22 juillet 1873 en Indre-et-Loire, dans la ville de Tours.  Il est le fils d’Urbain et de Béatrix Thirouin. À sa naissance, son père exerce la profession d’employé des lignes télégraphiques.

Bachelier en sciences, il signe un engagement volontaire de 4 ans au début de l’année 1893 et commence une carrière militaire comme simple soldat au 67e R.I. de Soissons. Il sert dans ce régiment de 1893 à 1898. Il fait, ensuite, l’école de Saint-Maixent (promotion Transwall : 1899-1900). À sa sortie d’école, au printemps de l’année 1900, il est nommé sous-lieutenant au 68e R.I.. Lieutenant deux ans plus tard, il se marie la même année, avec Marguerite Berthon dans la commune de Champdeniers. De cette union naitra un fils qu’ils prénommeront Pierre.

En décembre 1905, il intègre le 125e R.I.. En 1908, il suit les cours de l’école de tir du camp du Ruchard. Henri Souchard est nommé capitaine en octobre 1913, il quitte la 5e compagnie du 125e R.I. pour rejoindre son nouveau régiment, le 149e R.I. qui se trouve à Épinal.

Parti à la mobilisation comme responsable de la 9e compagnie, il est un des rares officiers du 3e bataillon qui sort indemne des combats d’août 1914. Il est pourtant grièvement blessé le 19 septembre 1914 à la tête de sa compagnie dans le secteur de Souain. Évacué sur l’hôpital mixte d’Angoulême le 25 septembre, il décède des suites de ses blessures sur le sol charentais le 3 octobre 1914. Il repose dans le monument du souvenir français de cette ville.  

Citation à l’ordre n° 44 de la Xe armée en date du 11 janvier 1915 (général de Maud’hui) :

« Le capitaine Souchard du 149e R.I. est tombé mortellement frappé le 19 septembre 1914, en  entraînant sa compagnie avant-garde de bataillon au franchissement d’une crête balayée à courte portée par des rafales d’artillerie et prise d’écharpe par plusieurs batteries de mitrailleuses, a réussi par le bel exemple de son énergie et de son courage, et malgré les pertes subies à accrocher l’avant-garde de cette crête, à permettre aussi le développement de l’attaque par le gros du bataillon. »  

Pierre Souchard, son fils, a été décoré de la Légion d’honneur de son père qu’il a obtenue à titre posthume sur la place d’armes de Poitiers. 

 

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes. 

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair, à C. Fombaron, à G. Géhin à J. Huret, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.  

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10 février 2011

Soldat Henri Barbier (1895-1915).

             Henri_Emile_Barbier

 Henri Barbier est né le 16 octobre 1895 à Champagne-sur-Vingeanne.  Il est le fils d’Alexandre et de Joséphine Boirin. Il est entré à l’école Saint-Joseph de Dijon à la rentrée de 1907. Il y fit de sérieuses études professionnelles durant quatre années, puis cédant à ses préférences personnelles, il regagna avec plaisir le foyer paternel pour s’y livrer aux travaux des champs. L’agriculture lui plaisait. Il s’y donna entièrement, et, à la mort de son père survenue en 1913, il prit la responsabilité de l’exploitation de ses parents. Ce fut là que vint le chercher l’ordre de mobilisation. Faisant partie de la classe 1915. Il fut incorporé le 19 décembre 1914 au 170erégiment d’infanterie. Le dépôt de cette unité se trouvait à Épinal et Henri y demeura jusqu’au mois d’avril suivant. À cette époque, il est versé au  149erégiment d’infanterie, il s’apprêtait à partir à son tour. Le 30 avril, l’ordre de départ arrivait et il gagnait le front. Il reçut le baptême du feu en Artois, immédiatement après son débarquement. Puis il prit part aux rudes attaques de mai et de juin qui avaient pour objectif la conquête totale du massif de Notre-Dame-de-Lorette. Jusqu’en septembre, Henri Barbier sortit indemne de ces terribles combats, quand, le 26 septembre, il est désigné pour faire partie de la première vague d’assaut devant attaquer les Allemands à la lisière du bois en Hache. À midi et demi, il s’élançait  hors de la tranchée, il avait fait à peine quelques mètres, qu’il tombait mortellement frappé d’une balle à la tête. Son corps ne fut retrouvé qu’un mois plus tard et enseveli dans la nuit du 29 au 30 octobre 1915 par des brancardiers divisionnaires avec dix de ses camarades.

Peu de temps avant ce tragique dénouement, il écrivait à sa mère que chaque jour il voyait la mort de bien près et qu’il avait fait généreusement le sacrifice de sa vie.

Une citation posthume, de 1920, a conféré la Médaille militaire à Henri Barbier.

Source : « Livre d’or à la mémoire des morts de la Grande Guerre », d’après les documents recueillis de 1914 à 1919 par Louis Lagoutte. Association amicale des anciens élèves des frères et de l’école Saint-Joseph de Dijon. Éditions Imprimerie Jobard 1921.

Un grand merci à P. Baude. 

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16 février 2011

4 mars 1915.

                 Section_de_mitrailleuses

 

Il faut contre-attaquer pour reprendre les tranchées perdues. Un ordre général d’opérations du 21e C.A. est prescrit à la 43e D.I. qui est renforcée de 4 compagnies venant du 20e B.C.P. et du bataillon Dumoulin du 295e R.I.. Les positions occupées par le 149e R.I. sont sensiblement identiques à celles de la veille au soir.

 

 

                                      Tableau des tués pour la journée du 4 mars 1915

 

                                   Tableau des blessés pour la journée du 4 mars 1915

 

 

 

Le régiment engage ses trois bataillons accolés dans le secteur. Sa gauche (3e bataillon), appuyée au bois des Boches, tient les lisières des bois 5 et 6. Le 1er bataillon au centre, tient depuis le bois 6 et occupe la lisière sud du bois 7, il a sa droite à la haie-talus G, où une section se maintient depuis le 3 mars, dans les abris creusés dans ce talus. Deux mitrailleuses sont placées au bois 6 et trois au bois 7. Au sud-ouest du bois 7, reliant le 1er bataillon du 149e R.I. au 31e B.C.P. au bois 8, le 2e bataillon du 149e R.I. est échelonné en profondeur. Les  5e et 6e compagnies sont en première ligne. La 8e compagnie est en renfort. La 7e compagnie se trouve sur la ligne de repli qui est organisée entre le bois de Noulette et le bois de Bouvigny.

Pendant la nuit, des travaux ont pu être exécutés sur tout le front de la première ligne.

L’artillerie française exécute, sur tout le front et en arrière du front, un tir lent et continu. Ceci, dans le but de gêner tout mouvement des réserves ennemies et pour perturber leurs travaux.

En début d’après-midi, un bombardement extrêmement violent de la part de l’artillerie allemande se produit sur le bois 8 et sur le plateau. Il précède les préparatifs de l’artillerie française pour l’attaque des chasseurs. Vers 16 h 00 l’attaque des chasseurs de la 86e brigade tente en vain de déboucher. L’artillerie allemande l’arrête. Vers 17 h 30, une nouvelle attaque des chasseurs des 3e et 31e B.C.P. se réalise. Vers 17 h 45, un bombardement allemand virulent se déclenche et l’artillerie française riposte violemment.

Dans la soirée, les chasseurs progressent sur  la ligne d’attaque. Le 31e B.C.P. est signalé comme ayant atteint l’ancienne tranchée de 1ère ligne. Le 10e B.C.P. progresse plus lentement. Les 2 autres bataillons de la 86e brigade éprouvent quant à eux, une vive résistance devant la partie sud du boyau 7. À la gauche de la 86e brigade, des unités du 149e R.I. dépassent le talus G, et progressent dans les boyaux. Toutes les précautions sont prises aux Arabes et sur le plateau de Lorette pour arrêter les éventuelles attaques allemandes qui pourraient se produire dans la nuit.

La nuit du 4 au 5 mai fut assez calme, avec quelques fusillades intermittentes sur tout le front. L’artillerie allemande reste silencieuse. De temps en temps, il y a quelques coups de canon provenant de l’artillerie française, sur les points de la 1ère ligne ennemie qui ont été repérés le jour.

Les reconnaissances envoyées par le 149e R.I. ont trouvé la parallèle du bas des haies occupée. Dans ces conditions, étant donné l’arrêt de l’offensive des chasseurs, il n’a pas été possible de pousser plus loin dans le boyau de la haie G.

Le 1er bataillon est retiré du front. Deux de ses compagnies vont passer la nuit à la Fosse 10. Les deux autres avec l’E.M. vont à Aix-Noulette. Ces dernières seront ramenées au matin du 5, aux abris du bois 6. Les 2e et 3e bataillons sont maintenus en 1ère ligne pour reprendre l’offensive au matin, dès que le mouvement des chasseurs le permettra. La liaison est établie par le 2e bataillon avec les chasseurs à hauteur des abris du génie et avec le 3e bataillon du 149e R.I., à hauteur du bois 7. La première ligne a été améliorée pendant la nuit.

 

Un très grand merci à M. Bordes, à V. Le Calvez, à T. Cornet, à M. Porcher, à Y. Thomas, au Service Historique de la Défense de Vincennes et à l’association « Collectif Artois 1914-1915 ». 

 Référence bibliographique :« Les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du Capitaine J. Joubert. Editions Payot. 

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24 février 2011

Sous-lieutenant Emmanuel Larnac (1895-1915).

                  Sous_lieutenant_Emmanuel_Larnac 

Emmanuel Larnac est né le 26 juillet 1895 dans la ville de Nîmes. Il est le fils d’Ernest Larnac et de Lydie Duprat. Ses parents vivent sur la commune de Fourchambault dans la Nièvre. Il quitte cette commune dès l’âge de 19 ans pour signer un engagement volontaire d’une durée de 8 ans à la mairie de Nevers. Lorsqu’il signe son engagement le 12 août 1914, il emporte avec lui un extrait du journal officiel qui prouve son admission à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr. Une formation qu’il ne pourra pas suivre puisque la guerre vient juste de commencer. Il débute sa carrière militaire le 14 août 1914 comme simple soldat au 13e R.I.. Sa progression dans l’échelle des grades est très rapide. Le 5 décembre 1914, il est nommé sous-lieutenant à titre temporaire pour la durée de la guerre. Emmanuel Larnac arrive le 15 janvier 1915 au 149e R.I., après un très bref passage au 95e R.I.. Moins de deux mois plus tard, il rencontre la mort sur son chemin, à la tête d’une section de la 9e compagnie, lors d’une contre-attaque le 3 mars 1915, dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette. Le sous-lieutenant Emmanuel Larnac est inhumé dans le carré militaire du cimetière communal de Sains-en-Gohelle.

 

Citation à l’ordre n° 55  de l’armée la Xe armée en date du 20 mars 1915 : (parue dans le J.O. du 8 avril 1915).

« Le 3 mars, lors d’une attaque allemande sur les tranchées de 1ère ligne devant Noulette a été tué à la tête de sa section en l’entraînant à la contre-attaque en avant des tranchées avec une grande bravoure. »

 

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le portrait du sous-lieutenant Emmanuel Larnac provient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue « l'illustration ».

 

Un grand merci à M. Bordes, à T. Cornet, à J. Huret, à M. Porcher et au Service Historique de la défense de Vincennes. 

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