30 décembre 2013

Avril-mai 1918, une période de formation dans la région de Compiègne.

Gare_de_Bethisy_Saint_Pierre

La première offensive allemande de 1918 a obligé le commandement français à  puiser des troupes sur les fronts « passifs » du moment pour se constituer des réserves. La 43e D.I. fait partie du lot. Elle est retirée du secteur des Vosges pour rejoindre le département de l’Oise. Le 14 avril 1918, c’est le départ, le 149e R.I. se dirige sur la gare de Corcieux. Quatre trains seront nécessaires pour le transport du régiment. Celui-ci débarque le lendemain dans le secteur de Bethisy-Saint-Pierre. Durant deux nuits, le 149e R.I. stationne dans les petits villages isariens de Villeneuve-Verberie, de Roberval, d’Yviller, de Brasseuse, de Raray et à la ferme la Borde.

Lieux_de_stationnements_du_149e_R

Legende_carte_journees_du_15_au_17_avril_1918

Les hommes du lieutenant-colonel Vivier pensent être envoyés rapidement sur le front. Contre toute attente, le régiment et les autres unités de la 43e division vont pouvoir bénéficier d’une période de tranquillité relative qui va durer six semaines. Les éléments de la division s’établissent sur la rive gauche de l’Oise.

Le 17 avril, le 158e R.I. vient s’installer à la Croix-Saint-Ouen. Les 1er et 31e B.C.P. prennent leurs cantonnements dans la ville de Compiègne. Le 149e R.I. occupe les petits villages de Royaullieu et de Mercière-au-Bois, situés au nord-ouest de la forêt de Compiègne. Le lieutenant-colonel Vivier et le commandant Regelsperger, son nouvel adjoint tout juste arrivé au régiment, s’installent dans un ravissant petit château.

Lieux_de_cantonnements_de_la_85e_Brigade___partir_du_17_avril_1918

Les cantonnements pour la troupe sont excellents et confortables. Ils sont à proximité immédiate de la forêt de Compiègne, ce qui rend le séjour encore plus agréable. Les unités en profitent pour se recompléter en hommes et en matériels.

Durant ce séjour dans la région de Compiègne, une vague d’épidémie grippale touche la 43e D.I.. Cette grippe est très contagieuse, mais elle reste peu virulente. Elle précède la grande pandémie meurtrière qui se déclenchera à l’automne. Plus de 300 soldats du 149e R.I. sont touchés par le virus entre le 14 et le 26 mai 1918.

Cette étape à l’arrière va permettre à la division de se perfectionner et de se mettre à la hauteur des nécessités nouvelles. En effet, les techniques de combat se modernisent. L’instruction est au rendez-vous. Le général Michel organise plusieurs exercices d’ensemble dont le thème est établi à partir d’hypothèses d’opérations qui se déroulent en rase campagne, hors de la zone des fronts fortifiés. Il demande à ses officiers d’insister tout particulièrement sur le travail de la liaison à tous les échelons.

La_revue_de_Compi_gne

Les régiments et les bataillons de la 43e D.I. vont faire connaissance avec les chars légers Renault du plus récent modèle,qui auront un rôle très important dans les combats à venir. Mais pour l’instant, les chars sont à « l’expérience » et leurs unités sont tout juste en voie de constitution dans le secteur d’Orrouy et de Champlieu.  Le camp de Champlieu est installé sur un ancien champ de bataille, il constitue une réplique exacte du terrain sur lequel l’artillerie d’assaut aura à se déplacer lorsqu’elle se trouvera en situation de combat.

Carte_du_camp_des_chars_de_Champlieu

Une première série d’exercices avec les chars d’assaut est effectuée par les hommes des bataillons du 149e R.I. du 23 au 25 avril.

Le 23, c’est le 3e bataillon du 149e R.I. qui est le premier à effectuer cette tâche. Le lendemain, c’est au tour du 2e bataillon du régiment de faire connaissance avec les chars. Le 25,  le 1er bataillon du 149e R.I. clôture la formation.

Char_mitrailleuse_leger_Renault_

Quelques semaines plus tard, la division reçoit un nouvel ordre pour effectuer des manœuvres supplémentaires. Celle-ci doit envoyer ses 2 B.C.P. ainsi qu’un bataillon par régiment à Champlieu. Ces bataillons iront à tour de rôle effectuer de nouveaux exercices avec les chars d’assaut. La durée de la formation est fixée à cinq jours pleins par groupe de deux bataillons (1 B.C.P. et 1 bataillon de régiment).

Le 2e bataillon du 149e R.I. doit assurer la défense des ponts de Compiègne. Les absences successives des 1er et 31e B.C.P., liées à leur formation entre le 15 et le 21 mai, laissent ces lieux sans défense.

Les 20 et 21 mai, le bataillon du commandant Hassler cantonne à Bethisy-Saint-Pierre. C’est lui qui vient d’être désigné pour effectuer les manœuvres avec les chars. Ce sont probablement les « Renault » du capitaine Wattel du 2e bataillon du 501e R.A.S. que les hommes du 149e R.I. vont côtoyer sur le terrain d’exercice.

Le 25 mai 1918, le 1er bataillon du 149e R.I. regagne le secteur de Royallieu et de Saint-Germain-les-Compiègne après avoir fait sa formation de 5 jours.

La forêt de Compiègne sert également de cadre à de grandes fêtes qui sont organisées chaque dimanche.

Le 26 mai, c’est un gymkhana qui est à l’ordre du jour. La plupart des officiers du 149e R.I. y assistent, ils retrouvent ainsi leurs homologues des autres unités de la division. Une joyeuse ardeur anime les visages. Parmi les hennissements des chevaux et l’éclat des fanfares, les fantassins, les cavaliers, les artilleurs rivalisent d’entrain et de prouesses. La 43e D.I. est à « l’amusement ».

Mais cette période « festive » ne peut pas durer, elle va prendre fin dès le lendemain.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

J.M.O. du 158e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 700/14.

J.M.O. du 501e R.A.S.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 1244/21.

J.M.O. du service de santé de la 43e D.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 345/2.

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 » Mayence grande imprimerie moderne. 1922.

Historique du 149e Régiment Infanterie (version luxe).  Épinal. Imprimerie Klein. 1919.

La carte du camp des chars de Champlieu a entièrement  été réalisée par «Tanker»

La photographie du char-mitrailleuse léger Renault provient du livre du capitaine Dutil « les chars d’assaut, leur création et leur rôle pendant la guerre. 1915-1918. » Éditions Berger-Levrault. 1919. Ce livre est consultable sur Gallica .

Camps_de_Champlieu_2

 

Pour en savoir plus sur le camp de Champlieu, Il faut lire l’article réalisé par «Tanker» sur le site Forum « pages 14-18 » (Pour accéder à ce travail il suffit de cliquer une fois sur l’image de gauche).

 

 

 Sources complémentaires pour tout ce qui concerne l’artillerie spéciale :

Logo_Forum_pages_14_18

De nombreux écrits de « Tanker »  se trouvent également sur le forum du site «  Pages 14-18 ». Pour y accéder, il suffit de cliquer une fois sur l’image de droite.

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, au Service Historique de Vincennes et pour tout ce qui concerne les chars d’assaut  à « Tanker » du site « pages 14-18 ».

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06 janvier 2014

Pierre Vivier (1870-....).

Pierre_Vivier_1

Pierre Quintien Jean Baptiste Vivier est né le 10 janvier 1870 dans la petite commune de Serbannes qui est située dans le département de l’Allier. À sa naissance, son père Antoine, qui est âgé de 28 ans,exerce la profession de percepteur à Châtel-de-Neuvre. Sa mère, Louise Denise Mallet, est âgée de 22 ans.

À la fin de ses études secondaires, Pierre signe un engagement volontaire avec l’armée,d’une durée de 3 ans dans la ville de Montluçon. Il vient de réussir le concours d’entrée de l’école spéciale militaire. Le jeune Vivier intègre la promotion saint-cyrienne du Cronstadt à la fin du mois d’octobre 1890. Un an plus tard, il est nommé caporal. Ayant obtenu son diplôme, le sous-lieutenant Vivier doit rejoindre la ville de  Montluçon pour prendre ses quartiers dans la caserne du 121e R.I.. Nous sommes au début  du mois d’octobre 1892. Deux années plus tard, ce jeune officier devient lieutenant.

Après avoir fait un séjour de quelques mois en Tunisie, d’octobre 1900 à novembre 1901, il décide de progresser dans sa carrière d’officier. Pour cela, le lieutenant Vivier doit intégrer l’école supérieure de guerre. Le 18 octobre 1902, il entreprend de nouvelles études qui prendront fin deux ans plus tard, après l’obtention de son brevet d’état-major.

À la suite de ces cours, il effectue un stage à l’état-major du gouvernement de la Corse. Un troisième galon vient orner son képi d’officier à la veille de Noël de l’année 1904.  En décembre 1906, il intègre le 98e R.I., un régiment roannais.

Son brevet de l’école supérieure de guerre lui permet de rejoindre l’état-major de la 49e Brigade, le 25 mars 1909.

 Lorsque le conflit contre l’Allemagne éclate en août 1914, il occupe toujours les fonctions de capitaine d’état-major dans cette brigade. Début septembre, il est nommé chef de bataillon à titre temporaire. Il doit prendre le commandement du 1er bataillon du 38e R.I.. Le 17 septembre, son bataillon dispute à l’ennemi le village de Machemont qui se trouve près de Compiègne. Le 19 septembre, c’est la blessure, un éclat d’obus vient se figer dans sa main droite. Le 1er novembre 1914, il est nommé commandant à titre définitif. Le 16 novembre, il retourne sur le front pour reprendre le commandement de son bataillon. Ses supérieurs disent de lui que c’est un officier remarquable à tous les points de vue. Il est instruit, intelligent, calme, énergique, et c’est un homme de devoir, qui mérite un avancement de choix qu’il n’a pas encore eu jusqu’ici.

Le 20 septembre 1915, Pierre Vivier est nommé chef d’état-major à la 70e D.I., une division qui est, à ce moment-là, sous l’autorité du général Nudant. Il va occuper cette fonction jusqu’au 19 mars 1918, date à laquelle il va se retrouver à la tête du 149e R.I.. Le commandant Vivier est, en même temps, nommé lieutenant-colonel à titre temporaire. Ce grade lui permet d’assurer le commandement d’un régiment d’infanterie. Un mois plus tard, c’est la titularisation dans cette fonction. Pierre Vivier va commander ce régiment durant un peu plus de 6 mois, une période au cours de laquelle il va le mener plusieurs fois aux combats. Il va obtenir, en même temps que son régiment, 3 citations à l’ordre de l’armée.

La fin du conflit approche ; onze jours avant l’armistice, il quitte le commandement du 149e R.I. pour venir occuper un poste dans l’état-major de la 45e D.I.. Lorsque cette division est dissoute le 29 mars 1919, Pierre Vivier est mis en réserve de commandement à la 10e Armée. Cette situation ne va pas durer bien longtemps puisqu’il va se voir confier le poste de chef d’état-major de la place de Mayence à compter du 12 mai 1919. Le 1er novembre 1919, le lieutenant-colonel Vivier est muté à l’état-major du 13e C.A.. À partir du 22 décembre 1919,  il est de nouveau chef d’état-major,  mais cette fois-ci à la 43e D.I..

 En 1922, Pierre Vivier épouse Léonie Fournier une femme originaire de Neuilly-le-Réal. Il a 52 ans.

Une décision ministérielle du 23 septembre 1924 lui permet d’obtenir le grade de colonel.

Janvier 1925, il retrouve le 13e C.A. pour y exercer les fonctions de chef d’état-major.

Janvier 1929, cet officier qui est alors âgé de 59 ans,est rayé des contrôles de l’active. Il se retire provisoirement à Clermont-Ferrand. Le colonel Vivier obtient ses dernières affectations au C.M.I. n°152, puis au C.M.I. n° 132. Mais il est temps de faire valoir ses droits à la retraite. Pierre Vivier est rayé des cadres de l’armée en 1934.

Le colonel Vivier a obtenu les décorations suivantes :

Chevalier de la Légion d’honneur :

Ordre du 28 novembre 1914 qui est paru dans le J.O. du 29 novembre 1914 :

« A la tête de son bataillon a brillamment enlevé un point d’appui le 18 septembre 1914 en faisant preuve de la plus grande initiative, puis, par son énergie et son sang-froid, a repoussé une violente contre-attaque que l’ennemi a tentée avec des forces numériquement très supérieures. A été blessé. »

Officier de la Légion d’honneur :

 Ordre du 24 septembre 1918 :

« Excellent chef de corps qui s’est distingué en mai et juin au cours des opérations entre Aisne et Marne. A préparé la bataille du 15 juillet 1918 d’une façon parfaite par l’organisation intelligente de son secteur. A porté au plus haut point le moral de son régiment et l’a amené à désirer ardemment la lutte. Le jour de l’attaque allemande a opposé à l’adversaire une résistance irréductible contre laquelle sont venues se briser de nombreuses vagues ennemies soutenues par des chars d’assaut. Une blessure,deux citations. »

Citation à l'ordre de la IVe Armée le 30 juillet 1918 :

« Le 149e R.I., amené en camions dans un secteur qui venait d’être rompu par l’ennemi, a sous les ordres du lieutenant-colonel Vivier, été engagé aussitôt débarqué. Puis pendant 8 jours et 7 nuits, s’est battu sans arrêt, sans aucune défaillance et à ainsi contribué à  briser la progression d’un ennemi supérieur en nombre. Conduit par un chef énergique qui n’a cessé de se manifester à son poste de commandement aux endroits les plus exposés entrainé par un corps d’officiers d’élite, dont les lourdes pertes montrent l’héroïque dévouement, a sunon seulement tenir  dans les situations les plus critiques, mais rétablir le front, par ses contre-attaques.

En particulier à reconquis des batteries françaises momentanément abandonnées. »

Citation à l'ordre de la IVe Armée le 10 septembre 1918 :

« Le 149e R.I., régiment d’élite, solide comme le roc, fidèle à sa devise : résiste et mord, témoigne en toutes circonstances de l’ardeur qui l’anime, montrant autant de ferme opiniâtreté dans la résistance que de fougue dans l’offensive. Le 15 juillet 1918, sous le commandement du lieutenant-colonel Vivier, soumis à un bombardement d’une violence inouïe, a repoussé des attaques répétées appuyées par des chars d’assaut, a maintenu l’intégralité de ses positions. Dissociant les vagues ennemies, contre-attaquant sans relâche, ramenant des prisonniers et du matériel, a dominé complètement un ennemi supérieur en nombre. »

Citation à l'ordre de la IVe Armée le 10 novembre 1918 :

« Le 149e R.I., pendant trois jours de bataille en Champagne du 26 au 29 septembre 1918, a d’un élan superbe avec une volonté irrésistible percé les lignes allemandes, réalisant une avance de 8 kilomètres.

Le 26, sous l’impulsion méthodique de son chef, le lieutenant-colonel Vivier, a brisé l’une après l’autre, toutes les résistances que lui opposait successivement l’ennemi dans les différentes lignes d’une position  formidablement organisée. Puis le 27 et le 28, poussant de l’avant, s’engageant à fond sans la moindre hésitation,a couvert le flanc de la division en flèche de plus de 3 kilomètres, résistant héroïquement à toutes les contre-attaques, à permis de maintenir toute l’avance réalisée. Au cours de ces trois journées, a capturé plus de 700 prisonniers dont 15 officiers parmi lesquels un chef de bataillon, pris 14 canons de gros calibres ou de 77, de nombreux minenwerfer, plus de 200 mitrailleuses de dépôts importants de munitions et un matériel considérable. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Historique du 38e R.I.. Saint-Étienne. Librairie du lycée. 42 pages.

Le colonel Pierre Vivier possède un dossier sur la base  Léonore. Celui-ci peut se consulter en cliquant une fois sur l'image suivante :

Site_base_Leonore

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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13 janvier 2014

27 mai 1918, en route pour Arcy-Sainte-Restitue.

Arcy_Sainte_Restitue_1

Le 149e R.I. se trouve toujours dans le secteur de Compiègne. Dans la matinée, des indices de remue-ménage commencent à se faire sentir au sein de la 43e D.I.. Personne ne sait vraiment ce qui arrive. Toutes les unités de la division sont rapidement mises en alerte. Elles doivent se tenir prêtes à partir à tout moment. Les camions arrivent dans l’après-midi, mais les hommes ne prennent place à bord des véhicules qu’à partir de 20 h 00.

Direction : la région de Braine, un secteur qui se situe dans le département de l’Aisne. L’itinéraire initial est plusieurs fois modifié en raison d’une avancée rapide des Allemands. Mais que ce passe-t-il exactement ?

L’ennemi est en train de renouveler son opération du 21 mars 1918. Il vient de lancer une importante offensive dans le secteur du Chemin des Dames. Offensive qui s’étend du Moulin de Laffaux jusqu’aux abords de la ville de Reims.

Personne n’avait vraiment imaginé qu’une attaque d’une aussi grande envergure puisse se déclencher dans ce secteur. Seule, la VIe armée du général Duchêne, qui est réduite à son minimum de divisions, occupe cette zone avec des unités territoriales anglaises.

La surprise est totale. Les divisions de première ligne de l’armée Duchêne subissent un formidable déluge d’artillerie juste avant les premières attaques d’infanterie allemande. Les obus asphyxiants sont utilisés en très grand nombre. Les hauteurs du  Chemin des Dames sont rapidement enlevées par l’ennemi. Les divisions françaises de seconde ligne, en réserve d’armée, sont engagées en toute hâte au nord de l’Aisne, mais celles-ci se retrouvent très vite en difficulté.

Cuiry_Housse_2013

La 43e D.I. reçoit l’ordre de débarquer ses hommes le plus près possible du village de Cuiry-Housse. Les éléments de la 157e D.I. qui tiennent encore le secteur devront en assurer la protection.

Les anciens du 149e R.I. reviennent dans un secteur qu’ils connaissent bien, puisqu’ils l’ont déjà occupé durant l’été 1917.

 

                                  Tableau des tués pour la journée du 27 mai 1918

 

                        Sépultures individuelles des tués pour la journée du 27 mai 1918

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5..

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 » Mayence grande imprimerie moderne. 1922.

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

La photographie du petit village de Cuiry-House a été prise par J. Buttet.

La liste des tués pour cette journée du 27 mai 1918 a été établie uniquement à partir de l’historique du 149e R.I., elle reste certainement incomplète.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Buttet, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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20 janvier 2014

28 mai 1918.

Branges_2013

Après un voyage en camions de plusieurs heures, les premiers éléments de la 43e D.I. arrivent à Arcy-Sainte-Restitue. Tôt dans la matinée, ils vont entrer en action, dans un secteur compris entre Braine et Mont-Notre-Dame, un front qui s’étend sur environ 6 km.

Le 149e R.I. et le 1er B.C.P. se dirigent aussitôt sur la zone des combats. Ils sont maintenant prêts à être engagés dans la partie. Ces unités doivent essayer de rejeter de l’autre côté de la Vesle les troupes ennemies qui ont déjà franchi le cours d’eau.

Des éléments du 149e R.I. atteignent la cote 180 vers 8 h 30. Une heure plus tard, le régiment tient le plateau sud de Cuiry-Housse ; il est stoppé au carrefour de Cuiry-Housse, Branges et du chemin de terre 140-180. Avec un autre bataillon, il occupe le village de Branges et la cote 138.  Le 149e R.I. arrête son avancée, dans ce secteur, à hauteur du ravin au nord de Branges.

Carte_journ_e_du_28_mai_1918

Legende_carte_journee_du_28_mai_1918_

Le 149e R.I. doit relier son aile gauche à la 39e D.I.. Le 1er B.C.P. doit faire sa jonction avec la 13e D.I.  sur son aile droite. La liaison avec la 39e D.I. se fait très aisément, mais il n’en est pas du tout de même avec la 13e D.I.. Cette division a été durement éprouvée dès son arrivée sur le front.  Elle n’a pas pu conserver le massif de Mont-Notre-Dame, le lieu où elle devait faire sa jonction avec le 1er B.C.P.. Un espace sans protection s’est ainsi créé dans cette zone.

L’ennemi veut profiter de la situation en essayant de s’infiltrer entre les deux divisions. Mais la brèche est momentanément comblée par des éléments du 1er corps de cavalerie avec lequel le 31e B.C.P., qui est déployé à la droite du 1er B.C.P., réussit à entrer en liaison.  En raison de cette situation, le 149e et le 1er B.C.P. reçoivent l’ordre de ne pas aller plus en avant.

La journée qui a débuté, sous de bons auspices a permis au 149e R.I. de refouler les éléments ennemis qui s’étaient avancés jusqu’à hauteur de Cuiry-House. Il est vrai que les Allemands ne se sont  pas montrés très mordants, sur cette partie du front, au cours de la première partie de la journée. Il est vraisemblable qu’après les succès considérables réalisés la veille, les unités de première ligne ennemies qui occupent cette zone, ont dû éprouver le besoin de souffler un peu, tout en attendant les nouveaux ordres venant  de leur commandement supérieur.

Secteur_de_la_cote_140

Malheureusement, à partir de 15 h 00, la situation change complètement. Les Allemands lancent toute une série d’attaques extrêmement violentes.  Ils veulent à tout prix s’emparer de  la cote 140 qui se trouve au sud de Jouaignes. Le 149e R.I. défend âprement cette position. Malgré sa ténacité, la cote 140 finit par tomber entre les mains de l’adversaire. Le 149e R.I. est contraint de se replier, laissant une importante ouverture entre lui et le 1er B.C.P.. Pour éviter un débordement sur son aile gauche, le bataillon de chasseurs se retrouve dans l’obligation de se mettre en position de potence. Heureusement, des éléments du 31e B.C.P. parviennent à combler la brèche.

Les combats ralentissent au fur et à mesure que la lumière du jour décline. Ils finissent par s’arrêter complètement à la tombée de la nuit. Les hommes se cramponnent au terrain.

La 4e D.I. commence à débarquer dans le secteur d’Arcy-Sainte-Restitue.

Durant toute cette journée de lutte en rase campagne, les Allemands ne sont pas parvenus à progresser de manière signifiante sur cette partie du front. Mais l’inquiétude reste grande. Il y a de quoi puisque la ligne de front de la division atteint maintenant 9 km. Le dispositif reste donc très fragile.

 

                                  Tableau des tués pour la journée du 28 mai 1918

 

                        Sépultures individuelles des tués pour la journée du 28 mai 1918

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

« Une manœuvre en retraite, opération de la 43e D.I. du 27 mai au 4 juin 1918 » du lieutenant-colonel de Charry.  Revue militaire française tome 35. Librairie militaire Berger-Levrault  1930.

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

La liste des tués pour cette journée du 28 mai 1918 a été réalisée uniquement à partir de l’historique du 149e R.I., elle reste certainement incomplète.

Le véhicule qui est toujours en état de fonctionnement figurant sur  la carte est celui de D. Bleunven.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Buttet, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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27 janvier 2014

Paul Bloch (1887-1918).

Paul_Bloch

Paul Isaac Bloch est un Spinalien né le 17 avril 1887 au domicile de ses parents, situé dans la rue de l’Hôtel de Ville. Son père, qui est un représentant de commune, se prénomme Léon. Sa mère, Reine Fanny Chiche, n’exerce pas de profession.

 Paul signe un engagement volontaire de 4 ans dans un centre de recrutement parisien, à l’âge de 19 ans.

 Le 15 août 1906, il franchit le portail de la caserne du 23e R.I., un régiment qui se trouve dans la ville de Bourg. Paul Bloch est nommé caporal le 20 février 1907, puis sergent le 28 septembre 1907, puis sergent-fourrier le 18 juillet 1908.

Rengagé pour une durée d’un an le 17 juin 1909 à compter du 17 juin 1910, le sergent Bloch reçoit une affectation pour intégrer le 149e R.I., un des régiments qui se trouvent dans sa ville natale.

Il ne souhaite pas renouveler son contrat avec l’armée lorsque celui-ci arrive à échéance. C’est donc un retour à la vie civile où il va devoir exercer un emploi dans le secteur industriel.

Lorsque la guerre éclate contre l’Allemagne, c’est un tout jeune réserviste. Il est rappelé le 2 août 1914, mais ce n’est que deux jours plus tard qu’il retrouve son uniforme de sergent. Cette fois-ci, il est sous-officier affecté au régiment de réserve du 149e R.I., le 349e R.I..

 Le 14 mars 1915, il est blessé à Badonviller, une petite commune qui se trouve située dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Après plusieurs semaines de soins et de convalescence, il rejoint le 149e R.I. le 21 juin 1915. Ce régiment se trouve alors sur le front de l’Artois.

Paul est nommé sous-lieutenant, à titre temporaire, à la 9e compagnie du 149e R.I. le 19 octobre 1915. Le 12 février 1916, il passe à la 12e compagnie peu de temps avant que son régiment ne soit engagé dans le secteur de Verdun. Le 4 juillet 1916, il est à la 10e compagnie. Le 13 décembre 1916, il retrouve la 9e compagnie.

Le sous-lieutenant Bloch est considéré par ses supérieurs comme étant un très bon chef de section. Celui-ci possède une grande endurance et le sang-froid nécessaire à la bonne conduite des hommes qui lui sont confiés au cours des attaques. De caractère sensible, il a encore besoin d’être guidé par un chef qui a une influence morale très forte sur lui.

Le 18 mai 1917, il est sous-lieutenant de réserve à titre définitif, cette décision prend effet à compter du 1er mai. Il passe lieutenant de réserve le 19 octobre 1917.

Très fatigué, Paul Bloch intègre le C.I.D. à la fin du mois de septembre 1917. Le Centre d'Instruction Divisionnaire est placé en arrière du front. Il permet à la division d'entraîner des hommes revenant de blessure, de maladie ou de jeunes recrues avant qu'ils n'aillent compléter les pertes des unités au front.

Paul Bloch ne participe donc pas aux attaques de  la Malmaison qui eurent lieu à la fin du mois d’octobre 1917. Il réintègre son régiment le 12 mars 1918 pour être affecté à la 1ère compagnie.

Le 29 mai 1918, il trouve la mort au cours d’un combat qui a lieu dans le secteur d’Arcy-Sainte-Restitue. Paul Bloch est tué d’une balle reçue dans la région du cœur à l’âge de 31 ans.

Le lieutenant Bloch est inhumé par les soins du groupe de brancardiers de la 43e D.I. au cimetière civil de Courcy.

Lieu de sépulture actuelle inconnu.

Citation à l’ordre du régiment n° 204 en date du 22 novembre 1915 :

« Le 25 septembre 1915 devant Angres, a entraîné brillamment sa section au-devant d’une contre-attaque allemande qui fut repoussée. A été blessé au cours du combat. Sous-officier très brave et très énergique.

Citation à l’ordre de la 85e Brigade n° 45 en date du 10 mai 1916 :

«  Le 31 mars 1916, la section ayant été réduite de moitié par un violent bombardement et étant dans la menace d’une attaque allemande, a su donner confiance à ses hommes et a obtenu le meilleur rendement. »

Citation à l’ordre de la 43e D.I. n° 155  en date du 10 septembre 1916 :

« Officier grenadier du bataillon, a admirablement entraîné ses grenadiers d’élite, à l’assaut du 4 septembre. A déjà été cité 2 fois. »

Citation à l’ordre de la 43e D.I. n° 229  en date du 3 juillet 1917 :

«  À peine dégagé d’un abri effondré par éclatement d’un obus de gros calibre tuant 16 hommes et en blessant 5 grièvement, à montré le plus bel exemple d’énergie et de mépris du danger en donnant les premiers soins aux blessés et en aidant à leur transport sous un intense bombardement. Officier grenadier, au front depuis le début de la campagne, blessé une fois, déjà 3 fois cité. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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03 février 2014

29 mai 1918.

Arcy_Sainte_Restitue_2

Dès 4 h 00, les hommes du 149e R.I. se lancent dans une attaque sur la cote 140. Ils ont la ferme intention de reprendre le terrain qu’ils ont perdu la veille. Dans un premier temps, cette attaque est un succès, mais une demi-heure plus tard, l’ennemi déclenche une offensive si puissante qu’il oblige toutes les unités de la 43e D.I. à reculer.

Le bataillon de droite du 149e R.I., qui est sous l’autorité du commandant Hassler, est obligé de céder le terrain fraîchement conquis. Des éléments de la 2e compagnie se regroupent autour de pièces d’artillerie abandonnées par le 236e R.A.C. à la cote 138. Ces soldats du 149e R.I. se transforment en artilleurs et font feu sur l’adversaire. Le tir des canons, qui surprend les Allemands, enraye momentanément leur progression. Les hommes du commandant Hassler parviennent à ramener plusieurs pièces d’artillerie à Arcy-Sainte-Restitue.

 Au même moment, de violents combats se déroulent autour de Branges. Suite au mouvement de recul, le bataillon de gauche du 149e R.I. se retrouve en flèche. Il parvient à se dégager difficilement de cette situation, sous la protection d’un bataillon du 158e R.I., qui est installé sur les croupes à l’ouest de Maast-et-Violaine. Les 1er et 31e  B.C.P. se sont repliés  sur la ligne Foufry-Vaux, tout en continuant le combat.

Vers 7 h 00, la nouvelle ligne française est reconstituée sur l’axe Maast-et-Violaine, cote 180, Foufry, passage à niveau de Vaux.

Carte_journee_du_29_mai_1918

Legende_carte_29_mai_1918

Tous les éléments de la 43e D.I. sont maintenant engagés. La division ne dispose plus de réserve.  La situation est critique et l’ennemi se fait d’heure en heure plus menaçant. Des éléments du 147e R.I. viennent prêter main-forte à la division. 

Vers midi, le 149e R.I. est contraint d’évacuer la cote 180 au nord d’Arcy-Sainte-Restitue. Des fractions ennemies viennent de se glisser dans le bois d’Arcy, à 2 km en arrière de la ligne sur laquelle résiste l’infanterie française de la division. C’est la percée au centre ! À la droite de la division, le danger est encore plus sérieux. La liaison avec le 1er corps de cavalerie ne se fait plus. De forts contingents allemands s’approchent de Fère-en-Tardenois, ils progressent par la forêt de Nesles. La 43e D.I. se trouve maintenant sous la menace d’être tournée par la droite et prise à revers.

Vers 13 h 00, le général commandant le 21e C.A. fait parvenir un ordre qui doit modifier complètement la zone d’action de la division.

Sa nouvelle zone d’occupation sera limitée à sa droite par la ligne «  Mareuil-en-Dôle, Seringes-Nesles, Villers-sur-Fère, Beuvardes, Courpoil » et à gauche par la ligne « Corne sud-est du bois d’Arcy, raperie sud-est de Cramaille, ferme de Corbeny,  cote 123,  moulin 1500 m à l’est d’Armentières ».

Les deux  B.C.P. doivent se déployer sur la ligne « Raperie de Saponay, Saponay, moulin de Parchy. Ils ont pour mission de retarder la progression de l’ennemi qui  débouche de Fère-en-Tardenois. À partir du moment où ils auront pu passer la défense du terrain  qu’ils occupent aux éléments de la 4e D.I., les 149e R.I. et 158e R.I. devront, sous la protection des B.C.P., se regrouper de la manière suivante :

158e R.I. : au sud du Rû du pont-Brûlé pour y défendre le front moulin de Parchy, Villemoyenne.

149e R.I. : en réserve vers Villeneuve-sur-Fère.

La réalité sur le terrain est toute autre. Cet ordre ne peut pas s’appliquer. Vers 14 h 00, les Allemands débouchent en force de Fère-en-Tardenois et progressent vers Trugny-Saponay, avec quelques éléments déjà signalés aux abords de Villeneuve-sur-Fère. Vers 15 h 30, le P.C. de la 43e D.I. est dans l’obligation de se transporter à Bruyères. Les combats se poursuivent dans la région du bois d’Arcy et d’Arcy-Sainte-Restitue. Les troupes de la 4e D.I. ne sont pas encore en mesure de relever celles de la 43e D.I..  Les 149e et 158e R.I. ne seront libérées de la zone d’Arcy-Sainte-Restitue que tard dans la soirée.

De nouveaux ordres sont transmis. Ceux-ci doivent permettre aux troupes d’effectuer leurs mouvements de repli dans les meilleures conditions possible. Heureusement, l’ennemi est devenu un peu moins mordant dans ce secteur.

Le 12e bataillon malgache a rejoint la division dans l’après-midi. Ce bataillon est rapidement engagé ; il dispute le terrain pied à pied avec les Allemands dans le bois de Villeneuve-sur-Fère qui se trouve au sud de Fère-en-Tardenois.

Vers 22 h 00,  le nouveau dispositif de défense est en place. La nouvelle ligne de position occupée par la 43e D.I. se situe entre Armentières et Epieds.

 Les 1er et 31e B.C.P. se positionnent aux abords du ruisseau. À leur droite se trouvent quelques unités du centre d’instruction divisionnaire qui ont été appelées comme toute dernière ressource. Les régiments d’infanterie ont été regroupés, le 149e R.I. est en arrière à la gauche vers la Croix et Breny, le 158e R.I. derrière le centre, vers Grisolles.

À l’issue de cette journée particulièrement mouvementée, la dislocation du front a été évitée de justesse. Le soir du 29 mai, la division est très fatiguée, mais celle-ci reste bien homogène sous l’autorité de son supérieur qui maîtrise au mieux la situation. Toutes les liaisons sont maintenant établies. Malgré les pertes subies, la 43e D.I. est de nouveau capable de fournir des efforts coordonnés. Elle peut également accueillir dans de bonnes conditions les unités qui lui arriveront en renfort.

 

                                Tableau des tués pour la journée du 29 mai 1918

 

                       Sépultures individuelles des tués pour la journée du 29 mai 1918

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

J.M.O. du 1er Régiment de Chasseurs Malgaches : Réf : 26 N 875/1.

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« Une manœuvre en retraite, opération de la 43e D.I. du 27 mai au 4 juin 1918 » du lieutenant-colonel de Charry.  Revue militaire française tome 35. Librairie militaire Berger-Levrault  1930.

La liste des tués pour cette journée du 28 mai 1918 a été établie à partir de l’historique du 149e R.I., elle reste certainement incomplète.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Buttet, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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10 février 2014

Louis Schalck (1864-1918).

Louis_Schalck

Louis est né le 12 août 1864 dans la petite ville du Bas-Rhin de Barr. À sa naissance, son père Philippe est un jeune commis négociant âgé de 28 ans,  sa mère Louise Albertine Julien est âgée de 23 ans. D’origine alsacienne, le père de Louis déclare opter en sa faveur pour la nationalité française à la date du 25 septembre 1872, à Paris. Louis réussit son certificat d’études primaires et secondaires et obtient également son brevet d’anglais et d’allemand.

Les débuts

Devenu adulte, il choisit de s’engager dans l’armée. Le 10 mars 1885, Louis Schalck signe un contrat d’une durée de cinq ans à la mairie de Versailles. Il devance ainsi son incorporation de quelques mois, puisque sa classe est normalement appelée à la fin de l’année 1886. Il débute sa carrière militaire comme simple soldat au 42e R.I. de Belfort. Louis Schalck est successivement nommé caporal fourrier le 26 septembre 1885, sergent le 30 mars 1886,  sergent-fourrier le 4 juillet 1887, puis sergent-major le 2 octobre de la même année. Sa carrière de sous-officier est très rapide.

Durant cette période, le sergent-major séjourne au fort de Mont-Vaudois du début du mois de décembre 1885 à la mi-octobre 1886, puis aux forts des Basses-Perches et de Bessoncourt du 16 octobre 1886 au 26 septembre 1887.

En mai 1888, ce sous-officier signe de nouveau un contrat de cinq ans à compter du 10 mars 1890, un acte qui vient confirmer sa volonté de poursuivre sa carrière militaire.

La période de formation comme officier

Cet alsacien réussit le concours d’entrée qui lui permet d’intégrer l’école militaire d’infanterie. Arrivé à Saint-Maixent le 27 avril 1889, cet officier-élève intègre la promotion Drapeau. Nommé sous-lieutenant dès sa sortie de l’école, il doit rejoindre le 39e R.I. de Rouen. Nous sommes le 24 mars 1890. Mais une décision ministérielle lui fait savoir qu’il est détaché à l’école militaire d’infanterie. Louis Schalck retrouve les anciennes salles de classe qu’il a fréquentées quelque temps auparavant, mais cette fois-ci, comme officier instructeur auxiliaire. Il enseigne à Saint-Maixent du 24 avril au 23 juillet 1890. Son expérience de formateur prenant fin, il doit intégrer le 39e R.I. le régiment auquel il est rattaché. Le 24 mars 1892, il peut coudre ses galons de lieutenant sur son uniforme.

Premières responsabilités

Le 26 avril 1892, Louis Schalck retrouve le Territoire de Belfort, une région qu’il connaît bien, puisqu’il réintègre le 42e R.I., le régiment où il a fait ses débuts.

Au cours de cette même année,  il épouse Anna Winkler, une femme originaire de la ville d’Épinal.

Le lieutenant Schalck fait un séjour au fort du bois d’Oye du début octobre 1893 au 26 septembre 1894.

 Le 7 janvier 1895, il se voit confier la responsabilité de la garde du drapeau du régiment, une place qu’il va conserver jusqu’au 1er avril 1896.

Nommé capitaine le 30 décembre 1900, Louis Schalck quitte définitivement le 42e R.I. pour s’installer dans la caserne de Langres où il prend ses nouvelles fonctions d’officier au 152e R.I.. Il rejoint la seconde caserne de ce régiment qui se trouve dans la ville de Gérardmer, le 1er octobre 1901. Il y séjourne jusqu’au 30 septembre 1902. Il fait un second passage dans cette ville du 1er octobre 1904 au 14 septembre 1905.

Au  149e R.I.

À la fin du mois de juin 1907, le capitaine Schalck rejoint le 149e R.I. d’Épinal pour prendre le commandement de la 9e compagnie. Cette compagnie va rester sous ses ordres jusqu’à la fin du mois de septembre de l’année 1909. Durant une petite quinzaine de jours, il va également être à la tête de la 3e compagnie du 349e R.I. qui est le régiment de réserve du 149e R.I.. Il s’agit certainement d’une période d’exercices où les anciennes classes venaient former le régiment de réserve. À la suite de cela, le capitaine Schalck retrouve le 149e R.I.. En septembre 1911, il prend les fonctions de capitaine adjoint du chef de corps.

Durant l’année 1912, il effectue deux stages au 62e R.A.C., le premier alieu du 24 avril au  5 mai 1912, le second du 20 au 30 août.

Lorsque la guerre éclate, Louis Schack assume toujours les fonctions de capitaine adjoint auprès du colonel Menvielle.

Le 25 août 1914, il est grièvement blessé au cours des combats de Ménil-sur-Belvitte. Une première blessure à la tête et une seconde en bas du dos, qui est proche de la colonne vertébrale, le font évacuer d’urgence vers l’arrière. Un long séjour à l’hôpital l’attend.

Le 22 février 1915, il est nommé commandant à titre temporaire, puis à titre définitif, le 21 mars 1915.

Revenu sur le front au mois de mai 1915, le commandant Schalck retrouve son ancien régiment pour prendre la tête du 2e bataillon du 149e R.I..

Avec ce bataillon, il va participer à tous les combats menés par le 149e R.I. Artois, Verdun, la Somme, la Malmaison…

Commandant_Schalck

Souvent bien noté et apprécié pour sa bravoure, parfois critiqué par certains de ses supérieurs, il reste comme tout un chacun, un homme qui a ses défauts et ses qualités. C’est un chef dans l’âme, qui est probablement très proche de ses hommes, très exigeant au front, paternel et compréhensif à l’arrière. Certains de ses chefs lui reprochent une nonchalance préjudiciable à la discipline, mais un autre dit tout le bien qu’il pense de lui au point de le proposer pour un poste de lieutenant-colonel !

Des qualités d’initiative sont relevées, mais sa susceptibilité aussi. Certains traits de comportements laissent à penser que le commandant Schalck peut avoir une vision de la discipline qui reste personnelle. Ses hommes lui vouent une affection dévouée,  juste retour des choses. Ils apprécient leur chef et sa bravoure et ils sont prêts à  le suivre en toutes circonstances, même dans les pires moments. Bravoure reconnue par les nombreuses citations obtenues au cours du conflit.

En octobre 1917, quelques temps avant l’offensive de la Malmaison, le commandant Schalck enfreint les ordres répétés du commandement qui recommande la discrétion dans la correspondance privée. Il écope de 30 jours d’arrêt de rigueur pour avoir envoyé aux siens un télégramme donnant des indications relatives à l’opération  militaire en préparation.

Louis Schalck trouve  la mort, le 29 mai 1918. Il est, dans un premier temps, considéré comme disparu dans le secteur d’Arcy-Sainte-Restitue, une petite commune qui se situe dans le département de l’Aisne.

Le témoignage du musicien brancardier Louis Cretin évoque l’évènement, voici ce qu’il nous dit :

« … En débarquant aux environs d’Arcy-Sainte-Restitue, le 2e bataillon du 149e R.I. fut presque fait prisonnier en entier. Les Allemands occupant déjà cette position laissèrent débarquer les nôtres et les capturèrent. D’après ce que les copains me confièrent par la suite, il paraitrait que le commandant du 2e bataillon (Schalk) se fit sauter la cervelle plutôt que de se rendre, on ajoutait qu’il n’avait pas voulu tomber vivant aux mains des Allemands dont l’unité opposée à la nôtre était commandée par un de ses parents. Le fait réel est qu’il était bien d’origine alsacienne et qu’il figure effectivement sur la liste des morts du régiment… »

 Il faut rester prudent avec ce qui est dit ici. C’est une histoire qui a fait le tour après la guerre parmi les anciens du régiment. L’effet de surprise et la désorganisation d’une troupe, qui descend des transports au moment où elle prise au piège par l’ennemi, le fait qu’il n’y ait pas eu la possibilité de résister longtemps à la situation, soulèvent plusieurs questions. Le commandant Schalck s’est-il senti déshonoré ? S’est-il réellement suicidé ? A-t-il été tué au court d’un combat en tentant désespérément de résister pour ne pas être fait prisonnier ? Toutes ces questions sont sans réponses assurées, même si la version de Louis Cretin colle bien avec la bravoure reconnue du commandant Schalck.

Le 20 février 1920, son décès est confirmé par un jugement rendu par le tribunal de la Seine.

Tout au long de sa carrière, le commandant Schalck reçoit les récompenses suivantes :

Il obtient en juillet 1906, une médaille de bronze du ministre de l’instruction publique pour avoir organisé des conférences et des cours pour adultes. Il reçoit également une autre médaille de bronze du ministre du Travail et de la prévoyance sociale en avril 1910, pour sa collaboration à la caisse nationale des retraites.

Louis Schalck est également décoré de la Médaille d’argent de la valeur militaire italienne.

Le commandant Schalck a obtenu les citations suivantes :

Citations à l’ordre de la 10e Armée n° 100 en date du 26 août 1915 :

« Comme capitaine adjoint au chef de corps, s’est distingué tout particulièrement au col de Sainte-Marie le 9 août 1914 en portant lui-même, sous le feu, les ordres du colonel, aux différentes unités, avec le plus grand mépris du danger, et, le 25 août 1914 à Ménil-sur-Belvitte, où il fut grièvement blessé, après avoir défendu, jusqu’à épuisement de munitions, avec un groupe d’une quarantaine d’hommes, qu’il avait rallié une corne de bois, d’où l’on arrêtait la progression des Allemands sur le village. »

Citation à l’ordre de la 43e D.I. n° 127 en date du 15 mai 1916 :

« Au combat du 25 septembre 1915 a arrêté une attaque allemande avec les deux compagnies dont il disposait, en les lançant judicieusement à la contre-attaque. »

Citation à l’ordre de la  10e Armée n° 242 en date du 5 décembre 1916 :

« Officier supérieur d’une bravoure et d’une activité incomparables. Chargé de mener, le 7 novembre 1916, une opération offensive particulièrement délicate, a su communiquer l’ardeur dont il était animé à son bataillon, qui, sous son énergique impulsion, s’est élancé à l’assaut d’une position fortement organisée, malgré des barrages très meurtriers d’artillerie, et y a maintenu près d’une heure, un farouche corps à corps. A soutenu victorieusement, contre tous les retours offensifs de l’ennemi, le terrain conquis, faisant 40 prisonniers, dont 3 officiers (déjà 2 citations à l’ordre de l’armée et de la division).

Citation à l’ordre du 21e C.A. n° 176 en date du 10 décembre 1917 :

« Le 23 octobre 1917, a atteint tous les objectifs assignés à sa troupe dans les délais indiqués et s’est installé sur le terrain conquis, malgré les résistances partielles, dans les meilleures conditions de défense."

Chevalier de la Légion d’honneur le 29 décembre 1910.

Inscrit pour officier au tableau spécial de la Légion d’honneur à compter du 22 décembre 1916.

« Officier supérieur qui s’est montré dans toutes les circonstances de guerre à hauteur de toutes les missions qui lui ont été confiées. Blessé grièvement dès le début de la campagne, est revenu en mai 1915 sur le front, s’est distingué tout particulièrement au cours des attaques du 16 au 22 décembre 1916 (a déjà été cité). »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Témoignage inédit de Louis Cretin brancardier-musicien du 149e R.I..

Pour en savoir plus :

Le commandant Louis Schalck possède un dossier sur le site de la base Léonore. Celui-ci peut se consulter sur le lien suivant :

http://www.culture.gouv.fr/LH/LH260/PG/FRDAFAN83_OL2475053V001.htm

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarski, à A. Carobbi, T. Cornet à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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17 février 2014

Georges Sabiron (1882-1918).

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Histoire familiale…                                      

Jean Sabiron, le père de Georges, est originaire de la ville de La Rochelle. Il quitte la Charente-Inférieure pour venir s’installer dans la capitale. Il fait la connaissance d’une jeune parisienne, Antoinette Morel, qu’il épouse le 27 août 1871, au lendemain de la Commune de Paris. Durant cette période, Jean, qui habite au numéro 25 de la rue Jussieu, exerce la profession de tonnelier. Quelque temps plus tard, il s’installe avec son épouse au 8 de la rue des Grands Degrés. La petite Louise nait dans ce nouvel appartement le 21 juin 1873.

Georges Sabiron voit le jour le 22 décembre 1882 au numéro 7 de la rue Guy de la Brosse. Ses parents vivent maintenant près du Jardin des Plantes. Son père qui est devenu négociant est âgé de 45 ans, sa mère est une femme âgée de 29 ans.

Genealogie_Georges_Sabiron_

Un bien terrible drame…

La mère de Louise et de Georges décède au cours de l’année 1891, Georges n’est pas encore entré dans sa neuvième année. Cinq ans plus tard, ils perdent leur père. Le jeune Sabiron n’a pas quatorze ans quand il devient orphelin. Les grands-parents paternels et maternels ne sont plus de ce monde.

Heureusement, Louise est majeure, elle est âgée de 23 ans. L’orphelinat est évité… Son rôle de sœur ainée va certainement avoir une grande importance pour Georges dans les années qui vont suivre. Il y a peut-être aussi un oncle ou une tante qui veille.

La vie continue…

Georges Sabiron fait ses études au lycée d’Henri IV. Après l’obtention de son baccalauréat, il s’inscrit à la faculté de droit. Sa licence en poche, il décide de se consacrer entièrement au monde des lettres.

L’écrivain Jean Paulhan, qui sera très proche du poète Sabiron, a rédigé une petite note biographique qui peut se lire dans le tome 1 de l’Anthologie des Écrivains morts à la Guerre. Jean Paulhan le décrit de la manière suivante :

« Il est, depuis sa jeunesse, orphelin. C’est un jeune homme grave et réfléchi qui vit la plupart du temps assez seul. Il a bien quelques amis, mais il ne connaît pas beaucoup d’écrivains. Georges Sabiron vit dans le quartier de Montmartre, mais il va régulièrement prendre ses repas chez sa sœur qui demeure au numéro 7 de la rue de l’Ancienne-Comédie. 

Paris_

Georges Sabiron aime sans réserve Victor Hugo. Il découvre plus tardivement la poésie d’Arthur Rimbaud qu’il apprécie tout particulièrement. Il écrit difficilement, la méthode l’occupe autant que l’œuvre. Il a parfois des explosions de joie, et je pense, de génie. »

Peu avant le début du conflit avec l’Allemagne, Georges travaille sur un projet de roman. Tous les personnages de son livre devaient être des animaux. Ce livre ne verra jamais le jour.

Ce jeune poète a collaboré au « Mercure de France », à « La Vie »,  et aux « Soirées de Paris » d’André Billy et de Guillaume Apollinaire.

Un ouvrage, qui a pour titre « Fragments d’un dessein », et qui rassemble une poignée de ses poèmes, est publié en 1920 aux éditions Crès.

Au 149e R.I…

Portrait_Georges_Sabiron

Georges Sabiron vit avec un appareil qui lui maintient un de ses genoux en place. Malgré cela, il s’engage. Nous pouvons deviner les souffrances dues aux longues marches qui lui sont imposées tout au long du conflit, sans compter l’humidité et le froid qui sont régulièrement au rendez-vous. Durant les déplacements à pied du régiment, il doit rester la plupart du temps en arrière de ses camarades. Il est facilement distancé par ces derniers. C’est un soldat excellent au point de vue moral, détestable au point de vue physique, dit une note de son commandant !

Ses supérieurs font une demande pour qu’il soit envoyé à l’arrière. Mais il demeure avec sa compagnie, la 3e jusqu’au jour où ses camarades se font tuer ou capturer par l’ennemi, au combat d’Arcy-Sainte-Restitue. Georges Sabiron, lui, décède des suites de ses blessures le 29 mai 1918.

Son décès est officialisé le 13 février 1920 suite au jugement rendu par le tribunal de première instance du département de la Seine. L’acte de décès est enregistré le 9 avril 1920 à la mairie du 6e arrondissement de Paris. 

Sources : 

Anthologie_des__crivains_morts___la_guerre

Anthologie des écrivains morts à la guerre (1914-1918) Tome premier. Bibliothèque du hérisson, Edgar Malfère. Amiens 1924.

Le site des archives numérisées de Paris a permis de retrouver les différents actes d’état civil de la famille de Georges Sabiron.

 Le portrait de Georges Sabiron qui se trouve dans le montage provient du fonds Jean Paulhan, une collection conservée à l’I.M.E.C. de Caen. Ce portrait peint par Daniel Schoen et la photographie m’ont été envoyés par la petite-fille de Jean Paulhan.

Un grand merci à M. Bordes et à C. Paulhan.

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10 mars 2014

De bien tristes nouvelles...

Louise_Sabiron

De nouveau, un très chaleureux merci à C. Paulhan pour son autorisation de publier ici les deux lettres suivantes qui ont été rédigées par la sœur de Georges Sabiron à l’attention de Jean Paulhan.

Louise, la sœur de Georges Sabiron, a épousé Henri Georges Lemaire en 1902. En automne 1918, elle vit dans un appartement situé au numéro 7 de la rue de l’ancienne comédie à Paris.

Quatre mois après le décès de son frère, elle ne sait toujours pas ce qui s’est passé. Les recherches sont restées infructueuses et les rares informations obtenues restent contradictoires. Voici ce qu’elle écrit à Jean Paulhan…

Paris, le 27 septembre 1918

Cher Monsieur,

Nous n’avons toujours aucune nouvelle de Georges. La Croix-Rouge de Genève nous a écrit que jusqu’à ce jour, il ne figurait sur aucune liste de prisonniers blessés ou décédés en Allemagne.

Nous avons appris depuis peu que lors de sa disparition, des camarades de sa compagnie ont dit qu’il n’était pas blessé, d’autres au contraire qu’il était blessé grièvement. Nous ne savons quoi penser.

Je vous tiendrai au courant des nouvelles qui nous parviendront.

Je vous prie de croire à ma vive sympathie.

L. Lemaire

Un peu plus de quinze jours après la rédaction de son premier courrier adressé à Jean Paulhan, elle rédige une seconde lettre. Les mauvaises nouvelles arrivent… 

Paris, le 14 octobre 1918

Cher Monsieur,

Je vous ai écrit que Georges était grièvement blessé, mais malgré son silence, je conservais encore de l’espoir.

Aujourd’hui, cet espoir ne m’est plus permis. On est venu de la mairie me notifier le décès de mon pauvre frère.

Il a été identifié et inhumé le 7 août à l’endroit où il a été porté disparu, ce qui laisserait croire qu’il serait resté sur le champ de bataille depuis le 29 mai. Cette supposition rend plus pénible encore le deuil cruel qui nous frappe. Quelle triste fin pour ce malheureux, mourir seul loin des siens, lui, si bon, si courageux et qui, vous le savez comme moi, s’est volontairement exposé à des fatigues qui excédaient ses forces. Je pense aussi à sa grande intelligence, aux admirables promesses qu’il donnait.

Je connais l’endroit exact de sa sépulture, ce qui nous permettra de retrouver la tombe et le faire mettre dans un cercueil dès que nous pourrons nous y rendre.

Après la guerre, nous aurons au moins la consolation de pouvoir ramener son corps et le faire inhumer au cimetière de Montparnasse où reposent nos parents.

Connaissant l’affection cordiale que vous aviez l’un pour l’autre, je sais que cette nouvelle va vous causer, à vous aussi, une grande peine.

Mon frère me disait en parlant de ses ouvrages, qu’au cas où il succomberait, il se reposait sur vous pour réunir en volumes et publier, après la paix, ce qu’il a écrit.

Je m’en rapporte pour cela absolument à vous.

Veuillez croire, monsieur, à ma sympathie attristée.

L. Lemaire

Les deux lettres publiées ici proviennent du fonds Jean Paulhan, conservé à l’I.M.E.C. de Caen. Elles m’ont été envoyées par la petite fille de Jean Paulhan.

Un grand merci à M. Bordes et à C. Paulhan.

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17 mars 2014

Pierre Perronnet (1885-1918).

Pierre_Perronnet

Pierre Perronnet voit le jour le 1er février 1885 dans la petite commune de Sauxillanges située dans le Puy-de-Dôme. À sa naissance, son père, qui se prénomme Jacques, est brigadier dans la gendarmerie, il est âgé de 34 ans. Sa mère, Marie Chabrillat, n’exerce pas de profession, elle est âgée de 25 ans.

 Soldat de la classe 1905, Pierre est incorporé comme 2e canonnier au 36e Régiment d’Artillerie de Campagne de Nîmes. Le 15 juillet 1907, il est nommé brigadier. Pierre Perronnet est envoyé un premier temps en congé, en attendant son passage dans la réserve le 25 septembre 1908. Pour construire sa carrière militaire, cet artilleur va souscrire une multitude de contrats de courtes durées. Le 4 mars 1909, le brigadier Perronnet signe un premier contrat de 2 ans avant de rejoindre le 25e R.A.C. de Châlons. Le 21 septembre 1909, il est nommé maréchal des logis. Un second contrat est signé le 4 mars 1911, un troisième le 2 mars 1912, un quatrième le 24 février 1913.

Le 1er octobre 1913, il quitte Châlons pour rejoindre le  42e R.A.C. de La Fère-Stenay.

Un cinquième contrat est signé le 31 janvier 1914. Le 1er mai 1914, Pierre Perronnet est nommé maréchal des logis-chef.

Lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914, ce maréchal des logis-chef se trouve à la 3e division de cavalerie. Au début de l’été 1915, Pierre Perronnet souhaite quitter l’artillerie. Il fait une demande écrite pour obtenir son passage dans l’infanterie. Celle-ci est acceptée. Le 17 juillet 1915, ce sous-officier âgé de 30 ans est nommé à la 12e compagnie au 149e R.I.. Trois jours plus tard, il est promu sous-lieutenant à titre temporaire. Pour être confirmé dans ce grade, il doit effectuer un stage qui va le former à la fonction de chef de section. Il doit se rendre au centre d’instruction du C.A. du 2 au 23 janvier 1916.  À la suite de ses cours, il est nommé officier à la 2e compagnie de mitrailleuses.

Quatre mois plus tard, le sous-lieutenant Perronnet est de nouveau en formation. Cette fois-ci,  il doit accomplir un stage au centre d’instruction du canon de 37, au camp de Châlons, du 29 mai au 24 juillet 1916. Cela va lui permettre de prendre le commandement du peloton de canon de 37 mm du 149e régiment.

 Le 11 août 1917, Pierre Perronnet est nommé lieutenant à titre provisoire. Cet officier, qui est qualifié de téméraire et de courageux, est très bien noté par ses supérieurs. En septembre 1917, le colonel Boignes qui commande le 149e R.I., écrit de lui : « Ce lieutenant continue à se faire remarquer par son esprit pratique et ses qualités d’instructeur dans toutes les branches d’engins de tranchées, très brave, très dévoué, c’est un officier de mérite qu’on a eu tort de ne pas récompenser plus vite. »

Le  27 novembre 1917, le lieutenant Perronnet prend le commandement de la 9e compagnie du 149e R.I.. Le 15 juin 1918, il est admis comme cadre actif de l’infanterie.

 Le 28 mai 1918, Pierre Perronnet doit conduire sa compagnie au feu dans le secteur d’Arcy-Sainte-Restitue. Cet officier parvient à  maintenir l’intégrité de la position dont il a la garde jusqu’au dernier moment. Considéré comme disparu au cours de ce combat, il est en fait tombé entre les mains de l’ennemi. Grièvement blessé à la jambe gauche,  il décède le 22 juin 1918 au lazaret de Courcelles-sur-Vesle.

 Le sous-lieutenant Perronnet a obtenu les citations suivantes :

 Citation à l’ordre de la 43e D.I. n° 84 en date du 12 octobre 1915 :

« Le 26 septembre 1915, devant Angres, à entraîné courageusement sa section à l’attaque des positions ennemies malgré un sérieux barrage d’artillerie et un feu violent de mitrailleuses. À organisé le terrain conquis et s’y est maintenu malgré les fortes pertes subies »

 Citation à l’ordre de la 43e D.I. n° 114 du 26 mars 1916 :

« Le 11 mars 1915, ayant reçu l’ordre au plus fort d’un bombardement violent auquel sa compagnie était soumise depuis trois jours, d’occuper immédiatement un emplacement particulièrement dangereux, a su, par son courage et son sang-froid, entraîner brillamment ses hommes malgré des pertes récentes très sensibles. A parfaitement rempli la mission qui lui était confiée, garnissant même la tranchée avant les troupes d’infanterie qui devaient l’encadrer. Officier de la plus haute valeur morale. Déjà cité à l’ordre de la division, pour une belle attitude au feu aux combats de septembre 1915.»

 Citation à l’ordre du 21e C.A. n° 176 du 10 décembre 1917 :

« A montré une fois de plus, dans la conduite du 37, ses qualités de courage et d’énergie calme et tenace. »

 Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Fichier de « Morts pour la France » sur le site Mémoire des Hommes.

 Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Posté par amphitrite33 à 05:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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