30 juin 2010

Livre d'or des élèves et anciens élèves des écoles nationales d'arts et métiers.

Livre_d_or_arts_et_m_tiersDifférentes citations trouvées dans le livre d’or des élèves et anciens élèves des écoles nationales d’arts et métiers. Éditions imprimerie de la Montligeon. La chapelle-Montligeon (Orne). 1927.  

 

 École de Châlons-sur-Marne :

René Jannel : (Châlons-sur-Marne. 1896), de la Maison Maximin Jannel et ses fils (machines agricoles) à Martinvelle dans les Vosges. Sous-lieutenant au 149e R.I..

Citation à l’ordre de l’armée, comportant l’attribution de la croix de chevalier de la légion d’honneur et de la croix de guerre à titre posthume :

«Le 3 mars 1915, lors d’une attaque allemande sur les tranchées de 1ère ligne, devant Noulette (Pas-de-Calais) a été tué en entraînant sa section à la contre-attaque, devant un feu violent de mitrailleuses.» .

Marcel Vory : (Châlons-sur-Marne. 1910), ingénieur-électricien. Aspirant au 149e R.I., mort pour la France, le 29 mai 1915, à Notre-Dame-de-Lorette. (Pas-de-Calais).

Citation à l’ordre de l’armée :

«Le 29 mai 1915, à Notre-Dame-de-Lorette, a entraîné brillamment ses hommes à l’attaque des tranchées allemandes au cri de «En avant». Est tombé glorieusement à la tête de sa section.»

École d’Aix-en-Provence :

Eugène Bessière :(Aix 1901) ingénieur-architecte à Épinal (Vosges). Soldat au 149e R.I.. Mort pour la France, le 19 septembre 1914 à Souain (Marne).

École de Cluny :

Raymond Guiller : (Cluny 1903), sergent-fourrier au 149e R.I.. Mort pour la France, le 8 novembre 1916, à Harbonnières (Somme).

Citation à l’ordre de l’armée (15 novembre 1916) :

«A rendu de très grands services comme comptable, à la 2e compagnie de mitrailleuses depuis sa formation. Nommé chef de section, a rempli son rôle avec beaucoup d’entrain.A été tué le 8 novembre 1916, par un éclat d’obus, alors qu’il maintenait une pièce de sa section, dans une position importante, sous un violent bombardement.»

École de Lille :

Marius Voisin : (Lille 1911), caporal au 149e R.I.. Mort pour la France, le 13 septembre 1915, d’un éclat d’obus à la tête, aux environs de Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais).

École de Paris :

Maurice Gérard : (Paris 1914), sergent au 149e R.I..Mort pour la France, le 4 septembre 1916, à Soyécourt (Somme). Citation à l’ordre de l’armée comportant l’attribution de la médaille militaire et de la croix de guerre à titre posthume :

«Très brave sous-officier, s’est bien conduit au feu. Tué par un obus, le 4 septembre 1916, au cours d’une corvée de ravitaillement, sous un bombardement violent.»

Posté par amphitrite33 à 22:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 juillet 2010

Indicibles souffrances.

Carte_photo_2

De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Une Gorgone Sarrysienne ».

 

 La semaine qui vient de s’écouler du 7 au 14 septembre inclus fut pour mon compte personnel, la plus pénible. Ce fut la plus dure de toute la campagne. Nous avons terriblement souffert de la faim, de la soif, du manque de repos, de la chaleur, de la pluie et d’un épuisement physique complet. Même à présent, je me demande comment nous avons pu supporter tout cela. Vraiment, la résistance humaine a des ressources insoupçonnées. Il est vrai que le facteur moral a dû jouer un rôle primordial. Il est probable que si au lieu d’être les poursuivants nous avions été  les poursuivis, avec toutes ces misères nous serions tombés aux mains de l’ennemi. D’abord la faim, et cela pendant 7 jours. Nous avons simplement touché une boule de pain au moment de partir de Carte_Cuperly__La_CheppeWassy… Le 10 septembre, nous recevons un peu de  café et une ration de légumes. C’est tout !!! Pendant les opérations mouvementées du début de la campagne, et par la suite, à chacun de nos déplacements dans un secteur nouveau éloigné du précédent, nous avons été souvent plusieurs jours sans ravitaillement. Cela tient  à nos changements journaliers et rapides. La plupart du temps, notre train régimentaire ne pouvait pas nous atteindre. De plus, en tant que brancardiers, nous sommes souvent répartis par équipe de 4 hommes dans des compagnies souvent éloignées les unes des autres. Nous ne pouvons pas, dans ces conditions toucher nos distributions. Pendant la bataille de la Marne, nos convois de vivres ne nous trouvèrent qu’une seule fois, près de Dampierre. Cela, juste avant la poursuite des Allemands. Ce que nous avons reçu fut plutôt maigre … Du café, du sucre et une ration de légumes, lesquels ne furent jamais cuits. Nous avons connu la faim… Pour chercher à la tromper, nous mâchions des feuilles d’arbres le plus souvent… Très heureux quand nous trouvions une plante de rhubarbe dans un jardin. (Mais le camp de Mailly n’est pas, à proprement parler un potager.) Ce régime pouvait être efficace pour une personne obèse, mais il n’est pas recommandé pour les troupes en campagne. La soif, ah la soif ! Ça, c’est le plus terrible. Marcher sous un soleil ardent et n’avoir rien à boire… La gorge est sèche, plus de salive. Les puits que nous rencontrions étaient souillés. Défense était faite d’y puiser de l’eau. La souffrance était d’autant plus atroce que tout le long du trajet, des bouteilles de champagne vides jalonnaient notre route. Nous étions heureux quand il pleuvait. Nous sucions nos pans de capote, ou l’extrémité des toiles de tente. Nous essayions de recueillir quelques gouttes dans nos bidons en formant une gouttière. Après, nous n’en avions que plus soif. Nous aurions bien aimé plonger la tête dans de l’eau fraîche et boire goulument, longuement, très longuement. Pour apaiser la soif, nous utilisions un truc qui était assez efficace, qui consistait à mettre un petit caillou dans la bouche, cela maintenait un peu de salive. C’est tout ce que nous pouvions faire. Le manque de sommeil et de repos est pénible également. Marcher de jour cela passait encore, mais de nuit c’était plus dur. Machinalement nous fermions les yeux. Quand un arrêt se produisait, nous allions buter la face dans le sac ou l’ustensile de campement de celui qui nous précédait. Sitôt arrêtés, nous nous couchions par terre et le sac comme oreiller, sans même le déboucler. Nous ronflions immédiatement comme dans un lit bien moelleux. En fait de lit, ce n’était souvent qu’un tas de cailloux. (À suivre …)

La photographie de groupe a été réalisée avant le début du conflit.

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

Posté par amphitrite33 à 00:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
11 juillet 2010

Livre d'or de l'école professionnelle de Nancy.

Livre_d_or_de_l__cole_professionnelle_de_NancyLes citations suivantes ont été relevées dans le livre d’or de l’école professionnelle de l’est de Nancy. Cet ouvrage a été réalisé par l’association amicale des anciens élèves de l’école professionnelle Loritz et de l’école professionnelle de l’est de Nancy. Editions graphiques – Jarville – Nancy. 1922.

René Bœglin : (présent à l’école de 1907 à 1911). Ingénieur des Arts et Métiers. Aspirant, chef de section au 149e R.I. le 4 mars 1915, puis sous-lieutenant le 6 août 1916.

Citation à l’ordre du corps d’armée :

« Au cours de l’attaque de Lorette, le 9 mai 1915, sa section étant arrêtée par le feu d’une mitrailleuse allemande, est resté debout pour indiquer l’objectif et à entraîné ses hommes à l’assaut. Blessé peu de temps après. »

Citation à l’ordre de l’armée :

«  Tout jeune officier a dû prendre le commandement de sa compagnie, le 24 septembre dans des conditions difficiles. À montré à ce poste les plus belles qualités de courage et d’énergie et une haute idée de ses devoirs de chef. À été grièvement blessé en enlevant ses hommes sous un bombardement violent. Titulaire d’une citation à l’ordre du corps d’armée. »

Chevalier de la Légion d’honneur.

Jean Lœillet : Étudiant en pharmacie, répétiteur à l’École Professionnelle de l’Est. Sergent au 149e R.I..  A été blessé mortellement le 25 août 1914 au combat de Ménil, commune de Nossoncourt.

Citation à l’ordre de l’armée, du 13 septembre 1915 :

« Le 25 août 1914, au combat de Ménil-sur-Belvitte, a donné à ses hommes un bel exemple d’intrépidité en les entraînant en avant à la baïonnette, sous des feux extrêmement violents. Blessé très grièvement est resté sur le terrain occupé peu après par l’ennemi. Sous-officier plein d’allant. »

Pierre Sainglas : (présent à l’école de 1908 à 1913). Négociant à Nancy. Sergent au 149e R.I..

Citation à l’ordre du régiment :

« Pendant toute la période du 8 au 12 mars 1916, devant Verdun, s’est acquitté d’une façon parfaite de ses fonctions d’agent de liaison auprès de son capitaine, remplissant sa mission sous les bombardements les plus violents avec un sang-froid digne de toute éloge. »

Citation à l’ordre du G.Q.G., du 8 avril 1919 :

« Excellent sous-officier qui s’est fait remarquer par sa bravoure et son entrain aux combats livrés sur l’Yser, à Notre-Dame-de-Lorette, à Verdun. A été blessé grièvement trois fois en combattant. »

Médaille militaire : (J.O. du 24 mai 1919, rang du 8 avril 1919.)

À signaler deux soldats qui firent un passage au 149e R.I..

Paul Kuehn : (présent à l’école de 1899 à 1901). Ingénieur électricien.

Sergent au 149e R.I., puis sous-lieutenant au 249e R.I., blessé en champagne en avril 1917.

Deux citations à l’ordre de la division :

1ère citation :

« Officier très brave et très énergique. A maintenu sa section pendant 6 jours dans une tranchée constamment bouleversée par les obus et les torpilles et a repoussé une violente attaque allemande en lui infligeant de fortes pertes. »

2e citation :

«  Officier d’une énergie et d’un sang-froid remarquables. Grièvement blessé le 28 mars 1917 en conduisant, sous un feu violent d’artillerie lourde, une reconnaissance au contact de la position ennemie. Son détachement ayant été décimé est resté seul avec trois hommes, cherchant par tous les moyens à accomplir sa mission. »

Chevalier de la Légion d’honneur (J.O. du 1er janvier 1921.)

Edgard Bachoffner : (présent à l’école de 1909 à 1913). Agent en douane et transport. Soldat aux 21e, 149e et 174e R.I..

À été blessé le 21 juillet 1918, à l’attaque de Bézu-Saint-Germain.

Citation à l’ordre du 174e R.I., du 5 août 1918 :

«  Soldat brave et dévoué. S’est très bien conduit pendant l’attaque du 18 juillet, au cours de laquelle il a montré un entrain remarquable. »

Posté par amphitrite33 à 16:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
17 juillet 2010

Sergent Marie Joseph Thiriat (1891-1914).

               Sergent_Thiriat__1_

 

Né le 2 février 1891  à Harol, village situé sur le canton de Dompaire dans le département des Vosges. Il est le fils de Charles et d’Elie Sidonie Perrin. Marie Joseph Thiriat a été élève au séminaire de Saint-Dié. Sergent à la 5e compagnie, il est tué le 9 août 1914 par suite de coup de feu à l’ennemi.

Quelques jours après le commencement de la guerre, il écrit à une de ses tantes qui vit à Saint-Dié les quelques lignes suivantes : 
 

«  Rassure-toi, je suis encore en vie. D’ailleurs, nous n’avons pas encore vu les Allemands. Nous attendons l’arme au bras. La frontière est là, toute proche… Nous faisons une cure d’air dans les sapins. Pas de poulet, mais du singe à volonté. Nous ne sommes pas malheureux. Nous sommes gais comme des pinsons. On chante, on rit, en attendant la danse… » 
 

Le billet n’est pas daté, mais il est très facile de lui en donner une. C’était deux ou trois jours avant, ou même peut-être la veille de la grande attaque des cols, de celui de Sainte-Marie en particulier, qui eut lieu le dimanche 9 août 1914. 
 

Ses derniers instants… 
 

Debout au milieu de ses hommes, le sergent Thiriat fonça sur l’ennemi comme un lion. Touché par une balle, il s’arrêta subitement, il avait le poignet brisé. Aller au poste de refuge pour se faire panser de suite semblait être indiqué. Ses hommes le lui criaient, mais il secoua la tête et n’en fit rien. Tirant de son sac les linges qui s’y trouvaient, il fit lui-même de sa main libre le pansement sommaire de celle qui était blessée. Couchez-vous, lui cria-t-on, les Allemands vont vous apercevoir !... Grand comme il était, il pouvait être distingué. Mais une seconde balle arrive. C’est le lieutenant Camus qui la reçoit à la tête et qui tombe. Le sergent Thiriat sursaute à cette vue. Il réunit ses hommes qui semblent désemparés, ceux du lieutenant frappé et les siens propres et, dans un élan nouveau, les mène au combat qui se prépare. Hélas, une troisième balle siffle, il tombe à son tour pour ne plus se relever. Cette fois, c’est à la mâchoire et à la tête qu’il est touché. Il est transporté à l’écart, il y rendit  le dernier soupir dans la nuit.

 

Un très grand merci à Éric Mansuy.

 

Référence bibliographique : « Reliques sacrées » de Louis Colin. Paris, Bloud & Gay. 229 pages.

Posté par amphitrite33 à 21:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
24 juillet 2010

Entre Suippes et Souain.

                 Groupe_149e_R

De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Indicibles souffrances ».

 

Que dire également des fatigues de la marche ! Faire 30 à 40 kilomètres, parfois davantage par 24 heures, sans manger, sans boire pendant 8 jours et nuits. De plus, nous étions chargés comme des mulets. Cela parait impossible et pourtant nous l’avons fait. Les pieds gonflés, remplis d’ampoules, ensanglantés, nous marchions, nous marchions… Dès que nous nous arrêtions quelques instants et que nous repartions, il semblait que nous marchions sur des aiguilles. Lorsqu’il pleuvait, nos pieds étaient transformés en éponges. Au soleil, le cuir des chaussures durcissait. Un soir, nous avions fait un feu de fagots. Nos chaussures mouillées se rétrécissaient au point que le matin en repartant, plusieurs soldats furent obligés de se déchausser et de marcher pieds nus ou  entourés dans des manches de chemises. Les jambes étaient raides comme des barres de fer. Les mollets douloureux. Les cuisses paraissaient détachées des os. Les reins brisés par le poids du sac, les flancs meurtris par l’équipement et les musettes… Les épaules sciées par les courroies. La tête en feu, nous marchions, nous marchions sans trêve. Quand la pluie tombait dans la nuque, elle mouillait la chemise. Au retour du soleil, l’étoffe mouillée de nouveau par la transpiration ressemblait à de la toile émeri. Ajoutez à cela ; le souci de se garer des balles et des obus, vous aurez une petite idée du martyr que nous avons subi. J’étais un gars de l’active. Deux années de service militaire m’avaient entraîné. Mais que dire des hommes de 35 à 43 ans reçus en renfort aux environs de Wassy, à Pont-Varin et Attancourt le jour où commençait pour nous cette course d’endurance. Et pourtant, ils tinrent le Carte_Suippes_Souaincoup, comme nous. Il n’y eut pas de trainards. Voilà les poilus de la Marne pris dans notre régiment. Après quelques instants de repos à Suippe, le régiment part en avant-garde. A Souain, il se trouve arrêté par une résistance inattendue et sérieusement organisée. La fusillade crépite, les mitrailleuses allemandes tirent sans discontinuer sur nos colonnes engagées dans le village et sur la route. Heureusement qu’elles tiraient un peu haut, sans cela nos pertes déjà élevées auraient été plus lourdes encore. Surpris, nos poilus se déploient en tirailleurs en attendant le jour pour pouvoir juger de la situation. Notre poursuite est suspendue (nous le pensions du moins, croyant la reprendre le lendemain matin). La musique descend avec le médecin-chef à Suippes pour installer le poste de secours régimentaire. Le pays continue à brûler. Un des nôtres découvre dans un magasin d’alimentation presque entièrement détruit, des vivres. Passant par le soupirail de la cave intact, il rapporte deux bidons de vin, un litre d’huile et de la farine. Il n’eût pas fait bon y être pris ! Le bruit courut par la suite que des hommes surpris à ramasser (je ne dis pas piller) des marchandises vouées à la destruction furent sérieusement punis. Ils passèrent en conseil de guerre. On ajoutait qu’il y eut des blessés par balles de révolver tirées par  un de nos officiers. Toujours pas de pain. Avec la farine nous confectionnons des « beignets » cuits dans l’huile. Nous mangeons et nous faisons la distribution de pinard. Un quart fut suffisant. Nous n’en aurions pas supporté davantage tellement nous étions affaiblis.  Nous nous endormîmes complètement ivre. Le matin, nous nous occupons des soins donnés aux blessés et de leur relève. Il y avait beaucoup de travail, car ils étaient très nombreux. Il nous fut impossible de rentrer dans le village de Souain tant le tir était intense. Les Allemands nous dominaient et chaque homme qui se montrait, servait immédiatement de cible. En visitant les boqueteaux  environnants. Nous assistions à l’installation de plusieurs de nos batteries de 75. Les chevaux étaient dans un état lamentable. Étant à la « corde », ils dormaient debout, appuyés les uns contre les autres. Ils étaient couverts de plaies, remplis de mouches, de vrais squelettes. Ils n’avaient pas été à la noce non plus ! Ce jour-là, nous avons été ravitaillés en abondance. Nous avons touché de tout. À la nuit nous pénétrons dans Souain et nous évacuons les blessés jusqu’au matin. Dorénavant, il en sera de même chaque nuit jusqu’à la relève. À présent, nous mangeons à notre faim et buvons à notre soif. Mais les fatigues persistent. Cet excès de nourriture survenant après tant de privations eut un effet déplorable. Le 16 septembre, c’est un repas complet pour nous !!! Des brancardiers divisionnaires nous remplacent dans notre travail. On boit ! On mange ! On dort. Nous nous réveillons et nous recommençons. On boit ! On mange ! Et ainsi de suite toute la journée. Nos cuisiniers n’arrêtent pas. Ils furent tout le temps dans leurs marmites. (A suivre...)

 

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

Posté par amphitrite33 à 00:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

30 juillet 2010

Soldat Joseph Morellon (1894-1915).

              Caporal__Morillon

 Joseph Morellon est né le 20 novembre 1894  à Vourles, un petit village proche de Lyon. Issu d’une famille d’ouvriers, il fait ses premières classes de latin et de grec à l’école cléricale de Saint-François-de-Sales pour continuer ses études au petit séminaire Saint-Thomas d’Aquin à Oullins. Il obtient le Baccalauréat. La mobilisation, sans le distraire de ses projets, le conduisit à d’autres devoirs. Il quittera sa retraite dès les premiers jours d’août 1914. Mobilisé (S.A.). Au 149e R.I. le 6 septembre 1914, pour rejoindre le régiment qui se trouve sur le front belge aux alentours du 6  novembre 1914. Tué à Aix-Noulette le 3 mars 1915 en servant à la 8e compagnie.

Extraits de ses dernières lettres.

«  Si vous saviez comme l’on prie ici dans les tranchées… Continuez à m’écrire souvent, c’est une vraie charité que vous me faites ; car je me sens bien seul au fond des tranchées, et parfois un peu déprimé… »

Vers la fin février 1915, quelques jours avant d’être tué il écrivait :

« Depuis trois mois, je suis dans les tranchées de premières lignes. J’y souffre physiquement beaucoup, mais le moral se maintient bon… Vous reverrai-je en ce monde ? J’en doute un peu. Le secteur où je me trouve est très mauvais. En quelques semaines ma compagnie a été réduite de moitié… Je m’abandonne à la divine Providence. Je me recommande à vos bonnes prières et puis, à la grâce de Dieu !... »

 

Médaille militaire (à titre posthume) le 29 juillet 1920 (J.O. du 8 février 1921).

« Brave soldat, dévoué et courageux, tombé pour la France, le 3 mars 1915, à Aix-Noulette, en accomplissant vaillamment son devoir. »

Référence bibliographique :

 

« Livre d’or du clergé diocésain de Lyon pendant la guerre de 1914-1918. » Editions Lyon-Paris. Librairie catholique Emmanuel Vitte. 1922.

 

Un grand merci à Pascal Baude.

Posté par amphitrite33 à 23:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
06 août 2010

Un "jus" bien désagréable !!!

                  Caf__Louis_Cretin  

 De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Entre Suippes et Souain." 

Le 17 septembre, après une nuit mouvementée, passée dans les feuillées… Je quitte Suippes le soir avec un camarade (Arthur Gigant qui décèdera en 1923 suite aux gaz), pour aller faire la liaison avec les postes de secours des bataillons installés à Souain. Le marmitage était particulièrement violent ce jour-là sur la route. Nous décidons de faire un détour par les bois, mais dans la nuit, nous nous égarons. Nous sommes abrutis par le bombardement qui sévit partout avec une grande intensité. C’est seulement au petit jour que nous retrouvons notre chemin. Nous gagnons le village en rasant le talus de la route. Nous trouvons notre lieutenant-colonel dans son P.C. Il se reposait sur un tas de cailloux. Il nous ordonne d’activer, car dans quelques instants, ce sera impossible une fois le grand jour venu… Arrivés aux premières maisons, nous respirons un bon coup. Mon camarade ayant dans sa musette une tablette de café et du sucre, nous nous faisons un « jus » pendant que les balles et les obus font rage autour de nous. Une marmite démolit la cloison voisine où nous nous trouvions. Le coin devenait malsain. Nous trouvons le temps de  passer notre café au travers d’un mouchoir pas très propre. Une petite bouteille de vinaigre provenant du magasin d’alimentation de Suippes, et qui voisinait dans le sac à dos avec le mouchoir s’était cassée dans l’une de  nos chutes successives. Le « jus » avait un drôle de goût. Nous l’avons tout de même bu en faisant de sérieuses grimaces. Ensuite nous partons visiter les postes de secours des bataillons. En passant près de l’église, plusieurs fusants éclatent dans les marronniers de la place. Nous nous crûmes touchés. Les fruits détachés par l’éclatement des obus nous tombaient dessus. Mais rien que des marrons, pas d’éclats. Nous trouvons deux blessés au poste du 2e bataillon. Notre mission étant terminée, nous cherchons à rentrer. Ce ne fut pas facile. Nos blessés que nous nous portions sur le dos ralentissaient notre marche. À tout moment, il fallait se plaquer au sol pour se préserver des éclats quand éclataient les obus. Pour sortir de la zone dangereuse d’environ 200 m, nous avons mis au moins une demi- heure. Nous regagnions Suippes ensuite assez vite. Nous avons fait monter nos blessés sur des caissons d’artillerie venus ravitailler une batterie avancée. Le 19 septembre, une attaque allemande cerne nos troupes qui se trouvent dans Souain. C’était mal connaître nos hommes. Au lieu de se rendre, ils firent tant et si bien que le soir, les Allemands avaient évacué la place avec des pertes énormes ne laissant entre nos mains que 160 prisonniers. Le soir, ignorant que la situation était rétablie, nous partons de Suippes le brancard sur l’épaule avec en plus des musettes remplies de cartouches. Nous trouvons sur la route, le cycliste du major qui nous fait savoir que nous pouvons y aller sans crainte. Les Allemands étaient rejetés au-delà de leurs tranchées de départ. Le régiment fut enfin relevé le 1eroctobre. Ceux qui restaient, à peine la moitié de l’effectif avaient néanmoins une flamme d’orgueil dans le regard. Si nous n’avions pas rejeté l’allemand à la frontière, nous avions tout de même contribué à gagner une grande bataille. À sauver Paris et la France de l’invasion. Le régiment en entier fut cité à l’ordre de l’armée.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

Posté par amphitrite33 à 18:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
14 août 2010

Livre d'or du clergé diocésain de Lyon.

Couverture_Livre_d_or_de_lyon__2_Régis Oriol : Né le 19 mars 1915 à Saint-Sauveur-en-Rue dans le département de la Loire il est le fils de Jean Louis Oriol et d’Anne Marie Roux. Huitième d’une fratrie de 10 enfants, il perd sa mère très jeune. Ses sœurs ainées prirent en charge l’éducation des plus jeunes… À l’âge de 12 ans, il entre à l’école cléricale de Notre-Dame de Joubert de 1907 à 1910 pour ensuite rejoindre le petit séminaire de Saint-Jean de 1910 à 1913. Il entre à Francheville en octobre 1913. Mobilisé (S.A.) au 55e R.I. en décembre 1914. Caporal au 149e R.I. à la 8e compagnie. Un de ses frères est tué le 9 août 1914 du côté de Mulhouse.

Extraits d’une lettre écrite quelques jours avant sa mort, le 22 septembre 1915. 

« Nous sommes en cantonnement d’alerte. Le canon fait fureur depuis deux jours… Nous combattons sous les ruines d’une chapelle de la Sainte-Vierge… S’il faut mourir, qu’il fera bon tourner son dernier regard vers son sanctuaire détruit ! Qu’elle ouvre à tous nos morts la porte du ciel ! Priez pour nous Notre-Dame-de-Lorette ! »

Le 26 septembre 1915, Régis Oriol tombait dans une attaque des tranchées allemandes à Angres où il fit preuve d’un grand courage, comme le signale la citation suivante :

Citation à l’ordre de l’Armée le 21 octobre 1915 (J.O. du 23 décembre 1915).

« Le 26 septembre, au cours d’un combat devant Angres, s’est porté à l’attaque des tranchées allemandes avec un grand courage, devançant tous les hommes de sa section. Est arrivé le premier devant les fils de fer ennemis, où il a été tué par une balle. »

Médaille militaire (à titre posthume) le 23 juin 1920 (J.O. du 4 novembre 1920).

« Brave caporal ; au cours du combat devant Angres, s’est porté, le 26 septembre 1915, à l’attaque des tranchées allemandes, avec un grand courage, devançant tous les hommes de sa section. Est arrivé le premier devant les fils de fer ennemis et a été tué glorieusement pour la France. À été cité. »

Joseph Morellon : http://amphitrite33.canalblog.com/archives/2010/07/30/18708369.html

Référence bibliographique :

Livre d'or du Clergé diocésain de Lyon pendant la guerre de 1914-1918. Éditions Lyon-Paris, Librairie catholique Emmanuel Vitte. 1922.

Un grand merci à Stéphan Agosto et à Pascal Baude.

Posté par amphitrite33 à 16:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
21 août 2010

Camille Foignant (1891-1914).

                   Camille_Foignant__1891_1914_

 (Le montage que l’on peut  voir ci-dessus n’est que pure fiction et n’est pas fait à partir de  documents officiels ! il a simplement été réalisé pour rendre hommage à Camille Foignant.)

« Ma plus douce, durable et belle sépulture sera le cœur de ceux qui m’aiment. » Lucien Jacques.

Bien peu d’informations concernant mon grand-oncle ont pu traverser le temps. Après plusieurs années de recherche, je n’ai  pas réussi à retrouver la moindre lettre, un quelconque papier d’époque, un modeste portrait le concernant. J’ai tout juste pu lire sur sa fiche signalétique et  des services quelques maigres renseignements sur son parcours militaire. Malheureusement, elle reste vierge en informations détaillées. Cette dernière a été consultée aux Archives départementales des Vosges.

 

Voici, en quelques lignes, ce que j’ai pu reconstituer de son histoire.

Camille Foignant est né le 20 août 1891 à Pouxeux, petit village vosgien implanté sur le canton de Remiremont. Fils de Célestin, humble livreur de journaux et de Marie Célestine Cune, il est le second d’une fratrie de 7 enfants. Camille a 3 frères, Marcel, Léon et Maurice. Marcel, soldat de la classe 1915 est incorporé au 407e R.I.. Ce dernier décède le 26 mai 1918 à Couvrelle, commune que se trouve dans le département de l’Aisne. Il repose dans la Grande Nécropole Française de Vauxbuin près de Soissons. Son frère ainé, Léon échappe aux horreurs de la guerre suite à une réforme due à un accident de travail. Il meurt pourtant de manière indirecte des conséquences de  la guerre en succombant à la grippe espagnole en octobre 1918. Maigre consolation pour les parents, Maurice qui est  bien trop  jeune pour être mobilisé ne participe pas à ce conflit. Camille Foignant est âgé de 19 ans lorsqu’il se marie à Épinal avec Jeanne Bertrand en 1910. De cette union naîtront trois enfants. Il exerce la profession d’ouvrier d’usine dans cette ville avant de partir effectuer son service militaire comme soldat de la classe 1911 au 149e R.I.. Aguerri par de longs mois de service militaire  effectués dans ce régiment (je n’en connais pas le nombre exact), il  participe aux débuts des hostilités aux terribles combats du col de Sainte-Marie, d’Abreschviller et de Ménil, Thiaville et Saint-Benoît. Inutile de rappeler que ces combats furent particulièrement meurtriers pour le régiment ! Ensuite, ce sont les attaques sur le village de  Souain en septembre, les premières luttes du 149e R.I. dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette en octobre. Dans les tous premiers jours de novembre, la 6e compagnie dans laquelle se trouve Camille Foignant depuis le commencement du conflit, combat  en Belgique dans le secteur d’Ypres. Et puis le 13 novembre 1914, tout s’arrête. Il croise sur son chemin le regard de la « grande faucheuse ». Est-il  tué à l’orée d’un bois ? Au milieu d’un champ ? En bordure du  canal d’Ypres ? Au cours d’un repli ? Est-il touché par une balle ennemie ? Un éclat d’obus ? Nul ne le sait… Seule certitude, cela s’est passé du côté de Verbranden-Molen, minuscule bourgade qui se trouve  sur le territoire flamand de la Belgique. Son acte de décès nous indique simplement qu’il est décédé par suite de coup de feu à l’ennemi vers 17 h 00. Comme pour beaucoup de soldats du 149e R.I. tués sur la terre belge en 1914, il n’existe pas  de sépulture individuelle portant son nom.

 

Camille Foignant est cité à l’ordre du régiment et obtient la Croix de guerre avec étoile de bronze :

« Soldat plein de courage et d’entrain. Mort pour la France le 13 novembre 1914 dans la région d’Ypres, dans l’accomplissement de son devoir. »


Il est également inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire « À titre posthume », par l’extrait d’un arrêté fait à Paris et signé par le ministre de la guerre André Lefèvre datant du 9 septembre 1920. Cet extrait est publié au journal officiel du 20 janvier 1921.

 

Références bibliographiques :

« La Pâque dans la grange » de Lucien Jacques. Bibliothèque du Hérisson. Éditions Amiens, Librairie Edgar Malfère.

 

Un grand merci à M. Bordes, à  A. Carobbi et à J.N. Deprez, sans oublier  la mairie d’Épinal, le bureau central des archives administratives militaires de Pau et les archives départementales des Vosges.

Posté par amphitrite33 à 14:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
27 août 2010

Ypres 1914. Un aller simple pour l'enfer...

             Section_de_mitrailleuses_du_2_e_bataillon

Avant de commencer, je viens remercier très chaleureusement Herman Plote pour son aide et sa contribution au  travail qui va suivre. Je le remercie tout particulièrement pour bien avoir voulu prendre de son temps et partager un peu de son érudition. Après avoir effectué les recherches préalables  dans de nombreux historiques allemands il en a traduit  les passages les plus

marquants concernant le secteur « élargi » où se trouvaient les deux bataillons du 149e R.I..

Dans le secteur qui nous intéresse ici, le front franco-anglais, est constitué essentiellement des 1ère et 7e D.I. pour les Anglais (elles se trouvent entre Hooge et Wulverghen), des 9e et 16e C.A. avec les groupements Bouchez et Ollery et du détachement Moussy pour les Français. Ces troupes ont en face d’elles le 15e C.A. alsacien (avec principalement ses 30e et 39e divisions) commandé par le général von Deimling et le 2e C.A. bavarois (avec ses  3e, 4e  et 26e divisions) commandé par le général Riter von Martini.

Sur ce terrain, les combats sont terribles et la mort fauche en tout sens aussi bien du côté franco-anglais que du côté allemand. Les pertes sont impressionnantes. Mêmes misères, mêmes souffrances pour le fantassin. L’agonie des hommes est la même pour tous ! Pas de nationalité, pas de frontière pour la douleur.

Malgré les nombreuses lacunes dues au manque de certains historiques et au regard des informations trouvées, la lecture de ce qui va suivre donnera, je l’espère, une idée somme toute assez « globale » des évènements situés au sud-est de la ville d’Ypres. La partie la plus développée  de cette recherche concernera les faits qui se sont produits entre le 3 et le 13 novembre 1914, date de décès de mon grand-oncle Camille Foignant.

Il est bien évident que les comparaisons qui pourront être faites à partir des différentes indications trouvées dans les J.M.O. français et les historiques  des régiments allemands resteront très imparfaites et très difficiles à réaliser. Les attaques et les contre-attaques sont fort nombreuses dans ce secteur et elles se déroulent sur des laps de temps très courts.

Vu la rapidité des déplacements de troupes, ils  ne permettent pas de situer de manière extrêmement précise les lieux et la chronologie des évènements qui permettraient d’identifier exactement quel bataillon d’un régiment français se trouvait  en face de quel bataillon d’un régiment allemand. De plus très peu, voir aucune indication n’est fournie sur les numéros des régiments ennemis qui se trouvaient en « face » dans les différents ouvrages consultés. Pour complexifier la situation, ce secteur est marqué par un mélange d’unités de plusieurs corps d’armées français et par des interférences considérables entre les unités françaises et anglaises. Les déplacements, les mélanges de troupes, les envois de soutien vers la droite ou vers la gauche, ou carrément ailleurs, nous donnent un aperçu de  l’ampleur  de cette bataille. Bataille qui est  aggravée par une météo absolument exécrable, l’hiver 1914-1915 ayant été exceptionnellement pluvieux.

 

Deux bataillons du 149e R.I. affaiblis par les premiers mois de combats (effectifs inférieurs à ceux du début de la guerre) se retrouvent au milieu de cette tourmente. Les positions occupées par les 3 bataillons du régiment pour cette période sont les suivantes :

Le  1er bataillon est resté en France, dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette jusqu’à la fin novembre pour ensuite retrouver les deux autres bataillons en Belgique.

Après un voyage en camions de la Bussière  à  Reninghelst (Belgique) les 2e  et 3e  bataillons du régiment se séparent dès le 3 novembre 1914.

Le 2e bataillon se rend dans le secteur de Verbranden-Molen. Il va être associé à deux bataillons du 90e R.I. qui appartiennent  au groupement  Moussy (ils sont eux-mêmes détachés du 9e  C.A.). Le 3e bataillon quant à lui, est engagé avec des éléments du 158e R.I. et le 3e B.C.P. du côté de Wyschäete avec le groupement Lanquetot.

La localisation exacte des compagnies des deux bataillons du 149e R.I. reste encore une tâche ardue à réaliser.

Malgré les longues « théories » des unités sur le front et les incessants « chassés-croisés » des différents régiments, j’ai essayé d’approcher au plus près les derniers instants de vie de Camille Foignant et de ses proches compagnons d’infortune dans cette grande marée humaine. Les évènements évoqués nous rappellent une fois de plus l’appétit de la « Grande Faucheuse » pendant l’année 1914. Des milliers d’anonymes, de « sans-grades », de simples « biffins », les oubliés de la grande histoire, ont perdu la vie très jeune pour la pire des aventures de l’homme qui porte le nom de « guerre » sur la terre belge.

Avec toutes mes excuses pour les inévitables erreurs qui pourraient s’être glissées dans ce travail, en particulier pour l’orthographe des noms des  lieux et des personnes, ainsi que celles qui pourraient se trouver dans les cartes construites de manière «artisanale »…

 

Une petite explication des évènements qui précédent l’arrivée des éléments de la 43e D.I. avec les deux bataillons du 149e R.I. permettra de mieux comprendre  la situation sur cette partie du front belge.

 

Carte_Ypres_1914Du côté des Français :

La VIIIe armée d’Urbal est créée le 20 octobre 1914. Dénommée dans un premier temps «détachement d’armée de Belgique », elle est destinée  à agir de concert avec l’armée belge qui s’était retirée sur la ligne de l’Yser. Elle comprend la 42e D.I., la brigade des fusiliers marins Ronarc’h, les 87e et 89e divisions territoriales et le 2e corps de cavalerie de Mitry. Le 9e C.A. est rattaché à cette VIIIe armée qui n’en est encore qu’à son stade embryonnaire.

Deux secteurs et deux périodes sur le front belge sont à distinguer. Tout d’abord le secteur de l’Yser (bataille de l’Yser du 23 au 30 octobre 1914 en collaboration avec l’armée belge et britannique) qui ne sera pas évoqué ici puisque le 149e R.I. n’y a pas combattu, puis le secteur d’Ypres (bataille d’Ypres du 30 octobre au 15 novembre 1914 en collaboration avec l’armée britannique).

Au fil du temps de nombreuses unités viendront grossir cette armée avec entre autres les 16e C.A, 32e C.A. et 20e C.A. et le 1er corps de cavalerie Conneau. Le 16e C.A., qui recevra  dans ses rangs les éléments de la 43e D.I. à la date du 3 novembre, arrive en Belgique dans les derniers jours d’octobre. La 31e D.I. combat du côté de Langemarck et la 32e D.I. du côté de Wytschaete. De nombreux groupements sont également créés dans ce secteur. Il y a parfois des mouvements d’unités entre ces différents groupes en fonction des nécessités des attaques et des contre-attaques. Voici  la composition (pour l’infanterie), certainement incomplète de quelques-uns d’entre eux  autour de la date du 3 novembre 1914 :

 

Groupement Moussy :

2 bataillons du 68e R.I. (1er et 3e bataillons).

1 bataillon du 268e R.I. (6e bataillon).

2 bataillons du 90e R.I. (1er et 2e bataillons).

1 bataillon du 149e R.I. (2e bataillon).

 

Groupement Olleris :

10e B.C.P..

31e B.C.P..

1 bataillon de Zouave. (5e bataillon du 4e Régiment de Zouaves de Marche).

1 bataillon de coloniaux. (7e bataillon colonial du Maroc).

53e R.I..

1 bataillon du 80e R.I. (3e bataillon).

 

Groupement Boucher :

1er et 54e B.C.P..

143e R.I..

2 bataillons du 342e R.I..

2 bataillons du 15e R.I. (1er et 3e bataillons).

1 bataillon du 80e R.I. (1er bataillon).

 

Groupement Lanquetot :

3e B.C.P..

1 bataillon du 149e R.I. (3e bataillon).

1 bataillon du 80e R.I. (2e bataillon).

2 bataillons du 158e R.I. (1er et 2e bataillons).

 

Du côté des Allemands:

 

Le 10 octobre 1914, le général von Beseler annonce la chute de la forteresse belge d'Anvers. Le gros de l'armée belge parvient à s'échapper vers l'ouest.  Lille capitule le 12 octobre. La nouvelle 4e armée commandée par le duc Albrecht de Wurttemberg est composée des XXIIe, XXIIIe, XXVIe et XXVIIIe C.R.. Elle est débarquée à l'ouest de Bruxelles, à partir du 12 octobre. Cette armée a également à sa disposition  le VIIe C.R. et la 4e division d'ersatz (le tout sous les ordres du général von Beseler). Elle attaque  la position fortifiée des Alliés (Anglais, Français et Belges) sur le canal de l'Yser et à Ypres. Au terme de combats acharnés et  très sanglants, qui sont  livrés  entre le 20 et le 24 octobre 1914, les Allemands gagnent une ligne partant du sud de Nieuport, qui passe devant Dixmude et Merckem, puis devant Bixschoote et Langemarck. Des éléments du corps Beseler et du XXIIe C.R. ont  pris pied sur la rive occidentale de l'Yser.

En attendant, il s’est formé au sein de la 6e armée, le "groupe von Fabeck". Ce dernier est composé du XVe C.A., du IIe C.A. bavarois, de la 6e D.R. bavaroise, des 3e et 26e D.I. prussiennes et de la 11e brigade de Landwehr. Ce groupe est doté de 32 batteries d'artillerie lourde. Il se trouve alors derrière la Lys, sur une ligne reliant Menin à Deulemont. De là, il doit s'élancer à l'attaque de la position ennemie entre Gheluvelt et Messines. Le déclenchement de cette offensive est fixé pour le 30 octobre 1914. Simultanément, la 4e armée doit attaquer plus au nord et la division de la garde plus au sud, avec le soutien de la 4e D.C. et de la 6e armée. Les Allemands comptent alors sur une percée décisive de la part du "groupe von Fabeck". Lorsque les Belges se sont trouvés sous la menace d'être contournés par l'aile droite des armées allemandes, ils décidèrent d’ouvrir  les écluses du canal de l'Yser dans la nuit du 29 au 30 octobre. L'arrivée massive d'eau de mer provoque alors une telle inondation que les éléments de la 4e armée allemande qui avaient déjà gagné la rive occidentale de l'Yser doivent être ramenés (les 31 octobre et 1er novembre). Désormais, les Allemands ne disposent  plus d'assez d'espace pour effectuer de nouveaux mouvements enveloppants d'envergure. 
 

Anticipons ici sur les évènements à venir en précisant que suite à l'épuisement général des belligérants, la tentative de percée allemande échoue. Il en est de même pour celle qui a été préparée par le général Foch, commandant en chef des forces alliées présentes depuis le 4 octobre.  Cette dernière ayant pour objectif d'enfoncer la ligne Thourout - Roulers – Courtrai, fut mise à exécution dès le 1er novembre 1914. Mais très vite, le flanc nord du front occidental se fige et c’est une guerre de positions qui va prendre le dessus. Le IIe C.A. bavarois est désigné pour participer à ce grand affrontement en première ligne. Il avait été avancé depuis Péronne afin de s'élancer en partant de la région de Comines, en direction des deux châteaux de Hollebeke. Le 30 octobre, premier jour de l'offensive allemande, la 4e D.I. bavaroise comprenant les I.R. n° 5 et n° 9 et les  R.I.R. n° 5 et n° 8 (tous bavarois), parvient à occuper les hauteurs à l'ouest de Zandvoorde ainsi que le château oriental de Hollebeke. La 3e D.I. avec ses I.R. bavarois n° 17, 18, 22 et 23s'est emparée du château occidental de Hollebeke et de son vaste parc ; cela grâce à un assaut nocturne mené par la brigade d'infanterie du Generalmajor Clauss qui a engagé ses deux régiments d'infanterie (les n° 17 et 18). À la droite du IIe C.A. bavarois, la 39e D.I. du XVe C.A. qui a également sous ses ordres le 1er B.C.P. bavarois, prend Zandvoorde avant midi. Par contre, l'occupation de Gheluvelt où se bat le R.I.R. n°16 bavarois au sein du XXVIIe C.R., échoue. À  la gauche du même IIe C.A. bavarois, l'aile droite de la 26e D.I. occupe Wambeke. Mais là aussi, son aile droite extérieure a dû se contenter de gagner les hauteurs au nord-est du village face à Messines résolument défendu. Les combats du 30 octobre ont également démontré l'importance jouée par la chaîne de collines entre Wytschaete et Messines. Sans leur occupation préalable, aucun nouveau progrès ne parait encore possible. C'est pourquoi le "groupe Fabeck" oriente l'essentiel de sa poussée du 31 octobre sur la partie sud du terrain d'opérations du IIe C.A. bavarois. Ce corps doit étendre son aile gauche vers le sud pour prendre la localité de Wytschaete. Cette opération doit ensuite permettre à la 26e D.I. qui se trouve à sa gauche, d'occuper la majeure partie du village de Messines  qui s’est transformé en véritable forteresse, ceci au terme d'un violent combat de rue et de barricades mené par son I.R. n° 125. Mais ses voisins de droite et de gauche se sont trouvés contraints d'infléchir leurs ailes extérieures sous un  feu de flanc dévastateur qui provient de Wytschaete et du bois de Ploegsteert. Les 30 et 31 octobre, les Allemands arrivent  à repousser  le front ennemi vers Ypres, en particulier près de Hollebeke. La résistance ennemie va alors s’intensifier, grâce aux nombreux boqueteaux grands et petits, aux fossés remplis d'eau, aux haies très denses et qui sont pleines de fil de fer, mais aussi à cause des localités et des fermes qui sont très étendues et éparpillées. Cette terre de Flandres s'avère extrêmement défavorable pour mener à bien les attaques. Mais Wytschaete doit absolument tomber, car il est impossible de conserver Messines…

 

Un très grand merci à M. Bordes, à  A. Carobbi, à J. Huret et à H. Plote. Je remercie également le Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes et l’association « Bretagne 14-18 ».

 

Pour la réalisation de ce texte, les ouvrages suivants ont été consultés :

« R.I.R. Bavarois n° 20 ». Écrit en 1964 par l’association des anciens du  K.B. R.I.R. n° 20. (306 pages). Ouvrage resté jusqu’à ce jour inédit provenant de la collection Herman Plote.

« Deux ans de commandement sur le front de France » Tome II. Général A. Dubois. Paris Henri Lavauzelle. (290 pages) 1921.

J.M.O. du 16e C.A. : Série 26 N 158/1. Consultable sur le site « S.G.A./Mémoire des hommes ».

 

Posté par amphitrite33 à 19:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :