02 juin 2017

La Malmaison : introduction.

Groupe_149e_Albert_Marquand_1

L’échec massif de l’offensive du printemps 1917 débouche sur une crise morale sévère dans la zone des armées et à l’intérieur du pays. Il va falloir plusieurs mois pour que le soldat français retrouve l’indispensable confiance en ses chefs pour continuer le conflit.

Les officiers supérieurs reçoivent l’ordre d’être plus attentifs aux besoins du troupier. Ils devront également, après la bataille, instaurer des temps de repos beaucoup plus réguliers dans des cantonnements aménagés en conséquence.

Les roulements de permissions seront mieux organisés et les récompenses plus largement distribuées.

Suite aux évènements particulièrement meurtriers des mois d’avril et de mai 1917, l’état-major français réfléchit à des modèles d’attaques plus économes en vies humaines.

Il est absolument impératif de remporter un succès tactique digne de ce nom. Celui-ci doit à la fois raffermir le dévouement des hommes et redonner l’espoir du pays dans la force de son armée. Il faut effacer les terribles souvenirs de l’offensive Nivelle.   

L’action de grande envergure est abandonnée. Elle cède la place à des techniques de combats qui auront pour objectif la conquête du terrain dans un espace et dans une période limités.

La Malmaison

C’est le secteur de la Malmaison qui est choisi. Cet endroit reste hautement symbolique puisqu’il se trouve à proximité du chemin des Dames, lieu où l’ennemi a réussi à briser toutes les attaques françaises lancées en avril et en mai 1917.

Carte_1_la_Malmaison

La division du 149e R.I. fait partie des unités qui vont être engagées dans cette attaque.

Cette offensive française,qui doit se déclencher à la fin du mois d’octobre 1917, commence à se préparer plusieurs semaines à l’avance.

Un dispositif de tirs d’artillerie sans précédent doit débuter quatre jours avant le début de l’attaque. Les chars seront sollicités pour soutenir l’infanterie, les photographies aériennes seront analysées de manière approfondie par tous. Rien ne doit être laissé au hasard !

Chaque régiment d’infanterie, chaque bataillon de chasseurs se préparent minutieusement en étudiant le parcours qui lui est assigné. Chacun sait exactement ce qu’il doit faire. L’improvisation n’est pas au rendez-vous !

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps,à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Le morceau de carte du groupe des canevas de tir du secteur de Vailly est daté du 26 août 1917. Ce bout de carte délimite la zone dans laquelle la 43e D.I. va être engagée le 23 octobre 1917.

La photographie de groupe représentant des soldats du 149e R.I. fait partie de la collection personnelle de R. Mioque. Albert Marquand se trouve au centre du cliché.

Un grand merci à M. Bordes, à R. Mioque, à F. Barbe, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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09 juin 2017

La Malmaison, octobre 1917, les officiers du 3e bataillon du 149e R.I..

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

Cette photographie de groupe provient d’un témoignage laissé par le lieutenant Douchez. Les écrits de cet officier, qui a fait une partie de la guerre au 149e R.I., ont été déposés par son père, au Service Historique de la Défense de Vincennes, en 1983.

Peu de temps avant que le régiment ne rejoigne le front pour être engagé dans la bataille de la Malmaison, le colonel Boigues, qui commande cette unité, donne l’ordre à un photographe militaire de réaliser quelques clichés. Voici celui qui représente les officiers du 3e bataillon de son régiment.

Pour cette occasion, tous ces hommes ont été réunis dans le parc de la Demoiselle de Maucroix, avant de quitter la commune d’Ancienville.

Les officiers représentés ici sont tous identifiés.

Silhouettes_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

1 : Sous-lieutenant Lemoine : 11e compagnie

2 : Docteur Ruffin : P.E.M.

3 : Sous-lieutenant Pourchet : 10e compagnie

4 : Lieutenant Gauthey : 11e compagnie

5 : Lieutenant Douchez : 9e compagnie

6 : Lieutenant Claudin : 9e compagnie

7 : Lieutenant Dupuy : 10e compagnie

8 : Sous-lieutenant Achard : 3e C.M.

9 : Sous-lieutenant Berteville : 9e compagnie

10 : Sous-lieutenant Reigneau : 3e C.M.

11 : Médecin auxiliaire Bernère : P.E.M.

12 : Capitaine Prenez : 3e C.M.

13 : Capitaine adjudant-major Houël : P.E.M.

14 : Commandant Putz : P.E.M.

15 : Capitaine Fouché : 11e compagnie

16 : Lieutenant Monnoury : 10e compagnie

Les pertes en officiers seront très importantes pour ce bataillon.

Le capitaine adjudant-major Houël, les lieutenants Dupuy et Monnoury, et les sous-lieutenants Berteville et Reigneau, trouveront la mort durant la bataille de la Malmaison.

Le commandant Putz, le capitaine Prenez, le lieutenant Claudin, ainsi que les sous-lieutenants Achard, Douchez et Gauthey, seront blessés, peu avant le début ou pendant l’attaque.

Mis à part les médecins, seuls le capitaine Fouché, et le sous-lieutenant Pourchet s’en sortiront indemnes. Le lieutenant Lemoine, peut-être le plus « chanceux » des hommes qui se trouvent sur le cliché, est en permission le premier jour de la bataille de la Malmaison.

Sources :

Fonds Douchez composé de 3 volumes. Déposé au Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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16 juin 2017

Henri Pierre Adolphe Marcel Putz (1874-1959).

Henri_Pierre_Adolphe_Marcel_Putz

Les années de jeunesse

Henri Pierre Adolphe Marcel Putz est né le 31 janvier 1874 dans le 6e arrondissement parisien. Le père, Jean Baptiste Henri, est un Messin, officier de carrière, qui a opté pour la nationalité française en 1872. À la naissance de son fils, il a 50 ans. Ce chef d'escadron d’artillerie breveté est attaché au 2e bureau de l’état-major général du ministre de la Guerre. Jean Baptiste Henri Putz deviendra plus tard général de brigade. La mère,  Marie Madeleine Adeline Gougeon est une femme qui est âgée de 36 ans. Henri Pierre Adolphe Marcel est le plus jeune d’une fratrie de quatre enfants. Il a deux frères et une sœur. Les trois garçons feront une carrière dans l’armée.

Jeune soldat de la classe 1894 avec le n° 15 de tirage du canton de Fontainebleau, Henri Pierre Adolphe Marcel Putz est dispensé des obligations militaires. Un de ses frères se trouve sous les drapeaux au moment où il passe devant le conseil de révision. Il peut donc bénéficier de l’article 21 de la loi de 1889. L’homme est déclaré « bon absent » par le conseil de révision du 1er avril 1895.

Périodes de formations

Henri Pierre Adolphe Marcel Putz a obtenu son baccalauréat ès lettres et ès sciences. Reçu au concours d’entrée de Saint-Cyr, l’année de ses 21 ans, il entre à l’école spéciale militaire le 31 octobre 1895. Il fait partie des élèves de la promotion de Tananarive. Il en sort le 1er octobre 1897 avec le galon de sous-lieutenant et le numéro 285 sur 539 jeunes diplômés classés. Ayant choisi l’infanterie, il est affecté au 36e régiment d’infanterie de Caen, où il est promu, deux ans plus tard,  lieutenant à compter du 1er octobre 1899.

Le 24 septembre 1902, il épouse, dans la commune de Yenne, Marguerite Sabine Goybet,une jeune savoyarde âgée de 23 ans. De cette union naîtront onze enfants.

En 1904, il suit les cours de l’école de tir du camp du Ruchard.

Désireux de gravir à nouveau les échelons de la hiérarchie militaire, le lieutenant Putz tente et réussit le concours d’entrée de l’école supérieure de guerre.

En 1907, il fait un premier stage dans la cavalerie puis un second dans l’artillerie. Ces deux stages auront une durée de trois mois chacun. Les lieux d’affectations ne sont pas connus.

Il débute les cours théoriques de l’école supérieure de guerre à partir du 1er novembre 1907. Le 10 septembre 1908, il est classé au 65e régiment d’infanterie. Il termine sa formation le 1er novembre 1909 avec le brevet d’état-major en poche. Il est classé 68e avec la mention « bien ».

Le lieutenant Putz a droit à un congé de trois mois, avec solde de présence, après cette formation. Il se retire à Paris et Fontainebleau durant cette période.

Il va falloir maintenant faire ses preuves avec la pratique.

Cet officier est détaché comme stagiaire à l’état-major du 7e corps d’armée de Besançon pour une durée de 2 ans. Il est promu capitaine et classé au 66e R.I. le 8 novembre 1910. Il est ensuite maintenu en stage puis mis hors cadre à l’état-major du 7e corps d’armée, le 27 mars 1911.

Durant ces deux années, il effectue de nouveau un stage d’un mois dans l’artillerie en 1910, puis un autre dans la cavalerie de même durée en 1911. Les lieux et les dates exactes de ces stages ne sont pas connus.

Expériences dans le monde aérien

Attiré par le « monde des airs », il effectue un stage de trois semaines aux sapeurs aérostiers du 24 avril au 13 mai 1911.

En octobre 1911, il est affecté à la 12e compagnie du 149e régiment d’infanterie à Épinal. Il y reste jusqu'au 28 janvier 1914. Cela ne l'empêche pas de poursuivre son apprentissage de l'aéronautique.

Le capitaine Putz passe, avec succès, son brevet d’aéronaute le 2 avril 1912. Celui-ci porte le n° 149. Il fait ensuite un stage d’instruction d’observateur à bord du dirigeable « capitaine Ferber » du 26 juin au 10 juillet 1912.

Dirigeable_Capitaine_Ferber_

Envoyé au service d’observation aérienne d’Épinal, comme observateur en ballon, Henri Pierre Adolphe Marcel Putz, doit attendre l’arrivée du ballon « Conté » pour obtenir un poste dans le domaine ses compétences. Jusqu’à ce que ce ballon rejoigne Épinal, il travaille comme observateur en avion.

Le 7 février 1913, il accomplit une reconnaissance d’une durée de 15 minutes avec le lieutenant Lucien Battini. Le 5 avril, il renouvelle l’expérience avec ce pilote. Cette fois-ci, le vol dure 20 minutes et il s’effectue à une hauteur maximum de 500 mètres. Six jours plus tard, il est le passager du maréchal des logis Quennehen, avec qui, il va effectuer le même type de déplacement aérien. Le 15 avril, il monte une dernière fois dans l’aéroplane du lieutenant Battini, toujours dans les mêmes conditions de vol.

Les_aviateurs_Quennehen_et_Battini

Le 13 janvier 1914, il doit rejoindre l’état-major du 21e corps d’armée qui vient tout juste d’être créé. Il fait deux autres stages d’observateur en ballon dirigeable à Toul avant le déclenchement de la 1ère Guerre mondiale.

Les années de guerre

Le capitaine Putz est toujours détaché comme observateur de dirigeable, au centre d’observation aérienne d’Épinal, lorsque le conflit contre l’Allemagne éclate.

Le 11 août 1914, il est mis à la disposition de l’état-major du 21e C.A. Le dirigeable « Conté » vient d’être déclaré « hors de service ».

Henri Pierre Adolphe Marcel Putz prend la direction du 2e bureau du 21e C.A..

Le fait de bien connaître la langue et le fonctionnement de l’armée allemande lui permet de diriger au mieux les services des interprètes qui lui sont attachés. Il commande habilement les agents qui sont mis à sa disposition.

Cet officier s’occupe également de l’interrogatoire des prisonniers, une tâche qu’il même avec tact et perspicacité. 

Il est bien noté par ses supérieurs et le colonel de Boissoudy, chef d’état-major du 21e C.A., rédige le texte suivant en février 1915 : « C’est un travailleur acharné, un peu lent, intelligent, instruit, connaissant bien ses règlements et les détails des services. Homme calme et réfléchi, c’est un précieux auxiliaire pour son chef de section dont la tâche était particulièrement lourde. C’est un bon cavalier.»

Le 21e C.A. est engagé à Verdun en mars 1916, dans la Somme de septembre à décembre 1916 puis dans l’Aisne à partir de mai 1917. Durant cette période, le capitaine Putz fait toujours partie de l’état-major de ce C.A..

Le 30 juillet 1917, il est mis à la disposition de l’infanterie. De nouveau au 149e R.I.,  il reçoit, le 13 août, le commandement du 3e bataillon du régiment. Pour ce récent commandement, il est promu chef de bataillon à titre temporaire le 29 septembre.

Le 23 octobre 1917, le commandant Putz est blessé à l’épaule droite par un éclat d’obus, à la sortie de son P.C.. Il s’apprêtait à quitter la parallèle de départ pour conduire ses hommes à la bataille de la Malmaison.

Évacué vers l’arrière, il est soigné dans un hôpital parisien. Une fois guéri, il reprend du service. Le commandant Putz ne retournera jamais en première ligne à la tête d’un bataillon de régiment d’infanterie. À partir de la fin de l’année 1917, il est affecté à plusieurs postes dans divers états-majors, cela jusqu’à la fin du conflit.

Le 6 décembre 1917, il est à l’état-major du 2e corps d’armée colonial, où il est nommé chef de bataillon à titre définitif le 19 avril 1918. Le 5 juillet, cet officier est muté à l’état-major du 36e corps d’armée.

Placé en réserve de personnel à l’état-major de la VIIIe armée le 18 juillet, puis  à celle de l’état-major du 32e C.A. à partir du 26 août, il reçoit une affectation pour l’état-major du 17e corps d’armée pour venir occuper le poste de chef du 1er bureau à compter du 16 septembre. Il ne restera dans cette fonction qu’une petite dizaine de jours.

Le 4 octobre 1918, il passe à l’état-major du commandement supérieur du nord, pour prendre la tête du 3e bureau.

De l’armistice à la fin de carrière

Une décision ministérielle du 31 janvier 1919 l’affecte à l’état-major de la 12e région. Cette affectation est  annulée. Il reçoit l’ordre de rejoindre le 21e corps d’armée pour diriger le bureau de la chancellerie de l’état-major. Le commandant Putz quitte l’état-major du gouvernement militaire de Metz le 6 février 1919.

Début 1922, il retrouve un régiment qu’il a bien connu avant et pendant le conflit. Cet officier est réaffecté au 149e R.I. le 1er janvier 1922 pour prendre, dans un premier temps, le commandement du 1er bataillon, puis celui du 3e bataillon à compté du 1er avril 1922.

Il accomplit ensuite un stage au centre d’études de montagne à Grenoble entre le 27 juillet au 21 août 1922.

En 1923, le commandant Putz rejoint l’état-major du groupe fortifié de Savoie qui devient en 1925, toujours à Chambéry, le secteur fortifié de Savoie. Il y est nommé chef d‘état-major puis promu lieutenant-colonel le 26 mars 1928. Atteint par la limite d’âge de son grade, il est admis à faire valoir ses droits à la retraite le 31 janvier 1932, il passe dans la réserve dont il est définitivement rayé des cadres le 14 janvier 1937 à l’issue de la période légale.

Le lieutenant-colonel Putz décède le 22 novembre 1959 à Chambéry à l’âge de 85 ans.

Décorations obtenues :

Chevalier de la Légion d’honneur par décret du 3 mai 1916. (J.O. du 4 mai 1916) « Capitaine breveté à l’état-major d’un C.A.. Très bon officier ayant un sentiment élevé du devoir. A rendu de grands services depuis la guerre. A exécuté, en particulier, pendant les premiers jours de la mobilisation, au-dessus des lignes allemandes, des reconnaissances aériennes hardies, au cours desquelles il a recueilli des renseignements précieux. A déjà reçu la croix de guerre. »

Officier de la Légion d’honneur le 25 décembre 1929.

Croix de guerre avec une étoile de Vermeil et une étoile d’argent.

Citation à l’ordre du 21e C.A. en date du 12 août 1915 :

« Affecté pendant les premiers jours de la mobilisation au service d’explorations aériennes, a envoyé des indications très précieuses. Devenu ensuite chef du 2e bureau de l’état-major du corps d’armée, a montré une activité inlassable dans la recherche des renseignements et dans la lutte contre l’espionnage.»

Citation à l’ordre n° 264 de la 43e D.I. en date du 14 novembre 1917 :

« Officier supérieur très méritant. A été, le 23 octobre 1917, blessé à l’entrée de son P.C. au moment où il préparait, avec son bataillon, à marcher à l’assaut des positions ennemies. »

Autres décorations :

Médaille commémorative de la Grande Guerre, médaille interalliée de la Victoire.

Sources :

J.M.O. du 21e C.A.. S.H.D. de Vincennes  Réf : 26 N 195/1, 2 et 3

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes  Réf : 26 N 344/7

Dossier individuel consulté au Service Historique de la défense de Vincennes.

Le commandant Putz possède un dossier individuel  sur le site de la base Léonore. Pour le lire, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Site_base_Leonore

Le portrait du commandant Putz provient d’une partie de photographie qui se trouve dans le témoignage du lieutenant Paul Douchez en trois volumes. Ce témoignage a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Les informations concernant la généalogie d’Henry Pierre Adolphe Marcel Putz ont été trouvées sur le site « Généanet ».

Les portraits du lieutenant Battini et maréchal des logis Quennehen sont extraits de cartes postales.

Un grand merci à M. Bordes, à F. Amélineau, à A. Carobbi,  à  M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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15 septembre 2017

Les semaines qui précèdent l’attaque de la Malmaison.

Groupe_de_soldat_149e_R

Dès le mois de septembre 1917, les corps d’infanterie de la 43e D.I. commencent à se préparer pour la future attaque de la Malmaison. Cette attaque est programmée pour le 21 octobre 1917.

La quasi-totalité de la division est à l’arrière depuis le 26 septembre. Les troupes se consacrent entièrement à l’entraînement sur des terrains qui ont été spécialement organisés à cet effet.

À cette période de l’année, c’est le colonel Boigues qui est à la tête du 149e R.I.. Le 1er bataillon du régiment se trouve sous les ordres du commandant de Chomereau de Saint-André, le 2e bataillon sous l’autorité du commandant Schalck et le 3e bataillon sous le commandement du commandant Putz.

En attendant, le terrain de la future attaque, qui est assignée à la 43e D.I., est tenu par les troupes de la 167e D.I.. Celles-ci terminent l’aménagement du secteur avec l’aide d’une, puis deux compagnies de génie de la 43e D.I..

Les deux bataillons de chasseurs de la 43e D.I., ainsi qu’un bataillon de chacun de ses régiments, sont désignés pour effectuer des exercices, en liaison avec les chars d’assaut. Pour le 149e R.I., c’est le bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André qui est choisi. Le 17 septembre 1916, les 1ère, 2e et 3e compagnies du 149e R.I. se rendent à Béthancourt pour aller se former au camp de Champlieu.

16 septembre 1917

Une grande partie des téléphonistes du 31e B.C.P. et du 149e R.I. sont mis à la disposition du service télégraphique de la 43e D.I.. Ils cantonnent avec les unités de leur corps.

17 septembre 1917

La journée est marquée par une forte activité des deux artilleries.

18 septembre 1917

En raison du beau temps, l’artillerie allemande est bien plus active que les jours précédents.

Le 1er bataillon du 149e R.I. commence son stage avec les chars. Le 2e bataillon du 149e R.I. est à Billy. Le 3e bataillon du 149e R.I. effectue des travaux dans le secteur qui est derrière la 1ère ligne.

19 septembre 1917

La journée reste calme. La nuit est agitée. Il n’y a pas d’action d’infanterie.

L’artillerie française effectue des tirs de harcèlements et de représailles en réponse aux bombardements allemands sur les premières lignes et à leurs tirs de barrage.

20 septembre 1917

Le 2e bataillon du 149e R.I. se prépare à relever le 31e B.C.P. qui occupe un secteur compris entre Condé-sur-Aisne, les Vervins et la ferme Volvreux.

Secteur approximatif occupe par le 2e bataillon du 149e R

21 septembre 1917

La journée est particulièrement agitée par une grande activité réciproque d’artillerie.

Le colonel Boigues s’installe au P.C. Lorette pour prendre le commandement des troupes en réserve de secteur. Il remplace le commandant du 31e B.C.P., qui vient d’être relevé, avec ses chasseurs, par les hommes du commandant Schalck.

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Le 1er bataillon du 149e R.I. termine son stage avec les chars. Il est transporté par camions-autos à Condé-sur-Aisne. Arrivant à destination à 22 h 00, les hommes du commandant de Chomereau de Saint-André sont aussitôt pris en charge par des guides qui les conduisent à la relève du 3e bataillon du régiment.

Le 3e bataillon du 149e R.I. part cantonner à Billy.

22 septembre 1917

Le C.I.D. 43 s’installe à Vaumoise.

23 septembre 1917

La journée est marquée par des bombardements répétés sur les lignes françaises. Des patrouilles sont effectuées dans le but de protéger les hommes qui travaillent. Elles ne remarquent pas d’activité particulière de la part de l’ennemi. Il y a 9 blessés au 149e R.I..

Conde-sur-Aisne octobre 1917

 24 septembre 1917

Le 3e bataillon du 149e R.I. continue son mouvement. Il quitte Chaudun pour venir cantonner à Ancienville. Deux hommes sont blessés au 149e R.I..

25 septembre 1917

Le soldat Joseph Auguste Leclerc est tué près de la ferme Volvreux.

26 septembre 1917

Le plan est élaboré pour organiser le terrain conquis durant l’offensive projetée.

27 septembre 1917

le 1er bataillon du 149e R.I. est relevé par le 3e bataillon du 170e R.I.. Il va s’installer à Septmont.

Cantonnement_du_1er_bataillon_du_149e_R

Le 2e bataillon du 149e R.I. qui est dans le secteur Volvreux, Celles et Condé est relevé par un bataillon du 174e R.I.. Les compagnies du commandant Schalck font mouvement jusqu’à Septmont.

28 septembre 1917

Le 1er bataillon du 149e R.I. quitte Septmont pour venir s’établir à Chouy, son cantonnement définitif.

Chouy

 29 septembre 1917

Le 2e bataillon du 149e R.I., qui cantonne dans les baraques de Septmont, fait mouvement pour se rendre à Troësne. Le 3e bataillon du régiment est, une partie à Noroy-sur-Ourq, une autre à Ancienville.

30 septembre 1917

La 43e D.I. apprend que c’est le 8e groupe d’Artillerie Spéciale qui lui sera officiellement affecté pour effectuer l’attaque de la Malmaison.

Positions_occup_es_par_les_3_bataillons_du_149e_R

1er octobre 1917

Deux sections de la compagnie Z 31/2 sont mises à la disposition de la 43e D.I..

Ces compagnies spécialisées, dépendantes du génie, sont utilisées dans des actions ponctuelles visant à déloger l’ennemi retranché dans les creutes.

2 octobre 1917

Le plan d’engagement avec les chars et celui de l’utilisation des mortiers Stocke sont établis.

Les cadres des bataillons qui n’ont pas été exercés avec les chars d’assaut reçoivent l’ordre d’assister, par tiers, à trois manœuvres avec l’Artillerie Spéciale.

3 octobre 1917

Le plan d’engagement de la 43e D.I. en vue de l’offensive projetée, est établi définitivement ; plusieurs retouches y seront apportées durant les journées à venir. Les ordres d’instruction pour les corps de la division sont donnés en conséquence.

Des exercices de liaison entre les unités sont organisés les 3 et 4 octobre 1917.

Le colonel Boigues connaît maintenant les différents emplacements que ses bataillons occuperont le jour de l’attaque. Son régiment sera encadré à sa droite par le 158e R.I. et à sa gauche par le 109e R.I..

4 octobre 1917

Un accident grave arrive au C.I.D. 43. Le sous-lieutenant Guyot se tue au cours d’un exercice avec un mortier pneumatique Brandt.

5 octobre 1917

Un additif concernant l’instruction pour l’infanterie durant l’opération de la Malmaison est établi. Le plan de ravitaillement et d’évacuation est élaboré.

6 octobre 1917

La 4e compagnie du 149e R.I. qui dépend du C.I.D. 43 participe depuis plusieurs jours à des travaux de l’A.D. 43. Elle reçoit l’ordre de rejoindre le C.I.D. 43 dans la journée.

7 octobre 1917

Un rectificatif est apporté au plan de liaison en vue de l’offensive projetée. Les plans d’emplois des mitrailleuses du détachement Schilt, avec leurs lances-flammes, du détachement Z avec les gaz, et celui des pigeons voyageurs sont distribués.

8 et 9 octobre 1917

R.A.S.

10 octobre 1917

 Le général Michel responsable de la 43e D.I., son état-major et le 1er échelon du Q.G. 43 s’installent au P.C. Lorette.

11 octobre 1917

Le général de la 43e D.I. prend le commandement de son secteur à 10 h 00. Le colonel commandant l’I.D. 43 s’installe au P.C. Caen.

12 octobre 1917

Le colonel du 149e R.I. s’installe aux abris de Vauxelles. L’artillerie allemande effectue de violents tirs de destruction sur les 1eres lignes françaises. Les travaux d’aménagements offensifs du terrain se poursuivent.

13 octobre 1917

Le plan d’emploi des chars d’assaut est légèrement modifié. Les travaux d’organisation offensive et de réfection des dégâts causés par la pluie et les bombardements continuent.

14 octobre 1917

Le colonel Boigues quitte les abris de Vauxelles pour se rendre au P.C. Cable.

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15 octobre 1917

Plusieurs rectifications sont apportées à l’ensemble de l’opération du 21 octobre.

Les premiers transports qui doivent amener les troupes d’infanterie de la zone de repos à celle de l’arrière du secteur vont bientôt commencer. La période de préparation à l’attaque de la Malmaison touche à sa fin.

Sources

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Les morceaux de carte du groupe des canevas de tir du secteur de Vailly qui sont utilisés ici sont datés du 26 août 1917.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher, à « Tanker » et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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22 septembre 2017

Émile François Guyon (1892-1917).

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Les parents d’Émile François Guyon vivent dans un petit appartement situé au 56 rue Franklin, dans le 2e arrondissement de la ville de Lyon, lorsque leur fils voit le jour le 11 juin 1892. Le père est un homme âgé de 35 ans qui exerce la profession de représentant de commerce. La mère, Claudine Constance Bouchard, est une jeune femme âgée de 20 ans.

Émile François possède une instruction secondaire qui lui permet d’obtenir un certificat d’études commerciales.

Il est inscrit sous le n° 218 de la liste du canton du 7e arrondissement de Lyon. Les médecins du conseil de révision viennent de porter son nom dans la 5e partie de cette liste. D’importants problèmes de santé dus à une néphrite avec albuminurie l’empêchent d’être incorporé avec la classe 1912.

Le 6 octobre 1914, il se soumet de nouveau à un conseil de révision qui le déclare cette fois-ci « bon pour le service armé ». Quelque temps après, Émile François apprend son incorporation au 149e R.I.. Le 4 novembre 1914, il intègre la caserne Courcy, à Épinal, pour commencer son instruction militaire.

Le 10 avril 1915, il est affecté au 170e R.I. avec le grade d’aspirant. Son niveau d’études lui a certainement donné la possibilité d’obtenir cette promotion de manière aussi rapide.

Le jeune Guyon a dû suivre les cours d'élèves caporaux avant d'intégrer une formation accélérée d'officier (après concours) durant son passage au 149e R.I..

Émile François Guyon est envoyé à la mi-avril sur le front d’Artois. Le 1er mai, il retrouve le 149e R.I. qui combat également dans ce secteur, pour prendre le commandement d’une section de la 10e compagnie.

Le 30 juin 1915, il est nommé sous-lieutenant de réserve à titre temporaire. Cette promotion est ratifiée suite à une décision ministérielle prise le 7 juillet 1915.

Le 17 juillet 1915, le 149e R.I. combat toujours en Artois. Dans le secteur du bois en Hache, un éclat d’obus le blesse à la tête. Une fois rétabli, il se rend au centre d’instruction du 21e C.A. pour être formé à la fonction de chef de section,en accomplissant un stage du 22 novembre au 6 décembre 1915.

Apprécié par ses supérieurs, ce jeune homme est considéré comme étant un excellent officier. Il a été remarqué pour ses qualités de chef, au feu comme à l’instruction.

Le 6 janvier 1916, le lieutenant-colonel Gothié écrit ceci : « Successivement aspirant et sous-lieutenant à titre temporaire, monsieur Guyon s’est révélé comme étant un chef de section de tout premier ordre, ayant une très belle conduite au feu. Il fera,plus tard, un excellent commandant de compagnie, malgré sa jeunesse. »

Le sous-lieutenant Guyon est évacué pour maladie le 1er mars 1916. Le 149e R.I. est sur le point de rejoindre le secteur de Verdun. Il retrouve son régiment 28 jours plus tard. Cette fois-ci, c’est pour être mis sous les ordres du capitaine Chauffenne qui commande la 12e compagnie. Le 3e bataillon du régiment se prépare à remonter en 1ère ligne au fort de Vaux.

Baignade_Mairy_sur_Marne

Décembre 1916, il est affecté au dépôt divisionnaire. Il ne retournera plus jamais dans une unité combattante.

Le 23 décembre 1916, le lieutenant-colonel Pineau rédige la note suivante : « A commandé sa compagnie dans des conditions très brillantes pendant les attaques de septembre. Sa santé, un peu délicate, ne lui permettant plus de rester au corps, momentanément, il a été détaché, malgré lui, au D.D., comme instructeur de grenadiers. Il y rend d’excellents services et le colonel a l’intention de l’y laisser. »

Désigné comme porte-drapeau, il est affecté à l’état-major du 149e R.I. le 12 février 1917, mais il reste détaché au D.D. d’instruction des grenadiers, suite à une décision prise par le général qui commande la 43e D.I..

Le 10 mars 1917, il est à la 12e compagnie du 149e R.I. qui est maintenant dépendante du D.D..

Le 12 mars 1917, il est confirmé dans son grade de sous-lieutenant de réserve à titre définitif, par un décret du président de la République, sur proposition du ministre de la guerre. Cette décision prend rang à partir du 27 janvier 1917.

Fin mai 1917, il est désigné comme instructeur à l’école des grenadiers de la VIe armée.

Cet officier est admis dans le cadre actif par décret du 7 juin 1917 comme sous-lieutenant, une admission qui prend également rang à compter du 27 janvier 1917.

Le 30 juin 1917, Émile François Guyon est nommé lieutenant. L’appellation « Dépôt Divisionnaire » est supprimée à la fin du mois d’août de cette année. Elle est remplacée par « Centre d’Instruction Divisionnaire ».

C’est au C.I.D. 43 qu’il trouve la mort le 4 octobre 1917. Le lieutenant Guyon est décapité par l’éclatement prématuré d’une petite torpille alors qu’il donnait un cours d’instruction sur le canon Brandt.

Il est inhumé dans le carré militaire du cimetière communal de la commune de Vaumoise.

L’adjudant Raymond Lannes et le sergent Jean Marie Ader, tous deux du 149e R.I., sont les déclarants qui permettent la validation de l’acte de décès de cet homme.

Étant détaché du 149e R.I. en terme de gestion, cet acte, qui ne sera enregistré que le 15 octobre 1917, est établi par l’officier de l’état civil du régiment, le lieutenant Ernest Vilminot. Il est transcrit à la mairie du 7e arrondissement de Lyon le 3 avril 1918.

Le corps de cet officier a été restitué à la famille après le conflit, dans les années 20.

Le lieutenant Guyon a obtenu les citations suivantes :

Cité à l’ordre de la 85e brigade n° 11 en date du 25 juin 1915. 

« A entraîné par son exemple de bravoure intrépide, d’entrain et de ténacité, ceux qui l’entouraient dans les attaques successives du fonds de Buval, le 16 juin 1915 et jours suivants »

Cité à l’ordre de la 85e brigade n° 45 en date du 10 mai 1916. 

« Le 31 mars 1916, sous un bombardement continu, s’est dépensé sans compter pendant quatre jours pour organiser le secteur que la compagnie occupait en 1ère ligne. Malgré de lourdes pertes subies, a obtenu de ses hommes le meilleur rendement.»

Citation à l’ordre de la IVe armée n° 609 en date du 24 juillet 1916.

« Les grenadiers de la 10e compagnie du 149e R.I., le 9 juillet 1916, sous le commandement du sous-lieutenant Guyon, officier grenadier du 3e bataillon, ont fait preuve d’audace et d’habileté dans le nettoyage de 150 mètres de tranchée ennemie d’où 8 prisonniers vivants ont été ramenés. »

Citation à l’ordre de la Xe armée n° 228 en date du 20 septembre 1916.

« Jeune officier d’une énergie et d’un courage exemplaires A entraîné brillamment sa compagnie à l’attaque d’un village, faisant de nombreux prisonniers et prenant des mitrailleuses ennemies. Déjà trois fois cité, dont une citationà l’ordre de l’armée.»

Le lieutenant Guyon est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

La photographie représentant le lieutenant Guyon (à droite) et le lieutenant Mouren (à gauche) est légendée « baignade à Mairy, août 1916 »

Les actes de naissance et de décès d’Émile François Guyon ont été trouvés sur le site des archives municipales de Lyon, sa fiche signalétique et des services sur celui des archives départementales du Rhône.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales du département du Rhône et à la mairie de Lyon.

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06 octobre 2017

Derniers préparatifs avant l’attaque de la Malmaison.

Groupe_de_soldats_du_149e_R

Depuis la mi-septembre 1917, une grande partie des journées des soldats du 149e R.I. sont consacrées à la méticuleuse préparation d’une attaque qui doit se dérouler dans le secteur de la Malmaison. La 43e D.I. fait partie des unités qui vont bientôt être sollicitées pour participer à ce combat. Les 3 bataillons du 149e R.I. s’apprêtent à remonter dans le secteur de la 1ère ligne.

16 octobre 1917

C’est une journée favorable à l’observation aérienne. Une météo clémente permet de terminer, dans de bonnes conditions, les réglages d’artillerie et de vérifier les barrages de 75 au-delà des 1er et 2e objectifs.

L’artillerie ennemie se montre également très active avec ses tirs de destruction sur les premières lignes françaises et ses tirs de harcèlement sur leurs arrières.

Une note informe les chefs de corps que le 16 octobre 1917 est donné comme J-5.

Les premiers transports, qui doivent acheminer les troupes d’infanterie de la zone de repos dans la zone arrière de secteur, commencent à partir de cette date.

 Les hommes du 1er bataillon du 149e R.I. et de la C.M. 3 sont à Chouy. En fin d’après-midi, les 665 hommes de ces deux unités embarquent dans les camions pour prendre la direction de Billy. Quatre véhicules sont également utilisés pour le transport du matériel.

17 octobre 1917

La préparation d’artillerie débute conformément au plan d’emploi. Les  premières destructions sont amorcées dans des conditions d’excellent rendement.

Les 5 compagnies de mitrailleuses de la 170e D.I., chargées des tirs d’interdiction, s’établissent dans la tranchée du Serin au cours de la journée. Elles ouvrent le feu peu après la tombée de la nuit.

Dans la nuit du 17 au 18, des patrouilles d’infanterie sont envoyées pour vérifier les dégâts réalisés dans les réseaux et dans la 1ère ligne allemande. Elles signalent que la tranchée du Blocus a été particulièrement bouleversée. Elle semble même abandonnée.  Les responsables de ces reconnaissances font également savoir à leurs supérieurs que l’ennemi tient toujours le Rumpler et les Lassitudes.

Des ordres sont donnés pour activer les travaux de protection contre les bombardements aériens dans les camps et les cantonnements.

Un système d’écriteaux complet et à jour commence à être posé dans les tranchées et les boyaux. Cet aménagement doit faciliter au maximum le déplacement des troupes pour qu’elles puissent gagner leurs positions le plus rapidement possible.

Le 2e bataillon du 149e R.I. est à Louâtre et le 3e bataillon à Villers-le-Petit.

Lieux_de_cantonnements_des_2_et_3e_bataillons_du_149e_R

18 octobre 1917

L’artillerie et l’aviation française sont très actives durant toute la journée.

Le 2e bataillon du 149e R.I. doit se rendre par voie de terre à Billy.

Le 3e bataillon du 149e R.I. et la 2e C.M. sont transportés par camions pour aller cantonner à Billy. Cinq cents hommes du bataillon Putz et une compagnie de mitrailleuses embarquent à Noroy-sur-Ourq.

Albert Marquand témoigne :

«  18 octobre, 8 h 00,

Ciel gris, nuages bas, un jour morne, triste, éclaire faiblement la campagne. À l’embranchement de la route Soissons à Billy-sur-Aisne, une file interminable d’autos-camions boueux ralentit, puis s’immobilise au bord de la chaussée. Quelques hommes équipés descendent  lourdement, s’étirent et grognent, tout en posant les pieds avec précaution dans la boue liquide de la route. Un cri à l’extrémité du convoi : « En bas ! » se répète aussitôt jusqu’aux derniers camions, là-bas, dans le village. Une foule de soldats « bleu horizon » sautent péniblement des voitures. Les sacs et les fusils passés de mains en mains, les autos démarrent lentement et disparaissent une à une.

Sur le bas-côté de la route, c’est un véritable grouillement. Après des cris de rassemblement, des coups de sifflets etc., l’ordre finit par régner, et on distingue maintenant un bataillon d’infanterie au complet, en tenue de campagne, c’est le 3e bataillon du 149e R.I., qui attaquera, dans quelques jours, le plateau de la Malmaison… »

La 1ère série des C.M. de la 43e D.I. qui a remplacé les C.M. de la 170e D.I. dans la tranchée du Serin, prend le relais pour les tirs d’interdiction.

Les hommes sont informés que l’engagement des troupes est décalé de 24 heures et que le 19 sera donné comme J-3.

Dans la nuit du 18 au 19, les bataillons d’attaque entrent en secteur pour venir stationner dans la zone des réserves. Le 1er bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André quitte Billy pour se rendre dans le secteur du bois de Volvreux.

19 octobre 1917

Le mauvais temps et l’augmentation de la durée de la préparation d’artillerie obligent à ralentir la cadence des tirs du côté français, contrairement aux Allemands qui, eux, augmentent la leur, particulièrement sur la région du Toty.

Le 2e bataillon du 409e R.I. met ses compagnies à disposition de la 43e D.I. à raison d’une compagnie par régiment et par groupement de B.C.P.. Ces hommes seront utilisés pour ravitailler les unités de la 43e D.I. le jour J de l’attaque.

Le service de liaison par coureurs est organisé entre les divers P.C. et P.O..

Dans la nuit du 19 au 20, la 2e série de C.M. de la 43e D.I. continue ses tirs d’interdiction. Les Allemands profitent de l’obscurité pour surprendre les postes français avancés en envoyant des patrouilles plus nombreuses dans la matinée du  20.

Les bataillons du 149e R.I. occupent les positions de la veille. Le 1er bataillon occupe le bois de Volvreux, à l’est de Chantereine et les 2e et 3e bataillons du régiment sont installés à Billy.

20 octobre 1917

Le temps s’améliore, mais la visibilité reste mauvaise. Ces conditions météorologiques rendent le contrôle des tirs d’artillerie difficile.

Les artilleurs français effectuent des tirs violents au lever du jour et à la tombée de la nuit. S’ils parviennent à maintenir leurs tirs de harcèlement, leur activité au cours de la journée tourne au ralenti. La réaction allemande est également plus faible. Ils envoient de nombreux obus vésicants sur le secteur occupé par la 43e D.I..

Dans la nuit du 20 au 21, les bataillons d’attaque de la 43e D.I. relèvent en première ligne, les éléments de la 170e D.I.. Les bataillons de soutien et de réserve prennent les emplacements prévus au plan d’engagement pour le jour J-1.

Le 1er bataillon du 149e R.I. gagne les tranchées d’où partira l’attaque. Il  relève le bataillon de 1ère ligne du 170e R.I.,  disposant, en arrière, des tranchées et abris jusqu’au Serin inclus.

Pont_de_Conde_sur_Aisne

Le 3e bataillon du 149e R.I. laisse Billy derrière lui. Sa tête de bataillon passe le pont de Condé à 20 h 00 pour gagner le secteur de la ferme de Colombe.

Le 2e bataillon du 149e R.I. quitte également Billy. La tête de son bataillon franchit le pont de Condé à 21 h 00. Les hommes du commandant Schalck s’installent dans le bois de Volvreux, à l’est de Chantereine.

Carte_1_journee_du_20_octobre_1917

Legende_carte_1_journee_du_20_octobre_1917

Les relèves, conformément au plan d’engagement de la 43e D.I., se déroulent sans incident. Tout doit également être fait pour empêcher au maximum les coups de mains de l’ennemi.

Les troupes en secteur de division reçoivent l’ordre d'entretenir elles-mêmes leurs tranchées et leurs boyaux.

Les C.M. de la 170e D.I. relèvent celles de la 43e D.I. pour l’exécution des tirs d’interdiction.

Plusieurs patrouilles,envoyées dans la nuit, confirment les progrès réalisés dans la destruction des premières lignes allemandes.

21 octobre 1917

Un nouveau décalage d’attaque est notifié dans l’après-midi du 21. Les deux derniers jours de la préparation ne permettent qu’une faible utilisation de l’aviation pour les réglages des tirs, en raison d’un brouillard persistant. Toutefois, quelques photographies ont pu être prises. Celles-ci montrent que le travail d’artillerie a été plutôt bon. Elles localisent également de manière précise les points qui ont été insuffisamment bombardés.

Les mouvements de troupes prévus pour la nuit du 21 au 22 octobre sont reportés à la nuit du 22 au 23 octobre.

Des reconnaissances sont effectuées sur tout le front de la 43e D.I.. L’artillerie française continue ses tirs d’interdiction et de destruction.

22 octobre 1917

Le jour J est de nouveau décalé. Il est fixé au lendemain. L’heure du déclenchement de l’attaque est prévue à 5 h 15.

L’artillerie française accentue ses tirs.

Les derniers ordres préliminaires à l’attaque sont donnés.

Les corps de groupe terminent les distributions concernant l’équipement des hommes pour l’attaque.

Chaque officier est revêtu d’un uniforme et d’un équipement semblables à ceux de leurs hommes, aussi peu apparents que possible, pour ne  pas être identifié par l’ennemi. Il ne doit pas porter le sabre durant l’attaque.

Les soldats ont laissé leurs sacs à dos à l’arrière. Ils ont emporté avec eux deux étuis-musettes qui contiennent une journée de vivres de jour et deux jours de vivres légers. Les hommes sont équipés d’une toile de tente roulée en sautoir, de deux bidons, d’un outil portatif, d’un bengale, d’un panneau de toile, à raison de 64 par compagnie, et de cinq sacs de terre. Ceux qui sont armés d’un fusil ont reçu 88 cartouches.

Les reconnaissances se multiplient dans la nuit du 21 aux 22. Elles constatent les bouleversements et l’inoccupation des premières lignes allemandes, mais l’ennemi tient toujours fortement sa ligne de soutien.

Les troupes s’installent aux emplacements prévus pour le début des combats dans la nuit du 22 au 23. Les compagnies de mitrailleuses de la 170e D.I. continuent les tirs d’interdiction.

Pour les hommes, l’attente reste longue et angoissante. La bataille de la Malmaison a été reportée plusieurs fois.  Nous pouvons aisément nous imaginer que certains d’entre eux aient pu espérer que l’attaque se déclenche au plus vite et que pour d’autres, au contraire, ils aient été soulagés par l’idée de gagner quelques heures de vie supplémentaire avant de se lancer à l’assaut.

Sources

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 170e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 707/15.

J.M.O. du 409e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 768/13.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps,à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire, Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Le véhicule figurant sur le montage, et toujours en état de fonctionnement, appartient à D. Bleunven.

Un grand merci à M. Bordes, à F. Barbe, à D. Bleunven, à A. Carobbi, à M. Porcher, et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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20 octobre 2017

23 octobre 1917… Positions du 149e R.I. avant le déclenchement de l’attaque de la Malmaison.

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L’attaque de la Malmaison, initialement prévue pour le 20 octobre 1917, a dû être décalée de 72 heures. Les officiers supérieurs n’étaient pas satisfaits des préparatifs d’artillerie et la météorologie n’était pas vraiment favorable pour envoyer les troupes à l'assaut dans de bonnes conditions.

Comme pour toutes les unités de la 43e D.I., l’engagement du 149e R.I. doit se faire en deux phases bien distinctes.

Emplacement du 149e R.I. et objectifs d’attaque

Le régiment est encadré à sa droite par le 109e R.I., une unité dépendante de la 13e D.I., et, à sa gauche, par le 158e R.I., régiment frère de l’I.D. 43.

Les objectifs qui ont été fixés pour le régiment sont les suivants :

1er objectif

Cote 191,1 qui doit être atteinte en deux bonds.

1er bond :

Route de Maubeuge jusqu’à la limite ouest du régiment.

Le 1er bond, qui débutera à l’heure H, doit être effectué à la vitesse de 100 mètres en deux minutes durant les 200 premiers mètres, puis à la vitesse de 100 mètres en trois minutes.

2e bond :

Observatoire 195.1, carrefour du boyau d’Erfurt et de la piste allant du talus 3448 à 2746, tranchée de la Loutre, cette piste allant jusqu’à la limite ouest de la zone d’action du régiment.

1er_objectif_2e_bond_du_149e_R

Legende_1er_objectif_2e_bond_du_149e_R

Le 2e bond qui commence à l’heure H + 1 heure doit être effectué à la vitesse de 100 mètres en trois minutes.

2e objectif

Route de Chavignon – Pinon jusqu’à 92.3, les Vallons.

Positions des bataillons du régiment

Le 149e R.I. qui se trouve sous la responsabilité du colonel Boigues est réparti en deux lignes.

La 1ère ligne est couverte par le 1er bataillon qui est sous le commandement du commandant de Chomereau de Saint-André.

Le 3e bataillon du commandant Putz est placé juste derrière, en position de soutien.

Ces deux bataillons permuteront au moment de se lancer sur le 2e objectif.

Le 2e bataillon du régiment, sous les ordres du commandant Schalck, se trouve en réserve d’infanterie divisionnaire.

Carte_1_emplacements_des_3_bataillons_du_149e_R

Legende_carte_emplacements_des_3_bataillons_du_149e_R

Les régiments qui encadrent le 149e R.I. adoptent une formation de combat similaire avec deux de leurs bataillons de tête.

Moyens donnés au régiment pour mener à bien son attaque

Pour accomplir son attaque, Le 149e R.I. dispose de trois groupes de 75 qui formeront un groupement sous l’autorité du commandant Audibert du 222e R.I. et d’un groupe de 155 C.

Le régiment possède également un groupe de deux mortiers Stocke servi par des bombardiers du corps. Ils sont destinés à suivre l’infanterie dans sa progression.

Une batterie de 3 chars est affectée au régiment. Cette batterie est placée, dans la nuit de J-1 à J, à la carrière des Obus.

Les mitrailleuses du 149e R.I. qui font partie des cent vingt pièces, relevées par tiers, assurent, pendant la période de préparation, des tirs interdictions spéciaux.

Des dispositions ont été prises pour que les mitrailleuses qui appartiennent au régiment soient remises le matin du J-2 à la disposition de ses bataillons.

Emplacements des P.C., P.S., des dépôts de vivres et de matériels du 149e R.I..

Le P.C. du régiment est installé au P.C. Armure. Les dépôts de munitions sont aux abris de l’Armure, le dépôt de vivres à la Crête Colombe. Le P.S. est installé au boyau 2, entre les tranchées de l’Armure et du Serin.

Le P.C. du 1er bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André se trouve à la tranchée des Territoriaux, dans l’abri 64 bis, nommé P.C. d’Épinal. Le dépôt de munitions est dans l’abri 63 bis qui se trouve également dans la tranchée des Territoriaux. Le dépôt de vivres est à la Crête Colombe. Le P.S. est installé au boyau 2, entre les tranchées de l’Armure et du Serin.

Le P.C. Pigeon occupé par le bataillon de soutien du commandant Putz est placé à l’abri neuf n° 66 au sud-ouest du P.C. Colombe.

Exécution de l’attaque menée par le 149e R.I..

Elle doit avoir lieu au jour J et à l’heure H, en se réglant uniquement sur la montre, sans signaux d’aucune sorte.

Sources

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 170e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 707/15.

J.M.O. du 409e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 768/13.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps,à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Les morceaux de carte du groupe des canevas de tir du secteur de Vailly qui sont utilisés ici sont datés du 26 août 1917.

Un grand merci à M. Bordes, à F. Barbe, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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23 octobre 2017

Une vue d’ensemble avec l’artillerie spéciale numéro 8…

A

Préparations

Un groupement de chars Schneider, composé des groupes 8, 11 et 12, et un groupement de chars Saint-Chamond, comprenant les groupes 31 et 33, sont désignés pour participer à la bataille de la Malmaison. L’ensemble de ces chars est sous le commandement du lieutenant-colonel Wahl.

Les groupes Schneider sont composés de 12 chars de combat, répartis chacun en 4 batteries de 3 chars. Les groupes Saint-Chamond, qui comportent 14 chars, sont constitués de 4 batteries inégales de 3 ou de 4 chars.

Le groupe n° 8 est affecté à la 43e D.I..

L’ A.S. 8 comprend 13 officiers, dont 3 stagiaires et 100 sous-officiers et hommes de troupe. Le capitaine de Blic commande le groupe, il est secondé par le capitaine Courcelle.

Liste des chars identifiés de l’A.S. 8.qui ont participé à la bataille de la Malmaison

1ère batterie  

Char n° 61200 : chef de char et de batterie – lieutenant Daher

Char 61333 : chef de char - adjudant Broussard

2e batterie

Char n° 61336 : chef de char - aspirant Aubry

Char n° 61339 « Corsaire » : chef de char et de batterie - lieutenant Le Poëtvin

Char n° 61341 : chef de char - sous-lieutenant Bugnard 

3e batterie

Char n° 61118 : chef de char et de batterie - lieutenant Bussières

Char n° 61342 : chef de char - adjudant Florimont

4e batterie  

Char n° 61326 : chef de char et de batterie - lieutenant  de Ravel

Char n° 61340 : chef de char - sous-lieutenant Delbeaux

Les numéros de batteries des chars suivants ne sont pas connus.

Char 61205 : chef de char -  sous-lieutenant Chaussat

Char 61115 : chef de char -  sous-lieutenant Tuva

Char 61075 : chef de char -  sous-lieutenant Halay

L’équipe de dépannage est dirigée par le sous-lieutenant de Virel.

Le lieutenant Clermont est en surnombre dans les effectifs.

Les journées qui précèdent l’attaque

Les 4 batteries de l’A.S. 8 commencent l’embarquement de leurs blindés, par voie ferrée,le 17 octobre en gare de Champlieu. Elles prennent la direction de Condé-sur-Aisne.

Le groupe débarque dans la nuit, au moulin Saint-Pierre, situé à 1800 m, à l'ouest de Vailly. C’est une voie d’A.L.G. P. qui est utilisée pour la manœuvre. Les effectifs du groupe rejoignent leurs positions de rassemblement, situées à 200 m au nord-ouest de Vailly, en bordure de la route de Jouy.

Une fois sur place, les chars sont dissimulés sous des arbres fruitiers avant d’être camouflés par des toiles appropriées. Le personnel, exceptée une garde, s’installe dans les caves de Vailly pour cantonner.

Le 19 octobre est une journée d’attente. Les officiers et sous-officiers en profitent pour effectuer des reconnaissances du secteur. Le 11e escadron à pied du 9e cuirassier est affecté à l’A.S. 8, comme troupe de couverture aux chars du capitaine de Blic. Ces troupes seront chargées d’effectuer les travaux de terrassement destinés à l’aménagement des voies d’accès vers les positions de départ et les emplacements de départ. Ces travaux ne pourront  se faire que la nuit, sous les ordres des officiers de groupe.

Le 20 octobre est une nouvelle journée d’attente. Dans la nuit du 19 au 20, un obus de 150, destiné à une batterie d’artillerie lourde voisine, endommage un char, qui est mis hors service pour longtemps. Celui-ci est remplacé par un char de la S.R.R.. L’identité de ces deux chars n’est pas connue.

Le jour J est décalé de 24 heures.

Un engagement dans des conditions défavorables

Char_Scheider_au_camp_de_Champlieu

Dans la nuit du 22 au 23 octobre, sous une pluie battante, les chars de l’A.S. 8 font tourner leurs moteurs Schneider 4 cylindres avant de se mettre en route entre 22 h 00 et 23 h 00.

Ils quittent leurs positions de rassemblement, situées à 200 m au nord-ouest de Vailly, en bordure de la route de Jouy

Les hommes dits « d’élite » sont avec leurs chars. Les sections d’accompagnement qui forment l’avant-garde ont précédé les batteries pour effectuer, sur les itinéraires déjà aménagés, les réparations nécessaires dues aux tirs ennemis.

Malgré toutes les précautions prises, un ensemble de circonstances va complexifier la bonne marche des chars. Le mauvais temps détrempe le terrain ; les tirs de contre-préparation ennemis et le bouleversement des lignes allemandes par l’artillerie française, qui tire de façon intense depuis six jours et six nuits, accentuent les difficultés des déplacements des véhicules à chenilles.

Les blindés suivent la route de Vailly en direction de la ferme Vaurains.

Au nord de Jouy, le groupe se scinde en deux colonnes. Celle de droite, qui est constituée des 1ère et 3e batteries, s’engage sur l’itinéraire « ravin du Toty-ferme le Toty ».

Celle de gauche, avec les 2e et 4e batteries, prend la direction de la carrière des Obus.

Carte_1_A

Legende_carte_1_A

À la 1ère et à la 3e batterie

La 1ère batterie se présente à 0 h 30 à l’embranchement Jouy-Toty, à hauteur de la gabionnade située à 200 m au sud de la ferme le Toty. Elle se trouve vite prise sous un tir violent d’obus de gros calibres allemands.

Le Schneider de tête tombe dans un entonnoir qui vient tout juste de se creuser devant lui. Peu de temps après, il est atteint par un obus qui le met hors service. Les deux autres chars de la batterie qui suivent cherchent à le doubler, mais ils sont vite bloqués sur la route qui se détériore rapidement sous les coups de l’artillerie adverse. Le marais avoisinant, impraticable, empêche toute manœuvre.

La section des cuirassiers et les équipages sont aussitôt mis à contribution, pour effectuer les travaux de terrassement qui vont permettre le dégagement des chars. Les hommes tentent de libérer les appareils rapidement, mais ils se retrouvent vite en difficulté. Les terrassiers improvisés ne peuvent avancer que très lentement.

L’ennemi envoie plusieurs rafales d’obus à gaz. Petit à petit, le ravin se remplit de gaz « moutarde ». Il faut mettre les masques pour se protéger, ce qui ajoute encore aux problèmes rencontrés. Pour couronner le tout, il est impossible d’allumer la moindre lumière. Il faut éviter de se faire repérer. En effet, la colonne est en vue de l’ennemi, à 500 m de la tranchée allemande du Blocus.

La 3e batterie, qui arrive à 0 h 45 à l’embranchement Jouy-Toty, est stoppée à son tour. Elle est immobilisée pour les mêmes raisons.

À la 2e et à la 4e batterie

La 2e batterie se place à 1 h 00 à l’embranchement Jouy-Toty. Elle se rend, par la route Jouy-Vaurains, à la carrière des obus qu’elle atteint à 1 h 30 pour s’installer en position d’attente sur la route.

La 4e batterie se présente à 1 h 15 à l’embranchement Jouy-Toty. Elle arrive à la carrière des Obus à 2 h 00. Ses chars prennent la position d’attente sur la route Jouy-Vaurains.

4 h 00, une heure et quart avant le début des combats.

Le commandant du groupe, le capitaine de Blic, se tient auprès du colonel Guy responsable de l’I.D. 43 au P.C. Caen.

Le travail de dépannage concernant les 1ère et 3e batteries se poursuit.

Le char du commandant de la 2e batterie est atteint par 2 obus qui tuent 4 hommes de l’équipage et mettent l’appareil hors d’usage.

Char_n__61339

Le personnel de la 4e batterie s’installe dans des abris à proximité de ses chars.

La bataille de la Malmaison

Jour J : 23 octobre 1917

 Première phase de l’attaque : Heure H = 5 h 15

Deuxième phase de l’attaque : Heure H’ = 9 h 15

La 43e D.I. effectue son engagement dans la bataille de La Malmaison en deux temps.

La première phase des combats débute à 5 h 15. La 43e D.I. a pour objectif de prendre la ferme de la Malmaison, avec son groupe de B.C.P.. Elle doit également s'emparer de la Bascule avec le 158e R.I. et enlever la cote 195.1 avec le 149e R.I.. Tous ces objectifs sont atteints en deux bonds.

La deuxième phase de l’attaque débute à 9 h 15. Le groupe de B.C.P. se dirige sur le Voyeu et Chavignon ouest. Le cimetière de Chavignon, la route de Chavignon - Pinon jusqu’à hauteur de l’intersection du chemin de terre ouest de 42.67 sont réservés au 158e R.I.. Le 149e R.I. se charge de la zone comprise entre cette route et le point 92.3 et les Vallons.

L’A.S. 8 dans le secteur de la 43e division

Première phase de l’attaque : Heure H = 5 h 15

À la 1ère et à la 3e batterie

Les deux batteries sont toujours immobilisées au moment où l’infanterie de la 43e D.I. quitte les tranchées.

À la 2e batterie

La 2e batterie est la seule à faire mouvement avec ses deux chars restants. Sous les ordres du lieutenant Le Poetvin, elle se met en marche, à 5 h 15. Rappelons que son char de tête a reçu deux obus lorsqu’il était sur la position de départ.

Cette batterie, qui travaille pour le compte du 149e R.I., longe la lisière ouest du bois du Coteau. Son char de tête franchit la ligne allemande à 5 h 40. Le responsable de la batterie est obligé de la guider à pied, à travers toute la 1ère position ennemie.

L’appareil de queue, commandé par le sous-lieutenant Bugnard, qui s’est arrêté momentanément dans un trou d’obus, à 300 m de sa position de départ, a reçu successivement deux obus dans le chariot arrière et le réservoir droit. Le char n’est plus disponible.

Carte_2_A

Legende_carte_2_A

À la 4e batterie

Elle reste en réserve à la carrière des Obus.

Entre 6 h 00 et 9 h 15 durant la 1ère phase de l’attaque

À la 1ère batterie

Elle est toujours inutilisable.

Le char du lieutenant Daher est sorti de sa situation périlleuse vers 9 h 00. Vu l’heure avancée, il sera mis en réserve à la carrière des Obus.

À la 3e batterie

Premier engagement avec le 158e RI

Le char du lieutenant Bussières de la 3e batterie a réussi à se remettre en marche après s’être sorti de son mauvais pas, près de la ferme du Toty, à 6 h 30. Au prix d’un laborieux effort, il regagne le temps perdu.

Le scheider rejoint le 158e R.I. avant le début de la deuxième phase de l’attaque. Un autre char, celui de l’adjudant Florimont, sera dégagé un peu plus tard. Celui-ci fera le tour de la carrière des Obus, avant de suivre la trace des batteries de gauche. Ce char rejoindra son commandant de batterie au cours de la deuxième phase de l’opération.

Le char du lieutenant Bussières atteint vers 8 h 00 le point de stationnement qui lui a été assigné pour s’arrêter avant le déclenchement du deuxième objectif, au sud-ouest de la cote 190,6. À ce moment, il est pris à partie, ainsi que les hommes qui l’accompagnent, par une mitrailleuse en batterie, près des carrières Montparnasse. En quelques coups de canon, tirés à bout de portée par-dessus l’infanterie française, il réussit à la réduire au silence.

À la 2e batterie

Premier engagement avec le 149e RI

La 2e batterie se trouve maintenant réduite à un appareil. Le char Aubry rejoint, vers 7 h 30, le bataillon de tête du 149e R.I. qui est installé sur son objectif. Il s’arrête aux abords de la cote 195,1 pour y attendre l’heure H’.

Au cours de ce stationnement, l’infanterie signale au Schneider Aubry, une mitrailleuse ennemie qui est en action, à la corne sud-est du bois de la Belle-Croix.

Il semblerait que les Allemands préparent une contre-attaque, des allées et venues sont constatées dans la région du boyau de Dennewitz.

Le char s’avance à environ 150 m des objectifs désignés. Il tire une trentaine d’obus. La mitrailleuse est détruite et les fantassins du 149e R.I. peuvent voir de nombreux Allemands s’enfuyant vers le bois de la Belle-Croix. Une fois ces résultats obtenus, le char Aubry rejoint l’abri que lui offre la côte 195,1.

Carte_3_A

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Utilisation de la batterie de réserve

La 4e batterie, initialement réservée, quitte, conformément au plan d’engagement, la carrière des Obus à 6 h 15. Elle atteint, à 8 h 00, le point 29-39 qui lui a été désigné comme terme de son premier bond. À ce moment, elle reçoit, du capitaine de Blic qui commande le groupe, l’ordre de s’engager à H’ au combat en prenant à son compteles missions des 2e et 3e batteries que l’on sait réduites, chacune, à un char.

Carte_4_A

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La 4e batterie relèvera le char Bussières d’une partie des multiples missions qu’il assume.

Premières remarques

En raison de la rapidité de la progression de l’infanterie et des difficultés du terrain, les chars n’ont pu rendre aucun service.

Ce n’est que durant le stationnement sur le premier objectif que leur action a commencé à se faire ressentir. Deux mitrailleuses ont été réduites au silence et une contre-attaque ennemie est étouffée dans l’œuf.

Les chars sont maintenant dégagés de la zone chaotique où ils étaient presque paralysés, leur rôle va commencer à  grandir durant la suite des opérations.

Deuxième phase de l’attaque : Heure H’ = 9 h 15

De 9 h 15 à 11 h 30

Les chars disponibles se mettent en mouvement sur le front de la 43e D.I.. Ils dépassent bientôt le premier échelon d’infanterie.

De la droite à la gauche :

A la 3e batterie

Second engagement avec le 158e R.I.

Le char du lieutenant Bussières atteint la 1ère vague du 158e R.I., à hauteur du boyau de l’Incendie, où il dépasse les fantassins. Le blindé progresse, en serrant à bloc dans le barrage roulant. Il circule sur la droite du front du régiment en adressant fréquemment aux soldats le signal « passage libre ».

Les réactions ennemies sont très faibles jusqu’au moment où l’infanterie, arrivée à trois ou quatre cents mètres de la tranchée des Oubliettes, se retrouve plaquée au sol par de nombreux coups de feu.

Les Allemands tirent à la fois depuis cette tranchée et depuis les lisières de bois qui affleurent au rebord sud du plateau. Le char Bussières neutralise, en premier, la partie ouest de la tranchée en quelques coups de canon. Il se porte ensuite en direction de la batterie 39-60 qu’il trouve inoccupée avant de gagner la lisière sud du bois des Hoinets, vers 40-63. Il commence le nettoyage de cette lisière en la longeant vers l’est.

À 10 h 45, il est rejoint par le char de l’adjudant Florimont qui a enfin réussi à se dégager de l'embranchement Jouy-Toty.

Le lieutenant Bussières est prévenu, par l’officier de liaison de son groupe auprès du 158e R.I., que les chasseurs qui forment la droite de la 43e D.I. son démuni en chars, la 1ère batterie n’étant toujours pas à disposition. Il aperçoit, en outre, derrière lui, des groupes d’infanterie qui recommencent à progresser avec les chars de la 4e batterie sur le front du  158e R.I..

Les « as de carreau » de la 3e batterie se portent sur la lisière sud du bois de Bousseux pour ouvrir le feu sur des abris allemands qui se trouvent en 42.61 et 42.62. De nombreux prisonniers sont faits.

Les deux chars prennent ensuite position pour agir en cas de contre-attaque.

À la 4e batterie

Cette batterie de réserve est engagée dans la 2e partie de l’attaque. Elle quitte le point 29-39 à 9 h 15.

Son char de droite, qui précède le 158e R.I., pousse sans difficulté jusqu’à l’extrémité nord-est de l’éperon des Hoinets, vers 41.63.

Il prend à revers, sous le feu de son canon, les Allemands qui se replient dans le bois de Bousseux.

Le char du centre, également devant le 158e R.I., gagne facilement l’extrémité nord du plateau de Chavignon où il s’établit, en surveillance sur la vallée, vers le point 40.62.

Le char de gauche marche avec la droite du 149e R.I.. Il a une panne de moteur lorsqu’il arrive à hauteur du chemin qui descend aux Vallons. Il prend toutes les dispositions nécessaires pour parer une éventuelle contre-attaque.

À la 2e batterie

Second engagement avec le 149e RI

Le char Aubry, seule unité restante de cette batterie, précède les vagues d’attaques de 50 à 100 m environ, canonnant la lisière est du bois de la Belle Croix. Il attaque une petite carrière à la lisière du plateau.

Il fait une douzaine de prisonniers et prend une mitrailleuse qui est rapidement emportée dans le Schneider.

Pour éviter de rentrer dans le tir de barrage français, le char doit effectuer un nouvel arrêt à 9 h 40 sur le plateau de Chavignon.

Vers 11 h 00, il atteint le rebord nord du plateau de Chavignon. Il se place en observation, prêt à intervenir, au point 39.63.

Un dernier arrêt se fait sur le chemin du retour à 13 h 50, sur la route de Maubeuge, pour dépanner un char qui a déraillé.

Carte_5_A

Legende_carte_5_A

11 h 30, l'attaque du 23 octobre 1917 se termine

La situation parait se stabiliser. Les avantages de l’infanterie sont définitivement acquis. Les commandants de batteries donnent le signal de repli. Le retour se fait sans incident. Tous les chars regagnent la carrière des obus, excepté un char de la 3e batterie qui s’enlise dans une poche de terrain mou.

Durant cette période, un des chars de la 1ère batterie, qui avait réussi à se dégager de l'embranchement Jouy-Toty à 10 h 00, attendait, en réserve, à la carrière des obus.

A

14 h 00

Tous les Schneider engagés sont de retour à la carrière des Obus, à l'exception du char Bussières qui est resté en panne, dans un trou d’obus, près de la lisière sud du bois de Bousseux.

Quelques leçons de cette journée 

Les Schneider du capitaine de Blic ont rencontré plusieurs difficultés durant le franchissement des 1ères positions allemandes. Les conditions météorologiques, les tirs incessants de l’artillerie durant les jours qui précèdent l’attaque, ont rendu difficile la progression des chars. L’immobilisation due aux pannes ou au terrain difficilement praticable, la destruction de plusieurs blindés par les canons ennemis ont, en partie, modifié le plan initial.

Seulement deux chars ont pu intervenir utilement pendant la conquête et le nettoyage du 1er objectif.

Durant la progression sur le 2e objectif, 5 puis 6 chars ont pu participer de manière très efficace durant les opérations.

En fin de combat, le 8e groupe offre la situation suivante :

♥♦♦♣♣ Cinq chars couronnent le rebord septentrional du plateau de Chavignon.

Un char se trouve face au ravin des Valllons. 

Un char est disponible à la carrière des Obus.

♥♥ Trois chars ont été détruits par l’artillerie allemande

  Deux chars sont enlisés dans le ravin du Toty.

Sources :

Toutes les cartes qui peuvent se voir ici ont été réalisées à partir du texte. Elles ne sont donc là que pour se faire une idée approximative des différents mouvements réalisés et des multiples emplacements occupés par les chars de l’A.S. 8.

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

Pour en savoir plus sur le char du lieutenant le Poëtvin il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante pour avoir accès à l’analyse de « Tanker ».

Logo_Forum_pages_14_18

La partie du J.M.O. de l’A.S. 8, consacrée à la bataille de La Malmaison, est retranscrite sur le site suivant :

Chars_fran_ais

« Batailles et combats des chars français, l’année d’apprentissage (1917). » Lieutenant-colonel breveté J. Perré. Aux Éditions Charles Lavauzelle et cie 1937.

« Les chars d’assaut, leur création et leur rôle pendant la guerre 1915-1918 » Capitaine Dutil agrégé d’histoire. Aux éditions Berger-Levrault, éditeurs 1919.

Les deux photographies qui se trouvent sur le montage sont extraites d’une vidéo appartenant à lÉtablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense.

Le cliché du char n° 61339 provient de la collection Louis Lecarme. Album vert foncé épais 1914 puis 1916-1925, 3e partie.

Site_Louis_Lecarme_et_Genevieve_Colomb

La photographie représentant le tank Scheider franchissant une tranchée au camp de Champlieu vient du site de la B.D.I.C..  Cliché fonds Valois. Val 518/110 1917.

B

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher, à « Tanker », au Service Historique de la Défense de Vincennes et à l’ E.C.P.A.D..

 

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10 novembre 2017

Exécution de l’attaque de la Malmaison… 1er objectif.

Albert_Marquand_groupe_149e_R

Vingt-trois octobre 1917, le jour n’est pas encore levé… 4 h 00, tous les hommes de la 43e D.I. qui vont participer à l’attaque sont en place. Les trois compagnies du 1er bataillon du 149e R.I., sous les ordres du commandant de Chomereau de Saint-André, s’apprêtent à sortir des tranchées, suivis de près par le 3e bataillon du régiment.

Emplacement des troupes

Les dernières reconnaissances viennent tout juste de se terminer.

Les chars de l’A.S. 8, rattachés à la 43e D.I., ont commencés leurs mouvements. Certaines batteries vont se retrouver très vite en difficultés.

Les éléments du génie, deux compagnies du génie de la 167e D.I. et 5 sections de la 43e D.I., quittent leurs abris du Vervins, de Volvreux et de Vauxelles pour se porter en direction de la première ligne. Elles ont pour rôle de rétablir les communications aussitôt après le départ de l’offensive.

L’ennemi, qui semble avoir prévu l’évènement, déclenche un violent tir de contre-préparation, peu après 4 h 00. Ce tir cause des pertes, notamment au 149e R.I. et au 31e B.C.P..

Conquête du 1er objectif

L’attaque commence à 5 h 15. L’obscurité est totale, la marche et l’orientation sur un terrain complètement bouleversé par les tirs d’artillerie sont particulièrement pénibles. Néanmoins, la progression entamée avec une extrême vigueur, s’effectue aussi rapidement que le permette le barrage sur lequel l’infanterie serre à bloc.

Le barrage allemand se déclenche assez tard et n’atteint que les bataillons de soutien. Il ne cause des pertes sérieuses qu’au 149e R.I..

À la droite de la division :

Le 31e B.C.P. parvient sans grandes difficultés au Hérisson et à la ferme de la Malmaison, qu’il nettoie et dépasse. Il encercle, dans la carrière de la Malmaison, un bataillon allemand, qui se défend obstinément, et dont la résistance se prolonge, appuyée par l’action des mitrailleuses placées sur les pentes est et ouest du ravin de Chavignon et aux environs de la carrière Montparnasse.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_31e_B

Le 1er B.C.P. a suivi le mouvement et arrive à 5 h 45 au chemin des Dames.

Au centre de la Division :

Le 2e bataillon du 158e R.I., après avoir traversé le bois et la tranchée de Rumpler, est retardé dans sa progression, par des mitrailleuses échelonnées le long du boyau du Lévrier. Il les attaque et les enlève successivement. Il atteint l’objectif intermédiaire, le talus de La Bascule, à 6 h 10, ayant subi seulement un retard d’une quinzaine de minutes.

Le bataillon de soutien à suivi, traversant le barrage, il atteint, vers 6 h 20, la tranchée du Hérisson où il s’installe.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_158e_R

À la gauche de la division :

Par vagues successives, le 1er bataillon du 149e R.I. traverse rapidement le Blocus, les Lassitudes, le Carlin et les Épreuves. La 1ère vague est à 150 m du barrage roulant. Les hommes avancent à la vitesse de 100 mètres en 2 minutes durant les 200 premiers mètres puis à la vitesse de 100 mètres en 3 minutes pour les suivants.

Une compagnie de nettoyeurs fournie par le 2e bataillon du régiment accompagne le bataillon de tête.

En arrivant sur la crête, les soldats subissent le feu de mitrailleuses placées dans la partie ouest du Hérisson, le long de la route de Maubeuge et dans les trous d’obus de l’avant.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_149e_R

Après un dur combat, et malgré des pertes sensibles, le bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André, appuyé par le bataillon de soutien, réduit les résistances.

À 7 h 15, il traverse, sans arrêt, la route de Maubeuge qui est son objectif intermédiaire, et atteint le premier objectif, enlevant de nouvelles mitrailleuses, placées en 195.

Laissons maintenant la parole à Albert Marquand, sergent au 3e bataillon du 149e R.I. :

Le grand jour

« 23 octobre, 4 h 00. Dans la nuit opaque nous cheminons en file indienne, en route vers les emplacements de départ. La lueur des coups de canon éclaire vaguement nos pas. Un long sifflement… Un pan de mur s’écroule avec fracas devant la ferme Colombe. Au pas de course, la route est traversée et nos hommes, blottis contre le talus, allongent la ligne de leurs formes sombres et muettes. Au dernier moment, le boyau de la Ferme est reconnu intenable et nous restons là, aplatis, attendant anxieusement l’heure fatidique 5 H 15.

Un formidable coup de massue ébranle le sol et nous fait sursauter, tandis qu’une grêle de pierre s’abat sur nos casques en pluie métallique. Une légère fumée sort d’un trou creusé sur la route devant nous. Un blessé. Deux camarades le déséquipent et le voilà parti en rampant…

… Je ne connais pas de moments plus poignants que cette attente prolongée sous la mitraille, au milieu des éclats qui stridulent aux oreilles ; où chacun, replié sur soi-même doit maîtriser ses nerfs, le cœur prêt à se « décrocher »… Les minutes sont des siècles…

La ruée

Ma montre indique 5 H 10. De bouche en bouche un ordre suit : « Baïonnette au canon ! » Péniblement, les hommes se redressent à demi. Quelques cliquetis, et, accroupis au sommet du talus, nous sommes prêts à partir dans l’inconnu.

À ce moment, le roulement de tonnerre de nos canons s’accentue et semble s’exaspérer…

… La terre projetée en maints endroits, finement pulvérisée, gêne la respiration. L’air peuplé de sifflements, de mugissements, d’éclatement paraît vibrer sous l’effort d’un archet gigantesque. C’est l’enfer déchaîné…

Une ligne d’ombres mouvantes se détache du parapet à notre droite. C’est le moment. Tous debout ; sans un mot nous nous ébranlons vers la ligne noire de la petite crête que nous devons dépasser là-bas…

… J’avance dans la cohue silencieuse des hommes, semblable à une horde de barbares déchaînés. Plus de chefs, plus d’ordres ; c’est la ruée…

À ma droite, un homme s’abat lourdement, sans un cri, la face contre terre. Un autre ploie les genoux et s’affaisse en hurlant. On avance, on avance, la tête vide, le cœur pantelant. Dans la nuit pâlissante, on marche, on glisse, on bute aux monticules, on culbute dans les trous d’obus…

J’ai dépassé les éléments de mon bataillon et me voilà presque seul. Devant moi, une silhouette élancée agite les bras, fait quelques gestes… Je reconnais le commandant de Chomereau de Saint-André, en tête du 1er bataillon…

De sourdes détonations indiquent un court combat de grenades. Quelques cris déchirants, puis, plus rien. Des balles sifflent, et l’aube naissance, chassant les dernières ombres de la nuit, voit notre arrivée à la route de Maubeuge : point limite de notre premier objectif. »

Arrêt sur le 1er objectif :

Les bataillons de première ligne commencent à s’organiser sur leurs positions respectives dès leur arrivée sur le 1er objectif. Les bataillons de soutien se préparent à passer en 1ère ligne.

Carte_1_journee_du_23_octobre_1917_1er_objectif

Legende_carte_1_journee_du_23_octobre_1917_1er_objectif

La première phase de l’attaque est pleinement réussie pour les bataillons des 158e et 149e R.I.. C’est un petit peu plus compliqué pour les chasseurs.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 170e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 707/15.

J.M.O. du 409e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 768/13.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps,à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Les morceaux de carte du groupe des canevas de tir du secteur de Vailly qui sont utilisés ici sont datés du 26 août 1917.

Un grand merci à M. Bordes, à R. Mioque, à F. Barbe, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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