05 février 2010

De la croix rouge à la croix de bois... Année 1914.

                Croix rouge

 

Nombreux sont ceux dont la « Camarde » n’a pas voulu sur les lieux des combats, et qui malgré les soins apportés, décédèrent dans les hôpitaux français et allemands.  Ils moururent souvent loin des leurs et des copains. Pour certains quelques jours ou quelques semaines après leurs blessures ou leurs maladies, pour d’autres quelques mois voir quelques années après … Rien que pour l’année 1914 (après 5 mois de conflit), ils sont au nombre de 94 au 149e R.I..

En voici la liste (Il y a certainement des manquants…)

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                           Tableau des décédés dans les hôpitaux pour l'année 1914.

 

 

Prise en charge des blessés des lieux des combats à l’arrivée dans les hôpitaux.


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Les groupes de brancardiers en 1914.

Sur les lieux des combats le soldat blessé peut lui même appliquer sur sa plaie le pansement individuel qu’il porte dans la poche de sa capote. Souvent un infirmier régimentaire ne sera pas très loin pour lui porter les premiers secours. Ces mêmes infirmiers, profitant de la première accalmie deviennent  brancardiers régimentaires. Ils passent le long de la ligne pour ramasser  les blessés qu’ils transportent au poste de secours. Dans ce lieu, il arrive également tous les blessés qui ont pu, d’eux-mêmes, se mettre à l’abri d’un bois ou d’une meule. Tous ceux au contraire qu’un projectile immobilisera sur place et qu’on relèvera, l’action terminée. Tous les « isolés » que les brancardiers retrouvent, parfois au bout de deux ou trois jours, évanouis dans un fossé ou endormis d’épuisement dans quelque grange déserte. Du poste de secours, souvent même directement du champ de bataille, les blessés, soit à pied, soit dans les voitures, soit sur les brancards, sont amenés par les brancardiers divisionnaires à l’une des ambulances. Ici sont réalisés les vrais pansements, les interventions urgentes, rarement de grandes opérations. Après quoi, les blessés sont dirigés par voitures sur les hôpitaux d’évacuation. Au bout d’un délai, qui varie suivant le genre de blessures, l’hôpital, qui est souvent situé près d’une gare, fait transporter les blessés dans les trains sanitaires. Ces derniers sont installés en « assis » ou en « couchés » et seront pris en charge par des majors et des infirmiers. A certaines stations du voyage, de nouveaux « tris » s’opèrent, les blessés à la tête, par exemple, ne devant pas voyager trop longtemps sans pansement nouveau.  Les autres continuent leur chemin, pour être admis dans les hôpitaux du territoire, supplées par de très nombreux hôpitaux auxiliaires que la guerre a fait surgir sur tous les points de la France.

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L’organisation des groupes de brancardiers à la division et au corps d’armée.

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Ambulance_1914Le service de santé du corps d’armée est complètement autonome. Autrefois lorsqu’il fonctionnait d’après le règlement de 1892, il comprenait à l’avant :

1er : Le service de santé régimentaire.

2e : Les ambulances.

3e : Les hôpitaux de campagne (huit par corps d’armée).

L’ambulance était alors l’organe de beaucoup le plus important. Elle avait un personnel médical nombreux, un matériel roulant lourd et encombrant. Elle avait un rôle énorme. Elle recevait les éclopés, les malades, les nourrissait, les soignait, les évacuait, confiant aux municipalités les malades non évacuables. Au moment du combat et lorsque la bataille était terminée, elle allait chercher les blessés au moyen de ses mulets et de ses voitures, les soignait et les évacuait. Cette tâche était d’une difficulté extraordinaire et il faut avoir vu certains champs de bataille des guerres modernes pour s’en rendre compte.

Le nouveau règlement de 1910, ému de la tâche difficile qui avait été dévolue aux ambulances, s’est efforcé de les décharger un peu. Il a rendu distincts l’organe d’évacuation et de transport et l’organe de traitement. Il a institué les groupes de brancardiers totalement indépendants des ambulances. Ces dernières ont ainsi été rendues plus mobiles, plus maniables, plus faciles à déplacer suivant les besoins du moment.

Les groupes de brancardiers se divisent en groupe de brancardiers divisionnaires et groupes de corps.

La composition de ces groupes est identique au point de vue du personnel et du matériel. Chacun se divise en deux sections et le groupe de brancardiers de corps peut être assimilé, très exactement, à un groupe de brancardiers divisionnaires augmenté et auquel viendrait s’adjoindre une section d’hygiène et de prophylaxie. Ce groupe de brancardiers de corps, comme tous les organes de corps, peut-être considéré comme une formation tenue en réserve et venant au moment nécessaire ou même remplacer complètement les groupes divisionnaires lorsque ces derniers sont insuffisants pour mener à bien tout le travail.

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Le personnel des groupes de brancardiers.

Le personnel médical des groupes de brancardiers comprend :

1)     Un médecin chef de groupe.

2)     Un ou deux médecins-majors ou aide-major.

3)     Des médecins auxiliaires.

4)     Les hommes de troupe brancardiers.

Le médecin chef du groupe est, pour les groupes de brancardiers divisionnaires, un médecin major de 1ère  ou de 2e classe. Le médecin chef des brancardiers de corps est un médecin major de 1ère classe. C’est lui qui se réserve la direction et la surveillance de la formation.

Les médecins aides-majors dirigent la 2e section des formations de brancardiers. Le médecin major de 2e classe, placé sous les ordres du médecin chef du groupe de brancardiers de corps est,  en outre chargé de l’organisation et de la mise en service de la section d’hygiène et de prophylaxie rattachée à la 1ère section du groupe. On le désigne parfois sous le nom de médecin bactériologiste.

Les médecins auxiliaires au nombre de neuf pour les brancardiers de corps et de six pour les brancardiers divisionnaires, dirigent les escouades de brancardiers. Ils les guident dans leurs recherches, surveillent le chargement des blessés sur les brancards, accompagnent les voitures pendant le transport.

Les hommes de troupe brancardiers (sous-officiers, caporaux et soldats) sont au nombre de 132 pour les groupes divisionnaires et de 205 pour les groupes de corps.

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Le matériel des groupes de brancardiers.

Le matériel des groupes de brancardiers comprend un matériel de roulage et un matériel médico-pharmaceutique. Dans le matériel de roulage, on a réuni les moyens de transport  les plus divers pour pouvoir s’adapter aux besoins de l’évacuation, pour pouvoir l’effectuer dans des conditions les plus différentes, en rase campagne, dans les sentiers, dans les chemins, sur les routes et pour pouvoir charger les voitures avec les blessés assis ou couchés. Ces moyens mis à la disposition des groupes de brancardiers comprennent : la grande voiture à quatre roues, la petite voiture à deux roues, les cacolets, les brouettes porte-brancards. La grande voiture à quatre roues peut transporter dix blessés assis ou quatre blessés couchés. Les blessés assis se placent sur des banquettes à charnières mobiles permettant de relever et de maintenir ces banquettes contre les parois latérales de la voiture. Les blessés couchés sont étendus sur des brancards formant deux plans superposés. Grâce à  ce dispositif sur rail fixé au milieu et sur les côtés de la voiture, on fait glisser le brancard au moment de l’embarquement. Les parois latérales de la voiture sont en bois. Le groupe de brancardiers de corps possède six voitures de ce modèle, chaque groupe de brancardiers divisionnaires en possède cinq.

Les voitures à deux roues ne permettent que le transport de deux blessés couchés. Le mode de suspension des brancards y est exactement le même que pour la voiture à quatre roues. Ces voitures sont au nombre de six dans les groupes divisionnaires et de huit dans le groupe de corps Les groupes divisionnaires ont en outre seize cacolets, les groupes de corps en ont vingt. Ces cacolets sont des fauteuils pliants qu’on accroche de chaque côté du bât d’un mulet. Les malades y sont assis parallèlement au mulet, regardant dans la même direction que lui. La brouette  porte-brancard constitue le dernier mode de transport dont disposent les groupes de brancardiers. Son seul nom en indique la disposition ; on les appelle aussi brancards roulants. Ils sont transportés, démontés sur des chariots de parc au nombre de 15 par chariot, deux chariots pour les groupes divisionnaires, trois pour les groupes de corps.

Il n’est pas toujours nécessaire de se servir de tous ces moyens de transport réunis. Le besoin ne s’en fait vraiment sentir qu’après des combats meurtriers.

Le nombre de blessés peut parfois être si élevé qu’il devient impossible de les évacuer par les moyens normaux dont dispose le service de santé. Il faut alors dans ces moments de presse recourir à des moyens de transport de fortune que fournissent les différents services de l’armée ou la réquisition. Les services de l’armée peuvent fournir des fourgons de distribution, de ravitaillement et de réserve.

Les groupes de brancardiers sont dotés d’un matériel médico-pharmaceutique nécessaire pour pouvoir donner aux blessés transportés les premiers soins ou pour parer aux complications pouvant survenir pendant le transport. Les brancardiers emportent sur eux une musette à pansements renfermant des pansements individuels, une bande hémostatique et un flacon d’alcoolat de mélisse pour réconforter les blessés. Chaque chef de brancard possède en outre, la trousse d’infirmier (ciseaux droits et courbes, pinces) dans le but principal de dégager la plaie des vêtements plus ou moins souillés qui l’entourent.

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Les trains sanitaires.

Train_sanitaire L’évacuation des blessés avait été prévue avant-guerre. Le point de départ se trouvait à la gare régulatrice qui, parmi ses organes, comptait un hôpital d’évacuation chargé de maintenir à proximité de l’armée, les malades et les blessés légers, d’hospitaliser provisoirement les blessés qui ne pouvaient être transportés plus loin, d’évacuer les autres. Les trains qui emportaient les blessés évacués suivent la ligne de communication de l’armée, à la vitesse des trains militaires, soit trente kilomètres à l’heure ; on leur à réservé des marches calculées à raison de 3 par C.A.. Des arrêts sont prévus de six heures en six heures, pour assurer le service médical et l’alimentation. Celle-ci est fournie par les infirmeries de gare, organisées et desservies par la Société française de secours aux blessés militaires. Les convois circulent ainsi jusqu’à la gare de répartition  de la région intéressée. Là, d’après la nature de leurs maladie ou de leurs blessures et d’après le nombre de places disponibles, malades et blessés sont acheminés sur les formations sanitaires d’une certaine zone, dite zone d’hospitalisation de l’armée.

Au début de la guerre, par exemple, les gares de répartition et les zones d’hospitalisation sont les suivantes :

1ère armée : Montchanin (partie de la 8e région) et Moulins (13e région).

2e armée : Orléans (5e région), Saint-Pierre-des-Corps (9e région), Bordeaux (18e région).

3e armée : Maintenon (4e région), Nantes (11e région).

4e armée : Limoges (12e région), Cahors (17e région).

5e armée : Douai (partie de la 1ère région), Amiens (partie de la 2e région) Rouen (partie de la 3e région), Rennes (partie de la 10e région).        

Ces régions subirent de grosses modifications après la bataille de la Marne. Elles s’expliquent pour les raisons suivantes : Deux régions de corps d’armée sont envahies, de nouvelles armées sont créées et la zone occupée par les armées à changé.

Les premiers trains sanitaires : Dans quelles voitures, dans quels trains voyagent malades et blessés ? La question est d’importance au point de vue des chemins de fer. Il faut distinguer les évacuations journalières et celles qui ont lieu pendant les périodes de combat.

Op_ration_chirurgicale001En principe, les évacuations journalières se font, sans demande spéciale, de toutes les gares par les trains de service journalier, pour les malades ou blessés pouvant voyager assis. Des gares de ravitaillement sur la gare régulatrice, elles ont lieu par le retour des trains de ravitaillement quotidiens, pour tous les malades ou blessés. A cet effet, en constituant les trains de ravitaillement, la gare régulatrice y fait monter un médecin, un officier d’administration des hôpitaux et un certain nombre d’infirmiers et brancardiers, prélevés sur la réserve de personnel sanitaire, maintenue à la gare régulatrice. Pendant les périodes de combat, les transports ont lieu, pour les malades où blessés assis, au moyen de voitures à voyageurs ou, à la rigueur, de wagons aménagés, compris dans les trains ordinaires ou constituant des trains complets ; pour les malades ou blessés couchés, ils se font dans des trains sanitaires permanents ou improvisés.

Les trains sanitaire permanents : Ils sont au nombre de 7, composés de voitures spécialement aménagées pour le transport des malades ou des blessés les plus grièvement atteints, qui n’auraient pu supporter le transport par les voitures ordinaires et qu’il importait d’évacuer du théâtre des opérations. Chaque train était fourni par la même compagnie. Tous se composaient de fourgons de marchandises, bien homogènes, éclairés, susceptibles d’être chauffés. Un train comprenait 23 wagons, dont seize destinés aux malades et aux blessés, un pour le personnel officier (2 médecins, un pharmacien, un officier d’administration), un pour les infirmiers (28), un contenant les approvisionnements de lingerie, pharmacie et chirurgie, une cuisine, une allège de la cuisine, un wagon à provisions et un à linge sale. Les wagons pour blessés recevaient chacun 8 lits-brancards, assez confortables, installés sur 2 étages.

Les trains sanitaires improvisés : Les trains sanitaires improvisés se composaient de wagons couverts à marchandises, qui recevaient, au moment du besoin, par les soins des hôpitaux d’évacuation, un aménagement temporaire spécial, ainsi que les moyens de chauffage et d’éclairage nécessaires. La préparation des trains demandait environ 7 heures. Le train comprenait au maximum 40 wagons, dont une voiture de 1ère classe ou mixte pour le personnel, 6 wagons à frein pour le matériel et les bagages et 33 wagons pour les blessés (400 environ).

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Références bibliographiques :

« La direction du service de santé en campagne » de M. le médecin inspecteur  A. Troussaint. Editions Lavauzelle. 1913.

« Etude sur l’organisation et le fonctionnement des groupes de brancardiers pendant la guerre actuelle » Thèse pour le doctorat en médecine par Antoine Fabry. 1915.

« Considérations sur l’organisation d’un groupe de brancardiers divisionnaires pendant les premiers mois de la guerre (1914) » Thèse pour le doctorat en médecine par Gabriel Bayles. 1917.

« Les chemins de fer français et la guerre » par le colonel Le Hénaff et le capitaine H. Bornecque. Editions Paris Librairie Chapelot. 1922.

« Décret du 31 octobre 1892 portant règlement sur le service de santé de l’armée en campagne avec notices et modèles » Editions Charles Lavauzelle. 1892.

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11 novembre 2010

Une rage de dents au 149e R.I..

Dentiste_4Je remercie le docteur Sylvie Augier qui m’autorise à utiliser de larges extraits de sa thèse consacrée aux chirurgiens-dentistes français pendant la 1ère guerre mondiale. Les passages de son travail qui pourront être lus ici accompagnent trois clichés représentant des dentistes en situation d’exercice professionnel. Une chaleureuse poignée de main à Stéphan Agosto pour la réalisation du dessin qui accompagne ce thème. Dessin qui permet de faire la transition entre le 149e R.I.et le sujet abordé.

Les dures épreuves de la guerre font du soldat, un homme qui peut être très rapidement exténué. Il est souvent sujet à de nombreuses infections. Au début de la guerre, l’équipement en matière d’hygiène est plus que rudimentaire. Par contre, il va de soi que tout deuxième classe, digne de ce nom, ne se débarrasse pas de sa brosse à habits, de sa brosse à chaussures et de son cirage ! L’hygiène dentaire des hommes de troupe est quasi inexistante. De ce fait, les maux de dents se font rapidement sentir.  De plus, ils sont régulièrement victimes, surtout au début de la guerre (avant le port du casque), de blessures de la face et des maxillaires. Au début du conflit, le service dentaire n’existe pas. La demande de soins est telle que seuls les chirurgiens-dentistes appelés comme simples soldats ou comme infirmiers peuvent soulager leurs camarades avec le matériel dont ils disposent. Il faudra attendre 1916 pour que le corps des dentistes militaires soit créé et pour, que s’organisent les services dentaires et stomatologiques…

Avant la déclaration de guerre, l’utilisation des chirurgiens-dentistes n’avait pas été prévue du point de vue militaire. Il n’existait que quelques cliniques régimentaires et hospitalières, créées à la suite des circulaires de Charon datant du 10 octobre 1907. Ces circulaires « préconisent l’inspection dentaire des militaires, l’établissement de fiches dentaires et le traitement de la bouche et des dents du régiment. » Le rôle et les attributions du dentiste à l’armée ne sont d’ailleurs pas définis. Aucune hiérarchie n’est établie pour diriger et coordonner les services que l’on tente de créer.

L’hygiène buccale est médiocre, voire inconnue. Un dentiste se plaint en 1916 de la proportion effrayante d’hommes qui ne prennent aucun soin de leurs dents. En province, on peut affirmer qu’environ 90 % de la population ignore l’usage de la brosse à dents. Pourtant,  quelques années plus tôt, un médecin inspecteur général, un précurseur presque révolutionnaire, avait émis l’idée audacieuse pour l’époque que chaque soldat pût toucher une brosse à dents à son arrivée au corps. Sa demande ne fut pas inutile puisqu’une poche de son havresac fut prévue pour recevoir le précieux objet… qui ne fut jamais distribué !

L’hygiène lamentable ajoutée aux nombreux séjours prolongés dans les tranchées réveille de nombreuses douleurs dentaires. Beaucoup de causes sont à l’origine de troubles sérieux du tube digestif, de lésions dentaires et buccales. Parmi elles, il faut retenir, l’alimentation trop carnée, la sédentarité qui empêche les soins d’hygiène et de manière plus générale, la mauvaise assimilation qui constitue une moindre résistance aux agents infectieux qui se localisent dans la bouche.

Dentiste_1Le besoin de soins est tel que, dans certaines formations dépourvues de dentiste, un simple infirmier extrait les dents, à l’aide d’un davier démodé, pour soulager ses camarades. L’installation est précaire. Un fauteuil et quelques sièges, une brouette renversée recouverte d’une serviette, deux fascines et une haie comme paravents… Le cabinet dentaire est installé ! Cependant, l’organisation commence à apparaître. Les dentistes eux-mêmes participent financièrement à la mise en place d’une structure. L’État ne possède en effet que de la boite de stomatologie n° 6 qui se trouve dans chaque ambulance. Les actions individuelles démontrent la volonté, le dévouement ainsi que l’ingéniosité des dentistes qui ont de la chance d’être affectés logiquement dans leur spécialité, même s’ils demeurent simples soldats ou sous-officiers. Le matériel souvent fort restreint de ces praticiens du front avancé ne leur permet de donner, au début, que les soins urgents. Ils ne possèdent que quelques instruments personnels, faciles à transporter rapidement. Peu à peu, la nécessité et l’expérience aidant, ils arrivent à appliquer dans de nombreux cas le traitement conservateur.

Pour faire face aux demandes stomatologistes et dentaires, les dentistes devancèrent très souvent les lois et les décrets, heureusement pour les soldats.

Naissance du dentiste militaire :

La guerre des tranchées démontre chaque jour l’incontestable utilité des dentistes. Dans chaque formation, ils apportent un concours bénévole avec le plus grand dévouement et la plus grande émulation. Mais n’est-il pas surprenant qu’il ait fallu cette terrible guerre pour que l’armée se décide enfin à accorder aux chirurgiens-dentistes la place légitime qui leur est due dans le personnel du service de santé ? Une importante réforme en 1916 a pu être accomplie. Quand le décret du 26 février 1916 crée le corps des dentistes militaires, il apparaît les postes dentaires des groupes de brancardiers de corps d’armée et de division.

Rôle du dentiste militaire :

Son rôle est double : il est militaire et technique. Les dentistes militaires doivent toujours faciliter l’œuvre du commandement. Ils sont Dentiste_2destinés à traiter les mâchoires des blessés et à maintenir le taux d’effectifs. Ils soignent les dents ou les remplacent s’il y a lieu afin de permettre aux combattants d’assimiler leur ration. Ils doivent récupérer, pour les effectifs du front, un grand nombre d’édentés rendus inaptes. Ils doivent soulager la souffrance par tous les moyens qui sont à leur disposition. Leur action en ce sens, est facilitée par l’organisation du service dentaire et, de ce fait, peut s’élargir et s’améliorer. De nombreux officiers et soldats, grâce aux soins des dentistes, peuvent trouver un soulagement immédiat pour des douleurs qui les auraient tenus éloignés plus ou moins longtemps de leur poste.

Évolution du statut de dentiste militaire :

Tout soldat peut accéder au grade de sous-officier et d’officier par sa bravoure, sa conduite ou son dévouement. Cette règle générale n’est cependant pas valable pour le chirurgien dentiste, quelle que soit sa valeur professionnelle. Pourtant, il court exactement les mêmes dangers que les médecins auxiliaires et les aides-majors. Il est à la peine sans être à l’honneur. Aussi, de nombreuses propositions sont faites pour essayer de mettre en place une hiérarchie dans le service dentaire qui serait comparable à celle du reste du service médical. Le 8 octobre 1918, un projet de loi est voté. Le grade d’officier dentiste est validé. Après un court débat, les parlementaires auront reconnu unanimement les indéniables services rendus à la défense nationale par cette profession. Après les difficultés qu’il a fallu vaincre, le dentiste, simple soldat en 1914, dentiste militaire adjudant en 1916, acquiert enfin la possibilité de devenir officier à la fin du conflit.

Dentiste_3Sources bibliographiques :

« Les chirurgiens-dentistes français aux armées pendant la première guerre mondiale (1914-1918) Organisation d’un service dentaire et stomatologie. Thèse pour le doctorat d’État de docteur en chirurgie dentaire réalisée par Sylvie Augier. Année 1986.

Pour en savoir plus :

«Larousse médical illustré de guerre» par  Galtier-Boissière. Librairie Larousse, Paris 1917. Pages 71-72.

«La direction du service de santé en campagne» de Toussaint. 1915.

«Chirurgie réparatrice maxillo-faciale, autoplasties, prothèse, restauration» par M. Virenque. Librairie Maloine. Paris 1940.

«Les centres d’édentés durant la guerre 1914-1918» de J. Chambenoit. Thèse pour le doctorat d’État de chirurgien-dentiste. Paris 1973.

Un grand merci à Sylvie Augier et à Stéphan Agosto.

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11 novembre 2013

Un évènement bien singulier !

Annamites_1

Voici une photographie bien surprenante ! Essayons de la décrire… Nous pouvons voir un groupe de soldats asiatiques en compagnie de deux soldats français. Une poignée de piquets, sur lesquels sont fixées de modestes planches de bois, sont plantés dans le sol.  Un idéogramme réalisé à la peinture peut se distinguer sur certaines de ces planches. Un léger traçage marque le sol. À la vue de l’expression des  visages, les hommes semblent particulièrement s’amuser. Mais qui sont-ils et que font-ils ?

Cette photographie, ainsi que les suivantes, proviennent toutes d’un album photo réalisé par un officier du 149e R.I. en juin 1917. Il y a donc de fortes probabilités pour que les deux soldats français représentés sur cette image appartiennent à ce régiment. Mais comment faire pour essayer d’identifier l’unité d’appartenance des soldats asiatiques ? Une recherche dans les J.M.O. s’impose !

Celui de la 43e D.I. nous fait savoir que la 3e compagnie du 17e Bataillon indochinois vient cantonner dans le village de Sermoise, à compter du 25 juin 1917, pour être mise à la disposition du chef de réseau de la voie ferrée de 0,60 m.

L’information donnée par ce J.M.O. est importante puisqu’elle vient confirmer la présence de soldats asiatiques dans le secteur où se trouve le 149e R.I. à cette date.

En regardant de plus près les deux photographies suivantes, il est possible de lire le numéro 17 sur certains des cols des soldats asiatiques.

Annamites_2

Annamites_3

Maintenant, il ne nous reste plus qu’à trouver ce que font tous ces hommes ! À première vue, cela ne semble pas du tout évident, mais, à y regarder de plus près, les signes inscrits sur les planchettes fixées au bout des piquets ne font aucun doute ! Il s’agit des mêmes symboles qui figurent sur les pièces d’échecs indochinois. Ces soldats jouent tout bonnement aux échecs ! Un jeu particulièrement populaire et très développé dans leur pays.

Pourquoi le photographe a-t-il réalisé tant de clichés sur ce groupe d'Annamites ? Il y a eu certainement de sa part une réelle curiosité pour ces soldats venant du bout du monde.

Voici deux autres photographies issues de son album, qui représentent des scènes de la vie quotidienne des Annamites.

Annamites_4

Le 17e bataillon indochinois a été créé le 8 février 1916 à Tourane, une ville située au sud-est de la capitale impériale Hué.

Annam

 Les Annamites de ce bataillon embarquent pour la France le 15 juillet 1916. Ils débarquent dans le port de Marseille le 3 septembre.

Annamites_5

 La 3e compagnie du 17e bataillon indochinois quitte son campement de Sermoise le 10 juillet 1917.

Carte_Sermoise

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 17e bataillon indochinois. Réf : 26 N 874/16.

La carte du pays d’Annam provient de Wikipédia.

Album photo inédit d’un officier du 149e R.I..

Pour en savoir plus sur le jeu d’échecs indochinois :

https://sites.google.com/site/xiangqifrance/le-xiang-qi/presentation-du/liens-utiles/co-tuong---le-jeu-d-echecs-des-vietnamiens

 et

http://history.chess.free.fr/papers/Slobodchikoff%201953.pdf

Un grand merci à M. Bordes à A. Carobbi, à E. Schaffner et à Yves du Forum « Pages 14-18 ».

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09 janvier 2015

Flambeau, Papillon, Blako... "les poilus à quatre pattes" du 149e R.I..

Chien_1

Tout au long de la guerre, de nombreux chiens ont accompagné les régiments. Ils ont souvent été adoptés comme « mascottes » par un petit groupe d’hommes au sein d’une compagnie. Leur rôle ? Peut-être, tout simplement, aider les soldats de tout grade à mieux supporter les moments difficiles de la vie quotidienne, surtout lorsque ceux-ci se trouvent dans les lieux de cantonnement à l’arrière.

Ce fidèle compagnon de l’homme a également été utilisé à des fins plus militaires. Qu’ils soient de noble race ou modestes bâtards, courts sur pattes ou de grande taille, à poil long où à poil ras, ils ont été utilisés pour leur intelligence, leur odorat ou pour leur ouïe, comme sentinelles, comme transporteurs de message ou encore, comme ravitailleurs en apportant armes, munitions et ravitaillement aux fantassins qui se trouvent en premières lignes.

Voici une petite poignée de photographies montrant quelques-uns d’entre eux qui ont « servi » au 149e R.I.. Les missions exercées par les « chiens soldats » qui sont décrites précédemment sont difficilement visibles sur ces photos, puisqu’elles ont toutes été réalisées durant des temps de repos.

Ce sont des rôles qui n’ont, à une exception, laissé aucune trace dans les documents concernant le 149e R.I.

Chien_2

Le nom de l’animal qui peut se voir sur les deux précédentes photographies demeure inconnu. Ces clichés ont été pris le 4 juin 1917 dans le petit village picard de Vailly-sur-Aisne, à proximité du chemin des Dames.

Les deux photographies suivantes proviennent de la collection personnelle de J. Huret. Un grand merci à lui pour son autorisation de les publier ici.

Flambeau_1

En juin 1917, un essai de casque peu conventionnel est effectué par le chien Flambeau sous le regard attentif du capitaine Guilleminot dans la carrière du Sourd !

Flambeau_2

Le temps de déclencher l’obturateur de l’appareil photo, il est demandé à Flambeau du 1er bataillon du 149e R.I. de rester bien tranquillement sur une « petite reine ».  Une tâche bien difficile ! Ce cliché a été réalisé en décembre 1917 à Vaudoncourt, une petite commune vosgienne.

Chien_et_brancardier

Encore un canidé dont le nom est resté anonyme. Celui-ci pause fièrement à côté du brancardier Mathieu du 1er bataillon du 149e R.I.. Cette photographie a été prise au cours d’une grand’halte près d’Armentières-sur-Ourcq dans l’Aisne.

Papillon_1

Papillon, le chien de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. en équilibre sur une échelle puis à l’entraînement !

Papillon_2

Paul Megnin dans son livre « Les chiens de France, soldats de la Grande Guerre », évoque une situation concernant un des chiens du 149e R.I..

« … Il arrive que des chiens, qui ont été faits prisonniers, s’évadent ! Témoin celui-ci du 149e R.I., qui en sentinelle au P.C. Albertini, cerné avec son maître par l’ennemi, profite du moment oùles Allemands lui enlèvent son collier pour leur fausser compagnie. Il traverse les lignes allemandes et françaises, les barrages amis et ennemis pour rejoindre les lignes. Essoufflé, il rejoint le poste de commandement du sous-secteur qui était son point d’attache. (Rapport d’un chef de bataillon du 149e R.I.) »

Une autre anecdote se trouve dans l’ouvrage « La 43e Division pendant la campagne de 1918 ». Il y a de fortes probabilités pour que ce soit le même événement raconté différemment.

« La prouesse du chien de liaison Blako du 149e R.I., un affreux sang mêlé qui est tombé aux mains d’un groupe d’ennemis, profite du moment où ceux-ci détachent son collier pour prendre ses dépêches, pour leur fausser compagnie et regagner le régiment. »

Sources :

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 ». Éditions Mayence, grande imprimerie moderne. 1922

Pour en savoir plus sur le sujet :

« Les chiens de France, soldats de la Grande Guerre ». Ouvrage de Paul Megnin. Éditions Paris Albin Michel.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à J. Huret.

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08 mai 2015

Les brancardiers du 149e R.I..

Groupe_de_brancardiers_149e_R

La photographie ci-dessus a été réalisée en juin 1915. Celle-ci représente les « infirmiers-brancardiers » du 3e bataillon du 149e R.I.. Outre la bonne qualité du cliché qui a su traverser le temps, un petit bonus accompagne l’image. Quelques lignes rédigées au verso permettent d’en savoir un petit peu plus sur ce groupe d’hommes. En voici la retranscription…

Souvenir de campagne 1914-15

Le 18 juin 1915

« Mes biens chers,

Je vous adresse une photo du groupe infirmiers-brancardiers du 3e bataillon du 149e de ligne. Vous pouvez juger par ma binette que je suis en bonne santé. Cette photo a été prise le 13 de ce mois dans le Pas-de-Calais.

Couché au premier plan, Folzer de Xertigny. À gauche du major Duplessis, Christian mine rangée, par la gauche, le 1er fils Ignace d’Épinal. À droite, debout, près de votre Louis, Julien.

De tous ces camarades, amicaux bonjours et de votre Louis, les meilleurs baisers. »

Ce petit texte nous donne quelques noms et prénoms, mais cela reste malheureusement insuffisant pour essayer de les identifier. Nous pouvons également regretter une absence de signature en bas du texte. Celle-ci aurait certainement pu nous aider à en savoir un petit plus sur son auteur ou  tout du moins nous aiguiller dans les recherches.

Essayons maintenant de mieux comprendre l’organisation des groupes « infirmiers-brancardiers » d’un régiment…

Le travail réalisé par ces hommes reste avant tout une tâche « noble et généreuse ». Il faut tenter de sauver le plus de vies possible, parfois au péril de la sienne, souvent dans des conditions extrêmes…

Comment sont constitués ces groupes ?

Si les brancardiers et les infirmiers du régiment sont rattachés administrativement à la C.H.R., c’est avant tout, à l’intérieur des compagnies qu’ils exercent véritablement leur fonction. En effet, ces compagnies disposent en permanence de brancardiers et d’infirmiers, ce qui facilite leurs interventions qui sont ainsi plus rapides et plus efficaces en cas de nécessité.

La C.H.R., quant à elle, gère les soldes et l’emploi. Il en est de même pour les perceptions d’effets et pour la discipline.

Il y a de nombreux musiciens dans cette compagnie, mais pas seulement… Il peut y avoir également des cordonniers, des architectes, des mineurs ou bien encore des cultivateurs…

Généralement, il y a une moyenne de quatre infirmiers et seize brancardiers par bataillon. Au cours des attaques, ces hommes sont souvent soutenus par leurs homologues divisionnaires.

Comment fonctionnent ces groupes ?

La plupart du temps, les postes de secours du régiment ou du bataillon ne peuvent pas être installés à proximité de la zone de feu.

Les équipes de brancardiers doivent alors accomplir un trajet qui est souvent long de plusieurs centaines de mètres. Elles ont à traverser des terrains accidentés, à sillonner des terres labourées par les obus et à se déplacer dans des tranchées étroites qui sont parfois très endommagées par les bombardements. Tout cela accroît fortement les difficultés du transport.

Le métier de brancardiers régimentaires est particulièrement pénible et dangereux. Dès l’instant où ces hommes interviennent, en plus des risques directement liés aux attaques et aux bombardements, qui sont le lot de tout homme qui se trouve en première ligne, ceux-ci peuvent être rapidement exténués par la charge de travail qui leur incombe. Les nombreux allers-retours qu’il faut effectuer entre le moment où le blessé est récupéré sur le terrain et l’instant où il est déposé au poste de secours du régiment ou du bataillon imposent une dépense d’énergie colossale.

Le travail de relève des blessés est tout aussi difficile... Dans un premier temps, les brancardiers doivent panser rapidement et sommairement les hommes sur place. Ensuite, il faut tenter au maximum de ne pas trop faire souffrir le camarade allongé sur la civière au cours du déplacement. Les secousses trop vives dans les mouvements de portages doivent être évitées le plus possible. Il faut se dire que les infirmiers et les brancardiers ne disposent pas de morphine pour soulager les souffrances dues aux blessures qui sont souvent terribles.

L’évacuation du blessé n’est possible que durant les périodes d’accalmies, car, à moins de se trouver dans des conditions exceptionnelles de « protections naturelles », les brancardiers seraient obligés de marcher debout sous la mitraille. Les difficultés peuvent être encore accentuées par d’autres facteurs. La nuit, il ne faut,sous aucun prétexte, faire usage d’un éclairage quelconque, sous peine d’être salué par un feu de salve. Souvent, il faut se guider exclusivement sur les gémissements et les cris des blessés qui sont tombés entre les deux lignes et au retour, il ne faut surtout pas s’égarer dans le no man’s land…

Toutes les précautions nécessaires doivent être prises pour éviter de devenir visibles à l’ennemi. Au cours des recherches sur le terrain, les brancardiers repérés peuvent aisément devenir la cible d’un tireur zélé. Il serait puéril et bien naïf de croire que la croix de Genève portée sur le bras assure une protection totale !

Sources :

« Études sur l’organisation et le fonctionnement des groupes de brancardiers pendant la guerre actuelle » Thèse pour le doctorat en médecine présentée et soutenue publiquement le 15 mai 1915 par Antoine Célestin Étienne Fabry. Bordeaux Imprimerie de l’université Y. Cadoret. 1915. 51 pages.

Pour en savoir plus sur les brancardiers :

« Considérations sur l’organisation d’un groupe de brancardiers divisionnaires pendant les premiers mois de la guerre (1914) » Thèse pour le doctorat en médecine présentée et soutenue publiquement le lundi 19 février 1917 par Gabriel Jean-Baptiste Joseph Bayle. Bordeaux Imprimerie de l’université Y. Cadoret. 1917. 33 pages.

« La Grande Guerre des soignants, médecins, infirmières et brancardiers de 1914-1918 » de Patrick Loodts et d’Isabelle Masson-Loodts aux éditions de la mémoire. 414 pages. 2014.

Un grand merci à M. Bordes, à A. carobbi et  à « Achache » et  « Laurent 59 » qui interviennent tous deux sur le forum « pages 14-18 ».

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29 mai 2015

Du côté de Ciry-Salsogne en juillet 1917.

Le_tatoue_du_149e_R

La série de photographies suivante a été réalisée à Ciry-Salsogne, un petit village picard, qui se trouve à quelques kilomètres du front à proximité du chemin des Dames. En 1917, cette commune est devenue une base arrière importante pour les soldats français.

Ciry_Salsogne_1

Juillet 1917, des hommes du 149e R.I. sont au repos dans ce village. Les distractions sont rares et il faut se divertir pour oublier la dure vie des premières lignes.

Un petit groupe s’est rassemblé dans la cour d’une grande bâtisse du village, mais ce n’est certainement pas pour effectuer une prise d’armes !

En effet, nous pouvons apercevoir, au milieu de l’attroupement, un homme qui est torse nu avec une large ceinture enroulée autour de l’abdomen. Ce qui est loin d’être une tenue réglementaire !

En fait, une séance récréative est en train de se préparer…

Ciry_Salsogne_2

L’athlète vient de soulever un haltère de fortune qui a vraisemblablement été confectionné à partir d’un essieu de charrette. Ne connaissant pas son nom, nous allons tout simplement l’appeler « le tatoué ». En effet, celui-ci a le torse, les bras et le dos couverts de dessins.

 Les muscles de l’homme sont tendus, son visage est crispé par l’effort, mais celui-ci a certainement l’habitude de faire ce type d’exercice, puisqu’il adopte une position qui lui permet de supporter plus facilement la charge importante à bout de bras.

Ciry_Salsogne_3

Maintenant, il faut se mettre en forme ! Un petit échauffement est nécessaire avant de passer à des choses plus sérieuses.

Ciry_Salsogne_4

Exercice d’équilibre…

Ciry_Salsogne_5

Encore plus fort, plus difficile et plus osé ! Pour complexifier l’exercice, la chaise est posée sur quatre bouteilles de vin !  Attention à ne pas tomber, il faut rester très concentré pour ne pas perdre sa stabilité !  

Le soldat qui se trouve juste un peu en arrière de l’artiste a adopté une attitude très décontractée. Mais ce n’est sûrement qu’une apparence, il est certainement là pour intervenir rapidement en cas de problème.

Assurément un peu gênés par « le protecteur du tatoué », les hommes qui se trouvent sur la partie gauche de l’image se sont tous inclinés pour mieux observer l’exploit réalisé par l’équilibriste. Ils ne veulent pas perdre une miette du spectacle !

Ciry_Salsogne_6

Comme à la fête foraine, le « colosse » du 149e R.I. a certainement proposé un défi à la cantonade pour mieux prouver sa force. Un autre homme du régiment a accepté de se mesurer à lui. Il se lance dans un combat à la régulière pour essayer de vaincre « le tatoué ».

Les spectateurs se prennent au jeu, certains « gueulent à tue-tête »  pour encourager leur favori. La lutte est acharnée… Le règlement doit être respecté à la lettre pour le que combat ne dérape pas. Pour assumer cette lourde charge, l’arbitrage a été confié à la vigilance du chien « Papillon », mascotte de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. et qui est en train de vérifier si les deux épaules du « tatoué » touchent le sol, ce qui serait cause de défaite pour lui !

Ciry_Salsogne_7

Revirement de situation, le tatoué a réussi à se sortir d’une position délicate ! Les deux épaules de son adversaire touchent le sol. Le combat touche à sa fin.

Peut-être un dernier regard sur la photographie de l’homme utilisée sur le montage initial. Il est essentiel pour moi de finir sur le visage et sur les tatouages de cet homme qui restent peu visibles sur l’ensemble des clichés. Voici deux photographies qui nous le montrent de plus près.

Ciry_Salsogne_8

Ciry_Salsogne_9

Il est bien regrettable de ne pas connaître le nom de ce soldat du 149e R.I., ce qui aurait pu permettre d’en savoir un peu plus sur lui et surtout de découvrir sa profession…

Le chien Papillon est évoqué dans un autre article qui est consultable sur le blog du 149e R.I.. Pour y avoir accès, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Chien_1

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à D. Guénaff et à « Pouldhu » un intervenant du « forum pages 14-18 ».

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19 février 2016

Un p’tit coin de paradis pour les gars de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. !

Montgobert

Les hommes de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. se sont installés au château de Montgobert à la fin du printemps de l’année 1917 (la datation n'est pas plus précise, faute d'indication sur les clichés ou dans d’autres sources). Ce domaine, qui est situé au sud d’Ambleny, est placé en lisière des hautes futaies de la forêt de Retz. À l'occasion d'un moment de détente, un groupe de camarades prendra la pause à plusieurs reprises au cours d'une partie de pêche.

Carte_Soissons_Montgobert

Le coin est confortable, pour ne pas dire paradisiaque !  En effet, en aucun cas, l’endroit ne peut être comparé avec le secteur de première ligne ! Ici, les soldats peuvent se reposer à volonté et vaquer à leurs loisirs en toute sécurité, ce qui doit faire des envieux !

En dehors des temps d’exercices et des corvées, tout semble fait pour que ceux qui ont la chance de se trouver sur ce site puissent se détendre en oubliant les vicissitudes de la dure vie des tranchées.

 Il va sans dire que la partie noble du château de Montgobert n’est pas réservée à la troupe !  Quelques pièces sont certainement habitées par les officiers. En toute logique, les soldats occupent les dépendances. Ils peuvent également profiter du  lac qui se trouve sur la propriété de la comtesse d’Albuféra.

Les amateurs de pêche à la ligne vont pouvoir s’en donner à cœur joie ! Mais il faut, pour commencer, choisir les solides branches qui vont servir à confectionner les gaules.

Sur le cliché suivant, nous pouvons voir un soldat de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. qui pose devant l’objectif du photographe avec sa canne artisanale.

Montgobert_1

Les hommes peuvent exercer la pêche dans les mêmes conditions que celles qui se déroulent en temps de paix. Ce qui est assez rare !

La plupart du temps, il est quasiment impossible de disposer du classique matériel de pêche nécessaire à la bonne pratique de cet art. Facilité oblige, la grenade est le plus souvent utilisée lorsque les hommes se trouvent à proximité d’une rivière ou d’un lac durant leur temps de repos. Il est évident que cette habitude très courante était évidemment interdite par le règlement !!!

Pour certains, c’est un moment exceptionnel,  les carpes sont particulièrement dodues, ce fut certainement un vrai plaisir de les capturer.

Montgobert_2

Il ne reste plus qu’à immortaliser ce moment important !  Certains se disent que ce sera peut-être la dernière occasion de pouvoir profiter d’un tel lieu de villégiature. Une poignée d’hommes du 149e R.I. tiennent fièrement en main les prises de la journée.

Montgobert_3

Les photographies sont extraites de ma collection personnelle. Chacune d’entre elles est légendée au dos : « Montgobert, les carpes de l’étang de la comtesse de Albufera».

Legende_photographies

Un grand merci à M. Bordes, à V. le Calvez et à A. Carobbi.

 

Posté par amphitrite33 à 17:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]