09 décembre 2009

Sergent Paul Monne (1891-1981).

                 Paul_Monne_

Paul est né le 13 février 1891 à Gruey-les-Surange, une petite commune vosgienne. À sa naissance, son père Jules était manœuvre et sa mère Denise Bouvinet exerçait la profession de brodeuse. 

Après avoir fait ses études à l’école communale de son village natal, puis à l’E.P.S. de Charmes, il est nommé instituteur à la verrerie de Portreux jusqu’au 30 septembre 1912. 

Paul Monne est incorporé le 12 octobre 1912 dans la 2e compagnie du 149e R.I.. Il en profite pour organiser des cours d’instruction générale aux illettrés de sa compagnie. Il suit en même temps, les cours des élèves caporaux. 

En janvier 1913, ce jeune homme effectue un stage à l’école normale de gymnastique de Joinville-le-Pont pour devenir titulaire du diplôme délivré par cette école. À la fin de ce stage, au début du mois d’avril 1913, il réintègre la 2e compagnie du 149e R.I. pour donner des leçons d’éducation physique. 

Il est nommé caporal en mai 1913, puis, il passe à la 4e compagnie du 149e R.I. avec le grade de sergent en septembre 1913. 

Durant le conflit, le sergent Monne a été blessé deux fois. La première blessure est reçue le 12 septembre 1914 dans le petit village de Souain, la seconde dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette le 9 mai 1915.

Cet homme ne retournera pas au front après cette deuxième blessure. Après avoir été soigné dans un hôpital de Rennes, il se consacre aussitôt à l’enseignement dans le lycée de cette ville durant sa convalescence Par la suite, il reprend son métier d’instituteur à l’école de Badménil-aux-Bois puis à celle de Gigney. Dans ce village Paul Monne fait la connaissance d’une institutrice, Marie Marthe Gabrielle Munier qui deviendra sa future femme. Il termine sa carrière d’enseignant à l’école de la bibliothèque d’Épinal. 

Monsieur Monne décède le 24 juin 1981 à Vandoeuvre. 

Citation obtenue : 

Citation à l’ordre du régiment n° 33 : 

« Excellent sous-officier, courageux et dévoué, blessé grièvement le 9 mai 1915, au moment où, en tête de sa section, il s’élançait à l’assaut des tranchées ennemies. Déjà blessé le 14 septembre 1914. »

Extrait certifié conforme. Aux armées, le 17 mai 1917. Le lieutenant-colonel Boigues commandant le 149e R.I.. 

Médaille militaire : Le 7 mars 1940. 

Chevalier de la Légion d’honneur : Le 21 juillet 1955. 

Chevalier du Mérite combattant. 

Officier des Palmes académiques. 

La plupart des informations concernant le sergent Paul Monne ont été données par son fils Gilbert Monne. 

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne.

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10 décembre 2009

Hémorragie garance...

                  Paul_Monne

 

Cinquante ans après les évènements le sergent Paul Monne témoigne…

 

Un très grand merci au Docteur Gilbert Monne qui m’autorise à reproduire ici les écrits de son père le sergent Paul Monne. Écrits qui parurent également dans le journal « Le Combattant Républicain Vosgien », à l’occasion du cinquantenaire des combats du mois d'août 1914.

 

Les premiers combats dans les Hautes-Vosges 
 

Wisembach, col de Sainte-Marie-aux-Mines, Renclos des Vaches.

 

                 Col_de_Sainte_Marie__Renclos_des_Vaches

  

Le samedi 8 août, dans l’après-midi, la 1ère compagnie du 31ebataillon de chasseurs à pied attaquait les Allemands au Renclos des Vaches, au-dessus de Sainte-Marie-aux-Mines, à gauche du col du même nom.

 

Les soldats allemands étaient installés dans des tranchées construites et aménagées au flanc de la montagne dans les chaumes du côté alsacien. Ils avaient profité de la période de transition  pendant laquelle les soldats français devaient rester dès la mobilisation générale, éloignés de 10 km de la frontière.

 

La mobilisation n’étant pas la guerre. En toute quiétude, les soldats allemands ont donc pu creuser et aménager les tranchées comme ils le désiraient. Bien installés, bien abrités, ils attendaient les assaillants. Leur champ de tir était excellent et les chasseurs à pied offraient une bonne cible. Aussi, dès que nos « vitriers » sortirent de la forêt pour s’élancer à l’attaque dans les chaumes, ils furent  accueillis par une violente fusillade qui en coucha un grand nombre.

Aucun chasseur ne put arriver à proximité de la tranchée. Bilan : 80 à 90 tués dont le capitaine Méry et de très nombreux blessés.Le lendemain, le 149e R.I. relève le 31e bataillon de chasseurs.

 

Dimanche 9 août 1914, le 149e R.I. était cantonné le 8 août à la croix-aux-Mines et dans les environs.

 

Le rassemblement se fit le 9 dès la  pointe du jour. À l’heure fixée, les soldats se mirent en route dans la direction de Ban-de-Laveline. La journée s’annonçait belle dans un ciel sans nuage et le soleil était déjà bien chaud, quand ils arrivèrent à Wisembach.  

 

                 Carte_4e_compagnie

 

                                      Legende_carte_4e_compagnie_

 

Plusieurs compagnies suivirent la route nationale qui conduit au col de Sainte-Marie-aux-Mines. La 4ecompagnie obliqua à gauche, traversa le village et suivit un chemin longeant le fond de la vallée, en direction de la forêt. Sur ce chemin, un chasseur à pied, blessé, se dirigeait vers Wisembach, accompagné d’un jeune garçon qui portait son fusil. Il n’adressa pas un seul mot aux soldats qu’il croisait et paraissait extrêmement fatigué et déprimé. Les soldats comprirent le soir même le pourquoi de cette attitude. Il semblait si triste et abattu.

 

La troupe était bien entendu, en tenue de campagne ; les fantassins portaient un pantalon de gros drap rouge, une grande capote de drap bleu, 120 cartouches, un sac bien garni avec un outil portatif, un bidon et un fusil.

 

 À environ 1 km du village, la 4ecompagnie quitta le chemin et obliqua à droite en direction de la forêt. À ce moment, l’ordre fut donné aux quatre sections de mettre baïonnette au canon et de faire l’ascension de la montagne en direction de la frontière. La montée fut longue, rude et pénible surtout sous un soleil ardent. Les soldats étaient exténués et s’ils avaient dû charger à la baïonnette, aucun n’aurait pu le faire.

 

                 Wisembach_2

 

 Après environ 1 h 30 à 2 heures de montée, la compagnie arriva à la frontière au but assigné et fit la sieste. La halte fut longue et par cette chaude journée, les soldats étaient heureux de se reposer, aussi presque tous se couchèrent sur le dos la tête sur le sac, qui leur servait d’oreiller. Ce lieu « le Renclos des Vaches», paraissait relativement calme. De temps en temps, cependant, des balles passaient en produisant un sifflement semblable à un petit miaulement. Dès que les soldats furent un peu remis de leur fatigue, quelques-uns se levèrent et essayèrent d’arracher les poteaux-frontière. Les sifflements devinrent plus fréquents mais n’impressionnaient nullement la troupe, car les balles passaient haut, bien au-dessus des hommes.

 

À un certain moment le commandant de Sury d’Apremont, chef du 1er bataillon, rassembla les officiers et sous-officiers de la 4ecompagnie. En utilisant au mieux le terrain, en se camouflant derrière les sapins, il les conduisit à flanc de coteau, face à celui occupé par les Allemands. Ils s’arrêtèrent et se cachèrent derrière des roches pour ne pas être vu de l’ennemi. Le commandant montra les tranchées occupées par les troupes allemandes, ainsi que les silhouettes en bois placées en avant, comme on se trouvait au champ de tir. De nouveau des balles passèrent au-dessus d’eux en produisant leur sifflement lugubre. Après quelques instants d’observation et de sages conseils de prudence de la part du chef de bataillon, les gradés rejoignirent la compagnie en prenant les mêmes précautions qu’à l’aller.

 

À ce moment, arrivait une patrouille d’une autre compagnie du 149e R.I., dont un soldat reconnut un gradé du même village ; ils parlèrent quelques instants puis rejoignirent leur poste.Le commandant rassembla à nouveau les gradés et leur dit, en indiquant la direction : « Un peu plus loin, vous allez trouverdes rochers, plus en avant, vous verrez à votre gauche, dans les chaumes, des chasseurs à pied qui ont été tués au combat. Le premier tué que vous verrez est un capitaine. Je compte sur vous pour les venger. » Et se fut tout. Le capitaine Altairac donna des ordres au lieutenant Genevoix. Celui-ci, commandant la première section, rassembla ses hommes et leur dit : « Dans dix minutes, un quart d’heure, nous les aurons, et en avant ! » Dès que les soldats allemands les aperçurent, ils déclenchèrent une violente fusillade. Cette fois on entendait plus les miaulements des balles, mais des claquements secs qu’elles produisaient en touchant et en traversant les sapins. Contrairement à ce qu’a dit le communiqué Joffre : " Devant nos charges à la  baïonnette, les Allemands ne s’enfuyaient pas à toutes jambes."

 

Quelques instants plus tard, le lieutenant était arrêté dans sa marche en avant et demanda du renfort. La 2e section partit aussitôt, puis la 3e, puis la 4e. Elles avancèrent par bonds successifs. Quand les soldats virent en passant sur leur gauche, les corps des chasseurs à pied tués, dispersés sur les chaumes, couchés la face contre terre, ils en furent très bouleversés.La fusillade devint de plus en plus vive et malgré cela, les sections avançaient toujours par petits bonds. À certain moment, au loin, une patrouille allemande se retira  et c’est alors que les Français redoublèrent d’activité par un feu bien nourri. Les allemands de leur côté, tiraient sans arrêt, aussi ce fut une terrible fusillade.

 

Comme le 31e bataillon de chasseurs à pied  la veille, la 4e compagnie du 149e R.I. s’était engagée dans la même souricière , prise sous les feux venant des trois directions, de l’avant, de la gauche et de la droite. Les soldats allemands, bien abrités dans leurs tranchées, avaient un champ de tir étendu et abattaient comme ils voulaient les pauvres pantalons rouges qui se trouvaient en rase campagne en terrain découvert sans le moindre abri.

 

La fusillade fut toujours très vive et ne ralentit pas un seul instant. Les pertes devenant de plus en plus lourdes, la compagnie dut stopper.

À ce moment un Saint-Cyrien donna l’ordre au sergent de la 4e section d’attaquer la tranchée allemande. Il devait s’élancer vers les chaumes, dans la direction indiquée.Ce sous-officier rassembla ses hommes, leur donna des ordres et leur dit : «  En avant ! suivez-moi ! » Le tir des fusils et des mitrailleuses devint plus violent. Après avoir fait un bond d’une vingtaine de mètres environ, ce gradé se coucha, se retourna pour voir arriver ses soldats. Aucun ne put le suivre. Il les vit debout, puis tomber atteints par les balles ennemies et les entendit appeler « maman, maman ». Que de cris, que d’appels désespérés lancés par les blessés ! Après cet essai de sortie, la fusillade crépitait encore avec plus d’intensité.

Ce sergent se trouva alors seul sur les chaumes, pas très loin de la tranchée allemande, n’osant bouger, craignant que l’ennemi ne tire sur lui. D’autre part,  il ne voulait pas rester à proximité de la tranchée, craignant d’être fait prisonnier. Il désirait rejoindre sa compagnie et ses camarades de combat.

Après quelques minutes de réflexions, il se déplaça en rampant. Il s’arrêta, puis de nouveau, avança  jusqu’au moment où, arrivé à proximité de la forêt, et malgré l’intensité du tir, il se mit debout, courut à toutes jambes et retrouva sa compagnie. Il n’avait pas été blessé et n’avait pas reçu la moindre égratignure. Mais que cet isolement lui parut long au milieu d’une fusillade aussi intense. Les quatre sections étaient stoppées et ne cherchaient plus à avancer car toutes avaient subi de lourdes pertes.

 

Le capitaine demanda du renfort. Les soldats qui sont venus pour dégager la compagnie se trouvèrent en pleine bataille ; ignorant, par manque de liaison que des soldats français se trouvaient en avant, ils ouvrirent le feu.

 

C’est alors que ceux de la 4ereçurent des balles de tous côtés, aussi bien de l’avant que de l’arrière et eurent des tués et des blessés par les balles françaises. Les chefs de section criaient de toutes leurs forces au capitaine qui se trouvait un peu en arrière avec ses agents de liaison : « Mais ne tirez donc pas sur nous ! » Après bien des efforts, la compagnie fut tout de même remplacée par une autre. Les rescapés purent alors se retirer en arrière sur le flanc de la montagne, à l’abri des balles, car la fusillade ne ralentissait pas. Il était peut-être 15 h 00, 16 h 00, aucune personne ne pensait au repas de midi, personne n’avait faim. Quand toutes les sections furent arrivées, le capitaine fit faire l’appel. Tous les présents constatèrent alors qu’il y avait de nombreux manquants, morts et blessés.

 

Le lieutenant Genevoix était blessé, ainsi que le Saint-Cyrien, plusieurs sous-officiers, les deux frères Daval, du Val-d’Ajol, tués, etc.

La fusillade était toujours très vive dans la direction des rochers. Aussi, après une bonne sieste, le capitaine reçut l’ordre de retourner au combat.

Les survivants de la compagnie furent placés en tirailleurs sur l’ancienne frontière, face à Sainte-Marie-aux-Mines.

 

Le commandant du bataillon, malgré l’intense fusillade, circulait debout auprès des soldats comme à la manœuvre. Le pauvre ne circula pas longtemps. Il reçut une balle au ventre et fut hospitalisé à Saint-Dié où il mourut, le lendemain 10 août.

 

La fusillade était toujours très vive, et la troupe était stationnaire, elle n’avançait plus et ne reculait plus. A un moment, où les soldats s’y attendaient le moins, ils entendirent les clairons allemands sonner la charge (ce sont les soldats alsaciens qui servaient dans l’armée française qui firent connaître la signification de cette sonnerie).

 

                  Photo_Marius_Dubiez_1914

 

Sans recevoir d’ordre les français tirèrent avec plus de rapidité, les mitrailleuses entrèrent en action et la fusillade avait atteint une telle intensité que les Allemands ne purent arriverjusqu’à nous et se retirèrent après avoir eux aussi subi de lourdes pertes. Ceci se passait déjà tard dans la soirée. Le capitaine fit déposer les sacs pour contre-attaquer.

 

Les clairons français sonnèrent le rassemblement puis la charge. Avec le tir des fusils et le tac-tac des mitrailleuses on entendait à peine les commandements. Les soldats des différentes compagnies étaient mélangés et beaucoup étaient complètement affolés, perdus et tiraient dans toutes les directions, aussi bien du côté ennemi que dans la direction des troupes françaises.

 

Les gradés furent obligés d’intervenir auprès des soldats, pour leur crier de tirer dans la direction de l’ennemi. Certains ne réagissaient pas et n’avaient pas l’air de comprendre.

À un moment donné, la situation fut critique ; heureusement que la nuit approchait. Le colonel Menvielle, commandant le régiment craignant sans doute une nouvelle charge de l’infanterie allemande, fit former le carré sautour du drapeau. Il fit sonner « Au drapeau » puis le rassemblement pour rappelerles égarés. Après cette formation en carré, la nuit vint et comme s’il y avait eu une entente avec les Allemands, la fusillade cessa brusquement.

Nous étions restés sur l’ancienne frontière, à l’endroit même où nous arrivions le matin. Chacun chercha son sac, mais comme il faisait nuit, personne ne put le trouver. Le combat ayant cessé, les soldats cherchèrent à redescendre vers Wisembach, mais comme il faisait nuit, il était impossible de faire un pas sans toucher un blessé qui criait de douleur ou un mort qui nous faisait tomber.

                 Wisembach_1

Beaucoup essayèrent de secourir des blessés, mais sans brancard, il fut impossible d’en transporter. Quel massacre ! Que de tués et de blessés ! Les pertes furent énormes et très supérieures à celle des chasseurs à pied ; on parlait de plusieurs centaines de tués. Pendant toute la nuit, les combattants errèrent dans la montagne, à la recherche du village de Wisembach. Ils craignaient de se tromper de direction et de descendre vers le versant alsacien pour être surpris par les Allemands.

Le lundi 10 août, les survivants se retrouvèrent à Wisembach. Ils parlèrent entre eux de ce qui s’était passé la veille et tous étaient stupéfaits d’avoir vécu une journée aussi terrible et de se retrouver vivants. « C’est cela la guerre ? S’il y a autant de pertes dans les prochains combats, la guerre ne durera pas longtemps. C’est impensable qu’il y ait eu autant de tués et de blessés ! Quelle journée et quel massacre ! »

 

Au cours de la matinée, le général Dubail est venu saluer le 149e R.I.et le féliciter pour son attitude courageuse au combat lors de son baptême du feu.

Comme le chasseur à pied blessé l’avant-veille, rencontré près du village, les rescapés de cette bataille étaient bien déprimés. Ils restèrent là quelques jours avant de partir vers Lubine, le col d’Urbès, le Climont, vers de nouveaux combats.

 

Bataille de Saint-Blaise.

 

                  Groupe_149e_R

 

Le 14 août 1914, le 149eR.I. venant de Provenchères-sur-Fave se dirigea sur Saales. Au cours de la traversée de cette ville, il fut très applaudi par la population qui avait abondamment pavoisé de drapeaux tricolores (Saales était avant 1870 un chef-lieu de canton du département des Vosges. Il a été annexé à l’Allemagne au traité de Francfort). La troupe suivit la route nationale en direction de Schirmeck.

 

Après avoir parcouru plusieurs kilomètres, le 2e bataillon changea de direction et obliqua à droite. La 4e compagnie qui marchait en tête du 1erbataillon, suivit la route nationale.

À un certain moment, le général Pillot qui se tenait debout sur le côté de la route, donna l’ordre aux soldats de s’arrêter. Il les fit descendre dans le fossé en leur demandant de s’appuyer contre le talus qui était d’ailleurs très haut à cet endroit. Tous se posèrent la question. Pourquoi cet arrêt ? Cette halte ? Après une demi-heure, trois quarts d’heure d’attente, des obus de gros calibre passèrent au-dessus d’eux en produisant un sifflement grave et saccadé pour allertomber beaucoup plus loin, à plusieurs kilomètres vers Plaine.

Parallèlement au 149e R.I., le 109eR.I. descendait la vallée de la Bruche, mais sur la rive gauche. La journée était ensoleillée, aussi l’artillerie allemande placée sur les hauteurs des environs de Saint-Blaise en direction de Saales à Diespach exactement, l’aperçut et ouvrit aussitôt le feu.

 

Les obus de 77 éclatèrent juste au-dessus des soldats du 109eR.I., mais à une grande hauteur, ce qui rendait les fusants moins meurtriers. C’est la première fois que nous entendions le canon, et apercevions dans le ciel des petits nuages blancs, ronds, produit par l’éclatement des obus. Néanmoins, beaucoup de soldats tombèrent et les pantalons rouges s’apercevaient de loin.

 

Les soldats de la 4e compagnie observaient ce qui se passait sans pouvoir porter le moindre secours.

 

L’artillerie française à son tour riposta et ouvrit le feu. Les soldats du 109eR.I. couchés que l’on croyait ou blessés ou tués, commencèrent à se relever l’un après l’autre, si bien qu’au bout de quelques instants on n’en apercevait plus sur le sol, ce qui laissa supposer que les pertes furent minimes. L’artillerie allemande ayant repéré une batterie de 75 vers Plaine, la bombarda et la mit hors de combat ce qui nous causa une grande émotion.

 

Plus tard, les autres batteries françaises placées dans les environs ouvrirent de nouveau le feu avec tir rapide qui dura peut-être une demi-heure. Nous avons appris le lendemain qu’elles avaient repéré les batteries allemandes et les avaient mis hors de combat. Le général Pillot, ayant jugé d’après les renseignements recueillis par l’état major que nous pouvions poursuivre notre marche en avant sans risque d’être bombardé, fit avancer la compagnie.

 

Le capitaine Altairac en tête suivit la route nationale, puis pénétra dans une forêt à droite de la route et fit faire la sieste aux hommes. Un capitaine d’artillerie arriva et lia conversation avec le capitaine Altairac. L’exécution de l’ordre se fit exactement comme il avait été prévu. Les hommes de la patrouille avancèrent par signaux du chef de section. Ils se seraient cru en manœuvre et non à la guerre, car ils ne reçurent pas un seul coup de feu. Les officiers la suivaient à la jumelle. Au bout d’un certain temps, tous les soldats arrivèrent à quelques mètres du taillis. Ce fut le moment pathétique.

 

Qu’allait-il arriver ? Le chef de section cria « Debout ! En avant à la baïonnette ! » Tous pénétrèrent et constatèrent qu’il n’y avait pas d’Allemands. Quelle chance et quel soulagement ! Sa mission terminée, la patrouille rejoignit le capitaine et la compagnie.

 

Dans la direction de Saint-Blaise la fusillade était très vive. Après quelques moments de repos, le capitaine indiqua que nous devions nous rendre dans la direction d’un petit bois de jeunes sapins qui se trouvait sur l’autre rive de la Bruche. Après avoir reconnu l’endroit où nous devions nous rendre, la troupe traversa la route nationale, les prairies et traversèrent la Bruche à gué avec environ 60 cm d’eau, puis peu après arrivèrent au bosquet de sapins où la fusillade était très intense.

 

La 4ecompagnie arriva juste après le commandant Tabouis, chef du 1er bataillon de chasseurs à pied. Il était couché, appuyé sur le côté, et abrité contre le talus, derrière les sapins avec les agents de liaison parmi lesquels se trouvait un nommé Launois de Senones, classe 1910, qui avait accompli son service militaire à la 4e compagnie du 149eR.I.. Le commandant Tabouis, devenu plus tard général, nous recommanda à tous de nous coucher, de nous abriter et surtout de ne pas chercher à avancer « Restez là et attendez », ajouta t-il.

 

La fusillade était toujours très vive et comme au   Renclos des Vaches et à Sainte-Marie-aux-Mines, les balles claquèrent en touchant et en pénétrant dans les sapins. Au moment donné, un agent de liaison vint trouverle commandant et lui dit : « Mon commandant, les Allemands se rendent. Ils ont placé des drapeaux blancs aux fenêtres des maisons. Dès que les chasseurs s’approchent pour les capturer une mitrailleuse placée dans le cloche rentre en action ». Le commandant le remercia et ne dit plus rien. Il communiqua certainement ces renseignements à l’état major et l’ordre fut donné à l’artillerie d’intervenir. C’est alors que les 75 tirèrent sur le clocher et la mitrailleuse fut bientôt hors de combat.

 

Cette fois la troupe put avancer et capturer 1800 à 2000 prisonniers. Ils furent gardés par les chasseurs à pied.

 

Comme il commençait à faire nuit, la 4ecompagnie avait comme cantonnement une usine de textile, et les soldats couchèrent sur les balles de coton déliées.

 

Le 15 août, dès la pointe du jour les soldats sortirent de leur dortoir passager, avec des capotes parsemées de coton. Que de mal ils eurent pour l’enlever. Les soldats avançaient lentement et s’arrêtaient fréquemment, il ne fallait progresser que prudemment pour éviter des attaques surprises. Malgré l’heure matinale, le soleil était déjà bien chaud, et les soldats se déplaçaient bien lentement, quand arriva un arrêt prolongé. On donna ensuite l’ordre d’avancer, la marche devint normale et tous étaient surpris d’une telle accalmie.

 

Nous arrivons alors à Diespach et passons devant l’école transformée en infirmerie et occupée par des infirmiers de l’armée allemande.

 

Nous nous arrêtons longtemps pendant plusieurs heures. C’est alors que le sergent Baudoin de la 4e compagnie dit à un autre sous-officier : « Les chasseurs à pied viennent de trouver un drapeau allemand, si j’étais arrivé quelques minutes plus tôt, c’est moi qui l’aurais eu ».

 

Une patrouille du 1erbataillon de chasseurs s’assurait que les ennemis n’étaient pas cachés derrière les maisons ou dans les environs, lorsqu’une dame les appela et leur dit : « Ils (les soldats allemands) ont caché quelque-chose dans le foin ». Aussitôt ceux-ci montèrent sur le tas de foin, cherchèrent et trouvèrent le drapeau allemand.

 

Voilà les précisions exactes qui indiquent comment fut trouvé le drapeau bavarois (En fait ce drapeau n'était pas Bavarois).

 

Très probablement dans la ferme Niargoutte celle-ci portant une plaque commémorative concernant la prise de l’emblème en question.

 

Les soldats du 149e R.I. visitèrent ensuite le champ de bataille et se rendirent auprès d’une batterie dont les pièces avaient été abandonnées. Ils s’approchèrent ensuite des tranchées, mais les blessés allemands tirèrent sur eux. Les soldats se retirèrent alors et les abandonnèrent aux infirmiers allemands. Dans ces mêmes moments, un « taube» passa au-dessus d’eux mais à une très haute altitude. C’est alors que les soldats se demandèrent s’il allait laisser tomber des fléchettes qui pouvaient traverser le corps d’un homme de haut en bas. Tous avaient entendu parler des fléchettes mais tous ignoraient si celle-ci lancées par les avions français ou les avions allemands.

 

Les canons pris (une vingtaine) furent exposés le lendemain Saint-Blaise et ensuite emmenés dans la direction de Saales. Ces journées mémorables ont joué un grand rôle sur le moral de la troupe. Chaque année, les bataillons de chasseurs à pied fêtent la « prise » de ce drapeau.Cette année à l’occasion du cinquantenaire cet anniversaire sera fêté avec un éclat tout particulier paraît-il !

 

La bataille de la Chipotte.

 

La commémoration du cinquantenaire de la bataille de la Chipotte aura lieu officiellement le dimanche 30 août à 15 h 00. La préparation de cette cérémonie a déjà été ébauchée, étudiée. Certainement le comité d’organisation fera appel aux survivants de la Grande Guerre qui ont participé à cette bataille dans le même esprit que les résistants qui ont participé au 30eanniversaire de la Libération.

 

Il sera soucieux d’honorer la mémoire des disparus et de rendre un juste hommage aux combattants rescapés. Il est inutile de rappeler les péripéties de cette bataille, celles-ci ayant été développées avec précision par le colonel Leboubé. Je crois néanmoins  qu’il est nécessaire de rappeler dans quelles conditions et avec quelle endurance les troupes épuisées de fatigue ont dû lutter avec tant d’ardeur.

 

Le 21eCorps d’Armée qui comptait beaucoup de Vosgiens et de nombreux Parisiens, était de la partie. Après la bataille de Saint-Blaise-la-Roche le 14 août où les Allemands subirent une sanglante défaite, les soldats du 149e R.I. cantonnèrent à flanc de coteau dans les villages de la rive droite de la Bruche.

Après deux jours d’accalmie, le 149e R.I.quitta ce dernier cantonnement avant le lever du jour pour se rendre à proximité de Saint-Quirin en passant par Schirmeck, le col du Donon.

 

Les soldats porteurs de tout leur chargement, sac, cartouches, fusil et toujours vêtus de leur grosse capote de drap, parcoururent à pieds cette distance d’environ 65 km. Beaucoup ne purent suivre que très difficilement et arrivés en pleine nuit dans une forêt de sapins, tous se couchèrent exténués de fatigue sans manger, car le ravitaillement ne suivait pas.

 

Le lendemain matin ces soldats marchèrent vers Saint-Quirin puis vers Abreschviller. Dès que le soleil apparut, la première compagnie partit faire toilette dans la Sarre, la deuxième prit ensuite sa place, puis la troisième. Les hommes de cette compagnie étaient à peine déshabillés qu’un ordre arriva demandant de se tenir prêt à combattre car les Allemands avançaient.

 

L’artillerie se mit alors en batterie et la 4e compagnie du 149eR.I. fut placée comme soutien d’artillerie à 200 – 250 m des pièces et dans leur prolongement. Les 75 tirèrent, puis les 77 allemands ripostèrent, les fantassins se trouvèrent alors entre deux feux. Une saucisse d’observation fit son apparition à droite de Sarrebourg et le duel d’artillerie devint alors plus violent.

 

À un certain moment, la fusillade crépita avec intensité et ce bruit mêlé au départ et à l’éclatement d’obus produisit un grondement infernal. C’est alors qu’un officier, sabre au clair fit  sonner la charge à ses clairons et nous entraîna avec lui à l’assaut de la colline. Arrivés en haut, le capitaine commanda un feu de salve. Par manque de liaison nos balles allaient frapper les soldats français de l’infanterie coloniale. Aussi, après avoir tiré 3 cartouches le capitaine ordonna le « Cessez le feu ».

Au cours de cette charge et du combat qui suivit, il y eut de nombreux tués et blessés dont de nombreux spinaliens. Quelques-uns furent même prisonniers car il fallut ensuite battre en retraite en combattant à travers la forêt même la nuit et sans ravitaillement. Le sac et l’armement étaient bien lourds, aussi tous les soldats étaient extrêmement fatigués puisqu’ils n’avaient pas de repos. Ils marchaient comme des automates dans une direction imprécise un peu à l’aventure. La troupe passa à Saussenrupt, près de Cirey, Val-et-Chatillon, Raon-l’Etape, Etival et le 23 août arriva au col de la Chipotte toujours en combattant.

Après un arrêt assez long, une patrouille se dirigea sur le chemin de Thiaville, fouilla une ferme et fit prisonnier un médecin major allemand. Celui-ci fut ramené au col pour être conduit à l’état-major. Il parlait un français très correct avec les capitaines Altairac de la 4e compagnie et Crepet de la 2e compagnie.

Le 1er bataillon s’installa au col et y passa la nuit. Le matin du 24 août, dès la pointe du jour, la 4e compagnie reprit la direction de Thiaville et suivit le chemin utilisé la veille. Le capitaine installa la grande garde et envoya une dizaine de soldats commandés par un sous-officier en petit poste plus en avant avec défense de livrer combat. Dès l’arrivée de la patrouille allemande le petit poste devait se retirer sur la grande garde. Des habitants de Ménil fuyaient en direction des troupes allemandes malgré les conseils donnés par le chef du petit poste.

Un chasseur à cheval du 4e régiment vint jusqu’à nous, puis repartit au galop en direction du col sans avoir voulu s’engager plus en avant.

La patrouille allemande fut aperçue par une de nos sentinelles qui malgré l’ordre tira sur elle. Aussitôt la fusillade s’étendit partout et la bataille commença.

Le chef de poste de la 4e compagnie rassembla ses hommes pour rejoindre le capitaine et la grande garde mais ne trouva plus personne. C’est alors qu’après bien des péripéties, qu’après bien des heurts, les soldats arrivèrent à rejoindre leurs camarades de combat et purent alors à plusieurs reprises attaquer les Allemands à la baïonnette.

Il fallait les voir ces soldats s’élancer courageusement à l’attaque malgré les grandes fatigues des journées précédentes et réussir d’arrêter l’avance ennemie. Ce courage exemplaire méritait d’être rappelé et signalé aux jeunes générations et j’ajouterai que ces braves soldats n’ont pas obtenu de citation ni de décoration pour leur magnifique attitude au feu.

Le 21eC.A. remplacé par un autre corps d’armée fut dirigé vers le camp de Mailly pour participer à la bataille de la Marne. Les fantassins de la Chipotte ont dû à nouveau effectuer de longues et pénibles marches de jour et de nuit et livrer de durs combats.

C’est pourquoi comme je le proposais au début de ce récit par reconnaissance, les rescapés de cette bataille de col de la Chipotte devraient avoir une plaque d’honneur au cimetière, même ce jour là, 30 août et proposer un ruban tricolore épinglé à leur boutonnière pour les distinguer. Ils devraient être présents le 30 août comme les résistants sont présents à la fête commémorative des combats des maquis. Le conseil général ayant voté des crédits pour commémorer dignement ce cinquantième anniversaire, il faut espérer que le comité d’organisation pourra mettre gratuitement un car à la disposition des survivants qui désirent assister à la cérémonie de la Chipotte le 30 août 1964.

 P. Monne

Ancien combattant à la Chipotte.

Sergent.

Chef de section, 4e compagnie du 149e R.I..

Président de la fédération des Vosges des combattants républicains, vice-président de l’U.F.A.C..

 

 

Un très grand merci à  G. Monne et à P. Blateyron.

 

Référence bibliographique :

"La guerre 1914-1918 à l'est de Saint-Dié" de Jean Foussereau, Janine Foussereau et Jean-Paul Baradel aux éditions Jérôme Do Bentzinger Editeur. 2007.

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17 novembre 2010

En route pour Souain avec la 4e compagnie...

                 Montage_Paul_Monne__Souain_


De nouveau un très grand merci au docteur Gilbert Monne pour son autorisation de publier sur le blog du 149eR.I. ce texte inédit qui a été écrit par son père, le sergent Paul Monne.

À la fin du mois d’août 1914 (je ne me rappelle plus la date exacte) après la victorieuse bataille au col de la Chipotte, la 4ecompagnie du 149e R.I. se regroupera à Saint-Benoît (Vosges).

Nous y sommes restés un jour et une nuit. Le lendemain, nous partions vers Rambervillers. Tout le long du parcours, nous avons rencontré beaucoup d’autres soldats du 21e C.A. qui allaient, eux aussi, dans la même direction. Ils étaient également très nombreux dans la campagne et marchaient à travers champs et prairies.

Dès notre arrivée à Rambervillers, nous avons occupé, le parc du château Sainte-Lucie qui se trouve sur la route de Roville-aux-Chênes. Nous avions l’ordre de surveiller dans la direction de Baccarat et de creuser des tranchées le long du pourtour du parc. Après un séjour de plusieurs jours assez calme d’ailleurs puisqu’il est seulement tombé quelques obus allemands sur la ville, nous étions relevés.

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                 Carte_Saint_Beno_t_Saint_Gorgon

 

Nous avons changé de cantonnement, mais en restant à Rambervillers. Dès notre arrivée, nous accueillions un important renfort de soldats. Ils venaient combler les vides causés par les lourdes pertes subies depuis le violent combat d’Abreschviller. Dans le même temps, nous avons reçu un très important ravitaillement alimentaire, car les réserves étaient épuisées.Le capitaine Altairac m’a remis un bon pour réquisitionner du vin chez un grossiste. Si mes souvenirs sont exacts, ce commerçant se trouvait sur la rue de la gare et se nommait Grandcolas. Tout ce ravitaillement fut très bien accueilli et le quart de vin très apprécié par tous les soldats.

Après un repos de quelques jours, nous sommes partis à Saint-Gorgon où nous sommes restés seulement un jour et une nuit. 

Le lendemain matin, de très bonne heure, nous reprenions la direction d’Épinal. Nous nous sommes arrêtés à Girecourt-sur-Durbion où nous avons cantonné. La compagnie a couché sur de la paille, dans une grange d’agriculteur, le capitaine Altairac avec ses soldats. Par crainte d’alerte, il était expressément défendu d’enlever ses chaussures. Nous ignorions ce qui se passait et nous nous demandions où on nous conduisait.

Le lendemain, dès l’aube, nous nous dirigions vers Aydoilles, puis Deyvillers, Jeuxey, Saut-le-Cerf, Golbey et enfin la gare de Darnieulles, terme de notre voyage à pied. Que de souvenirs nous rappelaient ces villages traversés. Les ponts du canal et de la Moselle où nous étions venus si souvent faire la corvée de lavage en temps de paix. Aussitôt, les soldats occupèrent le terrain qui se trouvait à proximité et y restèrent toute la journée se reposant sous le soleil bienfaisant. (A suivre…)

 

Un grand merci  à M. Bordes, à G. Monne et à M. Masson. 

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01 décembre 2010

Une escapade de Darnieulliens.

                  Personnel_gare_de_Darnieulles

De nouveau un  très grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage de Paul Monne intitulé « En route pour Souain avec la 4e compagnie. »

                  De_Aydoilles___Darnieulles

Des civils, ayant appris à la suite d’indiscrétions que le 149eR.I. venait à Darnieulles, pour embarquer et partir vers une direction inconnue, étaient venus voir les leurs, parents ou amis. Certains étaient même venus de Passavant (70). Beaucoup furent très déçus et bien désolés de ne pas trouver ceux qu’ils espéraient voir. Leur absence laissait supposer qu’ils avaient été faits prisonniers ou tués au cours des violents combats qui avaient eu lieu dès le début du mois d’août.

Les soldats attendirent donc patiemment, ignorant la destination qu’on allait leur faire prendre. Quelques-uns de Darnieulles, malgré la surveillance exercée par les sentinelles réussirent à aller voir leur famille.

Gare_Darnieulles_UxegneyA la fin de la journée et un peu avant la nuit, une locomotive toute fumante, tirant de nombreux wagons de marchandises arriva en gare et s’arrêta au signal du chef de gare.  

Aussitôt les officiers rassemblèrent leur compagnie et les chefs de sections en tête de la leur faisaient monter leurs hommes dans les wagons qui leur étaient désignés.

Sur ces wagons, il y avait les inscriptions : 40 hommes, 8 chevaux. Il n’y avait aucune aisance, pas de bancs pour s’asseoir. Les soldats furent entassés, assis sur le plancher, serrés les uns contre les autres comme des harengs.

Au bout d’un long moment, quand tous furent installés le train démarra et roula directement vers le lieu qui lui avait été fixé. Il ne s’arrêtait pas dans les gares. Celles-ci d’ailleurs n’avaient qu’une petite lumière, les carreaux avaient été peints de peinture bleue très légère.

Après un long moment pourtant il s’arrêta en rase campagne. Aussitôt les soldats cherchèrent à savoir où ils se trouvaient. Il faisait nuit, on ne voyait rien, pas même un petit point lumineux. C’était l’obscurité complète. On n’entendait pas le moindre bruit. C’était un grand silence. Quelques soldats profitèrent de cet arrêt pour satisfaire un besoin naturel, mais en ayant soin de rester sur le marchepied du wagon de crainte que le train ne se remette en marche et ne les laisse en ce lieu inconnu. Que cette nuit parut longue ! Comme je le dis plus haut, tous appuyés les uns contre les autres, si inconfortablement qu’il était impossible de dormir, ils sommeillaient un peu de temps à autre et c’était tout le repos qu’ils avaient.

Après avoir roulé longtemps, l’obscurité de la nuit fit place au jour naissant. Le train s’arrêta alors en rase campagne. Aussitôt les soldats cherchèrent à connaître le nom du pays qu’on apercevait. L’arrêt se prolongea, et quelques soldats osèrent descendre pour se dégourdir les jambes. Les officiers descendirent également. Et avec un peu de surprise, après environ une demi-heure d’arrêt, l’ordre fut donné de descendre du train et de se regrouper par section. On nous précisa que nous allions cantonner dans le bourg que nous apercevions et qui s’appelle Montdier-en-Der. (A suivre...)

 

Un grand merci à M. Bordes, à R. Neff et à G. Monne.

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10 décembre 2010

Marches de nuit.

                  Le_barbier

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Une escapade de Darnieulliens. » 

 

Dès que les sections furent prêtes, la compagnie se rendit vers ce bourg important. Elle occupa le cantonnement qui lui avait été préparé puis se reposa. La population vint causer avec les soldats. Les habitants posaient de nombreuses questions : De quelle région venez-vous ? Où avez-vous combattu ? Les combats avaient-ils été meurtriers ? A présent où allez-vous ? Naturellement nous ne le savions pas. Le lendemain fut utilisé pour les soins corporels, car tous nous avions grand besoin de nous nettoyer. Nous étions méconnaissables avec notre grande barbe hirsute qui n’avait pas été rasée depuis longtemps. Les rasoirs placés dans le sac de chacun ont été perdus lorsque nous les avons déposés pour charger à la baïonnette. 

 

 

                                       Montier_en_Der__1_

 

Le jour suivant, toujours sous un très chaud soleil, les soldats partirent dans la campagne faire de l’exercice comme ils le faisaient lorsqu’ils étaient à la caserne. Déplacement en tirailleurs, avancer par bonds, se coucher, se relever. Ces exercices ne plaisaient guère à ceux qui les avaient exécutés au cours de la campagne, sous les tirs des fusils, des mitrailleuses et même de l’artillerie ennemie. Ils connaissaient aussi les mesures de prudence à utiliser. Tous furent déçus de faire ces exercices. La journée terminée, les soldats rejoignirent leur cantonnement et prirent le repas du soir. Vers 17 h 00, le capitaine fit venir les chefs de section et leur dit : « Je viens de recevoir l’ordre de rassembler la compagnie et de la tenir prête pour 19 h 00. Il faut que vos hommes soient prêts à partir. » 

Les chefs de section prévinrent aussitôt les soldats de préparer leur sac et leur demandèrent d’être prêts pour l’heure fixée.

Tous, très fatigués par les exercices, furent surpris de ce départ précipité et avant la nuit. Beaucoup espéraient se reposer après les exercices exécutés au cours de la matinée.

Le régiment se déplaçait surtout la nuit pour que les colonnes de soldats ne puissent être vues, évitant d’être attaquées par les avions qui n’étaient pourtant pas nombreux à cette époque. A l’heure prescrite, les hommes furent rassemblés dans leur section et la 4e compagnie partit après s’être placée derrière la 2e compagnie.

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                 De_Saint_L_ger_sous_Margerie___la_ferme_d_Orgeval
 

Nous quittions Montier-en-Der pour traverser la Champagne. La nuit ne tarda pas à venir. Au cours de ce déplacement un grand silence régnait et on entendait seulement le bruit des pas produit par les chaussures cloutées qui crissaient sur les cailloux de la chaussée. De temps à autre, nous voyions quelques maisons en bordure de la route, mais nous n’apercevions pas la moindre lumière. Toute la nuit nous avons marché comme des automates pendant 2 où 3 jours. A un moment, au lever du jour, nous avancions en suivant un chemin qui passe au milieu des champs. Nous nous sommes arrêtés à un endroit où sont déposés des tas de cailloux que nous avons utilisés pour nous asseoir. (A suivre...)

 

Références bibliographiques :

Le J.M.O. de la 85e brigade  Série 26 N 520/9 a été utilisé pour la construction de la carte.

La photo illustrant le montage intitulé « Le barbier » provient de ma collection personnelle. Elle est postérieure à septembre 1914.

Site « les Français à Verdun 1916. »

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Un grand merci à M. Bordes, à C. Fombaron, à J. Huret et à G. Monne. 

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23 décembre 2010

Une "volée de bois vert" sur la 4e compagnie.

                  Une_vol_e_de_bois_vert

 

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Marches de nuit ».

 

Après plusieurs heures de marche et de nombreux arrêts, nos regards se dirigèrent dans le ciel vers l’est. C’est alors que nous aperçûmes des boules de fumée blanche ressemblant à de petits nuages blancs, à une cinquantaine de mètres de haut. Nous avons reconnu ces boules nuageuses lorsque les 77 allemands éclatèrent. 

Ceux-ci montraient que nous nous rapprochions des troupes allemandes et que bientôt le combat allait reprendre.

L’ordre fut alors donné à la troupe d’avancer le long des bosquets de pins et même de passer à l’intérieur afin d’éviter d’être aperçue de l’ennemi. Pour pénétrer dans ces sapinières nous passions entre les arbustes très serrés, nous les écartions avec nos épaules et notre sac à dos, ces pins très flexibles se courbaient sous notre pression et repartaient brusquement comme de gros ressorts en faisant tomber quantité d’aiguilles de pin dans le col de notre chemise, ce qui était très désagréable. A un moment donné, le capitaine Lescure qui surveillait la marche des soldats, exigea que nous soyons alignés à travers les pins. Cette exigence provoqua un incident entre lui et un soldat de la 2e compagnie qui éprouvait bien des difficultés pour circuler à travers ces bosquets, comme tous les autres soldats d’ailleurs. Après avoir cheminé ainsi pendant quelque temps, il y eut une halte, toujours à l’abri des pins. Il faisait chaud et nous avions tous soif. Les soldats furent autorisés à se rendre à l’unique source qui se trouvait pas très éloignée de nous. Mais il fallait se déplacer par petit groupes dispersés. Ils purent alors se désaltérer et rapporter un peu d’eau dans leurs bidons  pour en donner aux camarades restés sur place. Après un long repos, nous avons repris la marche en avant. Nous nous arrêtions souvent. Nous ne parcourions que de petites distances car il fallait être prudents et éviter d’être vus et d’être attaqués par surprise.

  

                 De_la_ferme_d_Orgeval___la_cote_163

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De nouveau, nous entendîmes les éclatements des obus 77 allemands bien en avant de nous. Ce qui laissait prévoir des combats imminents. Le capitaine fit arrêter la compagnie, fit placer les soldats près d’un bosquet pour ne pas être vus et lut l’ordre du jour du Maréchal Joffre. Celui-ci fut écouté très attentivement et accueilli avec gravité, sans cependant trop nous émouvoir, car nous savions tous, qu’il fallait à tout prix arrêter l’envahisseur. Le capitaine Altairac dit alors « Vous connaissez à nouveau votre devoir. Je compte sur vous pour le remplir. » La compagnie se remit ensuite en marche, s’arrêtant souvent et s’abritant le long du bosquet. Nous nous rapprochions du tir effectué par les batteries allemandes. Pour éviter les pertes qui pouvaient être produites par l’artillerie, le capitaine fit placer les quatre sections en forme de losange, distantes l’une de l’autre d’une cinquantaine de mètres. La 1ère  section en tête avec le capitaine Altairac, la 2e à droite, la 3e derrière la 1ère et la 4e à gauche de la 3e. Quand elles furent en place, on leur donna l’ordre d’avancer. A peine en route, le capitaine Lescure à cheval, vint  près de moi et me demanda ce que je faisais là ! Je lui répondis : «  J’exécute les ordres de mon capitaine. » C’est alors que le capitaine Lescure, furieux, je ne sais pas pourquoi, prononça des menaces contre la 4ecompagnie, les gradés et les soldats. Il dit «  Compagnie de c…, compagnie de m…, vous y passerez tous nom de dieu. » Et aussitôt, il partit au galop de son cheval vers le capitaine Altairac. Une vive altercation se produisit entre les deux officiers. Ensuite, la compagnie continua sa marche et la journée fut assez calme. Au bout d’un certain temps, elle s’arrêta. (A suivre…) 

 

Références bibliographiques :

Le J.M.O. de la 85e brigade  Série 26 N 520/9 a été utilisé pour la construction de la carte.

 

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair et à G. Monne.

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29 décembre 2010

Derniers souffles de vie du capitaine Lescure.

                 Colonel_Menvielle

De  nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Une volée de bois vert pour la 4e compagnie ».

Le capitaine et les chefs de sections, en profitèrent pour observer ce qui se passait en avant. On entendait les obus éclater et on voyait les camions allemands qui roulaient sur la route nationale qui va de Nancy vers Paris. Pas très loin de nous, nous avions vu aussi le colonel Menvielle qui observait avec ses jumelles le mouvement des troupes allemandes. Nous étions fort déçus de ne pas entendre notre artillerie tirer sur ces camions, qui se dirigeait vers Paris sans être inquiétés, pas plus par nos canons que par nos mitrailleuses. Nous ne comprenions pas. Nous avons su plus tard que les officiers l’E.M. du C 2 d’artillerie avaient été tués à proximité d’un pont, sur lequel passait la voie ferrée qui conduisait au casernement du camp. Toute la journée, nous sommes restés dans le secteur en attendant les ordres. Le lendemain, nous nous dirigions vers le signal de Sompuis. Nous avancions lentement, prudemment et nous nous arrêtions même souvent, longeant les bosquets de pins pour ne pas être vus.

Le capitaine Lescure, cette fois à pied, vint trouver le capitaine Altairac. Ils parlèrent entre eux, étudièrent probablement la situation dans laquelle nous nous trouvions et décidèrent d’aller de l’avant. Chaque section prit la place désignée et les soldats se déployèrent en tirailleurs. Je fus surpris de voir le chef de bataillon Lescure venir se placer à ma droite et à quelques mètres de moi sur la même ligne. Il donna l’ordre d’avancer et partit en même temps que nous. Nous quittions alors le bosquet de pins derrière lequel nous étions placés pour arriver en terrain découvert.

                  Carte_journ_e_du_10_septembre_1914

 

Après avoir avancé d’une cinquantaine de mètres environ, l’artillerie allemande, qui nous a certainement aperçus tira sur nous et envoya des obus 77 fusants. Le premier éclata juste au-dessus de nous à une hauteur de 40 à 50 m et blessa grièvement le commandant. Quelques secondes après, arriva un deuxième fusant 77 qui éclatacomme le premier, juste au-dessus de nous et blessa mortellement le capitaine Lescure. Aussitôt, mes soldats se couchèrent sur le sol et reculèrent en rampant pour s’abriter et se cacher sous les pins où ils se trouvaient avant le départ. Les infirmiers accoururent pour panser le chef de bataillon, mais celui-ci était mort. Après l’explosion du deuxième obus, l’artillerie allemande cessa de tirer.  

Dès cette accalmie, nous avons cherché à regrouper les soldats de la compagnie, dispersés, cachés, couchés sous les pins. Nous avons trouvé plusieurs blessés dont le sergent-major Sibille, un réserviste qui avait la cuisse presque entièrement percée par une balle de shrapnel. Nous avons trouvé plusieurs tués, Vauthier de Fontenoy-le-Château, Lullier et d’autres dont je ne me rappelle plus les noms. Les infirmiers vinrent aussitôt nous aider à panser les blessures, puisque chaque soldat avait son paquet de pansement. Ceux utilisés étaient peu résistants. Ensuite, nous avons fait l’appel, section par section et aussitôt nous nous sommes mis à la recherche des absents. Après un long repos, et n’entendant plus le canon, le capitaine Altairac et le lieutenant Gérardin, décidèrent que nous allions continuer à marcher dans la direction prévue. Après cet arrêt provoqué par le tir de l’artillerie, les soldats de la compagnie avancèrent très prudemment, lentement, sans prononcer un seul mot. 

Ils s’arrêtèrent à l’endroit fixé. Les quatre sections se placèrent, la première face à l’est dans la sapinière, la deuxième face au sud, la troisième face à l’ouest et la quatrième, la mienne, face au nord-est, à la lisière du bosquet de pins. Tous les soldats étaient couchés, déployés en tirailleurs, observant bien le terrain devant eux, prêts à tirer au premier signal. Il commençait à faire nuit et le capitaine a recommandé de bien surveiller et de ne pas nous laisser surprendre par l’ennemi. Peu après, j’aperçois des ombres qui sortent d’un bosquet à quelques centaines de mètres de nous. Je préviens alors mes soldats de ne pas tirer car, je vais reconnaître quelle est cette patrouille. Je sors du bosquet et avec mes jumelles, je reconnais les chasseurs à pied. Je leur fais signe en agitant les bras. Dès qu’ils m’aperçoivent, ils viennent nous trouver et je les conduitsau capitaine. Il les interroge. Les soldats donnent des précisions, sur l’endroit où ils se trouvent, et disent qu’ils viennent se mettre en liaison avec nous. Ensuite ils vont retrouver leur bataillon. (A suivre...)

 

Sources :

Les J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 et du 158e R.I., sous-série 26 N 700/10  ont  été consultés  pour la construction de la carte.

Le portrait du colonel Menvielle provient du tableau d’honneur de la guerre 1914-1918, publié par la revue « illustration ».

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Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à G. Monne.

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12 janvier 2011

Méprise et confusion.

                  Sommesous

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Derniers souffles de vie du capitaine Lescure ». 

 

Ma section n’avait donc plus à surveiller dans cette direction, puisqu’il y avait des troupes françaises, et elle fut placée en réserve. Comme il faisait nuit, les soldats se reposèrent, se couchèrent sur les brindilles et attendirent. 

 La nuit était calme et nous n’entendions ni le canon, ni les mitrailleuses, ni les coups de fusil. Après un long repos, le capitaine donna l’ordre d’avancer vers la voie ferrée qui conduit aux bâtiments militaires du camp de Mailly. Arrivés à l’endroit désigné nous nous sommes arrêtés et nous avons écouté. C’était le grand calme. Le capitaine demanda d’envoyer une patrouille. Elle suivra la voie ferrée et trouvera un passage à niveau. Elle ira jusque- là et essaiera de traverser la voie ferrée à cet endroit, ensuite elle reviendra. Je désignai le caporal Bourdelon, un gars du midi, très débrouillard et très courageux. Il choisit ses hommes et il partit accomplir sa mission. Toute la compagnie était en file indienne sur le sentier qui suivait la voie ferrée. Nous écoutions très attentivement s’il y avait des bruits de pas et si on entendait des coups de fusils. Tout était très calme. La patrouille revint. Le caporal rendit compte de sa mission au capitaine : « Nous avons suivi la voie ferrée, nous sommes passés de l’autre côté du passage à niveau et nous n’avons rien vu, rien entendu.  

Après ces renseignements, le capitaine donna l’ordre d’avancer. Il marcha le premier, moi derrière lui et les soldats, à la file indienne sur le sentier qui se trouvait du côté gauche le long de la voie, la forêt à droite.

Après avoir marché sur une longueur de quelques centaines de mètres, nous sommes accueillis par une violente fusillade. Les coups de fusils produisaient une pétarade infernale ainsi que les flammes qui sortaient des canons des fusils  très visibles la nuit. Aussitôt, nous nous déployons en tirailleurs dans la forêt et non sur la voie ferrée et nous ripostons, nous ne pouvions pas nous dégager. Tout à coup quelqu’un à crié : «  C’est le 149e » et un autre à dit : « C’est le 158e. » Ces deux régiments formaient la même brigade. Il n’y eut heureusement pas de victimes.  Cette fusillade n’a pas été déclenchée par les Allemands comme nous l’avions cru, mais par les soldats du 158e R.I.. Cette méprise a été provoquée par manque de liaison. Le cessez-le-feu fut aussitôt arrêté. La troupe resta sur place, à proximité du passage à niveau et y passa la nuit. Celle-ci fut calme.  

                  De_la_cote_200___Sommesous

 

Le lendemain, 11 septembre, de très bonne heure, à l’aube nous avons repris la marche en avant. Très prudemment, nous traversons la voie ferrée au passage à niveau. Et peu après nous quittons le camp de Mailly. Nous arrivons dans la campagne sans qu’un coup de fusil ait été tiré. A notre grande surprise, nous avons appris que les Allemands étaient partis et battaient en retraite. Nous avançons vers Sommesous. Nous traversons le village et le carrefour, aujourd’hui très dangereux pour les automobilistes, ces deux routes nationales se croisent, l’un venant de Vitry-le-François-Paris, l’autre de Troyes-Châlons-sur-Marne. Il faisait très chaud, mais nous étions heureux d’apprendre que les Allemands avaient été obligés de partir, de battre en retraite. Malgré les longues marches effectuées pour se rendre au camp de Mailly, nous avancions sans sentir la fatigue. Cette retraite allemande nous a donné beaucoup de courage. Nous ne comprenions pas que les Allemands aient abandonné le camp sans combattre.

 

Sources :

Les J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 et du 158e R.I., sous-série 26 N 700/10 ont été consultés pour la construction de la carte.

 

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne. 

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19 janvier 2011

Arrivée à Suippes.

                 Suippes_carte_postale

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Méprise et confusion. »

Après Sommesous, nous nous sommes dirigés vers Fontaine-sur-Coole puis Vitry-la-Ville. A la nuit tombante, nous sommes arrivés dans la campagne et suivons un chemin très large. Nous nous arrêtons. Au bout de dix minutes à un quart d’heure, nous sommes toujours là et sans recevoir d’ordre. Je demande au capitaine se qui se passe. Il ne sait pas. Les soldats commencent à s’asseoir sur le sol, puis à se coucher par terre. Au bout de plusieurs heures, nous sommes toujours au même endroit. Enfin, nous reprenons la marche en avant sans avoir su ce qui était arrivé.

                 De_Sommesous___Vitry_la_Ville 

Ce n’est que bien longtemps après que nous avons appris que les Allemands avaient fait sauter le pont sur la Marne et le canal, que celui-ci n’étant pas réparé, nous ne pouvions avancer. C’est pour cette raison que le général Legrand, commandant le 21e C.A. d’Epinal, a été relevé de ses fonctions. Pendant ce temps, les Allemands, battant en retraite, pouvaient reculer sans que leurs De_Vitry_la_Ville___Marsonarrière-gardes soient inquiétées, poursuivies par les Français. Dès que les ponts furent reconstruits par le génie, nous avons repris notre marche en avant. Nous avons alors traversé des villages incendiés et les hautes flammes éclairaient au loin, ce qui laissait supposer que nous approchions des Allemands. Nous marchions sans arrêt, de nuit comme de jour. Après une période de beau temps, nous fûmes surpris par un violent orage. Une pluie diluvienne se mit à tomber et nous étions trempés comme des canards. Nous avancions plus difficilement, car la capote trempée était devenue bien lourde. La chemise collée sur notre dos. Arrivés dans un groupe de maisons en pleine campagne, le capitaine annonça une longue pause. C’est alors que tous logèrent dans les granges, se couchèrent sur la paille, satisfaits de se reposer, malgré l’eau des vêtements mouillés qui coulait le long des jambes.  

 

De_Marson___Bussy_le_Ch_teauLe matin, au réveil, il ne pleuvait plus. Le capitaine fit rassembler les soldats de la compagnie devant la ferme. Dès que tout le monde fut prêt, elle partit dans la direction de Suippes, en passant dans les environs de Marson et de Bussy-le-Château. Au cours de cette avance, il y eut plusieurs arrêts avec quelques fusillades et très peu de pertes. La compagnie, sous un chaud soleil, arriva à Suippes le 13 septembre dans la matinée. Elle cantonna dans les environs de la gare pas très éloignée des magasins d’alimentation. Nous avons constaté avec surprise qu’ils n’avaient pas été pillés par les Allemands. Malheureusement, il n’y avait rien à manger. C’est cela qui était l’essentiel, le plus important, nous ne pouvions ouvrir les boîtes de conserves. Un long arrêt était prévu, chaque section, chaque escouade, envoya des soldats dans le bourg, à la recherche de ravitaillement. Ils ne trouvèrent rien à manger, mais il y avait du vin dans les caves de marchands de gros. Ils en rapportèrent dans les seaux en toile que nous utilisions à cette époque. Ce vin fit bien plaisir. La journée se passa avec une sieste bien utile et un ravitaillement bien réconfortant. Un peu avant la nuit, le capitaine rassembla la compagnie et nous dit que nous allions avancer dans la direction de Souain, puis de Somme-Py. (A suivre…)

                  De_Bussy_le_Ch_teau___Suippes  

Sources :

Le J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 a été consulté pour la construction des cartes.

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne.   

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27 janvier 2011

Blessure.

                 Montage_Paul_Monne__3

 

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Arrivée à Suippes».

 

Sur la route nationale, les soldats marchaient en colonne par 4 avec la recommandation express de ne pas parler haut et surtout de ne pas fumer de cigarette, le point rouge de celle-ci étant visible de loin la nuit. La marche était lente, avec de fréquents arrêts. Quand un arrêt était brusque, les soldats se cognaient la tête contre le sac de celui qui se trouvait devant, ce qui provoquait de vives protestations. Après avoir marché pendant un moment, la troupe fut doublée par une auto éclairée avec des phares. Celle - ci remontait la colonne des soldats en marche.Je ne comprenais pas qu’on la laisse ainsi circuler, car ses lumières étaient bien plus visibles que le bout d’une cigarette allumée. J’ai appris par la suite que cette auto était celle d’un trésorier militaire allemand égaré. Il a été pris avec tout l’argent qu’il transportait et fait prisonnier. La compagnie continua d’avancer dans la plus grande obscurité, avec une accalmie relative. Nous approchions de Souain et nous commencions à descendre dans le village quand nous fûmes accueillis par une vive fusillade. Les Allemands avaient préparé une grande résistance sur la route de Somme-Py au dessus de Souain. Aussitôt, nous nous dirigeons dans la rue à notre gauche. Et que voyons-nous ? Une femme tenant à la main une lampe à pétrole allumée circulant dans la rue. Aussitôt, nous la faisons rentrer chez elle, la prévenant qu’elle devait s’abriter des balles, car elle pourrait être blessée et même tuée. Ensuite, nous pénétrons dans une grange et nous attendons les ordres. Le capitaine dit : « Nous devions aller à Somme-Py ce soir, mais les Allemands sont retranchés au-dessus du village et résistent. Nous allons attendre des ordres, des renseignements sur cette bataille. » Nous plaçons des sentinelles à l’entrée du village, près de la dernière maison et nous nous mettons en liaison avec les autres sections. La nuit ne fut troublée que par quelques coups de fusils. En plus des sentinelles, il y eut des patrouilles qui sillonnaient dans la rue entre les maisons. Dès l’aube, la fusillade fut intense. L’artillerie allemande, de différents calibres, bombarde la route que nous avions suivie pour nous rendre à Souain, ainsi que les champs où étaient cachés, camouflés, les soldats sous les javelles d’avoine. Après les éclatements des obus qui firent des blessés et des tués, tous les soldats se levèrent. Ils se secouèrent pour faire tomber les tiges d’avoine et devinrent une belle cible pour l’artillerie ennemie.

  

                 De_Suippes___Souain 

  

Au village, la situation devint critique, les balles sifflaient de tous côtés, les obus tombaient sur les maisons. Les capitaines Altairac et Gérardin m’avaient dit que les Allemands encerclaient le village. Avec ma section, je devais établir un barrage de la rue avec du matériel agricole et du fumier et dès que je les verrais arriver, je devais, avec ma section, charger à la baïonnette. Sur quoi j’ai dit : « Que pourrais-je faire avec mes 30 hommes s’ils sont des centaines à nous attaquer ? » Ne les voyant pas arriver, le capitaine me donna un nouvel ordre. Il me dit de quitter cet endroit, de conduire ma section, les soldats déployés en tirailleurs, près de la grande route, bordée de peupliers. Ce mouvement exécuté, je pris mes jumelles. Je m’abritai derrière un gros peuplier et j’observai ce qui se passait en avant. Les obus tombaient sur les arbres, brisant les branches et en éclatant produisaient un grondement infernal. Au bout d’un moment, je reçois une balle qui me traversa la cuisse droite en séton. Je prévins le capitaine. L’infirmier me fit un pansement et m’envoya au poste de secours qui m’évacua le 14 septembre 1914.

 Sources :

Le J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 a été consulté pour la construction des cartes.

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne.  

Posté par amphitrite33 à 00:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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