Marcel_Georges_Gillot

Marcel Georges Gillot est né à Varennes-sur-Amance dans le département de la Haute-Marne. Sa mère, Reine Marie Michaux a 23 ans. Elle lui donne vie le 11 novembre 1895 dans la demeure des grands-parents maternels. Le père, Jean Charles Nicolas, travaille comme cultivateur. Il est âgé de trente-deux ans.

La famille est installée dans le village natal paternel de Montlandon, situé à quelques13 km de Langres.

Marcel est l'aîné d’une fratrie de trois enfants ; son frère cadet se prénomme Maurice Étienne, sa petite sœur Charlotte Madeleine.

Il partage son temps entre l’école communale du village et le travail aux champs. Très jeune, il abandonne sa scolarité pour aller exercer le métier de cultivateur, comme tous ses ancêtres qui pratiquent cette profession depuis de nombreuses générations.

Montlandon

Sa fiche signalétique et des services nous informe qu’il possède un degré d’instruction de niveau 2. Marcel a une maîtrise imparfaite de la lecture, de l’écriture et du calcul.

Le 1er août 1914, le gouvernement français ordonne la mobilisation générale. Toutes les classes de réservistes qui sont en âge de porter l’uniforme doivent rejoindre leurs dépôts d’affectation.

Marcel Gillot n’est pas touché par ces évènements, puisqu’il fait partie de la classe 14 qui ne fut mobilisée qu’au début du mois de septembre. Il n’est toutefois pas incorporé avec les hommes de sa classe, bien qu’ayant été classé « service armé » lors de son passage au conseil de révision qui s’est réuni à la mairie de Neuilly-l'Évêque.

Faut-il y voir une erreur dans la fiche matricule ou une autre raison à son incorporation avec la classe suivante, 1915, en décembre 1914 ? (Maladie ? Sursis lié à sa profession ?). Toutefois, il porte l’uniforme lors du conseil de révision de la classe 1915.

Incorporé à compter du 19 décembre, Marcel Gillot quitte le village où il a passé sa jeunesse et tracé ses premiers sillons d’homme de la terre. Il prend ses quartiers dans une des casernes situées à Épinal, au dépôt du 170e R.I..

Caserne Contades 2

Sa formation est accélérée. Dans les hauts lieux militaires, il est maintenant estimé que quelques mois suffisent pour intégrer les rudiments du métier de soldat. En cette fin d’année 1914, la France a besoin d’hommes pour remplacer les pertes des premiers mois du conflit.  Nous sommes bien loin des trois années de vie passées sous les drapeaux, années imposées par la loi votée en 1913 sous le gouvernement Barthou.

Le 29 mars 1915, le soldat Gillot est inscrit dans les effectifs de la 27e compagnie du dépôt du 170e R.I.. Ce jour-là, le jeune fantassin prend le temps d’écrire à la famille.

« J’ai vu Paul Jannel. Il est venu me voir samedi soir. Hier, j’ai été à la messe avec trois copains de la Haute-Marne, un de Langres, un de Voisey et un de Bourbonne. On a rapporté chacun une petite branche de buis. Après la messe, on a dîné tous les quatre en ville. Nous y retournerons encore dimanche, le jour de Pâques. Nous avons tous touché chacun une paire de souliers neufs, une chemise et un caleçon et nous allons encore toucher des effets cette semaine-ci. Vous ne m’enverrez rien du tout, je n’ai besoin de rien. Ce matin, j’ai été à la visite. J’ai un abcès au pied au bas de la cheville. J’ai été reconnu trois jours exempt d’exercices et si cela ne va pas mieux, j’y retournerai jeudi.

J’ai reçu avant-hier une lettre de Paris. Ils ont reçu ma photographie. Ils partent en vacances pour quinze jours à Château-Chinon.

Quand vous écrirez, vous me direz où le cordonnier et Pierre Laurent vont en garnison.

 Je suis en bonne santé et j’espère qu’il en est de même pour vous. G. Marcel. »

Une fois ses apprentissages militaires achevés, Marcel Gillot est affecté dans un autre régiment.

Le 1er mai 1915, il quitte la caserne Contades, traverse la Moselle, pour aller s’installer à la caserne Courcy, qui héberge le 149e R.I...

Quinze jours plus tard, Marcel quitte le dépôt pour rejoindre la zone des armées. Son régiment combat dans le Pas-de-Calais depuis la fin décembre 1914. Cette unité, sous les ordres du lieutenant-colonel Gothié, est au repos lorsque ce dernier est rejoint par le renfort venu d’Épinal. Le 149e R.I. vient de passer plusieurs jours en 1ère ligne du côté de Noulette. Les pertes ont été sévères. Il faut maintenant reconstituer les compagnies avec les hommes fraîchement arrivés du dépôt. Le soldat Gillot est affecté à la 9e.

Le 26 mai 1915, Marcel envoie sa première correspondance à sa famille depuis son arrivée dans le secteur du front.

« Cher parents,

Deux mots pour vous dire que je suis en bonne santé. Nous sommes toujours au repos pour le moment. L’autre jour, j’ai vu Edmond Cornaire à Bully-Grenay. J’ai reçu le mandat-carte de 5 francs de Varennes. Depuis que je suis parti d’Épinal, je n’ai encore reçu qu’une lettre. Celle que vous m’avez envoyée avec le mandat. Quand vous écrirez, vous me direz si vous recevez les lettres et vous direz ce que vous faites. Je ne vois pas grand-chose à vous dire pour le moment. Je termine en vous envoyant bien le bonjour. G. Marcel. »

Le 4 juin 1915, il rédige un nouveau courrier à ses parents.

« Chers parents,

Je vous ai écrit hier ainsi qu’à Paris et chez mon oncle. Je vous écris seulement deux mots pour vous dire que j’ai reçu votre lettre recommandée du 1/06. Je vous remercie beaucoup. J’ai reçu les 5 francs de Varennes et le mandat de chez mon oncle, je ne l’ai pas encore reçu. C’est encore le meilleur d’envoyer en lettre recommandée.

Il y en a un de Varenne qui est à notre compagnie, le sergent Lanne. Je suis en bonne santé et j’espère qu’il en est de même pour vous. G. Marcel »

Trois jours plus tard, le soldat Gillot écrit de nouveau aux siens.

« Chers parents,

Je vous écris ces quelques lignes pour vous dire que je suis en bonne santé et j’espère que ma lettre vous trouve de même. J’ai reçu votre lettre du 2 juin hier soir, mais le mandat-carte de 1 franc que vous m’envoyez, je ne l’ai pas encore reçu. J’ai bien reçu la lettre recommandée de 10 francs. Du reste, je vous l’ai dit. J’ai reçu le mandat-carte de 10 francs de mon oncle hier soir ainsi qu’une carte de Paul Jannel. Il me dit qu’il a été versé aux chasseurs à pied. Il est au 1er bataillon.

Hier dimanche, il y a eu une messe militaire dite en plein air dans un château, par l’aumônier du 149. Il est de Neuilly-l’Évêque. J’y ai été et le soir, il y a eu un concert.

Nous sommes toujours au repos. Nous faisons quatre heures d’exercice par jour. Deux heures le matin, deux heures le soir. Bonjour à tous. G. Marcel. »

La famille Gillot

Le 9 juin 1915, il leur adresse une quatrième lettre.

« Chers parents,

 Deux mots pour vous dire que je suis en bonne santé. J’ai reçu votre mandat de 10 francs, hier soir. Je vous remercie beaucoup. Nous sommes toujours au repos et je crois que nous allons y rester encore quinze jours. Nous faisons de l’exercice. Hier soir, je suis allé à la gare, voir des canons qui sont arrivés. C’est des grosses pièces de sièges, des 270 courts.C’est des sacrés morceaux, il faut 30 chevaux pour traîner une pièce. Je ne vois plus rien à vous dire pour le moment. Bien le bonjour. G. Marcel. »

Les quinze jours de repos supplémentaires espérés par Marcel n’ont pas eu lieu. Dans la nuit du 14 au 15 juin, les 1er et 3e bataillons du 149e R.I. remontent en 1ère ligne pour relever le 281e R.I. en vue d’une nouvelle attaque. Celle-ci débute le 16 juin 1915.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

16 juin 1916

Le jeune homme de 19 ans ne répond pas à l’appel après l’engagement de sa compagnie dans cet assaut. Personne ne sait ce qu’il est advenu de lui. Il n’y a pas eu de témoins pour constater son décès. Son nom est inscrit dans la liste des disparus de l’état nominatif des pertes du 149e R.I...

Ne recevant plus de correspondance, la famille manifeste son inquiétude. Le 7 juillet, le père expédie une lettre au régiment de son fils.

« Ne recevant plus de nouvelles de Gillot Marcel, soldat au 149e R.I., 3e bataillon, 9e compagnie de la classe 1915, depuis le 10 juin, et étant très inquiet, je viens vous prier d’avoir l’amabilité de me faire donner des renseignements à son sujet.

Veuillez agréer, Monsieur, avec tous mes remerciements, l’expression de mes sentiments les meilleurs. »

Adolphe Gillot, bibliothécaire à la faculté de pharmacie de Paris, l’oncle évoqué dans les courriers de Marcel, écrit à son frère Charles.

« Cher frère,

La mairie de Bourg-la-Reine m’a communiqué ce matin, les renseignements suivants : Marcel Gillot n’a pas encore été signalé comme disparu à son corps jusqu’à présent. Par conséquent, il ne faut pas encore désespérer. Il peut se faire qu’il soit dans une ambulance sur le front, où que ses lettres soient interceptées pendant un certain temps, pour raison militaire.

En tout cas, j’écris en même temps qu’à vous, au bureau des militaires, pour demander à ce que des recherches soient faites sur le front, dans sa compagnie. J’ai prescrit de t’adresser directement les résultats, ce qui demandera bien au moins une huitaine de jours en plus.

Je vais en vacances mardi prochain à Château-Chinon. Si vous avez des nouvelles, quelles qu’elles soient, vous nous les enverrez.

D’autre part, j’avais prié le vaguemestre de sa compagnie de vous transmettre toutes les lettres adressées à Marcel, y compris les miennes, en cas de disparition.

Si vous en recevez adressées par moi, vous les garderez, sans m’en parler et vous les décachetterez.

A-t-on des nouvelles de Paul Jannel ? Étant versé dans les chasseurs, il a dû être mêlé activement à la bataille.

Il faut toujours espérer jusque plus ample information, tant que vous n’aurez pas été avisé officiellement par la mairie du décès de Marcel. Nous vous souhaitons que vous et nous, receviez bientôt une lettre de lui nous annonçant qu’il est toujours de ce monde, blessé ou non.

En attendant, nous prenons une grande part à vos légitimes angoisses et nous vous embrassons bien affectueusement. »

Le courrier envoyé par le père au 149e R.I. est renvoyé à la famille. La réponse donnée par les militaires, directement inscrite sur la lettre, laisse quelques espoirs.

« Blessé aux combats du 16 juin 1915, évacué sur une ambulance de l’arrière. Depuis cette date, aucun nouveau renseignement n’est parvenu à la compagnie. »

correspondance famille Gillot

Les mois passent, toujours aucune nouvelle de Marcel.

La famille est plongée dans le désarroi. Elle adresse plusieurs courriers aux différentes instances qui seraient susceptibles de pouvoir l’aider. 

Le palais royal de Madrid, l’agence de prisonniers de guerre « les nouvelles du soldat » installée à Paris, le Comité International de la Croix Rouge, l’office provisoire pour les prisonniers à Rome sont sollicités.

Les reponses des differents organismes sollicites par la famille Guillot

L’agence des prisonniers de guerre parisienne l’encourage à écrire à l'aumônier du 149e R.I..  L’abbé Galloudec répond à la mère :

« Madame, Voici ce qu’il résulte de mon enquête sur votre fils Marcel Georges Gillot. Il a été blessé le 16 juin 1915. Au régiment, on n’en sait pas davantage. C’est tout ce que l’enquête a pu me fournir comme renseignement et je regrette infiniment de ne pas pouvoir y apporter plus de précision, d’autant plus que je sais très bien votre déception. Dans tous les cas, je pense que s’il y avait eu un dénouement fatal, vous auriez été avertie depuis longtemps. Avec mes regrets de ne pouvoir faire mieux. Veuillez agréer Madame, tous mes respects. »

Le décès de Marcel Gillot est officialisé le 13 mars 1921 par le tribunal de Langres qui valide la date de sa mort au 16 juin 1915. Le jugement est transmis à la mairie de Montlandon le 27 mai 1921.

Acte de deces Marcel Georges Gillot

Le soldat Gillot a été décoré de la Médaille militaire à titre posthume (publication dans le J.O. du 11 août 1922) :

« Brave soldat, tombé glorieusement pour la France le 16 juin 1915 à Aix-Noulette»

Cette décoration lui donne également droit à la Croix de Guerre avec étoile de bronze.

Medaille militaire et croix de guerre de Marcel Georges Gillot

Pour prendre connaissance de la généalogie de ce jeune homme, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Geneanet

Le nom de Marcel Gillot, ainsi que celui de son cousin Paul Jannel, sont gravés sur le monument aux morts de la petite commune de Montlandon.

Il n’y a pas de sépulture connue pour Marcel. La famille conserve toujours les quelques lettres qu’il a rédigées ainsi que tous les documents le concernant. Cet homme ne s'est pas marié et n'a pas eu de descendance. Sa disparition fut une terrible perte pour la famille. Sa mère n’a jamais voulu croire à sa mort. Elle  a toujours dit qu’il était devenu amnésique.

Sources :

La fiche signalétique et des services de Marcel Georges Gillot a été consultée sur le site des archives départementales de la Haute-Marne.

Les photographies de la famille Gillot, la correspondance de Marcel et l'ensemble des documents utilisés ici proviennent de la collection familiale.

Les informations concernant le parcours militaire et l’histoire de la famille du soldat Gillot ont été fournies par R. Gillot.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à R. Gillot et sa famille, aux archives départementales de la Haute-Marne et au Service Historique de la Défense de Vincennes.