Pierre_Victor_Romain__douard_Illhe

Pierre Victor Romain Édouard Illhé est né le 12 octobre 1881. Le lendemain, Pierre, le père, Jean Baptiste Bouchet et Pierre Lapuyade, les témoins, se rendent à la mairie d’Izeste. Les trois hommes se présentent devant l’officier d’état civil, Léon Daran, pour signer l’extrait du registre des actes de naissance qui va officialiser l’existence du nouveau-né. Le père a 36 ans, il est propriétaire. La mère, Marie Léonie Lapuyade, travaille comme ménagère. Elle est âgée de 29 ans. Le couple Illhé s’est marié le 17 septembre 1878 à Izeste. Quatre enfants sont nés de cette union. La position sociale de la famille est assez aisée, avec un père qui change régulièrement de statut professionnel. Le grand-père paternel est propriétaire-rentier.

Genealogie_famille_Illhe

Le niveau d’études de Pierre Victor Romain Édouard Illhé est très élevé. La lecture de sa fiche signalétique et des services nous apprend qu’il possède un degré d’instruction de niveau 5. Il obtient son baccalauréat après avoir suivi les cours donnés par les professeurs du lycée Louis Barthou de Pau.

Le 20 mai 1901, ce jeune béarnais, âgé de 20 ans, se rend à la mairie de Pau pour y signer un engagement volontaire d’une durée de 4 ans. Incorporé comme simple soldat, il rejoint le dépôt du 88e R.I. qui possède ses casernes à Auch et à Mirande, deux jours plus tard.

Pierre Victor Romain Édouard Ihllé est nommé caporal le 2 décembre 1901.

Une décision ministérielle, prononcée le 7 juillet 1902, l’affecte comme instructeur, à l’école militaire préparatoire de Saint-Hippolyte-du-fort. Cet établissement accueille des enfants de troupe depuis 1886. Il y exerce ses fonctions de formateur entre le 15 juillet 1902 et le 19 septembre 1904. Faut-il voir un lien avec son niveau d’études ? Il devient sergent le 26 septembre 1903.

Le sous-officier Illhé réintègre le 88e R.I. après son départ de Saint-Hippolyte-du-fort. Il occupe les fonctions de sergent-fourrier entre le 6 janvier et le 7 juin 1905.

Le 30 janvier 1905, le sergent fourrier Illhé doit penser à renouveler son contrat. Cette fois-ci, c’est pour une durée de deux ans. Cette période débute le 20 mai 1905. Elle le fait passer dans la catégorie des rengagements avec prime.

Il reconduit son engagement le 27 mai 1907. Celui-ci prend effet à compter du 20 mai 1908. L’année suivante, Pierre Victor Romain Édouard Illhé signe une nouvelle fois le 27 mai 1908.

Un an plus tard, son dernier contrat arrive à échéance. Il décide de quitter l’armée. Le sergent Illhé passe ainsi dans la disponibilité et dans la réserve avec, en main, son certificat de bonne conduite. Il aura vécu huit années sous l’uniforme.

Il existe une zone d’ombre importante sur sa vie après l’armée. Tout ce que nous savons de manière sûre c’est qu’il a traversé l’Atlantique pour aller s’installer à Rio de Janeiro.

Lorsque le conflit contre l’Allemagne éclate, Pierre Victor Romain Édouard Ihllé est rappelé par décret de mobilisation le 1er août 1914. Ce n’est que le 6 septembre qu’il retrouve sa tenue de sergent.

Il y a de fortes probabilités pour que ce soit la distance comprise entre Rio de Janeiro et le dépôt du 218e R.I. qui soit entièrement responsable du délai aussi important entre la date de sa mobilisation et son arrivée à Pau.

Le 16 octobre 1914, il est à la 31e compagnie du 18e R.I. au camp de Ger.

Le 1er novembre 1914, il est nommé adjudant, grade dans lequel il ne reste que très peu de temps. Le 16 décembre 1914, il est promu sous-lieutenant de réserve. Ce changement prend rang à compter du 17 novembre 1914.

Le 9 mars 1915, il est affecté à un régiment nouvellement créé, le 418e R.I.. Les régiments 400 viennent tout juste d’être mis en place. Le sous-lieutenant Illhé rejoint la VIe armée sans être immatriculé à ce corps.

En fait, le nom de cet officier ne sera jamais inscrit sur les listes adressées au 418e R.I. par l’administration centrale ; celle-ci a pris la décision de l’envoyer au 202e R.I.. Il intègre ce régiment le 22 mars 1915.

Le 28 mai 1915, il passe lieutenant à titre temporaire.

Une note, laissée par son supérieur dans son carnet individuel de campagne, nous apprend qu’il ne maîtrise pas tout à fait l’art du commandement de compagnie. « 1915 : Très vigoureux, énergique, a donné, à plusieurs reprises, l’exemple de la bravoure et du sang-froid. Commande bien sa compagnie, mais a encore un peu d’expérience à acquérir à ce sujet. Lieutenant-colonel du 202e R.I.16/01/1916. »

Le lieutenant Illhé est cité une première fois pendant ce passage dans ce régiment.

Le 25 avril 1916, il est affecté au 149e R.I.. Trois jours plus tard, cet officier rejoint le régiment qui vient de terminer un passage à Verdun particulièrement éprouvant. L’équipe des cadres, qui a perdu beaucoup d’hommes, est en pleine reconstruction. Il est désigné pour prendre le commandement de la 8e compagnie.

Pierre Victor Romain Édouard Ihllé est ensuite détaché au centre d’instruction des commandants de compagnies pour y faire un stage du 22 mai au 11 juin 1916. Il y est noté de la manière suivante : « Officier très sérieux, très assidu. A toujours suivi les conférences et les exercices avec le plus grand désir d’apprendre. Assez bien en équitation. »

Maintenu au dépôt, il obtient trois permissions durant la deuxième moitié de l’année 1916. La première a lieu du 10 au 20 juillet inclus, la seconde se déroule du 17 au 23 octobre inclus et, la troisième, est donnée seulement quelques jours plus tard du  28 octobre au 3 novembre inclus.

Faisant plusieurs demandes écrites pour quitter le dépôt divisionnaire, il finit par obtenir satisfaction. Le lieutenant Illhé retourne au 149e R.I..

Fin 1916, le lieutenant-colonel Pineau écrit cette appréciation dans son carnet individuel de campagne :

« Vient d’arriver au corps actif. Inconnu du colonel. Est venu au régiment après 3 demandes successives, pour quitter le D.D., donne bonne impression. »  Lieutenant-colonel Pineau 23/12/1916. »

Le 1er janvier 1917, le lieutenant Illhé prend le commandement de la 1ère compagnie du 149e R.I..

Il obtient trois nouvelles permissions durant l’année 1917.La première commence le 10 juillet, elle se termine le 20. La seconde débute le 17 octobre, elle prend fin le 23.  La troisième démarre le 30 août et s’achève le 11 septembre.

C’est au tour du colonel Boigues de le noter, voici ce qu’il écrit le 29 septembre 1917 :

« Bon officier, exact, consciencieux et désireux de bien faire. Très discipliné, veut commander une compagnie. » Le colonel commandant le 149e R.I..»

Le régiment est en plein préparatif pour la bataille de la Malmaison. L’entrainement est intensif et méticuleux. Celui-ci va durer plusieurs semaines. Le lieutenant Illhé retrouve son commandement à la 1ère compagnie du régiment.

La photographie suivante le représente en compagnie des sous-lieutenants Boudène et Loubignac, trois jours avant sa mort.

Les_officiers_de_la_1ere_compagnie_du_149e_R

Le 23 octobre 1917, le lieutenant Illhé est mortellement blessé à la tête, touché dans la région carotidienne, au cours d’une attaque menée dans le secteur de la Malmaison. Il dirigeait sa compagnie, debout, à découvert, les jumelles à la main, avant d’être atteint par deux balles.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_1_journee_du_23_octobre_1917_1er_objectif

Le sergent-major Maurice Sylvestre et le caporal Maurice Leclère, tous deux sous-officiers du 149e R.I., apportent le témoignage nécessaire qui va permettre au sous-lieutenant Auguste Fourneret, l’officier de l’État civil, de valider le décès de Pierre Victor Romain Édouard Ihllé.

Le lieutenant Illhé, est, dans un premier temps, inhumé par les soins du groupe des brancardiers de la 43e D.I., dans le petit cimetière militaire de Condé-sur-Aisne dans une sépulture qui porte le n° 276.

Exhumé dans les années 1920, le corps de cet homme ne repose pas dans une des nécropoles nationales érigées dans le département de l’Aisne. Il y a de fortes probabilités pour que les restes mortuaires de Pierre Victor Romain Édouard Illhé aient été restitués à sa famille.

Cet homme âgé de 36 ans ne s’est jamais marié et n’a pas eu de descendance. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune d’Izeste.

Monument_aux_morts_Izeste

Le lieutenant Illhé a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre de la IVe armée n° 276 du 10 juin 1915.

« Sous un très violent bombardement, a maintenu sa section dans la tranchée de 1ère ligne et par son esprit de décision et son sang-froid, a sauvé deux hommes de sa section, ensevelis par une bombe »

Citation à l’ordre de l’armée (J.O du 17 janvier 1918).

« Officier modèle, dont le courage, la bravoure et le sang-froid étaient légendaires au régiment. Tué glorieusement le 23 octobre 1917, en marchant à la tête de sa compagnie à l’assaut.»

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le mémento du lieutenant Illhé provient de la collection de P. Lamberti.

La construction de la généalogie du lieutenant Illhé a été rendue possible grâce aux recherches effectuées sur le site des archives départementales des Pyrénées-Atlantiques.

La photographie du monument aux morts d’Izeste provient du site « Wikimedia Commons ».

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à J. Huret, à P. Lamberti, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et à la mairie d’Izeste.