Albert_Marquand_groupe_149e_R

Vingt-trois octobre 1917, le jour n’est pas encore levé… 4 h 00, tous les hommes de la 43e D.I. qui vont participer à l’attaque sont en place. Les trois compagnies du 1er bataillon du 149e R.I., sous les ordres du commandant de Chomereau de Saint-André, s’apprêtent à sortir des tranchées, suivis de près par le 3e bataillon du régiment.

Emplacement des troupes

Les dernières reconnaissances viennent tout juste de se terminer.

Les chars de l’A.S. 8, rattachés à la 43e D.I., ont commencés leurs mouvements. Certaines batteries vont se retrouver très vite en difficultés.

Les éléments du génie, deux compagnies du génie de la 167e D.I. et 5 sections de la 43e D.I., quittent leurs abris du Vervins, de Volvreux et de Vauxelles pour se porter en direction de la première ligne. Elles ont pour rôle de rétablir les communications aussitôt après le départ de l’offensive.

L’ennemi, qui semble avoir prévu l’évènement, déclenche un violent tir de contre-préparation, peu après 4 h 00. Ce tir cause des pertes, notamment au 149e R.I. et au 31e B.C.P..

Conquête du 1er objectif

L’attaque commence à 5 h 15. L’obscurité est totale, la marche et l’orientation sur un terrain complètement bouleversé par les tirs d’artillerie sont particulièrement pénibles. Néanmoins, la progression entamée avec une extrême vigueur, s’effectue aussi rapidement que le permette le barrage sur lequel l’infanterie serre à bloc.

Le barrage allemand se déclenche assez tard et n’atteint que les bataillons de soutien. Il ne cause des pertes sérieuses qu’au 149e R.I..

À la droite de la division :

Le 31e B.C.P. parvient sans grandes difficultés au Hérisson et à la ferme de la Malmaison, qu’il nettoie et dépasse. Il encercle, dans la carrière de la Malmaison, un bataillon allemand, qui se défend obstinément, et dont la résistance se prolonge, appuyée par l’action des mitrailleuses placées sur les pentes est et ouest du ravin de Chavignon et aux environs de la carrière Montparnasse.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_31e_B

Le 1er B.C.P. a suivi le mouvement et arrive à 5 h 45 au chemin des Dames.

Au centre de la Division :

Le 2e bataillon du 158e R.I., après avoir traversé le bois et la tranchée de Rumpler, est retardé dans sa progression, par des mitrailleuses échelonnées le long du boyau du Lévrier. Il les attaque et les enlève successivement. Il atteint l’objectif intermédiaire, le talus de La Bascule, à 6 h 10, ayant subi seulement un retard d’une quinzaine de minutes.

Le bataillon de soutien à suivi, traversant le barrage, il atteint, vers 6 h 20, la tranchée du Hérisson où il s’installe.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_158e_R

À la gauche de la division :

Par vagues successives, le 1er bataillon du 149e R.I. traverse rapidement le Blocus, les Lassitudes, le Carlin et les Épreuves. La 1ère vague est à 150 m du barrage roulant. Les hommes avancent à la vitesse de 100 mètres en 2 minutes durant les 200 premiers mètres puis à la vitesse de 100 mètres en 3 minutes pour les suivants.

Une compagnie de nettoyeurs fournie par le 2e bataillon du régiment accompagne le bataillon de tête.

En arrivant sur la crête, les soldats subissent le feu de mitrailleuses placées dans la partie ouest du Hérisson, le long de la route de Maubeuge et dans les trous d’obus de l’avant.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_149e_R

Après un dur combat, et malgré des pertes sensibles, le bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André, appuyé par le bataillon de soutien, réduit les résistances.

À 7 h 15, il traverse, sans arrêt, la route de Maubeuge qui est son objectif intermédiaire, et atteint le premier objectif, enlevant de nouvelles mitrailleuses, placées en 195.

Laissons maintenant la parole à Albert Marquand, sergent au 3e bataillon du 149e R.I. :

Le grand jour

« 23 octobre, 4 h 00. Dans la nuit opaque nous cheminons en file indienne, en route vers les emplacements de départ. La lueur des coups de canon éclaire vaguement nos pas. Un long sifflement… Un pan de mur s’écroule avec fracas devant la ferme Colombe. Au pas de course, la route est traversée et nos hommes, blottis contre le talus, allongent la ligne de leurs formes sombres et muettes. Au dernier moment, le boyau de la Ferme est reconnu intenable et nous restons là, aplatis, attendant anxieusement l’heure fatidique 5 H 15.

Un formidable coup de massue ébranle le sol et nous fait sursauter, tandis qu’une grêle de pierre s’abat sur nos casques en pluie métallique. Une légère fumée sort d’un trou creusé sur la route devant nous. Un blessé. Deux camarades le déséquipent et le voilà parti en rampant…

… Je ne connais pas de moments plus poignants que cette attente prolongée sous la mitraille, au milieu des éclats qui stridulent aux oreilles ; où chacun, replié sur soi-même doit maîtriser ses nerfs, le cœur prêt à se « décrocher »… Les minutes sont des siècles…

La ruée

Ma montre indique 5 H 10. De bouche en bouche un ordre suit : « Baïonnette au canon ! » Péniblement, les hommes se redressent à demi. Quelques cliquetis, et, accroupis au sommet du talus, nous sommes prêts à partir dans l’inconnu.

À ce moment, le roulement de tonnerre de nos canons s’accentue et semble s’exaspérer…

… La terre projetée en maints endroits, finement pulvérisée, gêne la respiration. L’air peuplé de sifflements, de mugissements, d’éclatement paraît vibrer sous l’effort d’un archet gigantesque. C’est l’enfer déchaîné…

Une ligne d’ombres mouvantes se détache du parapet à notre droite. C’est le moment. Tous debout ; sans un mot nous nous ébranlons vers la ligne noire de la petite crête que nous devons dépasser là-bas…

… J’avance dans la cohue silencieuse des hommes, semblable à une horde de barbares déchaînés. Plus de chefs, plus d’ordres ; c’est la ruée…

À ma droite, un homme s’abat lourdement, sans un cri, la face contre terre. Un autre ploie les genoux et s’affaisse en hurlant. On avance, on avance, la tête vide, le cœur pantelant. Dans la nuit pâlissante, on marche, on glisse, on bute aux monticules, on culbute dans les trous d’obus…

J’ai dépassé les éléments de mon bataillon et me voilà presque seul. Devant moi, une silhouette élancée agite les bras, fait quelques gestes… Je reconnais le commandant de Chomereau de Saint-André, en tête du 1er bataillon…

De sourdes détonations indiquent un court combat de grenades. Quelques cris déchirants, puis, plus rien. Des balles sifflent, et l’aube naissance, chassant les dernières ombres de la nuit, voit notre arrivée à la route de Maubeuge : point limite de notre premier objectif. »

Arrêt sur le 1er objectif :

Les bataillons de première ligne commencent à s’organiser sur leurs positions respectives dès leur arrivée sur le 1er objectif. Les bataillons de soutien se préparent à passer en 1ère ligne.

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Legende_carte_1_journee_du_23_octobre_1917_1er_objectif

La première phase de l’attaque est pleinement réussie pour les bataillons des 158e et 149e R.I.. C’est un petit peu plus compliqué pour les chasseurs.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 170e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 707/15.

J.M.O. du 409e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 768/13.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps,à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Les morceaux de carte du groupe des canevas de tir du secteur de Vailly qui sont utilisés ici sont datés du 26 août 1917.

Un grand merci à M. Bordes, à R. Mioque, à F. Barbe, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.