Emile_Louis_Abbat

Émile Louis voit le jour le 26 octobre 1867 dans la ville de Bourges, la préfecture du Cher. Son père, Alphonse est un négociant âgé de 29 ans, sa mère, Valentine Bidault, est âgée de 21 ans. Le jeune Émile est élève au lycée de Bourges, il n’ira pas jusqu’au baccalauréat. 

Ce Berruyer signe un engagement conditionnel d’une durée d’un an avec l’armée en novembre 1885. Il intègre le 134e R.I. comme simple soldat. Nommé caporal à la fin du mois de juin 1886, il contracte un nouvel engagement pour terminer dans l’armée active son temps de disponibilité. Il reste un peu plus de 4 ans dans ce régiment où il est successivement nommé sergent-fourrier en décembre 1886,  sergent en août 1887, sergent-fourrier en janvier 1888 puis sergent-major en septembre 1888. 

 Devenir officier et faire carrière  

Souhaitant poursuivre une carrière dans l’armée, il signe un engagement long de cinq ans, en juin 1889. Émile Louis est admis à l’école de Saint-Maixent. Il doit recoudre ces galons de sergent pour suivre sa formation en intégrant la promotion du Soudan.  À la fin de ses études, il quitte l’École Militaire d’Infanterie en avril 1891 avec le grade de sous-lieutenant. 

Ce jeune officier intègre aussitôt le 89e R.I. de Sens où il fait ses débuts dans le commandement en prenant la tête d’une section de compagnie. Un an plus tard, jour pour jour, il est nommé lieutenant. 

Le 15 février 1894, cet homme est désigné par une décision ministérielle qui le met à la disposition du sous-secrétaire d’État aux colonies. Il est employé par l’état-.major du Soudan français. Le lieutenant Abbat quitte le 89e R.I. pour rejoindre son nouveau poste, le 2 mars 1894. 

Au Soudan  

Émile Louis Abbat va participer à deux affaires importantes sur le territoire soudanais. La première, celle de Boscé, se déroule le 1er juillet 1894, la seconde, le 20 janvier 1896 à Zidéïa. Au cours de la première affaire, il est avec le 1er Régiment Étranger (3 témoins de ce régiment confirment ses deux blessures). Il est blessé une première fois à la tête par une flèche en début de matinée. Le même jour, en fin d’après midi, il reçoit une seconde flèche dans la cheville droite durant l’attaque dite du tata del l’Almamy.

Le 8 juillet de la même année, c’est le retour dans la métropole où il réintègre le 89e R.I. son régiment d’affectation. 

De nouveau mis hors cadre par décision ministérielle en octobre 1894 à compter du 15 septembre 1896, la Méditerranée est une nouvelle fois franchie. Il entre pour la seconde fois en campagne au Soudan du 20 octobre 1896 au 8 juillet 1898. 

Durant cette période, il participe aux affaires de Karemanguel le 22 janvier 1897, de Simbara-Boumba le 24 janvier 1897 et de Jaba le 10 février 1897. 

Poursuite de sa carrière en France 

Le lieutenant Abbat est de retour en France en juillet 1898. En septembre 1898, il retrouve le 89e R.I., son ancienne unité à laquelle il était toujours rattaché. Nommé dans le grade supérieur à la fin du mois de décembre 1899, cet homme doit rejoindre le 153e R.I. de Toul. 

Le 11 février 1901, il épouse Marie Charlotte Oster à Neufchâteau. De cette union naîtront 5 enfants. 

 Durant son passage au 153e R.I. d’une durée de quatre années, le capitaine Abbat va séjourner du mois octobre 1901 au mois de décembre 1904, au fort de Frouard. 

En 1905, Émile Louis Abbat rejoint la Lorraine  pour s’installer dans la ville de Nancy au 79e R.I..

Il commence un stage au 8e Régiment d’Artillerie à partir du 1er janvier 1909. Durant cette période,  il va exercer le commandement de la 3e batterie. 

Cet officier retourne au 79e R.I. après cette formation qui prend fin le 30 septembre 1909. 

Nommé commandant le 24 juin 1910, il quitte la ville de Nancy pour rejoindre son nouveau régiment et assurer sa mission de responsabilité, comme chef de bataillon au 133e R.I de Belley. Ce dernier est détaché au fort de  Pierre Châtel pour commander le bataillon qui s’y trouve du 18 septembre 1910 au 20 septembre 1912. 

Le retour en Afrique 

Le 24 octobre 1912, il est de retour en Afrique, cette fois-ci en Tunisie. Il est muté au 5e bataillon d’Afrique qui se trouve au Kef. Ce bataillon a également des détachements qui se trouvent à Souk el Arba, à  Aïn Draham et à Tabarka. 

En mai 1914, le 5e Bataillon d’Infanterie Légère d’Afrique passe sous l’autorité du général de la 2e brigade de Tunisie. Au début du conflit contre l’Allemagne, une partie de ce bataillon est associé avec des unités du 4e bataillon d’Afrique pour construire le 3e bataillon de Marche d’Infanterie légère d’Afrique. Ce nouveau bataillon débarque à Marseille le 31 octobre 1914.

Le commandant Abbat ne fait pas partie de l’effectif de l’unité nouvellement constituée. Il reste avec les éléments du 5e bataillon qui sont toujours sur le sol tunisien.

Il quitte le territoire africain au début du mois de novembre 1915. 

Sur le front 

 Le 29 novembre 1915, il rejoint le 17e R.I. qui se trouve en Artois. Émile Louis Abbat va assurer le commandement du régiment durant l’absence de son chef de corps pendant une courte période. 

Une demande écrite est adressée au général de brigade Guillemot pour une proposition de commandement d’un régiment. Au vu de cette candidature, le général responsable de la 85e brigade ne peut pas évaluer les compétences réelles de cet officier. Celui-ci n’a pas pu être noté du point de vue de son aptitude à commander un régiment dans une circonstance de guerre. En effet, le commandant Abbat n’a pas acquis d’expérience au cours des combats sur le front français. Il va tout de même lui faire confiance en lui donnant le commandement provisoire du 149e R.I.. 

À la fin du mois de janvier 1916, Émile Louis Abbat prend la tête du 149e R.I.. Le commandement de ce régiment était resté vacant depuis la blessure du lieutenant-colonel Gothié au début de l’année 1916. 

Le régiment spinalien est engagé dans les combats de Verdun au début du mois de mars 1916. Nommé lieutenant-colonel à titre temporaire le 14 mars 1916, ce chef de corps va montrer toutes ses capacités de commandant de régiment. 

Cet officier est blessé le 6 avril 1916 par éclat d’obus à la sortie ouest du tunnel de Tavannes. Il est  ramené vers l'arrière dans la nuit du 7 au 8 avril, puis évacué sur la ville de Lyon, où il est pris en charge par les médecins de l’hôpital militaire de Desgenettes. 

Après cette hospitalisation qui prend fin le 4 mai 1916, il quitte Lyon pour rejoindre le dépôt d’Épinal. Émile Louis Abbat doit à nouveau recevoir des soins, il réintègre l’hôpital militaire Desgenettes pour y faire un second séjour qui durera du 20 mai au 12 juin 1916. 

Commence alors un imbroglio administratif quant à son affectation. Le 18 mai 1916, son nom figure dans les contrôles du 55e R.I.. Mais le 2 juin 1916, le lieutenant-colonel Abbat est désigné pour commander le groupement des bataillons de marche d’infanterie légère d’Afrique, dès qu’il sera disponible. Il obtient le grade de lieutenant-colonel à titre définitif à la date du 24 juin 1916. De retour sur le front, il rejoint sa nouvelle affectation. 

Émile Louis Abbat est tué le 8 juillet 1916 au cours d’une attaque menée par le 1er Bataillon d’Infanterie légère d’Afrique, dans le secteur de Maurepas à l’âge de 48 ans. Il est, dans un premier temps, inhumé dans le secteur du ravin du bois vert près de Rancourt par les soins du major Capdevielle, le médecin-chef de l’ambulance 3/45. Cet officier supérieur repose actuellement dans le cimetière national français « la cote 80 » à Etinehem qui se trouve dans le département de la Somme. Sa sépulture porte le numéro 404. 

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Une enquête est menée après guerre pour déterminer quelle était son unité d’affectation au moment de son décès : 55e R.I. pour le chef de corps du 55e R.I., 1e Bataillon d’Infanterie Légère d’Afrique  pour les rédacteurs de sa fiche M.D.H.. 

Décorations obtenues :

Chevalier de la Légion d’honneur le 28 décembre 1897.

Médaille coloniale avec agrafe « Sénégal et Soudan » obtenue le 28 décembre 1897.

Chevalier de l’ordre de l’Étoile noire de Porto Novo décernée le 10 janvier 1900.

Officier de la Légion d’honneur (J.O. du 4 mai 1916).

Croix de guerre avec une palme. 

Citation à l’ordre de l’armée :

« Chef de corps d’une bravoure exemplaire, ayant toujours montré le mépris absolu du danger. S’est porté sur le toit de son observatoire au moment de l’assaut sous un bombardement intense  afin d’encourager ses hommes. Est tombé glorieusement frappé en voyant partir la première vague d’assaut. » 

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/12.

Le portrait du lieutenant-colonel Émile Louis Abbat provient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue « l’illustration ». 

Les photographies de la sépulture du lieutenant-colonel Abbat et du cimetière national français « la cote 80 » à Etinehem  ont été réalisées par J.M. Douay. 

Pour en savoir plus : 

Le lieutenant-colonel Émile Abbat possède un dossier sur le site de la base Léonore. Celui-ci peut se consulter en cliquant une fois sur l'image suivante : 

Site_base_Leonore

Il existe également un site concernant cet officier qui peut se voir ici : 

Fonds_Emile_Louis_Abbat

Un grand merci à C. Abbat, à M. Bordes, S. Agosto, à A. Carobbi, à J. Huret, à  M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.