Caf__Louis_Cretin  

 De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Entre Suippes et Souain." 

Le 17 septembre, après une nuit mouvementée, passée dans les feuillées… Je quitte Suippes le soir avec un camarade (Arthur Gigant qui décèdera en 1923 suite aux gaz), pour aller faire la liaison avec les postes de secours des bataillons installés à Souain. Le marmitage était particulièrement violent ce jour-là sur la route. Nous décidons de faire un détour par les bois, mais dans la nuit, nous nous égarons. Nous sommes abrutis par le bombardement qui sévit partout avec une grande intensité. C’est seulement au petit jour que nous retrouvons notre chemin. Nous gagnons le village en rasant le talus de la route. Nous trouvons notre lieutenant-colonel dans son P.C. Il se reposait sur un tas de cailloux. Il nous ordonne d’activer, car dans quelques instants, ce sera impossible une fois le grand jour venu… Arrivés aux premières maisons, nous respirons un bon coup. Mon camarade ayant dans sa musette une tablette de café et du sucre, nous nous faisons un « jus » pendant que les balles et les obus font rage autour de nous. Une marmite démolit la cloison voisine où nous nous trouvions. Le coin devenait malsain. Nous trouvons le temps de  passer notre café au travers d’un mouchoir pas très propre. Une petite bouteille de vinaigre provenant du magasin d’alimentation de Suippes, et qui voisinait dans le sac à dos avec le mouchoir s’était cassée dans l’une de  nos chutes successives. Le « jus » avait un drôle de goût. Nous l’avons tout de même bu en faisant de sérieuses grimaces. Ensuite nous partons visiter les postes de secours des bataillons. En passant près de l’église, plusieurs fusants éclatent dans les marronniers de la place. Nous nous crûmes touchés. Les fruits détachés par l’éclatement des obus nous tombaient dessus. Mais rien que des marrons, pas d’éclats. Nous trouvons deux blessés au poste du 2e bataillon. Notre mission étant terminée, nous cherchons à rentrer. Ce ne fut pas facile. Nos blessés que nous nous portions sur le dos ralentissaient notre marche. À tout moment, il fallait se plaquer au sol pour se préserver des éclats quand éclataient les obus. Pour sortir de la zone dangereuse d’environ 200 m, nous avons mis au moins une demi- heure. Nous regagnions Suippes ensuite assez vite. Nous avons fait monter nos blessés sur des caissons d’artillerie venus ravitailler une batterie avancée. Le 19 septembre, une attaque allemande cerne nos troupes qui se trouvent dans Souain. C’était mal connaître nos hommes. Au lieu de se rendre, ils firent tant et si bien que le soir, les Allemands avaient évacué la place avec des pertes énormes ne laissant entre nos mains que 160 prisonniers. Le soir, ignorant que la situation était rétablie, nous partons de Suippes le brancard sur l’épaule avec en plus des musettes remplies de cartouches. Nous trouvons sur la route, le cycliste du major qui nous fait savoir que nous pouvons y aller sans crainte. Les Allemands étaient rejetés au-delà de leurs tranchées de départ. Le régiment fut enfin relevé le 1eroctobre. Ceux qui restaient, à peine la moitié de l’effectif avaient néanmoins une flamme d’orgueil dans le regard. Si nous n’avions pas rejeté l’allemand à la frontière, nous avions tout de même contribué à gagner une grande bataille. À sauver Paris et la France de l’invasion. Le régiment en entier fut cité à l’ordre de l’armée.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.