07 avril 2014

Gabriel Gérard (1893-1918) 1ère partie.

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 La famille Gérard

Gabriel Gérard naquit le 14 novembre 1893 dans la commune nivernaise de Clamecy. À sa naissance, son père Charles est un homme âgé de 30 ans qui exerce la métier de professeur dans le collège de cette ville. Sa mère Blanche, née Andrée, est une jeune femme âgée de presque 26 ans qui n’exerce pas de profession. Quelques années plus tard, la mère de Gabriel mettra au monde une petite fille qui portera le prénom de Marcelle. Elle verra le jour le 14 janvier 1896 dans la ville de Chaumont.

Famille_Gerard__juillet_1912_ 

Genealogie_famille_Gerard

Les études

En 1907, Gabriel est élève au collège de Verdun-sur-Meuse. Il est en classe de troisième. À la fin de ses études de collégien, il obtient son certificat d’études secondaires du 1er degré.

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Début 1914, le jeune Gabriel est au lycée parisien Louis-le-Grand. Un de ses meilleurs amis, Pierre Frémiot, nous renseigne sur cette époque. Voici ce qu’il écrit dans une lettre adressée à son camarade.

Briançon, 159e R.I. 8e compagnie, le 19 janvier 1914

Mon cher Gabriel,

Je suis honteux de répondre si tard à ta gentille lettre du mois dernier qui me fit tant de plaisir. Merci de penser toujours à ton vieux camarade de collège et de lui exposer encore ainsi, de temps en temps, tes idées. Je réponds à ta lettre, mon retard est dû au métier militaire, qui, tu verras à ton tour, ne laisse pas son homme toujours libre quand il le veut. Tu me pardonneras donc, j’en suis sûr.

Et avant de commencer, laisse-moi, puisque la nouvelle année est entamée, t’offrir à cette occasion, mes vœux les meilleurs pour toi et pour les tiens, pour la santé, ton bonheur et tes succès universitaires, et n’oublie pas de présenter mes hommages à Monsieur et Madame Gérard.

Maintenant, mon ami, félicitations pour ton beau succès à la licence ès lettres qui doit te donner confiance et bon courage.

Tu me dis t’ennuyer beaucoup à Louis-le-Grand. Oh ! Ne t’y ennuie pas, je t’en prie ! Tu auras tout le temps de te plaindre lorsque tu seras à la caserne. Tu as, autour de toi, toutes les joies de l’étude et de la science. Tu n’auras le droit de te plaindre que quand tu en seras privé.

Ce que je te dis là ne veut pas dire que je m’ennuie à la caserne. Non, j’ai un tempérament heureux, comme tu le sais, et je me plais partout. Je ne m’ennuie jamais et je vois toujours tout en rose. Seulement, ce dont on est privé au régiment, c’est la vie intellectuelle et morale un peu élevée. Là, on est absorbé par la vie terre-à-terre, et c’est à peine si l’on peut s’en dégager un peu, en se retirant dans une petite chambre le soir, en ville.

Autrement, le métier, parfois dur, n’est pas trop pénible. Mes débuts ont été assez faciles. Le pays est très beau, très froid et il y a très peu de neige cette année. Briançon est certes un peu loin de tout, mais en somme, ce n’est qu’à 22 heures de Paris ! Donc, je ne suis pas malheureux. J’espère pouvoir passer rapidement caporal et je désirerais être reçu élève officier ; ce qui me ferait passer ma 2e année à Grenoble, et la 3e à peu près libre. Reste l’ennui des périodes de réserve, mais qu’importe !

Toi, mon ami Gabriel, tu bûches toujours les lettres, l’histoire, la philo et tu hésites entre elles comme l’âne de Buridan. Quoi qu'il en soit, c’est toujours pour le professorat. Mais à te voir partir si jeune pour cette carrière, je n’aurais jamais cru que tu puisses douter de son rôle social.

Tes réflexions sont très justes sur le professorat des facultés. Le professeur doit être un savant, ou tout du moins en posséder les qualités. Il doit être maître de sa science, la dominer, marcher avec elle, la faire marcher avec lui. Entre parenthèses, c’est toujours ce qui m’a effrayé dans mon idée de préparer l’agrégation de droit. Je ne sais pas si je suis taillé, assez doué, pour pouvoir atteindre ce niveau.

Mais je me fais une idée toute autre du professeur de lycée. Lui, il n’a plus besoin d’être un savant, son métier immédiat n’est pas la vie de laboratoire ou de bibliothèque, ce sont ses élèves. Il est fait pour instruire et éduquer, pour former leur âme. Pour cela encore, il doit être un homme supérieur par la perspicacité, l’amour de la jeunesse, la moralité, etc. Voilà ce qu’il y a de plus haut dans son rôle que la correction des barbarismes et solécismes.

Et pour en venir à toi et à moi, le travail des facultés, dans la science et pour la science, est très tentant. En passant, je ne crois pas, comme toi, que le professeur de faculté soit forcement inactif. Outre l’influence qu’il a pour sa science, il peut, dans sa vie sociale, faire un bien immense autour de lui, et, sans être homme d’œuvres, ce qui absorberait son temps, répandre ses lumières autour de lui. Donc cette vie est très tentante.

Mais il y en a peu qui soient, je crois, à hauteur pour y accéder et pour la bien mener. Ce sont là des questions d’appréciation très difficiles. On se connaît mal, je ne sais pas si le professorat des facultés me tentera encore après mes trois ans de vie de régiment qui m’auront quelque peu éloigné de la vie intellectuelle. Il est fort possible qu’avec le retard apporté dans mes études par ces trois ans et qu’avec mon goût pour les œuvres sociales, je n’incline pas définitivement pour le barreau, où, en somme, on peut, au besoin, continuer à travailler sa science.

L’heure s’avance, mon cher. Il me faut rentrer pour l’appel. Bonsoir.

Jean est à Saint-Louis. Corniche A. Tu pourras l’y voir.

Bien cordialement à toi.

Pierre Frémiot.

L’ami de Gabriel Gérard n’aura pas le temps de se projeter plus en avant dans l’avenir. Tous ses projets resteront vains puisqu’il décède le 17 mars 1914 à l’hôpital militaire de Briançon.

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Année 1914, la période de formation militaire

Certificat_admission_ecole_normale_superieure

Fin juillet 1914, le conflit contre l’Allemagne approche. Reçu à l’école normale supérieure, Gabriel interrompt brusquement ses études pour venir signer un engagement de 8 ans avec l’armée à la mairie de Mâcon en Saône-et-Loire. Le 8 août 1914, c’est comme soldat de 2e classe que le jeune Gabriel est incorporé à la 27e compagnie du 113e R.I. de Blois. À la fin du mois d’août, il rédige un petit courrier à l’intention de ses parents.

Blois, le 25 août 1914,

Chers tous,

Quelques mots pour venir vous tranquilliser. Monsieur Dubreuil a du vous donner des détails précis de notre situation. Un bataillon de réserve du 113e est parti hier et nous, on nous a laissés là. Il paraîtrait, d’autre part, qu’on appelle, cette fois-ci, la classe 1914. Peut-être nous y mêlera-t-on. Je n’en sais rien. En tout cas, nous ne sommes pas malheureux ici, en comparaison avec d’autres. Monsieur Dubreuil a du vous donner du linge sale. J’en ai encore ici suffisamment. C’est surtout de caleçons et de chemises de zéphyr que j’ai besoin chaque semaine.

J’embrasse tout le monde. Tous les trois et les trois chers hôtes que nos malheurs nous ont donné le plaisir d’avoir.

Bons baisers,

Gabriel

Le 16 septembre, c’est la mutation au 26e R.I. Il suit les cours du peloton d’instruction des élèves officiers des grandes écoles. Devenu caporal au début du mois d’octobre, il doit, quinze jours plus tard, quitter la ville de Nancy pour intégrer le 134e R.I, un régiment de la Côte-d’Or où il devient élève officier saint-cyrien. Le 10 novembre, il est nommé sergent. Gabriel Gérard a tout juste le temps de coudre ses nouveaux galons de sous-officier qu’il lui faut presque aussitôt les remplacer par ceux de sous-lieutenant, grade qu’il vient d’obtenir, à titre temporaire, au début du mois décembre. Ce nouvel officier se rend au centre d’instruction de C.A. pour effectuer la formation de commandant de compagnie, du 6 au 19 décembre.

 Année 1915, les combats en Artois.

Après un très bref passage au dépôt du 95e R.I. de Bourges, le jeune normalien Gérard, officier de réserve, reçoit sa nouvelle affectation. Il doit rallier la 10e compagnie du 149e R.I.. Nous sommes le 17 janvier. Ce régiment spinalien vient tout juste d’arriver sur le front d’Artois pour y occuper un secteur proche d’Aix-Noulette. Le 5 février, le sous-lieutenant Gérard est légèrement blessé. Il le sera une seconde fois le 25 février 1915. Soignées sur place, ses deux blessures ne nécessiteront pas une hospitalisation vers l’arrière. Cet officier prend part aux combats des mois de mars, de mai, de juin, de juillet et de septembre 1915. Il prendra le commandement de la 10e compagnie du 3 juin au 20 septembre 1915. À la fin du mois octobre, Gabriel Gérard souhaite faire évoluer son statut de réserviste. Il rédige une demande, appuyée par ses supérieurs. Il voudrait passer dans l’armée d’active, tout en conservant son grade d’officier. Le 10 mai, il est nommé sous-lieutenant à titre définitif.

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Année 1916, Verdun et la Somme. 

Sa demande a été entendue, Gabriel Gérard est admis dans le cadre actif de l’armée par décret du 16 janvier 1916. Après avoir combattu avec la 10e compagnie dans le secteur de Verdun, il est nommé lieutenant à titre temporaire le 8 avril 1916, puis définitivement le 24 juin 1916.

Eté 1916, le régiment se trouve sur le front de Champagne. Il occupe un secteur entre les buttes de Tahure et de Mesnil, aux deux mamelles. Cette partie du front est, à cette époque, considérée comme calme. Début août, le 149e R.I. repart à l’entraînement dans la région de Châlons. Le 10, Gabriel Gérard tombe malade. C’est l’évacuation vers l’arrière pour plusieurs semaines. Il ne réintégrera son régiment qu’à la mi-septembre. Quelques jours après son retour, le lieutenant Gérard rejoint l’état-major du régiment pour devenir officier porte-drapeau. Le 149e R.I. est engagé dans la Somme depuis début septembre. Durant cette période, Gabriel Gérard exercera également les fonctions d’adjoint au chef de corps du 22 septembre au 5 novembre. À la fin de l’année, cet officier obtient une permission de 10 jours allant du 16 au 25 décembre inclus.

 Année 1917, rendez-vous avec une longue maladie…

Début 1917, il quitte son poste d’officier porte-drapeau pour rejoindre la 3e compagnie, il est ensuite détaché à la C.H.R. comme officier de renseignements. Il se rend à Vesoul pour suivre les cours sur l’interprétation méthodique des photos aériennes du 13 au 15 mars.

 En mai 1917, Gabriel Gérard prend le commandement de la 3e compagnie du 149e R.I. après avoir été nommé capitaine à titre temporaire.

Fragilisé par les mois de vie éprouvante dans les tranchées, il tombe à nouveau malade au début du mois de juin.

Certificat_medical

 

Cette fois-ci, son absence sera de beaucoup plus longue durée. Son retour au régiment ne se fera que sept mois plus tard !

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1918, une bien terrible épreuve pour la famille Gérard…

Le 1er février 1918, Gabriel Gérard est nommé capitaine adjoint au chef de corps du régiment.

Le 29 mai 1918, il est grièvement blessé dans le secteur d’Arcy-Sainte-Restitue. Victime d’une fracture de la colonne vertébrale dans la région lombo-sacrée dû à un éclat d’obus, il est rapidement évacué vers l’arrière. Après plusieurs semaines d’agonie, ce jeune officier décède à l’hôpital auxiliaire parisien n° 133, le 24 juin 1918.

Le père de Pierre Frémiot envoie la lettre suivante à Charles Gérard :

Saint-Brieuc, le 22 novembre 1918

Cher monsieur Gérard,

Nous avons reçu avec autant d’émotion que de contentement la photographie de votre malheureux enfant, dont nous associons la mémoire au cruel souvenir de son camarade, notre premier-né, notre Pierre, que nous pleurons toujours.

Comme à nous, votre fils restera votre douleur et votre fierté, et je vous redirai de lui ce que le commandant de Briançon a dit de Pierre.

« Si j’avais un fils, je le voudrais pareil au vôtre. » Et ce simple éloge plane pour nous au-dessus des autres.

Tous deux avaient vu récompenser leur travail et leur intelligence par les plus flatteuses distinctions réservées à l’élite de la jeunesse française ; mais ce qui nous reste de plus cher d’eux-mêmes, c’est surtout, et par-dessus tout, le souvenir de l’excellence de leur cœur, l’élévation de leur esprit, la hauteur de leur âme, leur sentiment du devoir et de l’honneur, qu’est venu couronner le sacrifice le plus noble de leur vie dans une mort en beauté pour le salut de la Patrie.

La mémoire de ces beaux jeunes hommes qui s’aimaient parce qu’ils se sentaient grandir côte à côte en aspirations généreuses, comme deux fleurs rares du beau jardin de France, restera unie pour nous jusqu’au jour où, las de vivre cette vie où les peines font oublier les joies, nous descendrons près d’eux, dormir notre dernier sommeil.

Notre consolation sera de croire que leur holocauste n’aura pas été vain, et qu’ils nous ont rendu généreusement ce que nous avions fait pour eux, car c’est pour nous qu’ils sont morts, et leur exemple nous oblige.

L’aurore de la victoire, grâce à eux, s’est enfin levée sur notre sol libéré. Notre Jean est reparti plein d’ardeur sur la ligne de feu, heureux de s’être vu confier le commandement de la 2e compagnie de mitrailleurs du 18e bataillon de chasseurs à pied, sa première arme. Il est maintenant en Alsace.

Il nous est enfin permis d’espérer que nous le conserverons ; mais son départ, un arrachement de plus, une petite mort encore, a de nouveau, ébranlé la santé de ma femme, qui regrette de ne pouvoir répondre de suite à madame Gérard.

Veuilllez présenter à madame Gérard nos souvenirs et les hommages, à mademoiselle votre fille nos souhaits de réussite.

A vous, pauvre père comme je le suis, j’adresse ma cordiale sympathie.

Courage, écrivez-moi de temps en temps, lorsque notre cœur sera trop gros : nous nous comprendrons à demi-mot, car ici, comme chez vous sans doute, nous n’en parlons jamais, mais nous y pensons toujours. 

Décorations obtenues :

Citation à l’ordre de la 43e D.I. n° 103 du 15 janvier 1916 :

« Sur le front depuis un an, a toujours fait preuve des plus belles qualités militaires, particulièrement dans les attaques de juin au cours desquelles, comme commandant de compagnie, il a montré un courage et un entrain remarquables. Blessé le 25 février 1915. »

Chevalier de la légion d’honneur :

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Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Tous les documents et photographies proviennent de ma collection personnelle.

Un grand merci à M. Bordes, à M. Bal-Villet, à A. Carobbi, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et à la mairie d’Alligny-Cosne.


14 avril 2014

Gabriel Gérard (1893-1918) 2e partie.

Capitaine_Gerard

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Gabriel Gérard occupe les fonctions de capitaine adjoint auprès du lieutenant-colonel Vivier depuis février 1918. Le 29 mai 1918, il est grièvement blessé durant les combats qui se déroulent dans le secteur d’Arcy-Sainte-Restitue. Un éclat d’obus vient se figer dans sa région sacrée (partie inférieure de la colonne vertébrale).

Les brancardiers le transportent dans une carrière près de Launoy. Rapidement pansé, il est évacué vers l’arrière.

Launoy

Le capitaine Gérard est, dans un premier temps, soigné à l’hôpital auxiliaire n° 21 de Meaux, puis à l’hôpital auxiliaire n° 133 à Paris.

Le jeune officier adresse deux courriers à sa famille. Étant donné la gravité de sa blessure, nous pouvons imaginer qu’il ne doit, sous aucun prétexte, bouger. Dans quelle position est-il pour écrire ? Celle-ci doit être inconfortable, cela va sans dire. Allongé, il veut absolument donner des nouvelles aux siens. Il a de la fièvre, c’est mauvais signe. Il ne peut pas être évacué, c’est mauvais signe, mais il tente, malgré tout de rassurer son entourage.

4 juin midi

J’ai eu hier votre dépêche. Je l’attendais un peu puisque j’étais resté deux jours sans écrire. On ne peut encore m’évacuer maintenant, pas avant dix à douze jours. C’est assez long et il ne faut surtout pas de secousses. Mais ne vous inquiétez pas, tout va pour le mieux. J’ai bonne mine. Ma plaie aussi. Ma température est de 39.

Je ferai l’impossible pour aller à Saint-Brieuc. J’espère bien y réussir.

Bons baisers bien affectueux,

Gabriel

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5 juin

Chers tous, santé meilleure, tout va bien, je commence à manger, à dans huit jours.

Gabriel

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Ces deux petites lettres ont été rédigées quelques jours après sa blessure. On imagine mal la situation dans laquelle se trouve ce jeune homme. Il est dans l’attente, il doit souffrir moralement et physiquement, mais il n'en dit rien. La graphie suffit à elle seule à nous dire tout ce que Gabriel n’écrit pas.

Après la guerre, le père de Gabriel Gérard reçoit un courrier du lieutenant-colonel Regelsperger, qui était le commandant en second du lieutenant-colonel Vivier en mai 1918. La lettre est accompagnée d’un petit morceau de carte au 80000e qui indique très précisément le lieu où son fils a été blessé.

Cher Monsieur,

Je vous adresse, suivant la promesse faite, un fragment de carte d’état-major sur lequel j’ai porté l’emplacement où votre cher fils a été blessé.

En présentant à Madame Gérard mes hommages respectueux, redites-lui, je vous en prie, combien j’ai été heureux et touché de connaitre les parents d’un ami dont je garde un pieux et inestimable souvenir.

Croyez, cher Monsieur, à l’expression de mon souvenir le plus cordialement sympathique.

Lieutenant-colonel Regelsperger

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Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la défense de Vincennes.

La lettre du Lieutenant-colonel Regelsperger, les courriers et le portrait du capitaine Gérard  proviennent de ma collection personnelle.

La photographie du village de Launoy a été prise par J. Buttet.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Buttet, à A. Carobbi et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

21 avril 2014

Blanche Gérard... Quelques lettres rédigées à l'attention du père et de la soeur du capitaine Gabriel Gérard (1ère partie).

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Dans les tout premiers jours de juin 1918, la famille du capitaine Gérard est informée de son hospitalisation à l’hôpital auxiliaire n° 21 de Meaux.

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Très inquiète, et faisant fi de toute prudence,  Blanche souhaite se rendre le plus rapidement possible au chevet de son fils. Le 5 juin, elle obtient un titre de transport à la suite d’une demande qui a été faite à la mairie de Saint-Brieuc. Elle quitte la maison familiale pour rejoindre la capitale. Madame Gérard s’installe dans un petit hôtel parisien. Elle ne sait pas encore que son séjour va durer plusieurs semaines. Chaque matin, elle prend le train pour se rendre à Meaux.

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Blanche Gérard écrit presque quotidiennement à son époux Charles et à sa fille Marcelle, pour les tenir informés de l’état de santé du capitaine Gérard.

Jeudi 6 juin 1918, 16 h 00,

Mes chers aimés,

Je suis près de Gabriel depuis 8 h 15. Je l’ai trouvé un peu pâle, mais ce soir, il a l’air d’aller bien. Voici le diagnostic de sa blessure à faire voir au docteur de Roques. Il lui faut au moins trois semaines avant qu’il ne soit transportable à l’intérieur. J’ai l’intention de rester un jour ou deux près de lui. Je lui suis utile, car c’est un hôpital de grands blessés et tout le personnel est très occupé par les grands blessés qui arrivent continuellement. Ci-joint un certificat à faire légaliser. Qu’il soit tout près en cas de besoin. Que Marcelle soit une bonne ménagère et une bonne cuisinière. Ma présence est utile près de Gabriel, je le vois bien. Affections à tous les deux.

Cette lettre part par le train de 5 h 29 de Meaux, je vais la porter à la gare.

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Vendredi 7 juin 1918, 17 h 00,

Mon cher Charles,

Je rentre de voir Gabriel, la température est toujours à 38° 7, elle n’augmente pas. Le docteur trouve la plaie plus jolie. La nuit a été meilleure et la journée aussi. Si cela continue, je crois qu’on pourra bientôt le transporter dans deux ou trois jours dans une ambulance que Dupuis va nous indiquer demain, sous les ordres du docteur Desjardins de qui il répond. Il faudra donc, lundi matin, prendre dans les titres qui se trouvent dans le placard du mur du couloir, après le porte-manteau en bois, le bon de la défense nationale de 500 francs, sur lesquels on te donnera 400 francs, que tu m’enverras le matin même. En allant à 9 h 00 juste, et en se dépêchant, ton chargement pourra partir le matin même et je l’aurai le mardi matin ou le soir.

Gabriel est soigné par la belle-fille de Monsieur Rioche qui va bien et qui s’est sauvée des ambulances évacuées du front. Il faut aller donner de ses nouvelles à son beau-père. Demande son adresse au postier.

Marcelle devra s’occuper de la maison, elle n’a qu’à croire qu’elle est mariée et c’est tout ! Ma présence est utile ici et ce n’est pas la peine que j’aille vous expliquer tout cela de vive voix. Monsieur Plamon est venu voir Gabriel, je vais aller le voir tout à l’heure.

Espérons donc que, dans une bonne semaine prochaine, je suivrai de près les progrès. Je lui ai apporté un bout de camembert de Paris qu’il a mangé.

Affections,

Blanche

Samedi 8 juin 1918, 11 h 00,

Je vous écris en gare où j’attends le train de Paris d’où je reviendrai ce soir. Ce matin, la température était de 37° 8. On lui a fait, devant moi, une piqure à l’huile camphrée et son pansement. La blessure est belle,disent les docteurs, et l’état général s’améliore. Je vais régler le problème d’évacuation d’ici. Depuis que les docteurs savent que Gabriel va être transporté avec le docteur Desjardins, on y fait attention. Ici encore,  il n’y a pas de doute, que le nom de l’école ait été efficace. Je ne le quitterai qu’une fois installé en mains sûres. Tant pis pour la dépense. Ce matin, on l’a mis sur un brancard et on l’a chargé devant moi. Ce qui fait que j’ai l’esprit plus tranquille. Mais quelle saleté ces hôpitaux de triage ! 

Je viens de voir la levée de corps d’un jeune aviateur. Quelle tristesse ! Et dire que nous aurions pu avoir le même chagrin !

Attendez avant d’expédier l’argent. À nous deux, Gabriel et moi, nous avons 400 francs et j’en demanderai à Marthe si besoin. J’ai peur d’être partie d’ici, avant qu’il n’arrive. Il me semble qu’il vaudrait mieux l’envoyer à Marthe puisqu’elle va  encore m’être très précieuse dans la circonstance.

Voilà deux jours que je mange à l’ambulance avec les infirmières et j’ai trouvé un petit hôtel pour coucher à 2 francs 50 la nuit. Hier vendredi, j’ai déjeuné à Paris à 13 h 00 dans un Duval pour 3 francs 85, une omelette et des pommes de terre et un peu de camembert. Il y a aussi les pourboires, les timbres et les métros et tout ce qui s’ensuit. Mais Gabriel paraît mieux et il est si content. C’est tout ce que je désire. Quand il sera à Paris, je serai plus tranquille. Nous viendrons le voir à tour de rôle et Marthe ira, souvent je l’espère. Donc, encore quelques jours d’angoisses et de fatigue et après on se reposera.

Nous avons été si près du pire. Jusqu’au 4 juin, il avait 40° 9 !!!

Samedi 8 juin 1918, 17 h 00,

 Mes biens chers,

Je vous écris toute seule dans une chambre et je peux mieux vous dire ce que je pense. Gabriel est gravement atteint. Il peut se remettre, me dit le docteur, mais il ne faut pas s’illusionner. Ce sera très long. Cependant, le danger immédiat semble conjuré. On va le transporter à Paris. Le docteur m’a prise à part, hier soir, et m’a dit qu’il était de la plus grande urgence que je ne l’emmène pas sans qu’il ne soit dans une gouttière. On en a demandé une à Paris, cela pourra mettre encore 2 ou 3 jours à arriver. Alors, je le ferai emmener à l’ambulance du professeur Desjardins indiqué par l’école, c’est le premier chirurgien de Paris et on pourra retenir son diagnostic. Il y a trois jours, par le même moyen, on a emmené le fils de Marcel Hutin. Mais ce moyen n’est permis qu’aux gens aisés. Enfin, Gabriel paraît content de cet arrangement et m’a embrassée hier soir avec émotion de ce que je faisais pour lui. Dupuis a été très chic. Je dois y retourner ce tantôt, pour arrêter tout définitivement. Donc, le samedi soir 16, vous pourrez peut-être embarquer pour venir le voir à Paris. Enfin, on verra d’ici là ! Marcelle souffrira peut-être d’avoir à s’occuper de la maison, mais, à vous deux, vous aurez tout de même moins de peine que moi de voir notre trésor aussi amoché. L’ennui encore, c’est que madame Riche quitte l’ambulance aujourd’hui. Elle était fort aimable et fort adroite. Gabriel l’aimait beaucoup. Il va devoir s’habituer à de nouvelles figures.

Je trouve inutile de retourner à Saint-Brieuc tout de suite. Passer encore deux nuits, Gabriel veut que je reste et les docteurs et les infirmières sont unanimes à constater combien il y a  de progrès depuis mon arrivée. Tant mieux, si cela a pu contribuer à cette amélioration.

Vous devez bien penser si je suis triste à côté de lui, et ma pensée va vers vous deux qui devez être, par moments, bien embarrassés.

Ne vous chamaillez pas trop, si vous voyiez ce que je vois et les cris que j’entends, vous vous trouveriez au paradis. Dites aux sœurs de prier pour Gabriel, il en a besoin. La température était hier de 38° 2, ce matin, cela n’augmente pas. Le liquide rachidien coule de moins en moins de sa plaie.

J’ai couché, cette nuit, dans un petit hôtel. Tant pis pour l’argent, si Gabriel nous reste, c’est le principal.

Affections les meilleures

Blanche

Au fur et à mesure que la température de son fils baisse, le moral de Blanche revient. Les messages donnés par les médecins se veulent rassurants, mais tous rappellent la gravité de la blessure du capitaine Gérard.

Dimanche 9 juin 1918, 18 h 00,

Bien Chers,

La température à 17 h 00 était de 37° 4. Je vais, à nouveau, surveiller son dîner. Un soupçon de bouillon avec un œuf. Un œuf à la coque. Demain matin à 5 h 40, je file à Paris. Il me vient une idée géniale ! Je vais trouver le docteur Iselin pour savoir à quelle ambulance il est affecté. Dommage que cette idée ne me soit pas venue plus tôt. Il n’y a pas, il faut que Gabriel soit hors d’ici bientôt. Gabriel vient de trouver à faire prévenir de Parseval.

Affections,

Blanche

Blanche Gérard se démène pour que son fils puisse changer d’Hôpital. Les démarches ne sont vraiment pas simples à mettre en place. Elle devra aller jusqu’au sous-secrétariat d’état du service de santé militaire pour obtenir gain de cause.  Grâce à l’intervention de sa mère, le capitaine Gérard pourra bientôt se faire soigner à l’hôpital n° 133, au 108 avenue d’Ivry à Paris.

Meaux, mardi 11 juin 1918 ce matin à 8 h 00,

Bien chers,

On attend l’ambulance militaire munie d’une gouttière de Bonnet pour transporter Gabriel à l’ambulance du docteur Iselin. Gabriel a été décoré hier soir 10 juin, à 20 h 30 par les docteurs qui avaient reçu des ordres du sous-secrétariat où j’étais allée hier tantôt 2 fois. Cela a été fort bon pour son moral et il a été très ému, moi pas. Je trouvais que cela lui était dû. Je suis ravie au point de vue pratique et lui l’est bien plus du côté moral. On lui a attaché le ruban rouge et la croix de guerre avec palme sur sa chemise de nuit. Je les ai mises ensuite sur sa tunique, ce qui est d’un heureux effet. L’état s’améliore, j’espère maintenant après le diagnostic du docteur Iselin, ce qui ne saurait tarder, puisque nous serons chez lui ce soir. Je vous écrirai plus longuement demain en vous disant ce qu’il faut m’apporter. Je vais coucher chez Marthe. Il ne faut donner son adresse à personne sous aucun prétexte. Je vous l’envoie à vous, il a besoin de calme, car il va redevenir faible.

Cette lettre écrite à Meaux sera envoyée de Paris comme les autres.

Affections,

Blanche 

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Mardi 11 juin 1918,

Bien chers,

Vous allez avoir des surprises agréables. Écoutez plutôt : dimanche, dans l’après-midi, étant au chevet de Gabriel, l’idée m‘est venue que le docteur Iselin était affecté à une ambulance de Paris. J’ai pris le train à 5 h 40 lundi et je suis venue à son domicile privé. Je l’ai vu à 8 h 15. Immédiatement, il m’a donné un billet disant qu’il serait désireux d’avoir le capitaine Gérard dans son service, qu’il s’agissait d’une blessure dans la région sacrée, chose qui était tout à fait de son ressort.

Lettre_du_docteur_Isselin

Il m’envoie à la place de l’hôtel des Invalides. De ce bureau, on me renvoie au lycée Buffon, au service de santé puis au sous-secrétaire d’État (65 rue de Varenne) disant que le transfert ne dépendait que du sous-secrétaire et qu’il me fallait une lettre d’audience pour être reçue. J’ai répondu à l’huissier : « Non Monsieur, il s’agit d’un capitaine gravement blessé et je n’ai pas le temps, ni le droit de compliquer la situation. Je tiens absolument à voir quelqu’un du sous-secrétariat. » Il me répond : «  Et bien Madame ! Voyez un des chefs adjoints. Voici les noms de deux de ces messieurs, choisissez ! »

À tout hasard, je choisis le nom de Monsieur Vivier. Arrivée là avant 11 h 00, je n’ai été reçue qu’à 12 h 15. J’arrive dans un bureau devant un Monsieur de 60 à 65 ans, qui, après m’avoir laissée m’expliquer, me dit tout de suite que je ne pourrais pas obtenir satisfaction.

«  Comment Monsieur ?  Vous me refusez d’enlever mon fils, à mes frais, quand il était voisin de lit avec le fils de Marcel Hutin qui a été enlevé par ambulance spéciale il y a quelques jours ! Je ne suis pas Madame Hutin, cependant, ce qui a été accordé au caporal Hutin peut bien être accordé au capitaine Gérard, élève de l’école normale supérieure et qui en est à sa 3e blessure !

À ce moment, comme un Méphisto, il est sorti de derrière un paravent vert, un capitaine à 3 galons, qui m’a fait préciser si vraiment Gabriel est bien élève à l’école normale supérieure.

« Parfaitement Monsieur, promotion 1914, et Monsieur Dupuis, que j’ai vu samedi, ne veut pas le voir transporter à l’ambulance de l’école vue sa défectuosité. Il cherche un endroit convenable à m’indiquer. De plus, je me suis souvenue, hier soir seulement, que le docteur Iselin, que nous connaissions, était affecté à une ambulance de Paris comme Major. En lui, j’ai une grande confiance. Voici l’hôpital qu’il m’indique. »

« Oh Madame, revenez vers 14 h 00 et je pourrai vous donner une réponse. »

«  Si elle doit être négative, inutile Monsieur, de me priver de la présence de mon fils quelques heures de plus. La gravité de sa blessure m’engage à ne pas le quitter, et j’ai, du reste, l’autorisation du médecin inspecteur Lesnay depuis jeudi soir, puisque j’étais au chevet de mon fils lorsqu’il est passé et que je sais que ce médecin inspecteur avait pris bonne note de la proposition de décoration faite en sa faveur. »

« Comment Madame ? J’étais avec l’inspecteur Lesnay, et je me souviens bien en effet d’un grand blessé du nom de Gérard. Mais pourquoi n’avoir pas dit à ce moment, les titres de votre fils ? »

« Oh Monsieur, j’étais arrivée depuis quelques heures à peine et j’étais tellement émotionnée que je n’ai nullement pensé à ce détail, et puis, Monsieur, la question pour moi est de retirer mon fils de l’hôpital de Meaux. »

«  Et bien Madame, revenez à 14 h 30. »

En arrivant vers cette heure, les deux hommes de ce matin sont venus vers moi, l’officier à 3 galons me dit :

« Oh Madame, nous sommes entre nous, dans un milieu universitaire. Je suis, moi aussi, élève de l’école et chargé des travaux pratiques à la faculté de Rennes et voici ce que nous avons décidé, Monsieur Vivier et moi. Vous allez rentrer près de votre fils et lui dire ceci : par mesure de faveur et surtout on compte sur votre discrétion afin que pareille demande ne se renouvelle, qu’il se tranquillise. Demain matin, à 20 h 00, une ambulance militaire munie d’une gouttière de Bonnel et un médecin auxiliaire avec tout ce qu’il faut, seront à l’hôpital de Meaux. À midi, votre fils sera à l’hôpital que vous indiquez. Nous nous sommes renseignés, l’hôpital est de premier ordre, repartez donc tranquille Madame et tous nos vœux pour le rétablissement de votre enfant.

Et bien Monsieur, à qui vais-je devoir payer cette auto ? Ne vous inquiétez pas, Madame ! C’est le service militaire envoyé par le sous-secrétaire d’État. Nous ne vous demandons que de la discrétion. »

 Je me suis confondue en remerciements. Mais que veux-tu, c’est un normalien qui rendait service à un camarade, à côté de ce service, il en avait ajouté un autre que tu vas savoir tout à l’heure.

Je quitte la rue de Varennes à 15 h 00 et j’étais à 15 h 30 à la gare de l’est d’où je t’ai télégraphié. J’ai pris le train de 16 h 20 et à 18 h 00 j’étais au chevet de Gabriel qui savait déjà, par le médecin-chef,qu’il partait le lendemain, qu’il était décoré et qu’on attendait le principal à 5 galons pour la cérémonie. Les infirmières ont rangé un peu la chambre et les fleurs de Madame Tardieu que Gabriel avait reçues le matin pendant  mon absence, étaient à côté de lui. La direction était venue apporter deux belles roses rouges. Entre 20 h 30 et 21 h 00, un principal à 5 galons, le médecin-chef à 4, un autre à 3, deux autres à 2 et un auxiliaire sont arrivés. On lui a attaché sur sa chemise de nuit, une croix rouge et une croix de guerre avec palme. Il est devenu très rouge, a fait le salut militaire et était content, très content. Il avait surtout eu de l’émotion, lorsque le médecin-chef était venu lui dire à 15 h 00 qu’on allait le décorer. En même temps on télégraphiait du sous-secrétariat à cet hôpital qu’on veuille bien préparer la meilleure chambre pour le capitaine Gérard et pour que la faveur soit un peu masquée. Comme il y avait place pour 3 grands blessés couchés dans l’ambulance, on en a mis deux à côté de lui. Le fils du général Morel et un lieutenant du 356e R.I. dont les parents habitent Neuilly, mais qui sont trois dans la même chambre tandis que Gabriel est tout seul dans une jolie chambre ripolinée de blanc et confortable. On attend le docteur Iselin. J’ai télégraphié à Dupuis qui va arriver ce soir. Ce matin, l’auto est arrivée. Gabriel a fait le voyage en moins de temps que moi. Il était enveloppé de ouate dans une gouttière et pendant qu’on l’emballait, il a demandé plusieurs fois si sa maman était là. Il est venu ici avec un maximum de bien être, mais c’était tout de même triste. Il était comme dans un cercueil. Il ne me parait pas plus fatigué que ce matin et combien mieux installé.

Moi, je ne suis arrivée ici qu’à 14 h 00, il m’attendait avec impatience. Les communications pour y venir sont difficiles. Il me manque un plan de Paris pour m’orienter. Demain, je vous écrirai ce qu’il faudra m’apporter en venant, car je compte rester ici pour voir quelle tournure la blessure va prendre. Du moment que Marcelle voit son papa, j’ai toute ma tranquillité d’esprit pour rester près de Gabriel. Il me manque mon crochet, mais demain, je vais lui raccommoder ses habits. Il veut qu’on laisse le trou de sa tunique. C’est, parait-il, très chic de laisser l’endroit où on a été blessé. Je couche chez Marthe ce soir, après, on verra. Sa température est ce soir de 38° 6.

Le matin, Gabriel aura du chocolat. Déjeuner à 11 h 00 et repas à 17 h 00. Régime spécial jusqu’à nouvel ordre. On ne peut pas venir le voir le matin. Seulement à partir de midi,vient de me dire la directrice.

Il est 18 h 00, je vais clore ma lettre. Je vous écrirai à nouveau demain.

Affections à tous les deux.

Blanche

Hopital_Marie_Lannelongue

Le capitaine Gérard est maintenant installé à l’hôpital parisien Marie Lannelongue. Blanche rédige une lettre depuis la chambre occupée par Gabriel. Elle organise le voyage de son époux et de sa fille qui doivent venir les rejoindre pour le weekend.

Mercredi 12 juin 1918,

Mes bien chers,

Je suis près de Gabriel depuis 13 h 30, car on ne veut de personne le matin. Marthe est venue avec moi. Le docteur Iselin l’a vu ce matin, la plaie est en bon état. Il lui a fait une incision au bras gauche qui était très enflé à cause des piqûres qu’on lui a faites depuis 15 jours. Le docteur le passera à la radio vendredi matin, pour voir où est le fameux éclat d’obus et après on verra à le lui enlever. Gabriel est assez faible aujourd’hui, mais il n’y a rien d’étonnant, parce qu’on a été après lui toute la matinée pour une chose ou pour une autre. Si j’avais mon crochet, ce serait parfait.

Je suis allée couché chez Marthe cette nuit et j’y couche encore ce soir. Comme elle part pendant 3 jours, je coucherai toute seule chez elle et lorsque vous serez là dimanche, nous l’emmènerons, avec Hipo, déjeuner au restaurant.

Vous prendrez donc le train samedi soir à 20 h 11 pour être ici à 6 h 00. Vous viendrez par le métro « Gare de Lyon », vous demandez où il faut changer de correspondance.

Marcelle mettra son costume marin, ses chaussures jaunes et son chapeau de paille qui est dans son armoire. De plus, qu’elle mette sa capote, les nuits sont fraîches. Il faut qu’elle mette aussi son polo de laine blanche pour la nuit pour dormir.

C’est une chose qui me manquait en venant. Apportez-moi deux ou trois mouchoirs blancs, une chemise, un cache-corset empire et une paire de bas. Le tout dans un sac de cuir qui se trouve dans l’armoire grise de la chambre de Marcelle. Au fond du sac, Marcelle pourra mettre, en faisant attention de ne pas la froisser, ma robe à mille raies et une ou deux guimpes blanches en tulle, qui sont dans le devant de mon armoire. Et surtout, ne pas vous coucher sur ce sac la nuit pour ne pas froisser. Et c’est tout. Si vous pouviez trouver un morceau d’excellent beurre samedi matin, vous l’apporteriez en l’emballant bien et en le mettant au fond du sac pour madame G… , morceau d’un kilo et un plus petit morceau d’une livre pour Marthe. Vous repartirez le soir même parce que je ne veux pas que papa Charles reste seul pour les repas. Je tiens à rester une semaine encore, afin de bien voir quelles tournures vont prendre les évènements, puisqu’on va opérer Gabriel probablement bientôt. À moins que l’évacuation de Paris se fasse, dans ce cas, je rentre.

Je n’ai nullement besoin d’argent et si vous m’en avez envoyé, gardez bien le reçu de l’envoi, car la lettre va courir après moi dans différents endroits.

J’ai écrit aux Antoine et avant de quitter, dimanche matin, la gare Montparnasse, reprenez vos billets pour le soir, ce sera plus sûr. Marthe vous donnera des colis qu’elle fera enregistrer dans la journée avec vos billets.

Votre billet d’hôpital de Meaux va vous servir. J’en demanderai un autre ici, ces temps-ci.

Surtout, pour le beurre, mettez assez de papier qu’il ne puisse graisser et ne vous couchez pas dessus pour le faire fondre et froisser ma robe. Avec les billets de demi-place comme on les a, les frais ne seront pas énormes. Gabriel sera très content de vous voir. Demain, je vais arranger la croix sur sa tunique, mais il n’est pas près, le pauvre, de s’exhiber avec sa tunique trouée à la fesse. Ce sera la tenue des grands jours de fête.

Je vais me reposer tranquillement dans le lit de Marthe. Vendredi et samedi toute la journée, j’aurai l’illusion qu’il est à moi. Pourvu que les Gothas ne viennent pas me troubler la nuit.

Dupuis est venu voir tout à l’heure Gabriel. Malheureusement, je n’étais pas là, mais hier soir, en repartant, le hasard m’a fait le rencontrer dans le tramway, et nous avons causé.

Apportez le plan de Paris et voyez où se trouve Lannelongue, à l’angle de la rue Tolbiac et de l’avenue d’Ivry. Gabriel est dans une chambre donnant sur la rue de Tolbiac, mais l’entrée est Ivry.

Affections à tous les deux,

Blanche

Sources :

Les lettres rédigées par Blanche Gérard et les documents proposés proviennent de ma collection personnelle.

Un grand merci à M. Bordes et à A. Carobbi.

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28 avril 2014

Blanche Gérard... Quelques lettres rédigées à l'attention du père et de la soeur du capitaine Gabriel Gérard (2e partie).

Gabriel_Gerard_3

Charles Gérard et sa fille Marcelle reçoivent les dernières consignes de Blanche avant de se rendre dans la capitale pour le weekend…

Vendredi 14 juin 1918,

Bien Chers,

Ainsi que je vous le disais dans ma lettre de ce matin, la nuit a été très mauvaise. Mercredi soir, j’avais quitté Gabriel vers 18 h 30 après lui avoir fait donner un potage, un œuf à la coque et un peu de confiture. Il paraît que dans la nuit, il a eu une grande agitation, il voulait même se lever. D’où une situation tendue avec une grosse fièvre et des secousses nerveuses. En arrivant près de lui vers midi et demi, je l’ai trouvé dans une prostration extrême avec des compresses d’eau sur la tête. Je ne l’ai plus quitté d’une minute. L’après-midi de jeudi a été pénible pour lui et plus encore pour les infirmières et pour moi moralement. On lui a injecté un litre et demi de sérum dans les cuisses, par un goutte à goutte ; ensuite, il y a eu une succession de piqûres de toutes sortes. Toute la nuit, il se tournait dans son lit et sautait comme une carpe. À 3 h 00, quelqu’un est venu le sonder, cela n’a pas duré une demi-heure tellement il est faible. Je me demande si vous ne feriez pas mieux d’attendre pour venir le voir. Faites donc comme vous voudrez.

Sa croix est belle à voir sur sa tunique et le trou qu’elle a derrière aussi. Cette nuit, il m’a appelé plus de 50 fois, cela, malgré le fait que je sois souvent à son chevet. Que ferai-je cette nuit, je ne sais, je vais voir comment va se passer la suite.

Il me faudrait soit mon bracelet-montre, ou celui de Marcelle qui se trouve chez Jacqueline. C’est ce qui me manque le plus. Surtout, apportez-moi ma robe avec1, 2 ou 3 guimpes en tulles qui sont à prendre dans le devant de mon armoire et puis des gants. Pouvez-vous m’apporter des cartes de visite et des enveloppes ? 

 Le docteur Iselin est passé vers 11 h 00. Il lui a retiré trois haricots d’urine. Il lui a posé un appareil qui va permettre de lui faire, deux fois par jour, des lavages de vessie au nitrate d’argent. Le fait de le faire boire beaucoup, c’est peut-être cela qui lui a occasionné cette journée de fièvre et cette grande agitation qui dure depuis samedi soir 22 h 00. Juste 48 heures de souffrance.

Gabriel est maintenant soulagé, il se repose et reste bien calme, ce qui change avec ce que j’ai vu depuis midi.

Venez donc pour vous tranquilliser, tant pis si le séjour devra être court près de lui. Attention donc à mes commissions. Je vous attendrai chez Marthe. Au cas où je n’y serais pas, vous y déposerez le sac et vous viendrez me trouver à l’hôpital. Vous le verrez donc un peu le matin et un peu le soir. 

Hopital_Marie_Lannelongue_2

Le père et la sœur de Gabriel Gérard ont quitté Paris pour rejoindre la Bretagne. Blanche fait le choix de demeurer auprès de son fils, elle estime que sa présence reste indispensable. Elle continue d’envoyer régulièrement des nouvelles aux siens. Les journées s’écoulent…

Lundi 17 juin 1918,

 Bien chers,

Je suis au chevet de Gabriel depuis 9 h 30 ce matin. Je l’ai admiré dormir jusqu’à 10 h 15, heure à laquelle on est venu s’occuper de lui. Les soins ont duré jusqu’à 11 h 45. Je lui ai alors fait la toilette de la figure et des mains et on lui a donné un peu de bouillon de légumes.

Je vais sortir un peu pour aller déjeuner et je reviendrai vers 15 h 00. Il dort tranquillement et il paraît que la nuit n’a pas été mauvaise. Je ne le quitterai que vers 19 h 00 pour rejoindre Marthe et dormir aussi bien que cette nuit. Couchée à 20 h 30, je me suis reposée jusqu’à 8 h 00, d’un seul somme tellement j’étais fatiguée.

Il faudra répondre à l’évêque. Gabriel le fera lui-même quand il le pourra.

Je vous quitte pour aller déjeuner

Affection

Blanche

Adressez vos lettres à Gabriel à l’hôpital.

Mardi 18 juin 1918 à 14 h 00,

Mon cher Charles,

Toute l’après-midi d’hier lundi a été occupée après Gabriel tellement il en a fait des pleins chapeaux. Plus deux fois cette nuit et encore tout à l’heure. J’arrivais, on venait de le changer. Il va un peu mieux, la température est bonne. Monsieur Iselin que j’ai vu ce matin m’a dit que pour quelque temps encore, il fallait vivre au jour le jour.

Écris-moi chez Marthe, j’ai ta lettre tous les matins avant de la quitter. Il y a amélioration pour Gabriel, dans ce sens qu’il se sent évacuer et que même tout à l’heure, il appelé pour qu’on lui donne le bassin. L’appétit revient lentement et il a un gros bouton de fièvre à la lèvre.  Si le mieux continuait, je partirais lundi ou mardi. Je commence à m’ennuyer ici et à bien être fatiguée.

Au revoir, c’est l’heure de mettre ma lettre à la poste.

Écris à Madame Garneau pour les remercier d’être venus voir Gabriel et encore les regrets de ne pas avoir été présent pour le faire toi-même.

Affections à tous les deux

Blanche

La solde de Gabriel vient d’arriver, plus de 700 francs.

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Mercredi 19 juin 1918 à 14 h 00,

Bien cher,

La journée d’hier, n’a pas été brillante, nous avions hier soir 40° 3 et ce matin 39°. La fièvre est donc encore persistante. Cependant, il a évacué et uriné. On me dit que la plaie est belle. Lorsque je suis arrivée, il avait des envies de vomir, ce qu’il a  rarement fait dans sa vie.

Mes inquiétudes subsistent donc toujours et qu’y faire !!!

Il faut, mon cher Charles, que tu gardes tes papiers tout près pour un voyage imprévu. Hier, il a reçu sa solde sous la délégation 783 francs.

Il  a envoyé ce matin sa créance de Valette, il lui reste donc un peu plus de 335 francs. Seulement, à la fin du mois, il ne touchera plus que 450 francs. Mais il n’en a pas besoin de sitôt. Malheureusement.

On te donnera le nom de l’infirmière plus tard, lorsqu’elle saura quand son frère arrivera au lycée.

Je suis toujours avec Gabriel, toutes les après-midi et vous pouvez suivre par la pensée.

Affections à tous deux,

Blanche

14 h 30 : Gabriel vient de vomir. L’infirmière me dit qu’il va y avoir des hauts et des bas encore pendant au moins15 jours ou trois semaines. Elle dit aussi qu’il ne faut pas s’inquiéter, que c’est normal. Il souffre beaucoup aujourd’hui de la tête.

Sources :

Le morceau de plan de Paris utilisé pour le montage provient du site suivant :

http://paris-atlas-historique.fr/6.html

La photographie de l’hôpital Marie Lannelongue a été réalisée par le photographe Chevojon. L’architecte 1913. Planche XLI.

 Les Lettres rédigées par Blanche Gérard proviennent toutes de ma collection personnelle.

Un grand merci à M. Bordes et à A. Carobbi.

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05 mai 2014

Blanche Gérard... Quelques lettres rédigées à l'attention du père et de la soeur du capitaine Gabriel Gérard (3e partie).

Capitaine_G_rard_

Le capitaine Gérard entre dans une brève période de rémission. Malgré les soins prodigués, la situation va finir par s’aggraver. Blanche, désemparée, envisage le pire… 

Jeudi 20 juin 15 h 00,

Bien chers, 

Je suis arrivée vers Gabriel avant midi avec Marthe. Nous avions déjeuné toutes les deux à 10 h 00 et nous sommes venues de bonne heure. Notre cher malade va un tantinet mieux. La température hier soir à 17 h 00 était de 39° 3 et ce matin de 38° 4. La nuit sans sommeil a été relativement calme, sauf au matin, me dit l’infirmière.

Il a eu à déjeuner, à midi, un peu de bouillon et un œuf à la coque, mais des envies de vomir nerveuses l’ont pris. On va lui faire un pansement cet après-midi au lieu de ce matin.  Ce matin, il y avait une lettre de Betty qui est à Chaumont, une de madame Rioche qui doit venir ce tantôt, une de Maria d’Aix et la vôtre, plus une du colonel Vivier. 

Gabriel me dit : « embrasses bien papa et puis Marcelle et qu’on donne le bonjour à tous les amis ». Ma commission est donc faite.

Il paraît qu’on va … (?)  dans 15 jours, mais je filerai vers vous avant, du reste dès que le mieux sera constaté plusieurs jours de suite. Je ne quitte pas Gabriel sauf lundi où je suis allée deux heures pour aller manger. J’ai eu tort, car Gabriel allait plus mal à mon retour. Aussi, je ne le quitterai plus du tout. Je rentre chez Marthe vers 19 h 30. Nous causons et ensuite on se couche jusqu’à 7 h 00. Nous partageons nos déjeuners. Je suis vraiment fatiguée et nerveuse. J’ai peur d’être obligée de me mettre au lit en rentrant, surtout depuis dimanche où je vois des hauts et des bas. J’ai un peu peur de perdre le ciboulot. 

15 h 30 : Madame Rioche vient de repartir. Elle a apporté des fleurs à Gabriel. Elle a 24 heures de permission et demande à repartir dans une ambulance de front. Elle reviendra la semaine prochaine si elle est toujours à son poste aux environs de Lagny. Gabriel a uriné toujours avec sa sonde normalement. Le liquide qui s’écoule du canal rachidien diminue, mais il a une nervosité très grande, qui, si elle augmentait, parviendrait à troubler l’équilibre mental. Espérons que cela n’en arrivera pas jusque-là. Voilà ce qui est à craindre. 

Au revoir, baisers affectueux à tous les deux et soignez-vous bien. 

Blanche 

Jeudi 20 juin 21 h 00, 

Ma bien chère fille, 

Je viens de recevoir ta lettre où tu me parles de Monsieur Servais. Tu as fait  un très bon menu. Je suppose que cela doit être Madame … qui te l’a indiqué. C’était parfait. J’espère que tout se sera bien passé. Je l’attendrai donc lundi à 14 h 00 et j’emmènerai Marthe avec moi pour qu’elle puisse la connaître. Ci-jointe une lettre de Maria reçue ce soir. Je vais lui répondre de suite.

Lorsque j’ai quitté Gabriel ce soir, vers 19 h 00, il avait 39°. Il m’a parlé de Jeandot sans que je sollicite l’entretien, et j’ai su beaucoup. Il m’a dit que mademoiselle J... (?) lui avait  écrit deux fois, mais qu’il ne lui avait jamais répondu. Qu’elle avait abusé de lui et qu’elle le talonnait pour avoir sa photo afin de l’envoyer à sa sœur, qu’elle avait hâte que la compromission soit complète. Que le père ne connaissait rien du tout, mais, que dans la circonstance, elle avait été très coupable. Qu’à sang-froid, il avait jugé sa manière de faire, tout à fait incorrecte et répréhensible. C'est pourquoi il n’avait pas voulu répondre.

 Lorsque ses cantines seront à Saint-Brieuc, papa Charles, m’a-t-il dit, prendra la photo de Suzanne et la remettra au père sans commentaires. Il m’a dit à nouveau encore combien je l’avais tiré du pétrin où il s’était mis par sa faute, et qu’il se repentait de la peine qu’il nous avait faite à ce moment-là. Tout de même, il faudrait songer à le marier. Je lui ai promis que, sitôt guéri, on s’en occuperait pour de bon, mais qu’il me serait bien plus agréable de marier sa sœur la première. Naturellement, m’a-t-il dit. C’est ainsi que je comprends la chose. Alors, nous sommes d’accord sur ce point, ton tour viendra tout de suite après.

C’est la première fois qu’il me cause sainement et sérieusement. C’est donc une preuve qu’il allait mieux de 17 h 00 à 19 h 00. Vivons au jour le jour comme m’a dit, hier, le docteur Iselin.

Le colonel lui a écrit qu’il conservait sa place et qu’il aurait été heureux de lui attacher lui-même sa croix si bien méritée.

Le régiment est dans la craie et le colonel montait à son poste de commandement le 17 au matin. 9 disparus, 2 tués et 7 ou 8 blessés parmi les officiers dit le colonel.

Ma chère Marcelle, tu oublies dans tes lettres de dire bonjour à cousine Marthe. Tu as le temps de joindre un petit mot spécial pour elle dans ta lettre.

Je ne t’écris pas longuement dis-tu ! Que pourrais-je te dire ? Le matin, je vais vers Gabriel où alors je pars pour y être à midi. Je reste vers lui toute la soirée et je ne rentre qu’à 19 h 00. On dîne, après on écrit comme ce soir et on se couche. Et c’est toujours ainsi.

Ci-jointe une lettre de Maria. Je vais lui répondre tout de suite.

Gabriel m’a fait ses comptes de 17 h 00 à 19 h 00. Il n’a pas perdu le nord. J’attends demain pour voir comment il va passer la nuit.

Bonsoir à tous les deux. Il y a des heures où je désespère et d’autres où j’espère beaucoup.

Affections,

Blanche 

Vendredi 21 juin 1918,

J’ai déjà écrit à Marcelle ce matin, mais je tiens à le faire à nouveau tous les jours à la même heure. Arrivée vers Gabriel à midi. Je l’ai fait déjeuner, du bouillon bu dans un canard et un œuf à la coque sans pain. La température ce matin était de 38° 1. Je lui ai dépouillé un énorme courrier arrivé du front, plus de 30 lettres. Il a lu lui-même celles de ses amies. Il y avait trois écritures différentes. Une, entre autres qui s’appelle Marton, et qui écrit rudement bien.

Je fais la secrétaire, sauf pour les lettres d’amour. J’ai écrit à ses deux derniers colonels et à tous ses camarades. Je ne le quitterai qu’à 19 h 30.

Il y a une grande belle et forte infirmière qui le soigne. C’est la fille de Coville, qui, autrefois, était directeur de l’enseignement secondaire. Ça va bien.

J’ai reçu hier soir le col. Je l’offrirai à la jeune demoiselle Garreau, quand elle viendra voir Gabriel, comme elle l’a promis.

À l’heure où j’écris, je trouve Gabriel mieux, mais ce qui m’embête, c’est qu’il se plaint toujours du derrière de la tête. On va peut-être lui couper les cheveux ce soir, quand la faiblesse diminuera.

J’attendrai madame… lundi à 14 h 00, mais, sitôt le premier coup de canon, je file. Je suis vraiment en mauvais état.

Baisers affectueux à tous les deux et bonjour à tout le monde.

Blanche 

Portrait_dessine_du_capitaine_Gerard

Vendredi 21 juin 1918 à 19 h 00, 

Bien chers,

J’ai eu, vers 16 h 00, la visite de Madame Garreau et de sa fille ainée qui ressemble beaucoup au papa. Elle apportait 4 oranges à Gabriel. Je lui ai offert le col pour la petite jeune fille en promettant à l’aînée de lui en faire un lorsque je serai de retour à Saint-Brieuc. Cela a paru lui faire plaisir. Il faudrait que papa Charles tâche d’avoir quelques paquets de tabac, pour cousine Marthe. Envoyez-les-lui directement. Mettez-moi aussi, dans la lettre, quelques tickets de pain. Et puis, pensez à aller les renouveler, en temps voulu pour juillet. Demandez à Jeanne. Et puis, pour juin, il y a à prendre un kilo de sucre chez Potin en cherchant la carte dans le tiroir à cuillères, puis celui de mai et de juin chez le Douane avec la carte d’alimentation.

Arrangez-vous pour le mieux tous les deux. Je reste jusqu’au dernier coup de canon. La température est de 38° 6 ce soir.

Gérard se plaint beaucoup de la tête. On lui a coupé les cheveux. Cela lui échauffait trop la tête.

Bien que je sois tout le temps à côté de lui, il trouve encore le moyen de sonner les infirmières. Il les fatigue, si tous les malades étaient comme lui !! Il lui faut toujours quelqu’un à côté de lui.

Nous partageons, avec Marthe, la dépense. À midi, j’ai acheté le déjeuner et elle fera le diner ce soir. Le matin, je mange du chocolat. Marcelle m’en avait mis quelques tablettes. J’en prends la moitié d’une et, comme cela, je n’use pas de sucre. Je m’arrange de façon à ne pas lui faire faire de frais et ça va comme cela.

Hier soir, Delpy est venu seul diner. Hippolyte était consigné. Ce soir, sa mère va aller le voir. C’est pourquoi je reste avec Gabriel jusqu’à 19 h 30. Je ne serai chez elle que vers 20 h 00. À peine si elle sera rentrée. 

Voilà, je vais quitter Gabriel. Il a dîné d’un bouillon. Il avait aussi de l’omelette, un œuf trop salé, un soupçon de gruyère, plus un doigt de vin blanc, additionné de beaucoup d’eau. 

Cela m’embête que, plusieurs fois dans l’après-midi, il ait eu des cauchemars. L’infirmière dit que c’est de la faiblesse. Il y a eu aussi des pleurs. Je serai là de nouveau demain pour midi, pour le faire déjeuner. 

20 h 00 : Au moment où je quitte Gabriel, il se plaint de bourdonnements dans la tête et dans les oreilles. Il a des compresses d’alcool camphrées sur le front.

Bonsoir,

Blanche 

Samedi 22 juin 1918 à 15 h 00,

Bien chers,

À cause de la lenteur de Marthe, je ne suis arrivée vers Gabriel qu’a 12 h 30. Il est vrai que j’ai eu deux pannes de métro en venant. La température de ce matin était de 38°. La plaie est belle, me dit-on, les urines vont normalement. Mais il a eu des idées bizarres toute la nuit et pendant que je lui donnais à déjeuner il m’a dit qu’il voulait du vin blanc du lycée de Vesoul !!

Par moment il divague, les infirmières me disent qu’il ne faut pas y faire attention, qu’il va avoir des hauts et des bas, comme les grands malades. Le docteur Iselin a été prévenu de ce fait ce matin disent-elles et on va lui faire des piqures de cacodylate.

Notre bien cher malade est très exigeant et n’est pas toujours commode, même avec sa maman. Que voulez-vous que je dise ? J’attends un mieux qui, parait-il, vient bien lentement, mais sûrement.

Espérons donc et ayons confiance dans sa bonne étoile.

De tous les côtés, je reçois des lettres pour demander des nouvelles. J’en ai eu une de Marguerite André, et une de Juliette ce matin. Je vous les enverrai demain. Ci-jointe une lettre de Madame Marfayou que j’ai reçue aussi ce matin. Si le père Jamet vient demain, il lui emportera les nouvelles. Hier, j’ai au moins répondu à 20 lettres pour lui. Mes après-midis sont occupés rien que pour lui. Enfin, si seulement je peux arriver à un résultat. Je suis arrivée à midi, mais j’ai bien des angoisses !!! 

Je me hâte de mettre cette lettre à la conciergerie pour être sûre que vous l’aurez demain matin.

Affections à tous les deux et ne désespérez pas non plus.

Blanche 

Samedi 22 juin 1918 16 h 00, 

Gabriel a un fort mal de tête, mais il se plaint davantage ou le sent plus, parce qu’il est plus faible.

Il m’a cependant dit moins de bizarreries qu’hier.

 Ainsi vers 15 h 30, il m’a dit : « Maman, dans les 4 régiments, il y a eu un d’esquinté. Les trois autres sont intacts, je vais aller vivement prendre le commandement pour le remettre sur pied.

Un peu après, il m’appelle : « il faut me procurer des béquilles que j’aille à l’enterrement des deux victimes.»

On lui a donné une drogue dans du tilleul pour calmer le mal de tête. 

16 h 50 : Il vient de saigner un peu du nez du côté droit. 

17 h 15 : 39° 3. J’ai bien vu toute la soirée que ce soir la température serait haute, car il était très rouge. Voilà donc encore une journée de fièvre qui vient et demain dimanche, la journée ne sera pas dans les bonnes. La nuit sera certainement agitée aussi. 

Je ne sais si je vous ai dit qu’avec Madame Coville, comme infirmière, il y en avait une autre qui boîte comme Jo, qui est la fille de Gallois, ancien normalien, professeur à la faculté des lettres. 

17 h 30 : Dîner – Un bouillon bu dans un canard, un œuf à la coque et deux bouchées de fromage. L’infirmière dit que du côté des urines cela va parfaitement, la sonde donne goutte à goutte ce qu’il faut.

Mais il est d’une faiblesse extrême. Toujours la même phrase : « Nous aurons des hauts et des bas.» Rien d’alarmant me dit-on. Dois-je le croire ? 

19 h 15 : Mademoiselle Gallois vient de lui apporter une bouillie très claire de châtaignes. Je redoute pour la nuit. Il est vrai qu’on va lui donner une infusion de tilleul avec un peu de morphine. Je vais partir à 18 h 45, retrouver mes pénates à la gare de Lyon. 

Bonsoir à tous deux,

Blanche 

Dimanche 23 juin,

Dimanche midi,

J’arrive vers Gabriel. La situation s’aggrave, il y a un commencement de méningite. Le docteur me le fait dire. Situations des plus graves. Précautionne-toi d’argent et arrive au premier appel. Que vais-je faire en cas de malheur ? L’emmener où ? Il m’a appelée paraît-il toute la nuit. Je vais passer celle-ci près de lui.

Dis à Marcelle qu’elle prépare, en cas d’évènement, ma jupe de drap noir qui doit être dans son placard ou dans le buffet, et un corsage de crêpe qui est dans un carton en bas de son placard. Il y a aussi un chapeau de crêpe dans un sac ou dans une caisse au bas de ce placard.

 En plus, il y a un carton dans le rayon du haut, un carton gris bordé de vert. Il y a dedans des affaires de crêpes à jeter dans un sac, châles, voiles et chapeaux.

Ton pantalon noir est dans le bas de la commode. Ta jaquette et ton gilet noir sont dans le buffet du salon. Mais j’espère quand même jusqu’au bout.

Je vais beaucoup prier. Faites-le aussi vous-même, cela peut s’éterniser plusieurs jours encore. Madame Jamet est venue le voir, pas moyen, défense de faire entrer personne. 

Quand je le quitte pour aller déjeuner, il chante et divague de plus en plus à 12 h 30. 

Affections,

Blanche 

Le capitaine Gérard décède le 24 juin 1918, à l’âge de 24 ans. Quatre longues semaines à souffrir sur son lit d’hôpital.  Charles et Marcelle Gérard vont devoir retourner à Paris pour les obsèques. 

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Après une cérémonie religieuse qui a lieu dans l’église de Saint-Hippolyte le 27 juin 1918, le capitaine Gérard est enterré provisoirement au cimetière parisien d’Ivry. Au cours de la cérémonie, le sous-directeur de l’école normale supérieure, prononce le discours suivant : 

Madame, Monsieur,

Nous ne nous séparerons pas de vous, dans ce cimetière où il vous faut laisser pour un temps la dépouille de votre fils, sans que vous ayez reçu de l’école le remerciement qu’elle vous doit pour la confiance avec laquelle vous lui avez demandé de vous assister dans ces cruels jours d’épreuve.

En venant à vous, vous aviez deviné que votre anxiété serait notre anxiété ; en nous quittant, vous emporterez la certitude que votre deuil est notre deuil. Une fois de plus, après tant d’autres, hélas ! Nous communions avec les âmes douloureuses d’un père et d’une mère que le sacrifice accable sans les révolter. Comme eux, nous en mesurons la grandeur, et nous voulons comme eux que cette mesure soit aussi celle de nos espérances

Votre fils sera de ceux que nous n’aurons fait qu’entrevoir. Dès longtemps vous nous l’aviez donné. Tout votre effort et tout le sien n’avaient jamais tendu que vers l’école normale. Nous n’aurons connu de lui que la joie d’être admis dans cette petite patrie d’élection, que l’ardeur de son renoncement quand il en fut séparé par l’appel de la grande patrie commune, que la fidélité de son affection à travers quatre années de guerre, où toutes les forces de son esprit et de son cœur se donnèrent pourtant sans réserve à ses devoirs de soldat.

La mort le prit, et, dans son cercueil enveloppé du drapeau, il n’aura pas reçu l’adieu de ses compagnons d’armes, de ceux avec lesquels il s’est offert à elle. Mais puisque c’est près de nous qu’il est venu mourir, nous pouvons bien confondre en un seul adieu, l’adieu de ses camarades d’études et celui de ses camarades de combat, celui de ses maîtres et celui de ses chefs.

C’est comme officier que nous le reconnaissons nôtre, comme un type achevé de cet officier universitaire que tous les soldats ont aimé, auquel tant de chefs ont rendu hommage, et de ceux de Gabriel Gérard qui ont honoré en lui leur confiance et leur affection constantes.

Ses années d’école, il les a faites au 149e R.I., et il y est devenu capitaine dans le temps où, chez nous, il serait devenu agrégé. Sa large culture humaine, culture de l’intelligence et culture de la conscience, a été le principal ressort de sa vie militaire. Par là, il a été aussi normalien que le plus normalien de ses anciens, et, loin de l’école, il en est resté le vrai fils, dont la pensée demeurait tournée vers elle comme vers la maison où s’épanouissaient un jour pleinement, dans la liberté de la paix, toutes les richesses de sa vie intérieure, qu’il asservissait sans regret aux contraintes de la guerre.

Son rêve ne sera pas réalisé, son rêve qui était aussi le vôtre. Du moins, le souvenir vous restera, et la fierté, de ses quatre années dont la plénitude et la valeur ont dépassé tous les rêves, en confondant sa vie avec la vie même de la patrie. Et, en mourant, il vous lègue sa foi dans la destinée de cette patrie pour laquelle il est mort.

Nous aussi, nous conserverons chèrement son souvenir, comme une part de ce trésor d’honneur qu’ont amassé pour l’école tant de jeunes existences sacrifiées en pleine fleur, dont les promesses étaient si brillantes, et qui ont donné plus que leurs promesses, en s’offrant, non pour orner et embellir la France, mais pour la sauver.

Vous allez partir. C’est pour vous un déchirement de vous en aller loin de lui, de ne pouvoir l’emporter tout de suite avec vous, vers la tombe où l’attendent vos morts, où vous le rejoindrez un jour. Confiez-nous cette tombe provisoire. Nous vous la garderons d’un cœur tout à fait ami, d’un cœur qui sera vraiment selon le vôtre. Ce seront nos pensées mêmes que nous apporterons près d’elle. Notre piété pour lui sera aussi notre piété pour tous ceux de ses camarades qui sont tombés comme lui.

Notre piété pour vous sera aussi notre piété pour tous les parents, des nôtres qui pleurent comme vous. De ce coin de terre auquel vous confiez ses restes, notre tristesse, en rejoignant la vôtre, s’en ira vers ceux dont nul ne sait où sont les restes, dont aucune tombe ne gardera jamais le nom, dont les pères et les mères n’auront jamais un coin de terre où s’agenouiller pour pleurer

Ce sont bien là, n’est-ce pas, vos pensées, par quoi votre deuil se grandit et s’ennoblit du deuil de tous ceux qui ont donné comme vous leurs enfants. Allez. Emportez dans vos cœurs, avec votre douleur à vous, la grande douleur commune, rançon de l’espérance commune. Un jour viendra, bientôt, je l’espère, où nous vous retrouverons ici, pour vous rendre la chère dépouille. Les souffrances d’aujourd’hui ne seront pas éteintes : dans votre mémoire des images se lèveront en foule pour les raviver ; mais vous sentirez aussi sur vous, ce jour-là, la bénédiction de la patrie, et, tout bas, la voix même de celui que vous pleurerez encore murmurera à vos oreilles la parole du dieu de paix et de miséricorde : « bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » 

Sepulture_du_capitaine_Gerard

Le lieu où repose actuellement le capitaine Gérard m’est inconnu. 

Sources :

Les Lettres rédigées par Blanche Gérard et les documents proposés ici, proviennent toutes de ma collection personnelle. 

Un grand merci à M. Bordes et à A. Carobbi.

 

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10 avril 2015

Deux lettres rédigées par le colonel Boigues en juin 1918.

Colonel_Boigues_2

Le colonel Boigues vient d’être informé de l’état de santé du capitaine Gérard par un courrier envoyé par le capitaine Alexandre de Parseval. Mais l’officier, qui commandait le 149e R.I. il y a encore quelques mois, n’est pas vraiment au courant de la gravité de la blessure infligée à son ancien subordonné. Une lettre rédigée par le capitaine Gérard et sa mère lui parvient quelques jours plus tard… Malgré sa charge de travail, il s’empresse de répondre le jour même.

24 juin 1918

Cher ami,

Votre lettre m’arrive ce matin et je veux m’arracher au monceau de papiers qui encombre ma table, pour vous dire combien je suis désolé de vous savoir si douloureusement atteint.

Je vous félicite bien vivement, et de votre belle conduite qui ne m’étonne pas connaissant votre ardeur et votre dévouement sans borne et aussi, de la distinction dont vous venez d’être l’objet et que vous avez si bien méritée.

Très bon courage, confiance et patience, les beaux jours reviendront après la souffrance. C’est un mérite de plus à ajouter aux vôtres que de la supporter par amour pour notre belle France.

J’ai des moments de tristesse quand je me vois confiné à une besogne de bureau alors que je pourrais, dans la vie active, rendre de meilleurs services. J’en arrive à comprendre le sentiment des gens qui considèrent les E.M. comme une caste à part. À citer ces officiers qui y sont, parce qu’indispensables, il y en a aussi d’autres, j’en suis certain, qui y trouvent le filon. C’est une réalité qu’il faudrait faire disparaître, qui est d’autant plus fâcheuse qu’elle prédispose les corps de troupe à juger indistinctement tous les états-majors en bloc.

J’ai eu des nouvelles du 149e R.I. par de Parseval. Il m’avait annoncé votre blessure sans rien préciser. Il me dit aussi que son frère André a été blessé à la jambe et il ajoutait que le régiment s’était couvert de gloire.

J’ai écrit à Husson, pour avoir des nouvelles de tous mes vieux camarades.

Ne vous fatiguez pas à m’écrire. Priez simplement un de vos voisins de m’envoyer de vos nouvelles, car je serais désolé que vous preniez quelque peine à mon sujet.

Vous voudrez bien présenter à Madame votre mère, qui a bien voulu ajouter quelques mots à votre lettre, mes remerciements et respectueux hommages.

Sa présence doit être pour vous un rayon de soleil et un puissant réconfort.

Bien affectueusement à vous,

Mes meilleurs souhaits de rétablissement,

Quelques jours plus tard, le colonel Boigues apprend le décès du capitaine Gérard, il rédige une lettre à la mère du jeune homme.

4 juillet 1918

 Madame,

La poste m’apporte aujourd’hui votre lettre et je veux sans tarder, en vous exprimant la part très vive que je prends à votre douleur, vous apporter le témoignage de ma profonde et respectueuse sympathie.

J’avais, pour le capitaine Gérard, une véritable affection, basée sur les grandes qualités morales qu’il possédait, sur son absolu dévouement, sur la conception si nette et si élevée qu’il se faisait du devoir.

Très instruit, très doué, très intelligent, la vie semblait lui sourire et lui permettre de belles destinées.

Que, du moins, la pensée qu’il meure en héros, pour notre chère France, soit un adoucissement à votre chagrin, ainsi que la certitude que tous ceux qu’il a connus éprouvent aujourd’hui les mêmes amers regrets.

Dieu lui a donné sûrement la récompense de ses mérites.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes respectueux hommages.

Croyez à mon plus fidèle souvenir.

Colonel Boigues Chef d’E.M. du 16e C.A. secteur postal 138.

Un grand merci à M. Bordes et à A. Carobbi.

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