Une_ivresse_de_contestation_au_149e_R

Fin mai 1917, la 43e D.I. est touchée par des mouvements d’indiscipline. Des incidents font leur apparition au 31e B.C.P. au 158e et au 149e R.I..

Quelques hommes du 149e R.I. et du 108e R.I., espèrent entraîner le 129e R.I. dans une rébellion de masse, mais cette tentative est vite étouffée dans l’œuf. 

Un autre incident se déroule le 7 août 1917. Celui-ci est évoqué dans le témoignage du sous-lieutenant Douchez. Son bataillon, le 3e, cantonne à Billy-sur-Aisne. Il s’apprête à remonter en 2e ligne aux Vervins. Voici comment il commente l’évènement :

« C’est l’époque où, grâce à l'excitation de certains parlementaires pro-allemands, de graves désordres naissent dans l’armée du front. La propagande est faite par l’intermédiaire des conducteurs des sections automobiles.

Recevant l’ordre de monter en secteur, des unités font demi-tour, elles grimpent sur les convois d’autos retournant à l’arrière, qui les acceptent. Ces hommes se retranchent dans un bois qu’ils flanquent de mitrailleuses, arrêtent et pillent les convois de ravitaillements, etc.

Quelques régiments d’élite échappent seuls à une contagion plus ou moins profonde. Tel est le cas du 149e R.I.. Cependant, aujourd’hui, la quasi-totalité des hommes est ivre. Les autorités militaires se refusent à sévir contre les débitants et contre les très nombreux habitants qui vendent à boire clandestinement. La tenue pour le départ est lamentable. Les hommes défilent devant le commandant Desanti, offrant l’aspect d’une bande de brigands débraillés. Les hommes,  avec leurs faces bestiales, titubent. Ils n’observent ni ordres, ni cadences. Ils n’obéissent plus, ricanent et insultent au passage le chef de bataillon.

Ma section ouvre la marche ; au premier croisement de routes, passe une théorie de camions, chargés de troupes, qui monte aussi en secteur. Les occupants crient : « À bas la guerre ! » et lèvent leur crosse en l’air. Mes hommes, à cette vue, entonnent « l’Internationale ».

Je me retourne et je les regarde. Pourquoi se taisent-ils ? Ce n’est pas par affection pour moi, quoi qu’en prétendent certains écrivains dans leurs articles ampoulés, qui n’ont jamais approché le régiment ; ce sentiment n’existe, chez le soldat, qu’au titre de « rare exception ». Et encore ! Celui-ci disparaît sous l’influence de l’ivresse, de l’entourage, de l'intérêt.

Toujours est-il que s’il leur avait plu de continuer, je ne pouvais absolument rien faire contre ce troupeau d’ivrognes.

De ma compagnie, quelques hommes ont refusé de partir. Les autres compagnies sont nettement plus atteintes. Aucune sanction ne suit, car les chefs savent que les parlementaires interviendraient en faveur des meneurs… »

Sources :

Fond Douchez composé de 3 volumes. Déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

« Les mutineries de 1917 »  de Guy Pedroncini. Collection Dito. Presses universitaires de France. 3e édition avril 1996.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.