Studio_photographique

Important : ne soyez pas surpris de découvrir ailleurs un texte proche de celui-ci. Il ne s’agit pas de plagiat ou d’un copier/coller facile, mais ce travail est le résultat d’une réflexion collective entre trois personnes. Chacun a ensuite publié sa propre version de ce travail suivant ses fonds documentaires.

Arnaud Carobbi du site « Parcours du combattant 14-18 »

Site_Arnaud_Carobbi

Stéphan Agosto du blog du 74e R.I.

Blog_Stephan_Agosto

Denis Delavois du blog du 149e R.I.

Bonnes découvertes !

Petit aperçu de la photographie de soldats, 1900-1919

Les photographies sont un outil d’une extraordinaire richesse pour qui s’intéresse au parcours d’un homme, à l’histoire d’un régiment. C’est dans ce dernier cadre qu’est faite la présentation qui suit : quels sont les types de photographies que l’on rencontre lorsque l’on étudie un régiment et plus particulièrement ici le 149e R.I. ?

Des photographies avant 1900 existaient, mais elles sont moins fréquentes. Toutefois, les premiers types de photographies évoqués sont représentatifs de ce qui se faisait avant 1900. Le cliché suivant représente quatre soldats de la classe 1894.

Des_gars_du_Puy_de_Dome_de_la_classe_1894

Une démocratisation en marche :

Au tournant du XIXe siècle, la photographie est encore un objet rare et le plus souvent réservé à des moments clefs de la vie : une naissance, un mariage, un portrait (individuel ou de famille), parfois un décès (mais cette pratique disparaît) et l’incontournable photographie au service. Ces clichés sont majoritairement pris par un photographe. Les portraits sont faits dans son atelier. C’est l’époque des cartes photos, photographies collées sur un carton aux couleurs du photographe. La majorité a perdu le petit papier qui les protégeait.

D’autres sont plus « habillées », collées sur une bordure cartonnée, sans inscription au dos.

Portraits_d_avant_guerre

La pose est souvent stéréotypée, suivant les instructions du photographe, ce qui explique les similitudes importantes d’un cliché à l’autre pour un même atelier.

Portraits_mod_les_classiques

Comme le montre le montage suivant réalisé à partir de trois photographies rassemblées, la pose peut-être beaucoup plus originale. Ici nous pouvons voir un sergent-major du 149e R.I. dont l’identité reste hélas inconnue.

Un_sergent_major_du_149e_R

À noter le fusil qui ressemble vaguement à un lebel. Mais le fût est bien trop mince. L’anneau grenadière fait plutôt penser à un système Berthier. Pourtant, ce n’en est pas un non plus. Ce fusil semble être un assemblage de plusieurs pièces d’armes différentes. La baïonnette n’est en aucun cas réglementaire. Sa poignée est bien en métal, mais de forme aplatie. L’armement a certainement été fourni par le photographe pour rendre la pose plus martiale.

Dans certains cas, le photographe prête même une veste présentant bien mieux que la capote de sortie.

Uniforme_identique

La photographie amateur existe également au début du XXe siècle. Elle est souvent le fait d’officiers ou de militaires rengagés et a conduit les auteurs à les regrouper dans des albums.

Les deux clichés suivants, réalisés en 1911, proviennent d’un petit album hélas disparu.

Photographies_album_1901_appareil_Kodac_1897

Il arrive fréquemment que ces clichés aient fortement pâli ou jauni avec le temps, ce qui est moins souvent le cas des tirages des professionnels.

Ces clichés amateurs sont souvent des portraits, des groupes et des moments permettant une pause des sujets, presque toujours en extérieur.

On trouve tout de même, à mesure que les années passent, de plus en plus de photographies prises à tous les moments de la vie militaire : arrivée à la caserne, vie à la caserne, groupes, marches, manœuvres… Ce changement est lié au développement d’un nouveau support : la photo-carte. Cette photographie, tirée sur un papier donnant au final une carte postale à un prix modique, marque une étape importante dans la démocratisation de la photographie.

Elle est d’abord réduite à une portion du verso.

Carte_photo_la_plus_ancienne

Elle remplit ensuite la totalité de la surface.

Manoeuvres

On imagine mal la révolution que fut cette photo-carte et, par son coût réduit, le plus grand nombre de clichés qui furent achetés à partir de cette décennie.

Rarement conservée, cette photo-carte est l’épreuve qui a été tirée afin que les hommes y figurant puissent passer commande.

Dans d’autres cas, on trouve aussi un système de numérotation permettant de vendre les photographies.

Epreuve_a_rapporter

La venue à la caserne de photographes professionnels (ambulants comme sédentaires) était  semble-t-il très bien tolérée quand on voit le nombre de photographies de groupes prises au sein même de l’établissement. Si, souvent, les hommes posent comme ils sont, au moment de la corvée, entre camarades de chambrée, il arrive qu’il y ait certainement une commande officielle pour photographier tous les hommes.

On trouve fréquemment ces photographies de groupe sur photo-carte, parfois sur un support cartonné (c’était déjà le cas au cours du XIXe siècle).

Photographies_de_groupes

De nombreuses cartes-lettres ont également été mises en circulation à cette époque. Elles sont composées de deux photographies évoquant des scènes de la vie quotidienne du soldat. Une partie est consacrée à la rédaction du texte écrit par l’homme qui souhaitait l’envoyer à ses proches. L’autre partie rappelle l’histoire du régiment. Certaines de ces cartes-lettres ont pu traverser le temps.

Les_cartes_lettres

Le cliché suivant, réalisé par un professionnel de la chambre noire, nous montre une scène de tir.

S_ance_de_tir

À partir de 1900, l’imprimeur A. Gelly produit des fascicules appelés « Albums régimentaires » regroupant des photographies des hommes par compagnie. On a donc pratiquement toutes les personnes du régiment à la date des clichés. S’il ne s’agissait pas d’une commande officielle du Ministère de la Guerre, cette initiative privée connut un réel succès et une bienveillance évidente des autorités militaires.

Le 149e R.I. dispose de plusieurs albums. Il en existe un pour les années 1902, 1905, 1908, 1909 et 1911. D’autres ont été probablement réalisés.

Le 4e bataillon du 149e R.I., qui appartient au groupe de forteresse d’Épinal, a été photographié avec cette unité qui possède ses propres albums.

Les hommes de ce bataillon ont été « immortalisés » en 1909, 1911, 1912. Un album non daté, intitulé 2e groupe des 4e bataillons, a aussi été créé. Comme pour le 149e R.I. il doit y avoir d’autres fascicules.

Albums_r_gimentaires_149e_R

Le cas des plaques de verre :

La plaque de verre négative

Il arrive de trouver des plaques de verre montrant des soldats avant-guerre. Il faut rappeler qu’avant-guerre, on photographie sur plaque (les pellicules souples Kodak arrivent au début de la décennie 1910). Il s’agit donc de plaques originales ayant servi à faire des tirages sur papier. Leur grande fragilité explique qu’il n’en reste pas tant que cela un siècle plus tard.

Des centaines de soldats ayant effectué leur service militaire au 149e R.I. se sont fait tirer le portrait dans les studios de la famille Scherr. Celle-ci possédait un important magasin, avenue des Templiers à Épinal.

Photographie_Scherr

Malheureusement, ce bâtiment a été touché par un bombardement aérien américain qui a eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale, détruisant ainsi tout le stock de plaques de verre et de négatifs archivés.

On peut aussi trouver des photographies sur plaques de verre associant deux vues. Il s’agit de plaques utilisées pour un appareil photographique stéréoscopique. Placées dans un appareil spécial, ces vues donnaient une impression de relief et de profondeur.

Un autre procédé permettait de lire des vues stéréoscopiques. Ces clichés,réalisés sur un support en carton, pouvaient être visionnés avec un appareil qui portait le nom de « mexicain ».

L’image suivante représente le lieutenant-colonel Pineau qui commande le régiment à la fin 1916, sur les ruines du château de Déniécourt au mois d’octobre de cette année, dans la Somme.

Mexicain

Le cas des photographies en intérieur :

Ce sont certainement les clichés les plus rares. En effet, ces photographies nécessitaient une exposition supérieure. Peu d’amateurs se risquèrent à faire cette expérience. La photographie qui suit représente une chambrée de soldats du 149e R.I.. Elle a été faite en 1901.

Photographie_d_interieure_la_chambree

Celle qui suit représente la musique du régiment. Elle a été réalisée dans une école à l’occasion d’une des fêtes données à Épinal. La date où elle a été créée n’est pas connue, mais la silhouette caractéristique de l’homme qui est debout derrière le pupitre permet de l’identifier sans aucune difficulté. Il s’agit du sous-chef Émile Ferdinand Drouot.

Photographie_d_interieur_fetes_des_ecoles

Une démocratisation qui s’accélère avec la guerre ?

Il peut paraître étonnant que la guerre et la pénurie de produits chimiques pour les tirages aient conduit à une généralisation de la photographie. Il existe plusieurs explications à ce phénomène qui peut paraître incongru.

Tout d’abord, les anciens types de photographies continuèrent d’être achetés chez les photographes : photographies sur carton, photographies de groupes ou individuelles tirées sur photo-carte.

Portraits_realis_s_durant_le_conflit_14_18

Cependant, les cartes photo passèrent de mode et on en trouve de moins en moins à mesure que la décennie 1910 passe. De même, il n’y eut plus de photographies dans des albums régimentaires, même si des photographes professionnels continuèrent de venir dans les dépôts et lors de marches ou d’exercices.

Ensuite, c’est au front que cette démocratisation s’accélère. Certes, les appareils photographiques ne sont pas nombreux, mais des officiers, voire des hommes du rang, partirent avec leur appareil photographique. C’est là que les appareils Kodak pliables (le fameux Vest Pocket) dotés d’une pellicule souple permirent la réalisation de nombreux clichés.

Non seulement les amateurs en firent des albums photographiques qui sont des merveilles d’informations quand ils sont légendés, mais ils fournirent à des camarades des tirages de ces photographies. Ces échanges font que la vie à l’arrière, voire au front, est documentée pour le 149e R.I..

Album_149e_R

 Exemple de tirage offert au capitaine Jules Georges Hippolyte Robinet dans les années 1960.

Album_du_capitaine_Robinet

D’autres sources :

Des photographes du service des armées ou des journalistes prirent des clichés des hommes du 149e R.I. à plusieurs occasions.

Ce qui est le cas pour le 14 juillet 1917 lorsqu’une délégation du régiment s’est rendue à Paris. Ces hommes ont été désignés pour faire partie des éléments de régiments et de formations pour défiler derrière le général Augustin Dubail, durant la fête nationale du 14 juillet, dans les rues de la capitale, entre le cours de Vincennes et la place Denfert-Rochereau.

le_147e_R

Un autre évènement majeur pour le régiment photographié par un professionnel : son retour à Épinal le 4 août 1919.

Retour_du_149e_R

En guise de conclusion :

On imagine souvent que la photographie était encore un luxe au début du XXe siècle. Si sa pratique l’était, être photographié le fut de moins en moins. La photo-carte fut le médium principal de cette démocratisation au début du XXe siècle. Le développement de la pratique grâce à Kodak en fut un autre, à partir des années 1920.

Les photographies sont une source essentielle de cette histoire militaire du premier quart du XXe siècle. Si elles permettent de découvrir des aspects méconnus de la vie militaire, elles sont aussi une source particulièrement bien connue des spécialistes de régiments. Ceux-ci sont alors capables de replacer les clichés dans leur contexte spatial, chronologique, mieux que n’importe qui d’autre.

Sources :

La photographie de groupe du 147e R.I. provient du site « Gallica ».

Pour la consulter dans son format original, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. 

B

L'ensemble des autres photographies utilisées pour ce travail collectif provient de ma collection personnelle.

Pour consulter le travail réalisé par A. Carrobi, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

Site_Arnaud_Carobbi

Pour consulter le travail réalisé par S.Agosto, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

Blog_Stephan_Agosto

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à A. Carrobi, à J. Huret, à É. Mansuy et à « Marcus » qui intervient sur le forum « Pages 14-18 ».