Ferdinand_Dupuy_Gardel

Ferdinand Dupuy-Gardel est né le 21 décembre 1885 à Viscomtat dans la maison paternelle puydomoise. À sa naissance, son père, Jean-Marie, âgé de 40 ans, travaille dans un atelier de cordonnerie. La mère, Jeanne Bassot, est une femme de 35 ans qui n’exerce pas de profession, elle s’apprête à élever son deuxième enfant.

Le degré d’instruction de Ferdinand n’est pas inscrit sur sa fiche signalétique et des services. Cependant, nous pouvons affirmer sans aucun souci qu’il a poursuivi ses études après la scolarité primaire obligatoire. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de l’école normale de Chamalières, ce qui nous permet de dire que ce jeune homme a obtenu les connaissances suffisantes pour devenir enseignant.

Le 27 septembre 1905, Ferdinand Dupuy-Gardel est incorporé au 105e R.I. de Riom, immatriculé sous le numéro 6641. Il vient tout juste de valider un engagement volontaire d’une durée de trois ans, dans les conditions de la loi du 11 juillet 1892 qui offre « la faculté d’être renvoyé au bout d’un an ».

Bénéficiant de cette clause qui lui permet de rompre son contrat en toute légalité, le soldat Dupuy-Gardel est envoyé dans la disponibilité de l’armée active avec l’octroi de son certificat de bonne conduite le 18 septembre 1906.

Ferdinand travaille ensuite comme instituteur public à Saint-Rémy-sur-Durolle.

Durant les années suivantes, il accomplit plusieurs périodes d’exercices dans son ancien régiment. La première a lieu du 24 août au 20 septembre 1908, la seconde se déroule du 29 août au 20 septembre 1910 et la troisième du 29 mai au 14 juin 1913.

Entre-temps, il a épousé Angélina Bion une jeune institutrice originaire du village de Fayet-Ronaye. Le couple s’est marié le 3 août 1909 à Viscomtat. De cette union est né un petit garçon qu’ils ont prénommé Jean René Alphonse.

Genealogie_famille_Dupuy_Gardel

Lorsqu’il franchit le portail de la caserne d’Anterroche le dernier jour de sa 3e période d’exercice, il est loin de s’imaginer qu’il sera, de nouveau, obligé de laisser ses élèves, pour, cette fois-ci, partir à la guerre.

Caserne_d_Anterroche_Riom_105e_R

En juillet 1914, les tensions politiques entre la France et l’Allemagne sont extrêmes. Le 1er conflit mondial du 20e siècle est sur le point de voir le jour.

Ferdinand Dupuy-Gardel est rappelé à l’activité militaire en vertu du décret de mobilisation générale du 1er août 1914.

De retour au 105e R.I., l’ex-instituteur retrouve son uniforme de soldat le 4 août. Cette fois-ci, il ne s’agit plus d’entraînements…

Son régiment quitte Riom trois jours plus tard. Les hommes embarquent dans les trains qui se tiennent prêts à partir en gare de Gray pour prendre la direction des Vosges. Le 105e R.I. combat dans le secteur d’Abrechviller avant de retraiter.

Le 14 septembre 1914, le soldat Dupuy-Gardel est blessé près de Fontenay. Touché par une balle à la cuisse gauche, il est évacué vers l’arrière.

La date exacte de son retour sur la ligne de front n’est pas connue. Elle a probablement lieu en janvier 1916.

Tout ce que nous savons de manière sûre, c’est qu’il fait partie des effectifs de la 28e compagnie du dépôt du 105e R.I. à la date du 12 août 1915. Ce jour-là, Ferdinand Dupuy-Gardel rédige un courrier à son supérieur. Il souhaite être nommé au grade de sous-lieutenant en vertu de la circulaire ministérielle n° 4753 c/1 qui date du 31 juillet 1915.

Son commandant de compagnie donne son aval : « Très bon soldat, dévoué et intelligent, a fait campagne et a été blessé. Instituteur public. Rentre dans la catégorie des candidats visée par la circulaire du 31 juillet 1915. Avis très favorable. »

Le 29 septembre, il est nommé caporal. Ses nouveaux galons et son savoir d’enseignant lui permettent d’exercer les fonctions de fourrier avant d’être promu dans le grade convoité pour la durée de la guerre à compter du 28 décembre 1915.

Une nouvelle affectation l’attend. Il a ordre de rejoindre le 17e R.I..

Arrivé sur le front le 23 janvier 1916, son récent passage au grade de sous-lieutenant l’amène en Artois, dans un secteur compris entre Houdain et Gouy-Servins, pour prendre le commandement d’une section du régiment.

Comme le laisse supposer une annotation sur le feuillet du personnel, rédigé par le lieutenant-colonel Paitard, responsable du 17e R.I., sa période passée au sein du régiment n’a pas laissé que des bonnes impressions.

Début septembre 1916, il écrit ceci : « Officier très calme et quelque peu effacé, s’occupant respectueusement de ses fonctions, mais ne semble pas en état, au moins pour le moment, d’exercer le commandement d’une unité supérieure à la section. »

Le 19 septembre 1916, Ferdinand Dupuy-Gardel est blessé du côté de Berny-en-Santerre.

Lorsqu’il revient dans son ancienne unité après sa convalescence, il est affecté à la 10e compagnie.

Le 7 août 1917, le sous-lieutenant Dupuy-Gardel est sévèrement puni par ses supérieurs. Le lieutenant-colonel Paitard lui inflige 8 jours d’arrêt de rigueur avec le motif suivant : « Étant en permission et ayant un motif légitime de demander une prolongation, en a adressé la demande au chef de corps, malgré l’interdiction, mainte fois répétée, d’agir ainsi. A considéré sa prolongation comme accordée bien qu’il n’eut pas reçu de réponse, et est, de ce fait, rentré quatre jours en retard. »

Le chef du 17e R.I. donne son appréciation sur les compétences de son subordonné : « Il n’avait, jusqu’ici, donné lieu à aucune plainte au sujet de sa conduite. Officier ayant de la bonne volonté, mais fort peu de moyens. Ne paraît pas s’être encore rendu compte de la gravité de la faute qu’il a commise. C’est pourquoi je ne le punis pas plus sévèrement et que je ne demande pas d’augmentation. »

Sa hiérarchie ne l’entend pas de cette façon. Elle impose une sanction beaucoup plus sévère. La punition est vite portée à 20 jours d’arrêt de rigueur, par le général commandant le 21e C.A. avant de passer à 30 jours par ordre du général responsable de la VIe armée. 

Cette faute entraîne  une pénalisation supplémentaire. Sa prochaine permission devra être réduite de quatre jours tout en étant retardée de deux mois. De plus, le général commandant le 21e C.A. estime que cet officier ne doit pas rester au 17e R.I.. Pour lui, c’est un mauvais exemple pour la troupe. Un changement de corps est donc demandé. 

Le lieutenant-colonel Peitard rédige une note très dure dans le feuillet individuel de campagne du sous-lieutenant Dupuy-Gardel : « A reçu deux blessures au cours de la campagne ce qui lui a fait perdre quelque peu de son activité. Consciencieux pendant les périodes de calme, mais perd tous ses moyens sous le feu. En somme, à peu près inutile au combat. À surveiller à tout point de vue. Moyens limités. »

C’est dans ces conditions qu’il reçoit sa mutation pour le 149e R.I.. Le 25 août 1917, il arrive au C.I.D. de la 43e D.I.. Le 22 septembre, Ferdinand Dupuy-Gardel intègre la 10e compagnie du régiment, placée sous l’autorité du lieutenant Monnoury. Le régiment est sur le point de commencer un entraînement préparatoire en vue de la future attaque de la Malmaison.

Peu de temps avant le déclenchement de cette offensive, le sous-lieutenant Dupuy-Gardel est immortalisé par l’objectif du photographe parmi tous les officiers du 3e bataillon à Ancienville.

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

La bataille de la Malmaison a lieu le 23 octobre 1917. La 10e compagnie est engagée en tête d’attaque durant la 2e phase de l’opération avec le reste du 3e bataillon après avoir été en soutien durant la 1ère phase.

La section du sous-lieutenant Dupuy-Gardel est dans le secteur du bois de Belle Croix lorsque celui-ci trouve la mort.

Sa fin est violente et instantanée, plusieurs éclats d’obus lui arrachent une partie du visage et du crâne.

Le sergent Alfred Marquand évoque sa rencontre avec le corps sans vie de cet officier dans l’ouvrage « Et le temps à nous est compté » :

«…Le deuxième cadavre est celui du sous-lieutenant Dupuy-Gardel que je reconnais péniblement malgré la boursouflure du visage à la courte barbe en pointe. Le cou n’est plus qu’une masse broyée de caillots hideux. Les jambes dépouillées des leggins offrent la pitrerie macabre des chaussettes tombant sur le cou-de-pied. Les infâmes détrousseurs ont déjà glané leur butin… »

Le passage de cet officier au sein des effectifs du 149e R.I. a vraiment été trop bref pour que ses chefs puissent se faire une opinion sur lui.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant la journée du 23 octobre 1917, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Tranchee_de_la_Loutre__bois_de_Belle_Croix

Ferdinand Dupuy-Gardel est inhumé dans le cimetière de Condé-sur-Aisne, par les soins du groupe de brancardiers de la 43e D.I., dans une sépulture qui porte le n° 313.

Son acte de décès est envoyé pour transcription sur le registre d’état civil de la commune de Saint-Rémy-sur-Durolle, le 26 mars 1918.

Le corps de cet homme a certainement été rendu à la famille dans les années 1920.

Son nom est inscrit sur les monuments aux morts des communes de Saint-Rémy-sur-Durolle et de Viscomtat ainsi que sur celui de l’école normale de Chamalières.

Cet officier a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre n° 201 de la 13e D.I. :

« A constamment donné l’exemple du courage et de l’énergie. Blessé le 19 septembre 1916 en surveillant, malgré un violent bombardement, l’organisation d’une tranchée récemment enlevée à l’ennemi. »

Citation à l’ordre de l’armée (publication dans le J.O. du 17/01/1918)

« Officier brave et courageux, joignant aux plus brillantes qualités militaires, le sentiment du devoir poussé jusqu’à l’abnégation. Tué à … au moment où il se portait à l’attaque du fortin ennemi qui opposait une résistance acharnée. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Fiche signalétique et des services lue sur le site des archives départementales du Puy-de-Dôme.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

J.M.O. du 105e R.I.. S.H.D. de Vincennes.  Réf : 26 N 676/1

J.M.O. du 17e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 588/2

La photographie de groupe est extraite du fonds Paul Douchez, un témoignage en trois volumes. Ce volumineux travail a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à M. Porcher, à F. Barbe, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales du Puy-de-Dôme.