Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.
Archives
7 juin 2024

Un sous-lieutenant du 149e R.I. rétrogradé au rang de sergent (2e partie)

 

À la fin de novembre 1915, Pierre Peyrus se trouve au dépôt du 149e R.I., en attente d'une nouvelle affectation.

 

Après sa rétrogradation au rang de sergent, l'ancien sous-lieutenant Peyrus tente de justifier ses actions suite à l'offensive allemande du 3 mars 1915 et les événements des 9 et 10 mai 1915, dans l'espoir de restaurer sa réputation et son honneur militaire.

 

Le 26 novembre 1915, Pierre Peyrus rédige un rapport détaillé à l'intention d'Alexandre Millerand, alors ministre de la Guerre du gouvernement de René Viviani ; ce rapport veut justifier ses actions en tant que chef de section, lesquelles avaient été sévèrement critiquées par le lieutenant-colonel Gothié, commandant du 149e R.I., et le commandant Bichat, chef du 1er bataillon du régiment.

 

Le sergent Peyrus exprime d'abord son "complet désaccord" avec les évaluations faites dans le rapport de ses supérieurs. Il fait appel aux témoignages de ses anciens capitaines pour rétablir une image fidèle de sa personne. Le capitaine Altairac le décrit comme un « jeune officier plein de zèle, avec une forte volonté de bien faire, promettant de devenir un excellent officier ».

 

Cette démarche illustre la stratégie qu'il adopte pour réfuter le rapport qui l'accuse : il conteste chaque point, présente sa version des faits et la corrobore avec des témoignages écrits joints au dossier et certifiés conformes. Pour appuyer son récit, le sergent Peyrus a même réalisé quelques cartes.

 

Il faut remarquer qu'il relate son histoire avec précision, mentionnant l'identité de tous les témoins. Heureusement pour lui, la plupart d’entre eux ont survécu jusqu'à la fin de l'année 1915.

 

Il aborde ensuite l'accusation selon laquelle il aurait été introuvable en mars 1915. Il clarifie qu'il a pris le commandement de la compagnie de manière inattendue le soir du 3 mars, sans avoir été informé depuis l'après-midi qu'il était le dernier officier. Après avoir reçu ses ordres du chef de bataillon Bichat, il reste à son poste durant toute la nuit du 3 au 4 avec les 25 hommes restants de la compagnie.

 

L’ancien sous-lieutenant Peyrus évoque l'attaque qui était prévue pour la fin de l'après-midi. Absent de la réunion dans l'abri du commandant, il n'a appris son rôle que par le capitaine de la 12e compagnie, qui semble clairement responsable des événements à venir.

 

Suite à une avancée réussie, la compagnie du sous-lieutenant Peyrus se retrouve isolée, la 12e compagnie n'ayant pas tenu sa position. Face à une situation précaire et mal comprise par le chef de bataillon, Pierre Peyrus décide de replier ses hommes vers la haie G, conformément à la suggestion reçue au cas où ils ne pourraient tenir la ligne. Il termine ainsi : 

 

« En résumé, je viens d’établir pour les journées du 3 et du 4 mars, l’inexactitude des faits qui me sont reprochés :

 

  1. Le 3 mars, je n’ai ni quitté ma section, ni été dans un abri. J’ai suivi le sort de mes hommes dans les boyaux qu’ils occupaient et suis par conséquent resté facilement trouvable.

 

  1. Le commandement de la compagnie ne m’a jamais été passé par personne. Mon prédécesseur ne m’a même pas prévenu de son départ.

 

  1. Le 4 mars, je n’ai pas poussé une section en avant de moi et il ne saurait être question de toute une compagnie que j’ai fait replier, sans motif et sans m’être rendu compte moi-même de la situation. »

 

Il est ensuite surpris par le silence complet concernant l'affaire, jusqu'à ce qu'elle soit déterrée pour mieux l’incriminer pour les faits des 9 et 10 mai suivants.

 

Là encore, il relate l'attaque de son point de vue, les blessures des autres officiers lors de l'assaut, et l'annonce de son commandement de la compagnie à son retour, étonné de ne pas avoir été accompagné par les autres sections. L’ex-sous-lieutenant Peyrus accuse un adjudant qui, malgré sa connaissance de l'absence d'officier, n'a pas assumé ses responsabilités dans de telles situations.

 

Il conclut :

 

 « Si ce qui était prévu n’a pas été exécuté, c'est-à-dire le départ de la compagnie pour l’attaque au signal du capitaine, ce ne saurait être à moi à en supporter la responsabilité. Pour ce qui est du départ lui-même, la compagnie n’est devenue mienne qu’après qu’il eut été ordonné et manqué. »

 

L'accusation de s'être dissimulé toute la journée dans un abri est réfutée par la phrase qui suit.

 

« J’affirme d’ailleurs que pendant toute la journée du 9 mai, depuis l’heure de l’attaque, je ne suis pas entré dans un abri ! Il est donc absolument inexact que je sois resté dans un abri et que j’aie laissé ma compagnie sans commandement. »

 

En fin de journée, un lieutenant prend le commandement de la 4e compagnie. Durant la nuit, un mouvement de panique entraîne le retrait désordonné des compagnies du 149e R.I.. L'adjudant Delhumeau, responsable de cet acte, est formellement identifié. La conclusion du sergent Peyrus est, une fois de plus, irrévocable :

 

  1. Loin de me terrer au moment critique, je suis resté à mon poste au milieu de mes hommes.

 

  1.  Si quelqu’un doit supporter la responsabilité directe de la perte de la sape, c’est l’adjudant Delhumeau qui l’occupait avec sa section et une partie de la 1ère.

 

  1. Au dessus de l’adjudant, si quelqu’un doit encore prendre sa part de responsabilité, n’étant pas commandant de compagnie ça ne saurait être moi. Il est impossible de m’imputer le manquement d’une section commandée par un adjudant et ne faisant même pas partie de mon peloton.

 

  1. Je ferai remarquer que, jeune sous-lieutenant, j’ai été un peu trop facilement mis à l’écart, en même temps que chargé de responsabilités étrangères à mon commandement. 

 

Il reconnaît avoir été commotionné pendant quelques minutes suite à l'explosion d'une grenade. Par la suite, il a été blessé par un obus qui l'a enseveli pendant cinq heures, lui causant des blessures au visage et surtout au genou.

 

Pierre Peyrus conclut par un rejet total de toutes les conclusions qui ont mené à sa rétrogradation.

 

  1.  Les bases de ce rapport ont été jetées le 4 mars en contradiction absolue avec le compte-rendu fait par moi au commandant Bichat et que j’avais tout lieu de croire accepté.

 

  1. Dans l’intervalle du 4 mars au 9 mai, de même qu’après mon évacuation le 11, aucune demande de renseignements ne m’a été faite, aucun reproche ni aucun avertissement n’a pu me faire prévoir qu’une sanction allait être prise à mon égard. Étant en convalescence le 26 juillet, j’ai été purement et simplement avisé, par le dépôt du 149e R.I., d’avoir à lui renvoyer ma lettre de service.

 

Malgré la force de sa démonstration, étayée par de nombreux témoignages, les officiers supérieurs restèrent sourds à sa supplique.

 

Le plaidoyer du sergent Peyrus remonte la voie hiérarchique, mais il n'atteint pas son destinataire, le ministre de la guerre. Retenu au niveau du Quartier Général de la Xe armée, après avoir été annoté par le responsable du dépôt du 149e R.I., par le général commandant la 2e subdivision d’Épinal et par le général commandant la 21e région et par le chef du personnel du G.Q.G., son rapport est renvoyé en aval pour enquête et avis.

 

Avis du chef de bataillon commandant le dépôt du 149e R.I. :

 

« Je ne puis émettre un avis en connaissance de cause sur les faits avancés par le sergent Peyrus puisque je n’en ai pas été le témoin. Depuis son arrivée au dépôt, le 5 août 1915, le sergent Peyrus s’est très bien conduit. » (Épinal, le 3 décembre 1915).

 

Avis du général Léon Francfort commandant la 2e subdivision d’Épinal :

 

 « Comme le commandant du dépôt, le commandant d’armes d’Épinal réprouve naturellement de la façon la plus complète les faits qui ont conduit à la rétrogradation au grade de sergent du sous-lieutenant à titre temporaire Peyrus et il ajoute qu’il avait conseillé à ce sous-officier de compter dans la réhabilitation complète sur sa conduite future plutôt que sur un plaidoyer. Il ne transmet donc celui-ci que sur son insistance. » (Épinal, le 4 décembre 1915).

 

Avis du général commandant la 21e région :

 

« Transmis sans observations à Monsieur le général commandant en chef » (Chaumont, le 7 décembre 1915).

 

Avis du G.Q.G. (P.O. du lieutenant-colonel, chef du bureau du personnel) :

 

« En communication pour enquête et avis. » (Saint-Pol, le 11 décembre 1915).

 

Avis du général commandant la Xe Armée :

 

« Communiqué pour enquête et avis à Monsieur le général commandant le 21e C.A. » (13 décembre 1915).

 

Le 8 février 1916, le plaidoyer de l'ancien sous-lieutenant Peyrus finit entre les mains du lieutenant-colonel Gothié le 8 février 1916. Après lecture du document, le chef de corps du 149e R.I. exclut catégoriquement toute modification des sanctions qu'il a imposées en donnant l’appréciation suivante :

 

« La réclamation ci-jointe de l’ex-sous-lieutenant Peyrus est un véritable  plaidoyer «  pro domo » et ne s’appuie que sur des appréciations d’inférieurs qui n’ont aucune qualité pour juger un chef.

 

Le rapport de mai 1915,  sur lequel a été basé la rétrogradation  du sous-lieutenant Peyrus, est la reproduction presque intégrale et plutôt atténuée du rapport du commandant breveté Bichat qui était alors son chef de bataillon.  Qui l’a eu sous ses ordres pendant toute la période considérée.

 

Ci-joint copie de ce rapport et réponse du même officier supérieur aux arguments évoqués par le sergent Peyrus (pièces n° 2 et 3).

 

La plupart des officiers mis en cause par l’intéressé ont été malheureusement tués (capitaine Grüneissein, commandant la 12e compagnie le 4 mars, capitaine Cochain, commandant la 3e compagnie, capitaine Crépet, commandant la 9e compagnie le 9 mai, capitaine Chazal, commandant la 4e compagnie, tué comme chef de bataillon au 158e R.I.)

 

Parmi ceux qui restent, les capitaines Altairac et Langlois, les sous-lieutenants Charlois, de Parseval et Heslaut qui ont été blessés dès le début de l’action n’ont pu être témoins d'aucunes des défaillances du sous-lieutenant Peyrus.

 

Mais il reste assez d’officiers du 149e R.I. qui ont pu apprécier sa conduite aux affaires de mars (ci-joint les rapports des capitaines Crépet et Trézenem, des lieutenants de Parseval et Chauffenne, des sous-lieutenants Charlois et Antonnelli).

 

Pour consulter une partie de ces rapports, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

De tous ces témoignages, il résulte que le sous-lieutenant Peyrus n’avait pas les qualités nécessaires pour faire un commandant de compagnie et même un chef de section. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé sa rétrogradation au grade de sergent. »

 

Le général Guillemot, à la tête de la 85e brigade, valide le rapport du lieutenant-colonel Gothié avec l'appréciation suivante :

 

« Je partage entièrement l’avis émis dans le présent rapport, par le lieutenant-colonel Gothié, commandant le 149e R.I., et j’estime que la rétrogradation a été demandée en toute connaissance de cause par ce chef de corps. »

 

Le 15 février 1915, le général de Boissoudy, responsable de la 43e D.I. ajoute :

 

« Il résulte de l’enquête à laquelle il vient d’être procédé au 149e R.I. que la mesure prise à l’égard du sergent Peyrus était nécessaire dans l’intérêt du service.

 

Trop jeune, au double point de vue physique et surtout moral, Peyrus ne pouvait pas rester officier. Sa réclamation n’est nullement fondée.

 

Le général Maistre, responsable du 21e C.A. poursuit :

 

« Il résulte de l’enquête ci-dessus que le sergent Peyrus sans doute à cause de sa trop grande jeunesse ne possédait pas l’énergie morale et physique nécessaire à un officier. La mesure prise à son égard était donc justifiée. Au lieu de réclamer contre ses chefs en faisant appel, comme il l’a fait, aux témoignages de ses inférieurs, il  eut été mieux inspiré en demandant à revenir au front pour s’efforcer de dissiper l’impression défavorable que son attitude produite et de se réhabiliter. » (P.C. du général Maistre, le 18 février 1916).

 

Le dernier mot incombe au général d’Urbal commandant de la Xe armée :

 

« Le sergent Peyrus semble avoir manqué de ressort au point de vue physique et moral.

 

La meilleure manière pour lui de faire revenir sur l’impression qu’il a laissée dans l’esprit de ses chefs est de demander à revenir sur le front et d’y faire ses preuves.

 

Jusqu’à ce qu’il ait fourni des preuves décisives du contraire, il semble qu’il fut trop peu formé pour commander une troupe dans des circonstances difficiles.

 

S’il donne satisfaction au cours de l’épreuve, il pourra être nommé à nouveau sous-lieutenant. » (Q. G. du général d’Urbal, le 21 février 1916).

 

Malgré son rapport détaillé et les nombreux témoignages en sa faveur concernant les accusations portées contre lui, l'ex-sous-lieutenant Peyrus ne retrouve pas son ancien grade. Il reste sergent et reçoit une nouvelle affectation. C'est au sein de cette nouvelle unité qu'il aura l'opportunité de regagner ses galons d'officier.

 

Sources :

 

Dossier individuel du sous-lieutenant Peyrus consulté au S.H.D. de Vincennes.

 

Les portraits du commandant Bichat et du sous-lieutenant Pierre Peyrus sont extraits de leurs dossiers individuels du S.H.D. de Vincennes.  

 

Les portraits du commandant Bichat, des capitaines Crépet et Cochain des sous-lieutenants Chauffenne et Peyrus sont extraits de leur dossier individuel du S.H.D. de Vincennes.  

 

Le portrait du capitaine Grüneisen vient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue « l’Illustration ».

 

Le portrait du lieutenant-colonel Gothié provient de la collection personnelle de son petit-fils, D. Gothié.

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au S.H.D. de Vincennes.

 

Pièce annexe :

 

Pour celles et ceux qui désirent consulter le plaidoyer complet de Pierre Peyrus, voici la transcription intégrale du document.

 

« En suite à la communication que j’ai eue le 20 septembre 1915 des pièces concernant ma rétrogradation par circulaire ministérielle n° 4.973 Y, en date du 4 juillet 1915, j’ai l’honneur de vous rendre compte des faits qui ont pu motiver cette mesure. L‘authenticité du récit suivant est établie par les nombreux témoignages qu’une enquête minutieuse m’a permis de recueillir.

 

Il me semble utile de signaler dès le début le complet désaccord existant entre, d’une part les notes qui me sont attribuées au début du rapport pour «  les circonstances ordinaires » et d’autre part celles qui m’ont été réellement données par mes différents capitaines : Messieurs Altairac, Chazal et Langlois.

 

Le capitaine Altairac (lettre du 9 octobre) se souvient m’avoir noté dans le sens suivant : «  jeune officier animé d’un bon très bon esprit, d’un grand désir de bien faire ; promet de devenir un très bon officier ». Et le capitaine Langlois (lettre du 6 octobre) se rappelle avoir précisé que je m’occupais beaucoup de mes hommes. Or, de ces notes données par mes chefs directs, c’est presque l’opposé qui semble avoir été mentionné dans mon rapport.

 

Pour ce qui est du 3 mars, on me reproche d’être resté introuvable pendant plusieurs heures, les deux autres officiers étant blessés, et d’avoir par conséquent laissé la 4e compagnie sans commandement ; or :

 

  1. Je n’ai pas quitté ma section et suis toujours resté avec mes hommes dans les boyaux, loin d’être terré dans un abri comme on le laisse supposer. Les hommes dont les noms suivent, qui se sont trouvés près de moi le 3 mars, peuvent en témoigner : sergent Janvier, caporal Dutel, soldats Georgel Gustave (actuellement caporal), Gazotty Marius, Flanchard Jules, Tourrette Paul, Cucherat Eugène, Pallenc Joanny, Mignaux Louis,…

 

  1. Le commandement de la compagnie ne m’a été passé par personne. Le capitaine Altairac ayant été blessé le matin, c’est le sous-lieutenant Charlois, plus ancien que moi, qui commandait la compagnie ; or il fut blessé dans l’après-midi, à 15 h 30, et quitta la compagnie sans me passer de commandement et sans même me prévenir de son départ. C’est à la nuit, et tout à fait incidemment que j’appris sa blessure.

 

À ce moment, je suis appelé auprès du chef de bataillon Bichat, commandant le 1er bataillon, qui me demande des renseignements sur l’état de la compagnie.

 

Il me donne des instructions. Je reçois en particulier l’ordre d’aller aussitôt prendre position à la haie G, avec une section de la 4e compagnie ; la 12e compagnie, détachant elle aussi une section avec le sous-lieutenant Chauffenne.

 

 

C’est là que je me trouve encore le lendemain 4 mars avec l’aspirant  Crébely, les sergents Brusson et Tartavez, les caporaux Colnot, Fournier, Colin, les soldats Cucherat Eugène,  Allirot René, Glanchard Jules, Benoiston Charles, Gayon Paul, Ferrand Eugène, Fournier Ernest, Arnold Joseph, Péroud Jean, Didier Henri, Chassard Louis, Duvoid Lucien… Le tout formant une faible section de 25 hommes maximum.

 

Le reste de la compagnie, assez éprouvée d’ailleurs, est au bois 7, à la disposition du commandant Bichat.

 

Dans l’après-midi du 4, une attaque est décidée pour la reprise de la haie G et des tranchées auxquelles elle aboutit et que les Allemands nous ont fait sauter la veille.

 

Voici à ce propos le témoignage du caporal fourrier Gatet Victor, classe 1898, 1ère compagnie, agent de liaison au 1er bataillon : « Le 4 mars, vers 17 h 00, au bois 7, le chef de bataillon Bichat, commandant le 1er bataillon du 149e R.I., a donné au capitaine Grüneissen, commandant la 12e compagnie, qui était en renfort du bataillon sus-indiqué, les ordres suivants : se porter avec sa compagnie à la haie G et progresser par les boyaux partant de cette haie à droite et à gauche, afin de réoccuper le plateau de ladite haie. Le sous-lieutenant Peyrus, de la 4e compagnie, lui est adjoint comme soutien avec les hommes qui lui restent. » (Épinal, le 16 août 1915).

 

Ces ordres sont certifiés conformes par le sous-lieutenant Antonelli de la 3e compagnie (à Épinal, le 4 octobre 1915). Étaient présents dans l’abri du commandant : le capitaine Grüneissen, le sous-lieutenant Antonelli, l’adjudant de bataillon Gabarre et le caporal fourrier Gatet.

 

Me trouvant à la haie G, j’ignorais par conséquent ce qui précède. Or, voici comment ces ordres me furent transmis par le capitaine Grüneissen et, par suite, la façon dont se produisit l’attaque.

 

 À la tombée de la nuit, vers 17 h 30, j’étais au milieu de mes hommes, dans la tranchée, quand le capitaine de la 12e compagnie vient vers moi et me dit à peu près textuellement : «  On attaque tout de suite ! Vous allez partir en avant avec vos hommes le long de la haie G, vous emparer des barrages établis dans le boyau et vous prendrez position en avant de cette haie. Ma compagnie va attaquer en même temps que vous et marchera à votre droite. »

 

Ayant demandé au capitaine dans quelles conditions notre attaque serait unie à celle de sa compagnie, il me répondit : « Assurez vous-même votre liaison avec nous. Nous attaquerons à votre droite, au dessus de la haie G ! »

 

Ces ordres sont certifiés conformes par le caporal Latelier, de la 12e compagnie (à Épinal le 7 octobre) et le soldat Gayon Paul, classe 1899, 4e compagnie (à Épinal, le 25 octobre), qui étaient près de nous à ce moment.

 

En somme, on voit que les ordres donnés par le commandant Bichat sont totalement modifiés.

 

 

Pour l’exécution des ordres reçus, je fais venir aussitôt les sous-officiers, et leur donne des instructions pour l’attaque. Un caporal et 4 ou 5 hommes empruntent le boyau qui longe la haie, avec mission de s’emparer des  barrages établis par les Allemands. Moi-même, avec le reste de mes hommes, c'est-à-dire une vingtaine, sortons de la tranchée. Nous nous portons en avant en terrain découvert. Les hommes placés dans le boyau démolissent trois barrages successifs que les Allemands viennent d’abandonner, et délivrent 4 hommes du régiment dont le caporal Perrot (actuellement sergent), prisonniers dans un abri, entre les barrages français et allemands

 

L’abri suivant, démoli par les obus, est rempli d’ennemis tués et juste en y arrivant, un de mes hommes est blessé d’une balle à l’épaule.

 

La haie G dépassée, deux boyaux s’offrent à nous, montant à droite et à gauche. Devant marcher sur la droite en liaison avec la 12e compagnie, je fais prendre à mes hommes le boyau de droite. Dans celui de gauche, je fais établir un barrage par le caporal Fournier (actuellement sergent) et quelques hommes.

 

Nous progressons à droite jusqu’à notre tranchée de la veille. Cet élément est reconnu inoccupé par le sergent Tartavez et le caporal Colnot. Il n’en est pas de même dans son prolongement à gauche, d’où l’on voit partir des coups de feu.

 

Avec le peu d’hommes dont je dispose, je ne juge donc pas prudent de m’aventurer plus loin dans les lignes ennemies sans être certain d’être soutenu.

 

Je fais aussitôt aménager des créneaux et j’envoie une patrouille de 3 hommes en arrière et à notre droite pour prendre la liaison avec la 12e compagnie. Ma patrouille part, cherche un long moment, puis revient n’ayant trouvé personne.

 

Elle me signale par contre que la tranchée en arrière de nous dont la 12e compagnie devait s’emparer est occupée par les Allemands (ce renseignement sera d’ailleurs confirmé plus loin).

 

J’envoie aussitôt un homme auprès du commandant, le soldat Fournier Ernest, classe 1902, dont voici le témoignage : «  Dans la soirée du 4 mars, je reçois du sous-lieutenant Peyrus, commandant la 4e compagnie, l’ordre suivant : allez rendre compte au commandant Bichat :

 

  1. Des positions que nous occupons.

 

  1. Que la 12e compagnie ne se trouve pas à notre droite et que par suite, nous sommes absolument isolés en avant de nos lignes.

 

  1.  De l’impossibilité pour nous d’aller plus loin vu notre faible effectif.

 

Mais juste à l’entrée du boyau conduisant au poste du commandant, je suis arrêté par le capitaine de la 12e compagnie qui me demande les raisons de ma course et ne me laisse pas continuer.

 

Il me dit d’attendre pendant qu’il va lui-même trouver le commandant. Il revient environ un quart d’heure après et me donne la réponse suivante : « Dites au sous-lieutenant Peyrus de mettre le boyau qu’il occupe en état de défense. »

 

Cette réponse ne satisfait pas le sous-lieutenant qui me renvoie avec les mêmes ordres que précédemment, afin de parler cette fois au commandant Bichat et de lui signaler particulièrement l’absence de la 12e compagnie.

 

Cette fois-ci encore, je suis arrêté par le capitaine Grüneissen : «  Dites au sous-lieutenant Peyrus que s’il ne peut pas tenir là-haut, il doit se replier à la haie G ! »

 

Le capitaine ajoute qu’il va chercher d’autres ordres auprès du commandant et que je dois attendre son retour. J’attendis… mais le capitaine ne revint pas et, par suite, aucun nouvel ordre ne me fut transmis (fait à Épinal le 14 novembre 1915).

 

Là-haut, attendant le retour de mon agent de liaison, j’examine de près notre situation. La tranchée à laquelle aboutit le boyau de gauche est occupée.

 

C’est à elle que nous faisons face, mais ce qui m’inquiète c’est que nous sommes complètement découverts sur notre droite par le fait de l’absence de la 12e compagnie. Nous avons de ce côté et en arrière de nous, une tranchée occupée d’où les Allemands peuvent d’un moment à l’autre, profitant du talus de la haie G et de l’obscurité, descendre dans le boyau et nous couper tout chemin de repli.

 

Aussi, vers 20 h 30, après plus de deux heures d’attente pendant lesquelles aucun des soutiens et ordres sollicités ne nous est envoyé, à la suite d’un tir de pièces de 75 qui s’effectue sur notre droite, mais en arrière de nous, j’estime beaucoup plus sage de me replier avec ma section sur la haie G.

 

Avant d’en donner l’ordre, je prends toutefois l’avis de l’aspirant Crébely et du sergent Brusson dans lequel j’ai grande confiance. Comme moi, ils trouvent notre situation très risquée, et vu surtout notre petit nombre, estiment plus prudent de nous replier.

 

Je fais alors commencer le mouvement tout en laissant le caporal Colnot avec quelques hommes pour surveiller l’ennemi.

 

 

Mais en revenant à notre position de départ, nous trouvons le boyau obstrué. Les barrages ont été rétablis pendant notre absence. ! Quelques hommes de la 12e compagnie travaillent encore sur le dernier avec le caporal Thomas Charles (classe 1904, à Épinal le 16 novembre 1915) qui sont stupéfaits de notre arrivée.

 

Singulièrement étonné moi aussi, je reviens par le bras pendant le passage de ma section. Je sollicite le sergent Advinent (12e compagnie, 4e section) que je trouve à quelques mètres de là et exige de lui des explications précises.

 

 

Il en résulte que notre place est occupée par la 4e section de la 12e compagnie. Les hommes et le chef de section lui-même, le sergent Advinent, n’ont pas été prévenus de notre présence en avant des lignes ! (Ainsi, comme l’a dit lui-même le caporal Thomas, il était temps que nous revenions, car une fois le dernier barrage achevé, nous nous faisions tirer dessus par les nôtres !)

 

Quant aux sections de la 12e compagnie qui ont dû attaquer, elles sont descendues aux abris du bois 7 depuis environ deux heures.

 

La fraction de la 4e compagnie à laquelle on m’a donné l’ordre d’attaquer semble donc avoir été totalement oubliée.

 

En présence de ces faits, puisque je suis relevé de ma position initiale par la section de la 12e compagnie, je conduis mes hommes au bois 7, rejoindre le reste de la 4e compagnie. Je vais ensuite rendre compte de ce qui précède au commandant du 1er bataillon.

 

Voici maintenant, établie par les témoignages d’hommes de la 12e compagnie (en particulier : l’adjudant Corseron, sergent le 4 mars (1ère section), le caporal Latelier (1ère section), le sergent Ferret, caporal le 4 mars (2e section), le sergent Prudhon (4e section) et le caporal Thomas (4e section)), la façon dont s’exécuta l’attaque de cette compagnie.

 

Témoignage de l’adjudant Corseron (sergent le 4 mars à la 1ère section), chef de section : sous-lieutenant Chauffenne :

 

À Épinal, le 7 octobre 1915

 

« Le 4 mars, je me trouvais depuis la veille avec ma section dans une tranchée de la haie G, quand, à la tombée de la nuit, le capitaine Grüneissen, commandant la compagnie, vient me donner l’ordre d’attaquer, afin de prendre la tranchée parallèle à la haie, et qui est occupée par l’ennemi.

 

Je sors avec mes hommes et pars dans la direction indiquée. Nous progressons à peu près de 50 mètres, puis je fais halte à une petite haie pour rassembler mes hommes. Comme mon chef de section n’est pas là, j’envoie le caporal Latelier près du capitaine afin de demander ce qu’il est devenu et ce que je dois faire avec ma section.

 

À ce moment, nous sommes juste en face de la tranchée ennemie d’où nous viennent des coups de fusil.

 

Le capitaine me fait répondre que le sous-lieutenant Chauffenne est blessé, que je dois prendre le commandement de la section et que je dois me replier en ordre à la tranchée de départ.

 

C’est ce que je fais, en même temps que la 2e section qui est à notre gauche.

 

Nous sommes restés au maximum 30 minutes hors de la tranchée et y rentrons sans aucun blessé. Le capitaine nous fait descendre au bois 7. Aucun ordre ne nous est donné afin de prévenir de notre repli le sous-lieutenant Peyrus de la 4e compagnie qui a attaqué à notre gauche en longeant la haie G. »

 

Ce témoignage est certifié en tous points conforme par le caporal Latelier (classe 1912, 12e compagnie, 1ère section, à Épinal le 7 octobre 1915)

Témoignage du sergent Ferret (caporal le 4 mars à la 12e compagnie (2e section) :

 

« Le 4 mars, entre 17 h 30 et 18 h 00, la 2e section est sortie pour attaquer une tranchée en face de la haie G, mais nous nous sommes arrêtés en route près d’une petite haie et l’ordre est venu peu après de nous replier.

 

Restés une vingtaine de minutes dehors, nous sommes rentrés avec des hommes de la 1ère section, sans un blessé.

 

Le capitaine Grüneissen nous a dit à ce moment : «  Il est trop tard ce soir, on ne peut rien faire ! » Je n’ai pas entendu parler de la 4e compagnie. » (Épinal, le 18 novembre 1915).

 

Cet exposé fait ressortir de manière indiscutable les points suivants :

 

  1. N’ayant pas eu directement connaissance des ordres donnés par le commandant Bichat, j’ai exécuté ceux qui m’ont été transmis par le capitaine Grüneissen, n’ayant aucune raison d’en soupçonner la non-conformité. Il en résulte qu’on m’a fait attaquer avec mes hommes au lieu et place de la 12e compagnie. »

 

  1. En exécution des ordres du capitaine de cette compagnie, j’ai pris position en avant de nos lignes avec les hommes que j’avais avec moi, soit une faible section. Je n’ai pas été du tout soutenu par la 12e compagnie qui s’est bornée à faire, loin de moi, un simulacre d’attaque. En ce mot, une fois parti, j’ai été absolument abandonné, laissé sans soutien et sans ordres. Quand j’en ai sollicité, on ne m’a envoyé ni l’un ni l’autre.

 

  1.  Étant données cette situation et la position occupée, j’ai conscience absolue que mon devoir était de ne pas exposer plus longtemps mes hommes et de me replier avec ma section (2 à 3 heures après mon départ). Pour donner d’ailleurs une idée de notre position très en avant des lignes et de l’isolement dans lequel je me trouvais avec mes 25 hommes, je ferai remarquer que notre tranchée de départ A, située bien en arrière, était encore le 1er mai, malgré l’amélioration générale de notre ligne depuis le 4 mars, considérée comme position avancée. Il était presque impossible, en cas d’attaque, de soutenir à temps les deux sections qui l’occupaient. »

 

En résumé, je viens d’établir pour les journées du 3 et du 4 mars, l’inexactitude des faits qui me sont reprochés :

 

  1. Le 3 mars, je n’ai ni quitté ma section, ni été dans un abri. J’ai suivi le sort de mes hommes dans les boyaux qu’ils occupaient et suis par conséquent resté facilement trouvable.

 

  1. Le commandement de la compagnie ne m’a jamais été passé par personne. Mon prédécesseur ne m’a même pas prévenu de son départ.

 

  1. Le 4 mars, je n’ai pas poussé une section en avant de moi et il ne saurait être question de toute une compagnie que j’ai fait replier, sans motif et sans m’être rendu compte moi-même de la situation.

 

Tout d’abord, en fait de compagnie, la 4e compagnie était presque réduite de moitié le 4 mars ; mais comme je l’ai déjà dit, je n’étais monté à la haie G par ordre du commandant qu’avec une section de 25 hommes au maximum. 

 

Cette section, ces hommes qu’on me reproche d’avoir poussés en avant de moi, j’étais avec eux, je ne les ai pas quittés une seconde !

 

Peuvent d’ailleurs témoigner de l’effectif précité et de ma présence à sa tête, les hommes dont les noms suivent, existant encore et que je me souviens avoir vu : Aspirant Crébely, sergents Brusson et Tartavez, caporaux Fournier et Colin, soldat Gayon Paul, Cucherat Eugène, Glanchard Jules, Fournier Ernest, Chassard Louis, Duvoid Lucien…

 

Je me suis donc rendu compte moi-même de la situation. Si je me suis replié avec cette section, c’est que les motifs sérieux déjà exposés justifiaient cette mesure.

 

Quant au reste de la compagnie, ainsi que peuvent le certifier les hommes qui en faisaient partie, il n’a pas bougé pendant notre attaque : sergents Janvier, Marcel, Joly, Caporal Dutel, soldats Charles Marcel, Colin Henri, Aillot Louis,  Georgel Gustave, Dupin Léon, Savelli Joseph, Blanc Paul, Maunier François, Turc Louis, Mignaux Louis, Pallenc Joanny…

 

Il est donc encore impossible de me reprocher le repli de toute la compagnie.

 

Après ces combats du mois de mars, j’étais décidé à demander qu’une enquête fût faite au sujet des opérations du 4, mais la mise en cause très nette du capitaine de la 12e compagnie me fit y renoncer.

 

J’étais tout au moins en mesure absolue, et encore plus aisément qu’aujourd’hui, d’établir et de pousser les faits qui précèdent, par conséquent d’écarter toute accusation dirigée contre moi.

 

Or, depuis le soir du 4 mars, il n’a jamais été question devant moi de cette affaire. Aucun renseignement supplémentaire ne m’a été demandé par le commandant Bichat.  De mon côté, je croyais qu’il avait ajouté foi à ceux que j’avais donnés.

 

Je témoigne donc ici de mon étonnement, de ce qu’après un silence de deux mois, cette affaire de mars ait été remise à jour à l’occasion du 9 mai, date à laquelle il a été possible de me rendre responsable de faits complètement indépendants de ma volonté.

 

 

Pour l’exposé qui suit, relatif au 9 mai, je n’ai fait qu’extraire le compte-rendu envoyé dès mon arrivée à l’hôpital à mon capitaine Monsieur Langlois, les passages nécessaires à ma défense, en y ajoutant les témoignages recueillis auprès des blessés.

 

Il m’est reproché tout d’abord de ne pas avoir exécuté ce qui était prévu pour ma compagnie lors de l’attaque du 9 mai. Voici exactement dans quelles circonstances et de quelle façon elle s’opéra.

 

Les sections de la 4e compagnie (2e vague d’attaque) étaient disposées en profondeur dans des places d’armes ou boyaux perpendiculaires à la parallèle de départ alors occupée par la 2e compagnie (1ère vague d’attaque).

 

Cette compagnie partit un peu brusquement (avant l’heure fixée à 10 h 00) et le capitaine de la 4e compagnie, craignant d’être en retard, donna l’ordre du départ dans la position où étaient les sections sans s’assurer primitivement de leur débouché dans la parallèle. Il en résulta que seules les têtes des 3e sections (la mienne) et 4e, sortirent de la tranchée pour l’attaque.

 

Entendant le commandement du capitaine, je répète l’ordre : « en avant » et en tête de ma section, saute hors de la tranchée à quelques mètres de lui ; mais au milieu de la course, il disparaît dans un trou d’obus, blessé. Je m’aperçois en même temps que nous n’avons pas été suivis.

 

Je suis seulement avec les 5 ou 6 premiers hommes de ma section et le sergent Janvier. J’ignore à ce moment que deux sous-lieutenants (dont un plus ancien que moi) ont été blessés et je m’attends d’une seconde à l’autre à ce qu’ils nous rejoignent avec les autres sections.

 

Je fais d’abord chercher le capitaine, puis comme personne ne vient, je me décide à revenir dans la parallèle voir ce qui s’est passé. Elle est vide, et c’est loin de là, sur la droite, qu’après une recherche dans les boyaux, je finis par trouver l’adjudant Delhumeau (chef de la 2e section) avec le reste de la compagnie.

 

Très étonné de le trouver là, j’apprends de lui que les deux sous-lieutenants sont blessés et par suite, que c’est moi qui commande la compagnie.

 

Puisque des 4 officiers, 2 étaient sortis et les deux autres blessés, le devoir de cet adjudant qui, comme chef de section, connaissait les ordres d’attaque et l’emplacement à occuper, était de rassembler les gradés et hommes qui n’avaient pas entendu le signal de départ ou n’avaient pas pu déboucher dans la parallèle, et de les entraîner à notre suite.

 

Au lieu de cela, l’adjudant n’est même pas sorti de la tranchée jusqu’à ce que je le trouve. Il n’a fait que promener dans les boyaux (occasionnant ainsi la perte de matériel, d’outils et de grenades) sa section et les hommes des autres sections qui privées de leurs chefs s’étaient ralliés à lui ! Ceci est formellement établi par les témoignages de nombreux hommes de la 4e compagnie, et en particulier de la 2e section : sergent Tartavez, soldat Cuchenat Eugène (1ère  section) ; caporaux Colin et Fournier, soldats Pinel Hector,  Gayon Paul, Vercasson Georges, Pallenc Joanny, Cholley Charles ,Benoiston Charles (2e section), caporal Dutel, soldat Martin Léon, Georgel Gustave, Favet Joseph (3e section)caporal Bolot (4e section).

 

Témoignage du sergent Tartavez (1ère section) :

 

« Le 9 mai, à 10 h 00, aucun homme  de la 1ère section n’est sorti pour l’attaque. Nous n’avons fait que nous promener dans les boyaux, derrière la 2e section. » (Épinal, le 20 octobre 1915).

                   

Témoignage du sergent Fournier ( caporal à la 2e section le 9 mai) :

 

« Le 9 mai, un peu avant l’heure de l’attaque, j’ai vu passer dans le boyau où était la section, le capitaine Langlois et le sous-lieutenant Peyrus qui allaient à la parallèle de départ, mais nous ne sommes pas passés à l’attaque. Conduit par l’adjudant Delhumeau, nous avons fait à 3 ou 4 reprises différentes dans les boyaux, le mouvement : en avant, puis en arrière, et en tournant toujours à droite du côté opposé à la parallèle de départ.

 

Nous sommes restés ainsi jusqu’à ce que le sous-lieutenant Peyrus nous fasse rejoindre la 2e compagnie dans la tranchée qu’elle venait de prendre. » (Épinal, le 13 novembre 1915).

 

Témoignage du  soldat Pinel Hector, classe 1916 (2e section) :

 

« Le 9 mai, avant 10 h 00, j’ai vu passer le capitaine Langlois et le sous-lieutenant Peyrus allant à la parallèle de départ, mais aucun homme de la section n’est sorti pour attaquer, pas même l’adjudant qui n’a d’ailleurs donné aucun ordre pour cela. On ne nous a fait passer que des ordres contradictoires. En avant, puis au bout d’un moment : demi-tour !... Nous n’avons fait finalement que des marches et contre-marches dans les boyaux pendant une heure, jusqu’à ce que le sous-lieutenant Peyrus vienne et nous conduise à la 1ère tranchée allemande occupée par la 2e compagnie. » (Épinal, le 3 novembre 1915).

 

Ces témoignages et l’exposé qui les précède établissent donc que si ce qui était prévu n’a pas été exécuté, c'est-à-dire le départ de la compagnie pour l’attaque au signal du capitaine, ce ne saurait être à moi à en supporter la responsabilité.

 

Pour ce qui est du départ lui-même, la compagnie n’est devenue mienne qu’après qu’il eut été ordonné et manqué, et pour la suite, j’ai pris avec ma compagnie la place prévue auprès de la 2e compagnie.

 

Aussitôt que j’ai trouvé l’adjudant avec le reste de la compagnie, je reforme rapidement les sections qui ont été éprouvées par le bombardement et aussi complètement désorganisées par les allées et venues qu’on leur a fait subir.

 

À ce moment, nous sommes tout à fait à droite et loin de la parallèle de départ.

 

Le moyen le plus naturel de rejoindre la 2e compagnie est donc de suivre le boyau qui longe la haie G et aboutit à la 1ère tranchée allemande. Vouloir passer en terrain découvert n’a plus à ce moment de raison d’être, ce serait simplement causer à la compagnie des pertes inutiles.

 

 

Ce boyau de la haie G comporte des abris (je suppose que c’est à lui qu’il est fait allusion dans mon rapport) mais je ne fais que passer à la tête de la compagnie, sans séjourner dans un seul d’entre eux. Les hommes placés immédiatement derrière moi peuvent le prouver : sergent Fournier, sergent Duvoid, soldat Pallenc…

 

J’affirme d’ailleurs que pendant toute la journée du 9 mai, depuis l’heure de l’attaque, je ne suis pas entré dans un abri ! Il est donc absolument inexact que je sois resté dans un abri et que j’aie laissé ma compagnie sans commandement.

 

Au surplus, ce reproche est complètement annihilé par la déclaration reproduite ci-dessous :

 

« Les soussignés, gradés ou soldats de la 4e compagnie du 149e R.I., certifient que le 9 mai 1915, le sous-lieutenant Peyrus commandant la compagnie leur a fait rejoindre vers midi la 2e compagnie commandée par le capitaine Crepet, et qu’il est resté tout le temps dans la tranchée, au milieu d’eux ou causant avec le capitaine. »

 

Suivent les noms des signataires :

 

Sergent Fournier Léon, classe 1912, 2e section (caporal le 9 mai)

Sergent Colin Léon, classe 1912, 2e section (caporal le 9 mai)

Sergent Duvoid Lucien, classe 1901, 4e section (soldat le 9 mai)

Caporal Georgel Gustave, classe 1913, 3e section (soldat le 9 mai)

 

Soldats :

Cucherat Eugène, classe 1901, 1ère section

Pinel Hector, classe 1916, 2e section

Pallenc Joanny, classe 1895, 2e section

Gayon Paul, classe 1899, 2e section

Favet Joseph, classe 1899, 3e section

Martin Léon, classe 1901, 3e section

Mégniaux Louis, classe 1912, 4e section

 

Comme l’établit d’autre part la pièce ci-dessus, vers midi, ma compagnie était à sa place dans la tranchée allemande en renfort de la 2e compagnie et je m’étais mis aux ordres du capitaine Crépet, commandant de cette compagnie.

 

Le sous-lieutenant Antonelli de la 3e compagnie (blessé le 10 mai et actuellement au dépôt) peut encore témoigner de ma présence. Il m’a causé vers 13 h 00 alors qu’il venait de découvrir quelques soldats allemands cachés dans un abri.

 

Par conséquent, étant à ma place ainsi que ma compagnie, je ne m’explique pas qu’on puisse me reprocher d’être resté introuvable, et il est en tout cas inadmissible de dire qu’on ne m’a retrouvé qu’à la fin de la journée

 

Ayant fait installer, travailler puis déplacer ma compagnie suivant les différents ordres du capitaine Crepet, c’est vers 15 h 30 que je reçois par le caporal fourrier Jaquet, un ordre du commandant Bichat : «  Avancez pour atteindre la gauche de la 3e compagnie », la 2e compagnie devant aussi se porter en avant et se trouver, le mouvement terminé, à la gauche de la 4e compagnie.

 

Je pars aussitôt avec le sergent Brusson en tête de la compagnie, et, après une progression exécutée de trou d’obus en trou d’obus, presque sans pertes, toute la compagnie est position avant la nuit à la gauche de la 3e.

 

Je prends la liaison avec le capitaine Cochain commandant cette compagnie. Il m’annonce dès cet instant la prise de commandement de la 4e compagnie par le lieutenant Trézenem (de la 3e compagnie, assistant à l’entretien). Or, de cet évènement, pourtant de la plus haute importance, il n’est pas du tout fait mention dans le rapport établi contre moi.

 

Je n’ai donc plus sous mes ordres directs que le 2e peloton au centre duquel je me place. La 3e section est à l’extrême droite, touchant la 3e compagnie) et la 4e section à sa gauche. J’ai près de moi les sergents Janvier, Toussaint et Brusson.

 

À gauche de la 4e se trouvent la 1ère puis la 2e section, avec l’adjudant Delhumeau, les sergents Aubert et Joly. Mais ainsi que nous l’apprend une patrouille faite par le sergent Aubert, la 2e compagnie ne se trouve pas à notre gauche.

 

En raison de cette situation, et afin de pouvoir parer à une contre-attaque, je demande au lieutenant Trézenem lors de sa venue de nous faire envoyer des fusées et des grenades.

 

Pendant la première partie de la nuit, relativement calme, je fais aménager la tranchée, puis, vers 1 h 00, commencent à nous arriver de gauche des grenades et des petits obus (probablement du 47 mm) dont la tranchée est bientôt littéralement arrosée.

 

Loin de me terrer, je m’efforce de calmer les hommes, et réussis à les maintenir à leur poste activement aidé en cela par le sergent Brusson. Malgré tout, nous subissons des pertes et la situation devient au bout d’un moment très difficile. Nous sommes contre un ennemi qui n’est pas visible et ne se signale que par des jets de projectiles. Nous n’avons aucun moyen de lutte, ni fusées, ni grenades… Par surcroît, le lieutenant qui commande la compagnie n’est pas là.

 

Je le fais chercher, puis n’ayant pas de réponse, j’envoie un homme de ma section directement auprès du commandant.

 

Témoignage du  soldat Martin Léon, classe 1901 (3e section) :

 

«  Dans la nuit du 9 au 10 mai, je reçois du sous-lieutenant Peyrus l’ordre suivant : «  Allez prévenir le commandant Bichat que notre tranchée continuellement arrosée de grenades est très difficilement tenable. Demandez-lui que l’on nous envoie sans délai les grenades et les fusées qui ont déjà été réclamées par le lieutenant Trézenem. Le commandant m’a simplement donné la réponse suivante : «  Dites au sous-lieutenant Peyrus de tenir tant qu’il pourra !... » (Épinal, le 18 août 1915).

 

Un moment après, le bombardement devient soudainement plus violent et beaucoup plus rapproché. Une bousculade se produisant sur notre gauche, je soupçonne que les Allemands ont progressé de ce côté. Je donne immédiatement des ordres pour faire établir des barrages.

 

À notre gauche, les Allemands ont en effet avancé, ce qui leur a permis ce bombardement encore plus efficace qu’auparavant. Ils ont occupé la sape qu’avait le 1er peloton à la suite de faits établis de façon indiscutable par de nombreux témoignages d’hommes de la compagnie : caporaux Fournier Léon, colin Léon, soldats Pallenc Joanny, Pinel Hector, Vercasson Georges, Saurel Marcellin, Mignaux Louis, Georgel Gustave, Favet Joseph…

 

Témoignage du sergent Fournier Léon, classe 1912 (caporal à la 2e section le 9 mai) :

 

«  Dans la nuit du 9 au 10 mai, après le bombardement d’environ trois quarts d'heure par petits obus et grenades, sans que j’aie eu connaissance d’un ordre quelconque, la section s’est repliée vers l’arrière (à 1 h 00 environ). J’ai quitté la tranchée le dernier avec le soldat Pinel et je me suis arrêté à 80 mètres dans un trou d’obus. Des hommes de la 1ère section qui étaient à notre droite, se sont repliés peu après et nous ont rejoints, de sorte que nous nous sommes trouvés environ une quarantaine… Le soir, à la tombée de la nuit, j’ai rejoint avec quelques hommes, la tranchée prolongeant à droite l’élément évacué le matin et occupée par la 3e compagnie et encore quelques hommes de la 4e. J’y ai trouvé le sous-lieutenant Peyrus blessé ! » (Épinal, le 13 novembre 1915).

 

Témoignage du  soldat Mignaux Louis, classe 1912 (4e section) :

 

« Le 10 mai, vers 1 h 00, après un bombardement par grenades de plus d’une heure, on a fait passer de gauche l’ordre « Demi-tour, replions-nous ! » Nous nous sommes alors repliés en terrain découvert d’environ 100 mètres. » (Épinal, le 13 novembre 1915).

 

Témoignage du  soldat Pinel Hector, classe 1916, blessé le 10 mai (2e section) : 

 

« Dans la nuit de 9 au 10 mai, alors que les Allemands bombardaient violemment notre tranchée, l’adjudant Delhumeau commandant la section a dit à mon camarade Benoiston Charles qui se trouvait à ma gauche : «  Replions-nous ! » Peu après, une bousculade nous est venue de ce côté, et j’ai entendu crier : «  Sauve qui peut ! » Je me suis replié en dernier lieu avec le caporal Fournier que j’ai trouvé à quelque distance. » (Épinal, le 3 novembre 1915).

 

Témoignage du soldat Saurel Marcellin, classe 1912, blessé le 10 mai (1ère section) :

 

«  Dans la nuit du 9 au 10 mai, j’étais avec les hommes qui occupaient la sape, et les nombreuses grenades qui y arrivaient avaient tué ou blessé pas mal d’entre nous. À un moment donné, le nombre de défenseurs était très diminué. L’adjudant Delhumeau cria : « Sauve qui peut ! » et lui-même ainsi que les derniers hommes quittèrent la sape et gagnèrent des trous d’obus vers l’arrière… Cela, je suis prêt à le certifier et à le répéter devant n’importe qui ! » (Épinal, le 18 août 1915).

 

Témoignage du soldat Pallenc Joanny, classe 1895, blessé le 10 mai (2e section) :

 

« Le 10 mai au matin, à la contre-attaque allemande sur la sape, l’adjudant Delhumeau a sauté hors de la tranchée en criant : «  Sauve qui peut ! » et il est parti en terrain découvert. Le sergent Joly, de la même section, se repliant aussi, ce fut un désarroi général. Presque tous les hommes sautant par-dessus la tranchée à la suite de l’adjudant. Peu après, on fait passer de droite des ordres du sous-lieutenant Peyrus pour tenir la position en formant des barrages de sacs à terre. Mais la bousculade s’étend à droite dans la 1ère section. C’est un peu plus loin que je réussis avec quelques hommes à établir d’abord un barrage, puis deux successifs. C’est derrière un de ces barrages que j’ai été blessé par une grenade. En suivant la tranchée pour aller me faire panser, tout près de là, j’ai trouvé le sous-lieutenant Peyrus auquel j’ai causé. » (Épinal, le 20 août 1915).

 

Ces témoignages et l’exposé qui les précède établissent que :

 

  1. Je n’étais pas dans l’abri pendant la contre-attaque allemande.

 

  1. Le repli qui a amené la perte de la sape a été commencé par la section de l’adjudant Delhumeau et ordonné par lui.

 

  1. Par sa soudaineté, en même temps que par l’avance qu’il a permis aux Allemands, ce repli a entraîné une partie des hommes placés à la droite de la 2e section.

 

En résumé :

 

  1.  Loin de me terrer au moment critique, je suis resté à mon poste au milieu de mes hommes.

 

  1. Si quelqu’un doit supporter la responsabilité directe de la perte de la sape, c’est l’adjudant Delhumeau qui l’occupait avec sa section et une partie de la 1ère.

 

  1. Au dessus de l’adjudant, si quelqu’un doit encore prendre sa part de responsabilité, n’étant pas commandant de compagnie ce ne serait être moi. Il est impossible de m’imputer le manquement d’une section commandée par un adjudant et ne faisant même pas partie de mon peloton.

 

  1. Je ferai remarquer que, jeune sous-lieutenant, j’ai été un peu trop facilement mis à l’écart, en même temps que chargé de responsabilités étrangères à mon commandement.

 

Ainsi, pendant la nuit du 9 au 10 mai où la 4e compagnie se trouvait pourtant dans une situation très difficile, le lieutenant Trézenem qui en avait pris le commandement le 9 à 16 h 00 et ne faisant plus partie d’une autre compagnie, n’a fait qu’une visite dans son secteur, et dans la soirée du 9 avant l’attaque allemande. Témoignent comme moi, n’avoir vu le lieutenant Trézenem qu’une fois dans le cours de la nuit : sergent  Brusson, sergent Tartavez, soldat  Georgel… et même plusieurs hommes placés à l’extrême gauche de la compagnie, ne l’ont pas vu du tout ; caporal Colin, caporal Fournier, soldat Pinel, soldat Pallenc.

 

Dans pareille situation matérielle très difficile, par suite de manque de moyens de défense, de dispositions morales peu favorables, par suite de l’abandon dans lequel les hommes eux-mêmes se sentaient laissés, j’ai fait cependant tout ce qu’il m’a été possible de faire ans la mesure de mes forces.

 

La sape abandonnée, comme aucun des secours demandés ne nous était arrivé, je n’ai pu faire qu’une chose, arrêter la progression ennemie au moyen de barrages.

 

Je me trouvais près d’un de ces barrages (un certain temps après le passage du soldat Pallenc blessé, dont le témoignage a été reproduit plus haut), quand je fus moi-même jeté à terre par l’éclatement d’une grenade et littéralement assommé.

 

La couverture que je portais en bandoulière me protégea et fut complètement déchiquetée (je la revis dans la matinée).

 

On concevra facilement qu’après des heures déjà si difficiles, mes forces aient un instant faibli à la suite d’une pareille commotion. Je ressentis l’extrême besoin d’un réconfortant que je vins demander à quelque distance à l’abri de mes camarades de la 3e compagnie. Je n’y suis resté que quelques minutes, le calme de l’endroit m’ayant vite remis sur pied.

 

C’est ce simple fait qui est traduit en disant que je me terre et que mes camarades sont obligés de me bousculer pour me faire sortir de mon abri. Ce n’était d’ailleurs pas mon abri, car je n’en avais pas. C’était la première fois depuis le matin du 9 mai que j’entrais dans l’un d’eux.

 

En outre, de cette remarque, une deuxième encore plus importante, réside dans le bouleversement apporté à l’ordre chronologique des faits et qui a pour résultat de me faire terrer dans un abri au moment critique.

 

Enfin, le rapport de mon chef de corps se termine par une dernière inexactitude relative à ma blessure ! Le 10 mai, pendant un violent bombardement des positions conquises, un obus de 150 mm ayant éclaté à 1 m 50 ou 2 de moi, tuant trois ou quatre hommes, je fus blessé à la figure, légèrement c’est vrai, mais surtout sérieusement au genou gauche, en outre de multiples contusions.

 

Ma fiche d’évacuation et mon billet d’hôpital en font d’ailleurs foi. Finalement, je demeurai à demi enterré pendant plus de cinq heures avant de pouvoir être dégagé.

 

Pour terminer, je relèverai le reproche qui m’est adressé en conclusion de songer à moi avant de songer à mes hommes. Pour cela, sans compter que mes notes et en particulier celles données par mon dernier capitaine, M. Langlois, font foi du contraire, ce dont d’ailleurs mes hommes sont prêts à témoigner. Je rappellerai un évènement assez caractéristique : le bombardement, le 14 février 1915 des ruines du château de Noulette occupé par la 4e compagnie.

 

Il était 15 h 00, la plupart des hommes reposaient dans les caves en vue de monter le soir aux tranchées. Les officiers étaient réunis à l’extrémité d’une de ces caves. Une pièce de gros calibre s’étant mise soudain à bombarder le château, un obus frappa un grand pan de mur de 7 à 8 mètres de haut, dont l’écroulement détermina l’effondrement de la voûte.

 

Une section et demie (4e section et le la moitié de la 3e, la mienne) se trouva par suite ensevelie et recouverte par plusieurs mètres cubes de matériaux.

 

La voûte se trouva rompue juste au dessus de nous et l’éboulement consécutif s’arrêta exactement à nos pieds. À cette minute critique, alors que tous les survivants, officiers compris, s’empressaient de quitter les lieux, il s’en trouva trois parmi lesquels la pensée des malheureux soldats à secourir éclipsa le souci de leur propre vie, qu’un nouvel obus ou simplement un éboulement pouvait anéantir ! Et je m’honore d’avoir été de ces trois ! (soldat Gamignet pour lequel j’obtins par la suite une récompense, un 2e soldat, dont je ne connus le nom que plus tard : soldat Duvoid, actuellement sergent, et moi-même, sous-lieutenant Peyrus).

 

Avec une hâte fiévreuse, nous commençâmes à secourir les malheureux dont quelques parties du corps étaient restées libres. Le soldat Clemençon, par exemple, que je retirais moi-même des décombres ; en particulier je travaillais personnellement au dégagement du sous-lieutenant Damideau sérieusement atteint. Je crois pouvoir dire que c’est à mes prompts secours qu’il dut la vie.

 

J’envoyai chercher des travailleurs et, par l’exemple que je leur donnais (qui n’était pas je crois des plus fâcheux), je parvins à leur rendre confiance et à les faire travailler jusqu’à la fin du bombardement.

 

J’invoque donc ici ma part de responsabilité et l’initiative d’organisation des premiers secours et par suite des plus effectifs : ils aboutirent au dégagement relativement rapide d’une vingtaine d’hommes plus ou moins blessés, et c’est, j’estime, leur promptitude qui réduisit à 12 le nombre de nos morts.

 

Je restais au fond de la cave, la pioche à la main, en encourageant les travailleurs, jusqu’à l’arrivée de mon capitaine et d’une section de pionniers. À ce moment, je ne jugeais plus ma présence indispensable et sortis pour me consacrer à ma section et faire l’appel des manquants.

 

Depuis mon arrivée sur le front, en dehors des dangers ordinaires de la tranchée, c’étaient les premiers moments difficiles qui se présentaient à moi. Je crois m’en être tiré à mon honneur… J’avais, à ce moment, l’intime et profonde satisfaction d’avoir accompli mon devoir. Si d’autres ne l’avaient pas fait d’avoir risqué ma propre vie, dans l’unique pensée d’en sauver plusieurs autres, cela me suffisait !

 

Je jugeais complètement inutile, lors de la venue sur les lieux du commandant Bichat et du colonel Gothié, de leur exposer ma conduite ou de la faire valoir même auprès de mon capitaine ! Peut-être aussi, commandant et colonel l’ont-ils toujours méconnue ?...

 

En résumé, le rapport ci-dessus que je viens soumettre, Monsieur le Ministre, à votre haute compétence, établit que tous les faits qui me sont reprochés sont ou bien inexacts, ou bien complètement étrangers à mon commandement.

 

C’est la preuve la plus évidente de la confection hâtive et tout à fait superficielle du rapport établi contre moi. Je ferai remarquer en outre que :

 

  1. Les bases de ce rapport ont été jetées le 4 mars en contradiction absolue avec le compte-rendu fait par moi au commandant Bichat et que j’avais tout lieu de croire accepté.

 

  1. Dans l’intervalle du 4 mars au 9 mai, de même qu’après mon évacuation le 11, aucune demande de renseignements ne m’a été faite, aucun reproche ni aucun avertissement n’ont pu me faire prévoir qu’une sanction allait être prise à mon égard. Étant en convalescence le 26 juillet, j’ai été purement et simplement avisé par le dépôt du 149e R.I., d’avoir à lui renvoyer ma lettre de service. »
Commentaires
149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.
Visiteurs
Depuis la création 929 689
Newsletter
50 abonnés
149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.