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149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.

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31 juillet 2009

Présentation et remerciements

presentation

 

Ce blog est dédié : aux humbles et aux anonymes qui auraient certainement préféré continuer de pousser la charrue et cultiver leurs champs pour nourrir les leurs, aux ouvriers et aux artistes qui furent dans l'impossibilité d'achever leurs œuvres, aux savants qui gardèrent leurs inventions dans un petit coin de leur tête et qui ne purent jamais les réaliser, et à tous les autres…

 

Vue de paysans au champ

 

N‘oublions pas les mères, les épouses et les maîtresses de tous ceux engagés dans la Grande Guerre de 1914-1918. Souvent, elles durent porter le lourd fardeau des drames de la « petite histoire dans la grande histoire ». Comme dans tous les autres conflits, les femmes des combattants ont souffert de cette guerre et sont restées absentes et silencieuses dans les écrits un siècle plus tard...

 

Que de destins brisés ! 

 

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le blog du 149e R.I..  

 

Tout a débuté par une recherche généalogique pour combler les « blancs » de l'histoire familiale. Ensuite, il y a eu la découverte d'un ancêtre qui appartenait à ce régiment.

 

Son nom, Camille Foignant, est inscrit sur le monument aux morts de la ville d’Épinal à côté de celui de son frère Marcel. Le premier de mes grands-oncles, Camille, soldat au 149e R.I., a été tué en novembre 1914 sur le front belge.

 

Le second, Marcel servait dans le 407e R.I.. Il est décédé en mai 1918 à l’hôpital d’évacuation n° 18 à Couvrelles dans l’Aisne. 

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire de Camille et de la famille Foignant, vous devrez cliquer une fois sur l'image suivante pour avoir accès à la page correspondante.

 

Camille Foignant (1891-1914)

 

Après avoir consulté quelques documents, j’ai eu la chance de trouver un exemplaire de l'historique de ce régiment chez un bouquiniste. Par la suite, j’ai pu lire deux ou trois ouvrages concernant de près ou de loin l’histoire du 149e R.I.. 

 

Après mûre réflexion, je n'ai pas trouvé de meilleure idée que de créer ce blog pour raviver le souvenir des Vosgiens, des Parisiens, des Berrichons, des Jurassiens et des Ardéchois qui composaient cette unité. Ces hommes constituaient le plus gros du contingent de ce régiment, de l’aube du conflit jusqu'aux terribles pertes des combats des mois de mai et de juin 1915 du côté de Notre-Dame-de-Lorette. Par la suite, le régiment perdra de son « identité régionale ». 

 

Je tiens à remercier les nombreuses personnes qui m'ont apporté leur aide précieuse avec générosité et sans compter. Particulièrement celles qui m'ont aidé à clarifier la "reconstruction " de certains passages du parcours du 149e R.I. (elles sauront se reconnaître).

 

Je remercie également toutes les familles et tous les passionnés qui m'ont communiqué sans aucune hésitation leurs documents, leurs photos ou encore les témoignages et les lettres qui ont été écrites par les anciens du régiment. Une chaleureuse poignée de main à tous les photographes qui ont eu la gentillesse de prendre sur leur temps, et qui se sont déplacés dans les différentes nécropoles et cimetières de France et de Belgique. Grâce à leur travail, l'album photo intitulé « La Grande Nécropole » continue de s'enrichir au fil du temps. 

 

Mais avant tout, il me faut citer le Service Historique de la Défense qui se trouve à  Vincennes, sans qui ce petit travail de mémoire n’aurait jamais pu voir le jour. Il est très important de rappeler que ce dernier a eu la riche idée de rendre accessibles les journaux de marches et des opérations sur Internet. Cela donne maintenant la possibilité à tous d’accéder en quelques secondes à ces précieux documents, pour tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à cette période de l'histoire. Il faut savoir que les J.M.O. sont de véritables sésames pour comprendre les différents mouvements de troupes, les dates des combats, les périodes de repos et bien d'autres choses encore. C'est une source impressionnante d'informations. 

 

Hélas, le J.M.O. « fantôme » du 149e R.I. a disparu depuis fort longtemps. A-t'il été détruit durant la guerre ? A t'il été considéré comme « prise de guerre » lors d'une attaque allemande ? A-t'il été « emprunté » et jamais restitué après-guerre ? Cela restera, certainement encore longtemps, une énigme. Seule subsiste la période d'août 1914, ce qui reste bien « maigre » pour comprendre le parcours du régiment tout au long du conflit. Quant au J.M.O. de la  85e brigade, il reste peu généreux en détails précis.  

 

Comment utiliser au mieux ce blog ?

 

Colonne de gauche :

 

La rubrique « articles récents » offre la possibilité de découvrir les derniers textes publiés

 

De nombreux thèmes divers et variés sont regroupés sous l’étiquette « Catégories principales». À titre d’exemples, vous pouvez facilement retrouver les documents envoyés par les familles des descendants de soldats du 149e R.I.. Il y a également un chapitre intitulé « parcelles de vie » qui aborde les destins individuels des officiers, sous-officiers et hommes de troupe et bien d’autres choses encore. 

 

En dessous, vous trouverez une galerie d'images qui contient les albums-photos du régiment pour les années 1902, 1905, 1908, 1909 et 1911. Quelques portraits de soldats et d'officiers, ainsi que des cartes postales antérieures à la guerre y sont également visibles. Les sépultures de nombreux hommes du 149e R.I. peuvent se voir dans les albums qui s'intitulent « La Grande Nécropole du 149e R.I. ».

 

La chronique « Archives » se trouve juste après cette série d’albums-photos, celle-ci possède un classement chronologique des articles, lisibles par mois de parution.

 

Colonne de droite :

 

Vous pouvez consulter d’autres blogs et sites « amis » qui sont consacrés au 149e R.I., à d'autres régiments et à la Grande Guerre.

 

À la suite de cette série de liens vous pouvez directement accéder aux tableaux des pertes du régiment et au tableau récapitulatif des sépultures qui se trouvent dans l’ensemble des albums « La Grande Nécropole du 149e R.I. ».

 

La fonction « tag » est très pratique. Elle permet de rassembler l'ensemble des sujets en fonction des lieux et des années. Il suffit, par exemple de cliquer sur le lien « Artois juin 1915 » pour que vous puissiez lire tout ce qui touche à cette période dans ce secteur.

 

Colonne centrale :

 

On y trouve les articles publiés sur ce blog. Elle se nourrit, au fil des semaines, de  nouveaux textes, photos et documents qui y sont déposés régulièrement. 

 

Avec mes plus vifs remerciements aux personnes et aux associations suivantes, pour leurs aides et leurs contributions. Elles ont permis la construction de ce blog  pour que l’histoire, le souvenir et la mémoire des hommes du 149e R.I. dans la tourmente de la Grande Guerre ne sombrent pas trop vite dans l’oubli.  

 

Mesdames : M.C. Allognet,  M. Alzingre, S. Augier, N. Bauer, M. Bordes, V. Bourdon, J. Breugnot, S. Carluer, N. Cornet, D. Fargues, E. Gambart, D. Grandemange, C. Lacoste, A.M. Lalau, C. Leclair,  A. Malfoy, S. et O. Martel, A.C. Mazingue-Desailly, A. Mercenat, C. Miolane, R. Mioque, C. Paulhan,, V. Quevaine, F. Tabellion, F. Thomas et M. Yassai.  

     

Le service historique de La Défense de Vincennes (S.H.D.), l'association « Bretagne 14-18 », le site « pages 14-18 » et le collectif « Artois 1914-1915 ». Les directions interdépartementales des anciens combattants de Bordeaux, de Limoges, de Metz, de Montpellier, de Strasbourg et de Rouen. L'établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (E.C.P.A.D.), les archives médicales hospitalières des armées de Limoges, google earth, les archives départementales des Vosges, les archives municipales d'Épinal, le conseil départemental de la Haute-Marne, les mairies de Belfort, de Béziers, d'Épinal et de Saint-Nabord. 

 

Messieurs : S. Agosto, F. Amélineau, J.C. Balla, J. Baptiste, F. Barbe, P. Baude, F. Besch, P. Blateyron, J.M. Bolmont, L. Bonnafou, M. Brisset, D. Browarski, A. Carobbi, P. Casanova, A. Cesarini, J.N. Chapron, J. Charraud, A. Chaupin, T. de Chomereau, M. Clément, G. Coffinet, P. Cordonnier, T. Cornet, J.N. Deprez, C. Didierjean, J.L. Gothland, J.F. Durand, R. Duruelle, M. Embry, B. Étévé, B. Faure, M. Faure, A. Fresquet, C. Fombaron, J. Foussereau, N. Galichet, J ; Galichon, O. Gerardin, J.L. Gerber, R. Gillot, D. Gothié, D. Guénaff, G. Guéry, M. Guignard, I. Holgado, E. Huguenin, J. Huret, J.M. Karpp, G. Lalau, P. Larbiou, J.M Lassagues, J.M. Laurent, V. Le Calvez, M. Lepage, P. Lescallier, G. Leroux, P. Lochet, M. Lozano, É. Mansuy, Y. Marain, R. Menvielle, G. Monne,  R. Neff, G. Noël, A. Orrière, J.F Passarella, A. de Parseval, F. Pech, H. Perocheau,  F. Petrazoller, B. Pierre, J.F. Pierron, H. Plote, J.L. Poisot, M. Porcher, P. Pruniaux, F. Radet, R. Richard, L. Rico, J. Riotte, S. et D. Robit, F. Sayer, O. Sautot, E. Schaffner, E. Surig, C. Terrasson, T. Vallé, M. Vassal, B. Verger, F. Videlaine, A. Vigne et G. Watbled. 

 

La famille Aupetit et la famille Destour.

 

Cette liste s'agrandira au fur et à mesure des découvertes futures. 

 

Une question, une précision, des documents sur le 149e R.I. ? N’hésitez pas à me contacter à l’aide de ce lien/adresse. Pour m'envoyer un message, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

 

149e R

 

Ce blog est mis à jour toutes les semaines. Vous pouvez vous inscrire à la Newsletter afin d’être tenu au courant des publications.

 

Denis Delavois                                                                                                                                 

9 octobre 2026

Léon Clément Vincent Hugon (1884-1915)

 

Léon Clément Vincent Hugon est né le 10 février 1884 à Philippeville, aujourd’hui Skikda, en Algérie. Son acte de naissance mentionne l’adresse : rue Saint‑Augustin, où se trouvent des magasins dépendant de l’armée, lieux d’exercice de son père.

 

Pierre Joseph Hugon, 32 ans, est préposé à la literie militaire, employé civil chargé de la distribution, de l’entretien et de la gestion du matériel de couchage des casernes. Cette fonction relève de l’intendance de l’armée et s’exerce dans des dépôts locaux, non dans un commerce privé. Sa mère, Louise Busuttil, se consacre au foyer.

 

Léon est le second enfant d’une fratrie de trois, composée d’une fille et de deux garçons. Le plus jeune décède à l’âge de trois ans.

 

 

La fiche matricule de Léon Hugon ne mentionne pas son degré d’instruction. Celui‑ci apparaît dans son dossier individuel conservé au S.H.D. de Vincennes : il est titulaire du baccalauréat ès lettres et mathématiques, correspondant au degré d’instruction n° 5. Il possède également de très bonnes notions d’italien et d’arabe.

 

Le 27 octobre 1904, Léon Hugon souscrit un engagement de trois ans au 15ᵉ R.I., alors réparti entre Carcassonne (portion centrale) et Castelnaudary (portion principale). Il devance ainsi d’un an son appel sous l’uniforme. Son statut d’engagé, associé à son niveau d’études, lui permet d’intégrer rapidement la formation des élèves caporaux, parcours habituel des recrues instruites. Il devient soldat de 1ʳᵉ classe le 1ᵉʳ juillet 1905, puis est nommé caporal le 25 septembre 1905 et sergent le 20 décembre 1906.

 

Parallèlement à cette évolution de carrière, les documents conservés pour ces années offrent un aperçu de son comportement dans le service et de la manière dont il assume les exigences du quotidien militaire. Son relevé de punitions mentionne quelques négligences : tenue irrégulière, oubli de consignes, absence à un service. Aucun manquement sérieux n’est signalé, et ces écarts mineurs, courants chez les jeunes sous‑officiers en formation, ne freinent en rien sa progression.

 

 

Les notations de 1907 confirment cette même ligne : quelques oublis ou imprécisions, sans conséquence notable.

 

 

Le 12 juillet 1907, il passe dans la disponibilité, avant d’être versé dans la réserve le 1ᵉʳ octobre. Il est rattaché comme sergent de réserve au 3ᵉ régiment de zouaves.

 

Sans intention de reprendre une activité civile, il signe un nouvel engagement de trois ans le 16 décembre 1907, cette fois au 4ᵉ régiment de tirailleurs algériens, où il est repris comme caporal. Cette rétrogradation relève vraisemblablement d’un reclassement administratif : aucune mention disciplinaire n’apparaît dans son dossier conservé au S.H.D. de Vincennes. Elle pourrait également résulter de l’absence de postes de sergent disponibles au sein de son nouveau régiment, où les places étaient strictement contingentées.

 

Le 22 novembre 1907, il est nommé commis greffier adjoint au conseil de guerre de la division de Constantine.

 

Le caporal Hugon sert en Tunisie du 18 décembre 1907 au 4 septembre 1908, puis du 4 novembre 1908 au 8 novembre 1910.

 

En 1909, une sanction vise encore une tenue non conforme ; en 1910, il est repris pour avoir fait modifier des galons sans autorisation ou pour un service mal assuré. Ce seront ses dernières punitions.

 

 

Le 4 novembre 1910, il obtient le certificat d’aptitude à l’emploi de chef de section dans la réserve, après avoir suivi la formation correspondante à Sousse, sur la côte orientale de la Tunisie. Il y reçoit des appréciations élevées : 18 pour l’instruction militaire pratique, 17 pour l’instruction théorique et 16 pour l’aptitude au commandement. Ces notes lui permettront plus tard de prétendre au grade de sous-lieutenant de réserve.

 

Le 16 décembre 1910, à l’issue de son engagement de trois ans, il quitte l’uniforme et redevient réserviste de l’armée active avec une affectation au 3ᵉ régiment de tirailleurs algériens. Il se retire d’abord à Dijon, puis s’installe à Monts‑sous‑Vandrey, dans le Jura. Le 20 août 1911, Léon Hugon retrouve son grade de sergent.

 

En avril 1913, il réside à Dole. Le 20 février 1914, Léon Hugon y épouse Marie Louise Alice Dalphin. Leur union restera sans descendance. À cette époque, il travaille comme négociant en bois.

 

Le 14 juillet 1914, l’ancien sous‑officier du 4ᵉ régiment de tirailleurs algériens est nommé sous‑lieutenant de réserve et affecté au 17ᵉ R.I. d’Épinal.

 

Rappelé par le décret de mobilisation générale du 2 août 1914, il rejoint son unité le jour même. Les premiers mois du parcours de Léon Hugon au 17ᵉ R.I. demeurent inconnus : ni sa fiche matricule ni son dossier conservé au S.H.D. ne permettent de préciser ses affectations. Son nom n’apparaît pas dans le J.M.O., qui ne mentionne que le 1ᵉʳ échelon parti de la caserne Golbey le 31 juillet 1914. Le sous-lieutenant Hugon appartenant au 2ᵉ échelon, dont les officiers de réserve ne sont pas listés, il est impossible de reconstituer en détail cette période. A-t-il été maintenu au dépôt ? A-t-il été envoyé en renfort puis évacué ? Rien ne permet de le déterminer pour l’instant. On sait toutefois qu’il se trouvait au dépôt lors de la mise en place du bataillon de marche du 17ᵉ R.I..

 

Son nom apparaît pour la première fois lors de la création de ce bataillon, le 4 février 1915. Il figure dans la liste d’encadrement : indiqué comme provenant de la 1ʳᵉ compagnie du régiment, c’est-à-dire du dépôt, il est affecté à la 13ᵉ compagnie du bataillon de marche. Cette mention trouve son origine dans le mode de constitution du bataillon : la compagnie d’origine de Léon Hugon est bien la 1ʳᵉ compagnie du 17e R.I.. Pour éviter toute confusion entre les unités organiques du régiment et celles du bataillon de marche, la compagnie d’origine est donc renommée 13ᵉ compagnie dans la structure du bataillon.

 

Le 11 mai 1915, le commandant de Sallmard de Ressis, responsable du bataillon de marche, reçoit l’ordre de fournir un renfort au 149ᵉ R.I. : un capitaine, cinq lieutenants ou sous‑lieutenants, treize sous‑officiers, douze caporaux dont un mitrailleur, et trois cents soldats dont neuf mitrailleurs. Le sous‑lieutenant Hugon fait partie de ce détachement.

 

Le 12 mai 1915, ce groupe, renforcé par des éléments du bataillon de marche du 158ᵉ R.I., porte l’effectif total à 650 hommes et 12 officiers. L’ensemble rejoint Ohlain, en Artois, pour venir combler les pertes du 149ᵉ R.I., durement éprouvé par les attaques du 9 mai et des jours suivants.

 

Affecté à la 9ᵉ compagnie, Léon Hugon sert alors sous les ordres du lieutenant Jean, qui a succédé au capitaine Baril, tué le 3 mars 1915. En tant que sous‑lieutenant, il prend naturellement le commandement d’une section, conformément à l’organisation réglementaire des compagnies d’infanterie.

 

Le 28 mars 1915, au cours d’une période de repos, le commandant Laure, chef de corps du 3ᵉ bataillon, évoque dans une lettre à sa famille l’arrivée des nouveaux officiers. À propos de Léon Hugon, il livre une première appréciation brève et peu flatteuse : « Le dernier, Hugon, est du modèle “adjudant” et ne se sent pas encore très à son aise avec son galon de sous‑lieutenant ».

 

Les 9 et 10 mai 1915, l’armée française déclenche la seconde offensive d’Artois, destinée à enfoncer le front allemand entre Carency, Neuville‑Saint‑Vaast et la crête de Lorette. Présente dans ce secteur depuis plusieurs semaines, la 43ᵉ  D.I. participe à l’assaut. Le 149ᵉ R.I., engagé dès les premières heures, opère dans le secteur d’Aix‑Noulette, où les combats s’annoncent particulièrement violents.

 

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de la journée du 9 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de la journée du 10 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Du 10 au 14 mai, les unités progressent sous des bombardements continus et des contre‑attaques répétées, sur un terrain bouleversé où les tranchées sont souvent détruites. Les pertes sont importantes. Le sous‑lieutenant Hugon sort indemne de cette période.

 

Après ces combats, le 149ᵉ R.I. bénéficie de quelques jours de repos pour se réorganiser. À la fin du mois, le régiment remonte en première ligne, dans le même secteur.

 

Dans la nuit du 29 mai, une attaque est lancée, mais elle ne concerne pas la 9ᵉ compagnie. Du 30 mai au 2 juin, le front reste instable : bombardements, contre‑attaques locales, progression par sape autour du point n° 4. La section du sous‑lieutenant Hugon participe aux travaux de consolidation et au maintien des positions.

 

Le 2 juin, la relève débute en soirée. C’est au cours de cette phase de transition, toujours dangereuse en raison des déplacements dans les boyaux, qu’un obus éclate sur la position. Le sous‑lieutenant Hugon est tué sur le coup, au moment où ses hommes s’apprêtent à quitter la ligne.

 

Sa mort est mentionnée dans une lettre du médecin aide‑major de 1ʳᵉ classe Humbert. Celui‑ci écrit que le sous‑lieutenant Hugon a été tué, « massacré par un obus », vers onze heures du soir, au moment de la relève. Il ajoute que Hugon était un camarade très estimé et que sa disparition lui cause une peine profonde.

 

Pour en apprendre davantage sur les évènements qui se sont déroulés au cours de la période allant du 30 mai au 2 juin 1915, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

 

Les restes mortuaires du sous-lieutenant Hugon sont ramenés vers l’arrière pour être enterrés dans le cimetière communal de Sains-en-Gohelle.

 

Le 10 juin 1915, le lieutenant-colonel Gothié rédige la note suivante dans le feuillet individuel de son subordonné : « Sous-lieutenant de réserve au 17e R.I. au début de la campagne, ancien sous-officier de tirailleurs algériens, a commandé avec beaucoup d’autorité, une section, puis une compagnie, a été tué glorieusement par un obus au moment où il quittait son poste de première ligne le 2 juin 1915. »

 

 

L’épouse de Léon Hugon demandera plus tard le rapatriement de sa dépouille afin qu’il soit inhumé auprès des siens. Il repose aujourd’hui au cimetière Nord de Dole, dans la concession n° 963, une sépulture familiale portant les noms Dalphin et Bourlier.

 

Marie Louise Alice Dalphin ne se remaria pas. Sans descendance, elle légua l’ensemble de ses biens aux Orphelins et Apprentis d’Auteuil.

 

 

Décorations obtenues :

 

Croix de guerre , une étoile de vermeil et une étoile de bronze.

 

Citation à l’ordre de la 85e brigade n° 7 en date du 21 mai 1915

 

À l’attaque des pentes de Notre-Dame-de-Lorette, le 9 mai, a entraîné courageusement sa section en terrain découvert sous les feux de l’infanterie et de l’artillerie allemandes. N’a cessé de commander ses hommes avec activité, sang-froid, courage. »

 

Citation à l’ordre du corps d’armée en date du 26 juin 1915

 

« Officier ayant donné les plus belles preuves de dévouement, de courage et de mépris du danger. A une grande autorité sur ses hommes et sait les entraîner, même dans les circonstances les plus difficiles. S’est particulièrement distingué au cours des combats du 9 mai au 3 juin. A été tué au cours d’une opération de relève. » 

 

Nicham Iftikhar : date d’obtention inconnue. En 1913, il est proposé pour être nommé officier dans cet ordre, mais aucun document ne permet d’établir s’il a effectivement reçu cette distinction.

 

Le sous-lieutenant Hugon ne semble pas avoir été décoré de la Légion d’honneur.

 

Le nom de cet officier est inscrit sur le monument aux morts, sur la plaque commémorative de la collégiale Notre‑Dame de Dole, ainsi que sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial international de la nécropole nationale de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

Sources :

 

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

La Fiche matricule du sous-lieutenant Hugon et les registres d’état civil de la famille Hugon ont été consultés sur les sites des archives départementales du Jura et des Bouches-du-Rhône et sur le site des archives nationales d'outre-mer. 

 

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Ref : 26 N 520/9 et 26 N 520/10

 

« Deux Guerres en un siècle – Lettres d’Émile Laure à son épouse » Éditions de Sauvebonne.

 

Lettres rédigées par le médecin aide-major de 1ère classe Humbert du 29 mai au 3 juin 1915.

 

La photographie représentant la sépulture de la famille Dalphin - Boulier est un envoi de T. Cornet.

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à T. Cornet, à M. Porcher, à T. Vallé, au Service Historique de la Défense de Vincennes, aux archives départementales du Jura et des Bouches-du-Rhône et aux archives nationales d'outre-mer. 

2 octobre 2026

Lettres rédigées par le médecin aide-major de 1ère classe Humbert (du 29 mai au 3 juin 1915)

 

Dans ses lettres écrites du 29 mai au 2 juin 1915, le médecin aide major de 1ère classe Humbert raconte son quotidien dans le secteur d’Aix-Noulette qui est régulièrement frappé par l’artillerie allemande. Il y décrit son travail, les évacuations menées sous le feu, les nuits passées dans une cave humide, et une fatigue qui s’accumule jour après jour.

 

Cette correspondance, plus proche de notes de terrain que de lettres familiales, revient souvent sur les officiers, les prêtres et les aumôniers qu’il croise ou dont il apprend la blessure ou la mort ; leur présence fait partie de son quotidien autant que les bombardements. On y trouve aussi des remarques plus personnelles sur les médecins qui l’entourent : Mégnin qui ronfle comme un moteur, ou encore les observations amusées sur Mouton au bois 6. Ces touches, brèves mais régulières, décrivent la vie du service médical au milieu du danger.

 

On ressent également, de manière de plus en plus nette, l’attente de la relève, espérée avec force après des jours de tension continue. Ces pages, sans détour, donnent l’image d’un médecin de bataillon qui poursuit son service dans des conditions difficiles, en suivant au plus près les mouvements et les pertes des unités.

 

« 29 mai

 

A 11 h 00 du soir, nous allons d’Aix au poste de secours de Noulette. Il y aura attaque à 2 h 00, sans préparation d’artillerie. Je pars en espadrilles et je surprends le caporal Remort écrivant au vicaire général pour lui annoncer la mort de l’abbé Marchal.

 

Je me couche dans l’abri. Réveil à 4 h 00 par l’arrivée de quelques blessés légers. On aurait pris par surprise quelques mètres de tranchée et une tête de sape, toujours en T1, T2, T3, comme en mars. Les racontars téléphoniques des commandants des diverses unités annonçaient pourtant régulièrement, après chaque attaque, depuis le 9 mai, que l’on est au fond de Buval et même sur le chemin de la Chapelle !!!

 

Nous avons à subir des bombardements tels que nous n’en avons jamais vu à Noulette. La maison qui nous protégeait à l’Est est en ruine. Les obus de 105 et de 77 s’abattent autour de nous. Un 77 enlève la cheminée et un coin du mur. Il y a un moment d’émotion bientôt passé à la vue des cuisiniers noirs de la suie que l’explosion a violemment repoussée à l’intérieur en descellant le fourneau.

 

Ça continue… Les éclats pleuvent de tous les côtés. Il est bon de faire le mort un instant. Toute la journée, il en est ainsi. Certes, il n’y a pas de doute, c’est à nous qu’on en veut. Trois gros obus tombent sur le talus de la route à quelques mètres.  Il est heureux que ce ne soit pas du 210 comme celui qui est tombé entre la haie, à quelques mètres de l’abri, il y a quelques jours.

 

À 15 h 00, je profite d’une accalmie pour prendre quelques photographies. Au moment où je vais prendre la dernière, l’entrée de l’abri, un 105 arrive à 30 mètres à gauche. Je pousse le déclic sur la fumée et nous rentrons en 4e vitesse dans l’abri.

 

L’abbé Darbot nous a dit que l’abbé Maurice Dubourg, vicaire à Vesoul, a été grièvement blessé à Notre-Dame-de-Lorette ces jours derniers. Je crois que c’est un des plus anciens camarades des frères de Marie de Besançon. Il était, je pense, avocat il y a quelques années.  Il était aumônier à la 13e D.I.. J’apprends également que devant le poste de secours de la Faisanderie, que j’avais construit, et dont j’ai envoyé la photo avec Megnin, tel Neptune commandant aux flots, qu’un gros obus a tué 16 brancardiers divisionnaires et blessé quelques autres, pendant qu’ils faisaient la soupe et se chauffaient au soleil. L’aumônier de la 17e ( ?) D.I., à Bully-Grenay, a été également tué ces jours derniers.

 

Et dire qu’on nous traite de non-combattants et que certains officiers persistent à nous traiter de gens de l’arrière !

 

Je commence à en avoir assez de ce métier. Dix mois, c’est plutôt long ! et je voudrais bien rentrer dans les Vosges. Il faut pourtant que je reste ici puisque d’autres y restent avec plus de risques que moi. Et d’ailleurs, le risque, ça m’est égal, ça stimule. Et, où il n’y a pas de risques, il n’y a pas d’honneur.

 

Megnin ronfle comme un moteur puisant au ralenti. Il est plus sociable qu’autrefois. D’ailleurs, en ce moment, ma dent dure, cadeau de famille, me fait respecter un peu de toutes parts.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

30 mai

 

Trinité, le canon nous sert de messe. Depuis Pâques, une messe à Barlin à la Pentecôte. La Trinité se passe comme dans la chanson, et nous ne revenons pas. Le capitaine Crépet est tué ; le lieutenant Pierron blessé ; un lieutenant-mitrailleur, nouvellement arrivé, normalien en lettres, tué. On a avancé de 14 centimètres !!!

 

Nous sommes crapouillotés de plus belle sans dommage. Je vais voir un réglage d’artillerie sur une place de Liévin où passent des convois. J’assiste à la relève des blessés par la Croix-Rouge. On distingue à la grande lunette d’artillerie des dames en sarrau blanc (infirmières en blouse blanche).

 

La riposte est rapide. Nous évacuons les lieux en vitesse. La pièce est à 100 mètres de nous, devant le château, et elle est copieusement arrosée.

 

31 mai

 

Il paraît qu’elle n’a pas souffert. Ce matin, je vais voir l’emplacement. Il est couvert de trous et de débris de branches. La pièce, naturellement, a été déplacée.

 

1er juin

 

Le crapouillotage continue. Mégnin et moi passons en examen divers locaux susceptibles d’être organisés. La cave de la maison voisine pourrait servir, mais il faudrait creuser un long boyau pour s’y rendre. On parle de relève. Attendons encore.

 

Peu de blessés. Nous avons progressé légèrement sur Notre-Dame-de-Lorette et sur une partie du fond de Buval. Espérons que nous arriverons à tout avoir.

 

2 juin

 

La relève se prépare pour les 1er et 3e bataillons. Ҫa va ! J’en ai plein le dos. Je me suis mis hier à la diète et ai pris médecine comme on disait au temps ancien. Mais je suis éreinté et cette cave humide, où nous couchons pendant la nuit et une partie de la journée, me donne une courbature terrible.  Et j’ai cependant un matelas alors que dans les tranchées et dans les boyaux les camarades couchent sur la dure.

 

Il paraît qu’au bois 6, Mouton se livre à une petite chasse peu intéressante. Je voudrais le voir et le photographier par surprise dans sa chaste et opulente nudité en train de secouer sa chemise et s’en examiner soigneusement les coutures.

 

Il est vrai qu’au bois 6, il n’y a pas beaucoup d’obus à craindre. On ne peut pas tout avoir !

 

Ҫa y est - Relève. Je file à 7 h 00 à bicyclette. Je traverse Aix qui vient de recevoir de nouveaux obus il y a une demi-heure. La grande rue est à peu près démolie maintenant.

 

Le toit de l’église est entièrement descendu à l’intérieur. J’ai bien fait de dîner avant de partir de Noulette. Je crois que ce sont les dernières journées à Noulette. Les Anglais arrivent et vont progressivement remplacer toutes nos troupes sur cette partie du front. Ils sont à Mazingarbe et vont descendre jusqu’à Arras dit-on. Alors, nous sommes libres et nous allons être au repos. On dit que nous allons filer sur les Vosges. Joie et bonheur !

 

Le sous-lieutenant Hugon est tué et massacré par un obus à 11 h 00 du soir, pendant la relève. C’était un très gentil camarade et j’en éprouve une peine réelle.

 

Nous allons à Hersin-Coupigny.»

 

Pour en apprendre davantage sur la période allant du 30 mai au 2 juin 1915, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Pour retrouver tous les courriers du médecin Humbert, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Sources :

 

Correspondance inédite du médecin aide-major de 1ère classe Louis Humbert.

 

Un grand merci à M. Bordes et à A. Carobbi.

25 septembre 2026

Du 30 mai au 4 juin 1915 - progression sur n4 et relèves du 149ᵉ R.I.

 

Au lendemain de l’échec du 149ᵉ R.I. devant le fond de Buval, le régiment entre dans une période confuse où se mêlent contre‑attaques allemandes, travaux urgents de tranchées et progression lente par sape. Du 30 mai au 4 juin, les hommes cherchent à reprendre l’ascendant sur le secteur de n4, sous des bombardements constants.

 

30 mai 1915 - Contre‑attaques allemandes et tenue du front

 

Deux contre‑attaques allemandes, parties de h1–h2 vers 0 h 30 puis 2 h 00, se heurtent aux barrages français et sont repoussées. À la lisière sud du bois des Boches, la liaison avec le bataillon marocain reste étroite ; certains d’entre eux, déstabilisés par le feu ennemi, se replient jusque dans les positions du 149ᵉ R.I..

 

Aucune action offensive n’est possible sur le secteur de n4 : le 109ᵉ R.I. n’a reçu aucun ordre. Toute la nuit, les hommes prolongent les sapes et avancent leurs galeries de part et d’autre du talus.

 

 

Les villages voisins, la première ligne, et les positions prises récemment sont martelés par l’artillerie allemande. Malgré ce feu, les travaux se poursuivent : tranchées à consolider, abris à aménager, communications à rétablir.

 

 

31 mai 1915 - Préparation d’une attaque sur n4

 

Une attaque est prévue à 20 h 00 sur le chemin de la Chapelle et la courbe 120, en liaison avec le 109ᵉ R.I. La préparation d’artillerie doit durer de 16 h 00 à 20 h 00. Le point n4, tenu par l’ennemi, fait partie des objectifs.

 

Le bataillon Schalck ne peut entrer en action : le 109ᵉ R.I. n’a pas pris le terrain qui lui était assigné. Malgré cela, des éléments du 149ᵉ R.I. progressent par sape et se placent à environ 25 m de n4.

 

Le secteur demeure très agité en fin de journée : fusillades sur T3, tirs sur la tranchée du Génie, bombes autour de n4 maintiennent une pression constante sur les positions françaises.

 

L’échec du 109ᵉ R.I. et la tension du secteur conditionnent la journée suivante, durant laquelle le 149ᵉ R.I. devra poursuivre ses efforts de progression par sape sous un bombardement continu.

 

 

À 23 h 00, une fusillade éclate sur l’aile droite tenue par le 149ᵉ R.I. Plusieurs bombes frappent T3 et la tranchée du Génie, les travailleurs ayant été repérés. Un tir d’artillerie violent s’abat ensuite sur le boyau reliant la tranchée en Y au T construit par le Génie. Toute la nuit, les équipes poursuivent activement les travaux de sape ainsi que la réorganisation des tranchées et des boyaux.

 

1ᵉʳ juin 1915 - Bombardement et progression par sape

 

Les missions des régiments restent inchangées. Le mouvement sur n4 doit se poursuivre en liaison avec le 109ᵉ R.I.. L’artillerie allemande bombarde violemment le secteur durant toute la journée.

 

Les Allemands semblent aménager un fortin en h3, tandis qu’ils abandonnent un peu de terrain autour de n4. La sape française gagne une dizaine de mètres vers n4 et les travaux d’aménagement se poursuivent toute la nuit. Dans le fond de Buval, vers n1 et n4, des drapeaux blancs sont agités : ils marquent vraisemblablement des mouvements de relèves, l’ennemi signalant ainsi des déplacements de troupe pour éviter d’être pris sous le feu de son artillerie.

 

2 juin 1915 - Mouvements de relèves et réorganisation du dispositif

 

Les 1er et 3ᵉ bataillons commencent leur relève en soirée. Le retrait des compagnies de soutien s’effectue entre 21 h 00 et 23 h 00, un agent de liaison est envoyé au ravin. Le 296ᵉ R.I. prend aussitôt la place des éléments de soutien et occupe le secteur. À 23 h 00, les compagnies de première ligne sont relevées par le 2ᵉ bataillon.

 

Selon le dispositif arrêté par le commandant Perrier, les 1er et 3ᵉ bataillons gagnent Hersin‑Coupigny, où ils cantonnent avec l’état‑major, la C.H.R. et la compagnie de mitrailleuses.

 

La compagnie de jour du 1er bataillon prépare les installations et assure le service jusqu’à 4-5 h. Elle est ensuite relayée par la compagnie de service du 3ᵉ bataillon.

 

Dans l’après‑midi, les cantonnements sont réorganisés. La fosse 4 est réservée au 2ᵉ bataillon, encore en ligne. 

 

Le P.C. du lieutenant‑colonel Gothié reste au bois 6 jusqu’à 21 h 00, puis passe à Noulette. À la même heure, le commandant Schalck prend la direction du P.C. du bois 6 ; il y supervise les compagnies de son bataillon, les quatre compagnies de soutien du 296ᵉ R.I., et l’agent de liaison de l’artillerie. Les compagnies du 149ᵉ R.I. occupent le secteur entre le point V et le bois des Boches. 

 

La sape sur n4 atteint 40 m.

Les sections de mitrailleuses de première ligne restent en position jusqu’à leur relève par celles du 296ᵉ R.I.. Le ravitaillement du 2ᵉ bataillon et de la demi‑section de mitrailleuses a lieu dans la soirée à Aix‑Noulette.

3 juin 1915 - Regroupement et passation des consignes

Au matin, l’état‑major, la C.H.R., la demi‑compagnie de mitrailleuses de réserve et le T.C. rejoignent Hersin‑Coupigny. Le ravitaillement en vivres est effectué pour toutes les unités du régiment.

 

Vers 15 h 30, un bombardement allemand frappe Noulette et le bois de Noulette.

 

Une nouvelle attaque du 109ᵉ R.I. sur n4, qui devait être appuyée par le bataillon Schalck, échoue à son tour.

 

Les officiers grenadiers, les chefs de bataillon et les commandants des compagnies de soutien étaient restés en poste pour assurer la transition. À 18 h 00, ils quittent leurs positions après avoir transmis leurs consignes aux cadres du 296ᵉ R.I., désormais responsables du secteur.

 

À la même heure, le lieutenant‑colonel Gothié quitte le P.C. de Noulette et s’installe, à partir de 21 h 00, à la mairie de Hersin.

 

4 juin 1915 - Relève du 2ᵉ bataillon et mise au repos

 

Dans la nuit du 3 au 4 juin, le 296ᵉ R.I. reçoit l’ordre de relever le 2ᵉ bataillon du 149ᵉ R.I.. Le mouvement s’effectue entre 21 h 00 et 1 h 00. Le bataillon du commandant Schalck part au repos. Il prend ses quartiers à la fosse 10, en remplacement d’un bataillon du 281ᵉ R.I. mis à la disposition du général Guillemot. Il forme la réserve divisionnaire avec le bataillon restant du 281ᵉ R.I., sous les ordres de son chef de corps.

 

 

Situation du régiment en fin de journée

 

• La compagnie de mitrailleuses et le 2ᵉ bataillon à la fosse 10.

 

• Un bataillon et l’état‑major à Coupigny.

 

• Un bataillon à Bracquencourt.

 

Après les offensives coordonnées du 9 mai et les attaques du 29, le secteur reste instable. La première ligne demeure fragile, constamment exposée aux réactions ennemies malgré les pertes subies. La période de repos qui s’ouvre n’offrira qu’un répit limité : les hommes ne disposeront que de quelques jours avant de remonter en ligne dans l’un des secteurs les plus actifs du front.

 

                                

                                    Tableau des tués pour la période allant du 30 mai au 4 juin 1915

 

 

                     Tableau des blessés et des disparus pour la période allant du 30 mai au 4 juin 1915

 

 

                 Tableau des décédés dans les ambulances et dans les hôpitaux du 30 mai au 4 juin 1915

 

 

Sources

 

Les archives du S.H.D. ont été consultées. 

 

J.M.O. de la 43e D.I., réf : 344/2

 

J.M.O. de la 85e brigade, réf : 26 N 520/10

 

J.M.O. du 296e R.I., réf : 26 N 742/6

 

J.M.O. du 281e R.I., réf : 26 N 738/2

 

Historique du régiment « 149e Régiment d’infanterie » Épinal. Imprimerie Klein.

 

Fichier des « Morts pour la France » du site S.G.A./Mémoire des hommes.

 

La photographie titrée « vue des positions allemandes vers le bois 4 - 2025 » a été réalisée par P. Lamie.

 

Le portrait du sergent-major Jean Archenoul et le dessin représentant le bombardement du village de Brully-Grenay proviennent du fonds Archenoul.

 

Le portrait du lieutenant-colonel Gothié provient du fonds Gothié, appartenant à D. Gothié.

 

Les portraits du commandant Bichat et du capitaine Prétet et du commandant Schalck proviennent, pour les deux premiers, de leurs dossiers individuels conservés au S.H.D. de Vincennes, et pour le dernier, du Tableau d’honneur de la guerre 14‑18 publié par la revue L’Illustration.

 

Un grand merci à M. Bordes, à J. Breugnot, à A. Carobbi, à T. Cornet, à D. Gothié à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et à l’association « collectif Artois 1914-1915 ». 

18 septembre 2026

Joseph Augustin Jean Marie Boiron (1896-1954)

 

Joseph Augustin Jean Marie Boiron est né le 30 avril 1896 à Ambérieu‑en‑Bugey, au sud du département de l’Ain. La commune compte alors 3 548 habitants selon le recensement de l’année. Son père, Ferdinand Boiron, 39 ans, originaire de Lyon, travaille comme chef de section sur la ligne Paris-Lyon-Marseille. Sa mère, Augusta Emma Bertholet, 31 ans, gère le foyer familial.

 

À la fin du XIXᵉ siècle, Ambérieu‑en‑Bugey occupe une place importante dans le réseau ferroviaire français. La gare, ouverte quarante ans plus tôt, a transformé la ville en un centre de triage essentiel, ce qui explique en partie l’installation de la famille dans cette région.

 

 

Joseph est le huitième d’une fratrie exceptionnellement nombreuse : dix‑sept enfants, dont huit filles et neuf garçons. Trois d’entre eux meurent en bas âge, deux avant leurs trois ans et une à l’âge de six ans.

 

En 1903, les Boiron vivent à Marseille. L’une des filles est née auparavant à Saint‑Marcellin, en Isère, sur une ligne du réseau P.L.M. Ce détail suggère un déplacement temporaire lié au service du père, entre leur départ de l’Ain et leur installation dans les Bouches‑du‑Rhône.

 

La fiche matricule de Joseph Boiron ne mentionne pas son degré d’instruction, ce qui ne permet pas d’évaluer son niveau scolaire.

 

En 1913, il est employé comme journalier opérateur au service de la voie du P.L.M. à Marseille. C’est un emploi modeste, dépendant des besoins des chantiers et des déplacements sur différentes sections de ligne. Il travaille donc déjà avant la guerre, ce qui exclut la notion d’études prolongées ou d’une formation spécifique à cette période.

 

Lors de la mobilisation générale d’août 1914, il n’a que dix‑huit ans et n’est pas appelé. Sa fiche matricule indique une domiciliation à Marseille, mais aucune source ne permet de savoir s’il y réside effectivement à ce moment ou s’il se trouve ailleurs pour des raisons professionnelles. Rien ne précise non plus l’activité qu’il exerce alors.

 

Quatre mois plus tard, le 4 décembre 1914, il signe un engagement volontaire à la mairie de Bourg‑de‑Péage. Sa présence dans cette commune reste inexpliquée, mais elle s’inscrit probablement dans la logique de son parcours : en tant que journalier du P.L.M., il peut être envoyé sur des chantiers temporaires ou des tronçons éloignés du réseau. Cette mobilité rend plausible un passage ou un séjour dans cette commune, sans que les sources permettent d’en préciser la nature.

 

La seule certitude est qu’il se trouve à Bourg‑de‑Péage ce jour‑là, et que c’est dans cette commune qu’il choisit de s’engager.

 

Le 5 décembre, Joseph Boiron est dirigé vers le dépôt du 158ᵉ R.I., récemment installé à Lyon. Comme pour les recrues incorporées à cette période, son instruction est brève : elle s’étend sur environ quatre mois, de décembre 1914 à mars 1915, soit trois semaines de plus que la classe 1915 ; il  en suit le mouvement en étant affecté au bataillon de marche du régiment. Cette durée correspond au rythme accéléré imposé par les besoins du front, les dépôts préparant rapidement les hommes destinés à rejoindre au plus tôt les unités combattantes.

 

À l’issue de cette formation, le soldat Boiron est intégré dans un important renfort de 650 hommes provenant des bataillons de marche des 17ᵉ et 158ᵉ R.I. Ce détachement est envoyé le 12 mars 1915 au 149ᵉ R.I., qui vient de subir de lourdes pertes lors de l’attaque allemande du 3 mars. Le 13 mars, il est officiellement versé à la 6ᵉ compagnie du 2ᵉ bataillon.

 

C’est à partir de ce moment que commence pour lui la vie de tranchée. Le 149ᵉ R.I. tient alors un secteur d’Artois particulièrement exposé, où les unités sont soumises à un feu constant et à des conditions de combat éprouvantes. Son arrivée dans la compagnie marque son entrée dans la réalité du front, au sein d’un régiment déjà durement éprouvé mais toujours engagé en première ligne.

 

Le 11 mai 1915, il découvre pour la première fois ce qu’est une attaque de grande ampleur, celle déclenchée le 9 mai. Jusqu’alors tenu en réserve, le 2ᵉ bataillon, auquel sa compagnie est rattachée, relève ce soir‑là le 31ᵉ B.C.P. en première ligne. Le lendemain, la 6ᵉ compagnie se retrouve directement face aux tranchées allemandes sans être engagée dans une nouvelle attaque.

 

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de la journée du 12 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante. 

 

Le 24 mai, il est nommé caporal. Le 29, la 6ᵉ compagnie est de nouveau sollicitée dans le même secteur. C’est au cours d’une action offensive que Joseph Boiron est grièvement blessé. Une citation précise les circonstances : lors d’une attaque de nuit, il sort le premier de la tranchée sous un feu très nourri et entraîne son escouade jusqu’au parapet ennemi. Une balle lui traverse la cuisse gauche, le blessant très gravement.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Évacué vers l’arrière, sa jambe ne peut être sauvée : les médecins doivent procéder à l’amputation. Sa fiche matricule ne mentionne pas les lieux où il a été soigné ; elle indique seulement qu’il est considéré comme blessé de guerre jusqu’au 29 mai 1916. Le 27 novembre 1915, la commission spéciale de Vincennes propose l’attribution d’une pension de 3e classe pour amputation de la cuisse gauche au tiers moyen et escarres dans la région du sacrum.

 

Par décret du 3 juin 1916, Joseph Boiron, à tout juste 20 ans, est admis à une pension de retraite de 3e classe, avec jouissance du 27 novembre 1915, d’un montant de 900 francs (J.O. du 10 juin 1916).

 

Rayé des contrôles de l’armée le 4 juin 1916, l’ancien caporal du 149e R.I. se retire à Marseille, au 66 boulevard Boisson. Après sa mise à la retraite militaire, sa vie reprend un cours civil qui l’amène, quelques années plus tard, à poursuivre sa carrière au Maroc. En 1926, il est chef de groupe de la voie normale à Rabat.

 

Déjà réformé définitif n°1, il bénéficie d’une pension permanente de 95 % pour l’amputation de la cuisse gauche au tiers supérieur, accompagnée de cicatrices profondes, douloureuses et sujettes à des ulcérations sous la pression des appareils. Seule une prothèse par pilon allégé lui est supportable ; un appareil classique lui est impossible à porter. Cette décision est confirmée par la commission de réforme de Casablanca le 8 juillet 1932. Cette année-là, il épouse Odette Louise Jeanne Charbonnier. De cette union naîtra un garçon né à Rabat en 1933.

 

La pension de Joseph Boiron est portée à 100 % par jugement du tribunal des pensions de Casablanca le 10 avril 1934.

 

 

Il s’éteint le 25 février 1954 à son domicile de Rabat, au 1 rue Mézergues. Son acte de décès précise qu’il était divorcé et qu’il occupait le grade de chef de bureau principal honoraire de la Compagnie des chemins de fer du Maroc ; ce grade signait une carrière longue et un poste de responsabilité au sein de cette administration.

 

Sa dépouille est ensuite rapatriée en métropole. Il repose aujourd’hui dans une tombe familiale du cimetière communal de La Baume-d’Hostun, dans la Drôme.

 

 

Décorations obtenues :

 

Une décision ministérielle n° 1317 D du 7 septembre 1915, prenant effet au 15 août, attribue à Joseph Boiron la Médaille militaire. Il reçoit à cette occasion la Croix de guerre avec palme, accompagnée de la citation suivante : « Au cours d’une attaque de nuit, le 29 mai 1915, est sorti le premier de la tranchée sous un feu violent d’artillerie et d’infanterie ; a réussi, avec son escouade et quelques grenadiers, à atteindre le parapet de la tranchée ennemie, entraînant brillamment ses hommes. Grièvement blessé d’une balle à la jambe gauche. Amputé de la jambe gauche. »

 

Ce texte est repris dans le Journal officiel du 9 septembre 1915, mais la citation y est indiquée à l’ordre de la division. Cette mention peut être simplement une erreur de transcription.

 

En 1930, il est décoré de la médaille des engagés volontaires, accompagnée de la mention : « Engagé volontaire pour la durée de la guerre en décembre 1914, plus de trois ans avant l’appel des hommes de sa classe d’âge pour servir aux armées dans une formation combattante. »

 

Il est ensuite fait chevalier de la Légion d’honneur par décret du 24 mai 1935, avec prise de rang au 20 novembre 1934, dans le cadre de la promotion des mutilés de guerre à 100 % (J.O. du 7 juin 1935).

 

Enfin, par arrêté du 3 février 1950, il est nommé chevalier de l’ordre social (J.O. du 13 février 1950).

 

La généalogie de la famille Boiron peut se consulter en cliquant une fois sur l’image suivante.

 

Sources :

 

La fiche matricule du caporal Boiron et les actes d’état civil de sa famille ont été consultés sur le site des Archives départementales de l’Ain.

 

Joseph Boiron possède un dossier sur la base Léonore.

 

 

Les clichés représentant la sépulture de la famille Boiron proviennent du site « Généanet ».

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux Archives départementales de l’Ain.

11 septembre 2026

Anatole Marie Joseph Martineau (1894-1915)

 

Anatole Marie Joseph Martineau est né le 26 février 1894 à la Planchette, un hameau rattaché à la commune de Vezins, dans le Maine-et-Loire.

 

Son père, Jean Marie Joseph Martineau, âgé de quarante-et-un ans, est originaire de Chanteloup-les-Bois. Sa mère, Marie Victoire Masson, trente-trois ans, est native de Vezins. Tous deux exercent la profession de cultivateur. Les archives consultées ne permettent pas de déterminer s'ils exploitent leur propre ferme ou s'ils travaillent pour le compte d'un propriétaire.

 

 

La fratrie compte cinq enfants. Anatole est l'avant-dernier, entouré d'une sœur et de quatre frères, tous parvenus à l'âge adulte. Le décès de sa mère, survenu quelques jours avant son dixième anniversaire, constitue l'un des premiers événements marquants de son existence.

 

 

Sa fiche matricule mentionne un degré d’instruction de niveau 3 : il sait lire, écrire et compter. Après l’école communale, il rejoint le travail agricole, suivant la voie tracée par son père. Là encore, les sources restent silencieuses : impossible de déterminer s’il travaille sur une terre familiale ou comme domestique agricole chez un exploitant du secteur.

 

À vingt ans, comme tous les jeunes de sa commune de recrutement, il se rend à Cholet pour le conseil de révision. Les examinateurs le mesurent, évaluent sa corpulence et vérifient son état général. Le médecin ne relève aucune incapacité : Anatole Martineau est déclaré apte et inscrit dans la première partie de la liste de la classe 1914, celle des hommes bons pour le service actif.

 

Lorsque la guerre contre l’Allemagne est sur le point d’éclater en août 1914, l’ordre de mobilisation générale ne le concerne pas encore. Mais la situation évolue rapidement. En septembre, il est appelé en même temps que les conscrits de sa classe du canton de Cholet. Pour lui et soixante‑neuf d’entre eux, l’armée prévoit une affectation lointaine : le dépôt du 149ᵉ R.I., installé à Jorquenay, près de Langres, très éloigné de leur région d’origine.

 

Le 14 septembre, le soldat Martineau rejoint le dépôt. Il y commence son instruction militaire, une formation abrégée comme pour la plupart des recrues de la classe 1914. Les formateurs leur enseignent l’essentiel : manier le fusil, marcher en section, respecter les consignes de feu. Tout est condensé en quelques semaines, car les instructeurs doivent préparer à la hâte des renforts destinés à des unités déjà éprouvées par les combats. Une photographie prise à cette époque constitue l’un des rares témoignages de son passage au dépôt.

 

Durant cette période, le dépôt du 149ᵉ R.I. est déplacé à Rolampont. Anatole Martineau y poursuit son apprentissage : séances de tir, marches, notions élémentaires de tactique. Rien n’indique qu’il ait bénéficié d’un entraînement plus long que les autres ; tout laisse au contraire penser qu’il fait partie de ces jeunes hommes envoyés au front dès que leur niveau est jugé simplement suffisant : cet envoi s’est effectué en novembre 1914 pour la majorité.

 

La date exacte de l’arrivée du soldat Martineau dans la zone des combats n’est pas connue. On sait seulement qu’il est affecté à la 3ᵉ compagnie du régiment. Les sources ne permettent pas davantage de déterminer le moment de son premier contact avec l’ennemi. Comme beaucoup de soldats de cette génération, Anatole Martineau entre dans la guerre sans repère chronologique précis. Son passage du dépôt au front se fond dans le flux continu des renforts envoyés pour combler les pertes.

 

On connaît en revanche la date de sa mort : le 29 mai 1915. Cette journée compte parmi les plus meurtrières pour le 149ᵉ R.I., engagé devant le fond de Buval, dans le secteur d’Aix‑Noulette, en Artois. Le régiment, lancé dans plusieurs actions difficiles contre des positions allemandes solidement tenues, subit des pertes importantes.

 

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Le nom de ce soldat est inscrit sur le monument aux morts de Vezins ainsi que sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial international de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

Anatole Marie Joseph Martineau a été décoré de la Médaille militaire à titre posthume, distinction publiée au J. O. du 4 janvier 1921 :

 

« Soldat brave et dévoué. Tombé glorieusement, le 29 mai 1915, à Notre‑Dame‑de‑Lorette. »

 

Cette décoration lui ouvre également droit à la Croix de guerre avec étoile de bronze.

 

 

Mort à l’âge de 21 ans, Anatole Martineau ne s’est pas marié et n’a pas laissé de descendance. Il n’y a pas de sépulture connue pour cet homme.

 

Sources :

 

Les actes d’état civil de la famille Martineau, et la fiche matricule d’Anatole Martineau ont été consultés sur le site des archives départementales du Maine-et-Loire.

 

Les archives du S.H.D. de Vincennes ont été consultées.

 

Le portrait du soldat Martineau provient du site « MémorialGenWeb ».

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, aux archives départementales du Maine-et-Loire et au S.H.D. de Vincennes.

4 septembre 2026

Marcel Charles Vory (1894-1915)

 

Marcel Charles Vory est né le 22 mars 1894 au domicile familial de Saunoy, dans la Meuse. Ses parents, Charles Henri et Émilie Marie Anne Mourlot, ont alors trente‑deux et trente ans.

 

La fiche matricule du père, rédigée avant son mariage, le décrit comme horloger, métier qui suppose une formation précise. Il s’agit sans doute d’une activité exercée dans sa jeunesse. Lors de son mariage en 1893, puis sur l’acte de naissance de son fils, il est noté comme employé des chemins de fer. Ce changement n’a rien d’exceptionnel : beaucoup d’ouvriers qualifiés rejoignent alors le réseau ferroviaire, qui offre des emplois plus réguliers et des perspectives d’avancement.

 

Sa mère, Émilie Mourlot, est femme de ménage, profession courante dans les milieux modestes. Aucun autre enfant n’est connu pour ce couple.

 

 

Les recensements de 1896 à 1911, de Saunoy et d’Occey, permettent de suivre la famille dans ces deux communes. En 1906, les Vory résident à la gare d’Occey, où le père est chef de halte. Le logement de service et la stabilité de l’emploi montrent qu’il a su trouver sa place dans la petite fonction publique ferroviaire.

 

 

Le parcours scolaire de Marcel Vory présente une continuité et une ambition peu ordinaires pour son milieu d’origine. Documenté à partir de 1907, il entre à treize ans à l’École primaire supérieure de Joinville, dans la Haute-Marne, grâce à une bourse attestant ses bons résultats. Il y suit les trois années du cursus technique. Pour un fils d’employé ferroviaire, accéder à l’E.P.S. puis y mener à terme l’ensemble du cycle constitue déjà une trajectoire solide : ces écoles accueillaient des élèves de milieux modestes, mais les parcours complets demeuraient moins fréquents.

 

En 1910, Marcel Vory a seize ans. Il est reçu à l’École des Arts et Métiers de Châlons‑sur‑Marne. La date portée sur le monument aux morts correspond à son entrée dans l’établissement, les noms étant classés par promotion. À nouveau boursier, il accomplit les trois années du cycle et obtient le diplôme d’ingénieur durant l’été 1913. Le passage direct de l’E.P.S. aux Arts et Métiers, sans baccalauréat, est courant à l’époque, mais il constitue l’un des principaux moyens de promotion technique pour les enfants des classes moyennes inférieures ou des milieux ouvriers qualifiés.

 

À l’automne 1913, après sa sortie de Châlons-sur-Marne, il rejoint l’Institut électrotechnique de Grenoble. Les rentrées ayant lieu début novembre, son arrivée peut être située à cette période. Une demande de bourse déposée par son père en janvier 1914 confirme qu’il est alors « actuellement étudiant » à l’Institut. Les parents résident alors à Villey‑sur‑Tille, d’où ils suivent ses études.

 

Dans un contexte où l’électrotechnique connaît un essor rapide, cette admission place Marcel Vory parmi les jeunes, issus de milieux modestes, parvenus à intégrer les formations techniques les plus avancées. Son parcours, des études techniques de Joinville aux Arts et Métiers puis à Grenoble, apparaît ainsi d’une grande cohérence. Il témoigne d’une ascension scolaire nette, rendue possible par la stabilité professionnelle du père et les bourses d’études.

 

Lorsque la guerre contre l’Allemagne débute en août 1914, Marcel Vory est encore étudiant à Grenoble. Comme les hommes de sa classe, il s’est présenté au conseil de révision au printemps 1914. Il y est d’abord classé dans la 5ᵉ partie de la liste pour faiblesse, ce qui entraîne un ajournement.

 

Après la mobilisation, il passe devant le conseil de révision de la classe 1915 qui se déroule en octobre 1914. Marcel Vory voit sa situation réévaluée : la première décision est annulée. Il est déclaré apte au service et versé dans la 1ʳᵉ partie de la liste.

 

Le 19 décembre 1914, Marcel Vory rejoint le 170e R.I., alors en garnison à Épinal. À cette période, les dépôts d’infanterie souffrent d’une pénurie aiguë de cadres : les pertes d’officiers et de sous-officiers, très lourdes depuis les combats d’août à novembre 1914, contraignent le ministère de la Guerre à accélérer la formation des remplaçants. C’est dans ce contexte que Marcel Vory suit le cours des aspirants, dont il obtient le grade le 15 avril 1915.

 

Le 23 avril, il est affecté au 149e R.I.. Les sources disponibles ne permettent toutefois pas d’établir s’il rejoint alors le bataillon de marche ou s’il est dirigé directement vers le dépôt du régiment. Cette incertitude tient au contexte : au lendemain des attaques du 9 mai 1915 et des combats qui les suivent, le 149e R.I. reçoit deux renforts successifs destinés à compenser des pertes particulièrement lourdes.

 

Le premier renfort parvient à Aix-Noulette le 12 mai. Il s’agit d’un contingent important, composé de 750 hommes en provenance du bataillon de marche ; ce contingent est placé sous les ordres du lieutenant Tournai. Le second renfort arrive le 19 mai à Petit-Sains : un groupe plus réduit, comprenant 88 hommes et trois officiers, envoyé depuis le dépôt d’Épinal.

 

Aucun document ne permet de déterminer avec certitude dans lequel de ces deux mouvements Marcel Vory a été intégré. Il est en revanche établi que, dès son arrivée au régiment actif, il est versé à la 1ère compagnie, où il reçoit le commandement d’une section. Cette prise de fonction intervient dans une période de tension opérationnelle importante : les compagnies du 149e R.I., engagées depuis plusieurs semaines dans le secteur d’Aix-Noulette, doivent absorber les renforts et les intégrer immédiatement dans leur rang pour de nouvelles actions offensives.

 

L’aspirant Vory n’aura que très peu de temps pour connaître les hommes placés sous son autorité. À peine arrivé, il est entraîné dans la préparation d’une nouvelle attaque.

 

Le 29 mai 1915, il est tué à la tête de sa section qu’il mène à l’assaut dans une attaque nocturne. Sa mort survient dès les premières phases de l’action, au moment où les compagnies tentent de progresser sous un feu ennemi dense. Elle illustre la situation des jeunes officiers de renfort, souvent engagés immédiatement dans des opérations où l’expérience se forge dans l’urgence et où la vie ne tient qu’à un fil.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer sur la carte suivante.

 

 

Le décès de Marcel Vory est inscrit dans les registres d’état civil de Villey‑sur‑Tille le 7 août 1915. Deux témoins directs, Maurice Auguste Silvestre, sergent‑major, et André Devineau, caporal‑fourrier, attestent des circonstances de sa mort. Sur la base de leurs déclarations, le capitaine Paul Toussaint, officier d’état civil du régiment, rédige l’acte et le fait parvenir à la commune pour validation officielle.

 

 

Marcel Vory repose actuellement dans le Communal Cimetery Extension du cimetière militaire d’Aix‑Noulette, rang 7, tombe 140. Deux erreurs figurent sur la plaque de sa sépulture : son grade y est indiqué comme adjudant alors qu’il était aspirant, et la date de son décès est portée au 2 juin 1915 au lieu du 29 mai 1915.

 

Son nom est inscrit dans plusieurs lieux de mémoire : sur le monument aux morts de Villey‑sur‑Tille ; sur les plaques commémoratives de l’Institut National Polytechnique de Grenoble, de l’École des Arts et Métiers de Châlons‑en‑Champagne et de l’école professionnelle de Joinville, aujourd’hui conservée à l’intérieur du lycée professionnel Philippe Lebon ; ainsi que sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial international de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

 

Décorations obtenues

 

Croix de guerre avec une étoile de vermeil

Citation à l’ordre du corps d’armée :

« Le 29 mai 1915, à Notre‑Dame‑de‑Lorette, a entraîné brillamment ses hommes à l’attaque des tranchées allemandes, au cri de “En avant !”. Est tombé glorieusement à la tête de sa section. »

L’aspirant Marcel Vory a également reçu, à titre posthume, la Médaille militaire, accompagnée du même texte que sa citation à l’ordre du corps d’armée, comme en témoigne un article publié dans Le Télégramme des Vosges le 15 mai 1922.

 

Mort à l’âge de vingt‑et‑un ans, il ne s’est pas marié et n’a laissé aucune descendance.

 

Sources :

 

La fiche matricule les actes d’état civil concernant l’aspirant Vory et sa famille et les registres de recensements des communes de Saunoy et Occey ont été consultés sur le site des archives départementales de la Meuse, de la Haute-Marne et de la Côte-d’Or.

 

« Livre d’or des élèves et anciens élèves des écoles nationales d’Arts et Métiers. » Éditions imprimerie de la Montligeon, la Chapelle-Montligeon (Orne) 1927.

 

La photographie de la sépulture a été réalisée par J.M. Laurent.

 

Les photographies des plaques commémoratives de l’Institut National Polytechnique de Grenoble, de l’École des Arts et Métiers de Châlons-en-Champagne et de l’École professionnelle de Joinville sont extraites du site « MémorialGenWeb ». La photographie du monument aux morts de Villey-sur-Tille provient du site « Généanet ».

 

Une large part du parcours scolaire de Marcel Vory a pu être reconstituée grâce à un article disponible sur le site Gallica. Pour le consulter, il suffit de cliquer une fois sur l’image ci‑dessous.

 

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à J.M. Laurent, à M. Porcher, à T. Vallé, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales de la Meuse et de la Côte-d’Or.

28 août 2026

Jean Baud (1884-1915)

 

Jean Baud est né le 27 décembre 1884 au hameau des Moulins, à Morzine, en Haute‑Savoie. Son père, François, 36 ans, exerce le métier de cordonnier. Sa mère, Marie Claudine Baud, 28 ans, est femme de ménage. Le foyer vit modestement, comme beaucoup de familles d’artisans de la région.

 

Quatrième d’une fratrie de dix enfants, nés entre 1879 et 1897, Jean grandit dans un milieu où la mortalité infantile reste élevée. fait notable : les dix enfants atteignent l’âge adulte.

 

 

Dans ce contexte rural, les perspectives d’avenir sont limitées. La cordonnerie assure l’essentiel des revenus, et l’accès à l’instruction dépend largement des écoles gérées par les congrégations religieuses. C’est grâce à cet encadrement que Jean peut suivre une scolarité complète. Les établissements religieux repèrent les élèves ayant des capacités et leur ouvrent des parcours que leurs familles ne pourraient financer.

 

La fiche matricule de Jean Baud mentionne un degré d’instruction classé au niveau 5, catégorie dite “instruction supérieure”. Cette mention peut correspondre au baccalauréat ou à une formation équivalente, sans permettre d’établir une équivalence stricte. Elle indique néanmoins qu'il a bénéficié d’un parcours scolaire nettement plus avancé que celui de la plupart des jeunes hommes de son milieu.

 

À cette époque, il n’est pas encore engagé dans la Compagnie de Jésus, mais évolue dans l’environnement éducatif des institutions religieuses ; celles-ci  assurent souvent l’encadrement intellectuel des élèves prometteurs, sans que cela implique immédiatement une vocation pour eux.

 

Arrivé à l’âge du service militaire, Jean Baud est inscrit au tirage dans le canton de Biot, où il obtient le numéro 2. La classe 1904 est la dernière à passer par ce système, supprimé l’année suivante. Lors du conseil de révision, il est déclaré apte et placé dans la 1ʳᵉ partie de la liste de recrutement cantonal. Le 9 octobre 1905, il rejoint le 30ᵉ R.I..

 

Quelques mois après son incorporation, son état de santé se dégrade, ce qui entraîne probablement plusieurs passages à l’infirmerie, voire à l’hôpital. Le 4 décembre 1906, la commission spéciale d’Annecy le réforme temporairement pour bronchite chronique ; cette affection est considérée comme postérieure à son entrée au régiment et jugée susceptible d’amélioration. Le 25 novembre 1907, la même commission constate que la maladie persiste et propose son passage dans les services auxiliaires. Le gouverneur militaire de Lyon confirme cette décision le 3 décembre 1907.

 

Libéré du service actif mais toujours mobilisable en cas de conflit, Jean Baud s’oriente alors vers la vie religieuse. Il ne se dirige pas vers le ministère paroissial, mais vers la vocation propre à la Compagnie de Jésus : enseignement, formation intellectuelle, apostolat spirituel. Il entre au noviciat.

 

La notice qui lui est consacrée dans La preuve du sang. Livre d’or du clergé et des congrégations (tome 1, 1914‑1922), rédigée après sa mort, précise son statut : Jean Baud est scolastique, c’est‑à‑dire jésuite en formation, engagé dans le cycle d’études qui précède l’ordination. Il appartient pleinement à l’ordre, ayant prononcé ses engagements, mais n’est pas encore prêtre lorsque la guerre interrompt son parcours.

 

Son itinéraire religieux le conduit dans plusieurs maisons jésuites à l’étranger :

 

  • le 30 août 1907, au collège des Jésuites d’Alexandrie, en Égypte ;

 

  • le 8 septembre 1910, à la maison Saint‑Louis, à Jersey ;

 

  • le 10 octobre 1913, à Ore Place, Hastings, en Angleterre, où les jésuites français ont établi un théologat depuis 1906.

 

Il réside toujours hors de France lorsque la guerre éclate en août 1914. Sa situation militaire est réexaminée. Le consulat de Douvres confirme sa mobilisation le 14 novembre 1914, et Jean Baud est rappelé deux jours plus tard. Affecté au 97ᵉ R.I., il rejoint le dépôt le 6 décembre pour reprendre la formation de fantassin interrompue quelques années plus tôt.

 

 

Le 12 mai 1915, un renfort de 650 hommes et 12 officiers, provenant des bataillons de marche des 17ᵉ et 158ᵉ R.I., arrive à Ohlain pour rejoindre le 149ᵉ R.I.. Jean Baud appartient très probablement à ce groupe. Sa fiche matricule ne mentionne officiellement son passage au régiment que le 13 mai, sans doute parce que l’incorporation et la répartition de ces 650 hommes dans les différentes compagnies n’ont pu être effectuées le jour même de leur arrivée. 

 

Le soldat Baud est affecté à la 7ᵉ compagnie, commandée par le capitaine Jeské. Le 9 mai 1915, il découvre pour la première fois le secteur des combats ; le 12, il est envoyé en première ligne. 

 

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. 

 

 

Le 29 mai, sa compagnie est de nouveau engagée dans le même secteur. C’est au cours de cette attaque que Jean Baud est tué. Les circonstances de sa mort sont connues grâce à une lettre d’un compagnon de congrégation, également présent dans les tranchées. En voici un extrait :

 

« À la fin de la journée, un de ses camarades, qui a regagné nos lignes après avoir passé le jour dans des trous d’obus, m’a indiqué l’endroit où était resté notre cher Jean. J’ai pu, à une heure du matin, à la faveur d’une légère accalmie, ramper entre les lignes, à une quarantaine de mètres des tranchées prussiennes, espérant le trouver encore vivant et l’aider à rentrer. Je l’ai trouvé étendu dans la position du tireur couché, le fusil à l’épaule et visant. Alors que d’autres se retiraient et se mettaient à l’abri, il a fait héroïquement, jusqu’au bout, son devoir de soldat. Je n’ai pu, hélas, le ramener : le danger était trop grand. Ce soir, nous tenterons l’impossible pour avoir le corps de ce pauvre et cher Jean, si aimé de toute la compagnie. »

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer sur l’image suivante.

 

 

Le décès de Jean Baud est inscrit dans les registres de Morzine le 14 septembre 1915. Deux témoins directs, Jean Joseph Lachaud et Jean Farcat, confirment les circonstances de sa mort. À partir de leurs déclarations, le capitaine Paul Toussaint, officier d’état civil du régiment, rédige l’acte et le transmet à la mairie pour enregistrement.

 

 

Il semble que ses camarades aient réussi à ramener son corps dans les lignes françaises, comme l’espérait son compagnon de congrégation dans sa lettre. Jean Baud repose aujourd’hui dans le Communal Cemetery Extension du cimetière militaire d’Aix‑Noulette, rang 14, tombe 261.

 

Décorations obtenues :

 

Croix de guerre avec une palme et une étoile de bronze.

 

Citation à l’ordre de l’armée (J.O. du 15 août 1915)

 

« Au cours du combat de nuit du 29 mai, isolé avec quelques camarades sous un feu violent de mitrailleuses, les a exhortés à continuer le feu. Frappé à mort d’une balle à la tête, a été retrouvé dans la position du tireur couché, l’arme encore épaulée. »

 

Le soldat Baud a également été décoré de la Médaille militaire à titre posthume, comme en témoigne le J.O. du 4 janvier 1923 :

 

« Excellent soldat, brave et dévoué. Tombé glorieusement le 29 mai 1915 à Noulette. »

 

Cette dernière distinction lui donne droit à une étoile de bronze supplémentaire sur sa croix de guerre.

 

 

Son nom apparaît dans plusieurs lieux de mémoire. À Morzine, il est inscrit à la fois sur le monument aux morts et sur la plaque commémorative de l’église Sainte‑Magdeleine. Il figure également sur la plaque du consulat général de France à Londres, au 21 Cromwell Road. Enfin, son nom est gravé sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial international de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

Pour consulter la généalogie de la famille Baud, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Sources :

 

Les actes d’état civil de la famille Baud, les registres de recensement de la ville de Morzine et la fiche matricule de Jean Baud ont été consultés sur le site des archives départementales de la Haute-Savoie.

 

Le portrait du soldat Baud et l’extrait de lettre proviennent de la généalogie de J. Taberlet présente sur le site Généanet.

 

La photographie de la sépulture a été réalisée par J.M. Laurent.

 

Thèse de Philippe Rocher, « Un collège de la Compagnie de Jésus au XIXe‑XXe siècle : Notre‑Dame de Mongré à Villefranche‑sur‑Saône (1851‑1951) », soutenue en 2015 à Le Mans Université et déposée sur la plateforme H.A.L. du C.N.R.S..

 

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à A. Carrobi, à J.M. Laurent, à J. Taberlet et aux archives départementales de la Haute-Savoie.

21 août 2026

Joseph Juste Vaxelaire (1890-1915)

 

Joseph Juste Vaxelaire est né le 17 décembre 1890 à Cornimont, dans les Vosges ; il a vu le jour au domicile de son grand père maternel, Auguste Adam, boucher de profession. À sa naissance, il est déclaré sous le nom de sa mère, Marie Léontine Adam, dix huit ans, employée comme femme de ménage. L’enfant est inscrit comme « naturel », aucune filiation paternelle n’étant alors reconnue. 


Durant ses premières années, il porte donc le nom Adam. La situation évolue le 4 avril 1894, lorsque Marie Léontine Adam épouse Joseph Juste Vaxelaire. À cette occasion, celui-ci reconnaît officiellement l’enfant, qui est légitimé et prend le nom Vaxelaire.

 

 

En 1901, la famille est installée au Pré Parmentier, à La Bresse. À cette date, le foyer s’est déjà agrandi : Marie Léa, née en 1894, n’a malheureusement vécu que vingt six jours. Georges Joseph, né en 1897, n’apparaît pas sur le registre de recensement de cette année-là, ce qui laisse supposer qu’il se trouvait alors ailleurs ; peut-être était-il confié temporairement à un membre de la famille ou absent pour une raison inconnue.

 

 

Cette même année, un fait divers attire l’attention de la presse locale. Le Mémorial des Vosges, dans son édition du 16 juillet, signale la disparition d’un garçon de dix ans prénommé Juste Vaxelaire, fils de tisserands au Chajou. Le journal fournit une description minutieuse de sa tenue : un complet gris cendre, un béret bleu marine, des chaussons et des sabots. La précision de l’avis, inhabituelle pour un simple signalement, traduit l’angoisse des parents. Le prénom Juste étant rare, la concordance entre l’âge, le patronyme et le lieu de résidence ne laisse guère de doute sur l’identité de l’enfant. Cet épisode constitue la première trace publique de l’existence du jeune Joseph Juste Vaxelaire.


Les naissances de deux nouvelles filles, en 1904 puis en 1909, viendront ensuite compléter la fratrie.


Les années qui suivent 1901 voient Juste Vaxelaire entrer progressivement dans l’âge adulte. Issu d’un milieu modeste de tisserands, il grandit dans un environnement où le travail textile rythme le quotidien et où l’entrée dans la vie active survient tôt. Rien ne laisse présager une trajectoire singulière : comme beaucoup de jeunes hommes des vallées vosgiennes, il se destine à un métier manuel avant d’être appelé sous les drapeaux. Le passage du foyer familial à l’institution militaire s’inscrit ainsi dans une continuité sociale typique de son époque.


Sa fiche signalétique et des services, conservée dans les registres matricules du bureau d’Épinal, indique qu’il appartient à la classe 1910. Le conseil de révision, réuni à Saulxures-sur-Moselotte, l’a déclaré bon pour le service et inscrit dans la première partie de la liste, c’est-à-dire parmi les jeunes aptes à être formés au métier de soldat.


Son degré d’instruction est classé au niveau 3 : il sait lire, écrire et compter sans difficulté, ce qui, dans son milieu et à son époque, constitue déjà un acquis notable.


Comme ceux de sa génération, Juste Vaxelaire rejoint sa caserne à l’automne suivant, au début du mois d’octobre 1911, conformément au calendrier fixé par la loi de 1905. Il quitte alors une existence simple et réglée : pensionnaire chez Albert Amet, il travaille comme tisserand dans l’établissement de son employeur, à Montbel, avant d’être appelé sous les drapeaux.


Le manque d’informations figurant sur sa fiche matricule ne permet pas d’identifier avec certitude le régiment dans lequel il a accompli son service militaire. Heureusement, une photographie conservée par la famille le montre en uniforme de fantassin du 149ᵉ R.I.. Ce cliché, seule source directe disponible, atteste qu’il a bien effectué son service au sein de ce régiment avant d’être versé dans la réserve en 1913.


Un article, publié dans Le Mémorial des Vosges du 19 juin 1914, mentionne un Juste Vaxelaire, ouvrier d’usine, condamné par le tribunal correctionnel de Remiremont à un mois de prison pour participation à un vol de fromages. La similitude du nom est troublante, mais l’identification demeure incertaine : le journal ne fournit ni âge, ni domicile, ni indication professionnelle permettant de relier formellement cet homme à Joseph Juste Vaxelaire. Le patronyme étant relativement répandu dans la région, cet épisode doit être considéré avec prudence.

 

 

Lorsque la mobilisation générale est décrétée en août 1914, Juste Vaxelaire fait partie de ces milliers de réservistes rappelés sans délai pour rejoindre leur unité. Incorporé sous le matricule 017352 à la caserne Courcy, il n’est plus un jeune conscrit de la classe 1910, mais un homme bien formé au métier de soldat, immédiatement mobilisable.


À ce moment, le 149ᵉ R.I. est déjà en mouvement : son premier échelon, composé des soldats d’active des classes 1911 à 1913, a quitté Épinal pour gagner la frontière. La place exacte du soldat Vaxelaire dans cette chronologie demeure incertaine. Il a pu rejoindre le second échelon, constitué de réservistes et parti le 4 août, ou être intégré au détachement de renfort de 531 hommes envoyé le 14 août pour combler les pertes subies dans le secteur de Wisembach. Les sources ne permettent pas de trancher.


La seule certitude, c’est qu’il appartient à la 9ᵉ compagnie du 149ᵉ R.I. lors des combats d’Abreschviller, le 21 août 1914. Ce jour-là, le régiment est entraîné dans une succession d’affrontements violents dans les Vosges. Les pertes sont lourdes, et la retraite précipitée oblige le régiment à laisser derrière lui de nombreux hommes, morts, blessés ou capturés. Le Journal des marches et opérations signale Juste Vaxelaire parmi les blessés de cette journée. Il fait partie de ceux qui ont pu être évacués vers l'arrière.


Pour en apprendre davantage sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

La date de son retour au sein du régiment actif demeure également inconnue. Les documents disponibles ne permettent pas d’établir combien de temps il a été hospitalisé après sa blessure d’Abreschviller, ni s’il a bénéficié d’une convalescence prolongée. On ignore également s’il a été maintenu quelque temps au dépôt, comme c’était souvent le cas pour les hommes sortant de soins.


Ce que l’on peut affirmer, en revanche, c’est qu’il n’a pas réintégré les effectifs de la 9ᵉ compagnie à son retour, mais ceux de la 7ᵉ compagnie du régiment. Ce changement n’a rien d’exceptionnel : les compagnies, durement éprouvées par les combats, sont réorganisées en fonction des besoins et des effectifs disponibles.


Lorsque le régiment est engagé dans les opérations de mai 1915, Juste Vaxelaire est de nouveau en première ligne. Le 29 mai, le 149ᵉ R.I. participe à une attaque près d’Aix Noulette, dans un secteur particulièrement disputé. C’est au cours de cette action qu’il trouve la mort. Son décès s’inscrit dans une série d’engagements meurtriers qui marquent le régiment durant cette période, alors que les unités françaises tentent de reprendre l’initiative sur des positions fortement défendues.


Pour en apprendre davantage sur ce qui s’est passé durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Son acte de décès a été transcrit à la mairie de Cornimont le 20 octobre 1915, conformément aux procédures appliquées en temps de guerre. Cette transcription repose sur la déclaration de deux témoins directs : le sergent Innocent Digard et le soldat Antoine Limoges, présents au moment du décès et en mesure d’en confirmer les circonstances.


À partir de leurs témoignages, le capitaine Paul Toussaint, officier d’état civil du régiment, a pu établir l’acte et le valider officiellement, permettant son inscription dans les registres communaux. Ce déroulé, témoignage, attestation, validation par l’officier d’état civil, puis enregistrement en mairie, correspond au mode habituel par lequel les pertes étaient reconnues et consignées au sein des unités engagées sur le front.


Bien que son décès soit attesté par un acte régulier et confirmé par deux témoins militaires, aucune sépulture identifiée n’existe aujourd’hui pour le soldat Vaxelaire. Il appartient à cette catégorie de combattants dont la mort est officiellement enregistrée, mais dont la trace matérielle, la tombe, si elle a jamais été établie, s’est perdue dans les conditions extrêmes du front, ne laissant à la postérité qu’un nom, sans lieu de repos connu.

 

 

Le soldat Vaxelaire a été décoré de la Médaille militaire à titre posthume, comme en témoigne le J.O. du 4 janvier 1923 :


« Soldat courageux et dévoué. Tombé au champ d’honneur le 29 mai 1915 à Noulette. »


Cette décoration lui donne également droit à la croix de guerre avec étoile de bronze.


Le nom de Joseph Juste Vaxelaire est inscrit sur le monument aux morts de Cornimont, ainsi que sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette.


Mort à vingt quatre ans, il n’a pas eu le temps de fonder une famille : il ne s’est pas marié et n’a laissé aucune descendance.


Pour consulter la généalogie de la famille Vaxelaire, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 


Sources :

 

Fiche individuelle consultée sur le site « mémoire des hommes ».

 

« Cornimont - village frontière -1871-1918 » de Danièle Grandemange. 2021.

 

Les actes d’état civil de la famille Vaxelaire, les registres de recensement des communes de Cornimont et de La Bresse et la fiche matricule du soldat Joseph Juste Vaxelaire ont été consultés sur le site des archives départementales des Vosges.

 

Articles de presse publiés dans Le Mémorial des Vosges les 16 juillet 1901 et 19 juin 1914, consultables sur le site Gallica.

 

Portrait de Joseph Juste Vaxelaire transmis par D. Grandemange.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Grandemange, à A. Carrobi, à T. Vallé, aux archives départementales des Vosges et à la mairie de Cornimont.

14 août 2026

Pierre Louis Charbonniaux (1893-1915)

 

Pierre Louis Charbonniaux est né le 25 septembre 1893, dans la maison familiale de Venas, une petite commune de l’Allier. À peine 800 habitants : des champs, des bêtes, des fêtes de village, et ces longues veillées d’hiver où l’on se serre autour du feu pour raconter, rire ou simplement passer le temps.

 

Son père, Joseph Benoit, 34 ans, est l’instituteur du village. Dans ces campagnes, un maître d’école n’est pas seulement celui qui apprend à lire : c’est une figure qui compte, un repère. Sa mère, Marie Louise Bourdelet, 27 ans, sans profession déclarée, gère le foyer comme tant de femmes de son époque.

 

Pierre est le cinquième enfant d’une fratrie nombreuse. Deux de ses frères sont morts en bas âge, comme cela arrivait souvent dans les campagnes où la médecine restait rudimentaire.

 

 

Il grandit dans une maison où les livres ne sont jamais bien loin. Avec un père instituteur, l’école n’est pas un lieu extérieur : elle est partout, dans les conversations, dans les attentes, dans les gestes du quotidien. Pour Pierre, poursuivre ses études n’est pas une ambition hors du commun : c’est la voie naturelle, presque évidente.

 

Sa fiche matricule mentionne un degré d’instruction de niveau 4, équivalent au brevet d’enseignement primaire. C’est un diplôme solide, qui ouvre les portes des écoles normales. Ses parents, convaincus que l’instruction peut changer une vie, l’encouragent à aller plus loin. Pierre suit cette route sans hésiter et finit par être admis à l’École normale de Moulins.

 

 

Lors du recensement d’août 1913, il est inscrit comme élève de l’École normale d’instituteurs. Ce statut lui permet d’obtenir un sursis d’incorporation d’un an pour « continuation d’études » lors de son passage devant le conseil de révision, en septembre ou octobre 1913. La loi du 21 mars 1905 autorise en effet les élèves-maîtres à repousser leur incorporation d’un an. Il en profite pour achever sa troisième année, devenir « élève sortant » et terminer définitivement ses études en juillet 1914. Tout semble prêt : il s’apprête à devenir instituteur, comme son père.

 

L’été 1914 bouleverse brutalement le cours des choses. La mobilisation générale est décrétée, et un nouveau conflit avec l’Allemagne s’annonce. Comme tant de jeunes hommes de sa génération, Pierre Charbonniaux passe sans transition de la salle de classe au régiment. Le 11 août, il rejoint le 152ᵉ R.I. à Gérardmer. En quelques jours, tout ce qu’il avait construit bascule.

 

Son incorporation dès le 11 août soulève toutefois une interrogation. En principe, il aurait dû suivre le calendrier de la classe 1914 ; or il se présente au dépôt plus tôt que prévu, à un moment où les dépôts achevaient à peine la mobilisation. Cette arrivée anticipée surprend et laisse place à une hypothèse : peut-être a-t-il volontairement devancé son appel, pressentant l’urgence de la situation ou animé par un sens du devoir qui le pousse à rejoindre son unité sans attendre.

 

 

Son niveau d’instruction lui permet d’avancer vite dans la hiérarchie. Le 8 novembre, il est promu caporal. La date correspond aux nominations habituelles des hommes de la classe 1914, ce qui confirme qu’il suit alors le rythme de formation prévu. Tout indique qu’il a été retenu au dépôt pour participer à l’instruction de la classe 1915 ; sans cela, Pierre Charbonniaux aurait été envoyé au front dès novembre ou décembre 1914, comme tant d’autres jeunes soldats.

 

Le 25 décembre, il est nommé aspirant, sans passer par les grades intermédiaires. Cette promotion rapide n’a rien d’exceptionnel dans le contexte de l’époque, les pertes en cadres sont importantes, et les jeunes instruits sont propulsés en avant pour combler les vides. Pierre Charbonniaux, sérieux, appliqué, et manifestement apprécié de ses supérieurs, s’est distingué au dépôt. On voit en lui un homme capable de tenir une section, de prendre des responsabilités, et d’encadrer des hommes dans une période où chaque compétence compte.

 

Le 18 janvier 1915, une décision du général du 21ᵉ C.A. l’affecte au 149ᵉ R.I.. Après cela, le silence des archives commence. On ne sait pas quand il a réellement rejoint la zone des combats. Le régiment a reçu plusieurs vagues de renforts entre mars et la mi-mai : un premier détachement de 264 hommes parti du dépôt de Rolampont le 2 mars ; un second, plus massif, 650 hommes venus du bataillon de marche des 17ᵉ et 158ᵉ R.I., le 12 mars ; puis un troisième, 745 hommes issus du bataillon de marche du 149ᵉ R.I., le 14 mai. Il a pu être dans l’un de ces groupes, ou dans un autre. Impossible de trancher. Il est également impossible de dire s’il était là le 9 mai, ce jour où son régiment a perdu tant d’hommes.

 

Le 22 mai 1915, il est promu sous-lieutenant à titre temporaire. Une promotion qui dit la confiance, l’urgence, peut-être le manque d’officiers aussi. Cette promotion ne durera pas longtemps.

 

Le 29 mai, il mène sa section de la 1ʳᵉ compagnie dans une attaque du secteur d’Aix Noulette. Il tombe là, en avant de ses hommes, à peine officier, déjà mort. La guerre ne laisse pas le temps de devenir ce pour quoi on a été nommé : elle prend les hommes avant qu’ils aient pu acquérir toute la plénitude de leurs compétences, avant même qu’ils aient compris ce qu’on attendait d’eux.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer sur l’image suivante.

 

 

Quelques jours plus tard, le lieutenant-colonel Gothié, commandant le 149ᵉ R.I., inscrit une appréciation dans le carnet de campagne de son subordonné. Une ligne, sobre, militaire, mais qui dit ce qu’il faut dire : « Aspirant récemment nommé, avait déjà donné entière satisfaction ; il est tombé avec bravoure en menant sa section lors de l’assaut du 29 mai 1915 devant Notre-Dame-de-Lorette. »

 

Son corps est d’abord inhumé au cimetière de Sains-en-Gohelle, tombe n° 678. Le 30 juin 1915, le maire de Monteignet-sur-l’Angelot reçoit l’avis officiel de son décès et en informe la famille. L’acte est transcrit dans les registres de la commune le 3 mars 1916.

 

En 1922, sa famille demande le rapatriement de ses restes mortuaires. Depuis, il repose dans le cimetière communal de Monteignet-sur-l’Angelot, dans une sépulture familiale.

 

 

Décoration obtenue

 

Croix de guerre avec palme

 

Citation à l’ordre de la Xᵉ armée en date du 22 juin 1915) :

 

 « Le 29 mai 1915, a fait preuve d’un grand courage en entraînant sa section dans une attaque au petit jour contre les tranchées allemandes. Tué en tête de ses hommes. »

 

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Monteignet-sur-l’Angelot et sur l’anneau de mémoire du Mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette.

 

Pierre Charbonniaux décédé à l’âge de 21 ans, ne s’est pas marié et n’a pas eu de descendance.

 

Sources :

 

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

La fiche matricule du sous-lieutenant Charbonniaux et les actes d’état civil de sa famille ont été lus sur le site des Archives départementales de l’Allier.

 

Le cliché représentant la sépulture de la famille Charbonniaux est un envoi de T. Cornet.  

 

Un grand merci à M. Bordes, à V. Quevaine, à A. Carobbi, à T. Cornet, à M. Porcher, à T. Vallé, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux Archives départementales de l’Allier.

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