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149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.

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31 juillet 2009

Présentation et remerciements

presentation

 

Ce blog est dédié : aux humbles et aux anonymes qui auraient certainement préféré continuer de pousser la charrue et cultiver leurs champs pour nourrir les leurs, aux ouvriers et aux artistes qui furent dans l'impossibilité d'achever leurs œuvres, aux savants qui gardèrent leurs inventions dans un petit coin de leur tête et qui ne purent jamais les réaliser, et à tous les autres…

 

Vue de paysans au champ

 

N‘oublions pas les mères, les épouses et les maîtresses de tous ceux engagés dans la Grande Guerre de 1914-1918. Souvent, elles durent porter le lourd fardeau des drames de la « petite histoire dans la grande histoire ». Comme dans tous les autres conflits, les femmes des combattants ont souffert de cette guerre et sont restées absentes et silencieuses dans les écrits un siècle plus tard...

 

Que de destins brisés ! 

 

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le blog du 149e R.I..  

 

Tout a débuté par une recherche généalogique pour combler les « blancs » de l'histoire familiale. Ensuite, il y a eu la découverte d'un ancêtre qui appartenait à ce régiment.

 

Son nom, Camille Foignant, est inscrit sur le monument aux morts de la ville d’Épinal à côté de celui de son frère Marcel. Le premier de mes grands-oncles, Camille, soldat au 149e R.I., a été tué en novembre 1914 sur le front belge.

 

Le second, Marcel servait dans le 407e R.I.. Il est décédé en mai 1918 à l’hôpital d’évacuation n° 18 à Couvrelles dans l’Aisne. 

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire de Camille et de la famille Foignant, vous devrez cliquer une fois sur l'image suivante pour avoir accès à la page correspondante.

 

Camille Foignant (1891-1914)

 

Après avoir consulté quelques documents, j’ai eu la chance de trouver un exemplaire de l'historique de ce régiment chez un bouquiniste. Par la suite, j’ai pu lire deux ou trois ouvrages concernant de près ou de loin l’histoire du 149e R.I.. 

 

Après mûre réflexion, je n'ai pas trouvé de meilleure idée que de créer ce blog pour raviver le souvenir des Vosgiens, des Parisiens, des Berrichons, des Jurassiens et des Ardéchois qui composaient cette unité. Ces hommes constituaient le plus gros du contingent de ce régiment, de l’aube du conflit jusqu'aux terribles pertes des combats des mois de mai et de juin 1915 du côté de Notre-Dame-de-Lorette. Par la suite, le régiment perdra de son « identité régionale ». 

 

Je tiens à remercier les nombreuses personnes qui m'ont apporté leur aide précieuse avec générosité et sans compter. Particulièrement celles qui m'ont aidé à clarifier la "reconstruction " de certains passages du parcours du 149e R.I. (elles sauront se reconnaître).

 

Je remercie également toutes les familles et tous les passionnés qui m'ont communiqué sans aucune hésitation leurs documents, leurs photos ou encore les témoignages et les lettres qui ont été écrites par les anciens du régiment. Une chaleureuse poignée de main à tous les photographes qui ont eu la gentillesse de prendre sur leur temps, et qui se sont déplacés dans les différentes nécropoles et cimetières de France et de Belgique. Grâce à leur travail, l'album photo intitulé « La Grande Nécropole » continue de s'enrichir au fil du temps. 

 

Mais avant tout, il me faut citer le Service Historique de la Défense qui se trouve à  Vincennes, sans qui ce petit travail de mémoire n’aurait jamais pu voir le jour. Il est très important de rappeler que ce dernier a eu la riche idée de rendre accessibles les journaux de marches et des opérations sur Internet. Cela donne maintenant la possibilité à tous d’accéder en quelques secondes à ces précieux documents, pour tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à cette période de l'histoire. Il faut savoir que les J.M.O. sont de véritables sésames pour comprendre les différents mouvements de troupes, les dates des combats, les périodes de repos et bien d'autres choses encore. C'est une source impressionnante d'informations. 

 

Hélas, le J.M.O. « fantôme » du 149e R.I. a disparu depuis fort longtemps. A-t'il été détruit durant la guerre ? A t'il été considéré comme « prise de guerre » lors d'une attaque allemande ? A-t'il été « emprunté » et jamais restitué après-guerre ? Cela restera, certainement encore longtemps, une énigme. Seule subsiste la période d'août 1914, ce qui reste bien « maigre » pour comprendre le parcours du régiment tout au long du conflit. Quant au J.M.O. de la  85e brigade, il reste peu généreux en détails précis.  

 

Comment utiliser au mieux ce blog ?

 

Colonne de gauche :

 

La rubrique « articles récents » offre la possibilité de découvrir les derniers textes publiés

 

De nombreux thèmes divers et variés sont regroupés sous l’étiquette « Catégories principales». À titre d’exemples, vous pouvez facilement retrouver les documents envoyés par les familles des descendants de soldats du 149e R.I.. Il y a également un chapitre intitulé « parcelles de vie » qui aborde les destins individuels des officiers, sous-officiers et hommes de troupe et bien d’autres choses encore. 

 

En dessous, vous trouverez une galerie d'images qui contient les albums-photos du régiment pour les années 1902, 1905, 1908, 1909 et 1911. Quelques portraits de soldats et d'officiers, ainsi que des cartes postales antérieures à la guerre y sont également visibles. Les sépultures de nombreux hommes du 149e R.I. peuvent se voir dans les albums qui s'intitulent « La Grande Nécropole du 149e R.I. ».

 

La chronique « Archives » se trouve juste après cette série d’albums-photos, celle-ci possède un classement chronologique des articles, lisibles par mois de parution.

 

Colonne de droite :

 

Vous pouvez consulter d’autres blogs et sites « amis » qui sont consacrés au 149e R.I., à d'autres régiments et à la Grande Guerre.

 

À la suite de cette série de liens vous pouvez directement accéder aux tableaux des pertes du régiment et au tableau récapitulatif des sépultures qui se trouvent dans l’ensemble des albums « La Grande Nécropole du 149e R.I. ».

 

La fonction « tag » est très pratique. Elle permet de rassembler l'ensemble des sujets en fonction des lieux et des années. Il suffit, par exemple de cliquer sur le lien « Artois juin 1915 » pour que vous puissiez lire tout ce qui touche à cette période dans ce secteur.

 

Colonne centrale :

 

On y trouve les articles publiés sur ce blog. Elle se nourrit, au fil des semaines, de  nouveaux textes, photos et documents qui y sont déposés régulièrement. 

 

Avec mes plus vifs remerciements aux personnes et aux associations suivantes, pour leurs aides et leurs contributions. Elles ont permis la construction de ce blog  pour que l’histoire, le souvenir et la mémoire des hommes du 149e R.I. dans la tourmente de la Grande Guerre ne sombrent pas trop vite dans l’oubli.  

 

Mesdames : M.C. Allognet,  M. Alzingre, S. Augier, N. Bauer, M. Bordes, V. Bourdon, J. Breugnot, S. Carluer, N. Cornet, D. Fargues, E. Gambart, D. Grandemange, C. Lacoste, A.M. Lalau, C. Leclair,  A. Malfoy, S. et O. Martel, A.C. Mazingue-Desailly, A. Mercenat, C. Miolane, R. Mioque, C. Paulhan,, V. Quevaine, F. Tabellion, F. Thomas et M. Yassai.  

     

Le service historique de La Défense de Vincennes (S.H.D.), l'association « Bretagne 14-18 », le site « pages 14-18 » et le collectif « Artois 1914-1915 ». Les directions interdépartementales des anciens combattants de Bordeaux, de Limoges, de Metz, de Montpellier, de Strasbourg et de Rouen. L'établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (E.C.P.A.D.), les archives médicales hospitalières des armées de Limoges, google earth, les archives départementales des Vosges, les archives municipales d'Épinal, le conseil départemental de la Haute-Marne, les mairies de Belfort, de Béziers, d'Épinal et de Saint-Nabord. 

 

Messieurs : S. Agosto, F. Amélineau, J.C. Balla, J. Baptiste, F. Barbe, P. Baude, F. Besch, P. Blateyron, J.M. Bolmont, L. Bonnafou, M. Brisset, D. Browarski, A. Carobbi, P. Casanova, A. Cesarini, J.N. Chapron, J. Charraud, A. Chaupin, T. de Chomereau, M. Clément, G. Coffinet, P. Cordonnier, T. Cornet, J.N. Deprez, C. Didierjean, J.L. Gothland, J.F. Durand, R. Duruelle, M. Embry, B. Étévé, B. Faure, M. Faure, A. Fresquet, C. Fombaron, J. Foussereau, N. Galichet, J ; Galichon, O. Gerardin, J.L. Gerber, R. Gillot, D. Gothié, D. Guénaff, G. Guéry, M. Guignard, I. Holgado, E. Huguenin, J. Huret, J.M. Karpp, G. Lalau, P. Larbiou, J.M Lassagues, J.M. Laurent, V. Le Calvez, M. Lepage, P. Lescallier, G. Leroux, P. Lochet, M. Lozano, É. Mansuy, Y. Marain, R. Menvielle, G. Monne,  R. Neff, G. Noël, A. Orrière, J.F Passarella, A. de Parseval, F. Pech, H. Perocheau,  F. Petrazoller, B. Pierre, J.F. Pierron, H. Plote, J.L. Poisot, M. Porcher, P. Pruniaux, F. Radet, R. Richard, L. Rico, J. Riotte, S. et D. Robit, F. Sayer, O. Sautot, E. Schaffner, E. Surig, C. Terrasson, T. Vallé, M. Vassal, B. Verger, F. Videlaine, A. Vigne et G. Watbled. 

 

La famille Aupetit et la famille Destour.

 

Cette liste s'agrandira au fur et à mesure des découvertes futures. 

 

Une question, une précision, des documents sur le 149e R.I. ? N’hésitez pas à me contacter à l’aide de ce lien/adresse. Pour m'envoyer un message, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

 

149e R

 

Ce blog est mis à jour toutes les semaines. Vous pouvez vous inscrire à la Newsletter afin d’être tenu au courant des publications.

 

Denis Delavois                                                                                                                                 

28 août 2026

Jean Baud (1884-1915)

 

Jean Baud est né le 27 décembre 1884 au hameau des Moulins, à Morzine, en Haute‑Savoie. Son père, François, 36 ans, exerce le métier de cordonnier. Sa mère, Marie Claudine Baud, 28 ans, est femme de ménage. Le foyer vit modestement, comme beaucoup de familles d’artisans de la région.

 

Quatrième d’une fratrie de dix enfants, nés entre 1879 et 1897, Jean grandit dans un milieu où la mortalité infantile reste élevée. Fait notable : tous les enfants de ce foyer atteignent l’âge adulte, ce qui témoigne d’une certaine robustesse familiale.

 

 

Dans ce contexte rural, les perspectives d’avenir sont limitées. La cordonnerie assure l’essentiel des revenus, et l’accès à l’instruction dépend largement des écoles gérées par les congrégations religieuses. C’est grâce à cet encadrement que Jean peut suivre une scolarité complète. Les établissements religieux repèrent les élèves ayant des capacités et leur ouvrent des parcours que leurs familles ne pourraient financer.

 

La fiche matricule de Jean Baud mentionne un degré d’instruction classé au niveau 5, catégorie dite “instruction supérieure”. Cette mention peut correspondre au baccalauréat ou à une formation équivalente, sans permettre d’établir une équivalence stricte. Elle indique néanmoins qu'il a bénéficié d’un parcours scolaire nettement plus avancé que celui de la plupart des jeunes hommes de son milieu.

 

À cette époque, il n’est pas encore engagé dans la Compagnie de Jésus, mais évolue dans l’environnement éducatif des institutions religieuses ; celles-ci  assurent souvent l’encadrement intellectuel des élèves prometteurs, sans que cela implique immédiatement une vocation pour eux.

 

Arrivé à l’âge du service militaire, Jean Baud est inscrit au tirage dans le canton de Biot, où il obtient le numéro 2. La classe 1904 est la dernière à passer par ce système, supprimé l’année suivante. Lors du conseil de révision, il est déclaré apte et placé dans la 1ʳᵉ partie de la liste de recrutement cantonal. Le 9 octobre 1905, il rejoint le 30ᵉ R.I..

 

Quelques mois après son incorporation, son état de santé se dégrade, ce qui entraîne probablement plusieurs passages à l’infirmerie, voire à l’hôpital. Le 4 décembre 1906, la commission spéciale d’Annecy le réforme temporairement pour bronchite chronique ; cette affection est considérée comme postérieure à son entrée au régiment et jugée susceptible d’amélioration. Le 25 novembre 1907, la même commission constate que la maladie persiste et propose son passage dans les services auxiliaires. Le gouverneur militaire de Lyon confirme cette décision le 3 décembre 1907.

 

Libéré du service actif mais toujours mobilisable en cas de conflit, Jean Baud s’oriente alors vers la vie religieuse. Il ne se dirige pas vers le ministère paroissial, mais vers la vocation propre à la Compagnie de Jésus : enseignement, formation intellectuelle, apostolat spirituel. Il entre au noviciat.

 

La notice qui lui est consacrée dans La preuve du sang. Livre d’or du clergé et des congrégations (tome 1, 1914‑1922), rédigée après sa mort, précise son statut : Jean Baud est scolastique, c’est‑à‑dire jésuite en formation, engagé dans le cycle d’études qui précède l’ordination. Il appartient pleinement à l’ordre, ayant prononcé ses engagements, mais n’est pas encore prêtre lorsque la guerre interrompt son parcours.

 

Son itinéraire religieux le conduit dans plusieurs maisons jésuites à l’étranger :

 

  • le 30 août 1907, au collège des Jésuites d’Alexandrie, en Égypte ;

 

  • le 8 septembre 1910, à la maison Saint‑Louis, à Jersey ;

 

  • le 10 octobre 1913, à Ore Place, Hastings, en Angleterre, où les jésuites français ont établi un théologat depuis 1906.

 

Il réside toujours hors de France lorsque la guerre éclate en août 1914. Sa situation militaire est réexaminée. Le consulat de Douvres confirme sa mobilisation le 14 novembre 1914, et Jean Baud est rappelé deux jours plus tard. Affecté au 97ᵉ R.I., il rejoint le dépôt le 6 décembre pour reprendre la formation de fantassin interrompue quelques années plus tôt.

 

 

Le 12 mai 1915, un renfort de 650 hommes et 12 officiers, provenant des bataillons de marche des 17ᵉ et 158ᵉ R.I., arrive à Ohlain pour rejoindre le 149ᵉ R.I.. Jean Baud appartient très probablement à ce groupe. Sa fiche matricule ne mentionne officiellement son passage au régiment que le 13 mai, sans doute parce que l’incorporation et la répartition de ces 650 hommes dans les différentes compagnies n’ont pu être effectuées le jour même de leur arrivée. Cette simple ligne administrative marque son entrée dans le régiment actif et, bientôt, son engagement dans les combats du secteur d’Aix-Noulette.

 

Le soldat Baud est affecté à la 7ᵉ compagnie, commandée par le capitaine Jeské. Le 9 mai 1915, il découvre pour la première fois le secteur des combats ; le 12, il est envoyé en première ligne. Il en ressort vivant.

 

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. 

 

 

Le 29 mai, sa compagnie est de nouveau engagée dans le même secteur. C’est au cours de cette attaque que Jean Baud est tué. Les circonstances de sa mort sont connues grâce à une lettre d’un compagnon de congrégation, également présent dans les tranchées. En voici un extrait :

 

« À la fin de la journée, un de ses camarades, qui a regagné nos lignes après avoir passé le jour dans des trous d’obus, m’a indiqué l’endroit où était resté notre cher Jean. J’ai pu, à une heure du matin, à la faveur d’une légère accalmie, ramper entre les lignes, à une quarantaine de mètres des tranchées prussiennes, espérant le trouver encore vivant et l’aider à rentrer. Je l’ai trouvé étendu dans la position du tireur couché, le fusil à l’épaule et visant. Alors que d’autres se retiraient et se mettaient à l’abri, il a fait héroïquement, jusqu’au bout, son devoir de soldat. Je n’ai pu, hélas, le ramener : le danger était trop grand. Ce soir, nous tenterons l’impossible pour avoir le corps de ce pauvre et cher Jean, si aimé de toute la compagnie. »

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer sur l’image suivante.

 

 

Le décès de Jean Baud est inscrit dans les registres de Morzine le 14 septembre 1915. Deux témoins directs, Jean Joseph Lachaud et Jean Farcat, confirment les circonstances de sa mort. À partir de leurs déclarations, le capitaine Paul Toussaint, officier d’état civil du régiment, rédige l’acte et le transmet à la mairie pour enregistrement.

 

 

Il semble que ses camarades aient réussi à ramener son corps dans les lignes françaises, comme l’espérait son compagnon de congrégation dans sa lettre. Jean Baud repose aujourd’hui dans le Communal Cemetery Extension du cimetière militaire d’Aix‑Noulette, rang 14, tombe 261.

 

Décorations obtenues :

 

Croix de guerre avec une palme et une étoile de bronze.

 

Citation à l’ordre de l’armée (J.O. du 15 août 1915)

 

« Au cours du combat de nuit du 29 mai, isolé avec quelques camarades sous un feu violent de mitrailleuses, les a exhortés à continuer le feu. Frappé à mort d’une balle à la tête, a été retrouvé dans la position du tireur couché, l’arme encore épaulée. »

 

Le soldat Baud a également été décoré de la Médaille militaire à titre posthume, comme en témoigne le J.O. du 4 janvier 1923 :

 

« Excellent soldat, brave et dévoué. Tombé glorieusement le 29 mai 1915 à Noulette. »

 

Cette dernière distinction lui donne droit à une étoile de bronze supplémentaire sur sa croix de guerre.

 

 

Son nom apparaît dans plusieurs lieux de mémoire. À Morzine, il est inscrit à la fois sur le monument aux morts et sur la plaque commémorative de l’église Sainte‑Magdeleine. Il figure également sur la plaque du consulat général de France à Londres, au 21 Cromwell Road. Enfin, son nom est gravé sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial international de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

Pour consulter la généalogie de la famille Baud, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Sources :

 

Les actes d’état civil de la famille Baud, les registres de recensement de la ville de Morzine et la fiche matricule de Jean Baud ont été consultés sur le site des archives départementales de la Haute-Savoie.

 

Le portrait du soldat Baud et l’extrait de lettre proviennent de la généalogie de J. Taberlet présente sur le site Généanet.

 

La photographie de la sépulture a été réalisée par J.M. Laurent.

 

Thèse de Philippe Rocher, « Un collège de la Compagnie de Jésus au XIXe‑XXe siècle : Notre‑Dame de Mongré à Villefranche‑sur‑Saône (1851‑1951) », soutenue en 2015 à Le Mans Université et déposée sur la plateforme H.A.L. du C.N.R.S..

 

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à A. Carrobi, à J.M. Laurent, à J. Taberlet et aux archives départementales de la Haute-Savoie.

21 août 2026

Joseph Juste Vaxelaire (1890-1915)

 

Joseph Juste Vaxelaire est né le 17 décembre 1890 à Cornimont, dans les Vosges ; il a vu le jour au domicile de son grand père maternel, Auguste Adam, boucher de profession. À sa naissance, il est déclaré sous le nom de sa mère, Marie Léontine Adam, dix huit ans, employée comme femme de ménage. L’enfant est inscrit comme « naturel », aucune filiation paternelle n’étant alors reconnue. 


Durant ses premières années, il porte donc le nom Adam. La situation évolue le 4 avril 1894, lorsque Marie Léontine Adam épouse Joseph Juste Vaxelaire. À cette occasion, celui-ci reconnaît officiellement l’enfant, qui est légitimé et prend le nom Vaxelaire.

 

 

En 1901, la famille est installée au Pré Parmentier, à La Bresse. À cette date, le foyer s’est déjà agrandi : Marie Léa, née en 1894, n’a malheureusement vécu que vingt six jours. Georges Joseph, né en 1897, n’apparaît pas sur le registre de recensement de cette année-là, ce qui laisse supposer qu’il se trouvait alors ailleurs ; peut-être était-il confié temporairement à un membre de la famille ou absent pour une raison inconnue.

 

 

Cette même année, un fait divers attire l’attention de la presse locale. Le Mémorial des Vosges, dans son édition du 16 juillet, signale la disparition d’un garçon de dix ans prénommé Juste Vaxelaire, fils de tisserands au Chajou. Le journal fournit une description minutieuse de sa tenue : un complet gris cendre, un béret bleu marine, des chaussons et des sabots. La précision de l’avis, inhabituelle pour un simple signalement, traduit l’angoisse des parents. Le prénom Juste étant rare, la concordance entre l’âge, le patronyme et le lieu de résidence ne laisse guère de doute sur l’identité de l’enfant. Cet épisode constitue la première trace publique de l’existence du jeune Joseph Juste Vaxelaire.


Les naissances de deux nouvelles filles, en 1904 puis en 1909, viendront ensuite compléter la fratrie.


Les années qui suivent 1901 voient Juste Vaxelaire entrer progressivement dans l’âge adulte. Issu d’un milieu modeste de tisserands, il grandit dans un environnement où le travail textile rythme le quotidien et où l’entrée dans la vie active survient tôt. Rien ne laisse présager une trajectoire singulière : comme beaucoup de jeunes hommes des vallées vosgiennes, il se destine à un métier manuel avant d’être appelé sous les drapeaux. Le passage du foyer familial à l’institution militaire s’inscrit ainsi dans une continuité sociale typique de son époque.


Sa fiche signalétique et des services, conservée dans les registres matricules du bureau d’Épinal, indique qu’il appartient à la classe 1910. Le conseil de révision, réuni à Saulxures-sur-Moselotte, l’a déclaré bon pour le service et inscrit dans la première partie de la liste, c’est-à-dire parmi les jeunes aptes à être formés au métier de soldat.


Son degré d’instruction est classé au niveau 3 : il sait lire, écrire et compter sans difficulté, ce qui, dans son milieu et à son époque, constitue déjà un acquis notable.


Comme ceux de sa génération, Juste Vaxelaire rejoint sa caserne à l’automne suivant, au début du mois d’octobre 1911, conformément au calendrier fixé par la loi de 1905. Il quitte alors une existence simple et réglée : pensionnaire chez Albert Amet, il travaille comme tisserand dans l’établissement de son employeur, à Montbel, avant d’être appelé sous les drapeaux.


Le manque d’informations figurant sur sa fiche matricule ne permet pas d’identifier avec certitude le régiment dans lequel il a accompli son service militaire. Heureusement, une photographie conservée par la famille le montre en uniforme de fantassin du 149ᵉ R.I.. Ce cliché, seule source directe disponible, atteste qu’il a bien effectué son service au sein de ce régiment avant d’être versé dans la réserve en 1913.


Un article, publié dans Le Mémorial des Vosges du 19 juin 1914, mentionne un Juste Vaxelaire, ouvrier d’usine, condamné par le tribunal correctionnel de Remiremont à un mois de prison pour participation à un vol de fromages. La similitude du nom est troublante, mais l’identification demeure incertaine : le journal ne fournit ni âge, ni domicile, ni indication professionnelle permettant de relier formellement cet homme à Joseph Juste Vaxelaire. Le patronyme étant relativement répandu dans la région, cet épisode doit être considéré avec prudence.

 

 

Lorsque la mobilisation générale est décrétée en août 1914, Juste Vaxelaire fait partie de ces milliers de réservistes rappelés sans délai pour rejoindre leur unité. Incorporé sous le matricule 017352 à la caserne Courcy, il n’est plus un jeune conscrit de la classe 1910, mais un homme bien formé au métier de soldat, immédiatement mobilisable.


À ce moment, le 149ᵉ R.I. est déjà en mouvement : son premier échelon, composé des soldats d’active des classes 1911 à 1913, a quitté Épinal pour gagner la frontière. La place exacte du soldat Vaxelaire dans cette chronologie demeure incertaine. Il a pu rejoindre le second échelon, constitué de réservistes et parti le 4 août, ou être intégré au détachement de renfort de 531 hommes envoyé le 14 août pour combler les pertes subies dans le secteur de Wisembach. Les sources ne permettent pas de trancher.


La seule certitude, c’est qu’il appartient à la 9ᵉ compagnie du 149ᵉ R.I. lors des combats d’Abreschviller, le 21 août 1914. Ce jour-là, le régiment est entraîné dans une succession d’affrontements violents dans les Vosges. Les pertes sont lourdes, et la retraite précipitée oblige le régiment à laisser derrière lui de nombreux hommes, morts, blessés ou capturés. Le Journal des marches et opérations signale Juste Vaxelaire parmi les blessés de cette journée. Il fait partie de ceux qui ont pu être évacués vers l'arrière.


Pour en apprendre davantage sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

La date de son retour au sein du régiment actif demeure également inconnue. Les documents disponibles ne permettent pas d’établir combien de temps il a été hospitalisé après sa blessure d’Abreschviller, ni s’il a bénéficié d’une convalescence prolongée. On ignore également s’il a été maintenu quelque temps au dépôt, comme c’était souvent le cas pour les hommes sortant de soins.


Ce que l’on peut affirmer, en revanche, c’est qu’il n’a pas réintégré les effectifs de la 9ᵉ compagnie à son retour, mais ceux de la 7ᵉ compagnie du régiment. Ce changement n’a rien d’exceptionnel : les compagnies, durement éprouvées par les combats, sont réorganisées en fonction des besoins et des effectifs disponibles.


Lorsque le régiment est engagé dans les opérations de mai 1915, Juste Vaxelaire est de nouveau en première ligne. Le 29 mai, le 149ᵉ R.I. participe à une attaque près d’Aix Noulette, dans un secteur particulièrement disputé. C’est au cours de cette action qu’il trouve la mort. Son décès s’inscrit dans une série d’engagements meurtriers qui marquent le régiment durant cette période, alors que les unités françaises tentent de reprendre l’initiative sur des positions fortement défendues.


Pour en apprendre davantage sur ce qui s’est passé durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Son acte de décès a été transcrit à la mairie de Cornimont le 20 octobre 1915, conformément aux procédures appliquées en temps de guerre. Cette transcription repose sur la déclaration de deux témoins directs : le sergent Innocent Digard et le soldat Antoine Limoges, présents au moment du décès et en mesure d’en confirmer les circonstances.


À partir de leurs témoignages, le capitaine Paul Toussaint, officier d’état civil du régiment, a pu établir l’acte et le valider officiellement, permettant son inscription dans les registres communaux. Ce déroulé, témoignage, attestation, validation par l’officier d’état civil, puis enregistrement en mairie, correspond au mode habituel par lequel les pertes étaient reconnues et consignées au sein des unités engagées sur le front.


Bien que son décès soit attesté par un acte régulier et confirmé par deux témoins militaires, aucune sépulture identifiée n’existe aujourd’hui pour le soldat Vaxelaire. Il appartient à cette catégorie de combattants dont la mort est officiellement enregistrée, mais dont la trace matérielle, la tombe, si elle a jamais été établie, s’est perdue dans les conditions extrêmes du front, ne laissant à la postérité qu’un nom, sans lieu de repos connu.

 

 

Le soldat Vaxelaire a été décoré de la Médaille militaire à titre posthume, comme en témoigne le J.O. du 4 janvier 1923 :


« Soldat courageux et dévoué. Tombé au champ d’honneur le 29 mai 1915 à Noulette. »


Cette décoration lui donne également droit à la croix de guerre avec étoile de bronze.


Le nom de Joseph Juste Vaxelaire est inscrit sur le monument aux morts de Cornimont, ainsi que sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette.


Mort à vingt quatre ans, il n’a pas eu le temps de fonder une famille : il ne s’est pas marié et n’a laissé aucune descendance.


Pour consulter la généalogie de la famille Vaxelaire, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 


Sources :

 

Fiche individuelle consultée sur le site « mémoire des hommes ».

 

« Cornimont - village frontière -1871-1918 » de Danièle Grandemange. 2021.

 

Les actes d’état civil de la famille Vaxelaire, les registres de recensement des communes de Cornimont et de La Bresse et la fiche matricule du soldat Joseph Juste Vaxelaire ont été consultés sur le site des archives départementales des Vosges.

 

Articles de presse publiés dans Le Mémorial des Vosges les 16 juillet 1901 et 19 juin 1914, consultables sur le site Gallica.

 

Portrait de Joseph Juste Vaxelaire transmis par D. Grandemange.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Grandemange, à A. Carrobi, à T. Vallé, aux archives départementales des Vosges et à la mairie de Cornimont.

14 août 2026

Pierre Louis Charbonniaux (1893-1915)

 

Pierre Louis Charbonniaux est né le 25 septembre 1893, dans la maison familiale de Venas, une petite commune de l’Allier. À peine 800 habitants : des champs, des bêtes, des fêtes de village, et ces longues veillées d’hiver où l’on se serre autour du feu pour raconter, rire ou simplement passer le temps.

 

Son père, Joseph Benoit, 34 ans, est l’instituteur du village. Dans ces campagnes, un maître d’école n’est pas seulement celui qui apprend à lire : c’est une figure qui compte, un repère. Sa mère, Marie Louise Bourdelet, 27 ans, sans profession déclarée, gère le foyer comme tant de femmes de son époque.

 

Pierre est le cinquième enfant d’une fratrie nombreuse. Deux de ses frères sont morts en bas âge, comme cela arrivait souvent dans les campagnes où la médecine restait rudimentaire.

 

 

Il grandit dans une maison où les livres ne sont jamais bien loin. Avec un père instituteur, l’école n’est pas un lieu extérieur : elle est partout, dans les conversations, dans les attentes, dans les gestes du quotidien. Pour Pierre, poursuivre ses études n’est pas une ambition hors du commun : c’est la voie naturelle, presque évidente.

 

Sa fiche matricule mentionne un degré d’instruction de niveau 4, équivalent au brevet d’enseignement primaire. C’est un diplôme solide, qui ouvre les portes des écoles normales. Ses parents, convaincus que l’instruction peut changer une vie, l’encouragent à aller plus loin. Pierre suit cette route sans hésiter et finit par être admis à l’École normale de Moulins.

 

 

Lors du recensement d’août 1913, il est inscrit comme élève de l’École normale d’instituteurs. Ce statut lui permet d’obtenir un sursis d’incorporation d’un an pour « continuation d’études » lors de son passage devant le conseil de révision, en septembre ou octobre 1913. La loi du 21 mars 1905 autorise en effet les élèves-maîtres à repousser leur incorporation d’un an. Il en profite pour achever sa troisième année, devenir « élève sortant » et terminer définitivement ses études en juillet 1914. Tout semble prêt : il s’apprête à devenir instituteur, comme son père.

 

L’été 1914 bouleverse brutalement le cours des choses. La mobilisation générale est décrétée, et un nouveau conflit avec l’Allemagne s’annonce. Comme tant de jeunes hommes de sa génération, Pierre Charbonniaux passe sans transition de la salle de classe au régiment. Le 11 août, il rejoint le 152ᵉ R.I. à Gérardmer. En quelques jours, tout ce qu’il avait construit bascule.

 

Son incorporation dès le 11 août soulève toutefois une interrogation. En principe, il aurait dû suivre le calendrier de la classe 1914 ; or il se présente au dépôt plus tôt que prévu, à un moment où les dépôts achevaient à peine la mobilisation. Cette arrivée anticipée surprend et laisse place à une hypothèse : peut-être a-t-il volontairement devancé son appel, pressentant l’urgence de la situation ou animé par un sens du devoir qui le pousse à rejoindre son unité sans attendre.

 

 

Son niveau d’instruction lui permet d’avancer vite dans la hiérarchie. Le 8 novembre, il est promu caporal. La date correspond aux nominations habituelles des hommes de la classe 1914, ce qui confirme qu’il suit alors le rythme de formation prévu. Tout indique qu’il a été retenu au dépôt pour participer à l’instruction de la classe 1915 ; sans cela, Pierre Charbonniaux aurait été envoyé au front dès novembre ou décembre 1914, comme tant d’autres jeunes soldats.

 

Le 25 décembre, il est nommé aspirant, sans passer par les grades intermédiaires. Cette promotion rapide n’a rien d’exceptionnel dans le contexte de l’époque, les pertes en cadres sont importantes, et les jeunes instruits sont propulsés en avant pour combler les vides. Pierre Charbonniaux, sérieux, appliqué, et manifestement apprécié de ses supérieurs, s’est distingué au dépôt. On voit en lui un homme capable de tenir une section, de prendre des responsabilités, et d’encadrer des hommes dans une période où chaque compétence compte.

 

Le 18 janvier 1915, une décision du général du 21ᵉ C.A. l’affecte au 149ᵉ R.I.. Après cela, le silence des archives commence. On ne sait pas quand il a réellement rejoint la zone des combats. Le régiment a reçu plusieurs vagues de renforts entre mars et la mi-mai : un premier détachement de 264 hommes parti du dépôt de Rolampont le 2 mars ; un second, plus massif, 650 hommes venus du bataillon de marche des 17ᵉ et 158ᵉ R.I., le 12 mars ; puis un troisième, 745 hommes issus du bataillon de marche du 149ᵉ R.I., le 14 mai. Il a pu être dans l’un de ces groupes, ou dans un autre. Impossible de trancher. Il est également impossible de dire s’il était là le 9 mai, ce jour où son régiment a perdu tant d’hommes.

 

Le 22 mai 1915, il est promu sous-lieutenant à titre temporaire. Une promotion qui dit la confiance, l’urgence, peut-être le manque d’officiers aussi. Cette promotion ne durera pas longtemps.

 

Le 29 mai, il mène sa section de la 1ʳᵉ compagnie dans une attaque du secteur d’Aix Noulette. Il tombe là, en avant de ses hommes, à peine officier, déjà mort. La guerre ne laisse pas le temps de devenir ce pour quoi on a été nommé : elle prend les hommes avant qu’ils aient pu acquérir toute la plénitude de leurs compétences, avant même qu’ils aient compris ce qu’on attendait d’eux.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer sur l’image suivante.

 

 

Quelques jours plus tard, le lieutenant-colonel Gothié, commandant le 149ᵉ R.I., inscrit une appréciation dans le carnet de campagne de son subordonné. Une ligne, sobre, militaire, mais qui dit ce qu’il faut dire : « Aspirant récemment nommé, avait déjà donné entière satisfaction ; il est tombé avec bravoure en menant sa section lors de l’assaut du 29 mai 1915 devant Notre-Dame-de-Lorette. »

 

Son corps est d’abord inhumé au cimetière de Sains-en-Gohelle, tombe n° 678. Le 30 juin 1915, le maire de Monteignet-sur-l’Angelot reçoit l’avis officiel de son décès et en informe la famille. L’acte est transcrit dans les registres de la commune le 3 mars 1916.

 

En 1922, sa famille demande le rapatriement de ses restes mortuaires. Depuis, il repose dans le cimetière communal de Monteignet-sur-l’Angelot, dans une sépulture familiale.

 

 

Décoration obtenue

 

Croix de guerre avec palme

 

Citation à l’ordre de la Xᵉ armée en date du 22 juin 1915) :

 

 « Le 29 mai 1915, a fait preuve d’un grand courage en entraînant sa section dans une attaque au petit jour contre les tranchées allemandes. Tué en tête de ses hommes. »

 

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Monteignet-sur-l’Angelot et sur l’anneau de mémoire du Mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette.

 

Pierre Charbonniaux décédé à l’âge de 21 ans, ne s’est pas marié et n’a pas eu de descendance.

 

Sources :

 

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

La fiche matricule du sous-lieutenant Charbonniaux et les actes d’état civil de sa famille ont été lus sur le site des Archives départementales de l’Allier.

 

Le cliché représentant la sépulture de la famille Charbonniaux est un envoi de T. Cornet.  

 

Un grand merci à M. Bordes, à V. Quevaine, à A. Carobbi, à T. Cornet, à M. Porcher, à T. Vallé, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux Archives départementales de l’Allier.

7 août 2026

Joseph Nicolas Émile Febvay (1886-1915)

 

Joseph Nicolas Émile Febvay est né le 26 décembre 1886 à Ramonchamp, village vosgien de la vallée de la Haute Moselle qui compte alors un peu plus de 1 500 habitants. Ses parents, Jules, 23 ans, et Florine Maurice, 24 ans, sont agriculteurs. Aîné d’une fratrie de cinq enfants, il perd l’une de ses sœurs alors qu’elle est encore en bas âge.

 

 

L’enfance de Joseph se déroule dans ce milieu rural, rythmée par les saisons et les travaux de la ferme. Il partage son temps entre les tâches familiales et l’école communale, où il acquiert les bases de la lecture, de l’écriture et du calcul. Sa fiche matricule mentionne un degré d’instruction de niveau 3.

 

À l’approche de sa majorité, il entre dans la période des obligations militaires. En 1907, inscrit sous le numéro 167 sur la liste du canton de Le Thillot, Joseph Febvay se présente au conseil de révision, étape incontournable pour les jeunes hommes de sa classe. Reconnu en bonne santé, il est déclaré « bon pour le service » et classé dans la première catégorie. Comme la plupart des conscrits vosgiens, il est destiné à servir dans l’infanterie.

 

Le jeune homme rejoint ensuite Épinal pour intégrer le 149e R.I.. Après les formalités d’arrivée et la remise du paquetage, il est affecté à la 12e compagnie, où commence sa vie militaire. Les premiers mois sont consacrés à l’instruction et à la discipline. Ses supérieurs le jugent suffisamment sérieux et appliqué pour l’autoriser à suivre la formation des élèves caporaux, destinée aux soldats présentant des aptitudes à l’encadrement.

 

Une photographie de studio le montre portant le cor de tireur. Ce détail pourrait laisser supposer qu’il avait obtenu une distinction de tir, mais rien ne permet de l’affirmer. Les studios photographiques mettaient fréquemment à disposition des vestes mieux ajustées, des insignes ou des attributs destinés à valoriser le portrait, sans lien direct avec le parcours réel du soldat. Il est donc tout à fait possible que la tenue utilisée ce jour-là ne lui appartienne pas et qu’elle ait été choisie uniquement pour la prise de vue.

 

À l’issue de ses obligations militaires, le caporal Febvay reçoit son certificat de bonne conduite daté du 1er septembre 1909.

 

 

Le 30 octobre 1912, il épouse Maria Victorine Mathieu, originaire de Girancourt. Il la conduit d’abord à l’autel de la petite église Saint Jean‑Baptiste, puis à la mairie de Le Thillot pour y sceller leur union.

 

Deux ans plus tard, naît leur fils qu’ils prénomment Raymond. Le jeune ménage s’installe alors dans une vie encore paisible, à la veille des bouleversements internationaux qui s’annoncent.

 

Comme pour de nombreux conscrits originaires des Vosges, la fiche matricule de Joseph Febvay demeure très lacunaire. Elle ne fournit aucun renseignement sur son parcours militaire avant 1914 ni sur les périodes d’exercices obligatoires qu’il a effectuées, ce qui empêche d’établir une chronologie exacte de son service dans l’armée active ou la réserve.

 

À la mobilisation d’août 1914, il est rappelé comme tous les hommes de sa classe et doit se présenter à la caserne Courcy. Trop jeune pour être affecté au 349 régiment d’infanterie, il rejoint le régiment d’active, lequel incorpore alors un nombre important de réservistes afin de compléter ses effectifs au moment de l’entrée en guerre.

 

Il est possible que Joseph Febvay ait rejoint le régiment alors que celui‑ci était déjà en marche vers la frontière. Le  1er  échelon avait quitté le dépôt dès le 1er août, et les réservistes du 2ᵉ échelon le rattrapèrent en cours de route, à Vanémont. Le J.M.O. du 149ᵉ R.I. mentionne précisément cette commune comme point de jonction des deux échelons le 4 août, ce qui rend plausible l’hypothèse d’une arrivée de Joseph Febvay à cet endroit et à cette date.

 

Aucun document ne permet toutefois de confirmer cet épisode. Les sources disponibles ne donnent aucun détail sur les circonstances de son arrivée au régiment. On ne peut donc proposer qu’une reconstitution vraisemblable, fondée sur les pratiques de mobilisation de l’époque et sur les mouvements attestés du 149ᵉ R.I. durant les premiers jours du conflit.

 

Le nom de Joseph Febvay apparaît dans la liste des blessés de la 10ᵉ compagnie, établie dans l’état nominatif des officiers, sous-officiers et soldats du régiment pour la journée du 14 septembre 1914, lors des combats menés dans le secteur de Souain, dans la Marne. Probablement évacué vers l’arrière après sa blessure, ni le lieu où il a été pris en charge, ni la durée de ses soins et de sa convalescence ne sont connus. La date de son retour au dépôt du régiment demeure elle aussi incertaine.

 

Après cette blessure, les sources deviennent silencieuses sur son parcours immédiat, et c’est dans cet intervalle d’incertitude que s’inscrit l’unique indice matériel permettant de situer, au moins partiellement, son itinéraire : une carte photo où il pose avec trois camarades originaires de Le Thillot. Ce cliché atteste de son affectation à la 27ᵉ compagnie du dépôt, à Rolampont. Faute de date, il est impossible de déterminer s’il a été réalisé avant ou après sa blessure.

 

S’il devait être antérieur, cela signifierait que Joseph Febvay n’aurait rejoint le régiment actif qu’après les combats de Sainte‑Marie‑aux‑Mines du 9 août 1914, et donc seulement une fois son baptême du feu passé.

 

 

De retour au régiment, il est affecté à la compagnie de mitrailleuses. Le caporal Febvay a vraisemblablement suivi une instruction spécifique au maniement de cette arme, mais aucune source ne permet d’en préciser les dates et le lieu de formation. Les informations disponibles ne permettent pas non plus de déterminer à quel renfort de mitrailleurs il a été intégré : celui de onze hommes, arrivé à Aix‑Noulette le 28 avril, celui de soixante‑trois hommes arrivé le 12 mai, ou un détachement antérieur à ces deux dates.

 

Dans la nuit du 29 mai, il est tué au combat à l’âge de vingt‑huit ans. Les circonstances exactes de sa mort restent inconnues, mais les éléments disponibles suggèrent qu’il appartenait alors à la section de mitrailleuses, engagée dans la mise en place de ses pièces au cours de l’attaque. Cette opération, menée dans l’obscurité et sous un feu direct, a entraîné de lourdes pertes parmi les servants ; il figure très probablement parmi eux.

 

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. 

 

 

Le décès de Joseph Febvay n’a été officiellement reconnu que plusieurs années après la fin du conflit. Ce n’est que le 6 janvier 1921 que le tribunal civil de première instance de Remiremont a rendu une décision confirmant sa mort, mettant ainsi un terme aux démarches administratives engagées depuis sa disparition au front.

 

Le caporal Febvay a été décoré de la Médaille militaire et de la croix de guerre avec étoile de bronze à titre posthume. L’attribution de ces décorations a été publiée dans le J.O. du 5 octobre 1920 :

 

« Caporal plein de courage et d’entrain. A trouvé une mort glorieuse devant Noulette, le 29 mai 1915. »

 

Aucune tombe individuelle n’a pu être retrouvée pour cet homme. Comme pour les nombreux soldats non identifiés tombés dans les secteurs particulièrement meurtriers autour d’Aix‑Noulette, il est très probable qu’il repose dans l’un des ossuaires du cimetière national de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

 

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Le Thillot. ainsi que sur l’anneau de mémoire du Mémorial international de Notre‑Dame‑de‑Lorette

 

Pour prendre connaissance de la généalogie de la famille Febvay, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Sources :

 

Les photographies et la copie du certificat de bonne conduite proviennent de la collection personnelle de la famille descendante de Joseph Febvay.

 

La coloration de la photographie a été réalisée par A. D’Amato.

 

J.M.O. du 149e R.I. : S.H.D. de Vincennes – Réf : 2 N 696/8

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à A. D’Amato, et à C. et M. Febvay.

31 juillet 2026

Lucien Fernand Moreau (1892-1915)

 

Lucien Fernand Moreau est né le 3 janvier 1892 au domicile familial, situé 10 boulevard de l’Arsenal, à Bourges dans le Cher.


Son père, Jacques Moreau, 31 ans, est ajusteur ; sa mère, Louise Baillard, 28 ans, est couturière. Lucien est le cadet d’une fratrie de deux garçons.

 

 

Sa fiche matricule indique un degré d’instruction de niveau 4, correspondant au brevet d’enseignement primaire ; ce diplôme ouvre l’accès aux écoles normales et aux carrières de l’enseignement. Avant son incorporation, il exerce ainsi comme instituteur adjoint à Aubigny-sur-Nère, signe d’un parcours scolaire solide et d’une insertion précoce dans la vie professionnelle.


Inscrit sous le n° 204 pour le canton de Bourges, il se présente devant le conseil de révision, qui le déclare « bon pour le service armé ». Lucien Moreau est alors enregistré dans la 1ère partie de la classe 1913, la catégorie regroupant les jeunes hommes aptes à servir sans restriction.

 

 

Le 9 octobre 1913, Lucien Moreau rejoint le 149e R.I., en garnison à Épinal. Son niveau d’instruction, supérieur à celui de la plupart des conscrits, facilite une progression rapide. Après la formation destinée aux recrues susceptibles d’encadrer une escouade, il est promu caporal le 11 avril 1914, six mois après son arrivée au régiment.


Du 1er janvier au 12 mars 1914, il suit le premier cours de l’année à l’école militaire de gymnastique et d’escrime. Son évaluation souligne ses qualités : « Bon élève, doué physiquement, a bien travaillé. Résultats satisfaisants, bon instructeur, a obtenu son diplôme. »


À la mobilisation d’août 1914, Lucien Moreau reste au dépôt du régiment. Le 18 août, il est nommé caporal fourrier. Quelques semaines plus tard, des crises d’hémorroïdes l’obligent à quitter la 28e compagnie. Il est hospitalisé le 10 septembre à l’hôpital auxiliaire n° 3 de Langres et en sort le 15 septembre.


Le 27 septembre, il est vraisemblablement intégré au groupe de renfort de sept officiers et cinq cents hommes envoyé au régiment actif pour compenser les pertes de Souain, dans la Marne. Arrivé à Suippe, le caporal fourrier Moreau est affecté à la 7e compagnie. Le régiment combat ensuite dans le bois de Bouvigny, en Artois, puis en Belgique, dans la région d’Ypres. 


Le 26 novembre 1914, dans le secteur de Poperinge, Lucien Moreau tombe de nouveau malade, souffrant d’embarras gastriques fébriles. Il est soigné à l’ambulance n° 7 de Sint-Jan-Biezen du 2 au 5 décembre, puis évacué à Dunkerque. Le 9 décembre, il est dirigé sur Rouen et hospitalisé à l’hôpital auxiliaire n° 6 du 11 décembre 1914 au 14 janvier 1915. Il passe ensuite au dépôt de convalescents n° 1, caserne Hatry, qu’il quitte le 16 janvier pour rejoindre le dépôt du régiment, avec une convalescence de deux mois.


Malgré ces interruptions, sa carrière progresse : il est nommé sergent fourrier le 3 décembre 1914, puis aspirant le 24 décembre.


La date exacte de son retour au régiment actif n’est pas connue. On sait simplement que, le 22 mai 1915, il est promu sous lieutenant à titre temporaire, pour la durée de la guerre.


Il ne portera ses galons que quelques jours. Le 29 mai, à la tête de sa section de la 7ᵉ compagnie, il survit à l’attaque initiale, mais est tué en organisant une tête de sape qu’il venait de conquérir avec ses hommes, devant Notre Dame de Lorette.


Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer sur l’image suivante.

 

 

Peu après la mort du sous lieutenant, le lieutenant colonel Gothié, chef de corps du 149ᵉ R.I., consigne dans son feuillet individuel de campagne une appréciation qui résume l’estime portée à ce jeune officier : « Officier nouvellement promu, consciencieux et plein d’entrain, donnait les meilleures espérances lorsqu’il est tombé glorieusement à l’attaque du 29 mai devant Notre-Dame-de-Lorette. » Cette mention, rédigée dans les jours suivant l’action, témoigne à la fois de la valeur militaire du sous lieutenant et de la perte ressentie au sein du régiment.


Pour établir officiellement le décès, le capitaine Paul Toussaint, officier d’état civil du 149ᵉ R.I., s’appuie sur les déclarations de deux témoins directs : le caporal François Ricci et le soldat Dominique Dellapina. Leur témoignage confirme les circonstances de la mort et permet d’enregistrer l’acte de manière réglementaire.


L’histoire du corps du sous‑lieutenant Moreau demeure particulièrement confuse. Les sources disponibles nous donnent deux versions et ne permettent pas de reconstituer avec certitude son parcours funéraire. Selon sa fiche matricule, sa dépouille aurait été ramenée vers l’arrière après l’attaque du 29 mai 1915, puis inhumée dans la sépulture n° 743 du cimetière communal de Sains‑en‑Gohelle. Cette indication laisse penser que le corps avait été identifié et enterré dans un lieu précis, conformément aux pratiques administratives de l’époque.

 

Par la suite, la famille aurait demandé le transfert de ce corps vers Bourges. Un avis publié dans La Dépêche du Berry le 4 juin 1921 annonce en effet l’arrivée de la dépouille et son inhumation au cimetière des Capucins, dans un caveau encore existant aujourd’hui. Pour les proches, cette cérémonie constitue la restitution officielle du corps du sous-lieutenant Moreau.

 

Les documents conservés dans son dossier d’officier au S.H.D. de Vincennes introduisent cependant un élément qui complexifie fortement la situation. En juillet 1917, un corps en « état complet de décomposition » aurait été découvert dans le secteur du fond de Buval. Il aurait été identifié grâce à des papiers non conservés par une équipe du burial officer canadien. Les restes auraient ensuite été enterrés dans le cimetière provisoire dit « de la Vallée » à Souchez, situé dans le même secteur. Le 16 janvier 1922, ils furent exhumés et transférés dans la tombe n° 4360 de la nécropole nationale de Notre‑Dame‑de‑Lorette. La famille fut informée de ce déplacement, mais il est impossible de savoir comment elle a accueilli cette nouvelle ni si elle a compris que ce corps pouvait être considéré comme celui de leur fils.

 

La situation se brouille davantage lorsque l’on constate que la tombe n° 4360 (ancienne numérotation) n’abrite plus ces restes : elle est aujourd’hui occupée par le fusilier marin Henry Yves Gentric, mort pour la France le 28 octobre 1917. Ce remplacement soulève une interrogation essentielle : qu’est devenu le corps exhumé en 1922 ? Était‑il réellement celui du sous‑lieutenant Moreau, ou avait‑il été mal identifié dès 1917 ? À l’inverse, l’inhumation de Sains‑en‑Gohelle pourrait-elle aussi être erronée.

 

Les questions restent donc nombreuses : le corps retrouvé en 1917 était‑il celui du sous‑lieutenant Moreau ? Le corps de Sains‑en‑Gohelle était‑il le bon ? La famille a‑t‑elle réellement reçu la dépouille de leur fils ? Aucun document ne permet de trancher. La seule certitude est l’existence d’une tombe portant son nom au cimetière des Capucins de Bourges. Quant au « second corps », celui découvert en 1917 par les Canadiens, il est impossible de déterminer ce qu’il est devenu.

 

 

Décorations obtenues :

 

Citation à l’ordre de la Xᵉ l’armée en date du 22 juin 1915 :

 

« Jeune officier, très ardent, s’est fait remarquer à l’attaque de nuit du 29 mai devant Lorette en organisant une tête de sape qu’il venait de conquérir, tué au cours de l’opération. »

 

Légion d’honneur à titre posthume (publication dans le J.O. du 17 octobre 1919).

 

Le nom de cet officier est inscrit sur une plaque située dans l’espace commémoratif voisin du monument aux morts de Bourges, ainsi que sur l’anneau de mémoire du Mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette.

 

 

Sources :

 

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.


La fiche matricule du sous lieutenant Lucien Moreau et les actes d’état civil de sa famille ont été lus sur le site des Archives départementales du Cher.


Contrôle nominatif du 4e trimestre 1914 du 149ᵉ R.I. des malades et des blessés traités dans les formations sanitaires détenu par les archives médicales hospitalières des Armées de Limoges.

 

Le cliché représentant la sépulture de Lucien Moreau a été trouvé sur le site « Généanet ».


Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à T. Cornet, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux Archives départementales du Cher.

24 juillet 2026

Jean Émile Berger (1894-1915)

 

Jean Émile Berger est né le 24 avril 1894 à Seythenex, un village de montagne sur les contreforts du massif des Bauges, en Haute Savoie. La commune compte 786 habitants selon le recensement de 1891.

 

Son père, Germain, âgé de vingt six ans, est menuisier. Sa mère, Marie Françoise Riotton, a vingt et un ans lors de sa naissance et travaille comme ouvrière dans la soierie. Ce travail, très répandu en Haute Savoie à la fin du XIXᵉ siècle, consiste le plus souvent à dévider ou préparer le fil destiné aux manufactures lyonnaises, une activité effectuée à domicile ou dans de petits ateliers villageois.

 

 

Émile est l’aîné d’une fratrie qui comptera quatre filles et deux garçons. Deux de ses sœurs mourront en bas âge, rappelant la fragilité de l’enfance dans les milieux ruraux de cette époque.

 

Émile Berger grandit dans un environnement où l’école communale fournit l’essentiel de la formation. À la fin de sa scolarité obligatoire, il atteint le niveau d’instruction 3, ce qui correspond à une bonne maîtrise des apprentissages fondamentaux : lire, écrire, compter. Une fois ce socle acquis, il se tourne vers l’apprentissage de la menuiserie. Ce choix n’a rien d’original dans son milieu : il reprend simplement la voie professionnelle déjà empruntée par son père, dans un cadre où la transmission du métier est rituelle au sein de la famille.


L’année de ses vingt ans, il doit se soumettre au passage devant le conseil de révision, étape incontournable pour tous les jeunes hommes de sa génération. La commission cantonale se réunit alors à Faverges, où Émile est examiné. Son état physique ne pose aucune difficulté : il est classé dans la première partie de la liste de la classe 1914, ce qui le rend immédiatement disponible pour le service militaire. 

 

En temps normal, son incorporation aurait dû se dérouler à l’automne 1914. Mais l’été bouleverse toutes les prévisions. L’Europe entre en guerre au début du mois d’août et l’armée française accélère aussitôt l’appel des contingents. La classe 1914, initialement prévue pour novembre, est convoquée dès le mois de septembre. C’est dans ce contexte qu’Émile Berger, mobilisé dans l’urgence imposée par la guerre, rejoint le 97ᵉ R.I. de Chambéry le 6 septembre 1914.

 

 

Sa formation militaire fut brève, sans commune mesure avec l’instruction dispensée aux conscrits en temps de paix. Elle dura toutefois plusieurs mois de plus que celle de la majorité de ses camarades : alors que ceux ci quittèrent le dépôt autour de novembre 1914, il y demeura probablement afin de participer à l’instruction de la classe 1915, dont il suivit ensuite le parcours.

 

C’est au cours de cette période de formation qu’il se fit photographier, portant l’uniforme spécifique de ce régiment spécialisé dans les combats en montagne.

 

Le 13 mars 1915, il est versé au 149ᵉ R.I., alors engagé en Artois dans le secteur d’Aix-Noulette. Il appartenait très vraisemblablement au renfort constitué de douze officiers et de six cent cinquante hommes ; ce renfort provient des bataillons de marche du 17ᵉ et du 158ᵉ R.I., arrivés à Olhain la veille. La date exacte de son passage dans l’un de ces bataillons demeure toutefois inconnue.

 

Aussitôt arrivé, il est affecté à la 7ᵉ compagnie, commandée par le capitaine Jeské. Le soldat Berger connaît son baptême du feu le 9 mai 1915, mais ce n’est que le 12 qu’il se retrouve en première ligne, plongé dans une zone de combat particulièrement intense. Il survit à cette première épreuve.

 

Le 29 mai, sa compagnie est engagée dans une nouvelle attaque dans le secteur d’Aix-Noulette. C’est au cours de cette offensive que le soldat Berger est tué.

 

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Son nom apparaît dans la liste des disparus de l’état nominatif des officiers, sous officiers et soldats du régiment pour la journée du 29 mai 1915. Sans nouvelles de lui, sa famille, inquiète, sollicite le Comité international de la Croix Rouge afin de vérifier s’il n’aurait pas été fait prisonnier et transféré dans un camp en Allemagne. Il n’en est rien.

 

 

La date à laquelle la famille a été informée de la mort du soldat Berger n’est pas établie. Son décès est officiellement acté par un jugement du tribunal d’Annecy en date du 8 octobre 1920 ; ce jugement a été transcrit à la mairie de Seythenex le 21 octobre suivant. 

 

 

Jean Émile Berger repose aujourd’hui dans une tombe individuelle à la nécropole nationale de Notre Dame de Lorette. Sa sépulture porte le numéro 6341 et se situe dans le carré 32.

 

Il a été décoré à titre posthume de la Médaille militaire et la Croix de guerre avec étoile de bronze, distinctions publiées au Journal officiel du 16 mai 1922. 

 

« Soldat courageux et dévoué. Mort au champ d’honneur le 29 mai 1915 à Aix-Noulette. »

 

 

Son nom est gravé sur le monument aux morts de Seythenex ainsi que sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial de Notre- Dame-de-Lorette.

 

Émile Berger ne s’est pas marié et n’a pas eu de descendance.

 

Pour prendre connaissance de la généalogie de la famille Berger, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

Sources : 

 

La fiche matricule de Jean Émile Berger, les actes d’état civil de sa famille et les registres de recensement de Seythenex ont été consultés sur le site des archives départementales de la Haute-Savoie.

 

Le portrait du soldat Berger provient de la collection familiale de E. et J. Berger. 

 

Un grand merci à M. Bordes, à J. Berger, à E. Berger, à A. Carobbi, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales de la Haute-Savoie. 

17 juillet 2026

Émile Henri Gustave Bournier (1887-1915)

Émile Henri Gustave Bournier est né le 27 octobre 1887 au domicile de ses grands‑parents maternels, situé au 27 quai de la Seine, dans la commune alors appelée Isle Saint‑Denis ; celle-ci se situe en Seine-St Denis et se nomme aujourd’hui L’Île‑Saint‑Denis.

 

Le père d’Émile, Joseph Henri Bournier, âgé de 29 ans, est gendarme, brigadier à pied en poste au Petit‑Bicêtre (Seine). Il n’est pas présent lors de la naissance de son fils. Sa mère, Mathilde Marie Augustine Chamant, âgée de 19 ans, n’exerce pas d’activité professionnelle. Émile restera l’unique enfant du couple.

 

 

La fiche matricule d’Émile Bournier ne mentionne pas son degré d’instruction, ce qui est logique : au moment de son recensement, il est déjà sous l’uniforme, et la mairie ne dispose d’aucune information sur son niveau scolaire.  Elle se limite donc à indiquer sa profession civile, à savoir : cordonnier. Le métier déclaré n’a manifestement pas pesé sur la suite de son itinéraire, puisqu’il sert déjà dans la cavalerie lorsque ces données administratives sont consignées.

 

Le 5 décembre 1905, il signe à la mairie de Lyon un engagement volontaire de quatre ans et est incorporé le jour même au 10ᵉ régiment de cuirassiers. Cet engagement lui permet de suivre rapidement la formation de brigadier, grade correspondant à celui de caporal dans l’infanterie. Il est nommé à ce grade le 18 septembre 1906.

 

Le 16 juillet 1907, Émile Bournier est envoyé à l’École préparatoire de cavalerie d’Autun, en Saône‑et‑Loire. Installée dans les bâtiments de l’ancien petit séminaire, cette école constitue alors un centre de formation essentiel pour l’arme. Elle accueille plusieurs catégories d’élèves : les jeunes militaires destinés à devenir sous‑officiers, des cavaliers venus suivre des stages d’équitation ou de perfectionnement, ainsi que des préparations militaires regroupant des adolescents avant leur engagement. Cette diversité explique l’âge parfois très jeune des élèves visibles sur les photographies de l’époque.

 

 

La formation suivie par le brigadier Bournier est celle réservée aux futurs sous‑officiers. L’instruction y est particulièrement complète : équitation militaire, hippologie et soins aux chevaux, topographie, discipline générale, sans oublier l’apprentissage progressif des responsabilités de commandement. Le 18 janvier 1908, il y devient instructeur et reçoit le grade de maréchal des logis. Cette promotion rapide traduit la confiance que lui accorde sa hiérarchie et confirme ses aptitudes à encadrer les nouvelles recrues.

 

Les années suivantes sont marquées par une série de réengagements successifs : le 26 juillet 1909, il signe pour un an à compter du 5 décembre ; le 4 novembre 1910, pour deux ans à partir du 3 novembre ; enfin, le 23 juillet 1912, il se rengage pour trois ans à compter du 5 décembre 1912. Cette continuité témoigne de sa volonté de poursuivre sa carrière.

 

Le 21 juin 1913, une décision ministérielle datée du 19 juin entraîne sa mutation au 3ᵉ régiment de cuirassiers « par mesure de discipline ». Pour un sous‑officier jusque‑là apprécié, cette affectation inattendue marque une rupture nette dans son parcours et ouvre une nouvelle phase de sa vie militaire. La sanction reste énigmatique : aucune source ne permet d’en connaître la nature.

 

 

Incorporé dans son unité le 27 juin, il est affecté aux écritures en tant que maréchal des logis fourrier à partir du 3 mars 1914, fonction administrative qui l’écarte du service monté et de l’encadrement des cavaliers.

 

Le 8 juillet, il quitte les bureaux et retrouve son grade de maréchal des logis. Il reprend alors ses responsabilités au sein de l’escadron, conduite des hommes, instruction et activités montées, marquant ainsi son retour sur le terrain après cette parenthèse administrative.

 

Toujours au 3ᵉ cuirassiers au début de la guerre, son régiment quitte Vouziers le 31 juillet 1914 pour gagner la région de Mangiennes, où il est intégré à la 4ᵉ division de cavalerie chargée de couvrir la Woëvre septentrionale. Le 6 août, l’ordre est donné de franchir la frontière belge. Le régiment opère alors dans le sud du pays et prend part au combat du 19 août.

 

À partir du 23 août, le régiment se replie vers le sud en couvrant les mouvements de la 5e armée. Il traverse successivement les secteurs de Mézières, Rocroi et Vervins, avant de gagner la région de Dizy-le-Gros. Début septembre, les escadrons passent par Craonne et Soissons, puis franchissent la Marne pour défendre les passages du Petit Morin.

 

Lors de la contre-offensive de la Marne, le 3e régiment de cuirassiers progresse à travers plusieurs villages de la vallée de l’Ourcq et du Soissonnais. Le 14 septembre, il repasse l’Aisne à Pontavert et cantonne ensuite dans différents villages du secteur.

 

Les documents disponibles, notamment la fiche matricule et le dossier individuel conservé au Service historique de la Défense, ne permettent pas de reconstituer précisément le parcours du maréchal des logis Bournier au sein du régiment. Rien n’indique s’il a quitté son cantonnement le 31 juillet ou s’il n’a rejoint le régiment qu’à une date ultérieure. La seule certitude est sa citation à l’ordre du régiment pour sa conduite sur l’Yser, preuve de sa participation aux opérations dans ce secteur. En dehors de cette mention, son itinéraire au 3ᵉ régiment de cuirassiers demeure impossible à préciser.

 

En octobre, son régiment débarque dans la région de Béthune et combat autour de Lens et des communes voisines. Il opère ensuite dans le secteur de Merville et Saint-Venant.

 

À partir de novembre 1914, le régiment est engagé dans les tranchées de l’Yser, où les cavaliers sont employés comme combattants de première ligne. Les conditions sont particulièrement dures : terrain saturé d’eau, inondations fréquentes, froid persistant et bombardements quotidiens.

 

Le 26 mars 1915, par ordre du général commandant le 2ᵉ corps de cavalerie, Émile Bournier est nommé sous‑lieutenant à titre temporaire. Cette promotion entraîne son transfert au 149ᵉ R.I., engagé en Artois depuis la fin décembre 1914. Le 1ᵉʳ avril, il rejoint le régiment sous les ordres du lieutenant‑colonel Gothié et est affecté à la 12ᵉ compagnie. Ce transfert dans l’infanterie n’est pas un cas isolé. Comme le souligne Michel Goya dans L’Invention de la guerre moderne : du pantalon rouge au char d’assaut, 1871‑1918, l’année 1915 voit la moitié des sous‑officiers des régiments de cavalerie suivre le même parcours. Devenus chefs de section, ils apportent à l’infanterie une expérience du commandement acquise dans les armes montées.

 

Le 6 mai 1915, le sous-lieutenant Bournier est évacué pour maladie et dirigé vers l’hôpital temporaire n°52. Cette évacuation le tient à l’écart des attaques particulièrement meurtrières menées par le 149e R.I. entre le 9 et le 14 mai, au cours de la seconde bataille de l’Artois. Il réintègre son unité le 27 mai pour être affecté à la 2e compagnie, commandée par le capitaine Crépet.

 

Le 29 mai 1915, Émile Bournier, âgé de 27 ans, à la tête de sa section, est grièvement blessé lors d’une attaque menée au petit jour dans le secteur d’Aix‑Noulette. Porté disparu et présumé mort (mention portée sur son feuillet individuel de campagne), son corps ne sera jamais retrouvé. Une citation à l’ordre de l’armée, décernée à titre posthume, reconnaîtra sa valeur au feu.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer sur l’image suivante.

 

 

Le 10 juin 1915, le lieutenant-colonel Gothié rédige la seule note figurant dans le feuillet individuel de campagne du sous‑lieutenant Bournier :

 

« Officier très énergique et plein d’entrain, sorti de la cavalerie ; a fait un bon chef de section d’infanterie. Blessé et disparu au combat du 29 mai devant Notre‑Dame‑de‑Lorette. »

 

Sans nouvelles de leur fils unique, les parents du sous‑lieutenant Bournier, domiciliés à Remiremont, entreprennent des démarches auprès du Comité international de la Croix‑Rouge, espérant apprendre qu’il a été fait prisonnier et interné dans un camp en Allemagne. La réponse sera négative.

 

 

En août 1915, le maire de Remiremont annonce officiellement à la famille le décès de leur fils. L’enregistrement juridique n’est toutefois établi que bien plus tard : le 27 octobre 1920, la première chambre du tribunal de Nice déclare le sous‑lieutenant Bournier « décédé ». L’acte est ensuite transmis à la mairie de Menton le 13 novembre 1920.

 

Le 22 septembre 1920, le sous‑secrétaire d’État rappelait, dans un courrier adressé au procureur général de la cour d’appel d’Aix, que le sous‑lieutenant Bournier était un officier de carrière n’ayant jamais interrompu son service. En conséquence, il conservait le domicile qu’il possédait avant son entrée dans l’armée ; ses affectations successives ne modifiaient pas cette situation.

 

Le nom du sous‑lieutenant Bournier figure aujourd’hui sur plusieurs monuments et plaques commémoratives : le monument aux morts d’Ivrey, les plaques de la basilique Saint‑Michel de Menton et de l’église Saint‑Pierre de Remiremont, ainsi que sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial international de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

Émile Bournier ne s’est pas marié et n’a pas eu de descendance. Son corps n’ayant jamais été retrouvé, il se trouve probablement dans l’un des ossuaires de la nécropole nationale de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

Les parents du sous‑lieutenant Bournier reposent aujourd’hui dans une sépulture délaissée, au petit cimetière d’Ivrey.

 

 

Décorations obtenues

 

Croix de guerre avec une palme et une étoile de bronze.

 

Cité à l’ordre du 3e régiment de cuirassiers pour des actions menées à la tranchée de l’Yser (Belgique). La date de la citation n’est pas indiquée dans son feuillet individuel de campagne. Son nom n’apparaît pas non plus dans la liste des décorés figurant dans l’historique du régiment.

 

Citation à l’ordre de la Xe armée n° 80 en date du 22 juin 1915 :

 

« Le 29 mai, à Notre-Dame-de-Lorette, a fait preuve d’un grand courage en entraînant sa section dans une attaque au petit jour contre les tranchées allemandes. Tué en tête de ses hommes. »

 

Le sous-lieutenant Bournier a été fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume (J.O. du 19 juin 1920), avec le même texte que sa citation à l’ordre de l’armée.

 

 

Sources :

 

Dossier individuel consulté au S.H.D. de Vincennes.

 

La fiche matricule, les actes d’état-civil de la famille Bournier ont été lus sur le site des archives départementales des Alpes-Maritimes et du Jura.

 

Historique sommaire du 3e régiment de cuirassiers pendant la Grande Guerre 1914-1918 consulté sur le site Gallica.

 

Michel Goya, L'invention de la guerre moderne : du pantalon rouge au char d'assaut, 1871-1918, Paris, Tallandier, coll.  « Texto / le goût de l'histoire », 2014, 479 p. Page 283.

 

La photographie de la sépulture des parents du sous-lieutenant Bournier a été réalisée par M. Bailly.

 

 Un grand merci à M. Bailly, à M. Bordes, à A. Carobbi, à T. Cornet, à M. Porcher au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes et à la mairie D’Ivrey.

10 juillet 2026

Alexis Émile Advinent (1878-1915)

 

Origines et milieu familial

 

Alexis Émile Advinent est né le 21 novembre 1878 au domicile familial, chemin du Roucas Blanc à Marseille. Il est le fils de Louis Eugène Émile Advinent, trente‑six ans, capitaine au long cours, et de Marie Élisabeth Delestrade âgée de trente‑trois ans.

 

Troisième d’une fratrie de sept enfants nés entre 1873 et 1890, il grandit, une partie de ses jeunes années, dans un foyer marqué par les longues absences du père. Les campagnes maritimes de ce dernier structurent la vie domestique. Comme beaucoup de familles de l’époque, la sienne n’est pas épargnée par la mortalité infantile : les deux derniers enfants meurent en bas âge.

 

 

Louis Eugène quitte la marine entre 1882 et 1885, sans que les sources permettent d’en préciser l’année exacte. Reconnu dans le milieu maritime marseillais, il s’installe ensuite à terre et se tourne vers le journalisme. En 1900, il est rédacteur au Petit Marseillais. Ce changement d’activité a probablement transformé la vie familiale, jusque‑là organisée autour de ses longues campagnes en mer.

 

Formation et débuts professionnels

 

 

Émile Advinent suit une scolarité solide. Élève d’un niveau supérieur à la moyenne, il est admis au lycée de Marseille, où il obtient son baccalauréat.

 

Le 12 octobre 1896, il se présente au concours d’entrée de l’École supérieure de commerce de Marseille. Reçu 54e sur 65, il intègre l’établissement et s’y distingue. Les effectifs  de la promotion se réduisent fortement au fil des mois, en raison du coût élevé des études et des exigences académiques.

 

À la fin de sa scolarité, en 1898, il se classe 4e sur 37 aux examens de sortie. Il exerce ensuite la profession de commis aux écritures, comme l’indique sa fiche matricule.

 

Service militaire et périodes d’exercice 

 

 

Le 6 novembre 1898, Émile Advinent est incorporé au 141e R.I. de Marseille. Son passage sous les drapeaux est bref malgré un engagement de trois ans : le 21 septembre 1899, il est placé en disponibilité avec le grade de caporal, certificat de bonne conduite en main. Le 4 novembre, il passe dans la réserve de l’armée active.

 

Un avis du 141e R.I. du 9 avril 1900 le nomme sergent à compter du 2 avril. Conformément à la loi du 15 juillet 1889, il accomplit une nouvelle période sous l’uniforme du 26 août au 22 septembre 1901.

 

Émile Advinent effectue ensuite deux périodes d’exercice à la caserne Saint‑Charles : du 22 août au 18 septembre 1904, puis du 19 août au 15 septembre 1907. Entre ces deux séjours sous l’uniforme, il épouse, le 23 décembre 1905, Jeanne Françoise Horst, originaire d’Italie. Le couple ne semble pas avoir eu d’enfants. À ce moment de sa vie, il est professeur de comptabilité.

 

Le 4 novembre 1911, il est rattaché au 115e R.I.T., où il fait une nouvelle période d’exercice du 26 mars au 3 avril 1912.

 

À la veille de la guerre, il a accompli l’ensemble des obligations réglementaires de réserve et de territoriale. Sans être militaire de carrière, il dispose d’une formation correcte et d’une expérience réelle du service.

 

Mobilisation de 1914 et premiers mois de guerre

 

Le 2 août 1914, la mobilisation générale est proclamée. Émile Advinent rejoint le dépôt du 115e R.I.T., régiment auquel il reste administrativement rattaché, et reprend son uniforme de sergent.

 

Le début du conflit le maintient loin du front : stationnement à Nice, puis dans la région de Dijon, en réserve du G.Q.G., dans l’hypothèse d’un affrontement avec l’Italie. La neutralité italienne rend cette vigilance inutile, et les unités territoriales deviennent une réserve de main‑d’œuvre militaire.

 

Les pertes massives d’août et septembre 1914 obligent l’armée à puiser dans ces effectifs. Le 18 septembre, 800 hommes des 1er et 3e bataillons du 115e R.I.T. sont prélevés et envoyés à Langres, où se trouve une fraction du dépôt du 149e R.I. Les compagnies 25 à 28 cantonnent alors à Rolampont, en Haute‑Marne.

 

Le 27 septembre, un renfort de 500 territoriaux, dont 408 issus du 115e R.I.T., part pour Suippes afin de rejoindre le régiment actif et combler les pertes subies autour de Souain. Le sergent Advinent fait partie de ce groupe. Le numéro de sa nouvelle compagnie n’est pas connu.

 

Engagement au 149e R.I. et montée en grade

 

En octobre 1914, le 149e R.I. est engagé en Artois avant d’être envoyé en Belgique le mois suivant. Fin décembre 1914, le régiment revient en Artois et prend position dans le secteur d’Aix‑Noulette, où il restera durablement engagé.

 

Le 16 mars 1915, peu après la violente attaque allemande du 3 mars, Émile Advinent est nommé adjudant. La compagnie à laquelle il est rattaché n’est toujours pas connue.

 

Le 21 mai 1915, il est cité à l’ordre de la 85e brigade pour l’énergie et le sang‑froid dont il a fait preuve lors de l’offensive française du 9 mai.

 

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. 

 

 

Mort au combat le 29 mai 1915

 

Le 22 mai 1915, l’adjudant Advinent est promu sous‑lieutenant à titre temporaire par décision du général commandant le 21e C.A. Il commande alors une section de la 4e compagnie. Émile Advinent ne portera ses nouveaux galons que quelques jours.

 

Le 29 mai, toujours dans le secteur d’Aix‑Noulette, il est tué à la tête de sa section qu’il mène à l’assaut au petit jour. Il avait trente‑six ans. Une nouvelle citation, cette fois à l’ordre de l’armée, lui est décernée à titre posthume.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer sur l’image suivante. 

 

 

Le sous-lieutenant Advinent est d’abord inhumé dans le cimetière communal de Sains‑en‑Gohelle.

 

Le lieutenant‑colonel Gothié, commandant le 149e R.I., évalue son officier dans une note datée 10 juin 1915 :

 

« Ancien sous‑officier de territoriale énergique et dévoué, promu successivement adjudant puis sous‑lieutenant sur le champ de bataille. Tué glorieusement au combat le 29 mai devant Notre‑Dame‑de‑Lorette. »

 

Un article du Petit Marseillais du 21 juin 1921 évoque une cérémonie religieuse célébrée dans la crypte de l’église Saint‑Vincent‑de‑Paul ; plusieurs cercueils de soldats marseillais rapatriés du front y sont exposés. Parmi eux figure celui du sous‑lieutenant Advinent. L’article mentionne également une lettre émouvante qu’il avait adressée à sa famille quelques jours avant sa mort.

 

 

Il existe aujourd’hui une sépulture familiale Advinent, laissée à l’abandon. Tout porte à croire que le corps du sous‑lieutenant y repose désormais, après son transfert depuis Sains‑en‑Gohelle.

 

Son nom est inscrit sur une plaque commémorative de l’église Sainte‑Fortuné de Montolivet, dans le 12e arrondissement de Marseille, ainsi que sur l’anneau de mémoire du Mémorial international de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

 

Décorations obtenues

 

Croix de guerre avec une palme et une étoile de bronze.

 

Citation à l’ordre de la 85e brigade n° 7 en date du 21 mai 1915 :

 

« A fait preuve d’une énergie, d’un sang-froid, au-dessus de tout éloge dans l’attaque des pentes de Notre-Dame-de-Lorette le 9 mai 1915. »

 

Citation à l’ordre de la 10e armée en date du 20 juin 1915 :

 

« Le 29 mai, à Lorette, a fait preuve d’un grand courage en entraînant sa section dans une attaque au petit jour contre les tranchées allemandes, tué en tête de ses hommes. »

 

Le sous-lieutenant Advient a été fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume (J.O. du 26 décembre 1919)

 

Le nom de cet officier est inscrit sur une des plaques commémoratives de l’église Sainte-Fortuné de Montolivet, dans le 12e arrondissement de Marseille et sur l’anneau de mémoire du Mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette.

 

Sources :

 

Dossier individuel provenant du Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

La fiche matricule et les actes d’état civil concernant le sous-lieutenant Advinent et sa famille ont été consultés sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône.

 

J.M.O. du 115e R.I.T.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 797/1. 

 

Le portrait de cet officier provient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue « l’illustration ». 

 

La photographie de la sépulture de la famille Advinent est un envoi de T. Cornet.

 

Les photographies représentant l’église Sainte-Fortuné et la plaque commémorative proviennent du site Généanet.

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à T. Cornet, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales des Bouches-du-Rhône.

3 juillet 2026

Maurice Marie Antoine Joseph Crépet (1878-1915)

 

Origines et enfance

 

Maurice Crépet est né en Saône‑et‑Loire le 3 mars 1878, au domicile de ses parents, dans la petite commune de Gigny, aujourd’hui Gigny‑sur‑Saône. Le village compte alors un peu plus de neuf cents habitants selon le recensement de 1876 et conserve le caractère rural typique de la vallée de la Saône, où la vie quotidienne reste étroitement liée aux travaux agricoles.

 

 

Son père, Joseph Julien Eugène Crépet, âgé de trente‑six ans, est propriétaire rentier, appartenant à cette catégorie de notables ruraux vivant de revenus fonciers ou de placements. Sa mère, Jeanne Danguy, âgée de trente ans, n’exerce pas d’activité professionnelle, situation courante dans ce milieu social où les femmes se consacrent principalement au foyer.

 

Le couple a perdu une première fille, née en 1877. La naissance de Maurice s’inscrit donc dans un contexte familial marqué par ce deuil récent, rappelant la fragilité de la vie dans les campagnes de la fin du XIXᵉ siècle ; la mortalité infantile y demeure élevée malgré les progrès médicaux. Aucun autre enfant ne naîtra de cette union.

 

 

Le nom des Crépet figure encore au recensement de 1881, mais disparaît de celui de 1886, signe de leur départ de Gigny dans cet intervalle. 

 

La fiche matricule de Maurice Crépet mentionne ensuite l’adresse familiale au 1, rue Milton, dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, où il réside au moment de son engagement volontaire. L’année précise de leur installation dans la capitale reste inconnue.

Formation et entrée dans la carrière militaire

Maurice Crépet poursuit ses études au lycée Condorcet, qu’il quitte en 1897 après avoir obtenu deux baccalauréats : l’un ès lettres‑philosophie, l’autre ès lettres‑mathématiques. La même année, reçu au concours d’entrée de l’École spéciale militaire, il signe à Versailles, le 27 octobre 1897, un engagement volontaire de trois ans, avec le consentement de son père. Âgé de 19 ans, il rejoint la promotion « Bourbaki », où il est inscrit sous le numéro 333 sur 550 élèves.

 

Élève de première classe à partir du 25 août 1898, il termine sa scolarité le 13 août 1899, classé 425ᵉ sur 538. Le général commandant l’école souligne alors une nature équilibrée et franche, un tempérament travailleur et une vigueur qui dément son apparence physique ; ce général estime qu’il mérite d’être guidé avec bienveillance et qu’il deviendra un serviteur sûr.

 

Nommé sous‑lieutenant par décret du 9 septembre 1899, avec rang pris au 1ᵉʳ octobre, il rejoint le 152ᵉ R.I., alors en garnison à Gérardmer. Il y est successivement détaché au peloton des dispensés en 1902, puis chargé du service des signaleurs. Il fait preuve, dans ces fonctions, d’une activité régulière et d’une conscience professionnelle reconnue.

 

 

Progression dans l’armée avant 1914

 

Il complète sa formation par plusieurs stages :

 

  • au 7ᵉ escadron du train des équipages à Dôle (13 juin – 13 juillet 1905)

 

  • aux cours de l’École de tir de La Valbonne (avril 1906)

 

  • puis à l’instruction spécialisée des mitrailleuses la même année.

 

Il est cantonné à Bruyères du 1ᵉʳ avril 1906 au 1ᵉʳ avril 1907.

 

Promu lieutenant le 1ᵉʳ octobre 1901, il est affecté au 89ᵉ R.I. à Sens par décision ministérielle du 24 février 1907. En 1912, il y exerce notamment les fonctions d’officier de casernement.

 

Le 23 juin 1913, il accède au grade de capitaine et rejoint le 149ᵉ R.I., en garnison à Épinal. Le colonel Menvielle, chef de corps, lui confie immédiatement le commandement de la 2ᵉ compagnie. Son appréciation de fin d’année est particulièrement élogieuse : officier énergique, sérieux, travailleur, doté d’un sens sûr du devoir, Maurice Crépet possède déjà les dispositions d’un futur commandant de compagnie de tout premier ordre. Malgré plusieurs tentatives infructueuses pour intégrer l’École de guerre, il manifeste une volonté constante de progresser.

 

La Grande Guerre

 

Août – septembre 1914 : les premiers combats

 

Au début de la campagne, en août 1914, Maurice Crépet commande toujours la 2ᵉ compagnie du 149ᵉ R.I., au sein du 1ᵉʳ bataillon dirigé par le commandant de Sury d’Aspremont. Celui‑ci est tué dès le baptême du feu du régiment, près de Wisembach. Le capitaine Lescure lui succède, mais il tombe à son tour le 10 septembre, lors des combats autour de Suippes et Souain. Le capitaine Crépet est alors appelé à prendre temporairement le commandement du 1ᵉʳ bataillon, dans l’attente d’un nouveau commandant.

 

Le 19 septembre 1914, il se distingue particulièrement lors d’une attaque allemande menée au sud de Souain. L’énergie qu’il déploie lui vaut une citation à l’ordre de l’armée.

 

Automne 1914 : Notre‑Dame‑de‑Lorette et la Belgique

 

Après la Champagne, le 149ᵉ R.I. est envoyé dans le secteur de Notre‑Dame‑de‑Lorette. Le 1ᵉʳ bataillon, commandé par Maurice Crépet, est le seul à y demeurer jusqu’en novembre 1914, les deux autres étant dirigés vers la région d’Ypres. Lorsque le bataillon est finalement appelé en Belgique, il en conserve le commandement.

 

Hiver 1914‑1915 : retour en Artois

 

 

Au début de janvier 1915, les trois bataillons du régiment sont de nouveau transférés en Artois. Maurice Crépet cède alors le commandement du 1ᵉʳ bataillon au commandant Bichat ; il reprend la direction de sa 2ᵉ compagnie, qu’il conduit dans les opérations du secteur. Ce retour à un commandement de compagnie ne constitue pas un recul, mais un repositionnement dans une phase où l’expérience des chefs de section et de compagnie est essentielle. Il correspond surtout au niveau de responsabilité propre à son grade.

 

Le 2 février 1915, le lieutenant‑colonel Gothié résume sa valeur :

 

« Capitaine au début de la campagne, a commandé son bataillon pendant quatre mois et s’est distingué tout particulièrement à Souain… A repris le commandement de sa compagnie qu’il exerce avec beaucoup de dévouement. »

 

Printemps 1915 : combats meurtriers

 

Maurice Crépet survit à deux épisodes particulièrement éprouvants pour le régiment :

 

  • l’attaque allemande du 3 mars 1915

 

  • puis les assauts français du 9 mai, première journée de la deuxième offensive d’Artois.

 

Ces engagements confirment une fois encore sa solidité et son sang‑froid.

 

29 mai 1915 : la mort au combat

 

Le 29 mai 1915, dans le secteur d’Aix‑Noulette, il est tué en tête de sa compagnie, qu’il mène à l’attaque. Fidèle à sa manière de commander, il se trouve au premier rang lorsque le feu ennemi l’atteint mortellement. Une nouvelle citation à l’ordre de l’armée, décernée à titre posthume, reconnaît sa conduite exemplaire.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 29 mai 1915, il suffit de cliquer sur la carte suivante.

 

 

Le 10 juin 1915, le lieutenant‑colonel Gothié rend un dernier hommage :

 

« A continué à se montrer excellent commandant de compagnie… Est tombé glorieusement le 29 mai en entraînant sa compagnie dans une attaque devant Notre‑Dame‑de‑Lorette. »

 

Son corps est ramené vers l’arrière et inhumé dans une sépulture individuelle. Maurice Crépet repose aujourd’hui dans le carré militaire du cimetière communal de Sains‑en‑Gohelle, rang 6, tombe n° 28.

 

 

Son nom figure sur les monuments aux morts de Gigny, Sennecey‑le‑Grand, Épinal, ainsi que sur l’Anneau de la Mémoire du mémorial de Notre‑Dame‑de‑Lorette.

 

 

Le capitaine Crépet ne s’est jamais marié et n’a pas eu de descendance.

 

Décorations obtenues

 

Croix de guerre avec deux palmes

 

Citation à l’ordre de l’armée, ordre général n° 17 du 29 septembre 1914 :

 

« Le 19 septembre 1914, a conduit avec vigueur une attaque à la baïonnette ayant pour but de dégager le front sud d’un village presque entièrement entouré par l’ennemi ; l’a refoulé et lui a fait 80 prisonniers. »

 

Citation à l’ordre de la 10e armée n° 80, en date du 22 juin 1915 (J.O. du 15 août 1915) :

 

« Le 29 mai 1915, a fait preuve d’un grand courage en entraînant sa compagnie dans une attaque au petit jour contre les tranchées allemandes ; tué au cours du combat. »

 

Le capitaine Crépet a été fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume (J.O. du 29 décembre 1919), avec le même texte que sa seconde citation à l’ordre de l’armée.

 

Sources :

 

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

La fiche matricule et les actes d’état civil de la famille Crépet ont été recherchés et vérifiés sur les sites des archives de la ville de Paris, de la ville de Lyon et des archives départementales de la Saône-et-Loire.

 

« Lycée Concorcet : Livre d’or de la Grande Guerre 1914-1918 ». Editions Cahors, imprimerie typographique A. Coueslant. 1919.

 

« Livre d'or des Saint-Cyriens morts aux champ d’honneur ». Editions Paris Imprimerie Nationale. 1922.

 

La photographie de la sépulture du capitaine Crépet a été prise par T. Cornet.

 

 Un grand merci à M. Bordes, A. Carobbi, à T. Cornet, à M. Porcher et au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.

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149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.
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