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149e R.I., un régiment spinalien dans la Grande Guerre.

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31 juillet 2009

Présentation et remerciements

presentation

 

Ce blog est dédié : aux humbles et aux anonymes qui auraient certainement préféré continuer de pousser la charrue et cultiver leurs champs pour nourrir les leurs, aux ouvriers et aux artistes qui furent dans l'impossibilité d'achever leurs œuvres, aux savants qui gardèrent leurs inventions dans un petit coin de leur tête et qui ne purent jamais les réaliser, et à tous les autres…

 

Vue de paysans au champ

 

N‘oublions pas les mères, les épouses et les maîtresses de tous ceux engagés dans la Grande Guerre de 1914-1918. Souvent, elles durent porter le lourd fardeau des drames de la « petite histoire dans la grande histoire ». Comme dans tous les autres conflits, les femmes des combattants ont souffert de cette guerre et sont restées absentes et silencieuses dans les écrits un siècle plus tard...

 

Que de destins brisés ! 

 

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le blog du 149e R.I..  

 

Tout a débuté par une recherche généalogique pour combler les « blancs » de l'histoire familiale. Ensuite, il y a eu la découverte d'un ancêtre qui appartenait à ce régiment.

 

Son nom, Camille Foignant, est inscrit sur le monument aux morts de la ville d’Épinal à côté de celui de son frère Marcel. Le premier de mes grands-oncles, Camille, soldat au 149e R.I., a été tué en novembre 1914 sur le front belge.

 

Le second, Marcel servait dans le 407e R.I.. Il est décédé en mai 1918 à l’hôpital d’évacuation n° 18 à Couvrelles dans l’Aisne. 

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire de Camille et de la famille Foignant, vous devrez cliquer une fois sur l'image suivante pour avoir accès à la page correspondante.

 

Camille Foignant (1891-1914)

 

Après avoir consulté quelques documents, j’ai eu la chance de trouver un exemplaire de l'historique de ce régiment chez un bouquiniste. Par la suite, j’ai pu lire deux ou trois ouvrages concernant de près ou de loin l’histoire du 149e R.I.. 

 

Après mûre réflexion, je n'ai pas trouvé de meilleure idée que de créer ce blog pour raviver le souvenir des Vosgiens, des Parisiens, des Berrichons, des Jurassiens et des Ardéchois qui composaient cette unité. Ces hommes constituaient le plus gros du contingent de ce régiment, de l’aube du conflit jusqu'aux terribles pertes des combats des mois de mai et de juin 1915 du côté de Notre-Dame-de-Lorette. Par la suite, le régiment perdra de son « identité régionale ». 

 

Je tiens à remercier les nombreuses personnes qui m'ont apporté leur aide précieuse avec générosité et sans compter. Particulièrement celles qui m'ont aidé à clarifier la "reconstruction " de certains passages du parcours du 149e R.I. (elles sauront se reconnaître).

 

Je remercie également toutes les familles et tous les passionnés qui m'ont communiqué sans aucune hésitation leurs documents, leurs photos ou encore les témoignages et les lettres qui ont été écrites par les anciens du régiment. Une chaleureuse poignée de main à tous les photographes qui ont eu la gentillesse de prendre sur leur temps, et qui se sont déplacés dans les différentes nécropoles et cimetières de France et de Belgique. Grâce à leur travail, l'album photo intitulé « La Grande Nécropole » continue de s'enrichir au fil du temps. 

 

Mais avant tout, il me faut citer le Service Historique de la Défense qui se trouve à  Vincennes, sans qui ce petit travail de mémoire n’aurait jamais pu voir le jour. Il est très important de rappeler que ce dernier a eu la riche idée de rendre accessibles les journaux de marches et des opérations sur Internet. Cela donne maintenant la possibilité à tous d’accéder en quelques secondes à ces précieux documents, pour tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à cette période de l'histoire. Il faut savoir que les J.M.O. sont de véritables sésames pour comprendre les différents mouvements de troupes, les dates des combats, les périodes de repos et bien d'autres choses encore. C'est une source impressionnante d'informations. 

 

Hélas, le J.M.O. « fantôme » du 149e R.I. a disparu depuis fort longtemps. A-t'il été détruit durant la guerre ? A t'il été considéré comme « prise de guerre » lors d'une attaque allemande ? A-t'il été « emprunté » et jamais restitué après-guerre ? Cela restera, certainement encore longtemps, une énigme. Seule subsiste la période d'août 1914, ce qui reste bien « maigre » pour comprendre le parcours du régiment tout au long du conflit. Quant au J.M.O. de la  85e brigade, il reste peu généreux en détails précis.  

 

Comment utiliser au mieux ce blog ?

 

Colonne de gauche :

 

La rubrique « articles récents » offre la possibilité de découvrir les derniers textes publiés

 

De nombreux thèmes divers et variés sont regroupés sous l’étiquette « Catégories principales». À titre d’exemples, vous pouvez facilement retrouver les documents envoyés par les familles des descendants de soldats du 149e R.I.. Il y a également un chapitre intitulé « parcelles de vie » qui aborde les destins individuels des officiers, sous-officiers et hommes de troupe et bien d’autres choses encore. 

 

En dessous, vous trouverez une galerie d'images qui contient les albums-photos du régiment pour les années 1902, 1905, 1908, 1909 et 1911. Quelques portraits de soldats et d'officiers, ainsi que des cartes postales antérieures à la guerre y sont également visibles. Les sépultures de nombreux hommes du 149e R.I. peuvent se voir dans les albums qui s'intitulent « La Grande Nécropole du 149e R.I. ».

 

La chronique « Archives » se trouve juste après cette série d’albums-photos, celle-ci possède un classement chronologique des articles, lisibles par mois de parution.

 

Colonne de droite :

 

Vous pouvez consulter d’autres blogs et sites « amis » qui sont consacrés au 149e R.I., à d'autres régiments et à la Grande Guerre.

 

À la suite de cette série de liens vous pouvez directement accéder aux tableaux des pertes du régiment et au tableau récapitulatif des sépultures qui se trouvent dans l’ensemble des albums « La Grande Nécropole du 149e R.I. ».

 

La fonction « tag » est très pratique. Elle permet de rassembler l'ensemble des sujets en fonction des lieux et des années. Il suffit, par exemple de cliquer sur le lien « Artois juin 1915 » pour que vous puissiez lire tout ce qui touche à cette période dans ce secteur.

 

Colonne centrale :

 

On y trouve les articles publiés sur ce blog. Elle se nourrit, au fil des semaines, de  nouveaux textes, photos et documents qui y sont déposés régulièrement. 

 

Avec mes plus vifs remerciements aux personnes et aux associations suivantes, pour leurs aides et leurs contributions. Elles ont permis la construction de ce blog  pour que l’histoire, le souvenir et la mémoire des hommes du 149e R.I. dans la tourmente de la Grande Guerre ne sombrent pas trop vite dans l’oubli.  

 

Mesdames : M.C. Allognet,  M. Alzingre, S. Augier, N. Bauer, M. Bordes, V. Bourdon, J. Breugnot, S. Carluer, N. Cornet, D. Fargues, E. Gambart, D. Grandemange, C. Lacoste, A.M. Lalau, C. Leclair,  A. Malfoy, S. et O. Martel, A.C. Mazingue-Desailly, A. Mercenat, C. Miolane, R. Mioque, C. Paulhan, F. Tabellion, F. Thomas et M. Yassai.  

     

Le service historique de La Défense de Vincennes (S.H.D.), l'association « Bretagne 14-18 », le site « pages 14-18 » et le collectif « Artois 1914-1915 ». Les directions interdépartementales des anciens combattants de Bordeaux, de Limoges, de Metz, de Montpellier, de Strasbourg et de Rouen. L'établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (E.C.P.A.D.), les archives médicales hospitalières des armées de Limoges, google earth, les archives départementales des Vosges, les archives municipales d'Épinal, le conseil départemental de la Haute-Marne, les mairies de Belfort, de Béziers, d'Épinal et de Saint-Nabord. 

 

Messieurs : S. Agosto, F. Amélineau, J.C. Balla, J. Baptiste, F. Barbe, P. Baude, F. Besch, P. Blateyron, J.M. Bolmont, L. Bonnafou, M. Brisset, D. Browarski, A. Carobbi, P. Casanova, A. Cesarini, J.N. Chapron, J. Charraud, A. Chaupin, T. de Chomereau, M. Clément, G. Coffinet, P. Cordonnier, T. Cornet, J.N. Deprez, C. Didierjean, J.L. Gothland, J.F. Durand, R. Duruelle,  M. Embry, B. Étévé, B. Faure, M. Faure, A. Fresquet, C. Fombaron, J. Foussereau, N. Galichet, J ; Galichon, O. Gerardin, J.L. Gerber, R. Gillot, D. Gothié, D. Guénaff, G. Guéry, M. Guignard, I. Holgado, E. Huguenin, J. Huret, J.M. Karpp, G. Lalau, P. Larbiou, J.M Lassagues, J.M. Laurent, V. Le Calvez, M. Lepage, P. Lescallier, G. Leroux, P. Lochet, M. Lozano, É. Mansuy, Y. Marain, R. Menvielle, G. Monne,  R. Neff, G. Noël, A. Orrière, J.F Passarella, A. de Parseval, F. Pech, H. Perocheau,  F. Petrazoller, B. Pierre, J.F. Pierron, H. Plote, J.L. Poisot, M. Porcher, P. Pruniaux, F. Radet, R. Richard, L. Rico, J. Riotte, S. et D. Robit, F. Sayer, O. Sautot, E. Schaffner, E. Surig, C. Terrasson, T. Vallé, M. Vassal, B. Verger, A. Vigne et G. Watbled. 

 

La famille Aupetit et la famille Destour.

 

Cette liste s'agrandira au fur et à mesure des découvertes futures. 

 

Une question, une précision, des documents sur le 149e R.I. ? N’hésitez pas à me contacter à l’aide de ce lien/adresse. Pour m'envoyer un message, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

 

149e R

 

Ce blog est mis à jour toutes les semaines. Vous pouvez vous inscrire à la Newsletter afin d’être tenu au courant des publications.

 

Denis Delavois                                                                                                                                 

23 janvier 2026

Lucien Isidore Beaufils (1893-1915)

 

Lucien Isidore Beaufils est né le 5 avril 1893 à La Clavière, un lieu dit de la commune de Lavaufranche, dans la Creuse. Son père, Antoine Désiré Stanislas, âgé de 28 ans, est cultivateur. Sa mère, Marie Rousseau, n’a que 18 ans au moment de sa naissance. En 1896, la famille s’agrandit avec la naissance d’une fille, Angèle Marie Marguerite.

 

Comme beaucoup d’enfants issus du monde rural, Lucien reçoit une instruction élémentaire. Sa fiche matricule le classe au niveau 3, attestant qu’il sait lire, écrire et compter. Il ne poursuit pas d’études au delà de l’obligation scolaire et rejoint très tôt son père pour travailler à la ferme familiale.

 

En 1913, il se présente devant le conseil de révision du canton de Boussac. D’abord classé dans la 5ᵉ partie de la liste, il est finalement déclaré apte au service militaire par la commission de réforme. Depuis la loi de 1905, la durée du service est fixée à deux ans, mais la loi du 7 août 1913 la porte à trois ans. La classe de Lucien tombe sous le coup de cette réforme : il devra donc servir une année supplémentaire.

 

Convoqué à Épinal, il rejoint le 149ᵉ R.I. le 30 novembre 1913 et gagne la caserne Courcy dès le lendemain. À vingt ans, quitter la Creuse pour les Vosges représente un changement notable pour un jeune rural qui a vécu jusque là dans un environnement très local. Le service militaire l’éloigne pour la première fois de son cadre familier et l’initie à la discipline, à la vie de caserne et à un monde plus vaste que celui de son village.

 

 

Du 20 avril au 16 mai 1914, il est détaché au 62ᵉ R.A.C., dont les batteries sont alors réparties entre Remiremont, Bruyères et Épinal, afin d’y suivre un stage d’élève ordonnance d’officier monté. Lucien Beaufils accomplit très probablement cette formation à Épinal, où est caserné le 149ᵉ R.I., son régiment d’appartenance.

 

Cette formation, dispensée dans une unité de cavalerie ou d’artillerie, préparait les futurs ordonnances à leurs responsabilités : savoir monter, assurer les soins quotidiens, veiller à l’entretien et au bon état du cheval confié par l’officier.


Loin d’être secondaire, cette compétence offrait même des débouchés après le service militaire : nombre d’anciens ordonnances valorisaient ensuite leur expérience équestre pour trouver un emploi. À l’issue de son stage, le soldat Beaufils obtient la mention « bien », témoignage d’un engagement sérieux et appliqué, à la veille du conflit qui allait bouleverser toute sa génération.

 

Reste une zone d’ombre : on ignore si Lucien Beaufils devint effectivement l’ordonnance d’un officier monté du 149e R.I. à son retour à la caserne Courcy — capitaine, commandant, lieutenant-colonel ou colonel. Si tel fut le cas, son quotidien militaire aurait alors été très différent de celui de ses camarades, marqué par des responsabilités particulières et un rapport plus direct avec la hiérarchie. Il demeure tout aussi difficile de savoir s’il conserva cette fonction lors de sa mobilisation, tant les affectations purent être bouleversées par l’urgence et le chaos des premiers jours de guerre.

 

Lorsque la guerre éclate en août 1914, Lucien Beaufils sert toujours au 149ᵉ R.I. Le régiment connaît son premier engagement sérieux le 9 août, dans le secteur de Wisembach, près de la frontière. Le 21 août, il est entraîné dans les combats d’Abreschviller, au cœur de la bataille de Lorraine. L’offensive française échoue rapidement face à la résistance allemande ; les unités se replient dans la confusion, laissant de nombreux hommes tués, blessés ou capturés.

 

La fiche matricule de Lucien Beaufils indique qu’il a été blessé le 21 août 1914. Pourtant, son nom ne figure pas dans la liste des blessés conservée dans la partie subsistante du J.M.O. du régiment. On y trouve seulement un « Beaufour », unique patronyme pouvant évoquer le sien, soldat de la 5ᵉ compagnie. En l’absence de prénom ou de numéro matricule, il reste toutefois impossible de déterminer s’il s’agit réellement de lui.

 

Le nom Beaufils figure également dans la liste des disparus du 14 septembre 1914, établie pour la 10ᵉ compagnie, mais là encore sans prénom ni matricule. L’absence d’éléments d’identification rend toute correspondance incertaine. 

 

L’examen des pertes du régiment pour les journées du 9 août, puis des 25 et 26 août, ne permet pas davantage de retrouver sa trace. Ces lacunes documentaires empêchent de préciser la date de sa blessure comme son rattachement exact à une compagnie durant cette période.

 

A-t-il été évacué vers l’arrière ou non ? A-t-il regagné son unité aussitôt après avoir été soigné au poste de secours, ou a-t-il bénéficié d’une période de convalescence, suivie d’un passage au dépôt, avant de rejoindre de nouveau le 149ᵉ R.I. ? Si tel est le cas, à quelle date ? Aucun document ne permet de le préciser. La seule certitude est qu’il sert à la 5ᵉ compagnie lorsqu’il est tué en mai 1915.

 

Le 9 mai 1915 s’ouvre la deuxième offensive d’Artois, vaste opération destinée à percer le front allemand. Malgré l’engagement de plusieurs divisions, l’ennemi résiste. Les attaques françaises, extrêmement coûteuses, n’obtiennent que des gains minimes.

 

La 5ᵉ compagnie, d’abord maintenue en réserve avec le reste du 2ᵉ bataillon du 149e R.I., est appelée en renfort pour soutenir le 1ᵉʳ bataillon ; celui-ci a été très éprouvé par les combats du 9 mai et par une attaque allemande survenue dans la nuit du 9 au 10.

 

Le 10, engagée en première ligne, la compagnie subit dans l’après midi une violente contre attaque. C’est au cours de cette journée particulièrement meurtrière que Lucien Beaufils est tué. Sa compagnie perd alors 11 hommes et compte 37 blessés.

 

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant la journée du 10 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Deux témoins requis par l’autorité militaire déclarent l’avoir vu tomber au combat. Leurs dépositions sont consignées par l’officier d’état civil du régiment, le capitaine Paul Toussaint ; elles permettent l’établissement de l’acte de décès, enregistré à Lavaufranche le 27 juin 1915.

 

 

Aucune sépulture n’a pu être identifiée pour ce jeune soldat, qui n’était ni marié ni père. Lucien Beaufils reçoit la Médaille militaire à titre posthume, distinction publiée au Journal officiel du 27 juin 1920 :

 

« Excellent soldat, a été tué glorieusement le 10 mai 1915 à Aix Noulette. Une blessure antérieure. »

 

Cette décoration lui ouvre également droit à la croix de guerre, assortie d’une étoile d’argent.

 

Son nom est gravé sur le monument aux morts de Lavaufranche, sur la plaque commémorative de l’église Saint Martin de Tours à Soumans, ainsi que sur l’anneau de mémoire du mémorial international de Notre Dame de Lorette.

 

Pour consulter la généalogie de la famille Beaufils il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Sources :

 

La Fiche matricule du soldat Beaufils, les actes d’état civil de sa famille et le registre de recensement de la commune de Lavaufranche de l’année 1906 ont été consultés sur le site des archives départementales de la Creuse.

 

Son portrait et les photographies représentant le monument aux morts de la commune de Lavaufranche et de la plaque commémorative de l’église Saint Martin de Tours de Soumans, proviennent du site « MémorialGenWeb ».

 

J.M.O. du 149e R.I. : Ref 26 N 696/8.

 

« La France militaire », n° du 7 juin 1902.

 

 « La France militaire », n° du 21 novembre 1913.

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à T. Vallé, aux archives départementales de la Creuse, au service historique de la défense de Vincennes.

16 janvier 2026

10 mai 1915 - le ciel du pauvre biffin n’est jamais bleu (2e partie)

 

Dans la soirée du 9 mai, à 22 h 45, les ordres tombent : les 13e et 43e D.I. devront relancer l’offensive en direction de Souchez. Sur le front d’Angres, tenu par le 158e et le 149e R.I., le premier devra maintenir ses positions, tandis que le second se préparera à repartir à l’attaque.

 

L’aube du 10 mai s’annonce donc lourde pour les bataillons du lieutenant-colonel Gothié. Déjà très éprouvées la veille et privées d’une grande partie de leurs cadres, les compagnies doivent pourtant se tenir prêtes à reprendre leur marche en avant.

 

Les 1ère et 6e compagnies du 31e B.C.P. gagnent la première ligne afin de renforcer deux compagnies du 1er bataillon du 149e R.I. Plus au nord, la 4e compagnie du 17e B.C.P. prend position dans la parallèle menant à la sape T0.

 

En arrière, le 2e bataillon du capitaine Prétet reste en réserve ; il occupe la ligne haie G, le chemin des Vaches et le bois 5. Les 1er et 3e bataillons sont commandés respectivement par le commandant Bichat et le capitaine Gérardin,

 

 

Le 1er bataillon est déployé sur l’ancienne 1ère ligne allemande entre le point V et T1, deux compagnies en 1ère ligne, 2 compagnies en 2e ligne (parallèle nord). T1 est encore occupé par les allemands. Au cours de l’attaque, le bataillon devra pivoter sur sa gauche. Il sera appuyé par le 31e B.C.P. qui vient d’être mis à sa disposition.

 

Le 3e bataillon est placé entre la sape T1 exclus et la sape T3. Deux compagnies en 1ère ligne, deux compagnies en 2e ligne.

 

Est attendu l’ordre qui donnera l’heure de s’élancer.

 

L’assaut allemand au petit matin

 

La situation sur le terrain compromet rapidement la préparation de l’attaque française. Vers 3 h 30, les deux compagnies du 149e R.I., privées de tous leurs officiers depuis la veille, abandonnent momentanément la tranchée, désormais laissée sous le seul contrôle des chasseurs. Ce mouvement contraint les 1re et 6e compagnies du 31e B.C.P. à se réorganiser.

 

À 4 h 25, un bombardement de grande intensité s’abat sur les positions françaises. Les 1er et 3e bataillons du 149e R.I. et les chasseurs sont attaqués très violemment, pris sous des tirs venant de tous les boyaux du plateau : bombes asphyxiantes, grenades, mitrailleuse face à la sape T1.

 

Les officiers du 31e B.C.P. parviennent à maintenir l’ordre et à contenir un début de panique. Le moment de faiblesse apparu devant la sape T1 est rapidement jugulé par les sections de soutien.

 

Vers 5 h 00, l’attaque est définitivement repoussée. Malgré les pertes, la ligne a tenu. Au lever du jour, les éléments du 149e R.I. reprennent leur place, à gauche des chasseurs.

 

Le terrain, bouleversé, rend toute réorganisation difficile. Une compagnie du 143e R.I.T. est envoyée en renfort au bois 6.

 

Tenir coûte que coûte

 

À 5 h 25, un ordre impératif circule : tenir le point V, tenir le secteur autour de la sape T1, équiper les hommes de masques protecteurs. Le 31e B.C.P. garde le point V ; le 1er bataillon du 149e R.I. doit reprendre la sape T1 ; le 3e bataillon établit des barrages entre T1 et T2 renforcée par un fortin en avant de la tranchée de première ligne.

 

 

Les canons de 58, avancés dans la nuit, n’ont pu être mis en batterie, faute d’abris pour les munitions.

 

Relancer l’offensive

 

À 10 h 00, un nouvel ordre téléphonique tombe : il faut reprendre l’ascension vers Notre-Dame-de-Lorette et, si possible, descendre dans le fonds de Buval, avec un positionnement du 149e R.I. à gauche et du 31e B.C.P. à droite. Mais la préparation d’artillerie est insuffisante. À peine les hommes quittent-ils l’ancienne ligne allemande qu’ils sont fauchés par les tirs ennemis. L’assaut est impossible. Deux compagnies du 1er B.C.P. sont misent à la disposition du 1er bataillon du 149e R.I. très éprouvé.

 

 

La contre-attaque allemande

 

Vers 14 h 30, l’artillerie allemande reprend son feu. Une contre-attaque se déclenche sur tout le front. Les tranchées et les boyaux sont encombrés de blessés, mais la première ligne tient, soutenue par l’artillerie française. L’offensive prévue pour l’après-midi est abandonnée.

 

L’ancienne tranchée allemande reste tenue entre le point V et la sape T3, sauf devant T1, où l’ennemi se maintient. Sur la droite, la 13e D.I. ne progresse pas.

 

Le 149e R.I. est exsangue : le 1er bataillon ne compte plus que trois officiers et un aspirant valides. Tous ses adjudants ont été tués ou blessés.

 

Les hommes subissent un bombardement intense et un barrage d’artillerie qui empêchent tout mouvement.

 

Une situation critique

 

À 17 h 00, le capitaine Prétet apprend que le 17e R.I. et le 21e B.C.P. de la 13e D.I. ont échoué sur le plateau de Lorette et se sont repliés, laissant le flanc droit du 1er bataillon du 149e R.I. découvert. Il envoie aussitôt une compagnie du 1er B.C.P. pour combler la brèche.

 

Entre 14 h 00 et 19 h 00, trois mitrailleuses ennemies récupérées dans les tranchées conquises sont évacuées. Le bombardement allemand ne cesse pas.

 

La nuit, enfin

 

À 19 h 00, l’ordre de stationnement est donné. Les troupes du sous-secteur de Noulette restent en place et profitent de l’obscurité pour réorganiser les unités. Les compagnies les plus éprouvées sont relevées par celles du 1er B.C.P..

 

Le bataillon de deuxième ligne se regroupe dans les abris des bois 5, 6, 7 et de la haie G.

 

Durant la nuit, les tranchées conquises sont consolidées avec l’aide du Génie.

 

Le 3e bataillon organise solidement la sape T3, tandis que le 1er bataillon refoule l’ennemi de la sape T1.

 

Les ravitaillements se font comme la veille, dans des conditions difficiles mais maîtrisées.

 

Les compagnies du 149ᵉ R.I. ont, une fois encore, été sévèrement éprouvées : aux pertes de la veille se sont ajoutées celles du jour. Le capitaine Cochain, ainsi que les sous‑lieutenants Daufresne de la Chevalerie et Antonelli, comptent parmi les officiers blessés.

 

Au terme de ces deux journées, les pertes en cadres apparaissent particulièrement lourdes.

 

 

Le bilan humain est important : 65 morts, 165 blessés et 6 disparus. Les 1er et 3e bataillons du 149e R.I. attendent l’ordre d’être relevés.

 

 

                                               Tableau des tués pour la journée du 10 mai 1915

 

 

                                 Tableau des blessés et des disparus pour la journée du 10 mai 1915

 

 

       Tableau des blessés du 9 mai 1915 décédés dans les ambulances et dans les hôpitaux le 10 mai 1915

 

 

Après le chaos des combats

 

La date du 10 mai 1915 s’inscrit dans la continuité tragique de la veille : une journée où le régiment, déjà éprouvé, se heurte de nouveau à une violence extrême. Les tableaux qui suivent ne cherchent pas à raconter l’événement, mais à en mesurer l’empreinte brute. Ils rassemblent, pour ces seules vingt-quatre heures, les pertes enregistrées par les compagnies engagées.

 

Le premier tableau réunit les morts de la journée. Derrière ces colonnes alignées sobrement se devine l’ampleur du choc subi par le régiment au cours des deux attaques allemandes : une succession de vies interrompues en un laps de temps dérisoire.

 

 

Le second tableau recense les blessés. Il traduit, mieux qu’un récit, la pression continue qui s’est abattue sur les hommes.

 

 

Le troisième tableau rassemble l’ensemble des pertes — tués, blessés et disparus. Il offre une vision globale du coût de cette journée pour le régiment.

 

 

Certaines unités ont été relativement préservées : la compagnie hors rang, les compagnies de mitrailleuses et deux compagnies du 2ᵉ bataillon, maintenues en réserve, n’ont subi que des pertes limitées. À l’inverse, les 3ᵉ, 4ᵉ et 5ᵉ compagnies ont été les plus durement touchées.

 

L’effectif théorique d’une compagnie d’infanterie est fixé à 180 hommes, mais les réalités du front réduisent souvent ce nombre : évacuations, non‑remplacements et services à l’arrière diminuent les rangs.

 

Le dernier tableau réunit les pertes enregistrées par le 149ᵉ R.I. au cours des 9 et 10 mai 1915 ; ces deux journées englobent l’ensemble des phases offensive et défensive dans lesquelles le régiment a été engagé.

 

 

Cette synthèse permet de replacer les pertes du 10 mai dans une dynamique plus large : celle d’un régiment déjà fortement sollicité la veille et qui, malgré l’usure des effectifs, a dû maintenir la pression sur la ligne ennemie.

 

L’analyse de ces deux journées montre clairement que le 1ᵉʳ bataillon a été le plus durement touché. Engagé dès les premières heures de l’attaque du 9 mai, il a subi de plein fouet les tirs d’artillerie et de mitrailleuses qui ont balayé les vagues d’assaut successives. Les pertes accumulées au cours de la première journée ont considérablement réduit sa capacité de manœuvre, mais le bataillon a néanmoins été maintenu en ligne, ce qui explique l’ampleur des pertes constatées le 10 mai.

 

Au sein du bataillon, les 1ʳᵉ et 3ᵉ compagnies sont les unités les plus éprouvées. Placées en tête de dispositif, sur un terrain défavorable et sans couverture suffisante, elles ont été exposées à un feu particulièrement dense. Les chiffres en témoignent : ces deux compagnies concentrent une part disproportionnée des tués et des blessés. En quarante-huit heures, la 3ᵉ compagnie a perdu 58 % de son effectif, et la 1ʳᵉ 50 %.

 

Le 3ᵉ bataillon, engagé lui aussi dans l’attaque du 9 mai, a subi des pertes importantes, quoique moindres que celles du 1ᵉʳ bataillon. Sa participation à l’assaut, puis son maintien en position sous un bombardement continu, expliquent le nombre élevé de blessés dans ses rangs. Là encore, les compagnies placées en première ligne ont été les plus touchées.

 

À l’inverse, le 2ᵉ bataillon, tenu en réserve et représenté en vert dans les tableaux, a été relativement épargné. Son rôle de soutien, sans engagement direct dans l’assaut initial, explique la faiblesse de ses pertes. Seules les 5ᵉ et 8ᵉ compagnies furent mises en action au cours de la journée du 10, sans qu’il soit possible d’établir si leur engagement fut total ou seulement partiel. De même, la compagnie hors rang et les compagnies de mitrailleuses, moins exposées aux tirs directs, n’ont enregistré que des pertes limitées.

 

Pris dans leur ensemble, les chiffres des 9 et 10 mai 1915 donnent la mesure de l’effort demandé au régiment et de la violence des combats. Cette période, bien que moins connue que le 22 août 1914 ou le 25 septembre, fut l’un des jours les plus sanglants pour l’armée française au cours du conflit.

 

Sources :

 

Les archives du S.H.D. ont été consultées.

 

J.M.O. de la 85e brigade, réf : 26 N 520/10.

 

J.M.O. du 31e B.C.P., réf : 26 N 826/25.

 

J.M.O. du 17e B.C.P., réf : 26 N 821/20.

 

Historique du régiment « 149e Régiment d’infanterie » Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

 

La photographie de la haie G (réalisée en avril 1915) fait partie du fonds du capitaine Gérard.

 

La photographie titrée « du côté du bois 8 » a été réalisée par P. Lamie.

 

La carte représentant le point V est extraite du livre du capitaine J. Joubert « Les combats de Lorette ».

 

Le portrait du lieutenant-colonel Gothié provient du fonds Gothié, appartenant à D. Gothié.

 

Les portraits du commandant Bichat et du capitaine Gérardin proviennent, pour le premier, de son dossier individuel conservé au S.H.D. de Vincennes, et pour le second, du Tableau d’honneur de la guerre 14‑18 publié par la revue L’Illustration.

 

Pour en savoir plus :

 

 « Les combats de Lorette » du Capitaine J. Joubert. Éditions Payot. Paris, 1939.

 

« Lorette. Une bataille de 12 mois » d’Henri René. Éditions Perrin et Cie. Paris, 1919.

 

Un très grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à T. Cornet, à P. Lamie, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et à l’association et au « Collectif Artois 1914-1915 ».

9 janvier 2026

Henri Jules Grenier (1893-1918)

 

Henri Jules Grenier est né le 3 mai 1893 à Grosset, hameau rattaché à la commune de Domsure, dans l’Ain. Son père, Eugène François, âgé de trente-deux ans, et sa mère, Marie Julie Césarine Frachet, vingt-quatre ans, sont cultivateurs. Deux ans plus tard, le 18 juin 1895, naît leur fille, Marie Alexandrine.

 

La fiche matricule de Jules Grenier indique un degré d’instruction de niveau 3 : il sait lire, écrire et compter correctement lorsqu’il quitte l’école pour travailler auprès de ses parents. En 1911, la famille réside à Saint-Amour, village voisin de Domsure situé dans le Jura. Elle y exploite la Grange Masson pour le compte du fermier Grand.

 

 

Appelé avec la classe 1913, Jules Grenier est reconnu apte au service militaire par le conseil de révision de Saint-Amour. Le 26 novembre 1913, il rejoint la 1ʳᵉ compagnie du 149ᵉ R.I., en garnison à Épinal.

 

Au déclenchement du conflit contre l’Allemagne, en août 1914, Jules Grenier, resté simple soldat, sert toujours sous les drapeaux. Il prend part, selon toute vraisemblance, aux opérations de sa compagnie depuis les premières semaines de campagne jusqu’au jour où il est grièvement blessé. Son nom n’apparaît dans aucune des longues listes de blessés publiées pour le 149ᵉ R.I., entre le baptême du feu du régiment au Renclos des Vaches, près de Wisembach, et sa blessure en Artois. Sans ces listes, il serait impossible de retracer avec certitude le parcours individuel des combattants. Les fiches matricules ne livrent en effet qu’un nombre limité d’informations.

 

Le 9 mai 1915 s’ouvre la deuxième offensive d’Artois, une opération de grande envergure, mobilisant plusieurs divisions. La compagnie du soldat Grenier, commandée par le capitaine Prunier, prend part aux assauts menés par les 1er et 3e bataillons du régiment.

 

Les affrontements sont d’une extrême violence. Touché à la tête par un éclat d’obus, Jules Grenier perd définitivement l’usage de la vue et doit quitter la zone des combats pour toujours.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 9 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Évacué dans un premier temps vers l’ambulance n° 3/21 installée à Sains-les-Mines, Jules Grenier est ensuite dirigé vers l’arrière, où il est pris en charge par des médecins dans un établissement hospitalier qui n’a pas pu être identifié. Le détail de son parcours médical reste également inconnu : sa fiche matricule ne fournit aucune précision, si ce n’est la mention de sa présentation devant la 5ᵉ commission de réforme de la Seine.

 

Le 25 septembre 1915, cette commission conclut à une « cécité complète » et propose l’admission de Jules Grenier à une pension de retraite de 1ʳᵉ classe. Cette décision est entérinée par décret ministériel du 25 mars 1916. Le même jour, il est rayé des contrôles militaires et se retire à Saint-Amour.

 

Comme de nombreux soldats devenus aveugles durant la Grande Guerre, il bénéficie des dispositifs de rééducation destinés à faciliter la réinsertion des mutilés. Ces formations, dispensées dans des écoles spécialisées ou des ateliers, orientaient les blessés vers des métiers fondés sur le travail tactile, tels que la vannerie, le cannage de chaises ou la fabrication de brosses. C’est ainsi que Jules Grenier apprend puis exerce la fabrication de brosses, une activité alors largement proposée aux aveugles de guerre, cela leur permettait de retrouver une autonomie économique et une place dans la société.

 

Le 16 avril 1916, il épouse Marie Julie Rosalie Bourgeois. Deux ans plus tard, le 24 février 1918, leur foyer s’agrandit avec la naissance d’une fille, prénommée Hélène Henriette.

 

La vie de Jules Grenier s’achève prématurément le 6 novembre 1918, dans son domicile de la rue de Bresse à Saint-Amour, quelques jours seulement avant l’armistice.

 

 Le lieu de sa sépulture n’a pas été retrouvé.

 

Sa veuve se remarie le 28 décembre 1921 à Oyonnax avec Gustave Félix Pochet.

 

 

Décorations obtenues :

 

Le soldat Grenier a été décoré de la Médaille militaire, avec effet au 20 octobre 1916 (Journal officiel du 28 novembre 1916).

 

« Excellent soldat, très dévoué et plein d’entrain ; a fait preuve d’un courage exemplaire lors de l’attaque du 9 mai 1915, au cours de laquelle il a été grièvement blessé. Cécité complète. »

 

Cette distinction lui confère également le droit au port de la Croix de guerre avec palme.

 

Son nom a été inscrit sur le monument aux morts de la commune de Saint-Amour.

 

Pour consulter la généalogie de la famille Grenier il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Sources :

 

La Fiche matricule du soldat Grenier, les actes d’état civil de sa famille et les registre de recensement des communes de Domsure et de Saint-Amour ont été consultés sur le site des archives départementales de l’Ain et du Jura.

 

Son portrait provient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue « l'illustration ».

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à T. Vallé, aux archives départementales de l’Ain et du Jura, au service historique de la défense de Vincennes et aux archives médicales hospitalières des armées de Limoges.

2 janvier 2026

Fernand Lévy (1887-1930)

 

Fernand Lévy est né le 4 décembre 1887 à Rougemont-le-Château, dans la demeure de son grand-père paternel. Son père, Silvin, négociant en tissu, a alors trente-cinq ans ; sa mère, Mélanie Brunschwing, en a vingt-sept.

 

 

Troisième enfant d’une fratrie de dix, Fernand Lévy grandit dans un foyer où la joie des naissances côtoie la douleur des deuils précoces : quatre de ses frères et sœurs ne survivent pas à leur premier mois.

 

 

Il est doté d’un degré d’instruction classé de niveau 3, garantissant une bonne maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul. Fernand Levy exerce le métier de négociant, comme son père, avec lequel il travaille en 1906.

 

Lorsque vient le temps des obligations militaires, le jeune Lévy, inscrit sur la liste de recrutement de la classe 1908, se présente devant le conseil de révision de Rougemont‑le‑Château. Après l’examen réglementaire, il est déclaré apte au service, aptitude qui lui ouvre la voie à son entrée dans l’armée.

 

Le 8 octobre 1908, il rejoint une compagnie du 4ᵉ bataillon du 152ᵉ régiment d’infanterie, installé en garnison à Belfort. Dans ce cadre militaire exigeant, son sérieux et son application attirent rapidement l’attention de ses supérieurs. Il est admis à la formation des élèves caporaux et obtient ce grade le 25 septembre 1909.

 

Libéré le 25 septembre 1910 avec un certificat de bonne conduite validé, Fernand Lévy s’installe à Épinal, au 34 rue Rualménil. Ce changement de domicile entraîne son rattachement administratif à la subdivision militaire d’Épinal, où il est inscrit sous le matricule 245 en mars 1911. Il est désormais affecté au 149e R.I..

 

Il effectue ensuite une période d’exercice à la caserne Courcy du 1ᵉʳ au 23 octobre 1912.

 

Lorsque la mobilisation générale est décrétée le 1ᵉʳ août 1914, Fernand Lévy rejoint immédiatement le dépôt du 149ᵉ R.I. à Épinal. Le premier échelon du régiment — composé des soldats d’active — a déjà quitté la ville pour se porter vers la frontière. Le 2ᵉ échelon, formé principalement de réservistes rappelés, quitte à son tour la caserne Courcy le 4 août 1914 pour rejoindre le régiment en zone d’opérations.

 

Les documents disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude si le caporal Lévy a été intégré au 2ᵉ échelon ou s’il a rejoint un renfort ultérieur. Toutefois, compte tenu de son grade, de son expérience militaire et du besoin urgent d’encadrement dans les unités engagées, il est très probable qu’il ait quitté Épinal avec ce détachement ou dans les jours qui ont suivi. Le rythme des départs et l’organisation des renforts durant les premières semaines de la guerre renforcent l’hypothèse de son intégration rapide à l’un des détachements envoyés vers le front ; il fallait compléter les unités combattantes.

 

Même si la date exacte de son arrivée en ligne demeure inconnue, tout porte à croire qu’il a rejoint le régiment combattant bien avant le printemps 1915. En effet, un élément important vient appuyer cette conclusion : son nom n’apparaît dans aucune des longues listes de blessés du régiment pour la période allant du 9 août 1914 — date du baptême du feu du 149ᵉ R.I. — jusqu’au jour de sa propre blessure.

 

Le 9 mai 1915, lors de la première offensive d’Artois, le caporal Lévy, de la 11e compagnie, sous les ordres du lieutenant Wichard, participe aux attaques menées par le régiment. Les combats sont d’une extrême violence. Un éclat d’obus le frappe à la tête et le rend définitivement aveugle. Cette blessure met fin à sa carrière militaire et bouleverse profondément le cours de sa vie.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 9 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Quelques mois plus tard, le 25 août 1915, la commission de réforme du Val-de-Grâce propose son admission à la pension de retraite pour perte totale de la vue. Le décret du 22 mai 1916 lui accorde une pension annuelle de 1170 francs, notifiée le 16 juin. Le caporal Lévy est officiellement rayé des contrôles le 17 juin 1916.

 

Le 30 mars 1920, Fernand Lévy épouse Adeline Bollet à Sains-en-Gohelle, dans le Pas-de-Calais. Leur fille naît en février 1921. Reste une question sans réponse : leur rencontre remonte-t-elle à 1915, à l’époque où le 149ᵉ R.I. combattait dans la région ?

 

Déjà réformé définitif n°1, il est de nouveau examiné le 7 juillet 1922 par la commission de réforme de Boulogne‑sur‑Mer. Son état est alors alarmant : cécité complète, séquelles de l’éclat d’obus, énucléation de l’œil droit, bronchite chronique avec emphysème, difficultés respiratoires, intoxication par gaz, troubles digestifs sévères, état général très affaibli. Il obtient une pension temporaire à 100 %, majorée d’une surpension de 5ᵉ degré ; il bénéficie aussi de l’article 10 de la loi Lugol du 31 mars 1919.

 

Le 5 avril 1924, une nouvelle expertise confirme la gravité de son état : cécité totale, poumons encombrés, santé générale médiocre, douleurs intestinales persistantes. Il est à nouveau proposé pour une pension temporaire à 100 %, cette fois avec une surpension de 6ᵉ degré.

 

Fernand Lévy s’éteint le 8 février 1930, à seulement 43 ans, à Sains‑en‑Gohelle. Il repose dans le cimetière de cette commune.

 

Décorations obtenues :

 

Le caporal Lévy a été cité à l’ordre général n° 1712 D du 1ᵉʳ octobre 1915, citation accompagnée de la Médaille militaire :

 

« Grièvement blessé d’un éclat d’obus en se portant courageusement à l’attaque des positions allemandes le 9 mai 1915. A perdu les deux yeux. »

 

Cette distinction lui donne également droit au port de la croix de guerre avec palme.

Sources :

 

La Fiche matricule du caporal Lévy et les actes d’état civil de la famille Lévy ont été consultés sur le site des archives départementales de Belfort.

 

L’acte de mariage et l’acte de décès de Fernand Lévy, sur le site des archives départementales du Pas-de-Calais.

 

Son portrait provient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue « l'illustration ».

 

Une partie de la généalogie de la famille Lévy est extraite du site « Généanet ».

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à T.Vallé, aux archives départementales de Belfort, au service historique de la défense de Vincennes et aux archives médicales hospitalières des armées de Limoges.

26 décembre 2025

Louis Adolphe François Moreau (1888-1922)

 

Louis Adolphe François Moreau est né le 26 juin 1888 au domicile familial, situé 1 rue Pêcherie à Romans ; cette ville est située dans la Drôme et se nomme aujourd’hui Romans-sur-Isère.

 

 

Son père, Georges Marie Anne, médecin-major de deuxième classe au 75e R.I., a trente-trois ans. Sa mère, Nathalie Maurice Baret, âgée de vingt et un ans, se consacre au foyer. Louis est le second d’une fratrie de cinq garçons, dont l’aîné décéda un mois après sa naissance.

 

 

Bachelier en philosophie et en mathématiques, il poursuit des études de droit jusqu’à la licence. En 1909, Louis Moreau comparaît devant le conseil de révision : inscrit dans la 5ᵉ partie de la liste, il obtient un délai afin d’achever son cursus. L’année suivante, il est jugé « apte au service auxiliaire » en raison d’un développement musculaire insuffisant.  

 

Arrivé au 35ᵉ R.I. de Belfort le 2 octobre 1910, son état de santé semble avoir évolué depuis son dernier passage devant le conseil de révision, ou peut-être sollicite-t-il une nouvelle visite médicale pour accéder au service actif.

 

Le 22 octobre, la commission de réforme de Belfort le classe « service armé », décision confirmée le 26 octobre par le commandant de la subdivision. Dès lors, il rejoint ses camarades du régiment et suit l’instruction. Ses aptitudes lui valent d’être promu soldat de 1ʳᵉ classe le 6 février 1911.

 

Grâce à son niveau d’études, il intègre le peloton des élèves caporaux et obtient ce grade le 8 avril 1911. Ses qualités lui permettent ensuite de devenir sergent en septembre, puis élève officier de réserve. Classé 15ᵉ sur 55 à la fin de sa formation, il est nommé sous-lieutenant par décret présidentiel du 26 mars 1912 et affecté au 149ᵉ R.I..

 

À l’issue de ses obligations militaires, le colonel Menvielle loue « son excellente éducation, sa robustesse et son intelligence », le jugeant apte à faire campagne. Le sous-lieutenant Moreau est renvoyé dans ses foyers le 26 septembre 1912, au terme d’un parcours militaire reconnu par ses supérieurs.

 

Mobilisation et front

 

Rappelé à l’activité lors de la mobilisation générale, Louis Moreau rejoint le dépôt du 149ᵉ R.I. le 2 août 1914. Il y reste plusieurs semaines avant d’intégrer, en octobre, le centre d’instruction des mitrailleurs de La Valbonne. Le 28, il est reconnu apte à commander une section de mitrailleuses.

 

De retour au dépôt, il repart le 2 décembre à la tête d’un détachement de renfort : un adjudant, treize sergents et 361 hommes de troupe. Ensemble, ils rejoignent le régiment engagé en Belgique.

 

Le 7 décembre 1914, Louis Moreau arrive sur le front et reçoit aussitôt la responsabilité des sections de mitrailleuses. À la fin de l’année, le 149ᵉ R.I. prend position dans le secteur d’Aix-Noulette, en Artois.

 

Le 14 février 1915, le lieutenant-colonel Gothié souligne l’engagement de Louis Moreau : « Dirige l’instruction des trois sections de mitrailleuses du régiment avec un zèle inlassable. Vigoureux, actif, énergique, n’hésite pas à s’exposer dans les tranchées pour soutenir son personnel surmené. »

 

Quelques jours plus tard, le 17 février, le sous-lieutenant Moreau prend le commandement de la compagnie de mitrailleuses nouvellement créée. Le 25, il en devient l’adjoint du capitaine Gérardin. Le 3 mars, il survit à une violente attaque allemande. Son destin bascule bientôt, lors de la première offensive d’Artois.

 

Blessure et parcours médical approfondi

 

Le 9 mai 1915, Louis Moreau est engagé en première ligne avec une des sections de mitrailleuses. Une balle de shrapnel le frappe au thorax. La blessure est grave : le projectile a touché la colonne vertébrale et provoqué une paraplégie. Cette atteinte inaugure pour lui un interminable parcours de soins et d’hospitalisations.

 

Pour en apprendre davantage sur la journée du 9 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Le sous-lieutenant Moreau est dans un premier temps soigné à l’ambulance 3/21 de Sains-les-Mines, avant d’être évacué vers l’arrière. Le 12 mai, il entre à l’hôpital mixte de Béthume.

 

À partir du 28 mai 1915, sa prise en charge se poursuit à l’hôpital russe auxiliaire n° 306, installé dans l’hôtel parisien Carlton. C’est ici qu’il est promu au grade de lieutenant à titre définitif par décret présidentiel du 31 mars 1916 pour prendre rang à dater du 1er avril (J.O. du 3 avril 1916)

 

Après une longue hospitalisation, il en sort le 1er août 1916 et rejoint aussitôt le Val-de-Grâce, d’où il est libéré le 31 octobre 1916.

 

Louis Moreau poursuit ensuite ses soins à l’hôpital russe auxiliaire de l’avenue des Champs-Élysées, jusqu’au 25 juillet 1917. Le lendemain, le patient est transféré à l’hôpital auxiliaire n° 38 de Chambly (Oise). Le 16 octobre, l’officier entre à l’hôpital complémentaire n° 83 à Paris, qu’il quitte le 1er février 1918, avant d’être admis à l’Institution nationale des Invalides.

 

Le 30 mars 1918, le lieutenant Moreau est admis à l’hôpital V.R. n° 77 de La Garenne-des-Metz, annexe de l’hôpital de Versailles. Après un bref passage à l’hôpital militaire Dominique-Lavry (11–12 juillet), il regagne La Garenne-des-Metz. Le 13 décembre, il entre à la Salpêtrière, puis est transféré le 21 décembre à l’hôpital n° 117, où il demeure jusqu’au 16 avril 1919.

 

Le lieutenant Moreau revient ensuite à La Garenne-des-Metz (16 avril–13 août 1919), avant d’être pris en charge à l’hôpital complémentaire parisien n° 34 (du 14 au 27 août). À partir de cette date, il est une dernière fois hospitalisé à La Garenne-des-Metz.

 

Enfin, le 16 mai 1920, Louis Moreau est de nouveau accueilli à l’Institution nationale des Invalides, boulevard des Invalides à Paris. Ce retour constitue l’ultime étape de son parcours médical : après cinq années de souffrances et de transferts incessants, il rejoint l’établissement emblématique où se perpétue la mémoire des blessés de guerre, symbole de sacrifice et de dignité. À cette date, il n’est pas encore démobilisé.

 

Durant cette période, il exerce à la Banque de France tout en étant hébergé à l’Institution nationale des Invalides.

 

Le 10 décembre 1920, la 6ᵉ commission de réforme de la Seine propose sa radiation des cadres, assortie d’une pension temporaire de 100 %, majorée d’un supplément de pension de 60 %. Il est admis au bénéfice de l’article 10 de la loi Lugol du 31 mars 1919 ; cette loi traite des pensions militaires d’invalidité et aux victimes de guerre.

 

Les conclusions médicales du médecin-chef du centre spécial de réforme de la Seine dressent un tableau précis de son état :

 

– Paralysie incomplète spasmodique, avec contracture des deux pieds en attitude de varus équin. Les mouvements volontaires restent à l’état d’ébauche, rendant la marche impossible. – Cystotomie sus-pubienne avec sonde à demeure depuis trois ans, entraînant incontinence et constipation opiniâtre. – Pachypleurite légère à la base gauche, avec diminution du murmure vésiculaire et frottements discrets. Légère réfraction thoracique.

 

Même si cela n’est pas clairement mentionné dans son dossier individuel du S.H.D. de Vincennes, il est vraisemblable qu’il ait quitté l’Institution nationale des Invalides pour retrouver la vie civile quelque temps après la décision de la commission de réforme.

 

Fin de vie

 

 

Louis Moreau s’éteint le 31 mai 1922 au lieu-dit « Petit Frigolet » à Tarascon. Célibataire et sans descendance, il repose dans le caveau familial du cimetière de Graveson.

 

Son nom figure sur le monument aux morts de la commune.

 

 

Décorations obtenues :

 

Croix de guerre avec palme

 

Citation à l’ordre de l’armée du 10 juin 1915 (publication dans le J.O. du 31 juillet 1915 :

 

« Le 9 mai 1915, au cours d’une attaque, a entraîné avec beaucoup d’allant sa section de mitrailleuses, chargée d’accompagner un bataillon d’attaque. Blessé grièvement d’une balle à la poitrine au cours du combat. Très dévoué, à toujours fait preuve d’énergie et de bravoure. »

 

Chevalier de la Légion d’honneur par ordre n° 1306 du G.C.G. du 14 août 1915.

 

« A toujours fait preuve d’énergie et de bravoure. Le 9 mai 1915, au cours de l’attaque des positions ennemies, a entraîné avec beaucoup d’allant sa section de mitrailleuses chargée d’accompagner un bataillon d’attaque. Blessé grièvement au cours des combats. »

 

Sources :

 

Dossier individuel consulté au S.H.D. de Vincennes

 

La Fiche matricule du lieutenant Moreau a été consultée sur le site des archives départementales de Belfort. Son acte de naissance sur le site des archives départementales de la Drôme.

 

Contrôle nominatif du 2e trimestre 1915 du 149e R.I. des malades et des blessés traités dans les formations sanitaires détenu par les archives médicales hospitalières des Armées de Limoges.

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à « Gulliver » du forum pages 14-18, aux archives départementales de Belfort, au service historique de la défense de Vincennes et aux archives médicales hospitalières des armées de Limoges.

19 décembre 2025

Petite Correspondance du caporal Marcel Perret

 

Au printemps 1915, la correspondance de Marcel Perret témoigne de son parcours de conscrit, partagé entre l’instruction militaire et l’attente de l’engagement. Dans la lettre du 3 avril, l’ambiance est encore marquée par les exercices, la musique du régiment et la vie de cantonnement à Ablain. Le caporal décrit avec sobriété ses émotions devant le drapeau, symbole de la patrie qu’il promet de défendre.

 

Un mois plus tard, le 7 mai, le ton change: l’assaut est imminent. Marcel détaille les préparatifs, l’artillerie en batterie, les plans d’attaque et l’espoir d’une victoire décisive. Entre les boyaux creusés sous terre et les concerts improvisés par les camarades, le ton laisse transparaître la tension d’un jeune soldat qui s’apprête à franchir le seuil de la bataille.

 

Ces lettres éclairent la vie d’un homme pris dans le rythme de la guerre: entre formation, devoir et confiance en la Providence. Elles complètent l’ensemble documentaire en donnant chair à ce moment charnière du front d’Artois, où l’ordinaire de l’instruction côtoie l’extraordinaire de l’assaut.

 

Cette correspondance s’interrompt brutalement le 9 mai 1915. Ce jour-là, Marcel Perret tombe au combat lors de l’offensive d’Artois. Ses lettres, empreintes de courage et de foi, prennent alors une valeur poignante: elles sont les dernières traces écrites d’un jeune homme qui, jusqu’au bout, a voulu rassurer les siens et témoigner de son devoir.

 

Intégrées au Livre d’or des morts du front d’Artois — document unique de mémoire publié en trois volumes dans les années 1960 par l’association du monument de Notre-Dame de Lorette — elles ont été transmises par T. Cornet du «Collectif Artois 1914-1918». Leur conservation inscrit Marcel Perret dans une mémoire partagée, où l’intime rejoint le collectif.

 

 

Lettre du 28 janvier 1915

 

« Richerenches,

 

 Bien chers parents,

 

Cette fois, ça y est ! Je suis sur mon départ. On nous a prévenus ce matin, avez-vous reçu ma carte ? Je rentre ce soir à Romans. Y resterai-je longtemps ? Où partirai-je de suite pour le front ? Je ne sais, mais peu importe. Je suis assez content de partir, j’espère avoir la chance d’échapper aux balles allemandes, je reviendrai, je l’espère, victorieux et indemne, couvert de gloire et sans doute, possesseur de beaux galons d’or.

 

Plus que jamais, Je compte sur vos prières, espérant que grâce à elles, le bon Dieu me gardera. Si vous voulez, vous donnerez une messe pour votre Marcel. Priez aussi pour que j’aie le bonheur d’aller vous embrasser avant le départ.

 

Je viens de ficeler un paquet que Monsieur Fraçon, le propriétaire de la ferme où je suis cantonné, vous enverra dans quelques jours. Il contient la paire de souliers de repos qu’on m’a donné, ils ne sont pas épatants. Je ne veux pas m’embarrasser ; 3 paires de chaussettes en coton, les bouquins par vous envoyés, une brosse à cheveux et 2 chemises du régiment pas fameuses, dont une sert d’enveloppe.

 

Au revoir bien chers tous, priez bien pour moi et ayez confiance. Votre fils qui vous aime tendrement et qui vous prie d’oublier tout ce qu’il a pu vous faire souffrir.

 

Je vous embrasse bien affectueusement.

 

 Marcel »

 

Lettre du 4 février 1915 au soir

 

« Bien chers parents,

 

Je reçois à l’instant la lettre de Marie-Louise du 30 janvier. Je vois que bien que surpris de mon départ un peu précipité, vous n’êtes pas trop en soucis. Vous avez raison, confiez-vous à la Divine Providence et tout ira bien.

 

Malheureusement, il est impossible obtenir une permission. Je le regrette bien, si je n’étais pas si loin, je vous prierais de venir me voir à Montluel. Ce me ferait grand plaisir, mais je crois bien qu’il n’y faut pas compter, tant pis, je me fais à cette idée de ne pas vous revoir avant la fin de cette guerre maudite.

 

Je n’ai besoin de rien pour le moment et gardez-vous bien de m’envoyer quelque chose en fait d’habit. Je ne saurais qu’en faire, en ayant presque plus que je ne puis en porter. Ce sera pour plus tard. J’ai tout ce qu’il me faut pour le moment. Bien content de pouvoir compter sur vos prières, je ne le suis pas moins de savoir que vous avez donné pour une messe pour moi. Je suis en ce moment légèrement fatigué, maux de dents et maux de gorge aussi. Je me suis fait porter malade ce matin, je passe de nouveau la visite demain matin, mais ce ne sera sûrement rien.

 

Encore rien de décisif quant à la date du départ, je crois que sans tarder beaucoup, ce n’est pas encore pour ces jours. J’attends avec patience, le courage ne me fait pas défaut, de même que la confiance. Je tâcherai de me faire photographier un de ces jours. Que vous dire d’autre ? Le major m’a porté grippé et m’a donné 2 cachets de quinine.

 

Avez-vous des nouvelles de l’oncle Léon et de l’oncle Alfred, des autres parents et amis qui sont au front ?

 

Je pense bientôt recevoir une longue lettre de vous. Au revoir chers et bons parents. Je vous embrasse affectueusement. Votre tout dévoué.

 

Marcel »

 

Lettre du 1er mars 1915

 

« Mes chers parents,

 

En rentrant du tir, je reçois votre lettre du 25. Je suis bien content de savoir que mes correspondances vous parviennent maintenant. Moi de même je les reçois assez bien, quoique tardivement. Mais mieux vaut tard que jamais.

 

Ce matin, exercice, l’après-midi, tir. On nous a exercés ensuite à lancer des grenades. On va former une section de grenadiers au bataillon.

 

Je n’ai rien reçu ni de l’oncle Léon, ni de l’oncle Alfred, ni de la tante Maria, mais j’espère qu’ils vont bien.

 

J’ai bien reçu votre paquet d’hier et j’attends le suivant, ça vient assez bien ici et ça fait bien plaisir, car nous n’avons pas trop à manger et bien assez d’occasions de dépenser. Je n’ai toujours pas de détails au sujet du départ. Les Anglais qui cantonnaient à proximité sont partis hier pour le front. À quand notre tour ?

 

Bien content que vous ayez des détails sur le patelin. Je n’ai pas de nouvelles depuis longtemps des amis et copains, et je suis bien content des détails que vous me donnez, les concernant. Toujours plein de courage et de confiance, j’attends les évènements avec patience et je me confie à la divine providence.

 

Au revoir, je vous embrasse bien affectueusement tous trois. Bonjour cordial aux parents et amis. Votre tout dévoué.

 

Marcel Perret

 

 Il neige à gros flocons. Vive la neige. Cette nuit, il pleuvait, la pluie me tombait sur la figure. »

 

Lettre du 16 mars 1915

 

« Chers parents,

 

Ça y est, nous partons ce soir. Le 1er bataillon cantonnera très près des tranchées, à Boyeffes où Boyeve. Demain sans doute, nous irons aux tranchées.

 

J’ai quitté la 16e escouade et pris le commandement de la 10e. Derechef, je suis avec Dessoy. Priez bien pour moi, j’en aurai grandement besoin. Espérons que Dieu me ramènera sain et sauf, victorieux et indemne. D’ailleurs, une blessure ne m’épouvante pas outre mesure. Au revoir, bons baisers de votre Marcel. »

 

Lettre du 31 mars 1915

 

« Bien chers tous,

 

Je reçois à l’instant, une lettre de papa du 25 au soir et une carte-lettre de Marie Louise du 27. Nous sommes toujours en repos. On dit même que nous irons 10 jours à Houdain ou à Ablain. On dit aussi que nous changerons de région ensuite. Mais que ne dit-on pas ? J’étais caporal de jour hier, je n’ai pas fait grand-chose, à part toucher les paquets recommandés. Il y avait deux grands sacs à faire partir au train de combat, ainsi que les 16500 cartouches que la compagnie avait en rabiot et mener les prisonniers au poste de police. J’ai fait laver un peu de linge aujourd’hui.

 

Je ne serai jamais imprudent, mais ferai toujours mon devoir. Et même, je ne vous le cache pas, je serai parmi les volontaires quand on en demandera pour tel ou tel travail. En tout cas, je n’oublierai jamais la divine providence en qui je mets toute confiance.

 

Donc, Maniguet est au 9e d’artillerie. Il n’a donc pu aller au 12e de Vincennes. Je vous ai dit, il y a quelques jours, que j’avais encore de l’argent. Je n’en suis pas encore à court, quoique n’en ayant plus des masses. Mais il a toujours été bien employé, soyez-en sûr.

 

Tu me donneras des détails sur la fabrication et le prix de ces grenades que tu fais maintenant.

 

Toujours beau temps et toujours en bonne santé, quoique toussant un peu. Résultat du séjour dans les tranchées et abris.

 

Au revoir, bons baisers de votre Marcel. »

 

Lettre du 3 avril 1915

 

« Bien cher parents,

 

Je reçois à l’instant votre lettre du 28 et le paquet que vous m’annoncez dans cette lettre, mais le gros colis, toujours inconnu. Pourtant, des camarades en ont reçu par chemin de fer. Espérons toujours. Merci pour le paquet et pour le mandat. Étant presque toujours obligé d’acheter de quoi satisfaire mon appétit extraordinaire. Mandat et paquet me seront d’une grande utilité.

 

Nous sommes en repos à Ablain pour plusieurs jours. On dit que nous irons ensuite nous battre dans la Somme, puis en Champagne, puis en Alsace !

 

Avant-hier, la musique du 149e R.I. a donné un concert. Marches diverses, Sambre-et-Meuse Hymne belge et la Sidi-Brahim. Au moment où les musicos envoyèrent cette dernière marche entraînante, un détachement du 17e B.C.P. défilait. Ils étaient contents les petits vitriers d’entendre leur marche favorite. Hier, le drapeau a défilé devant nous. Le vieux drapeau, sale et décoloré, où l’on ne distingue plus qu’une partie des inscriptions, Fleurus comme bataille, mais je n’ai pu distinguer les autres.

 

J’ai été ému devant ce symbole de la patrie, et j’ai juré de le défendre jusqu’à la mort et de lui apporter la victoire. Arrivés ici, nous avons nous-mêmes défilé devant lui, en allant à nos cantonnements. Nous sommes dans la grange, il n’y fait pas trop chaud. Aujourd’hui, il pleut. Hier, Vendredi saint, nous avons fait maigre, naturellement. Le matin, sardines et beurre, le soir, épinards, morue, maquereau et 4 œufs durs.

 

Je suis toujours en bonne santé et espère que vous êtes de même. J’ai maintenant un bon couteau qui me servira beaucoup. Nous en avons grand besoin à chaque instant. Merci pour tous les renseignements que tu me donnes sur les connaissances. Je comprends qu’Henri Roux ait des soucis. Espérons qu’il deviendra sérieux et bon père de famille. Auguste Vincent est bien heureux d’avoir vu l’abbé Paris, s’il est vrai que nous allons en Alsace, je voudrais bien le voir. La nouvelle concernant ces voleurs ne m’étonne guère. Ces oiseaux-là sont capables de tout. J’attends avec joie les sous de la commune.

 

La lettre de Marie Louise me fait rire. Il ne faut pas croire qu’on se bat terriblement dans les tranchées puisque je n’ai pas encore vu les Allemands. On ne sait pas si l’on est victorieux, puisqu’à proprement parlé, on ne se bat pas. On tiraille à tout hasard, de temps en temps, et c’est tout.

 

Je savais déjà où vont les copains de la classe 16. Prandini ayant écrit à Dessoy hier.

 

Le paquet est bien intact, merci encore une fois.

 

Je vous laisse en vous embrassant affectueusement tous trois. Votre tout dévoué.

 

Marcel »

 

Lettre du 7 mai 1915

 

« Bien chers parents,

 

L’attaque projetée pour hier soir a été remise au lendemain. Ce n’est donc qu’aujourd’hui ou demain matin plutôt, qu’on se lancera, baïonnette haute sur les Allemands abhorrés. On les repoussera, c’est sûr. La préparation a été menée avec soin. J’ai été hier jusqu’au poste central de Noulette.

 

Là, au milieu des ruines, sous un abri triplement blindé, est installé un poste téléphonique où viennent se réunir plus de 30 lignes de la région. On m’a quelque peu renseigné, 150 pièces de canons sont en batterie et cracheront pendant 12 heures. Ensuite, à l’assaut.

 

 Les Anglais de la Bassée doivent attaquer avant nous, attirant ainsi sur leur front, des renforts que nous n’aurons plus devant nous. Il faut à tout prix qu’on repousse leur ligne. Peut-être, du coup, seront-ils repoussés en Belgique, débarrassant le Pas-de-Calais et le Nord si possible de leur présence peu désirée.

 

Pour le bataillon, les derniers renseignements nous font savoir que les 1ère et 3e compagnies attaqueront la première ligne. Les 2e et 4e compagnies devant enfoncer la 2e ligne mieux défendue, mais dont les défenseurs seront peut-être énervés par l’attaque première.

 

L’attaque doit se déclencher sur un vaste front. Certains disent de la Bassée au Mont Saint-Éloi, d’autres de la Belgique au même mont Saint-Éloi. J’ai tout espoir et bientôt, je vous enverrai un mot de victoire.

 

Relevés après 24 h avant-hier soir, nous venons passer la nuit dans des abris derrière Noulette ; longs boyaux creusés sous terre. À trois heures, on réveille la ½ section qui va s’échelonner, remplaçant la ½ section précédente qui sert de téléphone pour relier le poste du capitaine au poste du colonel.

 

Toute la journée, repos dans les abris. On a porté les sacs à Aix-Noulette, ne gardant que toile de tente, vivres de réserve et outil, et, naturellement fusil et équipement.

 

Le soir, concert par les artistes de la compagnie, effet splendide au crépuscule, sous les grands arbres entourés de cahutes nègres, nos chanteurs et nos comiques nous ont divertis jusqu’à la nuit. Inutile de vous dire que sans le bruit du canon, on ne se serait pas cru à 2 km du front.

 

De nouveau couchés dans les abris, nous avons roupillé, malgré le brouillard qui finit par nous saisir au matin. Ainsi, tu vois ma sœurette que le 8 mai, il est bien probable que la bataille nous trouve aux prises, Français et Allemands, sur un vaste front. J’espère bien que l’anniversaire de la prise d’Orléans amène la défaite de nos ennemis. Bien entendu, je m’unirai à vos prières pendant ce mois de Marie, notre mère à tous. Son intercession obtiendra de son divin fils, la victoire pour nos armées et nous ramènera sain et sauf au foyer paternel.

 

Reçu aussi une lettre d’oncle Narcisse qui n’a pas grand-chose de neuf à dire. Sauf que la famille d’Henri restera à ? jusqu’à la fin de la guerre, et que ce dernier non affecté à Angers est à Dunkerque, faisant la navette entre cette ville et Nieuport. Il ne sait pas encore pour quoi, ni ne connait son adresse. Je vous quitte avec mes meilleurs baisers affectueux. Votre fils et frère dévoué.

 

Marcel Perret. »

 

Pour en aprrendre davantage sur le caporal Perret, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

 

 

Sources

 

Tome 1 du livre d’or des morts du front d’Artois.

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1918 », à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

12 décembre 2025

Marcel Jean Félix Perret (1896-1915)

 

Marcel Jean Félix Perret est né le 19 août 1896 à Moirans, aujourd’hui appelée Moirans-en-Montagne ; c’est une petite commune du Haut-Jura qui compte alors un peu plus de 1300 habitants. Son père, Alphonse Ulysse, est tourneur sur bois, tandis que sa mère, Marie Louise Valentine Charnier, veille sur le foyer. Deux ans plus tard, la famille s’agrandit avec la naissance d’une fille, Marie Louise.

 

 

Comme beaucoup de jeunes hommes de sa génération, Marcel apprend très tôt le métier paternel : tourneur sur bois. Sa fiche matricule ne précise pas son niveau d’instruction, mais son parcours laisse deviner une scolarité brève suivie d’un apprentissage manuel.

 

À l’été 1914, la guerre éclate. Bien qu’encore trop jeune pour être mobilisé, Marcel Perret, animé d’un profond sens du devoir, s’engage volontairement le 11 septembre à Lons-le-Saunier. Il n’a que 18 ans. Deux jours plus tard, il rejoint le dépôt du 75e R.I. installé à Romans. Affecté d’abord à la 28e compagnie, puis à la 4e section de la 30e compagnie, il se distingue rapidement et est sélectionné pour le peloton des élèves-caporaux, ce dernier est destiné à former les futurs encadrants d’escouade. Le 19 novembre, Marcel Perret obtient officiellement ce grade.

 

 

Sociable, il entretient de bonnes relations avec ses camarades, mais recherche volontiers la compagnie des plus âgés, peut-être aussi des plus instruits. Il conserve des liens étroits avec les vicaires de sa paroisse, comme en témoignent plusieurs cartes. Il transmet régulièrement à ses parents les lettres qu’il reçoit, en leur demandant de les garder précieusement.

 

Une correspondance suivie avec Joseph Melcot, ancien vicaire de Moirans devenu curé de Château-des-Prés, offre un témoignage précieux sur son parcours militaire au sein du 75ᵉ R.I.. Elle reflète à la fois l’esprit patriotique et religieux de l’époque, tout en laissant entrevoir certains traits de caractère du jeune soldat.

 

 

Lettre du 26 septembre 1914 

 

« Mon cher ami,

 

Je vous avoue que j’ai été fort surpris à la réception de votre carte. Toutefois, mon étonnement n’a pas été de longue durée car je connais trop votre enthousiasme pour les nobles causes et votre amour la Patrie. Soyez bon soldat et bon chrétien toujours.

 

Conservez la paix du cœur et de la conscience et vous donnerez partout et toujours l’exemple du courage et de la bravoure qui font les héros ! Sans faiblesse, comme sans forfanterie, faites généreusement tout votre devoir, ayant grande confiance en la protection céleste qui, certainement, ne vous fera pas défaut. Prions tous les uns pour les autres et à la garde de Dieu !

 

Je vous embrasse fraternellement,

 

J. Melcot »

 

Lettre du 9 octobre 1914

 

« Mon cher ami,

 

 Je reçois toujours avec plaisir vos gentilles cartes si charmantes par les nobles et généreux sentiments qu’elles contiennent. Vous voilà, je pense, dans votre élément. Activités, exercices, grand air, sont tout autant de choses indispensables à votre nature ardente et si curieuse d’aventures. Les lauriers, je pense, ne se feront pas beaucoup attendre.

 

Je suis content et fier de vous, mon cher ami, et si ce n’était la considération de vos bons parents, j’applaudirais vivement à votre engagement patriotique. Bon courage toujours et soyez le premier au combat comme au cercle catholique, réalisant pleinement notre devise : « Pour Dieu et pour la France ».

 

Je vous embrasse cordialement,

 

J. Melcot »

 

Lettre du 19 octobre 1914

 

« Mon cher ami,

 

Grand merci de vos toujours bonnes nouvelles. Elles me sont très agréables. J’aime à constater que vos sentiments patriotiques et chrétiens sont de plus en plus vifs, animés qu’ils sont, je n’en doute pas, par la réception aussi fréquente que possible des sacrements.

 

Souvenez-vous que la paix du cœur et de la conscience ouvre seule l’âme à l’héroïsme, qu’elle seule arme de résignation dans la souffrance, et rend brave jusqu’à la mort.

 

Courage toujours, confiance de plus en plus dans les cœurs de Jésus et de Marie et union de prières.

 

Avez-vous des nouvelles d’Auguste Vincent ?

 

Je vous embrasse cordialement,

 

J. Melcot »

 

Lettre du 30 novembre 1914

 

« Mon cher Marcel,

 

Qu’il fait bon vous lire ! Malgré leur sobriété, vos cartes m’en disent long, soyez en sûr. D’elles, ou plutôt de leur contenu, on peut bien dire : le style c’est l’homme. Je suis content de toujours vous voir le même : toujours courageux, généreux et chrétien. Tant mieux ! Demeurez tel toute votre vie et tout ira bien.

 

J’ajoute encore un conseil, c’est celui du directeur du Lorrain à un petit lieutenant de sa famille : tous les matins et soirs, un Ave Maria, un acte de foi et un bon acte de contrition ; cela vous maintiendra dans l’atmosphère moral où il faut être pour bien mourir.

 

Faites comme le lieutenant, suivez ce conseil - et cela me suffira pour être complètement rassuré sur votre compte.

 

Bien que vous n’aimiez pas les compliments, je ne puis m’empêcher cependant de vous féliciter en terminant – de votre premier galon si tôt gagné. Que sera-ce sur le champ de bataille !!

 

Si vous savez des nouvelles des Moirantins, ne manquez pas de me le dire.

 

Ici, rien de nouveau, si ce n’est la neige qui a déjà fait son apparition mercredi dernier.

 

L’abbé Parrad est soldat comme vous le savez sans doute. Il est brancardier sur la ligne de feu.

 

Je vous embrasse de tout cœur.

 

J. Melcot »

 

En février 1915, le caporal Perret est affecté au 158ᵉ R.I. où il termine sa formation de soldat, avant d’être versé au 149ᵉ R.I. en mars.

 

Il rejoint alors l’Artois, sans doute avec un détachement de renfort, dans le secteur d’Aix‑Noulette, théâtre de combats d’une extrême violence. Le 3 mars, peu avant son intégration, une attaque allemande avait infligé de lourdes pertes à son nouveau régiment. Marcel Perret est alors versé dans les rangs de la 2ᵉ compagnie.

 

Le 9 mai, lors du déclenchement de la seconde offensive d’Artois, les troupes françaises lancent une attaque coordonnée pour rompre les lignes ennemies. C’est au cours de ces affrontements que le caporal Perret trouve la mort.

 

Pour en apprendre davantage sur cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Sa famille, privée de nouvelles, s’accroche d’abord à l’espoir qu’il ait été fait prisonnier. Elle sollicite le Comité international de la Croix-Rouge, mais la réponse est sans appel : aucune trace du caporal Perret dans les camps allemands. Son destin s’est scellé dans les tranchées d’Artois.

 

 

Les soldats André Junillon et Louis Passet, témoins requis pour attester officiellement de la mort d’un combattant au front, confirment auprès du sous-lieutenant Fourneret, officier d’état civil du 149ᵉ R.I., le décès de Marcel Perret.

 

Le journal L'écho de la montagne  du 10 juillet 1915 publie l’annonce suivante :

 

« On nous signale la mort au champ d’honneur, à Noulette (Pas-de-Calais), le 9 mai dernier, de Perret Marcel Jean Félix, caporal au …e d’infanterie. Engagé volontaire de la classe 1916, il avait choisi de faire carrière dans l’armée.

 

Rapidement promu, il aurait sans doute obtenu d’autres galons grâce à son travail, sa conduite exemplaire et sa vaillance. C’est un jeune homme aimable et estimé qui disparaît. À sa famille, nous adressons nos sincères condoléances. »

 

Le 25 mars 1916, le lieutenant-colonel Abbat, chef de corps du 149ᵉ R.I., cite le caporal Perret à l’ordre du régiment :

 

« Est tombé glorieusement le 9 mai 1915 en entraînant ses hommes à l’attaque des tranchées allemandes. »

 

Pour tenter d’en savoir davantage sur les circonstances de la mort de son fils, Alphonse Ulysse Perret rédige plusieurs courriers. Il les adresse aux camarades de Marcel mentionnés dans ses lettres, ainsi qu’à plusieurs officiers du 149ᵉ R.I. Parmi tous les destinataires, seul le lieutenant Rivoire apporte des précisions significatives.

 

« Épinal, 27 mars 1916

 

Votre lettre du 27 février dernier adressée du dépôt à la clinique Sainte-Anne, et de la clinique à chez moi m’arrive après un mois de retard. Je comprends votre désir de savoir quelques détails sur les conditions de la mort de votre fils, et le lieu de sa sépulture. Je comprends votre douloureuse surprise de n’avoir reçu jusqu’à ce jour, aucun objet ou souvenir ayant appartenu à votre fils.

 

Des détails sur sa mort, je peux vous en donner. Je les tiens de l’aspirant qui commandait la 3e section de la 2e compagnie à l’assaut du 9 mai.

 

Les 3 sections de première ligne étaient arrivées à quelques mètres des tranchées allemandes et attendaient, couchées sur le sol pour reprendre la marche en avant, que notre artillerie eût allongé son tir. Votre fils portait un fanion d’artillerie et à ce moment-là, l’agitait comme tous les porteurs de fanions, pour signaler à notre artillerie d’allonger son tir. Quand le moment de repartir à l’assaut fut venu, l’aspirant voyant votre fils immobile, l’interpella. N’obtenant pas de réponses, il se pencha vers lui et constata qu’il était mort.

 

Le fanion qu’il portait pouvant être nécessaire, l’aspirant le prit et continua à monter à l’assaut avec ses hommes. Il fut blessé peu après. En allant au poste de secours, il passa près de votre fils qui était à la même place et avait gardé la même attitude. Il n’avait pas de blessures apparentes, le visage empreint d’un grand calme. L’aspirant qui l’a donc vu à deux reprises est persuadé que votre fils a été tué sur le coup d’une balle en pleine poitrine, sans souffrance. J’étais moi-même à vingt mètres près de l’endroit où votre fils est tombé. Ce n’est évidemment pas à Noulette même, mais à proximité de ce petit village, à moins de 200 m des tranchées de départ du régiment.

 

Je compatis sincèrement à votre grande peine. Votre fils était un très bon soldat, discipliné et courageux. Je sais bien que votre douleur ne cessera pas, mais savoir qu’il est bien mort en bon Français, n’atténue-t-il pas la peine de l’avoir perdu ?

 

Je suis toujours à votre disposition pour vous fournir tous les renseignements que vous me demanderez.

 

Avec ma vive sympathie, recevez mes meilleurs sentiments.

 

Lieutenant Ravoire dépôt du 149e R.I.. Épinal. »

 

En raison de la lenteur des démarches administratives, l’acte de décès du caporal Perret ne sera transcrit à la mairie de Moirans que le 29 juillet 1916.

 

 

Aucune tombe individuelle n’a pu être identifiée pour ce soldat. Son corps repose sans doute parmi les anonymes de Notre-Dame-de-Lorette, confondu avec tant d’autres destins brisés. Aucune affaire personnelle n’a pu être transmise à ses proches.

 

Le nom de Marcel Perret figure sur le monument aux morts de Moirans-en-Montagne, ainsi que sur l’anneau de mémoire du mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette.

 

Le 18 juin 1952, sa sœur entreprend une démarche pour préserver son souvenir : elle dépose un formulaire afin que son frère soit inscrit dans le livre d’or des morts du front d’Artois ; ce livre est alors en cours de réalisation par l’association du monument de Notre-Dame-de-Lorette. À ce document officiel, elle joint une lettre personnelle et plusieurs pièces précieuses – les cartes du curé de Château-les-Prés et la correspondance du caporal – qui éclairent à la fois son parcours militaire et les aspects plus intimes de sa vie.

 

« Moirans-en-Montagne, le 18 juin 1922

 

Monsieur le secrétaire,

 

Je vous retourne le questionnaire que vous avez bien voulu m’adresser pour le livre d’or de Notre-Dame-de-Lorette. Je ne sais trop si je l’ai rédigé dans l’esprit de ceux qui ont décidé pour ce livre d’or. Comme photos, je n’ai plus que quelques mémentos dont je joins un exemplaire ; si vous le jugez bon, vous pourrez vous servir de la photo.

 

Quant aux lettres de mon frère, elles sont toutes conservées, je dirais presque religieusement par maman, et j’hésite à m’en séparer. Et pourtant ! Après moi, puisque restée seule avec mes parents, je suis demeurée célibataire, qui les recueillera ? De vagues cousins dont les enfants n’ont pas connu mon frère.

 

J’approuve entièrement vos projets et vous exprime, en tant que membre des familles des morts, ma reconnaissance pour tout ce que vous faites pour eux.

 

Ce matin, me sont parvenus le programme et les tickets pour la 18e manifestation que vous avez pris la peine de m’adresser, ce dont je vous remercie. Par le même courrier, mon autorisation de congé de mon administration. Ainsi, rien, j’espère, ne m’empêchera d’être des vôtres. Mon permis de circulation demandé ne saurait tarder à arriver.

 

Je vous avais parlé d’un autre membre des familles, Monsieur Roux Charles, ancien combattant et prisonnier de la guerre 14-18, dont l’un des frères, classe 14, est disparu à Neuville-Saint-Vaast. J’ai préparé pour lui la demande de permis ; il sera aussi des vôtres. Je ne sais s’il vous envoie le montant des frais, mais j’espère bien que vous lui réserverez une place. Il règlera certainement à Arras, s’il ne le fait d’ici là.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire, l’expression de mes sentiments les meilleurs et les plus distingués.

 

Mademoiselle Marie-Louise Perret, 8 rue du Jura, Moirans-en-Montagne (Jura). »

 

Le caporal Perret a été décoré de la Médaille militaire à titre posthume (J.O. du 8 novembre 1920) :

 

« Est tombé glorieusement, le 9 mai 1915 en entraînant ses hommes à l’attaque des tranchées allemandes, à Aix-Noulette. A été cité. »

 

Marcel Perret et sa sœur n’ont pas eu de descendance. Mais leur mémoire perdure à travers ces traces, ces écrits et ces monuments, rappelant qu’au-delà des chiffres de la Grande Guerre, chaque nom correspond à une vie, une famille, une histoire.

 

La généalogie de la famille Perret est accessible en cliquant sur l'image ci-dessous.

 

 

Sources :

  

La fiche matricule, les registres de recensements de la commune de Moirans-en-Montagne et les actes d’état civil concernant le caporal Perret et sa famille ont été consultés sur le site des archives départementales du Jura.

 

Site « MémorialGenWeb »

 

Tome 1 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1918 », à l’association du monument de Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

5 décembre 2025

Georges Paul Bizingre (1890-1915)

 

Georges Paul Bizingre est né le 4 octobre 1890 à Chassigny, dans la Haute-Marne. Son père, Auguste Émile Bizingre, alors âgé de 39 ans, débute comme manouvrier avant de se tourner vers la viticulture en 1891 — une reconversion fréquente dans les campagnes, où la polyvalence répond souvent à des impératifs économiques. Quelques années plus tard, il parvient à s’établir comme patron exploitant.

 

Sa mère, Jeanne Hortense Euvrard, âgée de 29 ans, se consacre à la gestion du foyer et à l’éducation de ses enfants. La famille réside rue du Mont, dans un environnement modeste marqué par le travail manuel et la rudesse de la vie paysanne.

 

Georges est le cinquième enfant d’une fratrie de neuf — six garçons et trois filles — tous ayant survécu à leurs premières années, ce qui constitue une exception notable à une époque où la mortalité infantile reste élevée.

 

 

Le degré d’instruction de Georges Bizingre, classé au niveau 2 sur sa fiche matricule, indique une scolarité moyenne. Il sait lire et écrire, mais ne maîtrise pas pleinement le calcul.

 

Dans les milieux ruraux, les enfants sont souvent retirés de l’école pour participer aux travaux agricoles, notamment à l’approche des moissons ou des vendanges. Le recensement de 1906 mentionne Georges comme agriculteur, ce qui définit une entrée précoce dans le monde du travail.

 

En 1911, Georges Bizingre est convoqué devant le conseil de révision, conformément à la loi de 1905 sur le service militaire obligatoire. Reconnu apte, il est intégré dans la première partie de la liste des conscrits du canton de Prauthoy.

 

Le 7 octobre, il rejoint le 149e R.I., à Épinal. Ce départ marque un tournant décisif dans sa vie. Le jeune conscrit suit la formation des élèves caporaux, grade qu’il obtient le 26 septembre 1912. Initialement incorporé comme appelé, il se réengage pour deux années supplémentaires le 10 octobre 1913, avec effet rétroactif au 1er octobre. Le 11, il est promu sergent.

 

 

Ce réengagement témoigne d’un attachement à l’institution militaire, ou peut-être d’un espoir d’ascension sociale dans un monde où l’armée pouvait offrir une reconnaissance que la vie rurale ne garantissait pas.

 

Lorsque la guerre contre l’Allemagne éclate en août 1914, le sergent Georges Bizingre sert à la 11ᵉ compagnie du 149ᵉ R.I., sous les ordres du capitaine Erhard. Le 9 août, son unité se prépare à livrer son premier grand combat dans le secteur de Wisembach, à proximité de la frontière.

 

La 11ᵉ compagnie reste d’abord en retrait. Ce n’est qu’en milieu d’après-midi que le lieutenant-colonel Escallon, commandant en second du régiment, ordonne au capitaine Erhard de porter secours au colonel Menvielle, en difficulté sur la ligne de front. Le détachement envoyé en renfort est principalement constitué des 3ᵉ et 11ᵉ compagnies.

 

À 17 h 00, les renforts rejoignent les compagnies des 1er et 2e bataillons déjà engagés dans le secteur du Signal de Sainte-Marie. La 11ᵉ compagnie entre alors en action, contribuant à la stabilisation des positions françaises face à une contre-offensive allemande d’une rare intensité.

 

Au cours de l’affrontement, Georges Bizingre est blessé et évacué vers l’arrière. Les circonstances précises de sa blessure, tout comme la date exacte de son retour au front, ne sont pas mentionnées sur sa fiche matricule.

 

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant la journée du 9 août 1914, il suffit de cliquer une fois sur la carte photo suivante.

 

 

Le 3 mars, les batailons du 149R.I. occupent un secteur de première ligne à Aix-Noulette. Plusieurs compagnies font face à une attaque allemande d’une intensité exceptionnelle. L’assaut, particulièrement meurtrier, cause de lourdes pertes humaines. Engagé dans ces combats, le sergent Bizingre en ressort indemne, échappant tant aux blessures qu’à la mort. Il est promu adjudant le 16 mars 1915.

 

 Le 9 mai 1915 marque le lancement de la deuxième offensive d’Artois, une opération d’envergure orchestrée par l’armée française ; cette opération s’effectue dans l’espoir de rompre les lignes ennemies et de provoquer une percée décisive. Plusieurs divisions sont engagées dans cette manœuvre stratégique, mais elles se heurtent à une défense allemande solidement retranchée, organisée avec rigueur et détermination. Malgré l’intensité des combats, les gains territoriaux demeurent insignifiants, tandis que les pertes humaines du côté français s’avèrent élevées.

 

C’est au cours de cette journée que l’adjudant Georges Bizingre trouve la mort sur le champ de bataille. Les circonstances de son décès sont consignées dans une citation à l’ordre de l’armée, décernée à titre posthume : il est tombé en tentant de porter secours à son supérieur, le lieutenant Wichard, blessé en pleine action.

 

Pour en apprendre d'avantage sur les évènements qui se sont déroulés le 9 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

 

 

Contrairement au décès du lieutenant Wichard, qui fut plus difficile à établir, celui de l’adjudant Bizingre est rapidement officialisé. Deux témoins oculaires, requis pour valider la mort d’un soldat au combat, déclarent l’avoir vu tomber. Leur témoignage est recueilli par l’officier chargé de l’état civil du régiment. Cela permet d’établir l’acte de décès, enregistré à la mairie de Chassigny le 4 juillet 1915.

 

Son frère Lucien, lieutenant au 109e R.I. est tué le 14 mai 1915 dans le même secteur.

 

Georges Bizingre est inhumé à la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, tombe n°18238, rang 5, carré 90.

 

 

Georges Paul Bizingre n’a jamais été marié et n’a pas eu d’enfants.

 

Décorations obtenues :

 

Croix de guerre avec palme.

 

Citation à l’ordre de l’armée (J.O. du 31 juillet 1915) :

 

« Le 9 mai 1915, à l’attaque d’une position, a magnifiquement entraîné sa section sous un feu violent d’artillerie ; a arrêté un retour offensif de l’ennemi en organisant lui-même un barrage dans un boyau qui venait d’être enlevé. A été tué en se portant au secours du lieutenant commandant sa compagnie qui venait d’être blessé et entouré par les Allemands. » 

 

Médaille militaire (J.O. du 19 septembre 1920) accompagnée de la même citation que celle attribuée à sa croix de guerre.

 

 

Le nom de ce sous-officier est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Chassigny ainsi que sur l’anneau de mémoire du mémorial international de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

 

Pour prendre connaissance de la généalogie de la famille Bizingre, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

 

 

Sources :

 

L’acte de naissance, la fiche signalétique des services concernant Georges Paul Bizingre, ainsi que les registres de recensement de la commune de Chassigny ont été consultés sur le site des Archives départementales de la Haute-Marne.

 

Le portrait de l’adjudant Bizingre a été transmis par T. Cornet ; il est également disponible sur le site Généanet.

 

La photographie du monument aux morts de la commune de Chassigny provient du blog « Photographies Vosges en Plaine ».

 

Un grand merci à M. Bordes, A. Carrobi, à T. Cornet, à M. Lozano, à T. Vallé, aux archives départementales de la Haute-Marne et au S.H.D. de Vincennes.

28 novembre 2025

Carnet de notes du caporal Pierre Mathieu (17 février – 1er mai 1915)

 

Ce carnet, modeste dans sa forme mais précieux par son contenu, est l’œuvre du caporal Pierre Mathieu, soldat du 149e R.I., engagé sur le front d’Artois depuis la fin décembre 1914. Il couvre la période allant du 17 février au 1er mai 1915.

 

Rédigé dans une écriture régulière, brève et précise, il ne s’agit pas d’un récit construit, mais d’une suite de notes prises au fil des marches, des corvées, des cantonnements et des alertes. Pierre Mathieu ne cherche pas à raconter la guerre dans ses grandes lignes : il en consigne les gestes ordinaires — les travaux dans les tranchées, les nuits dans les bois, les messes dominicales, les repas partagés, les enterrements sobres. Il note les faits, les lieux, les horaires, parfois les douleurs physiques ou les accidents du quotidien. Son écriture, sans emphase, restitue avec justesse la vie d’un homme du rang, confronté à l’usure, au froid, à l’attente, mais aussi à la camaraderie et aux rites qui structurent le temps.

 

Au fil des semaines, la tension s’installe. Les bombardements se rapprochent, les enterrements se multiplient. Et pourtant, les gestes de la vie ordinaire perdurent : on joue aux cartes, on écoute la musique du régiment, on se fait photographier, on cueille des pissenlits. Ces gestes simples prennent un relief particulier à mesure que le carnet approche de sa fin, le 1er mai, jour d’enterrement d’un camarade pionnier. Quelques jours plus tard, Pierre Mathieu tombe au combat.

 

Ce jour-là, les hommes du 149e R.I. partent à l’assaut sans leur sac à dos, déposés à l’arrière. Après l’attaque, les sacs des soldats tués sont récupérés, vidés, et leurs effets personnels restitués aux familles. C’est ainsi que ce carnet, resté intact, a pu revenir aux proches de Pierre Mathieu. Il constitue aujourd’hui un témoignage rare sur le 149e R.I., transmis avec dignité.

 

Le carnet se clôt sur une page singulière, recopiée « sous la mitraille » le 29 mars 1915, dans les tranchées de Notre-Dame-de-Lorette. On y trouve une chanson populaire aux accents légers et grivois, précédée et suivie de noms de camarades, de vers poétiques, d’une liste d’effets personnels et de la mention d’une carte reçue.

 

Ce carnet, rendu accessible grâce à l’accord du collectif « Artois 1914-1915 », ne prétend pas à l’exhaustivité. Mais il révèle une part essentielle : celle d’une guerre vécue dans le silence des gestes, la répétition des jours, et parfois, dans l’acte d’écrire.

 

Carnet de notes du caporal Pierre Mathieu

 

Mercredi 17 février

 

À 6 h 00, nous venons occuper des abris dans le bois. Temps brumeux et froid. Je ne suis pas très bien portant. Amélioration de notre abri avec des claies. À 19 h 00, nous revenons cantonner dans nos cités.

 

Jeudi 18 février

 

Nettoyage des effets.

 

Vendredi 19 février

 

Revue par le lieutenant Thiriat.

 

Samedi 20 février

 

À 18 h 00, départ pour Marqueffles par une pluie battante. On couche dans la mine.

 

Dimanche 21 février

 

À 17 h 00, départ pour les tranchées. On suit la voie ferrée. L’escouade commence à fournir le service dans la sape. Construction de créneaux.

 

 Lundi 22 février

 

Un abri s’écroule et ensevelit quelques hommes dont un est tué. À onze heures, je suis désigné pour aller aux pionniers. Je commence le service à midi. Construction d’abris.

 

À 18 h 00, on part en 2e ligne. Clayonnage. On revient à minuit. Je couche dans la cave, les souris me réveillent.

 

Mardi 23 février

 

Consolidation des abris.  À 20 h 00, on monte en première ligne. Pose de hérissons devant les tranchées.

 

Mercredi 24 février

 

On va encore en première ligne. On pose des gabions pour boucher la tranchée en cas d’attaque. Il neige. Jusqu’à minuit, amélioration d’un boyau. Transformation en tranchée.

 

Jeudi 25 février

 

À midi, départ en 1ère ligne. Construction de feuillées. Neige. Boyaux remplis d’eau À 15 h 00, les Allemands bombardent. Pose de hérissons.

 

Vendredi 26 février

 

Construction des abris de la haie G. Nombreux blessés à la compagnie. À 18 h 00, on part cantonner à Sains. Je couche dans un lit, la première fois depuis 6 mois.

 

Samedi 27 février

 

Nous faisons nos repas. Trois caporaux, un sergent. Bonne petite cuisine.

 

Dimanche 28 février

 

Je vais à la messe et aux vêpres.

 

 

Lundi 1er mars

 

Je vais passer la visite. Je reste à la réserve du régiment. À 16 h 00, deux éclairs suivis d’un violent coup de tonnerre. La neige tombe.

 

Mardi 2 mars

 

Je vais manger à la réserve. Le soir, nous changeons de cantonnements. Je vais me faire panser. On perce mon clou (furoncle)… Je souffre pendant un moment. Je vais me coucher dans mon bon lit.

 

Mercredi 3 mars

 

Je suis réveillé par une forte canonnade. Les Allemands ont attaqué nos tranchées. Pendant une bonne heure, nos canons crachent. Je vais passer la visite. Bronchite en service. À 10 h 00, le sergent Sère revient blessé d’une balle au bras. Enterrement de 3 brancardiers. Deux cercueils recouverts d’un drap noir, un autre recouvert d’un drap blanc. À 15 h 00, notre artillerie bombarde avec une extrême violence. La fusillade suit. De nombreuses automobiles passent et repassent, comblées de blessés. Je vais me coucher avec le sergent Husson.

 

Jeudi 4 mars

 

À 14 h 00, on reçoit l’ordre de partir renforcer le régiment. À 15 h 30, notre artillerie bombarde de nouveau. Je reçois un colis. À 17 h 00, rassemblement, nous sommes prêts à partir. Contre ordre, je fais le cantonnement de la 1ère section. La compagnie ne revient pas. Les 3e et 2e du 149e R.I. reviennent ainsi que deux compagnies du 158e R.I.. Je couche sur un matelas dans le coron où l’on mange avec le sergent-major.

 

Vendredi 5 mars

 

 Je vais à l’ordinaire. Je vais voir des prisonniers allemands empierrant une route. Je leur cause un peu allemand.

 

Samedi 6 mars

 

Je vais entendre la messe et communier. À minuit, la compagnie revient des tranchées.

 

Dimanche 7 mars

 

 

Je vais à la messe de 7 h 30. À midi, départ de la compagnie par une pluie battante. On passe à Boyeffles, Verdrel et on arrive à Rebreuve à 17 h 00. On cantonne dans une ferme dans un hangar.

 

Lundi 8 mars

 

On endosse de nouvelles capotes. Travaux de propreté.

 

Mardi 9 mars

 

Exercice après-midi.

 

Mercredi 10 mars

 

On va reconnaitre un emplacement à Olhain, dans un bois pour faire des claies et des gabions.

 

Jeudi 11 mars

 

Je reste à la compagnie jusqu’à nouvel ordre. Repos. Je vais visiter l’église de Rebreuve.

 

Vendredi 12 mars

 

À 10 h 00, départ pour les douches. On revient par le bois d’Olhain. À 11 h 30, je suis de garde au poste de police. Revue par le général de division. Patrouille dans le village.

 

Samedi 13 mars

 

Je vais à la mairie de Ranchicourt pour les ordres à transmettre. Nous sommes relevés à midi. Le soir on monte nos sacs, prêts à partir. Contre ordre.

 

Dimanche 14 mars

 

Je vais à la messe de 8 h 00. Cantonnement consigné. La musique joue sur place ainsi que devant la division.

 

Lundi 15 mars

 

Revue en tenue de campagne par le commandant.

 

Mardi 16 mars

 

Le matin, je vais au tir, pose des sentinelles. À midi, on prend la garde au poste de police avec le sac monté, car on doit partir. À 16 h 30, départ de la compagnie. Je suis de garde de police et nous marchons en queue de bataillon. On arrive à 21 h 00 à Boyeffles où l’on cantonne dans une ferme, sur un grenier.

 

Mercredi 17 mars

 

 

Même cantonnement.  À 12 h 00, départ. La compagnie va occuper des abris de réserve dans le bois de Bouvigny. Nous sommes accroupis sous un abri. Il ne fait pas très chaud la nuit.

 

Jeudi 18 mars

 

Nos artilleurs tirent de temps en temps. À 12 h 00, on part pour les tranchées de 1ère ligne. On occupe des tranchées à gauche de la chapelle.

 

Vendredi 19 mars

 

Au matin, il neige, nuit assez froide. Vers 5 h 00, les Allemands envoient des marmites dans le bois. Nombreux tués non encore enterrés après l’attaque. Les Allemands nous envoient des grenades à main. Giboulées de neige tout le jour, nous souffrons du froid. Nuit assez calme.

 

Samedi 20 mars

 

Les Allemands bombardent et attaquent à notre droite. On dit que les chasseurs se sont laissés prendre quelques tranchées. À 10 h 00, duel d’artillerie assez violent. Les aéros voyagent car il fait un beau soleil. À 19 h 00, nous sommes relevés par la 2e compagnie. Nous venons occuper des abris dans le bois, des claies posées sur le sol nous servent de paille.

 

Dimanche 21 mars

 

À 1 heure du matin, je pars avec 6 hommes porter des gabions en 1ère ligne. Mes hommes s’empêtrent très souvent dans le fil téléphonique. Nous rentrons à 2 h 30, nuit blanche. À 10 h 00, je pars avec une corvée porter des fusils au capitaine de la 5e compagnie. À 14 h 00, nous allons cantonner à Bouvigny. On couche sur un grenier.

 

Lundi 22 mars

 

Je vais passer la visite. Je prends une purge. Cantonnement consigné toute la journée. Visite à l’église.

Mardi 23 mars

 

Revue d’armes à 9 h 00. Revue en tenue de campagne à 13 h 00. Exercice, on va cueillir des pissenlits près de Bouvigny. Je vais au salut.

 

Mercredi 24 mars

 

À 6 h 30, nous partons dans le bois pour faire des hérissons, on assiste au lancement des grenades. Exercices après-midi. Je vais au salut.

 

Jeudi 25 mars

 

Je vais faire mes Pâques avec 2 camarades. À 17 h 00, départ. Nous passons près de la Faisanderie et nous devons occuper des abris de 2e ligne, entre la chapelle et Mont-Saint-Eloi. Abris peu confortables. On passe la nuit dans un petit abri, assis sur nos sacs.

 

Vendredi 26 mars

 

Nous restons dans nos abris. Différentes corvées. À 23 h 00, l’alerte, on monte nos sacs en vitesse, le commandant croyant à une attaque nous fait venir au poste de commandement. Nous y restons jusqu’au matin et il fait très froid.

 

Samedi 27 mars

 

À 6 h 00, nous venons réoccuper nos abris. Temps froid. À 17 h 00, pendant que nous mangeons la soupe, les Allemands nous envoient des obus. Aucun résultat. À 18 h 00, nous allons occuper nos tranchées de 1ère ligne au-dessus d’Ablain. Nuit très tranquille, on ne tire aucun coup de fusil. Il fait aussi froid qu’en hiver.

 

Dimanche 28 mars

 

Les Boches nous envoient quelques bombes. Nuit froide. J’ai la diarrhée, il m’arrive un petit accident.

 

Lundi 29 mars

 

Lancement continu de bombes de part et d'autre. Nous lançons de nouvelles bombes qui produisent un heureux effet. À 18 h 00, nous sommes relevés. Nous passons Marqueffles et nous venons cantonner à Bouvigny dans nos anciens emplacements.

 

Mardi 30 mars

 

On va essayer des protège-têtes. Nettoyage. Travaux de propreté. Je trinque avec Marchal Charles le soir.

 

Mercredi 31 mars

Revue d’armes le matin. Marche de bataillon l’après-midi. Nous allons jusqu’à Sains-en-Gohelle. Le soir, je vais au salut. À 22 h 00, nous sommes réveillés par les marmites que les Allemands envoient sur Bouvigny. Quelques éclats de shrapnels tombent sur la toiture, quelques hommes descendent à la cave.  Je reste, insouciant du danger avec d’autres sur le grenier.

 

Jeudi 1er avril, jeudi saint

 

Revue en tenue de campagne. Revue d’armes. Exercice après-midi. Musique. Je vais au salut.

 

Vendredi 2 avril, vendredi saint

 

À 8 h 00, départ pour Olhain. On rend les honneurs au drapeau. Après la soupe, on change de cantonnement. On va dans un ancien château. Repas maigre. 4 œufs, une boite de sardines, épinards, pommes de terre et morue.

 

Samedi 3 avril

 

Vaccination de la compagnie contre la fièvre typhoïde, je n’y suis pas ayant toujours mon « clou ». À 16 h 00, revue d’armes.

 

 Dimanche 4 avril

 

Il devait faire une messe en plein air, s’il faisait beau. Comme il pleuvait, une messe est chantée à Fresnicourt. J’y vais. Après-midi concert, musique. À midi riz, bœuf, tarte, cigare, café. Assez bon repas le soir.

 

Lundi 5 avril

 

Exercice le matin. Après-midi théorie, devoir de sentinelles et nettoyage du fusil.

 

Mardi 6, mercredi 7 et jeudi 8 avril

 

Exercice matin et soir.

 

Vendredi 9 avril

 

Exercice le matin. À 13 h 00, il y a un coup de vent qui enlève les tuiles de la ferme du château. Malgré une pluie battante, le sergent nous fait rassembler et nous conduit à l’exercice. L’adjudant nous fait retourner. Nous jouons aux cartes pour narguer le sous-off.

 

Samedi 10 avril

 

Exercice. Déploiement en tirailleurs.

 

Dimanche 11 avril

 

Je vais à la messe à Fresnicourt. L’abbé Marchal, nous donne des instructions.

 

Lundi 12 avril

 

Le matin déploiement en tirailleurs. On prend le sac. Après-midi, marche sous bois dans le bois d’Olhain.

 

Mardi 13 avril

 

Vaccination le matin. Le soir, je reste couché, j’ai de la fièvre.

 

Mercredi 14 avril

 

Repos, le soir la section va aux douches. Je reste au cantonnement.

 

Jeudi 15 avril

 

La compagnie va en marche. Je vais passer la visite. Nous sommes 28, mais un grand nombre se fait vider pour les vaccins. Je suis à ménager deux jours.

 

 

Vendredi 16 avril

 

La compagnie va encore le matin en marche. Repos.

 

Samedi 17 avril

 

Exercice le matin et le soir. Déploiement en tirailleurs. Aussitôt rentré de l’exercice, nous nous assignons pour prendre la garde. À 17 h 00, nous prenons la garde. Je fais avec Berthou une ronde à 20 h 00 dans les bistrots. Il gèle la nuit.

 

Dimanche 18 avril

 

Toujours de garde. Temps splendide. À 17 h 00, nous sommes relevés.

 

Lundi 19 avril

 

Exercice le matin. Attaque d’une lisière de bois. On progresse en tirailleurs. L’après-midi, on va au tir. Je fais le maximum. On nous annonce que nous devons partir le lendemain pour Barlin ou Hersin-Coupigny.

 

Mardi 20 avril

 

On nettoie le cantonnement avant de partir. À 11 h 00, départ pour Hersin-Coupigny. On rend les honneurs au drapeau.  On arrive en début d’après-midi. On cantonne sur un grenier. Il y a de la paille en suffisance. À l’appel, on nous annonce que nous devons partir le lendemain à 3 heures du matin. Pour une fois que nous avons de la paille pour nous coucher. Nous n’avons pas de chance.

 

Mercredi 21 avril

 

À 12 h 00, réveil, départ à 2 h 00 pour Aix-Noulette. On fait la pause un quart d’heure dans un pré en attendant que le cantonnement soit prêt. On cantonne dans un hangar. Aussitôt arrivé, on nettoie le cantonnement laissé par le 17e. Le soir, avant de partir pour les tranchées, on met de la paille sur les sacs. À 18 h 30, départ pour Noulette. On passe la nuit dans des abris de réserve.

 

Jeudi 22 avril

 

Même emplacement. On joue aux cartes à 800 m des Allemands.

 

Vendredi 23 avril

 

On passe toute la journée dans nos abris. Journée assez calme. À 21 h 30, nous sommes relevés. Nous partons pour Sains-en-Gohelle où l’on arrive à 23 h 00. Nous cantonnons dans les corons à Aix, nous couchons sur le plancher avec une botte de foin.

 

Samedi 24 avril

 

À 10 h 00, les Allemands bombardent avec acharnement la mine. Ils y envoient une trentaine de marmites. Leur tir est bien ajusté. Le soir, je vais voir une maison située à 200 m de notre cantonnement, qui a été complètement détruite par une marmite. La personne et l’enfant qui y étaient se sont sauvés dans la cave et n’ont eu aucun mal. Il parait qu’il y en a pour 200 000 francs de dégâts à la mine.

 

Dimanche 25 avril

 

Je vais à la messe militaire dite à l’église de Sains-en-Gohelle. Le prédicateur nous parle de l’esprit de sacrifice. Avant la messe, je me fais photographier avec quelques camarades. Nous revenons pour le rapport à 10 h 30 où l’on présente nos fusils qui sont passés en revue par le capitaine. On devait partir le soir aux tranchées, mais il y a contre-ordre. Je passe l’après-midi avec Charles Grivel et Célestin Mathieu. À 18 h 00, visite à la chapelle de Sains-les-Mines.

 

Lundi 26 avril

 

Exercice le matin, école de section. À 15 h 00, il arrive un ordre. Nous devons nous tenir prêts à partir. En compagnie de quelques camarades, nous mangeons à la hâte une salade. J’ouvre une boite de sardines, mais aussitôt, on nous donne l’ordre de mettre sac au dos. Croyant à une fausse alerte, je laisse ma boîte pour le retour. Mais réellement, on part au pas accéléré à Aix-Noulette. Ferait-on une attaque ? Je ne sais rien. Aussitôt arrivés, les hommes se munissent d’un outil de parc et après la soupe, on part pour Noulette. On arrive dans le bois derrière le château, on laisse nos sacs dans les abris et on part faire un boyau entre le bois 6 et le bois de Bouvigny. Nous travaillons toute la nuit pendant que les balles sifflent au-dessus de nos têtes, car nous sommes à environ 800 m des Boches.

 

Mardi 27 avril

 

Au petit jour, nous revenons dans nos abris. Repos. Le soir, la compagnie va travailler. Je passe la nuit dans nos abris, car la moitié des gradés seulement va avec les hommes.

 

Mercredi 28 avril

 

Pendant que nos artilleurs tirent, on fait un concert en plein air. La voix des canons couvre souvent celle des artistes. Après un concours de jeu de quilles, à 18 h 00, je pars avec quatre hommes construire un boyau communiquant avec celui fait la veille. À côté de ce boyau, je trouve un bon abri. J’y passe dedans une bonne partie de la nuit. Au petit jour, nous revenons à nos abris.

 

Jeudi 29 avril

 

 

Repos. L’après-midi je vais avec quelques hommes, je vais chercher des planches du château de Noulette pour faire des croix. On en construit une douzaine pendant que d’autres creusent une tombe collective pour des chasseurs à pied tués à l’attaque du 3 mars. Le soir, la compagnie va travailler dans le boyau. C’est mon tour de rester comme gradé dans les abris.

 

Vendredi 30 avril

 

La compagnie ne revient dans les abris que vers 8 h 00. Le soir, à 20 h 30, nous partons pour Sains. Nous cantonnons dans les mêmes cités qu’auparavant. Nous aurons passé dans ce bois, à l’ombre des grands arbres, quatre agréables journées. Dans nos cités, la paille fait toujours défaut et nous nous couchons sur le plancher.

 

Samedi 1er mai

 

À 14 h 00, je vais à l’enterrement d’un soldat de la compagnie. Un pionnier qui faisait partie de mon équipe aux pionniers. Après les prières dites à la chapelle de Sains-les-Mines, nous allons au cimetière où le lieutenant Girard lui adresse un dernier adieu. Il est, dit-il, tombé au champ d’honneur en accomplissant son devoir.

 

Henri Fleurot 152e R.I. 11e compagnie Hôpital temporaire à Uriages-les-Bains. Casino salle n° 1 (Isère)

 

 Louis Grosjean 62e R.I. 63e Batterie

 

Dépôt de Langres (Haute-Marne)

 

Olympe Mathieu Infirmier,15e B.C.P., 6e compagnie. Secteur postal 141, dépôt de Besançon (Doubs)

 

Louis Mathieu 15e Bataillon, 2e compagnie

 

Albert Mathieu 170e R.I., 7e compagnie, Secteur postal 40

 

Pierre Thomas 170e R.I., 3e compagnie, Secteur Postal 40

 

Joseph Houillon, mitrailleur,170e R.I., ? compagnie

 

Charles Grivel, 158e R.I., 7e compagnie

 

Lambolz Henri, 158e R.I., (26e compagnie de dépôt)

 

Lamothe Lyon (Rhône)

 

François Joseph Maréchal des logis ? d’Artillerie, 9e batterie. Secteur 43

 

Louis Grandemange, 62e d’Artillerie, 2e batterie, Secteur 117

 

              I

En quittant mon village

Pour aller à Paris

Ma mère en femme sage

Ecoute mon petit

Pour bien gagner sa vie

Et vivre indépendant,

N’oublie pas je t’en prie

D’emporter en partant

Ton joli cha cha cha cha

Ton joli lu lu lu lu

Ton jolie cha ton lu ton meau

Ton joli chalumeau (bis)

 

            II

C’est un cadeau que mon père

M’a donné en naissant

Quand j’étais petit, ma mère

Me disait mon enfant

Tâche d’être bien sage

Et de ne pas y toucher

Quand tu seras en âge

Je te permettrai ce jour …

 

            III

En passant la barrière

Un douanier m’arrêta

Et me dit d’un air sévère

Que passez-vous donc là

Si c’est de la contrebande

Passez donc à l’octroi

Et dame que je me demande

S’il faut payer un droit pour mon…

 

             IV

Quand je vais en soirée

C’est à qui m’offrira

De danser une bourrée

Ou bien une polka

Je suis souvent prodigue

De mon petit instrument

Et cependant je me fatigue

De jouer constamment de …

 

            V

Un monsieur à la dame

Charmé de mon talent

Voulut faire à sa dame

Goûter de cet instrument

Elle allait s’y méprendre

A juger quel effet

La dame sans rien comprendre

Vient me couper le sifflet…

 

Copié sous la mitraille le 29 mars 1915 dans les tranchées de 1ère ligne. Plateau de Notre-Dame-de-Lorette

 

Mathieu Henri, Caporal fourrier, 172e Régiment, 11e Cie, secteur 161

 

Feryol 213,

 

Frémiot, 211

Fournier, 209

Joseph Jacques

Thiébaut

Juniet, 219

 

2 chemises

2 chaussettes

1 cravate

2 caleçons

2 paires de brodequins

1 pantalon bleu

 

Henri Lambolz, 158e R.I., 30e compagnie, (Vaucluse)

Louis Mathieu, 18e B.C.P., 5e compagnie, Secteur 110

Léon Daval, 4e Chasseurs à cheval, 1er escadron, Secteur 89

 

Ces fleurs du Pas-de-Calais

Pays où je suis en ce jour

Seront, je le ???

Un lien digne de mon amour

 

Ces fleurs du Pas-de-Calais

Son pour moi un gage d’amour

Et j’espère que toujours la carte

 

Reçu la carte de F. Auguste le 22 avril

 

Pour en aprrendre davantage sur l'auteur de ce carnet, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

 

 

Sources :

 

Tome 2 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1918 », à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

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