24 octobre 2009

La bataille de la Malmaison évoquée par le commandant Gaston de Chomereau de Saint-André.

                              General_de_Chomereau_de_Saint_Andr_

 Avant tout, je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude à T. de Chomereau qui a bien voulu me communiquer des documents familiaux concernant le Général Gaston de Chomereau de Saint-André lorsqu’il était officier au 149e R.I.. Je le remercie également pour  l'autorisation qu’il me donne de pouvoir les utiliser sur le blog du 149e R.I..

 

 Notice rédigée par le commandant de Chomereau de Saint-André sur la bataille de la Malmaison et destinée aux familles des soldats du 1er bataillon.

 Gaston_de_Chomereau_croix_de_guerreLe 23 octobre 1917, à 4 h 00, le 1er bataillon qui,les jours précédents,occupait les creutes Chantereine, Volvreux et Colombe, etc. est à ses emplacements d’attaque dans la parallèle de départ. Les tranchées Bourdic et des territoriaux sont occupées par la 2e compagnie (Robinet) à droite et la 3e compagnie (Mouren), à gauche, en 1ère ligne. La 1ère compagnie (Ihlé) est en soutien. Les sections de mitrailleuses (de Parseval) réparties. Le chef de bataillon se trouve au centre avec le capitaine adjudant-major Guilleminot, le sous-lieutenant d’artillerie Pélegry et la liaison. Une compagnie de nettoyeurs, la 5e compagnie (Aubert) est intercalée entre les compagnies de tête et la compagnie de soutien. Un détachement du service médical avec le sous-aide-major Lebranchu, accompagne la liaison. A droite, un bataillon du 158e R.I.. A gauche, un bataillon du 109e R.I.. Derrière, se trouve le 3e bataillon (Putz) qui est placé sous les ordres du commandant du 1er bataillon et constituant avec ce dernier élément le 1er groupe d’attaque.

L’abbé Galloudec, aumônier du régiment, a tenu, de même qu’à Soyécourt, à marcher avec le bataillon de 1ère ligne. Il mourra glorieusement, au poste de combat qu’il s’était choisi.

carte_la_malmaisonL’objectif fixé sera défendu avec la dernière énergie. Ce mouvement de terrain : 190 - aboutissement du Chemin des Dames sur la route de Maubeuge – observatoires 195, jonction de trois crêtes, est en effet d’une importance capitale pour l’ennemi. L’organisation en est formidable et comporte six systèmes de tranchées, plusieurs sont à contre pente : Blocus, Lassitudes-Epreuves, Caniche-Carlin-Griffon, Basset-Hérisson, Esculape-Esope, Enoch-Egée-Loutre, avec flanquements, réseaux épais, abris bétonnés, etc.

 

(Le poteau indicateur marquant le point d’origine du chemin des Dames, a été offert par le 1er bataillon au musée de l’armée des invalides).

La garnison est constituée par les grenadiers du régiment impératrice Augusta, élite de la garde allemande. Tout cela, nos hommes le savent, mais ils ont confiance dans le succès. Ils sont calmes et décidés. Le moral est superbe. Deux jours auparavant, une reconnaissance de la 1ère compagnie, commandée par l’aspirant Laurencin, a poussé jusqu’au Blocus. Il fallait dix volontaires, il s’en est présenté cinquante…

A 4 h 45, l’heure H = 5 h 15, est communiquée a la troupe par les officiers. Un barrage préventif ennemi, ou plutôt une contre préparation de 77 et de 105, commence avec violence.

 

A 5 h 15, les hommes sont d’un bond sur le parapet. Le bataillon part, fanions déployés, aux cris de « En avant » avec une fougue splendide. Il fait nuit noire, mais les éclatements et les fusées lancées de tous côtés, éclairent le terrain bouleversé. Le vacarme est indescriptible. Sur un front de 12 km, des centaines de pièces tirent à toute vitesse. Le barrage allemand est plus intense. Des 150 se joignent aux 77 et aux 105. Les premières tranchées allemandes sont presque complètement nivelées et la direction est difficile à maintenir. Tout le monde n’a qu’une idée, il faut progresser vers l’objectif indiqué. Pas de traînards, seuls restent en arrière les hommes trop gravement atteints pour avancer quand même.

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Gaston_de_Chomereau_croix_de_guerreDès le départ, le commandant de la compagnie de gauche, le lieutenant Mouren, qui entraîne son unité avec sa bravoure habituelle s’abat, foudroyé,  ainsi qu’une partie de sa liaison. Le lieutenant Malaizé, qui lui succède, tombe presqu’aussitôt à son tour, grièvement blessé. Le mordant et l’initiative des hommes facilitent la tâche des gradés et pallient les conséquences des pertes subies, de l’obscurité et de la difficulté de se reconnaître sur un terrain dont tous les points de repère ont disparu.

A 5 h 45, les éléments de tête, serrant à bloc notre barrage roulant, vont atteindre le premier objectif, la route de Maubeuge. A notre droite, certains éléments du corps voisin, retardés légèrement par la traversée des bois, se trouvent en retrait. La fraction de liaison (1ère compagnie et la section de mitrailleuses du sous-lieutenant Lesserveur) assure avec beaucoup de décision la sécurité de ce flanc. Le chef de bataillon la fait renforcer par une équipe de stokes aux ordres de l’aspirant Valdenaire et fait appuyer de ce côté une compagnie du bataillon Putz. Le danger possible est ainsi conjuré. A gauche, un trou analogue s’est produit devant l’Ouvrage Fermé. La fraction de liaison (sous-lieutenant Loubignac de la1ère compagnie et la section de mitrailleuses du sergent Mantelin) obvie à cet inconvénient. Un élément du bataillon Putz est poussé dans cette direction.

A ce moment, le barrage allemand est franchi ; Il a coûté des pertes sérieuses, mais n’a en rien interrompu la progression.Cimetiere_de_Conde_sur_Aisnes_1 Quelques prisonniers trouvés dans les abris non effondrés de la tranchée Griffon et de la tranchée du Basset commencent à apparaître. L’un d’eux, interrogé par le chef de bataillon, lui annonce que la 1ère ligne solide de résistance est vers la route de Maubeuge.

En effet, presque au même moment (5 h 45) des nids de mitrailleuses se démasquent sur la ligne Esculape-Hérisson, en particulier vers les points 3043, 3044, etc. Les allemands se défendent avec acharnement et notre ligne se trouve momentanément arrêtée à proximité de l’emplacement prévu pour le premier bond. Sur l’ordre du chef de bataillon, commandant le 1er groupe d’attaque, les éléments de tête du 3e bataillon qui atteignent 190, s’arrêtent un peu. Le chef de bataillon peut s’entendre directement avec le capitaine Foucher qui a pris le commandement du 3e bataillon après la disparition de commandant Putz et du capitaine adjudant-major Houel. Ordre est donné au capitaine Foucher de suivre de près la progression du 1er bataillon aussitôt qu’elle pourra être reprise. La chose essentielle à faire pour l’instant est la réduction des nids de mitrailleuses qui nous causent des pertes sensibles. Les chars d’assaut sont encore trop loin pour intervenir. Les mitrailleurs appartiennent à des détachements spéciaux et aux grenadiers Augusta : soldats choisis, ils tiennent jusqu’au bout et il faut, pour maîtriser leur résistance, l’extraordinaire mordant de nos poilus. Une série de combats sanglants s’engagent. Des hommes seront ensuite retrouvés, tués à coups de couteau de tranchée.

Gaston_de_Chomereau_General_PetainA la compagnie de droite (2e) l’aspirant Boissenin, le sergent Bossut sont tués. Cette unité a devant elle les mitrailleuses de 2743 et de l’observatoire 195, échelonnées en profondeur. Le commandant de compagnie secondé par les sous-lieutenants Daumont et David progresse de trous d’obus en trous d’obus sous la protection d’échelons de feux. Au centre, le sergent Caillet (1ère compagnie) est tué. Le lieutenant Ihlé, qui après avoir enlevé sa compagnie avec un allant incomparable la dirige, debout, à découvert, les jumelles à la main, est mortellement atteint par deux balles. Le sous-lieutenant Boudène, le poignet droit traversé par une balle, lui succède et continue l’avance. A gauche, le commandant de compagnie en troisième, le sous-lieutenant Gindre –qui gravement contusionné par accident, la nuit précédente, a voulu faire l’attaque quand même – est tué à son tour, l’adjudant Defrain blessé, l’adjudant Robert Chef commande désormais cette unité. Le feu ennemi est des plus nourris, mais gradés et soldats appliquent strictement, comme sur le terrain d’exercice, les procédés de combat qui leur ont été enseignés pour la réduction des centres de résistance. Ils Les manœuvrent, les débordent, s’emparant successivement des mitrailleuses adverses.

Il est actuellement 6 h 25 et le barrage roulant français s’est déplacé. Sur la droite des rafales de mitrailleuses qui arrivaient de la ferme de la Malmaison et de la partie est du Hérisson ne réussissent pas à entraver la progression. L’adjudant Didier de la 1ère compagnie en soutien avec son peloton derrière la compagnie Robinet, estimant son intervention nécessaire a, de lui-même obliqué légèrement à droite avec beaucoup de jugement, pour compléter l’action de cette compagnie en opérant du côté de la bifurcation Hérisson-Lévrier. Secondé par quelques hommes, il s’approche personnellement après utilisation préalable de V-B jusqu’à portée de grenades à main des mitrailleuses allemandes. Un F.M du 158e R.I. se joint à lui. Cette action combinée menée avec intelligence et énergie oblige les mitrailleuses de 3043 à se rendre. Celles de 195 ne tirent presque plus. A gauche la compagnie Chef qui est solidement étayée par l’élément Loubignac opèrent d’une manière analogue vers la Loutre. Sur ce point, l’ennemi s’efforce de réagir. Une contre-attaque d’environ trois sections débouche par le boyau Egée, se rabattant ensuite face à la route de Maubeuge. Le sergent Charmier, presque seul, se jette au devant d’elle et l’arrête à coups de grenades. Renforcé par le peloton de l’aspirant Fromont, le peloton de tête de la 3e pousse en avant. La contre-attaque allemande est bousculée et dispersée. Enfin, le reste de la compagnie Boudène – dont le chef, de sa main valide tue un officier allemand – appuie énergiquement les 2e et 3e compagnies, s’intercalant dans leurs vides.

A 7 h 15, les résistances paraissent maîtrisées. Le bataillon fondu en une seule ligne, se lève tout entier à la fois et chargeGaston_de_Chomereau_Les_canons_2 furieusement sur son dernier objectif, marqué par 195 et 2746. Il le dépasse largement, dispersant quelques groupes d’allemands et muselant deux dernières mitrailleuses. Certaines fractions emportées par leur ardeur vont jusqu’au bois Planté. Ils doivent se replier en raison de notre barrage…

Les liaisons sont aussitôt complétées avec les unités sur nos flancs et en arrière et l’organisation défensive est entreprise. Chaque unité se conforme strictement aux ordres antérieurs. Aucune réaction adverse ne se manifeste après cette lutte opiniâtre et nos hommes peuvent se promener à découvert, tranquillement, sur le terrain ainsi nettoyé.  

Les pertes du bataillon sont sérieuses, mais plus que compensées par celles de l’ennemi et par le résultat obtenu. L’objectif désigné, particulièrement important dans le cadre général de l’attaque a été enlevé de haute lutte et à H + 4 : 9 h 15, les bataillons de seconde ligne, dépassent la crête si brillamment conquise, pourront descendre vers les Vallons et Chavignon, cueillant les batteries allemandes désormais sans défense.

En résumé : Fougue admirable malgré les lourdes pertes subies. Application impeccable au combat des procédés d’instruction du terrain d’exercice, esprit de sacrifice poussé au plus haut degré. Une volonté de vaincre assurant la victoire brillante et complète. Telles sont les caractéristiques de l’attaque du 23 octobre par le 1er bataillon. La page est digne de son historique et peut faire suite à celle du col de Sainte-Marie, d’Abreschwiller, de Saint-Benoît, de Lorette, de Vaux – deux fois repris par le bataillon – qui y laissait 400 hommes sur 500 et 14 officiers sur 17, mais arrêtait l’allemand, de Soyécourt et de la sucrerie de Génermont.

 

P.C. Ihlé le 24 octobre 1917.

 

Ce texte sera édité quelques temps après. En voici les premières pages qui ont été envoyées par P. Blateyron.

 

                                       LIVRET_DU_149

 

 

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                livret_149_p3

 

 Avec tous mes remerciements aux personnes suivantes :  P. Blateyron, A. Carrobi et T. de Chomereau.

 

Sources :

« Batailles et combats des chars français, l’année d’apprentissage (1917) » Lieutenant-colonel breveté J. Perré. Editions Charles Lavauzelle et cie 1937.

« J.M.O. de la 170e D.I..» Sous-série 26 N 462/4. S.H.D. Vincennes.

 


09 janvier 2010

Le Chemin des Dames et la Malmaison (1917).

                  Pinard_1

Extrait des souvenirs de Louis Cretin soldat musicien du 149e R.I..

Le Chemin des Dames et la Malmaison. Juin 1917...

La_Malmaison_1Un bataillon se trouve en ligne, un autre fait des travaux et le troisième est au repos. Relève tous les 8 jours. Jusqu’à la fin juin, la musique demeure à Ciry-Salsogne avec la C.H.R.. Répétitions et concerts. Le 21 juin 1917, nous montons jalonner puis faire une piste partant de l’entrée du village de Vailly-sur-Aisne passant par le bois Vervins et aboutissant à Aizy et à Jouy. Cela nous occupent jusqu’au 26.  Le 27 juin, repos à Ciry-Salsogne. Le 28, nous montons occuper des abris d’artillerie abandonnés au bois Vervins, et tous les jours nous faisons des travaux avec les compagnies, construction du long boyau du Sourd et des tranchées. Cela en plein jour, à 500 m des premières lignes, vu des Allemands qui occupent le fort de la Malmaison. Chaque jour, nous sommes bombardés, parfois même obligés d’abandonner le « boulot ». Le 3 juillet, nous descendons passer 8 jours de repos à Billy-sur-Aisne. Nous lâchons la pelle et reprenons l’instrument. Le 10 nous remontons à nouveau, même travail qu’au précédent séjour, seulement, cette fois le travail se fait de nuit. Cela, à cause de la proximité des lignes, trop visibles pour travailler de jour. De plus, il existe un avion allemand qui ne nous laisse aucun répit. Une fois le jour venu et à la tombée de la nuit, rasant les boyaux, les tranchées, les pistes, il mitraille quiconque se fait voir. On l’appelle Fantômas, du fait qu’il a beau être pourchassé canonné et fusillé et qu’il à l’air de ne pas s’en apercevoir. Il continue toujours ses exploits, paraissant invulnérable…

Le 15 juillet, relève et repos à Billy-sur-Aisne. Le 20, nous remontons, toujours en équipes de terrassiers. Le travail se fait de nuit. Le 22, nous avons beaucoup de blessés étant sérieusement bombardés pendant les travaux. Nous dormons de jours et de 22 h 00 au matin, « au boulot ». Le 28 juillet, repos à Billy-sur-Aisne. Le 29, je pars en permission. Je rentre le 12 août, le même jour, nous allons faire un concert à Soissons. Nous demeurons à Billy-sur-Aisne jusqu’au 20 août. A cette date, 12 musiciens montent comme brancardiers, 2 jours à la ferme le Panthéon, et eux jours en première ligne avec une compagnie qui doit faire un coup de main. Je suis du nombre. Tout se passe bien. Dans la nuit du 27 au 28 des coloniaux nous relèvent et nous allons à l’arrière. Départ en camions, cantonnement à Chouy à 12 km de Villers-Cotterêts. Le service musical reprend pendant les 12 jours que nous passons là. (Vacciné T.A.B., je suis malade pendant 3 jours). Le 11 août, je remonte en ligne. Les camions nous débarquent de nuit à Condé-sur-Aisne et 

La_Malmaison_2nous montons aux carrières Chantereine. Le soir, nous recommençons le travail d’aménagement du secteur. Mais cette fois nous travaillons avec le génie, à la construction de sapes et du P.C. « Conflans » au nord de Jouy. Nous allons chercher nos matériaux à Aizy. Nous sommes souvent obligés de nous jeter à terre car à la lueur des fusées, les mitrailleuses allemandes balayent le terrain. Le 23, l’autre moitié de la musique qui est restée à Sept-Monts, nous relève et nous prenons leur place. Le 28 août, le régiment descend et nous partons au repos à Norroy à 30 km. Nous y demeurons tout le mois de septembre. Au début d’octobre, une préparation d’artillerie est commencée en vue d’une attaque prochaine à laquelle le 21e C.A. doit participer. Mais le temps est mauvais, on dirait que c’est une fatalité. Chaque fois que nous montons une attaque, les éléments ont l’air de se liguer contre nous. Il pleut, il pleut ! Chaque jour nous attendons l’ordre de monter. Mais l’artillerie ne s’arrête pas et continue d’arroser le front d’attaque sous un marmitage terrible. Vrai, il ne doit pas faire bon d’être en ligne de l’autre côté. Qu’es-ce que les Allemands prennent comme dragées ! Le 17 octobre, l’ordre arrive enfin de monter. Le régiment doit attendre jusqu’au 23 octobre pour enfin s’élancer à l’attaque.

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La Malmaison.

Le 1er bataillon en première ligne, les deux autres suivent. Les brancardiers en seconde vague. Cette offensive fut un brillant succès et nos pertes légères à côté de Lorette en 1915 ; Encore faut-il dire que plus d’une fois, nos hommes subirent des pertes du fait La_Malmaison_3qu’ils se trouvaient sur le tir de notre propre artillerie. La progression se faisant trop vite d’après le plan établi. Le front allemand fut enlevé sur un front de 12 km sur 6 de profondeur. Nos troupes s’arrêtèrent à l’Ailette parce que tel étaient les ordres. Cette victoire rendit la confiance à nos poilus. Les tanks qui nous accompagnaient pour la première fois, firent du beau travail en réduisant les nids de mitrailleuses allemandes cachées dans les trous d’obus. La route de Maubeuge atteinte, le 1er bataillon passe en réserve et le 3e le remplace en première vague. Le deuxième objectif est atteint. Un des nôtres, un courageux brancardier Charles Fénoglio, reçoit un éclat d’obus en plein cœur. Le 2e bataillon s’occupe du nettoyage du terrain conquis et capture de nombreux prisonniers, du matériel en abondance et plusieurs batteries d’artillerie. Relève le 31 octobre, après avoir consolidé le terrain. Le régiment vient au repos aux environs de Montmirail. En récompense de notre brillante attaque au chemin des Dames, les hommes partent en permission de 12 jours en deux périodes. J’arrive chez moi le 7 novembre et trouve mon frère venu également en permission. Je quitte chez moi le 19 et je viens retrouver les camarades à leur cantonnement de la Celle, près de Montmirail, où nous restons jusqu’au 5 décembre, date à laquelle nous embarquons à Artonges dans la nuit. Nous passons à Château-Thierry, Langres et nous débarquons le 6 au soir à Génevreuille près de Lure dans la Haute-Saône. Nous cantonnons à Mollans pour y rester jusqu’au 10. Le 11,départ à pied, le soir nous sommes à  Abbenans. Le 12, nouvelle marche, dans l’après-midi nous arrivons à Isle-sur-le-Doubs. Le 13, à nouveau sac au dos, nous couchons à Mandeure où on nous fait bon accueil. Le 14 en route, nous arrivons à  Herimoncourt fatigués, mais l’accueil que nous recevons fait oublier notre peine. Tous les hommes logent chez l’habitant et couchent dans des lits. Nous reprenons nos concerts bien écoutés des civils. Nous sommes dans la région des usines Peugeot et Japy où beaucoup d’hommes sont mobilisés en usines. Nous passons une période de repos exceptionnelle, rien ne nous manque. Les compagnies vont faire des travaux de seconde ligne à la frontière Suisse. Le 26, nous changeons de cantonnement et venons à Seloncourt où nous sommes aussi bien et dans les mêmes conditions qu’à Hérimoncourt. A part le service de musique, nous ne faisons rien de pénible. L’entrainement des troupes et les travaux durent jusqu’au 17 janvier 1918, jour où nous quittons à regret notre logement. Nous étions chez de braves gens, soignés, couchés comme jamais nous avions été depuis le début de la guerre. Le 17, dans la soirée, nous embarquons en chemin de fer à Voujeaucourt près de Montbéliard. Le 18, nous passons à Belfort, Lure, Epinal où nous faisons un arrêt et jouons la « Madelon » sur le quai de la gare. Nous débarquons à la Chapelle-devant-Bruyères dans la soirée et nous allons cantonner à Corcieux dans les casernements du 31e B.C.P..

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Notes sur l’année 1917.

L’année écoulée fut pour tout le régiment la période la plus calme de toute la guerre. Les premiers mois occupés à l’instruction des hommes et du repos abondamment. On devait être l’armée de poursuite après la  grande offensive printanière… Mais les La_Malmaison_4évènements ne nous le permirent pas. Néanmoins, nous montons en secteur au chemin des Dames à la fin d’avril. Ce point du front pourtant assez agité ne paraît pas trop dur, habitué que nous étions à trouver plus mauvais. Longtemps nous demeurons dans ces parages, nous travaillons, nous organisons le terrain conquis pendant l’offensive d’avril. Finalement, le 23 octobre, notre attaque du 21e C.A., parfaitement préparée, valu au régiment un brillant succès facilement acquis ! Nous pouvons dire sans exagération que cette offensive fut la première que nous réussissions aussi bien depuis le début de la guerre, avec le minimum de perte. Seulement l’année s’était écoulée et les espoirs que nous possédions au début ne s’étaient pas réalisés. Après la magnifique résistance de l’armée française devant Verdun en 1916 et l’échec allemand, puis l’offensive Franco-britannique sur la Somme qui nous valut des succès appréciables et qui entrainera le repli volontaire des Allemands en Mars 1917 (Les Allemands n’étaient plus à Noyon), nous étions en droit d’espérer que 1917 verrait la fin de la tourmente. Les troupes entrainées pendant la période d’hiver étaient impatientes de rejeter l’ennemi en dehors de notre sol. Tous comptaient sur la G.O.P. pour nous donner la victoire. Cette attaque eut lieu… mais n’aboutit pas. Pourtant la valeur et le courage de nos troupes n’avaient pas faillit. Nous comprîmes que la faute devait venir du haut-lieu… gouvernement où haut-commandement, on ne savait au juste. Mais nous sentions qu’il y avait quelque chose de faussé dans la conduite des opérations. Les attaques partielles qui suivirent n’eurent La_Malmaison_5d’autres résultats que d’augmenter nos pertes. Allions-nous revoir la période des attaques meurtrières et stériles de l’année 1915 en Artois, en Alsace et en Argonne ? Des murmures commencèrent à courir parmi les combattants. On faisait bon marché du sang des poilus. Le moral des troupes s’affaiblit. Les hommes voulaient bien tenir mais ne plus faire d’attaques dans ces conditions. Cet état d’esprit étaient certainement connu des Allemands. On parlait de « paix blanche », sans vainqueurs ni vaincus et les propagateurs de ces nouvelles trouvaient des recrues parmi la population civile autant que parmi nous. Les empires centraux triomphaient, l’effondrement du front russe, la révolution à Petrograd et comme suite, les troupes roumaines obligées de capituler. Vraiment cela allait mal pour nous. Alors que nous espérions la victoire, c’était la défaite entrevue. Les Italiens n’étaient pas plus heureux, et à leur tour, faillirent être écrasés. Heureusement que par des repos fréquents et des permissions largement distribuées, on réussit à rendre confiance aux troupes du front. La campagne défaitiste n’avait pas réussit à prendre chez nous. Le « tigre » Clemenceau inspirait confiance. Aussi notre victoire de la Malmaison vint à point pour remonter le moral des poilus. Ils reprirent courage et l’on se prépara à passer un nouvel hiver de guerre.

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De nouveau je viens remercier D. Browarsky, T. de Chomereau et T. Cornet.

Références bibliographiques :

Souvenirs de Louis Cretin.

Historique du 149e R.I. Editions imprimerie Klein 1919. Version Illustrée.

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15 février 2012

Stanislas Galloudec (1875-1917).

                Stanislas_Galloudec

Stanislas  François Marie Galloudec est né le 13 février 1875 sur la petite commune de Lanrivain dans le département des Côtes-du-Nord. Il est le fils de Guillaume et de Marie Anne Le Pennec. 

Prêtre, puis professeur à l’école de Jean de Béthune à Versailles, il est mobilisé comme aumônier titulaire au 12e C.A. lorsque la guerre éclate. En février 1915, il est à l’ambulance 3/21 à Sains-en-Goyelle. À sa demande, il passe au 149e R.I.. Il restera l’aumônier du régiment jusqu'à la date de son décès le 23 octobre 1917, à l’âge de 42 ans. 

 Il est tué à quinze mètres d’un fortin ennemi dans le secteur du fort de la Malmaison, dans la soirée du 23 octobre 1917, au moment où il exerçait son ministère auprès d’un officier grièvement blessé.

L’adjudant-chef Théodore Dubois et le caporal Adrien Claudel confirment son décès. Il sera enterré dans le cimetière de Condé qui se trouvait dans le département de l’Aisne (tombe n° 274). Actuellement, il repose dans le carré C de la Nécropole Nationale Française de Vauxbuin (tombe n° 344).

                Beauvais_octobre_1916       

 Remise de décorations par le général Baucheron de Boissoudy commandant  la 43e D.I. à Beauvais en octobre 1916. 

Citation à l’ordre de l’armée : 29 septembre 1916 (J.O. du 27 février 1917) : « À l’attaque du 4 septembre 1916, est parti avec les premiers éléments d’assaut, malgré la fusillade et le bombardement, pour donner les secours nécessaires aux mourants et aux blessés, et s’est porté ainsi jusqu’aux lignes les plus avancées avec un courage et un dévouement au-dessus de tout éloge. »

Citation à l’ordre de l’armée : 11 décembre 1917 (J.O. du 17 janvier 1918) : « Aumônier titulaire d’un héroïsme légendaire au régiment. S’est bravement porté avec les vagues d’assaut, se dépensant sans compter auprès des blessés et des mourants. A été tué à 15 mètres d’un fortin ennemi, dans l’exercice de ses fonctions auprès d’un officier grièvement blessé. Déjà cité à l’ordre de l’armée. »

Chevalier de la légion d’honneur à titre posthume : 27 avril 1920 (J.O. du 22 juin 1920) : « Aumônier titulaire d’un héroïsme légendaire au régiment. S’est bravement porté avec les vagues d’assaut, se dépensant sans compter auprès des blessés et des mourants. A été tué au moment où, à 15 mètres d’un fortin ennemi, il exerçait son culte auprès d’un officier grièvement blessé, le 23 octobre 1917. A été cité. » 

Pour en savoir plus :

http://amphitrite33.canalblog.com/tag/La%20Malmaison%201917

Références bibliographiques :

« La preuve du sang, livre d’or du clergé et des congrégations, 1914-1922 » paru aux Éditions de la Bonne Presse en 1925.

La photo de la sépulture de l’aumônier a été réalisée par  J. Baptiste.

La photo de Stanislas Galloudec et celle de la remise de décorations proviennent de ma collection personnelle. 

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à J.Baptiste et à J. Huret.

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