24 octobre 2009

La bataille de la Malmaison évoquée par le commandant Gaston de Chomereau de Saint-André.

                              General_de_Chomereau_de_Saint_Andr_

 Avant tout, je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude à T. de Chomereau qui a bien voulu me communiquer des documents familiaux concernant le Général Gaston de Chomereau de Saint-André lorsqu’il était officier au 149e R.I.. Je le remercie également pour  l'autorisation qu’il me donne de pouvoir les utiliser sur le blog du 149e R.I..

 

 Notice rédigée par le commandant de Chomereau de Saint-André sur la bataille de la Malmaison et destinée aux familles des soldats du 1er bataillon.

 Gaston_de_Chomereau_croix_de_guerreLe 23 octobre 1917, à 4 h 00, le 1er bataillon qui,les jours précédents,occupait les creutes Chantereine, Volvreux et Colombe, etc. est à ses emplacements d’attaque dans la parallèle de départ. Les tranchées Bourdic et des territoriaux sont occupées par la 2e compagnie (Robinet) à droite et la 3e compagnie (Mouren), à gauche, en 1ère ligne. La 1ère compagnie (Illhé) est en soutien. Les sections de mitrailleuses (de Parseval) réparties. Le chef de bataillon se trouve au centre avec le capitaine adjudant-major Guilleminot, le sous-lieutenant d’artillerie Pélegry et la liaison. Une compagnie de nettoyeurs, la 5e compagnie (Aubert) est intercalée entre les compagnies de tête et la compagnie de soutien. Un détachement du service médical avec le sous-aide-major Lebranchu, accompagne la liaison. A droite, un bataillon du 158e R.I.. A gauche, un bataillon du 109e R.I.. Derrière, se trouve le 3e bataillon (Putz) qui est placé sous les ordres du commandant du 1er bataillon et constituant avec ce dernier élément le 1er groupe d’attaque.

L’abbé Galloudec, aumônier du régiment, a tenu, de même qu’à Soyécourt, à marcher avec le bataillon de 1ère ligne. Il mourra glorieusement, au poste de combat qu’il s’était choisi.

carte_la_malmaisonL’objectif fixé sera défendu avec la dernière énergie. Ce mouvement de terrain : 190 - aboutissement du Chemin des Dames sur la route de Maubeuge – observatoires 195, jonction de trois crêtes, est en effet d’une importance capitale pour l’ennemi. L’organisation en est formidable et comporte six systèmes de tranchées, plusieurs sont à contre pente : Blocus, Lassitudes-Epreuves, Caniche-Carlin-Griffon, Basset-Hérisson, Esculape-Esope, Enoch-Egée-Loutre, avec flanquements, réseaux épais, abris bétonnés, etc.

 

(Le poteau indicateur marquant le point d’origine du chemin des Dames, a été offert par le 1er bataillon au musée de l’armée des invalides).

La garnison est constituée par les grenadiers du régiment impératrice Augusta, élite de la garde allemande. Tout cela, nos hommes le savent, mais ils ont confiance dans le succès. Ils sont calmes et décidés. Le moral est superbe. Deux jours auparavant, une reconnaissance de la 1ère compagnie, commandée par l’aspirant Laurencin, a poussé jusqu’au Blocus. Il fallait dix volontaires, il s’en est présenté cinquante…

A 4 h 45, l’heure H = 5 h 15, est communiquée a la troupe par les officiers. Un barrage préventif ennemi, ou plutôt une contre préparation de 77 et de 105, commence avec violence.

 

A 5 h 15, les hommes sont d’un bond sur le parapet. Le bataillon part, fanions déployés, aux cris de « En avant » avec une fougue splendide. Il fait nuit noire, mais les éclatements et les fusées lancées de tous côtés, éclairent le terrain bouleversé. Le vacarme est indescriptible. Sur un front de 12 km, des centaines de pièces tirent à toute vitesse. Le barrage allemand est plus intense. Des 150 se joignent aux 77 et aux 105. Les premières tranchées allemandes sont presque complètement nivelées et la direction est difficile à maintenir. Tout le monde n’a qu’une idée, il faut progresser vers l’objectif indiqué. Pas de traînards, seuls restent en arrière les hommes trop gravement atteints pour avancer quand même.

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Gaston_de_Chomereau_croix_de_guerreDès le départ, le commandant de la compagnie de gauche, le lieutenant Mouren, qui entraîne son unité avec sa bravoure habituelle s’abat, foudroyé,  ainsi qu’une partie de sa liaison. Le lieutenant Malaizé, qui lui succède, tombe presqu’aussitôt à son tour, grièvement blessé. Le mordant et l’initiative des hommes facilitent la tâche des gradés et pallient les conséquences des pertes subies, de l’obscurité et de la difficulté de se reconnaître sur un terrain dont tous les points de repère ont disparu.

A 5 h 45, les éléments de tête, serrant à bloc notre barrage roulant, vont atteindre le premier objectif, la route de Maubeuge. A notre droite, certains éléments du corps voisin, retardés légèrement par la traversée des bois, se trouvent en retrait. La fraction de liaison (1ère compagnie et la section de mitrailleuses du sous-lieutenant Lesserteur) assure avec beaucoup de décision la sécurité de ce flanc. Le chef de bataillon la fait renforcer par une équipe de stokes aux ordres de l’aspirant Valdenaire et fait appuyer de ce côté une compagnie du bataillon Putz. Le danger possible est ainsi conjuré. A gauche, un trou analogue s’est produit devant l’Ouvrage Fermé. La fraction de liaison (sous-lieutenant Loubignac de la 1ère compagnie et la section de mitrailleuses du sergent Mantelin) obvie à cet inconvénient. Un élément du bataillon Putz est poussé dans cette direction.

A ce moment, le barrage allemand est franchi ; Il a coûté des pertes sérieuses, mais n’a en rien interrompu la progression.Cimetiere_de_Conde_sur_Aisnes_1 Quelques prisonniers trouvés dans les abris non effondrés de la tranchée Griffon et de la tranchée du Basset commencent à apparaître. L’un d’eux, interrogé par le chef de bataillon, lui annonce que la 1ère ligne solide de résistance est vers la route de Maubeuge.

En effet, presque au même moment (5 h 45) des nids de mitrailleuses se démasquent sur la ligne Esculape-Hérisson, en particulier vers les points 3043, 3044, etc. Les allemands se défendent avec acharnement et notre ligne se trouve momentanément arrêtée à proximité de l’emplacement prévu pour le premier bond. Sur l’ordre du chef de bataillon, commandant le 1er groupe d’attaque, les éléments de tête du 3e bataillon qui atteignent 190, s’arrêtent un peu. Le chef de bataillon peut s’entendre directement avec le capitaine Foucher qui a pris le commandement du 3e bataillon après la disparition de commandant Putz et du capitaine adjudant-major Houel. Ordre est donné au capitaine Foucher de suivre de près la progression du 1er bataillon aussitôt qu’elle pourra être reprise. La chose essentielle à faire pour l’instant est la réduction des nids de mitrailleuses qui nous causent des pertes sensibles. Les chars d’assaut sont encore trop loin pour intervenir. Les mitrailleurs appartiennent à des détachements spéciaux et aux grenadiers Augusta : soldats choisis, ils tiennent jusqu’au bout et il faut, pour maîtriser leur résistance, l’extraordinaire mordant de nos poilus. Une série de combats sanglants s’engagent. Des hommes seront ensuite retrouvés, tués à coups de couteau de tranchée.

Gaston_de_Chomereau_General_PetainA la compagnie de droite (2e) l’aspirant Boissenin, le sergent Bossut sont tués. Cette unité a devant elle les mitrailleuses de 2743 et de l’observatoire 195, échelonnées en profondeur. Le commandant de compagnie secondé par les sous-lieutenants Daumont et David progresse de trous d’obus en trous d’obus sous la protection d’échelons de feux. Au centre, le sergent Caillet (1ère compagnie) est tué. Le lieutenant Illhé, qui après avoir enlevé sa compagnie avec un allant incomparable la dirige, debout, à découvert, les jumelles à la main, est mortellement atteint par deux balles. Le sous-lieutenant Boudène, le poignet droit traversé par une balle, lui succède et continue l’avance. A gauche, le commandant de compagnie en troisième, le sous-lieutenant Gindre –qui gravement contusionné par accident, la nuit précédente, a voulu faire l’attaque quand même – est tué à son tour, l’adjudant Defrain blessé, l’adjudant Robert Chef commande désormais cette unité. Le feu ennemi est des plus nourris, mais gradés et soldats appliquent strictement, comme sur le terrain d’exercice, les procédés de combat qui leur ont été enseignés pour la réduction des centres de résistance. Ils Les manœuvrent, les débordent, s’emparant successivement des mitrailleuses adverses.

Il est actuellement 6 h 25 et le barrage roulant français s’est déplacé. Sur la droite des rafales de mitrailleuses qui arrivaient de la ferme de la Malmaison et de la partie est du Hérisson ne réussissent pas à entraver la progression. L’adjudant Didier de la 1ère compagnie en soutien avec son peloton derrière la compagnie Robinet, estimant son intervention nécessaire a, de lui-même obliqué légèrement à droite avec beaucoup de jugement, pour compléter l’action de cette compagnie en opérant du côté de la bifurcation Hérisson-Lévrier. Secondé par quelques hommes, il s’approche personnellement après utilisation préalable de V-B jusqu’à portée de grenades à main des mitrailleuses allemandes. Un F.M du 158e R.I. se joint à lui. Cette action combinée menée avec intelligence et énergie oblige les mitrailleuses de 3043 à se rendre. Celles de 195 ne tirent presque plus. A gauche la compagnie Chef qui est solidement étayée par l’élément Loubignac opèrent d’une manière analogue vers la Loutre. Sur ce point, l’ennemi s’efforce de réagir. Une contre-attaque d’environ trois sections débouche par le boyau Egée, se rabattant ensuite face à la route de Maubeuge. Le sergent Charmier, presque seul, se jette au devant d’elle et l’arrête à coups de grenades. Renforcé par le peloton de l’aspirant Fromont, le peloton de tête de la 3e pousse en avant. La contre-attaque allemande est bousculée et dispersée. Enfin, le reste de la compagnie Boudène – dont le chef, de sa main valide tue un officier allemand – appuie énergiquement les 2e et 3e compagnies, s’intercalant dans leurs vides.

A 7 h 15, les résistances paraissent maîtrisées. Le bataillon fondu en une seule ligne, se lève tout entier à la fois et chargeGaston_de_Chomereau_Les_canons_2 furieusement sur son dernier objectif, marqué par 195 et 2746. Il le dépasse largement, dispersant quelques groupes d’allemands et muselant deux dernières mitrailleuses. Certaines fractions emportées par leur ardeur vont jusqu’au bois Planté. Ils doivent se replier en raison de notre barrage…

Les liaisons sont aussitôt complétées avec les unités sur nos flancs et en arrière et l’organisation défensive est entreprise. Chaque unité se conforme strictement aux ordres antérieurs. Aucune réaction adverse ne se manifeste après cette lutte opiniâtre et nos hommes peuvent se promener à découvert, tranquillement, sur le terrain ainsi nettoyé.  

Les pertes du bataillon sont sérieuses, mais plus que compensées par celles de l’ennemi et par le résultat obtenu. L’objectif désigné, particulièrement important dans le cadre général de l’attaque a été enlevé de haute lutte et à H + 4 : 9 h 15, les bataillons de seconde ligne, dépassent la crête si brillamment conquise, pourront descendre vers les Vallons et Chavignon, cueillant les batteries allemandes désormais sans défense.

En résumé : Fougue admirable malgré les lourdes pertes subies. Application impeccable au combat des procédés d’instruction du terrain d’exercice, esprit de sacrifice poussé au plus haut degré. Une volonté de vaincre assurant la victoire brillante et complète. Telles sont les caractéristiques de l’attaque du 23 octobre par le 1er bataillon. La page est digne de son historique et peut faire suite à celle du col de Sainte-Marie, d’Abreschwiller, de Saint-Benoît, de Lorette, de Vaux – deux fois repris par le bataillon – qui y laissait 400 hommes sur 500 et 14 officiers sur 17, mais arrêtait l’allemand, de Soyécourt et de la sucrerie de Génermont.

 

P.C. Ihlé le 24 octobre 1917.

 

Ce texte sera édité quelques temps après. En voici les premières pages qui ont été envoyées par P. Blateyron.

 

                                       LIVRET_DU_149

 

 

                livet_149_p2

 

 

                livret_149_p3

 

 Avec tous mes remerciements aux personnes suivantes :  P. Blateyron, A. Carrobi et T. de Chomereau.

 

Sources :

« Batailles et combats des chars français, l’année d’apprentissage (1917) » Lieutenant-colonel breveté J. Perré. Editions Charles Lavauzelle et cie 1937.

« J.M.O. de la 170e D.I..» Sous-série 26 N 462/4. S.H.D. Vincennes.