06 mars 2015

De la Malmaison à la frontière suisse (novembre-décembre 1917).

Photographie_de_groupe_avec_Albert_Marquand

Fin octobre 1917, le 149e R.I. et les autres unités de la 43e D.I. mènent une attaque dans le secteur de La Malmaison. À la suite de ces combats, les 2 régiments d’infanterie et les 2 bataillons de chasseurs qui composent cette division, se retirent vers l’arrière pour gagner des zones de repos qui sont situées à l’ouest de Montmirail.

L’absence du J.M.O. du 149e R.I. ne permet pas de localiser précisément les communes qui l’accueillirent au cours de cette période.

Carte_region_de_Montmirail

Legende_carte_du_31_octobre_au_5_decembre_1917

Les hommes du 149e R.I. sont installés dans des hameaux situés près de Viels-Maisons. Dans ce secteur, il n’y a pas de villes importantes. Les distractions se font rares pour les officiers et pour la troupe. Pour couronner le tout, le temps est à l’humide, le froid est au rendez-vous et le ciel est constamment gris. Des compagnies entières sont installées dans de vastes fermes. Le chauffage est défectueux. Les journées s’enchaînent… Mis à part les exercices et les corvées, aucun évènement marquant ne vient « éclaircir » la vie des hommes durant cette période. À la nuit tombante, les hommes avalent en hâte leur dîner avant de se réfugier dans la paille des granges pour de longues heures de nuit.

Le 1er décembre 1917, le colonel Boignes, qui commande le 149e R.I., est avisé du départ imminent de son régiment. Celui-ci va bientôt être transporté par voie ferrée dans la région de Vesoul.

Tous les transports des éléments de la 43e D.I  s’effectuent entre le 6 et le 8 décembre 1917. Une partie des unités du 149e R.I. monte dans les trains qui lui ont été réservés, dans la station d’Artonges. Le 2e bataillon du commandant Schalk débarque sur les quais de la gare de Vesoul. L’état-major du régiment, le 1er bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André et le 3e bataillon du commandant Fournier, descendent des wagons à Genevreuille.

Gare_de_debarquement_entre_les_6_et_8_decembre_1917

Le brancardier Louis Cretin évoque cet évènement dans son témoignage :

« … En récompense de notre brillante attaque au  chemin des Dames, les hommes partent en permission de 12 jours en deux périodes… Je quitte chez moi le 7 novembre et viens retrouver les camarades à leur cantonnement de la Celle, près de Montmirail, où nous restons jusqu’au 5 décembre, date à laquelle nous embarquons à Artonge dans la nuit. Nous passons à Château-Thierry, Langres et nous débarquons le 6 au soir à Genevreuille, près de Lure, dans la Haute-Saône. Nous cantonnons à Mollans… »

Gare_de_Genevreuille_

Comme le fait remarquer l’auteur dans son récit à propos des permissions, le quota de ses dernières a été augmenté après leur suspension probable au cours des opérations et pour aider la troupe à se remettre.

Le 149e R.I. s’établit dans les villages avoisinants la commune de Mollans. De nouveau, les hommes sont installés dans des cantonnements de qualité médiocre, mais ils ne vont pas rester bien longtemps dans cette région. Le 9 décembre, le général Camille Michel qui commande la division reçoit un préavis lui annonçant un mouvement par voie de terre, qui devra s’effectuer dans les jours suivants.

Le 10 décembre, de nombreux ordres sont envoyés aux diverses unités de la 43e D.I..Ceux-ci permettent d’affiner l’organisation et la mise en place des futurs mouvements qui vont commencer dès le lendemain.

La 43e D.I. est mise à la disposition du 40e C.A., un corps d’armée qui n’a pas de composition organique, positionné près de la frontière suisse. Les hommes du général Michel vont devoir participer à l’organisation défensive de ce secteur. Les unités doivent se préparer pour plusieurs jours de marche. Heureusement, malgré le froid, le beau temps est au rendez-vous. Les routes qui sont gelées vont tout de même donner bien de la peine aux différents équipages.

Le mouvement du 149e R.I. commence le matin du 11 décembre 1917. Dans la soirée, le régiment va s’installer à Cubry, à Cubrial et à la ferme Grande Fontaine. L’état-major du colonel Boignes prend ses quartiers à Abbenans.

Carte_du_11_decembre_1917

Après une nouvelle journée de marche, les bataillons du 149e R.I. prennent positions le soir du 12 décembre dans les villages suivants :

Le 1er bataillon à l’Isle-sur- le-Doubs.

Le 2e bataillon à Appenans.

Le 3e bataillon à Médière.

Carte_journee_du_12_decembre_1917

Le 149e R.I. poursuit sa route, le soir du 13 décembre, les hommes passent la nuit dans les communes suivantes :

Les 1er et 3e bataillons à Mathay.

Le 2e bataillon à Maudeure.

Le lendemain, le régiment arrive à destination. Tous les éléments de la 43e D.I. sont mis à la disposition du 40e C.A. qui est commandé par le général Paulinier.

Carte_journees_des_13_et_14_decembre_1917

Legende_carte_journee_des_13_et_14_decembre__1917

Le 14 décembre au soir, le  149e R.I. cantonne comme suit :

L’E.M. et le 3e bataillon à Hérimoncourt.

Le 1er bataillon à Vaudoncourt.

Le 2e bataillon à Dasle.

Les hommes sont cordialement accueillis et trouvent partout des installations confortables.

Dans un courrier envoyé à sa famille datant du 20 décembre 1917, le sergent Albert Marquand évoque la vie quotidienne à Hérimoncourt. Voici ce qu’il nous dit :

« Ici rien de bien sensationnel. Les habitants se montrent d’une gentillesse à nulle autre pareille, et partout les militaires du régiment sont traités comme des membres de la famille… Nous allons travailler tous les jours à proximité de la frontière. Départ : matin 7 h 30, travail jusqu’à 11 h 00, soupe. Reprise jusqu’à 15 h 00 et rentrée. Ce n’est guère pénible pour nous, mais on se gèle terriblement. Aussi, on a sorti toute la grande collection d’hiver. Je ne puis m’approfondir sur le travail, vous devez comprendre pourquoi. Je suis allé voir la Suisse à distance respectable… »

Les travaux dans ce secteur sont bien réglés, ils intéressent les cadres et la troupe sans les surmener. Le pays est pittoresque avec ses vallées profondes et ses vastes plateaux couverts de forêts givrées par le froid.

Sources bibliographiques :

J.M.O. de la 43e D.I. :

J.M.O. du 1er B.C.P. :

J.M.O. du 31e B.C.P. :

J.M.O. du 158e R.I. :

 « Et le temps à nous, est compté. » Lettres de guerre (1914-1919) d’Albert Marquand. Présenté par Francis Barbe, avec une postface du général André Bach. Éditions C’est-à-dire.2011.

La photo de groupe a été envoyée par Francis Barbe, elle provient de la collection de Renée Mioque.

Albert Marquand se trouve au 2e rang (4e à partir de la droite). Jean Baptiste Goudon se trouve au 1er rang (1er à partir de la droite).

« Souvenirs de Louis Cretin soldat musicien au 149e Régiment d’infanterie. »

Pour en savoir plus sur les sergents Albert Marquand et Jean Baptiste Goudon, il suffit de cliquer une fois sur les deux images suivantes :

Albert_Marquand

Jean_Baptiste_Goudon

Pour en savoir plus sur le brancardier Louis Cretin, il suffit de cliquer sur l’image suivante :

Louis_Cretin

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à R. Mioque, à F. Barbe, à D. Browarski, à T. Cornet et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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13 mars 2015

Dans le département du Doubs, du côté de la frontière suisse...

Herimoncourt

Après avoir effectué plusieurs jours de marche, le 149e R.I. prend ses nouveaux quartiers à proximité de la frontière suisse, à la mi-décembre 1917.

Le 15 au soir, deux compagnies du 1er bataillon cantonnent à Vaudoncourt, la compagnie restante du bataillon s’est installée à Montbouton. Les hommes du 2e bataillon posent le sac à dos à Dasle. Quant au 3e bataillon, il s’établit à Hérimoncourt avec l’E.M. et la C.H.R. du régiment. Tous les hommes sont confortablement logés.

Carte_1_frontiere_suisse

Durant toute cette période, le régiment va effectuer de nombreux travaux pour le compte du 40e C.A.. Il doit participer à l’organisation défensive du territoire tout en contribuant à l’amélioration des voies de communication et  à l’aménagement des cantonnements.

Pas de repos dominical pour les hommes qui doivent travailler les dimanches 23 et 30 décembre. En revanche, la troupe peut se détendre le 25 décembre et le 1er janvier.

La formation théorique n’est pas oubliée. Celle-ci  occasionne quelques changements dans l’organisation de la vie quotidienne. Le lendemain de Noël, les éléments du régiment qui partent à l’instruction sont relevés par des unités qui sont affectées aux travaux. Le stationnement du 149e R.I. est légèrement modifié. L’E.M., la C.H.R. et le 3e bataillon du régiment viennent s’installer à Seloncourt.

Carte_2_frontiere_suisse

Les chutes de neige sont abondantes. Depuis le 28 décembre, les unités chargées des travaux sont employées,en partie ou en totalité, au déblaiement des routes dans la zone de leurs cantonnements. Les travaux « ordinaires » qui sont assignés initialement aux différents groupes sont suspendus, au moins jusqu’au 30, en attendant le retour d’une météo plus clémente.

1er janvier 1918 

Une équipe du peloton de canon de 37 mm du 149e R.I. se met en route, pour suivre le cours spécial d’obusier stokes qui doit se dérouler dans la ville de Belfort.

2 janvier 1918 

Le déblaiement de la neige est dorénavant effectué dans la zone concernée par des détachements, qui sont prélevés sur les unités stationnées dans les régions les plus voisines. Le lieutenant Lobjoy du 149e R.I. cantonné à Montbouton est chargé de la surveillance de ce travail.

Le commandant du D.T. /43  vient faire une conférence sur l’emploi de la T.P.S. et de la T.S.F., aux hommes qui ne manient pas la pelle et la pioche.

4 janvier 1918 

Le 1er bataillon du 149e R.I., installé à Vaudoncourt, envoie chaque matin un nombre important de soldats, pour aller travailler à Saint-Dizier.

5 janvier 1918 

Les mouvements nécessités par la relève des bataillons à l’instruction par les bataillons aux travaux s’exécutent dans la journée. Le 2e bataillon quitte Dasle pour venir à Seloncourt. Il permute avec le 3e bataillon. La 10e compagnie prend la direction de à Vaudoncourt.

Carte_3_frontiere_suisse

Legende_carte_3_frontiere_suisse

Albert Marquand évoque ce quotidien dans un courrier adressé à sa famille :

« … Pour moi, rien de neuf, sinon que nous changeons encore une fois de cantonnement. Oh, le nouveau n’est qu’à 4 km de Dasle. Seulement, nous voilà retournés dans les villages, et ce ne sera plus la propreté et les coquets intérieurs des ouvriers de la vallée…

… là-bas, nous recommencerons les travaux à 7 kmde distance, ce qui fait 14 km par jours ! Il continue de faire un froid sibérien. La nuit, le thermomètre descend à -20° ! Les traîneaux attelés font fureur… »

Frontiere_suisse_pr_s_d_Herimoncourt

7 janvier 1918 

Les compagnies du 1er bataillon du 149e R.I. qui sont cantonnées à Vaudoncourt, et qui travaillent depuis plusieurs jours à Saint-Dizier viennent s’installer dans cette commune. Elles sont accompagnées par 120 travailleurs d’artillerie qui occupaient le village de Dasles. Le bataillon prend également à sa charge l’organisation du P.A. de Villars-le-Sec.

Carte_4_frontiere_suisse

Albert Marquand raconte dans deux autres lettres…

9 janvier 1918

«… Nous avons encore changé de cantonnement à deux kilomètres du précédent. La compagnie seule s’y trouve. Ce qui fait que nous jouissons d’une tranquillité relative du point de vue du service. Seulement, voilà le hic, pour aller travailler à la frontière,  nous devons toujours faire 7 kmaller et autant retour. Avec les glaciers qui coupent les routes actuellement, cela n’a rien d’intéressant !... »

10 janvier 1918 

« … La température change. Maintenant, il y a 50 cm de neige et les travaux sont suspendus jusqu’à nouvel ordre… »

Un exercice de liaison a lieu dans la région englobant les communes de Beaucourt, de Montbouton, de Dasle, de Vaudoncourt, et de Seloncourt. Cet entraînement se fait sous la direction du colonel commandant le 149e R.I..

11 janvier 1918 

La compagnie de mitrailleuses du 1er bataillon du 149e R.I. est désignée pour aller suivre le cours de tir indirect du fort la Rudolphe, près de Belfort.

13 janvier 1918 

Les unités de la 43e D.I. sont informées qu’elles seront bientôt enlevées par voie de chemin de fer pour être acheminées dans une nouvelle région.

14 janvier 1918 

La 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. fait mouvement pour aller cantonner à Morvillars le 14, au fort du Rudolphe le 15, pour ensuite suivre le cours de tir indirect.

15 janvier 1918 

Les unités de travail de la 43e D.I. cessent tous les chantiers engagés dans la soirée.

16 janvier 1918 

La 43e D.I. s’apprête à quitter le secteur occupé depuis la mi-décembre. Toute la journée est consacrée aux préparatifs de départ. Il faut rassembler le matériel, verser les outils au génie et mettre de l’ordre dans les cantonnements.

Malgré tous ces dispositifs, certains ordres sont maintenus. Le sergent Boisset, un caporal et 8 hommes du peloton de bombardiers du 149e R.I. devront se mettre en route le lendemain pour rejoindre la caserne Bougerel de Belfort. Ils ont tous été désignés pour suivre les cours sur l’utilisation des lance-flammes.

Les bataillons du 149e R.I. s’apprêtent à boucler les sacs à dos. Ils doivent se tenir prêts à rejoindre les quais de gare où les attendent les trains qui vont les acheminer vers une région qu’ils connaissent bien. Direction les Vosges…

Sources bibliographiques :

J.M.O. de la 43e D.I. : S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/7.

J.M.O. du 1er B.C.P. : S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 815/4

J.M.O. du 31e B.C.P. : S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/28.

J.M.O. du 158e R.I. : S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 700/14.

« Et le temps à nous, est compté. » Lettres de guerre (1914-1919) d’Albert Marquand. Présenté par Francis Barbe, avec une postface du général André Bach. Éditions « C’est-à-dire ».2011.

« Souvenirs de Louis Cretin soldat musicien au 149e Régiment d’infanterie. »

Pour en savoir plus sur le sergent Albert Marquand il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Et_le_temps___nous_est_compt__

Pour en savoir plus sur le brancardier Louis Cretin, il suffit de cliquer sur l’image suivante :   

Carte_postale_Louis_Cretin_1

Un grand merci à M. Bordes, à R. Mioque, à F. Barbe, à D. Browarski, à T. Cornet et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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20 mars 2015

À bicyclette du côté de la frontière suisse.

Raymond_Bonnefous_janvier_1918

Une nouvelle fois un très grand merci à N. Bauer pour son autorisation de publier ici une autre partie du  témoignage laissé par son grand-père, Raymond Bonnefous.

À la mi-décembre 1917, le médecin sous-aide-major Raymond Bonnefous est installé à Pont-de-Roide. Il est responsable d’une infirmerie qui se trouve à l’intérieur de l’Hôpital Hélène Peugeot. La veille de Noël 1917, il apprend sa mutation au 149e R.I..

16 décembre 1917

C’est dimanche, mais je ne peux ni me changer, ni aller à la messe. J’habite à l’extrémité du patelin, et Adam n’a pas pu me trouver encore. Toute la journée, je fais des courses pour le cantonnement.

17 décembre 1917

Il faut installer une infirmerie de cantonnement. Nous allons visiter l’hôpital Peugeot, où on nous abandonne une aile de bâtiment : 4 pièces meublées avec électricité et chauffage central. Nous y installons aussitôt ma salle de visite et le cabinet dentaire. L’après-midi se passe à la pâtisserie, aux cafés, aux docks.

18 décembre 1917

La pâtissière, chez qui j’ai logé Collard, nous invite à goûter l’eau-de-vie de prunes qu’elle vient de distiller, et nous fait manger quelques bons chaussons, quoique ce soit jour sans gâteaux. Nous allons ensuite à notre P.C. de l’hôpital Peugeot, où la clientèle civile commence à rappliquer chez le dentiste.

Le soir, le médecin-chef nous rejoint, rentrant de permission.

H_pital_Peugeot

19 décembre 1917

Nous allons voir la coulée de la fonte à l’usine de Fourneau. Le matériel est un peu ancien, mais c’est intéressant tout de même.

20 décembre 1917

Avec le médecin-chef et l’abbé Bruneau, nous grimpons à la batterie des Roches. C’est un ouvrage qui domine Pont-de-Roide et la vallée du Doubs, et qui fait partie du fort du Lomont. On aurait, sans la brume,un coup d’œil splendide.

21 décembre 1917

Avec Papot, nous filons en auto sanitaire à Montbéliard, puis en vélo nous pédalons jusqu’à Sochaux pour voir nos anciens logeurs et nous rentrons à Pont-de-Roide pour dîner.

22 décembre 1917

Le patron nous entraîne avec Chenu sur la route de Porrentruy dans une ballade monotone et sans intérêt.

Eglise_de_Pont_de_Roide

23 décembre 1917

C’est dimanche. À 9 h 30, grande messe solennelle. La population est très religieuse, et l’église est bondée de monde. Le père Bruneau nous place dans les stalles du chœur, en face du général et de son État-major. Musique agréable.Nous tuons l’après-midi au cinéma d’abord, puis au café.

24 décembre 1917

En revenant de l’hôpital passer ma visite, je rencontre Pierrot, un sous-aide-major du 12e d’Artillerie, qui m’aborde pour me demander quel jour je compte rejoindre mon nouveau poste au 149e.

Je suis tout ahuri de cette nouvelle, mais Pierrot m’exhibe la circulaire, où je lis en effet ma mutation avec Lebranchu du 1er bataillon au 149e. Je fais une grande sensation à table en annonçant cette nouvelle qui fait s’exclamer tout le monde. L’après-midi, nous allons avec le médecin-chef en prendre confirmation chez le médecin divisionnaire ; à la réflexion, je regrette bien de quitter le groupe, mais je ne suis pas fâché de passer enfin dans un corps de troupe, et surtout au 149e, où je retrouverai M. Rouquié.

25 décembre 1917

Après une messe de minuit remarquable où, grâce au père Bruneau, nous avons un bout de banc dans le chœur, un réveillon fantastique se prolonge à la popote jusqu’à 5 h 00. On boit, on chante, on s’amuse, et le père Bruneau est endiablé. Le soir, à dîner, de nouveau champagne et plats fins : de nouveau, piano mécanique et chansons.

26 décembre 1917

On hospitalise Calippe dans mon service ; il traîne la patte de plus en plus et m’avoue aussi une autre petite misère. On soignera le tout à la fois. D’ailleurs, il ne s’ennuie pas pour la première journée. Deux clientes assidues de Collard, des dactylos de Peugeot,viennent lui tenir compagnie, et de plus en plus, je passe tout mon temps dans mon service confortable ; j’aide Collard à soigner ses gentilles clientes.

Le patron décide de me garder jusqu’après le jour de l’An et me fait écrire en ce sens à M. Rouquié et à Lebranchu.

27 décembre 1917

Il a été décidé hier, au cabinet de Collard, qu’on prendrait ce soir le thé chez moi. À 17 h 00, tout est prêt ; de bons gâteaux reçus de la maison sont sur la table, le feu chauffe bien, mais… nous passons jusqu’à 7 h 00 sans voir venir nos invités.

28 décembre 1917

Nous faisons d’amers reproches à l’hôpital à M… et à A… pour leur lapin d’hier soir et passons avec eux une bonne soirée. La neige a cessé ; il fait un clair de lune splendide et l’effet sur la neige est vraiment très joli. Le thermomètre est à – 16°, et le Doubs est entièrement pris. D’ailleurs, on ne voit plus circuler que des traîneaux.

29 décembre 1917

Avec le médecin-chef et M. Jourdan, nous faisons une nouvelle ascension dans la neige à la batterie des Roches et je rentre vite chez moi à 17 h 00. Cette fois, les invités sont exacts au rendez-vous et nous passons une soirée agréable.

30 décembre 1917

Hier, j’ai reçu une lettre de Lebranchu disant qu’il m’attendait le 29. Je décide d’aller m’entendre avec lui, et par ce bel après-midi de dimanche, je file en vélo par Mattay, Mandeure, Valentigney et Seloncourt. À Seloncourt, je m’arrête à l’infirmerie du régiment, où on m’apprend que M. Rouquié est absent depuis 3 ou 4 jours ; je monte jusqu’à Vaudoncourt, village de cultivateurs. Lebranchu  ne fait aucune difficulté pour m’attendre jusqu’au 3 ; il me présente à l’aide-major, M. Richard, un jeune homme qui semble très doux et très sympathique et je fais demi-tour pour arriver à Pont-de-Roide  à la nuit noire. Il gèle toujours très fort, aussi j’ai rencontré dans toutes les descentes quantité de lugeurs et lugeuses.

Carte_journee_du_30_decembre_1917

31 décembre 1917

Le dernier jour de l’année s’écoule bien tranquillement. Le soir, on lunche à 18 h 00 ; on joue au baccarat jusqu’à 22 h 00, puis dîner somptueux, champagne, laïus du patron, réponse de Jourdan, piano mécanique et chansons. 1917 est enterré. Que sera 1918 ??????

1er janvier 1918

Nous commençons l’année par une grande messe solennelle ; l’église de Pont-de-Roide est aussi pleine que le jour de Noël. L’après-midi, nous courons à un concert offert aux Rudipontains par les ambulances et l’artillerie de tranchées. Il a lieu dans une grande salle de l’usine Peugeot. Le tout Pont-de-Roide s’y est donné rendez-vous et bien avant l’heure, la salle regorge de monde. Nous arrivons à temps pour pouvoir choisir nos places et… nos voisins. Je m’installe confortablement derrière A... et à côté de madame la pharmacienne, une jeune dame très musicienne et fort aimable. Le concert est dans le style de tous les concerts offerts par les poilus, plutôt salé. Le temps ne me semble pas long, mais il fait un froid terrible, et les pieds sont glacés. Heureusement, A… a apporté une précieuse bouillotte que je réussis à partager un instant avec ma voisine.

À la sortie, nous allons finir la soirée à l’hôpital avec ce pauvre Calippe, qui s’ennuie désespérément.

2 janvier 1918

C’est la journée des paquets et des adieux. A… et M… viennent me voir le matin à l’hôpital. Toute l’après-midi, je n’ai pas une minute à moi. Je cours de l’hôpital chez Ducuing, de chez Ducuing à chez moi,pour revenir à 18  h 00 à l’hôpital, ce qui représente un certain nombre de km.  A… et M… sont chez Collard, tandis que Jourdan et autres encombrent la chambre de Calippe. On s’isole sans eux.

À 19  h 00, on se retrouve réunis pour la dernière fois à la popote. Le médecin-chef est vraiment charmant pour moi ; depuis hier, ma popote est à son compte ; ce soir, c’est lui qui fait les frais du dîner, et quel dîner ! Vins fins du commencement à la fin, champagne à flots, et pour finir speech tout à fait aimable du patron qui m’accable de compliments et de confusion. Collard et Morise, d’ailleurs un peu noirs, ont les yeux pleins de larmes, et quand je veux répondre au patron, je suis moi-même tellement ému qu’au bout de quelques mots je ne peux plus articuler… Mais avec les chansons, la gaieté reprend le dessus et M. Bruneau entraîne les rires de l’assemblée.

Vraiment, c’est au moment de la séparation qu’on mesure surtout le degré de sympathie et d’affection qui vous unit aux camarades, et je ne m’étais pas rendu compte de l’attachement que j’avais pour le groupe.

3 janvier 1918

Passage au 149e R.I.

 Après avoir bouclé mes cantines, je cours à l’hôpital. De l’usine Peugeot, A… me guettait à mon passage sur le pont pour me faire ses adieux. Je vais vite serrer la main à Calippe, aux infirmiers, et je file à la popote, où je déjeune en vitesse, et après avoir fait mes adieux aux camarades, je monte en traîneau avec un conducteur. On m’a donné un bon trotteur, et j’arrive rapidement à Seloncourt où M. Rouquié me souhaite la bienvenue. Je suis à Vaudoncourt à 14 h 00. et Lebranchu reprend mon traîneau. M. Richard me présente à 17 h 00 au commandant de Chomereau, qui me fait un accueil très affable ; à 18 h 30, réunion à la popote ; M. Richard me présente successivement au capitaine adjudant-major Guilleminot, au capitaine Quinot, commandant la 1ère compagnie, à Roncin, un de ses sous-lieutenants, au lieutenant de Parseval, commandant la 1ère C.M., un bébé à qui on donnerait 15 ans et qui est de la classe 16, à son sous-lieutenant Lesserteur, un bon gros qui a l’air brave type. La 2e et la 3e compagnie ne sont pas là. La 3e est à la Cité du Val, un petit village à 2 km d’ici, et où je dois aller demain passer la visite.

La première impression est assez bonne, mais on sent nettement qu’il n’y a pas là l’homogénéité du G.B.D. et qu’on rencontre un peu de tout.  Après dîner, je regagne vite ma chambre, où m’attend un bon feu. J’ai pris l’ordonnance de Lebranchu, un Vosgien, qui a l’air bien stylé et répond au nom de Bolot.

4 janvier 1918

À 8 h 00, je pars à la Cité du Val, accompagné d’un brancardier. Après la visite, je vais me présenter au capitaine commandant la 3e Cie, le capitaine Liétout, un grand blond maigre, élégant et froid ;  je fais connaissance avec son sous-lieutenant Viard, un blond, joli garçon et qui a l’air de le savoir.

En rentrant, je passe à l’infirmerie ; le personnel infirmier et brancardier me fait très bonne impression ; ils sont tous polis et bien disciplinés. Je fais plus ample connaissance avec M. Richard, décidément tout à fait chic, bon garçon, avec qui, j’espère, je m’entendrai très bien.

À table, à 11 h 00, on me présente à 2 sous-lieutenants qui d’ailleurs sont mes voisins de chambre (ils étaient hier à Montbéliard) Boudène, un jeune décoré de la classe 15 de la 2e compagnie et Loubignac, de la 1ère.

Après déjeuner, on va tous ensemble au pont Sarrazin, un pont naturel franchissant un ravin sous bois, où M. Richard nous photographie. La musique du régiment vient jouer ensuite à Vaudoncourt ; on se gèle  à l’écouter, mais il faut faire acte de présence.

5 janvier 1918

Avec M. Richard, nous allons à Beaucourt, la capitale des Japy, gros bourg usinier sans intérêt, où se trouve en ce moment le Q.G. du 40e C.A., auquel nous sommes momentanément rattachés pour les travaux.

6 janvier 1918

Nous devons partir demain pour nous rapprocher encore de la frontière et des chantiers où travaillent les compagnies. C’est dimanche. Le caporal infirmier Leclerc, qui est prêtre, dit la messe au bureau de bataillon. L’après-midi, je prends le vélo du cycliste de l’infirmerie et je descends à Hérimoncourt, où est cantonné le 1er B.C.P.. Je serre la main de Penet et de quelques officiers qui écoutent la fanfare et je rentre avant la nuit.

7 janvier 1918

Grandvillars_au_bon_marche

À 9 h 00, le bataillon quitte Vaudoncourt. Le mouvement se fait par compagnies, aussi nous partons à part par les sentiers sous bois. Il dégèle et on patauge. Nous arrivons à 10 h 30 à Saint-Dizier, un village tout en longueur, perché sur un plateau. Nous retrouvons là la 2e Compagnie  commandée par le lieutenant Robinet, et la 3e qui est venue de la Cité du Val. Voilà donc le bataillon au complet, et on est 14 à table. L’officier de cantonnement m’a logé dans la maison de la popote, au 2e dans une petite chambre. J’ai donc un lit, c’est tout ce qu’il me faut.

Carte_journee_du_7_janvier_1918

Legende_carte_journee_du_7_janvier_1918

Pour notre début dans le patelin, nous avons une histoire : le lieutenant Robinet s’est battu la nuit dernière avec un homme du 109e, cantonné dans le village, et l’a blessé. Je lui propose d’aller à Morvillars prendre de ses nouvelles ; il accepte avec joie, et je file avec la boue, la pluie et le vent ! Une longue descente m’amène à Léhétain ; puis je traverse Delle et je prends la route de Morvillars, qui m’est familière ; à Grandvillars, je stoppe au « Bon Marché » où on me demande des nouvelles des dentistes ; puis je passe au débit de tabac, où Mlle Fernande me sort d’une cachette 2 paquets de cigarettes Maryland. À Morvillars, je vais prendre des nouvelles du blessé, qui n’a qu’une écorchure ; puis je passe chez les Juillet, où on me fait un bon thé à la crème et je repars, le vent dans le nez. Je suis à Delle où la nuit est noire ; je souffle un moment à la pâtisserie, puis je repars pour arriver péniblement à la popote juste à l’heure du dîner.

8 janvier 1918

La neige tombe serrée toute la journée et nous bloque à la popote.

9 janvier  1918

Encore la neige ! Impossible de sortir.

10 janvier 1918

toute la nuit, un vent violent a amoncelé la neige par endroits, et les compagnies travaillent toute la journée à frayer un passage au ravitaillement et à dégager en particulier la route de Croix, où des fourgons de douaniers sont bloqués par la neige. Je vais faire un tour de ce côté là, et par endroits, j’enfonce jusqu’au-dessus des genoux. Je pousse néanmoins jusqu’à Croix où je rencontre le lieutenant Jeand’heur qui m’offre à sa popote un petit verre de bon kirsch !

11 janvier 1918

Après midi, je prends mon courage à deux mains et je pars à pied pour Hérimoncourt. Dans le bois d’Holaud, la piste est encore mal faite. Après la traversée d’Abbevillers, ça va mieux, et une longue descente en lacets m’amène à Hérimoncourt où je passe un moment avec Penet. Au retour après Abbevillers, Jeand’heur me rattrape en traîneau et me porte jusqu’au carrefour de la Croix.

12 janvier 1918

Il fait beau, mais l’après-midi, M. Richard s’absente et je suis donc obligé de rester au cantonnement. Les jeunes filles de la popote me tiennent compagnie, et le soir tous ensemble, après dîner, on joue avec elles à la bague et au furet. Dans l’après-midi, une tuile. M. Richard soignait ces jours-ci un gosse atteint d’une méningite tuberculeuse. Pendant son absence, on m’appelle vite, et j’arrive pour voir mourir le gosse dans une dernière convulsion.

13 janvier 1918

C’est dimanche. Il fait un temps affreux : pluie ininterrompue qui fait sur la neige un mélange glissant. Le caporal Leclerc chante la grand-messe à l’église. Toute la journée, le mauvais temps nous bloque à la popote, où on bâille à s’en décrocher la mâchoire.

14 janvier 1918

Je me lève de bonne heure par un temps sec et radieux. À 9 h 00, je pars en vélo, et malgré les difficultés que j’éprouve jusqu’à Vaudoncourt pour traverser les amoncellements de neige gelée, et descendre les côtes lisses et glissantes, je suis à 11 h 00 à Pont-de-Roide. Après déjeuner, je vais voir à l’hôpital ce pauvre Calippe, qui a eu ces jours-ci d’abondantes hémoptysies et dont le pied ne s’améliore pas ; je lui tiens compagnie pendant une heure, puis je vais passer un moment à la pharmacie, et comme j’en sors avec Collard, nous nous trouvons nez à nez avec A… et M… ; pendant une heure on se promène le long du Doubs ; ensemble, on retourne à l’hôpital et après des adieux émus à Calippe, que je ne reverrai sans doute jamais, je prends le chemin du retour ; à Seloncourt, où je m’arrête un moment chez le médecin-chef, je me laisse surprendre par la nuit et je rentre avec un gros retard à cause de l’état de la route.

15 janvier 1918

Malgré un vent furieux, je descends jusqu’à Delle faire des emplettes en vue du départ qu’on annonce pour vendredi.

16 janvier 1918

Du vent et de la pluie. J’en profite pour mettre à jour ma correspondance.

17 janvier 1918

Veille de départ. Je retourne à Delle compléter mes achats.

18 janvier 1918

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 Lever à 3 h 30. Départ dans la nuit à 4 h 30 par Dasle, Audincourt, jusqu’à Voujeaucourt, soit 19 km. On déjeune avant d’embarquer à l’Hôtel de la Gare et vers midi le train démarre, emportant avec lui le bataillon et la Cie 21/2 du Génie. Heureusement, le voyage ne sera pas long, car on est très serré… Le Doubs que nous franchissons a largement débordé et complètement submergé une route qui le borde… Dans le compartiment, on chante à tue-tête. Nous traversons successivement Belfort, Lure, Luxeuil, Épinal, le dépôt du régiment, où personne n’est venu le voir passer et Bruyères.

19 janvier 1918

À 1 h 30 du matin, on nous débarque à la Chapelle, et le bataillon prend la route de Corcieux.

Carte_journee_du_19_janvier_1918

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 L’étape est pénible, car nous avons à peine dormi la nuit précédente, pas du tout celle-ci, et les jambes sont raides après ce trajet en chemin de fer, succédant à une étape de 20 km. À Corcieux, nous laissons le commandant, la 1ère Cie et M. Richard. Je continue avec les 2e et 3e et le service médical. Le jour se lève et nous grimpons une côte interminable ; chaque lacet de la route nous montre un nouveau lacet plus haut ; les hommes sont vannés, et la file des traînards s’allonge, s’allonge. Enfin, voilà le sommet et le village des Arrentès, où je dois cantonner avec la 3e Cie. Après avoir installé l’infirmerie à la mairie, je me couche à 20 h 00 dans une très modeste chambre au-dessus d’une auberge et je dors profondément dans un mauvais lit jusqu’à 23 h 00. Je fais popote avec le capitaine Liétout et Viard et les repas dans la chambre du capitaine sont plutôt silencieux.

Sources :

Toutes les informations présentées dans cette petite notice m’ont été données par N. Bauer, la petite-fille de Raymond Bonnefous.

Pour en savoir plus sur Raymond Bonnefous il suffit de cliquer sur l’image suivante :

Raymond_Bonnefous__Arcy_Sainte_Restitue_

L’histoire de Raymond Bonnefous durant la Grande Guerre peut se lire dans le roman de N. Bauer « Des garçons d’avenir » publié en 2011 aux Éditions Philippe Rey.

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Un grand merci à N. Bauer à M. Bordes et à A. Carobbi.

27 mars 2015

Les premiers mois de l'année 1918 sur le front des Vosges (1ère partie).

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Le 149e R.I et toutes les unités de la 43e D.I. viennent de quitter le département du Doubs. Les premiers éléments de la division, qui ont commencé à se mettre en mouvement à partir du 17 janvier, sont transportés par voie de chemin de fer dans la région vosgienne de Bruyères-Corcieux. Les unités de la division du général Camille Michel doivent se tenir prêtes à relever celles de la 166e D.I. qui sont installées entre le col du Bonhomme et Provenchères-sur-Fave.

Dans ce secteur, qu’une poignée d’anciens, toujours présents au 149e R.I. connaissent bien, le front est resté, à peu de chose près, identique à celui de 1914. Seuls quelques villages sont « passés » du côté allemand.

La zone dans laquelle va s’installer la 43e D.I. est réputée pour être difficile d’accès. Ici, personne n’aurait l’idée de lancer une offensive de vaste envergure. Cette ligne de front bénéficie depuis plusieurs mois d’une sorte d’immunité qui la protège de toute agression massive. Les attaques françaises de 1915 et de 1916, visant à faire progresser l’infanterie dans les Vosges et en Alsace, ont fait rentrer quelques noms dans la mémoire collective. Périodiquement, les communiqués officiels rappellent certains d’entre eux : l’Hartmannswillerkopf, le Linge, le Violu, et le Ban de Sapt. En dehors de ces lieux, le coin est réputé pour être calme.

Il est important de signaler que, même si un secteur est donné comme étant une zone calme, cela ne veut pas dire qu’il y fait bon vivre. Des coups de mains réguliers, des patrouilles quasi journalières pour essayer de savoir ce qui se passe du côté de l’ennemi, de rudes et pénibles travaux effectués par les hommes en première ligne, des bombardements très localisés, parfois d’une extrême violence, sont le lot quotidien vécu par les hommes, au cours de cette période hivernale.

Installation du 149e R.I. en Lorraine 

18 janvier 1918 

Les premiers éléments du 149e R.I. viennent s’installer dans le secteur de Corcieux. Les mouvements de la 43e D.I. se poursuivent tout au long de la journée.

19 janvier 1918 

Les ordres de relève en première ligne commencent à être donnés aux officiers concernés. Les éléments de la 166e D.I. qui occupent le secteur depuis le mois de juillet 1917 vont bientôt être remplacés par ceux de la 43e D.I..

20 janvier 1918 

Carte_1_Vosges_janvier_1918

En attendant de rejoindre ses nouveaux emplacements, le 149e R.I. a pris position dans les villages suivants :

E.M. à Corcieux

C.H.R. dans les baraquements du camp de Corcieux et de Ruxurieux

1er bataillon à Ruxurieux, Mariemont et Arrentès-de-Corcieux

2e  bataillon à Neune, Vienville et Thiriville

3e bataillon à Bellegoutte, Rambaville, la Charmelle, le Haut-de-Bémont, la Vichibure et le Chenet

21 janvier 1918

Le 149e R.I. quitte les lieux occupés la veille. Il doit se rapprocher de la zone de front. Dans la soirée, les 3 bataillons du régiment cantonnent dans les communes suivantes :

1er bataillon à Clefcy

2e bataillon à Fraize

3e bataillon à Plainfaing

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Louis Cretin évoque cette période dans son témoignage :

« … Après un repos excellent dans le Doubs à Hérimoncourt et Seloncourt, nous cantonnons à Corcieux le 18 janvier 1918, après notre arrivée par le train à Laveline-devant-Bruyère. Le 19, repos, le 20, nous partons à pied, nous traversons le col du « plafond » Anould et nous venons cantonner à Fraize où nous demeurons jusqu’au 23. »

Au cours de cette journée, une compagnie de mitrailleuses du 31e B.C.P. est mise à la disposition du 149e R.I. pour remplacer la C.M. 1 du 149e R.I. qui est toujours détachée au cours de tir indirect, au fort du Rudolphe. Il est prévu que cette compagnie rentre aux alentours du 31 janvier.

Le secteur 

L’auteur de l’ouvrage « La 43e Division pendant la campagne de 1918 » nous donne quelques précisions sur la situation du secteur.

Les premières positions ne sont vraiment pas fameuses, leurs lignes successives sont très mal protégées et les réseaux de fils de fer sont particulièrement clairsemés. Du fait qu’il n’y ait jamais eu de grandes offensives dans cette zone depuis quatre ans, personne n’a jamais pris ni la peine, ni le temps de faire construire de robustes abris. Les hommes vivent en toute tranquillité dans des baraquements fabriqués à partir de simples planches et qui sont livrés à la seule défense de la forêt.

Depuis longtemps, les deux antagonistes cherchent à faire d’importantes économies d’effectifs. La densité des troupes d’occupation est donc réduite à son minimum. Le secteur est très peu garni en largeur, il ne l’est pas davantage en profondeur. Les réserves au niveau des divers échelons du commandement sont quasiment inexistantes.

Répartition des unités de la 43e D.I. 

Du fait de la grande surface à couvrir le commandement de la division est organisé de la manière suivante :

L’échelon de l’infanterie divisionnaire est purement et simplement supprimé. C’est depuis Saint-Dié que le général Camille Michel commande directement les trois sous-secteurs occupés par sa division.

Le premier sous-secteur, qui se trouve à gauche, est pris en charge par les bataillons de chasseurs. Les 1er et 31e B.C.P., qui se sont installés dans la vallée de la Fave, tiennent au nord de la rivière, les pentes de l’Ormont et au sud la croupe du Camp Romain. Le deuxième sous-secteur qui se trouve au centre du dispositif est protégé par le 158e R.I. renforcé par un bataillon du 143e R.I.T. Tous ses hommes sont à cheval sur la route du col de Sainte-Marie. Le 149e R.I. prend place dans le troisième sous-secteur avec un détachement de cavaliers à pied. Les trois bataillons du régiment sont échelonnés sur les hauteurs boisées de la Cude, du Violu et du Rocher du Coq de Bruyère. Le colonel Boigues s’installe dans le P.C. Brial.

Au jour le jour 

Le_Violu_2

23 janvier 1918

Le 2e bataillon du 149e R.I. relève un bataillon du 294e R.I. à la Grande Goutte, celle-ci se passe sans incident.

24 janvier 1918

Le colonel Boigues du 149e R.I. prend le commandement du sous-secteur A à partir de 8 h 00.

25 janvier 1918

Le 3e bataillon du 149e R.I. quitte Plainfaing pour venir relever un bataillon du 294e R.I. qui se trouve au C.R. Violu.

26 janvier 1918

Dans la nuit du 25 au 26, le 1er bataillon du 149e R.I. et la C.M. 2 du 1er B.C.P. de Clefcy relèvent un bataillon du 294e R.I. au C.R. de la Cude.

Carte_3_Vosges_janvier_1918

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27 janvier 1918

Des officiers allemands sont aperçus dans la tranchée de Constantinople vers 9 h 15, mais il ne se passe rien de plus. Plusieurs patrouilles sont envoyées pour vérifier le réseau de fils de fer.  

28 janvier 1918

Le colonel Boigues est informé que la C.M.1 de son régiment vient de terminer les cours de tir indirect de Belfort. Cette compagnie doit débarquer le 29 janvier à Corcieux-Vanémont puis cantonner jusqu’au lendemain à Vanémont.

Quelques tirs de harcèlement ont lieu sur tout le secteur, mais la journée reste calme dans l’ensemble. 

Une patrouille est envoyée dans le secteur occupé par le 3e bataillon du 149e R.I. Elle doit effectuer une mission de reconnaissance, et vérifier l’état des réseaux de barbelés. Une partie du secteur T 31, situé dans un espace de 50 à 80 m de large est visité. Dans la zone qui fait face à une tranchée entre T 31 et T 32, les hommes constatent trois brèches de 5 m de longueur, qui sont espacées d’une distance de cinquante mètres les unes des autres. Le réseau français qui se trouve en face est intact.

Les fermes Gretschy et Wustenloch qui se trouvent en face du 2e bataillon du 149e R.I. sont inoccupées par l’ennemi.

Poste_de_commandement_la_Cude

Tout au long de la journée, des travaux d’amélioration sont effectués dans les abris, dans les tranchées et dans les boyaux. Il est demandé aux hommes d’accorder une attention toute particulière au camouflage. La pose de fil de fer reste l’activité principale du fantassin.

Un boyau de jonction entre le P.C. combat et le boyau du soldat Servant est en cours de construction dans le C.R. de la Cude.

29 janvier 1918

La journée est calme. Il y a simplement une faible activité d’artillerie de part et d’autre. Une patrouille allemande est repoussée à coup de grenades devant le Violu.

30 janvier 1918

À 0 h 30, une patrouille ennemie constituée de 12 hommes s’approche à 150 m de P.P.6. Celle-ci est accueillie par le feu nourri d’un F.M. et par le jet d’une vingtaine de grenades. Elle se retire aussitôt.

Une patrouille française est envoyée vers 7 h 00, celle-ci constate que les réseaux ont été endommagés. Les hommes découvrent également un cadavre, des armes et des équipements qui ont été abandonnés sur place. Deux heures plus tard, une quinzaine d’Allemands sont vus en train d’examiner nos lignes.

Vers 13 h 15, l’ennemi effectue quelques tirs de mitrailleuses sur le C.R. de la Cude à partir du château de Fête. À 22 h 45, des mitrailleuses ennemies arrosent le secteur du ravin de la Cude.     

La_Cude_1

Des travaux de pose de réseaux sont effectués. Des abris de mitrailleuses et des emplacements de F.M. sont également aménagés.

De très nombreux tirs d’artillerie sont échangés tout le long de la journée et tard dans la soirée.

Peu avant 23 h 00, l’artillerie allemande effectue des tirs violents sur les premières lignes françaises du côté du P.A. du Ravin, du P.A. Regnault, de la Rotonde et sur l’observatoire Pacchiodo.

La compagnie de mitrailleuses du 1er bataillon du 149e R.I. doit se mettre en route pour venir s’installer à Verpellière en fin de journée. Elle suit l’itinéraire Corcieux, Anould, Fraize, la Croix-aux-Mines.

Les problèmes de relève de la C.M.2 du 1er B.C.P. par la C.M.1 du 149e R.I., doivent être réglés par le colonel qui commande l’I.D..

Carte_4_Vosges_janvier_1918

Quatre soldats du 149e R.I. sont blessés au cours de la journée.

31 janvier 1918

La nuit du 30 au 31 est marquée par une tentative de coup de main réalisé par les Allemands sur la région nord du C.R. la Cude. L’affaire a débuté à 22 h 40, avec un violent tir de minen et d’artillerie sur les organisations du P.A. Regnault. Les communications subissent également des tirs de mitrailleuses.

Des fantassins ennemis attaquent en même temps les P.P. des Ta 46, Ta 48 et Ta 50.  Après une âpre lutte à la grenade et conformément aux ordres reçus les Français se replient rapidement, sur une ligne de résistance pour s’y reformer en groupe de combat.

Le barrage et le tir de contre-préparation, en partenariat avec l’artillerie de la 167e D.I., se déclenchent dans des conditions satisfaisantes. Les P.P. ont été réoccupés peu après minuit lorsque le calme est revenu, le P. P. 50, lui, l’a été à la suite d’un rapide engagement à la grenade. La tentative de l’adversaire a ainsi complètement échoué.

Le sergent Louis Perein de la 2e compagnie du 149e R.I. est tué, il y a également sept blessés au régiment pour cette journée.

Durant les semaines qui vont suivre, le 149e R.I. et les autres éléments de la division vont s’efforcer d’améliorer leurs conditions de vie qui restent particulièrement fragiles et défectueuses sur le terrain.

Sources :

J.M.O. du 174e R.I. S.H.D. de Vincennes Réf : 26 N 710/6

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes Réf : 26 N 344/7

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 » Mayence grande imprimerie moderne. 1922.

La  carte donnant les positions des trois bataillons du 149e R.I. a été réalisée simplement à partir des indications données dans le J.M.O. de la 43e D.I. qui est cité dans les sources. La marge d’erreur des positions des bataillons risque d’être assez importante. Cette carte n’est donc là que pour se faire une idée vraiment très approximative des positions occupées par les trois bataillons du régiment pour la période du mois de janvier 1918.

Le fond de carte utilisé provient du J.M.O. du 112e R.I.T.. Elle peut se consulter sur le site « Mémoire des Hommes ». Référence du J.M.O. du 112e R.I.T. : 26 N 796/15. 

Un grand merci à  M. Bordes, à A. Carobbi,  à É. Mansuy et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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03 avril 2015

Paul Marie Gustave Boigues (1864-1950).

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Paul Marie Gustave Boigues voit le jour le 27 mai 1864 dans la ville portuaire du Havre. Il naît dans une chambre du domicile de son aïeul maternel, qui est situé au n° 65 de la rue de la Côte. À sa naissance, son père Pierre Gabriel est un jeune propriétaire qui est âgé de 28 ans et sa mère, Esther Marie Quesnel, une femme âgée de vingt ans. Ses parents vivent au n° 12 de la rue Roquepine dans le 8e arrondissement parisien. Pierre Gabriel et Esther auront également deux filles, Claire et Édith.

Après avoir obtenu son baccalauréat ès lettres complet, le jeune homme poursuit ses études. Élève au collège Stanislas de l’université de France, il tente et réussit le concours d’entrée de l’école spéciale militaire. Le 27 octobre 1883, Paul Marie Gustave Boigues se rend à la mairie de Nevers pour venir signer un engagement volontaire, d’une durée de cinq ans, avec l’armée.

Saint-Cyrien de la promotion Madagascar, l’élève Boigues débute sa formation d’officier au début du mois de novembre 1883. Nommé caporal le 1er avril 1885, il sort de l’école avec le n° 62 sur 411. Une fois son diplôme obtenu, le sous-lieutenant doit rejoindre la Haute-Normandie où il est attendu au 74e R.I. en octobre 1885.

Une carrière militaire bien remplie

Le 7 mars 1889, Paul Marie Gustave Boigues est nommé lieutenant. Il doit passer au 5e R.I. qu’il ne rejoint pas, ayant été maintenu au 74e R.I. quelques jours plus tard. En 1887, il suit les cours de l’école de tir de Châlons, obtenant à la sortie le n° 9 sur 63 élèves et la 6e mention honorable, avec citation au bulletin officiel.

Très bien noté dans son régiment, il est admis à suivre les cours de l’école supérieure de guerre ; il s’apprête à quitter la ville de Rouen, où il est resté 9 ans, pour rejoindre Paris où il débute sa nouvelle formation le 1er novembre 1892.

Le 31 octobre 1894, les cours théoriques s’achèvent. Élève brillant de la 18e promotion, il obtient son brevet d’état-major avec la mention « très bien ».

Le lieutenant Boigues va devoir maintenant effectuer son stage pratique. La veille de Noël 1894, il est promu au grade de capitaine. Après ses trois mois de congé de fin de cours, il se retrouve comme stagiaire à l’état-major du gouvernement militaire de Paris, pour une durée de deux ans.

Au cours de cette période, il doit effectuer deux stages de trois mois. Le premier, du 1er juillet au 30 septembre 1895 à la 1ère batterie du 13e R.A.C, le second en 1896 dans un régiment de cavalerie.

Pendant ces deux années, il est rattaché successivement aux 93e, 65e et 101e régiments d’infanterie (des unités où il n’a très vraisemblablement jamais mis les pieds, car ce type de rattachement s’apparentait plutôt à une organisation administrative).

Une fois son stage terminé, il est muté au 24e R.I. de Bernay à partir du 3 novembre 1896. Le capitaine Boigues prend le commandement d’une compagnie pendant une durée de deux ans.

Le 13 janvier 1898, il épouse Louise Adrienne Laure Jonquoy qu’il conduit à la mairie parisienne du 8e arrondissement. De cette union naîtront 7 descendants et descendantes, André, René, Simone, Gérard, Pierre, Jacqueline et Monique. André et Simone ne survivront pas à la petite enfance.

Le 26 décembre 1898, le capitaine Boigues est rattaché au 8e R.I. à Saint-Omer. Il y a de fortes probabilités pour que cet officier ne soit pas passé réellement par ce régiment ; il y a été probablement affecté pour libérer une place au 24e R.I. et pour en combler une au 8e R.I. en attendant qu’un poste soit disponible au 6e C.A..

Fort de son expérience et de sa formation d’officier supérieur, il  intègre l’état-major du 6e C.A qui se trouve à Châlons-sur-Marne, le 25 janvier 1899. Il est aussitôt mis hors cadre. Le 16 octobre 1900, l'homme gagne la ville d’Amiens pour devenir l’officier d’ordonnance des généraux de Torcy puis Gillet, qui commandent successivement la 3e division d’infanterie. Le 24 juin 1906, le capitaine Boigues est mis hors cadre à l’état-major de cette division.

Le 24 décembre 1907, il peut fixer un quatrième galon sur sa vareuse d’officier. Cette promotion l’amène à Béthune, une commune du Pas-de-Calais qui approche les 14 000 habitants. Il pose sa cantine de soldat au 73e R.I où il va devoir accomplir son temps de troupe à la tête d’un bataillon durant trois années complètes. Le 24 décembre 1910, le commandant Boigues, qui vient d’être mis hors cadre à l’état-major du 1er C.A. qui se trouve à Lille, prend la direction de la section territoriale.

Promu au grade de lieutenant-colonel le 23 juin 1914, il est d’abord affecté au 44e R.I., qu’il ne rejoint pas, puis le 9 juillet, au 60e R.I. où il exerce les fonctions de commandant en second.

Au 260e R.I.

Le lieutenant-colonel Boigues est à peine installé à Besançon lorsque débute le conflit contre l’Allemagne. Le 2 août 1914, cet officier prend le commandement du 260e R.I., un régiment constitué à partir des classes de la réserve.  

Avec ses 5e et 6e bataillons, il occupe un secteur à l’est de Belfort de la fin août 1914 au début du mois d’octobre 1915.

Le commandant du régiment apprend qu’il va devoir se préparer à quitter le territoire français. Le 260e R.I. prend la direction de Toulon pour être embarqué sur le Lutetia, un paquebot de la compagnie sud-atlantique, converti en croiseur auxiliaire et transport de troupes pour circonstance de guerre.

Le navire quitte le port de Toulon le 16 octobre 1915 en fin d’après-midi. Après une traversée sans histoire, le Lutétia jette l’ancre dans le port de Salonique le 20 octobre dans la soirée. Le régiment débarque le lendemain. Il est transporté à Demir-Kapou où il est chargé d’organiser la défense d’un secteur. Devant la poussée bulgare, il se replie au début du mois de décembre sur Salonique où il prend part, avec son régiment, à l’organisation et à la défense du camp retranché sur la rive gauche du Galiko.

Le 5 mai, il change de secteur pour se porter dans le Krusabalkan. Paul Marie Gustave Boigues participe à la prise de Florina en septembre 1916 et aux combats qui se déroulent devant Monastir en septembre et octobre 1916.

Épuisé, atteint de paludisme il est évacué une première fois sur l’hôpital français de Salonique du 26 août au 2 septembre 1916.

Le 2 novembre, le lieutenant-colonel Boigues est à nouveau soigné à l’ambulance alpine n° 7. Il y reste jusqu’au 14 novembre 1916. Pour lui, la campagne d’Orient est terminée. Avant de retourner en France par voie de mer, il est pris en charge par les médecins de l’hôpital temporaire de Salonique n° 6 du 15 au 21 novembre 1916.

Arrive le temps d’une longue convalescence. Celle-ci va durer jusqu’à la fin du mois de mars 1917. De nouveau en état de travailler, Paul Marie Gustave Boigues dirige les dépôts divisionnaires du 7e C.A. du 20 avril 1917 au début du mois de mai 1917, cela en attendant d’être totalement rétabli et de pouvoir prétendre à un nouveau commandement de régiment.

Au 149e R.I.

Nommé au commandement du 149e R.I. par décision du général en chef numéro 5589 en date du 6 mai 1917, il se met en route le 10 mai pour rejoindre son nouveau régiment, qui se trouve dans le secteur de Villersexel. Le 12 mai, il remplace le lieutenant-colonel Paul Francis Pineau.

Pendant plusieurs mois, il occupe, avec son régiment, un secteur à l’ouest du fort de la Malmaison situé à l’extrême gauche du chemin des Dames, du côté de Billy-sur-Aisne, Jouy, Aizy et des les fermes Hameret et du Toty, pour ne citer que ces noms.

Lieutenant_Colonel_Boigues

Le lieutenant-colonel Boigues sur le mont des Roches en 1917

Paul Marie Gustave Boigues suit le cours spécial d’emploi militaire des gaz, qui se déroule à Paris du 12 au 14 juillet 1917.

Cet officier est promu colonel, à titre temporaire, le 25 août 1917 par décision du général commandant en chef en date du 11 août 1917.

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P

Il mène ses 3 bataillons à  la bataille de la Malmaison le 23 octobre 1917, avec succès. C’est la seule grande attaque qu’il conduit avec ce régiment.

Une fois les combats terminés, le 149e R.I. gagne une zone de repos à l’ouest de Montmirail. Début décembre, le colonel Boigues est informé que son régiment doit être transporté par voie ferrée dans la région de Vesoul, avant d’être dirigé vers la frontière suisse pour y effectuer des travaux de secondes lignes

Le 19 décembre 1917, le colonel Guy qui commande l’ I.D. 43 écrit ceci : « Chef de corps d’une réelle valeur personnelle, commande avec beaucoup de doigté et de fermeté grâce à son excellente éducation, actif, payant de sa personne sur le terrain du combat comme de l’instruction. A un jugement militaire très avisé et très sûr. A conduit brillamment son régiment à la bataille de la Malmaison (23 octobre) et a été cité à sa tête. Par sa valeur personnelle et son savoir militaire, le colonel Boigues est apte à rendre d’excellents services dans des fonctions supérieures à celles qu’il exerce en ce moment. »

Les hommes du colonel Boigues quittent la Franche-Comté dans la seconde moitié du mois de janvier 1918,  pour venir s’installer dans les Vosges, du côté du mont Violu et de la Cude. Le commandant du 149e R.I. s’installe au P.C. Brial.

C’est au cours de cette période que le colonel Boigues va devoir faire ses adieux au régiment spinalien. Le 19 mars 1918, il laisse le commandement du 149e R.I. entre les mains du lieutenant-colonel Pierre Vivier.

Au XVIe C.A., l’après-guerre et la fin de carrière

Nommé chef d’état-major du 16e C.A. par décision du général commandant en chef n° 17761, en date du 16 mars 1918. Il se met en route le 29 mars 1918 pour rejoindre le quartier général du 16e C.A. le lendemain.

Paul Marie Gustave Boigues devient colonel à titre définitif le 19 avril 1918.

Par décision ministérielle du 16 octobre 1919, le colonel Boigues est affecté comme premier poste d’après-guerre à l’état-major du 16e C.A., comme chef d’état-major, sous les ordres du général Deville.

Le 22 février 1921, il commande provisoirement la 22e brigade d’infanterie et les subdivisions de Toul et de Neufchâteau.

Nommé général de brigade le 21 mars 1922,  il cesse d’exercer son commandement le 15 mai 1922, à l’aube de ses 58 ans.

Paul Marie Gustave Boigues décède le 16 décembre 1950 à Paris.

Décorations obtenues :

Chevalier de la Légion d’honneur le 30 décembre 1909.

Officier de la Légion d’honneur le 1er octobre 1917.

Commandeur de la Légion d’honneur le 9 novembre 1927.

Croix de guerre avec 3 palmes, une étoile de vermeil et une étoile d’argent.

Citations obtenues :

Citation à l’ordre de la place de Belfort n° 50 du 7 décembre 1914 :

« A fait preuve, au cours du combat d’Ammertzwiller, d’une énergie et d’une témérité au dessus de tout éloge, en amenant, à trois reprises différentes, sa troupe jusqu’aux réseaux de fil de fer d’un village puissamment organisé.»

Citation à l’ordre de la 57e D.I. n° 28 du 3 janvier 1916 :

« Pour le calme, le sang-froid et la méthode dont il a fait preuve dans le commandement de son régiment, arrière garde de la division battant en retraite sur le défilé de Demir Kapou et pour les bonnes dispositions qu’il a prises et exécutées jusqu’au bout, pour protéger les destructions qui ont été faites dans ce défilé et en avant, afin de retarder la marche de l’ennemi, et lui ôter tout moyen de se servir du chemin de fer après nous.»

Citation à l’ordre de l’armée n° 83 en date du 23 octobre 1916 :

« À la tête du 260e R.I. qu’il commande avec une haute autorité, a puissamment contribué à la prise de Florina et des hauteurs au nord-ouest de cette ville. A atteint tous les objectifs qui lui ont été assignés tout en réduisant ses pertes au strict minimum.»

Citation à l’ordre de la  VIe armée n° 529 en date du 13 novembre 1917 :

« Le 149e R.I., régiment d’avant-garde ayant un long passé de gloire : sous les ordres du colonel Boigues s’est distingué, une fois de plus, le 23 octobre 1917, en s’emparant, dans un élan irrésistible, de positions puissamment organisées sur plus de trois kilomètres de profondeur. Malgré de lourdes pertes en officiers, a mené le combat jusqu’au bout avec la même ardeur, la même cohésion, brisant toutes les résistances et atteignant tous les objectifs assignés, a fait sept cents prisonniers et capturé dix-neuf canons, dont dix lourds, cinquante-quatre mitrailleuses et une grande quantité de matériel.»

Citation à l’ordre de l’armée, ordre général n° 573 en date du 24 novembre 1918 :

« Chef d’état-major d’une activité inlassable et d’une belle crânerie qui a donné, en toutes circonstances, l’exemple d’abnégation, du courage et du mépris du danger ; a exécuté sur l’Ailette et dans la vallée de la Serre, au mois d’octobre 1918, dans des régions violemment bombardées et ypéritées, des reconnaissances très hardies qui ont procuré au commandement des renseignements précieux. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

J.M.O. de la 43e D.I. sous-séries 26 N 344/6, 26 N 344/7 et 26 N 344/8.

J.M.O. du 260e R.I. : sous-séries 26 N 730/7 et 26 N 730/8.

Historique du 149e R.I.. Épinal Klein 1919.

La photographie de la salle à manger du P.C. Caen est extraite de l’historique du 149e R.I. (version luxe).

Une grande partie des informations concernant la famille de Paul Marie Gustave Boigues ont été trouvées sur le site « Généanet ».

Pour en savoir plus :

Le lieutenant-colonel Boigues possède un dossier sur le site de la base Léonore. Celui-ci peut se consulter en cliquant une fois sur l'image suivante :

Site_base_Leonore

J.M.O. du 16 e C.A. : sous-séries 26 N 160/5, 26 N 160/6, 26 N 160/7 et 26 N 160/8.

Un grand merci à M. Bordes, à F. Amélineau, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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24 avril 2015

Les premiers mois de l'année 1918 sur le front des Vosges (2e partie).

Le_Violu_3

Depuis qu’ils sont arrivés dans les Vosges, les 158e et 149e R.I., ainsi que les bataillons de chasseurs de la 43e D.I., fournissent de gros efforts pour améliorer leurs positions, mais la situation reste très précaire. En réalité, le secteur se trouve toujours à la merci d’une offensive bien organisée que l’ennemi aurait tout loisir de préparer en secret, à la faveur des couverts boisés et des profonds défilements des vallées.

Sous_secteur_A

L’éventualité d’une telle attaque n’est pas si invraisemblable que cela. Au cours des premières semaines de l’année 1918, l’armée française reste plutôt sur la défensive sur l’ensemble de la zone des combats du front de l’ouest. La signature du traité de Brest-Litovsk approche et l’Allemagne aura bientôt la possibilité de réinjecter un très grand nombre de ses régiments sur le théâtre des opérations de l’ouest. De plus, les troupes américaines n’ont pas encore atteint leur plein développement sur le terrain des combats.

Il est inenvisageable, pour l’état-major français, de se lancer dans une offensive de grande envergure qui pourrait avoir des chances de succès immédiat. Même si les Vosges ne semblent pas être un secteur très tentant pour lancer une vaste opération militaire, les hommes du 149e R.I. doivent, plus que jamais, rester vigilants.

Dès la fin du mois de janvier, l’ennemi adopte une attitude beaucoup plus mordante en face des hommes du colonel Boigues.

La région de Saint-Dié, calme depuis si longtemps, devient un peu plus agitée.

Amélioration et organisation du secteur du 149e R.I. :

Le 149e R.I., secondé par des fractions du génie, travaille d’arrache-pied sur sa première position. Les défenses accessoires sont renforcées. Des nids de résistance sont créés, échelonnés en largeur et en profondeur et susceptibles de se flanquer réciproquement. La construction d’abris solide se poursuit. Tout est fait pour essayer d’économiser au maximum les services de garde. C’est la seule solution qui permettra de constituer, à chaque échelon du commandement, une petite réserve de soldats, qui pourra être fort utile en cas d’attaque ennemie.

Le_Violu_4

Au fil des jours…

1er février 1918

Une patrouille de vérification de réseaux et de reconnaissances, composée d’hommes du  2e bataillon du 149e R.I., fait une sortie entre 7 h 00 et 10 h 00. Sur son parcours, elle découvre une longue ficelle posée à même le sol, qui suit la lisière du bois Ta 11 ter (40 - 62,5) en direction de la ferme Gretschy (42 – 64). Les hommes de la patrouille enlèvent un bon 150 m de cette cordelette, ce qui devrait fortement gêner l’ennemi pour retrouver son chemin.

Bois_Ta_11_ter

Des guetteurs allemands sont clairement repérés dans un P.O. de la tranchée de Constantinople. Quelques coups de feu sont échangés avec les fantassins du 149e R.I..

Des travaux de réfection de tranchées sont effectués tout au long de la journée. Des réseaux de fils de fer sont posés devant la tranchée de Constantinople, pour consolider les défenses.

Tranchee_de_Constantinople

2 février 1918

Une patrouille de surveillance de réseaux et de liaison est envoyée entre 36-65 et 38-63, près de la place Mandray.

Place_Mandray

Des éléments du 149e R.I. s’apprêtent à relever la section de gauche du 174e R.I.. Les limites entre la 167e D.I. et la 43e D.I. vont être légèrement modifiées. La séparation entre ces deux divisions doit être fixée officiellement dans les jours à venir.

La 1ère compagnie du bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André doit relever la 3e compagnie qui occupe le secteur de la rotonde Regnault.

Rotonde_Regnault

Dans la nuit du 2 au 3, la C.M. 1 du 149e R.I. vient relever au C.R. la Cude la C.M. 2 du 1er B.C.P. qui doit rejoindre son bataillon.

3 février 1918

Une patrouille allemande, qui est un peu bruyante, est entendue à 0 h 45 par quelques sentinelles du 149e R.I. au moment même où elle longe les réseaux qui se trouvent devant le P.A. Grande Goutte.

Le commandant du sous-secteur A soupçonne une relève des troupes allemandes devant le Violu. Cette impression est confirmée par les hommes qui ont effectué les réglages d’artillerie au cours des jours précédents, et par la circulation importante remarquée autour des observatoires de la région du Chipiant.

Une section du 149e R.I. remplace les éléments du 174e R.I. suite à l’extension du front sur la droite du sous-secteur A.

Des mouvements de relèves intérieures ont lieu dans le secteur occupé par le 149e R.I..

La 4e compagnie du 149e R.I. du C.I.D. quitte Taintrux pour venir s’installer à Saint-Dié. Elle a pour mission d’assurer le service de garde du Q.G.. Elle devra, dans les jours à venir, effectuer de nombreuses patrouilles avant de partager cette tâche avec les deux autres compagnies du C.I.D. qui rejoindront plus tard. Cette compagnie reçoit également la charge du piquet d’incendie. Elle assume cette tâche pendant une semaine en alternance avec la 170e D.I..

4 février 1918

Des tirs de harcèlement d’artillerie de petits calibres se déroulent sur les tranchées et sur la rotonde dans le secteur du C.R. la Cude.

Les Allemands travaillent activement en face des lignes occupées par les hommes du colonel Boignes.

Des fantassins du 3e bataillon du 149e R.I. sortent de leur tranchée pour aller poser du fil de fer dans le secteur de Violu centre. Au même moment, les Allemands lancent des fusées éclairantes. Soudain, ils se mettent à siffler et à rire très fortement, certainement par provocation, laissant supposer qu’ils sont parfaitement au courant de ce que font les Français. Mais aucun coup de feu n’est échangé.

Un exercice aux gaz est effectué dans le sous-secteur A. Les dispositions d’alerte ont été prises dans des conditions satisfaisantes.

Il y a quelques échanges de tir entre les deux artilleries dans le secteur du col du Bonhomme vers 22 h 00.

5 février 1918

La matinée reste calme. De 12 h 00 à 14 h 30, l’artillerie ennemie envoie 150 minen de moyens et gros calibres sur le Violu et sur le P.A. Regnault. Plusieurs patrouilles de vérification et de surveillance sont envoyées pour vérifier l’état des réseaux et les mouvements éventuels effectués par l’ennemi.

Des boyaux sont remis en état. L’organisation défensive de groupe s’effectue en même temps que la pose de fil de fer, le camouflage et l’aménagement des positions restent la priorité absolue.

Des exercices d’alerte aux gaz ont lieu dans le C.R. Violu.

Les 8e et 12e compagnies du 149e R.I. du C.I.D. sont sur le départ. Elles s’apprêtent à quitter Taintrux pour rejoindre la 4e compagnie qui se trouve à Saint-Dié.

Il y a deux blessés au 149e R.I. au cours de cette journée.

6 février 1918

L’artillerie de tranchée française effectue des tirs de destruction sur les organisations adverses de 1ère ligne. L’ennemi riposte vivement.

Dans l’après-midi, les Allemands envoient une cinquantaine de petits minen sur le secteur de Violu nord.

Plusieurs patrouilles de surveillance et de vérification sont envoyées tout au long de la journée.

7 février 1918

Contrairement à ce qui s’est passé la veille, l’activité des deux artilleries reste faible sur l’ensemble de la journée. Mais dans la soirée, il y a quelques tirs sur 907, le Violu et la place Mandray.

907

Au fil des heures, les hommes s’affairent à leurs tâches, ils posent des réseaux, entretiennent les tranchées et achèvent l’aménagement des G.C..

Des exercices d’alerte aux gaz se déroulent au G.C.3 (49-77) et au G.C.4 (48-79).

Les 8e et 12e compagnies du C.I.D. du 149e R.I., qui se sont mises en mouvement la veille, s’installent dans des bâtiments de la caserne Kellermann à Saint-Dié.   

8 février 1918

Les Allemands ripostent dans le sous-secteur A en réponse aux tirs de l’artillerie française. De 13 h 00 à 15 h 00, des minen de tous calibres (une centaine, dont 25 de 240) et une quarantaine d’obus de petit et moyen calibre tombent particulièrement sur les points 50-87, 51-88, 49,83,  sur l’abri 40-65, sur 40-83, sur la tranchée de résistance entre 48-85 et 48-86 et sur le boyau central,entre la tranchée de surveillance et la tranchée de résistance.

Les patrouilles habituelles sortent pour vérifier l’état des défenses.

Violu_5

Les hommes posent du fil de fer. Certaines tranchées sont approfondies.

Il y a une sérieuse remise en état des tranchées des P.A. qui se trouvent dans les secteurs de Violu centre et de Violu nord. Celles-ci ont été particulièrement bouleversées par les bombardements ennemis.

Des mouvements de relèves intérieures se déroulent dans le secteur du C.R. Grande Goutte.

9 février 1918

Un tir d’artillerie allemand de minen a lieu de 11 h 00 à 12 h 00 sur le Violu, en réponse à l’artillerie de tranchée française (environ 200 coups).

Des patrouilles de vérification de réseaux et de surveillance sont envoyées dans le no man’sland. L’une d’entre elles qui effectue sa sortie entre 14 h 00 et 16 h 30 trouve des traces de pas récentes, ainsi que des journaux allemands, sur son itinéraire au-devant du P.A. Grande Goutte.

Une relève intérieure s’effectue dans le secteur du C.R. Violu.

10 février 1918

La matinée est assez calme. Dans l’après-midi, l’activité des deux artilleries se fait plus violente que celle de la veille. De très nombreux avions survolent le secteur.

En riposte aux tirs de l’artillerie de tranchée française, les Allemands envoient des grenades à ailette, des minen de tous calibres et des rafales d’obus de petit et moyen calibre sur le C.R. Violu et sur celui de la Cude.

Comme à l’accoutumée, les patrouilles de surveillance et de vérification de réseaux effectuent leurs missions de contrôle.

Une relève intérieure  à lieu dans le C.R. la Cude.

11 février 1918

D’importants travaux d’aménagement ont lieu dans les C.R. occupés par le 149e R.I. à partir de cette date.

Du côté du C.R. la Cude :

Le boyau Perrein est approfondi. L’abri 51-92 est amélioré. Une guérite blindée est installée au débouché nord-ouest du boyau Servant. Un important boyau est approfondi dans le secteur du nouveau P.C. de la Cude.

Du côté du C.R. Violu :

Le  boyau reliant l’abri du collet 907 aux emplacements de pièces d’artillerie est prolongé. Les hommes construisent un emplacement pour les mitrailleuses contre avions en 46-38.

Du côté du C.R. Grande Goutte :

Le boyau est de 1007 est décapé. Les travaux des abris en 41-68, au Clésio, en avant de 1022 et de l’abri C de 1022, se poursuivent. Les emplacements de mitrailleuses en 38-71, et ceux qui se trouvent vers la borne 2648 en 39-66 sont aménagés.

Une conférence sur le nouvel appareil respiratoire de sûreté contre les gaz toxiques a lieu à la caserne Kellermann de Saint-Dié.

Au cours de la journée, il y a un blessé léger non évacué au 149e R.I..

12 février 1918

Les mouvements nécessaires pour réaliser le dispositif prévu par la note n° 353/3 du 8 février (21e C.A.), fixant la nouvelle limite entre la 167e et la 43e D.I., ont été effectués dans la nuit du 11 au 12.

À 12 h 30, l’artillerie de tranchée allemande riposte à la nôtre sur les pentes du Violu et dans le secteur de 907 avec des tirs de minen de tous calibres. Les tirs sont tout de même moins violents que ceux qui eurent lieu dans  les jours précédents.

Poursuite des chantiers commencés la veille dans le secteur du 149e R.I. :

Du côté du C.R. Violu :

Il y a une forte activité dans le secteur du boyau qui rejoint l’abri du collet 907. Les abris qui se trouvent en 32-30, 34-35, 38-36 sont consolidés.

Violu_6

Du côté du C.R. Grande Goutte :

Le décapage du boyau 1007 (35x080x020)  est en cours. Il faut creuser un boyau à la borne 2644. Les travaux concernant les abris de la Roche du Diable, de l’abri placé en avant de 1022, de l’abri du Clésio et de l’abri du réduit 1022,se poursuivent.

L’abri 3871 et l’emplacement de mitrailleuses au point 1025 sont terminés.

Des mouvements de relève intérieure sont effectués.

Des exercices de port de masque et de vérification des appareils de protection contre les gaz sont réalisés pour les unités du 149e R.I. qui se trouvent dans le C.R. Grande Goutte.

Un soldat de la 10e compagnie du 149e R.I. est blessé accidentellement par une grenade.

13 février 1918

Des patrouilles de reconnaissances et d’embuscades sont envoyées dans le sous-secteur A.  Celles-ci n’empêchent pas les habituelles patrouilles de surveillance et de vérifications des réseaux d’accomplir leurs missions quotidiennes.

Poursuite des travaux dans le secteur du 149e R.I. :

Du côté du C.R. la Cude :

Le boyau 50-93 reliant le boyau Servant est approfondi. Le boyau de la Cabane est déblayé. Le P.C. Violu nord est remis en état. L’abri à munition du P.C. Masséna est aménagé. Les travaux concernant l’abri de bombardement de la Cude continuent.

Du côté du C.R. Violu :

Des réparations importantes sont nécessaires pour pallier aux dommages causés par les bombardements allemands.

Violu_7

Du côté du C.R. Grande Goutte :

Le boyau est de 1007 continue d’être creusé. Un autre boyau reliant l’abri C à l’emplacement de mitrailleuses est en construction. L’abri  « Coq de Bruyère » est refait.  De nouveaux abris sont réalisés à la Roche du Diable, au Clésio et à 1022. L’emplacement de tir contre avions en 26-45 est en voie d’édification.

 L’emplacement de mitrailleuses prévu en 37-71 est terminé ainsi que le boyau qui donne accès à l’abri C en 1002.

Il y a deux blessés au 149e R.I..

14 février 1918

La journée reste calme. La visibilité est quasiment nulle suite à un brouillard très épais qui empêche l’artillerie de faire son travail.

L’ennemi s’active une bonne partie de la nuit dans le secteur de la tranchée de Constantinople, vers 51-81.

Les patrouilles habituelles de surveillances et de vérification de réseaux ne remarquent rien de particulier. Une d’entre elles a tout de même trouvé quelques grenades allemandes vers 46-67, à proximité du P.A. Grande Goutte, laissant supposer une visite inopinée de l’ennemi dans le secteur.

Poursuite des travaux dans le secteur du 149e R.I. :

Du côté du C.R. la Cude :

Continuation des abris aux ouvrages à l’ouest de R.88  du  P.C. de combat de la Cude.

Du côté du C.R. Violu :

Les hommes creusent pour commencer un boyau qui doit relier la tranchée 21 bis (47-79) à l’emplacement de pièces d’artillerie 8 bis.

Du côté du C.R. Grande Goutte :

Les travaux de construction des abris qui se trouvent dans le secteur de Coq de Bruyère et de la Roche du Diable continuent d’avancer.

Le boyau situé vers 26-44 est allongé de 15 m.

Continuation d’un boyau vers l’emplacement  de pièces en avant de 1022. Il faut également aménager deux emplacements de pièces à la côte 1007.

15 février 1918

Quelques minen tombent sur le Violu peu avant 6 h 00.

Vers 8 h 00, des petits groupes de deux ou trois Allemands en casquette sont aperçus devant le C.R. la Cude. Quelques coups de fusil les font rapidement disparaître.

Poursuite des travaux dans le secteur du 149e R.I. :

Du côté du C.R. la Cude :

Les travaux engagés dans le boyau Perrein et dans les boyaux reliant le camp de la Cude aux positions de combat sont toujours en cours. Un abri est construit sur les deux pentes nord-ouest de R 88 (45-98) du P.C. de bombardement de la Cude.

Du côté du C.R. Violu :

Les emplacements des mitrailleuses prévus au collet 907 sont toujours en cours de réalisation.

Du côté du C.R. Grande Goutte :

Les travaux concernant les abris en 50-96., au P.C. Grande Goutte, à Coq de Bruyère, à la Roche du Diable, au col Nima, au Clésio et en 1022,continuent.

De nouveaux aménagements d’emplacements de mitrailleuses sont prévus en 38-71, en 27-57 et 33-57.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes Réf : 26 N 344/7

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 » Mayence grande imprimerie moderne. 1922.

Le fond de carte utilisé pour toutes les illustrations provient du J.M.O. du 112e R.I.T.. Cette carte peut se consulter sur le site « Mémoire des Hommes ». Référence du J.M.O. du 112e R.I.T. : 26 N 796/15. 

Un grand merci à  M. Bordes, à A. Carobbi, à É. Mansuy et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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24 juillet 2015

Les premiers mois de l'année 1918 sur le front des Vosges (3e partie).

Poste_de_police_du_M_z_

L’état-major français n’a plus vraiment de raison de craindre une attaque d’envergure ennemie dans le département des Vosges. Cependant, pour donner le change sur ses véritables intentions, le commandement allemand impose une vive activité à ses hommes qui se trouvent dans les nombreuses zones de front, autres que celles sur lesquelles il projette d’effectuer ses prochaines offensives.

Les Allemands essayent également de « construire une carte » donnant la répartition géographique des différentes divisions alliées, à partir des prisonniers capturés dans les différents secteurs.

Certains terrains d’activité de la 43e division sont encore insuffisamment protégés des tirs d’artillerie. Les coups de main effectués par l’infanterie adverse restent également une menace sérieuse et constante.

Malgré les rudes conditions climatiques hivernales, des corvées de travail sont effectuées par les fantassins du 149e R.I. dans le sous-secteur A, depuis plusieurs semaines. Quotidiennement, les fantassins s’activent à la pelle et à la pioche pour consolider, améliorer et renforcer leurs positions.

16 février 1918

 L’ennemi œuvre du côté de la tranchée de Constantinople depuis deux nuits. Il semblerait que celle-ci ait été camouflée et recouverte pour la rendre moins visible aux observateurs du commandant Fournier. Les Allemands renforcent également leurs réseaux de barbelés dans ce secteur.

Les patrouilles de reconnaissance et de vérification du système de protection du 149e R.I. effectuent leurs missions quotidiennes.

Plusieurs avions français survolent le sous-secteur A en fin de matinée.

Les travaux, débutés il y a maintenant plusieurs jours sur le terrain occupé par le régiment du colonel Boigues, se poursuivent :

Du côté du C.R. la Cude :

Les abris de bombardement du P.C. la Cude et le boyau qui relie les baraquements de la Cude à la position de combats sont toujours en état de construction.

C

Du côté du C.R. Violu :

Les emplacements de G.C. prévus dans la ligne de doublement et la ligne de repli en 48-85 et en 48-87 commencent à se mettre en place.

Du côté du C.R. Grande Goutte :

De nouveaux abris sont érigés au Clésio, à Coq de Bruyère et à la Roche du Diable, en 42-72, en 41-68 et en 1007. Des postes de mitrailleuses sont aménagées en avant de 1022,  en 27-57  et en 38-71.

Des mouvements de relève intérieure ont lieu dans le secteur du C.R. Grande Goutte.

17 février 1918

Rue_d_Alsace_caserne_Kellermann

La compagnie vosgienne, qui occupe des bâtiments de la caserne Kellermann, se prépare à quitter Saint-Dié pour monter en 1ère ligne. Un peloton de cette compagnie doit venir s’installer dans le secteur du 149e R.I..

Il règne toujours une animation importante aux abords de la tranchée de Constantinople, particulièrement du côté de B 50-84. Des bruits de terrassement sont perçus. Les Allemands camouflent un trou à 30 m en avant du bois carré tout en poursuivant le renforcement de leurs réseaux. Il semblerait qu’un ouvrage bétonné soit en cours de construction à 30 m au sud-ouest de L 93-68.

L’activité de l’aviation ennemie est importante. L’artillerie allemande en profite pour effectuer quelques tirs de réglage dans le secteur du Violu.

Les patrouilles françaises de vérification de réseaux et de surveillance font leur travail habituel.

Poursuite des travaux dans le secteur du 149e R.I. :

Du côté du C.R. la Cude et du C.R. Violu :

C

Les « terrassiers » du 149e R.I.continuent de travailler à la mise en état des boyaux et  des tranchées, ils renforcent les défenses accessoires, optimisent les G.C. et les emplacements des mitrailleuses.

Du côté du C.R. Grande goutte :

Les abris de Grande Goutte, Numa, Clésio et de Coq de Bruyère continuent d’être améliorés.

Deux guérites pour guetteurs sont construites à la Roche du Diable. Des emplacements pour tireurs sont aménagés en 51-98 et en 51-99.

Des mouvements de relève intérieure ont lieu dans le sous-secteur A.

Un homme du 149e R.I. est légèrement blessé par un éclat d’obus.

18 Février 1918 :

L’artillerie allemande effectue de nombreux réglages sur tout le secteur. Il y a une activité réciproque des deux aviations.

Les habituelles patrouilles de surveillance et de vérification des réseaux sortent dans le no man’s land.

Poursuite des travaux dans le secteur du 149e R.I. :

Du côté du C.R. la Cude :

La_Cude_1

Les abris 50-01, 50-02 et l’abri de bombardement du P.C. de la Cude sont toujours en cours de réalisation.

Du côté du C.R. Violu :

Les travaux concernant les boyaux 475-85 et 48-85 se prolongent.

Du côté du C.R. Grande Goutte :

C

Les travaux engagés du côté des abris G.C.5, G.C.6, de la Roche du Diable, de Numa et du Clésio se poursuivent. Des guérites pour guetteur sont édifiées à la Roche du Diable.

Des mouvements de relève intérieure se réalisent dans le sous-secteur A.

Il y a  un blessé léger par éclat d’obus au 149e R.I..

19 février 1918 :

Les deux artilleries effectuent, de part et d'autre, des tirs de réglages et de harcèlement. Les deux aviations accomplissent plusieurs sorties dans la journée.

Entre 15 h 10 et 15 h 15, il y a quelques échanges de tirs dans le secteur du C.R. la Cude. Durant ces cinq minutes, les Allemands qui se trouvent dans la tranchée de Constantinople lancent quelques grenades.

Ceux-ci poursuivent le travail de terrassement et de camouflage de cette tranchée. Les Français entendent fréquemment des bruits de pioches, de scies et de bois cassés.

Les patrouilles habituelles de surveillance et de vérification des réseaux exécutent leurs tâches hebdomadaires.

Dans le sous-secteur A, à 7 h 30, le sous-lieutenant Loubignac tend une embuscade à un allemand qui vient de sortir de ses réseaux.

Le boyau à l’est de 1007 et de 1022 est toujours en cours de réalisation.

Les travaux concernant les abris du col de Numa, de Clésio, du coq de Bruyère continuent.

De nouvelles guérites pour guetteurs sont construites à Coq de Bruyère et à la Roche du Diable.

Au cours de la journée, des exercices de port de masque sont effectués par les unités qui se trouvent en ligne dans le C.R. Grande Goutte. Cet entrainement dure 40 minutes.

20 février 1918

Des coups de feu sont échangés et quelques grenades sont lancées durant la nuit sur pentes est de 950 et sur Coq de Bruyère.

Après un tir d’encagement effectué par son artillerie, les Allemands font un coup de main à 6 h 15 dans le secteur du C.R. la Cude.

Un tir de concentration ennemi accompagne un autre coup de main commencé à 6 h 20 dans la région Regnault-Violu. Ce tir prend fin à 7 h 35. Neuf batteries semblent y avoir participé, tirant un total approximatif de 6 à 700 coups avec des obus de tous calibres.

Avec ses tirs de barrage, de contre-préparation, de représailles, de riposte et de réglage, l’artillerie française va se montrer très mordante tout au long de la journée.

Au cours d’un de ses tirs bien réglés sur la tranchée des Fayards, des Allemands vont s’enfuir par-dessus le parapet.

La visibilité reste médiocre pour l’aviation, une brume persistante s’est installée dans les vallées, mais quelques appareils survolent tout de même le secteur.

Des bruits de travaux effectués par les Allemands sont entendus toute la journée vers le blockhaus B 50-84 et B 50-86. La région de la tranchée de Constantinople est toujours en pleine activité.

Les patrouilles françaises de surveillance et de vérification des réseaux qui viennent de faire leurs sorties ne remarquent rien de particulier.

Les abris dans le secteur de Grande Goutte, 51-97, 51-99, Numa et Clésio sont toujours en cours de construction.

Un aménagement est prévu pour un emplacement de guetteurs en 49-78.

Le général commandant le 21e C.A. fait savoir à ses subordonnés qu’il pourrait y avoir des changements dans l’organisation des secteurs occupés par quelques-unes de ses unités. Le 149e R.I. n’est pas concerné.

Le soldat Jules Goëry de la 10e compagnie est tué. Il y a également 7 blessés, dont 1 adjudant et deux hommes touchés très légèrement qui ne sont pas évacués. Un caporal et 4 hommes sont également signalés comme disparus.

21 février 1918

À la demande du sous-secteur A, un tir de contre préparation d’offensive est déclenché sur le Violu à 5 h 45. Celui-ci dure une demi-heure. Les Allemands ripostent en envoyant des minen qui sont aussitôt contre-battus.

Au lever du jour, l’ennemi a lancé, en face de Regnault, un grand nombre de fusées éclairantes, ce qui est contraire à son habitude.

Le mauvais temps empêche les avions de décoller. L’activité des deux artilleries reste faible toute la journée.

Les Allemands envoient quelques grenades dans les secteurs du Violu et de Regnault. L’ennemi travaille toujours autant dans ce secteur.

Deux coups de mine sont entendus vers B 50-84.

Les Français perçoivent une activité importante de la part de l’infanterie ennemie dans la zone du bois de Menaupré. Ils entendent des bruits de pioches et des conversations.

Les patrouilles habituelles de surveillance et de vérifications des réseaux font leur travail.

Violu_8

Les défenses accessoires continuent d’être renforcées. Les aménagements des G.C. et des emplacements de mitrailleuses se poursuivent.

Les travaux concernant les abris 42-72, 41-68, 39-63, du Coq de Bruyère et du P.C de combat de la Cude sont toujours d’actualité..

Une déflagration d’un bidon de poudre blesse cinq hommes dans le sous-secteur A., trois d’entre eux ont dû être évacués vers l’arrière.

22 février 1918

L’artillerie ennemie reste calme dans le secteur du 149e R.I..

Les patrouilles de surveillance et de vérification n’ont rien remarqué de particulier au cours de leur sortie.

Les défenses accessoires sont toujours renforcées. Les travaux déjà en cours se poursuivent.

L’activité aérienne est nulle en raison d’une pluie persistante.

23 février 1918

Les éléments de la compagnie vosgienne qui se trouvent dans la zone du 149e R.I. sont relevés dans la nuit du 23 au 24 février.

Il ne se passe rien de particulier dans le secteur occupé par le régiment du colonel Boigues, si ce n’est que les hommes continuent de travailler.

24 février 1918

L’artillerie adverse est très entreprenante. Les Allemands procèdent à de nombreux tirs de barrages et de harcèlement dans de multiples points du sous-secteur A. Il y a également une importante activité téléphonique du côté de l’ennemi.

De très nombreux mouvements de circulation active se produisent dans la région du Chipiant.

L’artillerie française effectue des tirs de représailles sur les tranchées ennemies.

Les travaux en cours se poursuivent.

Des mouvements de relève intérieure s’effectuent dans les C.R. du Violu et de Grande Goutte.

Le soldat Henri Merle de la 11e compagnie est tué.

25 février 1918

L’ennemi pose des fils de fer devant ses premières lignes dans le secteur du Violu centre.

Une patrouille ennemie profite du brouillard pour s’approcher du point 50.93. Les hommes du 149e R.I. se rendent compte de sa présence et celle-ci doit se replier aussitôt.

La compagnie vosgienne vient cantonner dans les bâtiments de la caserne Kellermann qui se trouve à Saint-Dié après avoir été relevée dans la nuit.

L’artillerie française effectue des tirs de réglage, de représailles et de harcèlement tout au long de la journée.

Les travaux qui ont été engagés les jours précédents sont reconduits.

Des mouvements de relèves intérieures ont lieu dans le sous-secteur A.

26 février 1918

La compagnie vosgienne quitte Saint-Dié pour venir s’installer à Nompatelize.

Des changements importants se déroulent dans le secteur du 21e C.A.. Il faut à tout prix, en cas d’attaque ennemie, que la conservation de la ligne générale reste en place.

L’activité aérienne est importante des deux côtés. Les artilleries exécutent des tirs de réglage et de harcèlements.

27 février 1918

Le brouillard et la pluie rendent la journée relativement tranquille. Quelques tirs de représailles sont effectués par l’artillerie française. Malgré la dureté de la météo, les patrouilles de reconnaissance effectuent leur travail.

28 février 1918

L’artillerie française exerce des tirs de riposte et de représailles. Les travaux en cours continuent.

Les hommes qui se trouvent dans le secteur du C.R. Grande Goutte effectuent un exercice de port de masques.

Un soldat du 149e R.I. se blesse avec une grenade.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/7

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 » Mayence grande imprimerie moderne. 1922.

Le fond de carte utilisé pour toutes les illustrations provient du J.M.O. du 112e R.I.T.. Celle-ci peut se consulter sur le site « Mémoire des Hommes ». Référence du J.M.O. du 112e R.I.T. : 26 N 796/15. 

Un grand merci à  N. Bauer, à M. Bordes, à A. Carobbi et à É. Mansuy.

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31 juillet 2015

Les premiers mois de l'année 1918 sur le front des Vosges (4e partie).

Violu_8

L’ennemi devient de plus en plus agressif dans les premiers jours du mois de mars 1918. Son artillerie, riche en calibres en tout genre, procède à des concentrations de tirs particulièrement violents. Les défenses accessoires de la 43e D.I. vont être régulièrement bousculées.

Ces bombardements ennemis préparent la voie à des petites attaques d’infanterie qui sont menées par les « stosstrupps », des unités allemandes spécialisées dans ce type d’action.

1er mars 1918

Une garnison de sécurité, qui doit prendre en charge la ligne de dernière résistance, est en cours de création. Les travaux, effectués depuis plusieurs semaines dans le secteur de la 43e D.I., permettent maintenant une meilleure utilisation des effectifs. Cette unité est constituée de deux compagnies du 31e B.C.P., d’une compagnie du 143e R.I.T., de plusieurs sections de mitrailleuses issues de ces deux unités et d’une section du 149e R.I..

Des mouvements de relèves ont lieu dans le secteur occupé par le 149e R.I..

Un exercice de port de masque est effectué par les unités qui se trouvent dans le P.A. Grande Goutte

2 mars 1918

Les Allemands profitent d’un épais brouillard pour accentuer leurs efforts concernant les travaux d’aménagement de leurs tranchées.

Il y a une grande activité réciproque des deux artilleries sur tout le front de la 43e D.I..

Vers 12 h 00, les canons français ripostent violemment en tirant sur les batteries et minen qui bombardent la région du Violu. Ceux-ci concentrent leurs tirs sur les points sensibles de l’ennemi qui ont été repérés.

Des mouvements de relèves intérieures se déroulent dans le C.R. la Cude.

Un homme est blessé au 149e R.I..

3 mars 1918

Les tirs d’artillerie allemands et français sont encore plus violents que les jours précédents. Le secteur du Violu, occupé par le 3e bataillon du 149e R.I., subit des tirs puissants de concentration. Ils sont accompagnés de tirs d’interdiction sur les arrières immédiats des points visés.

Les patrouilles de surveillance et de vérification des réseaux parviennent tout de même à faire leur travail dans ce secteur. Pour les hommes qui sont de corvée, il n’y a pas le choix, il faut remettre à neuf les tranchées et les boyaux qui ont été éboulés par les obus ennemis.

Un homme est blessé au 149e R.I..

4 mars 1918

Une alerte aux gaz est donnée dans les lignes ennemies vers 3 h 00. Les klaxons sont entendus pendant un bon quart d’heure.

L’artillerie française vient de donner une réponse identique aux Allemands qui leur ont envoyé des obus toxiques.

Dans la matinée, les artilleurs français effectuent un tir de barrage en utilisant des obus de 75 et de 95 dans le secteur allemand du C.R. Violu.

La pluie et la neige sont au rendez-vous. La visibilité reste particulièrement mauvaise jusqu’à 15 h 00. Ce qui rend l’artillerie moins virulente. Quelques tirs de concentration de la part de l’artillerie allemande ont tout de même lieu dans le secteur du Violu.

Le_violu_9

Les dommages causés par les obus doivent être aussitôt réparés. Il faut vite remettre en état les réseaux qui viennent de subir des brèches importantes.

Des mouvements de relève intérieure s’effectuent dans le C.R. Grande Goutte.

5 mars 1918

L’artillerie allemande effectue des tirs de harcèlements continus sur les premières lignes, les batteries, et les arrières immédiats des premières lignes de la 43e D.I.. Ces tirs causent de sérieux dégâts dans les tranchées qui finissent par retarder l’avancement des travaux.

Quelques hommes du bataillon Schalck effectuent une reconnaissance du côté de la ferme Gretschy. Ils sont vite repérés par l’ennemi. Une douzaine d’obus de gros calibre est envoyée en direction de la ferme.

ferme_Gretschy

L’artillerie française répond aussitôt par des tirs de contre préparation d’offensive et des tirs de  concentration en utilisant des obus ordinaires et des obus spéciaux.

6 mars 1918

L’artillerie allemande continue de manifester une grande activité tout au long de la journée. Le secteur du Violu est particulièrement visé et les bombardements causent à nouveau d’importants dégâts. Ceux-ci doivent être réparés au plus vite.

L’homme de troupe du 149e R.I. est à la peine ; en plus des corvées de réparations à effectuer, il lui faut aussi déblayer la neige qui est abondante.

Des mouvements de relève intérieure se produisent dans le C.R. la Cude. Un soldat du 149e R.I. est blessé au cours de cette relève.

Un exercice de port de masque a  lieu dans le C.R. Grande Goutte.

7 mars 1918

L’artillerie allemande est devenue moins virulente que les jours précédents. Elle effectue quand même un fort tir de concentration sur les premières lignes qui se trouvent dans le secteur du Violu. L’artillerie française répond par des tirs de contre préparation d’offensive en envoyant des obus de 75, 90, 95 et 120.

Des mouvements de relève intérieure se réalisent dans le C.R. la Cude.

Le soldat Pierre Garreau de la 9e compagnie est tué, trois autres soldats du régiment sont blessés.

8 mars 1918

L’artillerie allemande retrouve toute sa vitalité. L’ennemi concentre ses tirs sur les C.R. de la Cude et du Violu. Les 1ère et 2e lignes françaises subissent d’importants tirs de harcèlement.

La riposte des canons français ne tarde pas à se faire entendre. Les tranchées allemandes et les batteries qui viennent d’être vues en action sont aussitôt prises pour cibles.

Les travaux en cours effectués par les équipes de « terrassiers » se poursuivent.

9 mars 1918

La matinée du 9 mars est marquée par une série de vives actions d’artillerie et d’infanterie dans le secteur du 149e R.I..

Un groupe d’hommes du bataillon Fournier doit effectuer un coup de main dans la tranchée de Constantinople à 5 h 30. Le détachement prévu pour le mener à bien est en position au P.A. Violu sud. Un puissant bombardement de 15 minutes doit précéder cet évènement.

Mais ce sont les Allemands qui vont créer l’effet de surprise ! Un violent pilonnage ennemi débute à 5 h 00, devançant d’un quart d’heure l’action qui doit être menée par les Français.

Les obus et les minen tombent dru sur un front d’environ 3 km. La zone bombardée se situe entre le nord de l’observatoire Pacchiodo et le sud de l’observatoire du Clésio. Le tir est particulièrement intense sur le P.A. Violu nord et sur la partie nord du P.A. Regnault.

observatoire_Pacchiodo

Suivant le programme préalablement établi, le tir de préparation d’artillerie de la 43e D.I. commence, comme prévu, à 5 h 15. Un quart d’heure plus tard, le détachement d’assaut du 149e R.I. se dirige sur la tranchée de Constantinople. Malheureusement pour lui, celle-ci n’est plus occupée. La tranchée a été évacuée quelque temps auparavant. Cette mission est un échec. Les hommes font rapidement demi-tour. Deux soldats sont légèrement blessés dans cette opération.

Le bombardement allemand prépare, en fait, trois attaques d’infanterie distinctes les unes des autres.

La première a pour objectif le G.C. du nord du P.A. Regnault qui se trouve devant le Bernhards Stein. Cette attaque, qui est soutenue par des lance-flammes, est rejetée par les grenadiers et les V.B. du 149e R.I.. Les Allemands ne sont même pas parvenus au contact.

La seconde se porte sur le G.C. du centre du P.A. Violu nord en 50 92.

Une troisième attaque est lancée sur le G.C. sud du P.A. Violu nord. (G.C. Alger au débouché du boyau Violu nord sur la parallèle principale).

Secteur_du_Violu

Cette action ennemie est menée par un groupe composé d’une petite centaine d’hommes.

Le G.C. français est occupé par une section de mitrailleuses et par une section de soldats. Tous ces hommes se retrouvent vite encerclés par les fractions ennemies. Complètement isolés du reste de leur compagnie, ils demeurent à leur poste de combat et tentent de se défendre à la grenade.

Le lieutenant de Villepoix, un aspirant, deux sergents, un caporal fourrier, 4 caporaux et 28 soldats sont faits prisonniers. Deux hommes sont également blessés au cours de cette opération.

Tous les abris ont été effondrés et incendiés après le passage de l’ennemi dans ce secteur.

Une contre-attaque française est menée à partir du G.C. Agen. Elle met en fuite les Allemands qui étaient en train d’emporter les mitrailleuses. Les pièces sont récupérées et le terrain est réoccupé. Malheureusement pour eux, les prisonniers qui ont été capturés n’ont pas pu être libérés. Ces derniers vont bientôt devoir prendre la direction de l’Allemagne…

Le calme revient vers 7 h 00.

L’artillerie reste très active tout au long de la journée.

Des mouvements de relève intérieure ont lieu dans le secteur du Violu.

10 mars 1918

Il y a une activée d’artillerie réciproque tout au long de la journée. De nombreux réglages de tir sont effectués. Les travaux habituels sont menés à bien.

Deux hommes du 149e R.I. sont blessés au cours de cette journée.

Violu_10

11 mars 1918

Une activité allemande importante est observée du côté de la tranchée de Constantinople, laissant présager une possible opération. Plusieurs avions ennemis survolent les lignes françaises.

Les patrouilles de surveillance et de vérification des réseaux font leurs sorties journalières. Les canons français effectuent quelques tirs de réglages, de harcèlements et de représailles. L’artillerie allemande reste peu active.

Des mouvements de relève intérieure se déroulent au C.R. la Cude.

Le soldat Eugène Pinget-Gay se tue accidentellement. Il faisait partie de la 5e compagnie.

12 mars 1918

L’artillerie et l’aviation se montrent actives, de part et d’autre, tout au long de la journée. De nombreux tirs de réglage ont lieu sur l’ensemble du front de la 43e D.I..

Les patrouilles habituelles d’infanterie exécutent leurs tâches quotidiennes.

Des mouvements de relève intérieure se produisent au C.R. Grande Goutte.

13 mars 1918

Une note de service fait savoir qu’il faut mettre en retrait les P.C. de commandement de compagnie pour les mettre à l’abri des coups de main ennemis. Cet ordre arrive certainement à la suite des évènements qui eurent lieu le 9 mars.

Les deux artilleries exécutent des tirs de réglages et de harcèlements, de représailles et de ripostes.

Les patrouilles de surveillance et de vérification des réseaux sont de nouveau sollicitées.

L’espace aérien français est survolé par de nombreux avions.

Des mouvements de relèves intérieures se passent dans le C.R. la Cude.

14 mars 1918

L’aviation reste active toute la matinée.

Les tirs de l’artillerie allemande sont supérieurs à la normale. Les canons allemands effectuent de très nombreux tirs de harcèlement et de barrage.

Un homme du 149e R.I. est blessé.

15 mars 1918

La journée est beaucoup plus calme que la veille. Six pièces de 90 et 8 pièces de 95 vont être installées à l’arrière de la ligne de résistance. Ces batteries reçoivent l’ordre de la défendre en cas d’attaques ennemies.

Les tranchées occupées par le 149e R.I. sont survolées par quelques avions.

Le soldat François Deborde de la 1ère compagnie du régiment est tué. Onze soldats sont également intoxiqués, mais ils ne seront pas évacués vers l’arrière.

Grâce à son travail de recherche sur le site des prisonniers de la Première Guerre mondiale du C.I.C.R., E. Surig a pu identifier 5 personnes qui ont été capturées au cours de l’opération allemande qui s’est déroulée dans la journée du 9 mars 1918.

 

                                Liste des hommes du 149e R.I. qui ont été capturés le 9 mars 1918

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes Réf : 26 N 344/7 et 26 N 344/8

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 » Mayence grande imprimerie moderne. 1922.

Le fond de carte utilisé pour toutes les illustrations provient du J.M.O. du 112e R.I.T.. Celle-ci peut se consulter sur le site « Mémoire des Hommes ». Référence du J.M.O. du 112e R.I.T. : 26 N 796/15. 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à É. Mansuy, à E. Surig, au Service Historique de la Défense de Vincennes et au Comité International de la Croix Rouge.

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07 août 2015

Alexandre Henry Fournier (1879-1929).

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Enfance et adolescence 

Originaire de la ville de Briançon, Alexandre Henry Fournier voit le jour dans le domicile de ses parents le 19 septembre 1879.

À sa naissance, son père, Henry, est un homme âgé de 39 ans qui exerce la profession de médecin major à l’hôpital militaire de la petite ville des Hautes-Alpes. Sa mère, Julie Louise Teyssier est une jeune femme âgée de 24 ans.

Fils de militaire, il est amené à changer plusieurs fois de ville au cours de son enfance et de son adolescence. Durant cette période il vit à Briançon, à Lyon, et à Angoulême. Le jeune Fournier termine ses études en obtenant son baccalauréat ès lettres et ès mathématiques. Il parle couramment l’allemand et a une bonne connaissance de la langue de Shakespeare.

Les études militaires 

Le 19 octobre 1899, Alexandre Fournier signe un engagement volontaire de trois ans à la mairie de Tours. Le 25 octobre 1899, il intègre la promotion « In Alah » de l’école spéciale militaire.

Saint_Cyr_2e_compagnie_promotion_In_Salah

Nommé caporal le 1er novembre 1900, le futur officier sort de l’école le 24 août 1901 avec le numéro 75 sur 546 élèves classés.

Alexandre Fournier est promu sous-lieutenant au 131e R.I. par décret du 24 septembre 1901 ; il doit se rendre dans la préfecture du Loiret pour intégrer son régiment d’affectation. Deux ans plus tard, jour pour jour, le jeune Saint-Cyrien est nommé au grade supérieur.

Il est détaché du régiment orléanais pour aller effectuer un premier stage au 32e R.A.C. du 8 avril au 7 juillet 1907, et un second stage au 20e chasseurs à cheval du 8 juillet au 8 octobre 1907, avant d’entrer à l’école de guerre.

Reçu 12e, le lieutenant Fournier est classé 3e à la fin de la première année de cours. Il termine à la 4e place de sa promotion lorsque sa formation théorique s’achève.

Suite à une décision du 13 octobre 1909, il est envoyé comme stagiaire à l’état-major du 9e C.A.. Il est considéré par ses supérieurs comme étant un officier de tout premier ordre, dans les exercices sur la carte et dans les voyages d’état-major. Ses connaissances militaires sont étendues. Malgré son jeune âge, il faut preuve d’une grande maturité d’esprit.

Il suit l’enseignement complémentaire de hautes études militaires organisé à titre d’expérience en 1909-1910.

Le 26 juin 1911, c’est la nomination au grade de capitaine.

Carrière d’officier supérieur 

Rayé des contrôles du 9e C.A. en octobre 1911, le capitaine Fournier est dans un premier temps, muté au 142e R.I. pour effectuer son temps de troupe. Mais il n’ira jamais dans cette unité puisqu’il est affecté, avant d’avoir rejoint, au 4e B.C.P., suite à une décision datant du 10 octobre 1911.

Ce bataillon de chasseurs est en garnison dans la commune de Saint-Nicolas-du-Port située dans le département de la Meurthe-et-Moselle.

Le 12 février 1912, Alexandre Fournier épouse une Parisienne Anne Marie Gabrielle Jeanne Foch dans la ville de Chaumont. Il devient ainsi le gendre du maréchal Foch. De cette union naîtront quatre enfants, Henry, Geneviève, Ferdinand et Jeanne.

Le capitaine Fournier assume ses fonctions d’officier au 4e B.C.P. jusqu’au 4 novembre 1913, date à laquelle il doit rejoindre le 4e bureau de l’état-major d’armée, pour y occuper un poste jusqu’au 31 juillet 1914. La guerre le retrouve à la commission régulatrice de concentration de Laon.

Le 20 octobre 1914, il est affecté comme adjoint au commandant en chef, au 3e bureau de l’état-major du groupe d’armée du nord qui se trouve sous les ordres du général Foch. Au cours de la bataille de l’Yser en octobre et novembre 1914, il est agent de liaison.

De la fin de l’année 1914 au mois de septembre 1915, il occupe toujours la même fonction à la Xe armée pendant les affaires d’Artois.

Le 16 mai 1916, le capitaine Fournier est victime d’un grave accident de voiture automobile, l’homme est sérieusement blessé au visage.

Le capitaine Fournier est nommé commandant le 26 juin 1916, il n’a pas encore 37 ans.

 De juillet à novembre 1916, il retrouve sa place d’officier de liaison, mais cette fois-ci, c’est à la VIe armée qui combat dans le secteur de la Somme.

Le 19 mai 1917, il travaille au 3e bureau de l’état-major de l’armée.

Un bref passage au 149e R.I. 

Le 7 décembre 1917, Alexandre Fournier est muté au 149e R.I. pour prendre le commandement du 3e bataillon. Avec ses hommes, il occupe le secteur vosgien du Violu durant les mois de janvier et de février 1918.

Le lieutenant-colonel Charles Pierret évoque sa rencontre avec cet officier dans un témoignage inédit. Voici ce qu’il écrit :

« … Le commandant Fournier, très jeune, est au régiment depuis deux mois ; ancien capitaine du 4e B.C.P. avant la guerre, a l’air très bien ; a été victime d’un accident d’auto avec le général Foch, en 1916, près du Plessis-Belleville, en allant à une réunion de grands chefs à Châlons-sur-Marne où il accompagnait son beau-père ; produit bonne impression de chef jeune et vigoureux, énergique ; porte encore son ancienne tenue de chasseur à pied avec le n° 149. »

Alexandre Fournier n’a pas vraiment le temps de s’illustrer au cours de son court passage dans le régiment spinalien. En effet, le secteur occupé par le 149e R.I. reste relativement au calme durant toute cette période.

Il est à noter que cet officier a conservé son uniforme de chasseur a pied. C’est un état de fait peu commun ! Comme s’il avait su, dès le début de son arrivée au 149e R.I., que cette situation serait temporaire. Prendre le commandement d’un bataillon sous les ordres d’un officier supérieur est peut-être une étape obligée dans sa carrière. En effet, il n’était que capitaine lorsqu’il était au 4e B.C.P., et  il n’a encore jamais commandé d’unité. A-t-il été au 149e R.I., supervisé par le colonel Boignes pour « se faire la main »,  avant d’être lancé dans « le grand bain » ? À savoir commander un B.C.P. qui est un corps indépendant et non un bataillon qui reste une partie d’un régiment.

L’après 149e R.I. 

Une décision du général en chef n° 30524 en date du 26 février 1918 le nomme à la tête du 15e B.C.P..

Le 2 mars 1918, il remplace le commandant Schweisguth à la tête du bataillon de chasseurs à pied qui occupe un secteur du Monté Fenera, dans la région piémontaise italienne.

Le 27 juin 1918, Alexandre Fournier est nommé chef d’état-major de la 26e D.I.. Il doit se mettre directement sous les ordres du général Pauffin de Saint-Morel qui couvre, avec ses unités, un secteur situé entre Grugies et Sélency, dans le département de l’Aisne.

Le 6 juillet 1918, le lieutenant-colonel commandant le 3e groupe de chasseurs, rédige la note suivante à son sujet :

« Pendant le temps trop court passé au 15e B.C.P., le commandant Fournier, s’est montré un chef de corps excellent, aussi bien par l’esprit élevé et ardent qu’il a maintenu dans son bataillon que par son souci des questions d’organisation et d’instruction. Sous ses ordres, le 15e B.C.P. constituait une unité d’élite à qui les circonstances n’ont pas permis, pendant ces quatre derniers mois, de donner la mesure complète de sa valeur. Néanmoins, les secteurs occupés par le commandant Fournier le mettent suffisamment en relief ; soit en Italie, où il a eu à pousser des reconnaissances hardies, soit dans les Flandres où, dans une région dure, il a eu à rétablir une situation devenue désavantageuse à la suite d’une offensive sur les précédents occupants. Cet officier supérieur a montré qu’il réussissait aussi bien à la tête d’une troupe qu’il l’avait fait dans le service de l’état-major. Je viens d’ailleurs de le proposer pour être inscrit sur la liste d’aptitude pour lieutenant-colonel. »

En octobre 1918, le commandant Fournier participe à une attaque du côté du bois des Caures et de la Wavrille, sur la rive droite de la Meuse près de Verdun.

Après l’armistice

Il travaille à l’état-major de la Xe armée du 18 juillet 1919 au 10 novembre 1919 puis à l’état-major du maréchal commandant en chef des armées alliées du 11 novembre 1919 au 9 janvier 1920, puis a l’état-major du maréchal, président du comité militaire allié de Versailles.

Alexandre Henry Fournier devient lieutenant-colonel le 25 mars 1921, puis colonel le jour de Noël de l’année 1927.

Mis en congé pour raison de santé, Alexandre Henry Fournier décède le 9 avril 1929 dans le 12e arrondissement de la ville de Paris. Il repose dans la 15e division du cimetière de Passy.

Décorations obtenues :

Croix de guerre avec 1 palme, 2 étoiles de vermeil et une étoile d’argent.

Citation à l’ordre de l’armée, ordre n° 2 du général commandant le groupement Foch du 12 février 1917 :

«  Officier de premier ordre se dépensant sans compter à l’état-major auquel il appartient depuis deux ans. A déjà rendu au cours des actions de l’Yser et de l’Artois, les meilleurs services, notamment dans les transports intensifs de troupe, par son intelligence, son activité, son jugement, sa conscience. S’est particulièrement distingué dans des reconnaissances effectuées en première ligne pendant la bataille de la Somme. »

Citation à l’ordre du 2e C.A.C. n° 221/R du 28 septembre 1918 :

« Chef d’état-major de premier ordre. A fait  ses preuves comme chef de corps. Au cours de la préparation de la dernière offensive, s’est montré plus qu’un collaborateur pour son chef, menant de front le travail de bureau et les reconnaissances, avec une haute intelligence, un dévouement complet et un profond mépris du danger.»

Rectificatif à l’ordre général n° 96 de la 46e D.I. du 19 octobre 1918. :

Est cité à l’ordre de la division, le 15e bataillon de chasseurs alpins :

« Superbe bataillon, à qui une tradition parfois chèrement payée, permet de s’enorgueillir de n’avoir pas de prisonniers au-delà du Rhin. Vient d’affirmer à nouveau ses qualités d’abnégation, d’endurance et d’élan dans la période de fin mai à fin août 1918. Commandé successivement par les chefs de bataillon Fournier et Boucomont, sur trois théâtres d’opérations différents, dans les conditions les plus dures, malgré de grosses pertes et des tirs d’obus toxiques qui font des ravages dans ses rangs. A toujours mené à bien les tâches qui lui ont été confiées, notamment en juin, en occupant pendant trois semaines un secteur particulièrement dur dans lequel il rétablit une situation amoindrie par une attaque récente ; les 26 et 31 juillet, en reprenant à l’ennemi certains points avancés dont la garnison est faite prisonnière ; les 19 et 20 août, en atteignant ses objectifs malgré l’arrêt des corps voisins, et se maintenant, pendant une semaine, en coin entre deux organisations ennemies intactes grâce à une lutte incessante qui ne s’est terminée que par la retraite de l’ennemi. »

Cité à l’ordre du 17e C.A. n° 148 du 4 novembre 1918 :

« Chef d’état-major de premier ordre, menant de front le travail de bureau et les reconnaissances. A été la cheville ouvrière de la préparation et de l’exécution de l’attaque qui a amené la conquête de la Wavrille et du bois des Caures, la prise de 1400 prisonniers et d’un butin considérable ».

Chevalier de la Légion d’honneur (J.O. du 14 juillet 1917) avec le motif suivant :

« A rendu les services les plus distingués et les plus dévoués depuis le mois d’octobre 1914, comme agent de liaison du groupe d’armée du nord, pendant la bataille de l’Yser, les attaques de l’Artois et l’offensive de la Somme en 1916. »

Officier de la Légion d’honneur le 28 décembre 1928.

Autres médailles :

Médaille commémorative française de la Grande Guerre

Médaille de la Victoire

Médaille anglaise : Ordre des services distingués

Médailles belges : Chevalier de l’ordre de Léopold avec croix de guerre

Médaille italienne : Officier des saints Maurice et Lazare. Insigne de guerre.

Médaille serbe : Aigle blanc 4e classe

Médaille belge : médaille de l’Yser

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

J.M.O. de la 43e D.I. sous-séries 26 N 344 /7

Historique du 149e R.I.. Épinal Klein 1919.

Historique du 15e B.C.P. Nancy, Berger-Levrault

Témoignage inédit du général Pierret (avec l’aimable autorisation d’A. Pierret)

Une grande partie des informations concernant la famille d’Alexandre Henry Fournier ont été trouvées sur le site « Généanet ».

Le commandant Fournier possède un dossier sur le site de la base Léonore. Celui-ci peut se consulter sur le lien suivant :

Site_base_Leonore

Pour en savoir plus sur le 15e B.C.P. il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Gallica

Un grand merci à M. Bordes, à F. Amélineau, à P. Baude, à A. Carobbi, à A. Pierret, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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21 août 2015

Les premiers mois de l'année 1918 sur le front des Vosges (6e partie).

Violu_13

Le séjour vosgien du 149e R.I. touche à sa fin. Inéluctablement, les hommes du colonel Boigues s’attendent à quitter leurs positions dans les jours à venir. Ils occupent cette région vosgienne depuis maintenant deux mois et demi.

Des mutations viennent modifier le tableau du personnel encadrant. Le colonel Boigues s’apprête à quitter ses fonctions de responsable du régiment. Il va devoir laisser sa place au lieutenant-colonel Vivier. Deux chefs de bataillon vont également faire leurs adieux au 149e R.I..

Les commandants de Chomereau de Saint-André et Fournier sont remplacés par les commandants Hassler et Marassé.

1er avril 1918

Une patrouille ennemie composée d’une dizaine d’hommes profite d’un brouillard très épais pour s’infiltrer dans les lignes françaises devant Coq de Bruyère  (B 355-57).

Éventées par une sentinelle, les mitrailleuses déclenchent un feu nourri dans leur direction. Cette patrouille n’a pas d’autre choix que de se replier.

Coq_de_Bruyere

Elle est aussitôt poursuivie par une poignée de soldats du 149e R.I. qui ne réussissent pas à la rejoindre. Les Français ne peuvent que constater les nombreux cisaillements effectués dans le réseau de défense.

La patrouille française ramène, deux calots, deux fusils et quelques grenades à manche. L’examen des calots, avec banderoles rouges et la cocarde nationale, confirme la présence d’éléments de la 2e bavaroise landwehr brigade dans cette région.

Il est temps pour le 149e R.I. de se préparer à être définitivement relevé dans le secteur vosgien, une zone qu’il occupe depuis la dernière décade du mois de janvier.

Le 2e bataillon du 149e R.I. qui se trouve au C.R. Grande Goutte est relayé par le 2e bataillon du 80e R.I.T.. Les hommes du commandant Schalck doivent se mettre en mouvement pour aller occuper le petit village de Mandray dès le lendemain.

Le 3e bataillon du 149e R.I. qui vient d’être relevé par le 3e bataillon du 174e R.I., lui, se rend à Laveline.

2 avril 1918

La 2e compagnie du 149e R.I. fait un passage dans la chambre à gaz.

Le 3e bataillon du 149e R.I. quitte Laveline pour venir cantonner à Clefcy.

Carte_1_journee_du_2_avril_1918

3 avril 1918

Le 2e bataillon du 149e R.I. fait mouvement depuis Mandray pour venir bivouaquer à Thiriville-Vieuville.

Le 3e bataillon du 149e R.I. laisse Clefcy pour venir cantonner à Corcieux-Ruxurieux.

4 avril 1918

Dans la nuit du 4 au 5 avril, le 2e bataillon du 174e R.I. relève le 1er bataillon du 149e R.I. qui se trouve dans le centre de résistance la Cude.

5 avril 1918

La C.H.R. du 174e R.I. remplace celle du 149e R.I. au P.C. Brial et à Lauterupt.

Le lieutenant-colonel Delacroix du 174e R.I. prend le commandement du sous-secteur A, en lieu et place du lieutenant-colonel Vivier.

Nouvelle répartition du sous-secteur A après le départ complet du 149e R.I. :

C.R. Grande Goutte : 2e bataillon du 80e R.I.T.

C.R. Violu : 3e bataillon du 174e R.I.

C.R. La Cude : 2e bataillon du 174e R.I.

6 avril 1918

Le 1er bataillon du 149e R.I. est installé à Clefcy.

7 avril 1918

Les derniers mouvements de relève de la 43e D.I. doivent se terminer dans la journée.

Le 1er bataillon du 149e R.I. quitte Clefcy pour venir loger quelque temps dans les baraquements du camp de Corcieux-Ruxurieux.

Camp_de_Courcieux_Ruxurieux

Le 149e R.I. occupe maintenant les lieux suivants :

L’état-major est à Corcieux,

La C.H.R. et les 1er et 3e bataillons sont au camp de Corcieux,

L’état-major du 2e bataillon, la 7e compagnie, et la  2e C.M. sont installés à Neune,

La  5e compagnie est à Saint-Jacques et la 6e compagnie à Thiriville.

Carte_2_journee_du_7_avril_1918

Legende_carte_journee_du_7_avril_1918

10 avril 1918

Le stationnement de la 43e D.I. doit être légèrement modifié pour être conforme aux ordres de l’armée. Le 149e R.I. n’est pas concerné, il conserve ses positions.

Une compagnie du 2e bataillon du régiment et une section du génie, qui cantonnent à Thiriville depuis la veille, sont mises à la disposition du service routier de la VIIe l’armée pour la réfection de la route Corcieux-la Chapelle.

13 avril 1918

Le 149e R.I., tout comme les autres unités de la division, doit se préparer à quitter la zone de Bruyères. Les premiers éléments de la D.I. commencent à embarquer. Le régiment du colonel Vivier doit attendre le lendemain pour embarquer dans les quatre trains qui lui seront nécessaires pour être transporté dans la région de Bethisy-Saint-Pierre.

Sources :

J.M.O. du 174e R.I. S.H.D. de Vincennes Réf : 26 N 710/7

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes Réf : 26 N 344/7 et 26 N 344/8

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 » Mayence grande imprimerie moderne. 1922.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à É. Mansuy, et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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