07 août 2009

En direction de Souain (septembre 1914).

                 Section_du_149e_R

Après les durs combats d’août, le régiment est envoyé en Champagne dans le secteur de Souain où il est très rapidement engagé. À la suite de cette période, il obtient une citation à l’ordre de l’armée. Le régiment peut accrocher sa première croix de guerre avec palme sur son drapeau. Il semblerait que ce soit la toute première citation de ce type qui ait été donnée à un régiment pour le récompenser de ses efforts. Le travail qui suit est une reprise du J.M.O. de la 85e brigade «revisitée» dans son écriture. Afin d’en rendre la lecture un peu plus digeste, il est étayé par de larges extraits du livre d’Henri René « Jours de gloire, jours de misère ». À partir de plusieurs recoupements, j’ai pu identifier la plupart des officiers qui sont nommés par l’auteur de manière anonyme dans son ouvrage. 

6 septembre 1914

La veille, les hommes du 149e R.I. ont  embarqués sur les quais de la gare de Darnieulles pour suivre l'itinéraire suivant : Mirecourt, Pont-Saint-Vincent, Toul, Sorcy, Gondrecourt, Joinville, Chevillon. La 85e  brigade arrive à 1 h 30, l’E.M. à 3 h 00. Ce dernier reçoit l’ordre de cantonner à Magneux. Dans la matinée, la liaison est faite entre le 3e bataillon et l’E.M. du 149e  R.I. qui est débarqué à Wassy et cantonné à Le-Pont-Varin. Le 1er bataillon est débarqué et installé à Montier-en-Der  avec le Q.G. de la 43e division.


 À 12 h 15 un ordre de la division  est donné à  l’E.M. de la brigade qui doit se porter  à Montier-en-Der.  Il arrive à 17 h 30. La  liaison avec les 2 bataillons du 149e R.I. qui se trouvent à Attancourt  (un bataillon est  à Pont-Varin et l’autre à Magneux) pour couvrir l’A.C. est faite. Le bataillon de Montier-en-Der est  en couverture de Q.G. de la 43e division.   

                  Journ_e_du_6_septembre_1914

                                       Legende_carte_6_septembre_1914

7 septembre 1914

 Le 21e C.A. est rattaché à la IVe Armée. Il doit gagner rapidement la région de Chavanges, Margerie-Hancourt avec l’artillerie pour participer à l’offensive de la gauche de la IVe Armée.

La 43e division est maintenue dans ses cantonnements et la 13e division fait mouvement. Il est prévu une entrée en action pour le 8 septembre, dans la région de Montmorency-Beaufort, Lentilles. Les unités se rapprochent de Montier-en-Der.

La 85e brigade doit se porter avec l’A.D. et le G.D. à Puellemontier, Lentilles et Villeret. Les unités se rassemblent à Maison-Blanche (800 m de Montmorency-Beaufort) et le départ est prévu à 0 h 45.  

                  Journ_es_du_7_au_8_septembre_1914

                                       Legende_carte_journ_es_du_7_au_8_septembre_1914

8 septembre 1914                                       

Le départ est avancé de 3 h, l’heure d’arrivée est fixée à 1 h 30. L’effectif est fortement diminué. La brigade se retrouve constituée de 4 bataillons. Les hommes qui ne peuvent pas suivre sont retirés. Un reliquat reste à Montmorency-Beaufort.

Départ de L’A.D., du G.D., et de l’escadron de cavalerie,  qui sont sous les ordres du colonel commandant la brigade, vers Dampierre. Ils passent par Pars-les-Chavanges et Saint-Léger-sous-Margerie. La 85e brigade est suivie par la 86e. La division est en réserve d’armée. Cantonnement en bivouac à l’est de Dampierre. Le 149e R.I. est sur la rive gauche du ruisseau.

                  Journ_es_des_8_et_9_septembre_1914

                                       Legende_carte_journ_es_du_8_au_9_septembre_1914
 
9 septembre 1914
 La brigade qui ne comprend que le 158e R.I. et un bataillon du 149e R.I. doit se rassembler à 2 h 00. La compagnie de génie et l’A.D. sont autour de la ferme d’Argentol à 4 h 20. Les sacs des hommes sont mis dans des voitures réquisitionnées. La brigade doit se porter par la cote 148 et 149 sur le signal d’Orgeval par la ferme du même nom. Arrivée vers 10 h 00.
La brigade des chasseurs, la 85e brigade et l’A.D., prennent la direction Maisons-en- champagne par les fermes de la folie, signal de Sompuis (cote 200) à 10 h 30.
La 85e brigade  arrive à la cote 202 à 16 h 20. Une colonne ennemie débouche de Mailly, elle se dirige vers le nord-est. Un bataillon du 158e R.I. est envoyé à la cote 173, à l'ouest de la Folie, en prévision d’une attaque de flanc. Le bataillon du 149e R.I. reste en réserve à la cote 163.  Un bombardement  se déclenche sur un bataillon du 158e R.I. et sur l’E.M. de la brigade qui se trouvent sur le plateau. L’avance du bataillon du 158e R.I. continue, ce dernier parvient à atteindre la ferme de la Folie.


Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère » d'Henri René.
« Au camp de Mailly, la résurrection de nos unités s’est accomplie pour la 3e fois : un inspecteur peut circuler dans nos rangs, il les trouvera solides… À peine débarqués en Champagne, nous nous sentons une énergie nouvelle. Notre sang se refait par une cure de grand air, pendant les nuits des 7, 8 et 9 septembre que nous passons en bivouac, dans les maquis du « Signal d’Orgeval », sans être inquiétés par le bombardement ni troublés par aucun ordre d’alerte… »


10 septembre 1914
Au petit jour, la brigade se remet en marche. Le 158e R.I. et l’A.G. passe par Montagny (cote 191). L’Ormet est évacué par l’ennemi, et le signal de Sompuis est atteint. L’ennemi occupe les passages à niveau de la voie ferrée. Des Allemands sont aperçus sur la grande route Sommesous-Vitry-le-François.

                 Journ_es_des_9_et_10_septembre_1914


 L’artillerie qui allonge son tir atteint un bataillon du 149e R.I. qui se portait en réserve. Le capitaine Lescure qui commande le 1er bataillon est mortellement blessé. Le bombardement sur le secteur dure jusqu’à la nuit tombante. L’artillerie française n’entame le feu qu’une ½ h  après l’artillerie allemande. Le bataillon du 149e R.I. est envoyé sur le passage à niveau à 800 m à l'ouest, pour tenter de le prendre et de déboucher du bois. La canonnade est violente.
17 h 30 : Le 158e R.I. tente en vain une nouvelle action sur le passage cote 200. Dans la nuit,  un ordre d’attaque générale est donné. Il faut attaquer simultanément sur les deux passages à niveau. Le rassemblement est à peine effectué qu’une vive fusillade arrête les colonnes. Au lever du jour, il faut attendre puis organiser la lisière du bois. 

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère » d'Henri René.

« Le 10, au milieu de la nuit, sans que nous ayons perçu autour de nous aucun fait nouveau, nous marchons plus au nord de quelques kilomètres, pour nous arrêter à la ferme de Mont-Marains. Il fait froid, il est trop tard pour s’endormir, nous allumons de grands feux…
Au jour, toujours en réserve, nous poursuivons notre marche en avant dans la direction du Signal de Sompuis. Sur notre droite, il y a un bombardement violent. Devant nous, calme relatif. Nous traversons des bataillons de chasseurs qui viennent d’avoir un engagement très vif, qui ramassent leurs blessés et se reconstituent : ils nous disent qu’ils ont perdu le contact. En passant la crête, nous nous déployons, en formation d’attaque, direction Soudé-Notre-Dame. L’artillerie qui a mission de nous appuyer va ouvrir le feu… lorsqu’une estafette au galop arrive en s’écriant « arrêtez, nous occupons le village avec une division de cavalerie, les Allemands détalent ». Il était temps. Nous gagnons Soudé et, après une grand’ halte, nous repartons dans la direction du nord, pour atteindre la Marne à plus de 20 kilomètres. Évidemment, il a dû se passer quelque chose de sensationnel… Le troupier cependant ne voit qu’un fait, c’est la lourde nécessité de porter son sac encore plus loin…
Il pleut, les chemins crayeux sont glissants et l’on n’avance pas aussi vite que la situation le voudrait sans doute.  

À vingt heures, nous dépassons la cavalerie exténuée et contrainte au repos. Je suis à l’extrême pointe d’avant-garde, chargé de la direction sur un itinéraire ne suivant que des chemins d’exploitation rurale, affolé à la pensée qu’une colonne d’artillerie me suit et que je vais être responsable de son embourbement.»   

Sources :

J.M.O. de la 85e brigade : série 26 N 520/9 et 26 N 520/10.

« Jours de gloire, jours de misère », livre de Henri René. Éditions Perrin. 1917. 

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

Remerciements :

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à R. Neff, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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14 août 2009

Les combats dans le secteur de Souain (septembre 1914).

                 149e_12e_compagnie_1913

11 septembre 1914
Au petit jour, le 149e R.I. fait savoir qu’il s’est emparé du passage à niveau à la baïonnette dans la nuit, mais qu’il n’a pas pu déboucher au-delà. 
 Vers 7 h 00,  le commandant de la 85e brigade apprend que les 2 bataillons du 149e  R.I. resté en arrière avec le lieutenant-colonel Escallon, ont rejoint le reste de la brigade. 
Des ordres sont donnés pour reprendre l’offensive sur Soudé-Sainte-Croix et l’arbre de la Nolleraie, en partant de la voie ferrée par Coole en 2 colonnes. Celle de gauche, avec le 149e R.I., se dirige sur Soudé-Sainte-Croix. Ils arrivent sur le front sans incident, l’ennemi ayant évacué en faveur de la nuit.
En début d’après-midi, le 21e C.A. doit atteindre la Marne entre Sogny-aux-Moulins et la ferme Montjallon. L’itinéraire de la 85e  brigade est Soudé-Sainte-Croix, Dommartin-Lettrée, Saint-Quentin-sur-Coole (cote 141, 143, Sogny-aux-Moulins). La colonne comporte un groupe de l’A.D.et deux groupes de L’A.C.. À Saint-Quentin-sur-Coole, la colonne traverse vers 21 h 00. Elle est coupée par des éléments de cavalerie et d’artillerie. Elle quitte l’itinéraire prévu et forme le parc vers la cote 138. Le 158e R.I. est posté à 200 m à l’arrière du carrefour de la route avec la voie romaine de Châlons-sur-Marne. Les troupes bivouaquent.

                  Journ_e_du_11_septembre_1914

                                        L_gende_journ_e_du_11_septembre_1914


 Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère » d'Henri René.
« Depuis que nous déambulons la nuit, je n’en ai pas connu d’aussi noire. Je me lance sur une piste… À Sogny-aux-Moulins, nous nous étendons sous les arbres au bord de la Marne, de deux heures à six heures du matin, pour délasser nos membres courbaturés par une rude étape.»

12 septembre 1914
La marche en avant continue. Itinéraire : Sogny-aux-Moulins, Moncetz-Longevas, ferme du Sauna, partie est de Lépine.
La colonne est constituée comme la veille. Elle arrive sans incidents à Moncetz-Longevas.
Un nouveau départ a lieu à 11 h 50 par l’itinéraire suivant : la Maison-Neuve, « chemin à un trait » vers Cheppe. Arrivée cote 152 à 17 h 30. Le brouillard et la forte pluie empêchent l’artillerie de canonner des mouvements ennemis. L’A.G. pousse jusqu’à la Cheppe qu’elle occupe. Cantonnement et bivouac vers 23 h 00.

 Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère » d'Henri René.
« Le lendemain 12, nous marchons sans arrêt, droit au nord à travers champs, et l’obscurité redescend sur la plaine quand nous arrivons en face de la Cheppe. Nos éclaireurs signalent que l’ennemi s’y trouve encore et le bataillon d’avant-garde se déploie pour attaquer. On y mettrait moins de formes, si l’on savait que les Allemands fuyaient, mais personne ne nous l’a dit. Nous en sommes à supposer que la bataille s’est seulement déplacée et, l’expérience aidant, nous ne nous lançons plus à la légère.
L’orage éclate. En quelques secondes, nous voilà trempés jusqu’aux os et de fort méchante humeur : on ne s’arrêtera donc plus jamais ? Il fait aussi sombre qu’hier.

À 21 h 00, l’avant-garde rend compte qu’elle occupe la localité et, pour ne plus perdre un temps précieux, la brigade à l’ordre des’y porter en formation massée. On s’ébranle sous la trombe d’eau : pas un point de direction à l’horizon, pas la moindre lumière au village, impossible de sortir une carte sous ce déluge. Nous mettons plus d’une heure pour franchir 1200 m. Les hommes se bousculant, tombant dans les trous, la houle se propageant de droite à gauche et de la tête à la queue. Le bataillon ressemble à un ivrogne : titubant, jurant, sacrant, pestant. Au fond, c’est très comique, et ceux d’entre nous qui ont meilleur moral se payent le luxe de quelques bons mots. Notre avalanche se déverse parmi les ruines ; tout est bouleversé par le passage de la horde, et nos unités se réfugient dans les granges ou dans les remises pour s’y mettre à l’abri des cataractes du ciel. Une odeur pestilentielle se dégage des cadavres de chevaux qui jonchent les rues et les potagers, et des quartiers de viande abandonnésen hâte par l’ennemi.
Nous trouvons un gîte dans une maison dont les murs sont intacts, mais où tout est saccagé, les tiroirs renversés, le linge et les effets répandus sur le sol au milieu de la boue. Quel bien-être cependant ! Il y a une immense cheminée, où nous voyons pétiller les flammes et bouillir une vaste marmite. Il y a surtout deux grands lits en bois avec les sommiers intacts, et deux matelas étendus par terre. Ce luxe nous paraît d’autant plus exquis que l’ennemi a failli en profiter et que, maintenant, il grelotte sous la pluie. Je me souviens d’un détail piquant. Parmi ce linge épars, deux de nos camarades ont pu faire leur choix de chemises de rechange, et je crois même que c’étaient des chemises de femme ! Dans l’état d’extrême pénurie et de misère où nous sommes, toutes les ressources existantes sont du bien national : deux sous-lieutenants, habillés de neuf, chauffés et réconfortés, cela représente deux sections qui, demain, se comporteront si c’est possible encore plus vaillamment que la veille.»  

                                  Journ_e_du_12_septembre_1914

                                     L_gende_journ_e_du_12_septembre_1914

13 septembre 1914
Nous récupérons 13 prisonniers qui sont  restés dans le village. Des objets dérobés en France sont trouvés sur plusieurs d’entre eux.
L’avance se poursuit par le passage à niveau de Piémont, carrefour à 800 m à l’est de la ferme de Piémont puis Suippes.
Le mouvement est interrompu suite à l’engagement de la 86e  brigade. Il reprend après la prise de Suippes par les 1er et 3e B.C.P.. La ville est en feu. L’ennemi retraite au nord.
La  brigade reçoit l’ordre de marcher sur Somme-Py  par Souain et passe devant la 86e brigade à 17 h 00.
Vers 18 h 00, la tête de la colonne est canonnée par l’artillerie allemande. Les régiments se remettent en colonne par 4. Elle arrive dans la nuit noire à Souain, et constate que le village est vide à 300 m. Au-delà, elle est accueillie par des tirs de mitrailleuses et une vive fusillade sur le front et sur les flancs. L’A.G. se déploie et se retranche pour la nuit. La brigade est au bivouac.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère" d'Henri René. » 
couverture_Ren__Henri« Il faut arriver à Somme-Py cette nuit morts ou vifs ! » Tel est l’ordre de mouvement que l’on nous communique à Suippes, le 13, à 18 h 00, après une nouvelle journée de marche où l’ennemi ne nous a arrêtés que par de timides arrière-gardes. La nouvelle d’une grande victoire, déjà vieille en fait de deux ou trois jours, s’est enfin répandue comme une traînée de poudre. Soldats ! plus rien ne doit vous arrêter, ni les fatigues, ni les privations, ni les obus tirés de très loin, pour vous retarder sur l’objectif qui vous est assigné, en avant coûte que coûte…
Il suffit. Ah ! Si nous avions connu plus tôt cette magnifique nouvelle ! Il n’est temps ni d’y réfléchir ni d’analyser les sentiments qu’elle provoque ni de peser la lourdeur des jambes. Direction Souain…
Nuit du 13 au 14 septembre 1914 :
Mes fonctions, que je remplis maintenant comme officier, me désignent encore pour centraliser les liaisons et les renseignements à l’avant-garde, auprès du commandant  L…(Émile Laure), qui a repris le commandement du bataillon, avec la 9e compagnie, du capitaine S…(Henri Souchard),  et la 10e où le capitaine P…(Henri Panchaud)  a remplacé le lieutenant M…(?)
Le colonel E…(Jules Escallon)  nous recommande une allure résolue, sans hésitations, sans tâtonnements, sans précautions excessives : toute la division nous suit et nos arrêts ne pourraient que gêner sa marche. Mission délicate s’il en fût.
Nous cheminons à travers champs en formation semi-déployée tant que l’obscurité n’est pas complète, puis par la grand-route, avec des patrouilles à courte portée sur nos flancs et vers l’avant, une reconnaissance de pointe commandée par l’ex-adjudant C…(Émile Chauffenne), promu sous-lieutenant. Nous nous  hâtons. Les capitaines des 9e et 10e compagnies combinent leur plan d’action pour aborder Souain et s’en rendre maîtres dans le cas où les Allemands y seraient encore. Chaque pas nous en rapproche, on n’en est plus qu’à 200 m : rien de nouveau. Nous voici à 100 m, deux coups de feu percent le silence et, assez loin, on entend le trot d’un cheval sur la route. À droite et à gauche, il nous semble voir des lanternes sourdes qui se déplacent, nous nous demandons si ce ne sont pas des hallucinations. Le sous-lieutenant  C…(Émile Chauffenne), nous fait dire par un cycliste : « Je suis tombé sur une patrouille de uhlans. Ils ont crié : Wer da, feuer,… ils ont tiré et ils ont disparu aussitôt ». Le capitaine L... (Émile Laure),  hésite quelques secondes.

-« Marchez, mais marchez donc » lui fait dire aussitôt le colonel. Advienne que pourra, continuons.
La route descend et devient la rue du village. À l’entrée, un camion automobile aux vitres brisées, qui vient d’être abandonné. Pas une lumière, les granges sont ouvertes, les murs sont muets : cela sent le traquenard. Nous frottons une allumette, éclairons une lanterne, inspectons rapidement les premières maisons. Rien.
- Marchez, mais marchez donc !
- Tant pis pour eux… allons-y, puisqu’ils veulent absolument tomber dans la souricière.
Auraient-ils raison et avions-nous vraiment trop peur ? Nous traversons tout le village sans accroc, nous en sortons au Nord. Toujours rien. J’affirme que des lanternes se déplacent sur nos flancs, que j’entends des bruits de voix ; le capitaine commandant, nerveusement, me répond par la formule qui vient de l’arrière :
- Marchez, mais marchez donc !
Nous avons progressé de 300 m. À ce moment, des coups de sifflet stridents retentissent à notre nez et à nos oreilles, nous donnant immédiatement cette terrible impression de demi-enveloppement. Les clairons ennemis jettent leurs lugubres notes d’alerte, et nous sommes au centre du roulement de la fusillade. J’ai le sentiment que les balles ennemies partent à 50 m devant nous, autour de nous. Des milliers de petits éclairs me le confirment, et le tapotement d’une dizaine de mitrailleuses nous cingle. D’instinct, nous nous sommes jetés dans les fossés de la route. Les 9e et 10e  compagnies déploient quelques fractions de part et d’autre, et nous répondons au feu par le feu. C’est infernal. On tire aux étoiles, sans savoir pourquoi ni sur qui, mais on tire, on tire, on tire. Il n’y a pas grand dommage, car on vise trop haut de part et d’autre. Que dis-je, et qui parle de viser ?… C’est un concours de bruit, horriblement impressionnant, terrifiant. C’est l’embuscade. Il fallait s’y attendre, on n’a pas voulu nous croire et je voudrais bien voir le désordre du gros de la colonne qui n’a pas gardé sa distance et qui, en ce moment, doit être engouffrée dans le village ! L’embuscade ennemie ne pouvant être forcée de front, le capitaine L…(Émile Laure), me prend avec lui pour aller organiser et lancer une manœuvre latérale qui, partant du village et appuyant à l’est, cherchera d’autres débouchés. Il laisse au capitaine S...(Henri Souchard),  le commandement des deux compagnies de tête, et il replie le groupe des liaisons, rampant dans les fossés de la route, sur les premières maisons. En passant, il donne l’ordre à la compagnie du génie de mettre la lisière en état de défense : les sapeurs sont aplatis contre le talus ; les trois chevaux des officiers, imprudemment amenés vers l’avant et incapables de s’affaisser sous la menace des balles, gisent expirant au milieu de la chaussée. Le crépi des murs vole en éclats. Toutes les trajectoires semblent converger de notre côté : nous nous réfugions dans une grange pour délibérer. Les balles traversent, bourdonnent, vont mourir dans la paille.
Je constitue en patrouille mon groupe de liaison, grossi de quelques isolés qui se sont joints à nous dans le désarroi de la nuit, et nous nous coulons dans un ravin, vers l’est. Des fractions d’un autre bataillon sont là, sans objectif, sans mission, cherchant à s’employer. Le capitaine les prend et me suit avec elles. Nous avançons de 200 à 300 m, nous guidant sur la fusillade qui continue à notre gauche et cherchant à nous élever sur son flanc. Arrêt. On se couche. Harassés, presque tous les hommes s’endorment aussitôt, le nez au sol. Réunion des gradés, explication à voix basse : on va marcher droit encore 200 m, puis on se rabattra à gauche par une conversion, on traversera les buissons du ravin. On se serrera les coudes. On se rapprochera de l’emplacement présumé de l’ennemi et on se tiendra prêt à se jeter sur lui à l’arme blanche. Deux recommandations essentielles : pas de bruit, marcher à pas de loup, tenir les baïonnettes avec la main pour éviter le cliquetis dans les fourreaux et pour tout le monde, avoir la précaution exclusive de sentir avec son coude le voisin de gauche. Nous circulons derrière les dormeurs : debout, allons, debout ! Ils n’entendent pas nos appels, à voix basse, nous les soulevons les uns après les autres par la patelette de leur sac, les plus maussades retombent lourdement comme des masses inertes. Il faut les secouer : on ne s’en prive pas. Nous expliquons la consigne à l’oreille de chacun, mais il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut rien entendre ! J’insiste chaque fois : surtout, direction à gauche…De plus en plus, je me heurte à la force d’inertie… La ligne s’ébranle, les pieds automatiquement se portent l’un devant l’autre, les yeux restent fermés, les esprits ne quittent pas les ténèbres. Au bout de 50 pas, tout le monde appuie à droite, parce qu’une déclivité du terrain entraîne de ce côté les inerties. Halte ! murmure le capitaine. Il veut faire serrer sur la gauche pour réparer l’erreur, peine perdue : à l’arrêt, cinquante masses sont retombées, endormies. Nous passons une demi-heure à stimuler notre monde, à l’oreille : l’ennemi est là, nous allons le rosser, en avant, en avant… On repart, tant bien que mal, on commence la conversion, on se déchire la figure et les mains à la traversée des buissons. On prend pour nouveau point de direction la silhouette vague des grands arbres de la route, là où nous avons laissé les 9e et 10e compagnies au contact de l’embuscade et d’où nous voulons les délivrer par notre manœuvre. Elles sont malheureusement retombées dans le silence morne et nous n’avons même plus leur combat pour nous guider. Il nous semble que nous sommes à pied d’œuvre et déjà circule l’avertissement d’attaque : attention, au coup de sifflet, à la baïonnette. Soudain, la rafale reprend, tout près, les sinistres claquements de coups tirés à bout portant nous jettent par terre. Nous répondons, nos fusils braqués dans toutes les directions, vers l’ennemi, peut-être aussi vers les nôtres, crachent leurs jets de flammes, dispersent leurs projectiles. Le vacarme est assourdissant, rien ne peut l’arrêter. Les culasses se manœuvrent nerveusement et bruyamment, les commandements français et allemands se mêlent en une indicible confusion. Seul et plus fort que tout, même que l’instinct de conservation, le sommeil couche les fusils dans l’herbe les uns après les autres et peu à peu remplace par un des ronflements de fatigue la pétulance du feu.
Décidément, l’embuscade est plus sérieuse que nous le pensions. Il faut songer, non pas à la déborder, mais à constituer un front d’engagement pour s’aligner avec elle en combat singulier. Nous laissons là les fractions de l’autre bataillon, avec mission de couvrir notre flanc droit, et, nous reportant un peu en arrière, nous décrivons à travers champs un demi-cercle pour nous rapprocher des nôtres. Voici le capitaine S…(Henri Souchard),
- C’est vous, L…(Émile Laure) ? Dites donc, vous ne pouvez pas nous laisser ici, c’est intenable.
- Je sais bien. Et c’est pourquoi je reviens à vous.
- Il était temps. Vous savez que vous nous avez tirédessus tant que vous avez pu !
- Possible. On ne fait pas ce qu’on veut par cette satanée obscurité. Et maintenant, en arrière, homme par homme, par les fossés, dans le plus absolu silence.
Nous ne nous décrocherons qu’au prix de précautions inouïes. Ralliement à la lisière du village. Ce n’est pas une petite affaire que d’insuffler encore à nos unités assez de vie pour permettre l’exécution de cet ordre. Nous circulons comme des revenants et, renonçant à leur expliquer quoi que se soit, nous prenons nos hommes sous les bras, comme des infirmes, nous les jetons plutôt que nous les amenons dans les fossés de la route, leur indiquant, ensuite de filer droit devant eux. Lourdement ahuris, sans y rien comprendre, ils vont. Il y en a pour deux bonnes heures à les dévider ainsi : nous y réussissons cependant sous les coups de feu qui sont devenus plus rares, et c’est avec un soupir de profond soulagement que nous remettons quelques 300 m entre nous et l’ennemi, qui ne nous suit pas. Avons –nous perdu du monde ? Mystère… mais certainement pas beaucoup, car ces tirs de nuit sont de la poudre jetée aux moineaux. Les trois chevaux mourants obstruent la route. Nous y heurtons bien aussi du pied quelques formes humaines, mais ce sont vraisemblablement plutôtdes dormeurs que des morts. Par un de ces retours de la fortune des combats, nous battons en retraite, nous qui poursuiveurs éperdu, avions voulu ce soir coucher à Somme-Py.»                                                               

14 septembre 1914
Dans la nuit, le commandant de la brigade décide d’attaquer au petit jour. Les bataillons de l’A.G. tiendront le front pendant qu’un bataillon du 158e R.I. essaiera de prendre la ligne à revers vers l’est. L’attaque  est prévue à 5 h 00. Le bataillon du 158e R.I., parti à 3 h 30 pour se mettre en place, se heurte à une ligne ennemie dans le bois avec des mitrailleuses. L’A.G. se lance à la baïonnette, mais s’emmêle dans des fils de fer. Elle est obligée de reculer au lever du jour. Le 149e R.I. signale que les Allemands ont creusé  une ligne de tranchées à 1200 m du village. Ces tranchées sont occupées par des fantassins et des mitrailleuses. Notre artillerie ne répond pratiquement pas.

                    Journ_es_du_13_septembre_au_1er_octobre_1914

                                   L_gende_journ_es_du_13_septembre__au_1er_octobre_1914


 Un ordre est donné au 158e R.I. à 9 h 30. I lui faut exécuter un mouvement dans la nuit et se replier en laissant la place à la 13e division. L’avance jusqu’à la crête de la 18e division est stoppée et ramenée en arrière par une violente canonnade.
11 h 00 : l’artillerie allemande canonne la lisière et le village de Souain. Le 149e R.I. doit évacuer le village et reflue vers le sud.
Le lieutenant-colonel Houssemont qui a pris le commandement de la brigade à la suite de la blessure du colonel Neuville, demande au 149e R.I. de se regrouper et de se retrancher à la lisière nord du bois de la cote 135. Il doit couvrir le repli du 158e  R.I.. Celui-ci s’effectue lentement sous la canonnade d’obusiers lourds. Le repli du 149e R.I. se fait sous le feu des canons et des mitrailleuses ennemies. Vers 15 h 00, le 149e R.I. se reconstitue à l’est de la route à 400 m de Suippes où il se ravitaille. Ce qu’il n’avait pas fait depuis 2 jours. Bivouac de la brigade à l'ouest de la route. Elle est remplacée par la 86e brigade.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René.
Ceux qui ne restent pas en ligne se jettent sur la paille pour y sommeiller quelques instants. Je suis du nombre. Je suis trop agité et pressens des choses trop graves pour y réussir. Que la gloire est peu ! Depuis huit jours, nous la colportons sans nous en douter. J’avais vécu avec moins d’anxiété les phases de la retraite que celles de la poursuite. Mourant, je me raccrochais à la vie. Ressuscité, je défaille. Je suis à bout de force et tous sont comme moi. Arrivés à un tournant, nous penchons, nous penchons… Allons-nous tomber quand on fait fond sur nous plus que jamais ?
Fracas d’incendie. Des planches craquent, se disjoignent et tombent près de moi. De hautes flammes entrent dans ma grange. Des cartouches et des bandes de mitrailleuses éclatent sèchement. Tout le monde est debout fuyant le feu : quel lugubre réveil ! Qui a allumé ? Un maladroit, un espion, un allemand resté dans des ruines, on ne le saurajamais, il est parfaitement inutile d’enquêter. On s’écarte, on évacue la partie de village incendiée, les lueurs éclairent notre désordre, l’ennemi tire sur nous, joyeux de ce désarroi. Nous garnissons les amorces de tranchées rapidement creusées par le génie et, insensiblement, la bataille reprend sans que nous nous doutions même que la clarté du jour remplace maintenant celle des flammes. Notre fusillade part droit au Nord, prenant comme objectifs les bouquets d’arbres, les meules de paille, la crête du moulin de Souain : rien de précis ne nous apparaît. Les obus tombent, arrosant les champs devant nous, bouleversant le cimetière où la 12e compagnie s’est pelotonnée. Nous avons l’impression d’un isolement absolu, le sentiment que l’ennemi va nous envelopper. La situation est intenable. Le colonel replie peu à peu vers la crête, au sud du village, le gros du régiment, et nous restons en arrière-garde avec ordre de tenir tant que cela nous sera possible. À 11 h 00, un déluge d’artillerie nous accable : on dirait des coups français… Cinglantes et venant de l’arrière, les trajectoires nous frôlent… Tout autour de nous, les explosions saccadées du 75 s’abattent en trombe…
- Cycliste Saunin, au galop, au triple galop, prenez la route au sud, cherchez le colonel ou qui que ce soit, dites que l’artillerie tire sur nous !
On se fait tout petit, très petit. Chose étrange, ce malheureux incident nous donne presque confiance. Il ne nous avait jamais été donné de juger d’aussi près les effets de nos pièces  ils sont terrifiants. La 11e compagnie, en avant à droite, l’expérimente cruellement et la voici qui se replie vers nous, homme par homme, sous le tir ajusté des impitoyables mitrailleuses. Les minutes sont éternelles. Nous accentuons notre feu pour les aider. À midi, les sergents nous annoncent que les cartouchières sont vides ! Successivement, les demi-sections retraitent, se faufilant à travers les ruines.

À midi et demi, il n’y  a plus personne dans le village et les obus allemands, fusants, percutants, en une danse effrénée nous poursuivent. Nul ne s’arrête pour regarder les morts ou secourir les blessés gémissants, dont le chapelet sanglant s’égrène sur 2 km. Nous nous rallions sous bois, à l’abri d’une position de repli qu’occupe le gros du régiment.

L’intrépide lieutenant W…(Marie Georges Wichard), de la 9e compagnie, qui s’est déjà tant de fois distingué par son courage imperturbable, arrive le dernier : il s’avance par la route, la canne à la main, conduisant la patrouille de queue, s’assurant que l’infanterie ne nous a pas talonnés, au pas, sans prendre garde aux coups, sans fléchir une seule fois la tête ou le buste sous les explosions qui l’encadrent.
Nous l’entourons… Il pleure !!!
Cette journée du 14 est d’une indicible tristesse. On nous ramène à Suippes, on nous parque dans les champs, les bergers comptent leurs brebis, il en manque beaucoup.

Cependant, derrière les faisceaux, nous nous redressons au passage du général de division. 
Nuit de repos inespérée.    

15 septembre 1914
Deux bataillons du 158e R.I. reçoivent l’ordre d’attaquer en liaison avec la 13e division à 5 h30. Le reste de la brigade reste en réserve de la division et du C.A.. Le colonel Menvielle reprend le commandement de la brigade. Vers 16 h 00, le 149e R.I la direction de la  cote 152, en couverture artillerie. À la nuit, 2 bataillons du 149e R.I. réoccupent le village de Souain. Le 3e bataillon est en réserve à 1800 m au sud-est de Souain.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère »  d'Henri René
Douze heures de sommeil, tranquillement  nous sommes étendus sur le sol dans nos couvre-pieds, après une bonne soupe chaude que l’on a eu le temps de préparer tout à loisir.
Pas de pensées, pas de rêves, pas de cauchemars : l’oubli. À 18 h 00, nous nous ébranlons, en formation d’attaque largement échelonnée. Mon bataillon, c’est bien son tour, ferme la marche. Où va-t-on ? À Souain, encore à Souain… Des régiments comme le nôtre ne restent pas sur un échec. L’artillerie de deux  C.A. est déployée sur la crête que nous franchissons, elle vomit du feu et de l’acier en un tir foudroyant qui nous assourdit au passage et exalte notre confiance. Enfin, voilà une préparation ! Jusqu’à maintenant, nos attaques se sont lancées sans cet appui précis et précieux. On dit que des instructions venues de haut ont rappelé aux exécutants cet élémentaire principe, l’infanterie n’aura plus qu’à entrer dans les brèches. Fasse le ciel que sa tâche devienne aussi facile ! J’en doute, je suis terriblement sceptique. Les mitrailleuses tiennent de bien petites places pour ne pas passer à travers les gouttes et j’imagine qu’elles ne seront pas toutes noyées quand nous nous préparerons à accoster. Les bataillons de tête progressent, cependant que nous nous arrêtons, en réserve sous bois. A d’autres les soucis… Nous avons celui de la pluie qui nous suffit. On déploie les toiles de tente et, assis ou accroupis sous leur illusoire abri, on prend ses dispositions de nuit… on fait son lit ! Je ramasse quelques branchages fauchés par le bombardement des jours précédents, et je m’étends presque de volupté. Au bout d’une heure, transit d’humidité, je me lève en maugréant, n’ayant plus que la ressource de faire les cent pas pour réagir. Nos patrouilles de liaison ont perdu la trace des unités d’attaque, il faut en conclure que celles-ci ont gagné du terrain. Peut-être que nos blessés d’avant-hier ont trouvé des sauveurs qui les ont guéris de la terreur d’être faits prisonniers.
Le régiment est à Souain, il y restera. Ira-t-il plus loin ? C’est douteux : les crêtes au nord sont fortement tenues. L’artillerie ennemie tonne puissamment, nous sommes arrêtés sur tout le front de Champagne, de Reims, à l’Argonne. La poursuite est enrayée, la libération du territoire est ajournée. Nous restons en réserve. 

16 septembre 1914
Peu de changement. On signale que le bombardement des tranchées allemandes entraîne des coups de fusil tirés par les officiers allemands sur leurs fuyards.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René
Nous sommes rassemblés dans le ravin de « la voie romaine », nous subissons un incessant bombardement. Nous sommes disposés par petits paquets et tâchons de nous confondre avec des tas d’avoine bottelée. À chaque instant, nous attendons l’ordre de nous porter en avant, tant et si bien que nous négligeons une précaution élémentaire, celle de creuser des trous et de nous abriter derrière des parapets de terre. Toutes les imprudences se payent et notre immobilité nous coûte une cinquantaine d’hommes, stupidement tués ou blessés à ne rien faire. À la nuit, nous rentrons sous bois. Des huttes s’y aménagent rapidement et, sur les toits de branches entrecroisées, les toiles de tente se raidissent d’humidité. Trois nuits de pluie ! On se sent perclus de douleurs. On patauge dans la craie visqueuse. On ressemble à des plâtriers. Les fusils sont rouillés, les mécanismes encrassés de boue blanche ne fonctionnent plus. Le moral est bas.  

17 septembre 1914
Même situation.
Il est 16 h 40, le 149e R.I. reçoit l’ordre d’attaquer le mamelon 155 en liaison avec la 86e division. Cette attaque est annulée.  Le régiment bivouaque sur place.

18 septembre 1914
Les positions occupées sont renforcées. Même situation, la canonnade continue. Le colonel Menvielle quitte le commandement provisoire de la 85e brigade. Il est remplacé par le général Dumezil commandant l’artillerie du 21e C.A..                                         

19 septembre 1914
Un ordre est donné à un détachement qui est sous les ordres du lieutenant-colonel Escallon, composé d’un bataillon du 149e R.I. et d’un bataillon du 158e R.I., il doit occuper la lisière nord-ouest du bois de la cote 151 (1500 m nord- ouest moulin de Chantereine ).
À 4 h 00 les bataillons du 149e R.I. qui se trouvent dans  Souain sont attaqués par l’infanterie et cannonnés. Le 3e bataillon du 149e R.I. ne peut franchir la crête pour les appuyer. Les 2 bataillons coincés dans le village, d’abord dans la partie ouest, finissent par l’occuper en entier, en faisant subir à l’ennemi de grosses pertes. Ils regroupent  120 prisonniers dans l ‘église. La situation reste critique toute la journée. Les munitions manquent et  il est impossible de se réapprovisionner.
Le réapprovisionnement ne peut se faire que dans la nuit. Quand l’artillerie ennemie cesse, les blessés et les prisonniers sont évacués et le 3e bataillon le rejoint. 

                 Carte_postale_Souain__1_

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René. 
À 6 h 00, réveil au son du canon et de la fusillade. Une nouvelle fuse : Le régiment est attaqué dans Souain.
- Je transmets l’ordre : « 9e compagnie : avant-garde. Front d’engagement : l’est de la route, la droite au boqueteau 158 - 10e et 11e compagnies : formation échelonnée derrière la 9e compagnie. – 12e  compagnie : en réserve, en lisière du bois. »
Rien de grave tant que nous cheminons ainsi dans la dépression de la voie romaine. À la crête, dès qu’y arrivent les éclaireurs de la 9e compagnie, le tableau change : rafales serrées de 77, tirs d’enfilade de mitrailleuses venant du moulin de Souain à l’ouest et des bois à l’est. L’avant-garde, au lieu de reculer, se jette en avant et disparaît au-delà, mais nous voyons des corps inertes qui jalonnent son itinéraire et de nombreux blessés refluent vers nous. Un moment après, c’est notre tour… Les canons et les mitrailleuses ennemies sont sur leurs gardes, des feux infranchissables nous barrent la route et nous infligent de lourdes pertes. Trois fois nous essayons, trois fois en vain. Le capitaine L...(Émile Laure)  nous ramène à 200 m en arrière, pour reconstituer les unités ébranlées et préparer une autre tentative. Il faut absolument passer. Les bruits les plus alarmants nous parviennent par des isolés, de retour de Souain : ils disent que l’ennemi a attaqué avec des forces considérables, que nos camarades sont cernés, qu’ils demandent sans délai du secours et des renforts importants.
Nouvelles vagues de tirailleurs lancées vers la crête, nouveaux échecs.
De l’arrière, on nous croit mous ou fléchissant. On aiguille dans notre direction 2 compagnies de chasseurs, pour nous entraîner. Ils avancent, dans l’angle mort, en belle formation… Nous n’y mettrons pas d’amour-propre, s’ils font mieux que nous, on suivra ! Les voici. Ils se ramassent, les chefs de section donnent l’exemple, la ligne dangereuse est abordée au pas de course. Le mouvement s’annonce bien, nous nous y joignons résolument. Soudain, toute une rangée s’écroule en même temps, sous une rafale d’enfilade de mitrailleuses…La vague est brisée… Le reflux arrête et repousse le flux… Les chasseurs rétrogradent loin, très loin… Nous retrouvons nos places et sommes de nouveauseuls… Il ne fallait pas croire que nous étions mous ou fléchissant !
Tragiques instants.
Et nos camarades qui nous attendent…. L’obscurité va nous permettre de passer. Le capitaine commandant rassemble les survivants de cet engagement stérile et sanglant, et les achemine par la route vers le village. Nous tombons nez à nez sur une colonne arrivant en sens inverse. Quelqu’un s’écrie :
- En arrière, ce sont les Allemands !
C’est vrai… Mais prisonniers.
Une compagnie les escorte. Les 2 premiers bataillons se sont dégagés par leur attitude hardie, grâce au sang froid de leurs chefs. Après un corps à corps dans les maisons et dans les rues, l’attaque a rebroussé chemin, laissant d’innombrables morts et plus de 100 prisonniers. Victorieux, le régiment se groupe sur le champ de bataille et, comme on disait autrefois, il va coucher sur ses positions.
Autrefois, en pareil cas, on se reposait. Aujourd’hui, on continue. La bataille ne s’arrête jamais, les alertes succèdent aux alertes : les fantassins sont partis, les obus les remplacent, semant à distance, par représailles d’une affaire manquée, l’épouvante, la mort et l’incendie. Le village brûle. Les postes de secours émigrent de ruine en ruine, traînant derrière eux leur triste cortège de blessés. L’auto-canon est encore là, renversée, brisée, seul trophée de 3 jours de bataille.
Le vainqueur du jour est le commandant F…(Henri François) du 2e bataillon. On se hâte vers son poste de commandement, à la maison d’école, pour lui offrir des félicitations émues. Quel soldat ! Petit, les yeux clairs, un nez fin et décidé, le teint coloré et exubérant de vie. La moustache blonde et éclatante de jeunesse, la voix fraîche et claironnante, un éternel sourire épanoui sur les lèvres. Ce soir, il est grisé d’émotion et de succès. Il vient de donner ses ordres : Le village est cerclé, les barricades sont dressées, les tranchées bien garnies, tout le monde à son poste….
Une constatation inattendue montre que notre bataillon a eu les pertes les plus lourdes. Aussi ne sommes-nous pas appelés au service des tranchées et nous casons nos unités dans les granges ou caves de la partie sud du village, prêtes à être alertées si besoin.
Deux de nos commandants de compagnies manquent à l’appel : le capitaine S…(Henri Souchard),, de la 9e compagnie, qui a été grièvement blessé au moment où il entraînait ses éclaireurs vers l’avant, et le sous-lieutenant J…(Paul Jeannin), qui a eu une jambe cassée par un éclat d’obus. Le capitaine L…(Émile Laure) ne peut nous dissimuler sa tristesse de voir disparaître ainsi les deux derniers représentants des officiers du départ, et il pleure aux mauvaises nouvelles qu’on lui donne du capitaine S...(Henri Souchard), son meilleur ami du vieux bataillon du temps de paix !
Pendant une semaine, nous « tenons garnison ». Les occupations ne manquent pas : elles sont surtout d’ordre funèbre… 

20 septembre 1914
Nuit calme. Accalmie toute la journée. L’artillerie française donne efficacement.

21 septembre 1914
il n’y a pas de changement important au 149e R.I..

22 septembre 1914
L’ordre est donné au 149e R.I. dans Souain de se montrer agressif et de gagner si possible du terrain. Pour le reste de la brigade, organisation sur place et repos.

Extraits du livre " jours de gloire, jours de misère" d'Henri René.

Un soir, le 22 septembre, si je me souviens bien, on signale la disparition du commandant F…(Henri François). C’est, pour nous tous une grande et douloureuse émotion. On ne doute pas qu’il n’ait commis une imprudence et, toute la nuit, on le cherche aux abords des tranchées. 


23 septembre 1914
Une reconnaissance fait savoir que les tranchées en face du 149e R.I. sont garnies de fils de fer. La journée reste calme. Le 149e R.I. effectue des travaux de propreté et enterre les cadavres. L’artillerie allemande tire sur Souain. La  nuit est calme.

24 septembre 1914
 Une attaque de la 43e division et de la 60e division sur la cote 60 doit se déclencher. Le 149e R.I. agira dans la direction de Sainte-Marie-à-Py, en liaison avec les chasseurs de la 86e brigade. L’offensive commence à 9 h 00 et se poursuit jusqu’à la nuit. L’artillerie ennemie se tait grâce à la nôtre. La progression du 149e R.I. est très lente sous le feu. La  nuit est calme. 

25 septembre 1914
Matinée calme. À 15 h 00, ordre de vigilance, une action ennemie est à craindre. À 18 h 00, une violente canonnade se produit sur Souain. À 18 h 30, l’infanterie attaque. La canonnade ralentit à la tombée de la nuit. 

26 septembre 1914
Matinée calme. Le commandant François du 2e bataillon est retrouvé mort d'un éclat. 6 h 30. Une violente attaque sur le 17e C.A. subit une violente attaque. L'ennemi est arrêté par l'artillerie. Les tranchées de la cote 155 sont abandonnées dans la journée par 2 sections du 149e R.I. qui les avaient occupées. Elles sont reprises la nuit. Le 158e R.I. est engagé. 

Extraits du livre " jours de gloire, jours de misère" d'Henri René.

Vers le matin seulement, un de ses officiers songe à monter au grenier de la maison d’école : sur la dernière marche, un corps inerte gît, la tête fracassée, inondé de sang, c’est notre malheureux commandant F…(Henri François)  ! Il a été frappé à son poste, en pleine activité, au travers de la mansarde qui lui avait servi d’observatoire à la fin du jour, pour y surveiller le front, pour s’assurer que nous pouvions dormir tranquilles. C’est une belle fin, il n’en eût pas rêvé d’autre s’il avait dû choisir… Il avait tant souhaité, cependant, ne pas être arrêté dans sa course à la victoire ! Nous lui faisons de pieuses obsèques, les plus anciens officiers de régiment se disputent l’honneur de le porter eux-mêmes jusqu’à sa dernière demeure. Le colonel prononce sur sa dépouille une allocution touchante et l’on se dit « à Dieu »…
Le haut commandement a les yeux sur nous. Il vient de nous le faire savoir par la plus belle citation à l’ordre de l’armée que le régiment ait encore connue. Il peut être tranquille : Souain tiendra. Peu à peu, nous nous organisons comme dans une place forte assiégée, mobilisant toutes les ressources, faisant face aux évènements prêts à subir les privations ; les fatigues et les bombardements, pleins de confiance. Nos troupiers s’ingénient : ils soignent les vaches dans les caves. Ils décomptent le petit bétail. Ils rassemblent les lapins et les pigeons égarés. Ils retournent les champs de pommes de terre… Même encerclés, nous ne mourrons pas de faim. Les cuisines s’installent dans les foyers effondrés, le plus près possible des entrées de caves afin que, au premier sifflement d’obus, on puisse disparaître. Les hommes ont été tellement sevrés d’aliments chauds, depuis longtemps, qu’ils mettent à ce jeu l’audace la plus étonnante : j’en vois qui sont assis sur les marches de l’escalier. Leur marmite bout, ils flattent des yeux leur rata. Ils le tournent amoureusement avec un bâton d’une propreté douteuse…
Ils s’éclipsent par une descente rapide pour laisser passer l’explosion. Ils reviennent à leur pot-au-feu, et le manège se poursuit, tragique et comique tout à la fois. Quelques-uns meurent à leur poste, sans que l’incident (la mort n’est plus qu’un incident) décourage les autres. La chasse aux vieilles ferrailles leur a fait découvrir des moules à gaufres, ils se passionnent à cette fabrication et, d’une pâte horriblement fade de farine et d’eau, sans sucre, ils tirent des gaufres par douzaines. C’est très mauvais, mais c’est une apparence de friandise.
Notre tour est venu de monter la garde et nous nous alignons dans les tranchées. Elles sont bien maigres et bien imparfaites. Nous ne voulons pas admettre que ce puisse être définitif, et nous nous contentons de cette demi-mesure en attendant que la situation stratégique se soit modifiée. Ah ! Non ! L’immobilisation ne saurait être notre sort, au lendemain de ces longues journées de marches et de fatigues, et nous savons que dans le nord, vers la Somme, de nouvelles armées continuent la manœuvre de la Marne. Le barrage défensif que les Allemands ont tenté de nous opposer sur l’Aisne tombera par débordement et l’heure n’a pas encore sonné de nous enfouir dans le sol comme des taupes. Les nuits sont agitées. Les patrouilles se heurtent. La danse des ombres peuple l’imagination des guetteurs. Nos soldats n’ont pas acquis, jusqu’à maintenant, « le sang froid de l’homme de guerre » et les fausses alertes se succèdent presque sans interruption. De terribles fusillades se déclenchent, les Allemands éclairent le terrain avec des fusées (détail pratique qui nous est encore inconnu), et la plupart du temps, ce sont fantasmagories pures. Les sentinelles à la barricade du nord rendent compte affolées qu’une « grosse colonne d’attaque s’avance par la route »… On va voir… C’est un troupeau de vaches errant d’un front à l’autre !     

27 septembre 1914
Le bombardement de Souain continue avec un mortier de 210. 20 h 00 : violente fusillade sur tout le front du 21e C.A. jusqu'à la hauteur du moulin de Souain. L’artillerie continue de canonner devant la 86e brigade.                                  

28 septembre 1914
La fusillade et la canonnade reprennent dès le début du jour et se poursuivent toute la journée.
Dans la nuit, le 2e bataillon revient cantonner à Suippes pour se reposer. Il amalgame un renfort de 500 hommes et de 4 officiers du 115e  R.I.T. de Marseille, ainsi que 2 lieutenants de l’active, blessés en début de campagne, et un officier russe engagé pour la durée de la guerre.
Deux voitures chargées d’outils et de fil de fer sont envoyées pour faire des travaux de terrassement Les mouvements sur la route entraînent une violente canonnade. Quelques fusillades dans la soirée. La nuit reste calme.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René.
On s’use vite à  ce régime, et, privés de sommeil, nous voilà de nouveau épuisés. La charge s’alourdit cependant le 28 : le gros du régiment est retiré et on confie à notre bataillon la défense du village. Nous ne sommes pas contents du tout et passons une journée maussade.  

29 septembre 1914
Même monotonie d’événement. Le 149e R.I. signale que l’ennemi renforce ses tranchées.


 Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René.
Le lendemain, le moral remonte, à la nouvelle que nous partons aussi. On ne sait, ni pour où, ni pour quoi, on est heureux tout de même : on ne tient plus en place, on en a assez de ce coin de Champagne où les horizons sont bornés à 100 m par des crêtes qu’occupe l’ennemi. Partons, partons vivement. Surtout, n’alarmons pas les tranchées opposées, pour qu’il ne prenne pas à quelque attaque la fantaisie de sortir et de nous immobiliser à l’heure de la délivrance !
Il fait un clair de lune radieux… « Un clair de lune allemand » … Nous avons tout préparé  pour passer  minutieusement la consigne à nos successeurs, nous ne voulons pas qu’ils aient à nous retenir une seconde… Ils n’arrivent pas, on s’impatiente. Pas un coup de fusil. C’est la sérénité des beaux soirs d’automne, un souffle de poésie court sur la pestilence des charniers. Vers le ciel, des tranchées ennemies, la pieuse harmonie d’un « lied » s’élève doucement : le chant, d’abord plaintif, se hausse peu à peu en accords plus puissants, puis devient une prière grandiose ; son rythme mélancolique semble évoquer la communion des vivants et des morts dans le même sacrifice. Voilà la relève. Notre monôme se déroule à travers les ruines et la lune projette sur les pierres le silencieux cortège de nos ombres. La chanson s’éloigne et le chœur de nos ennemis pleure en sourdine les souvenirs communs que notre hospitalité fit naître dans ces champs d'horreur. 

30 septembre1914 
Le général reçoit  à  1 h 00 du matin, un l’ordre verbal du 21e C.A. (confirmé ensuite par écrit). Il doit attaquer vers Source-de-l’Ain avec un groupement  composé de la manière suivante : Un bataillon du 17e R.I., un bataillon du 109e R.I., un bataillon du 21e R.I. réserve de C.A. + un bataillon du 149e R.I., cantonné à Suippes pour empêcher l’ennemi de retirer des forces de leurs lignes de combat. 

1er octobre 1914
 Un avis  est donné à la brigade. Elle embarquera avec le 21e  C.A.. Dans la soirée elle gagne Veuve. Arrivée à midi.
Le 158e R.I. arrivant de Mourmelon-le-Petit est arrivé depuis 9 h 00. Le 149e R.I.(2 bataillons) y arrive à partir de 14 h 00. Un bataillon est resté à Souain. Départ de la brigade à 18 h 00 pour embarquerà Châlons-sur-Marne. 

Sources :

J.M.O. de la 85e brigade : série 26 N 520/9 et 26 N 520/10.

« Jours de gloire, jours de misère », livre de Henri René, éditions Perrin. 1917.

La carte postale représente la 12e compagnie du 149e R.I. en 1913. 

Remerciements :

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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11 juin 2010

Commandant Henri François (1876-1914).

                  Copie_de_Commandant_Fran_ois

 

Le commandant Henri  François est né le 15 janvier 1876 à Zutkerque, petite commune située dans le Pas-de-Calais. Il est le fils de Louis François et d’Alix Marie Delattre. Henri François se marie avec Marie Marguerite François en 1906 à Arras. Après avoir signé un engagement volontaire de 3 ans à Versailles, il est  admis à l’école spéciale militaire en 1895. Saint-Cyrien de la promotion de Tananarive (1895-1897). Il arrive en décembre 1911 au 149e R.I., nouvellement promu dans le grade de capitaine, pour prendre le commandement de la 6e compagnie. Il sera à la tête de cette compagnie jusqu’au 1er septembre 1914. Il est  nommé chef de bataillon à titre temporaire. Il prend ainsi le commandement du 2e bataillon de son régiment  à partir du 2 septembre 1914 et cela jusqu’au moment où il se fera tuer quelques jours plus tard dans le secteur de  Souain, le 24 septembre 1914.

 

Décorations
 

Chevalier de la Légion d’honneur par décret du 31 décembre 1913. 
 

1ère citation à l’ordre de l’armée (ordre du 29 septembre 1914) :

« Le 19 septembre à dirigé avec beaucoup d’énergie, le combat livré dans un village par deux bataillons du 149e R.I., de 5 à 17 heures et a réussi à dégager ce village presque complètement entouré ; a tenu tête toute la journée à un ennemi supérieur en nombre ; l’a refoulé et lui a fait 120 prisonniers. (Journal officiel du 9 octobre 1914).

 

2e citation à l’ordre de l’armée (ordre du 2 octobre 1914) :

«  Atteint d’un éclat d’obus, est mort à la tête du bataillon dont il avait pris le commandement pour la durée de la guerre et où il avait fait preuve des plus brillantes qualités d’entrain, de bravoure et d’intelligence. Avait en particulier, puissamment contribué à repousser de violentes attaques dirigées contre un village bombardé et incendié, à en chasser l’ennemi qui y avait pénétré et à maintenir dans la situation la plus critique, la possession de ce village. (Journal officiel du 24 octobre 1914).

 

Un grand merci à C. Leclair, à A. Carrobi, à J. Huret, à  M. Porcher et au Service Historique de la défense de Vincennes.

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17 juin 2010

Marche ou "crève" pauvre biffin !!!

                  Carte_wassy

 

Je renouvelle tous mes remerciements à  D. Browarsky pour son autorisation à retranscrire sur ce blog de larges passages du témoignage de Louis Cretin. Les cartes qui accompagnent ce texte ne donnent qu’une idée approximative du chemin parcouru par le 149e R.I. pendant cette période.

Du 6 au 12 septembre 1914.

Dommartin_LettreeEmbarqués à Darneuilles, nous passons à Mirecourt, Toul, Joinville et nous débarquons le 6 septembre au matin à Wassy. Nous cantonnons à Attencourt et à Pont-Varin. Toute la journée, ainsi que celle du 7 septembre, des convois de civils fuyant l’invasion passent sans arrêt se dirigeant vers le Sud. Cela fait pitié à voir. Le canon gronde dans le lointain et parait se rapprocher. Dans la journée, le régiment reçoit de nouveaux renforts. Dans le nombre, nous en avons qui sont âgés de 40 ans et plus. Dans l’après-midi, sous les coups de 15 h 00, nous mettons sac au dos et en route. Il fait une chaleur « sénégalienne »… Le soir, nous faisons une grand’ halte d’une heure à Montier-en-Der, puis nous repartons. Toute la nuit, nous marchons… Le commandant François du 2e bataillon menace de son révolver les hommes qui tombent de fatigue. Vers 3 h 00, nous n’en pouvions plus. Cela faisait 11 heures que nous marchions. Les traînards devenant de plus en plus nombreux, nous étions chargés de les grouper, puis de les faire avancer quand même. Enfin, l’ordre nous est donné de prendre quelques repos sur place. 50 kilomètres dans « les guibolles »  depuis hier ! Nous passons deux heures et demie dans une prairie et nous repartons. À 9 h 00, ordre est donné de consommer les vivres de réserve… C’est très facile, nous n’en avons plus depuis la retraite de Lorraine !!! Vers midi, de nouveau une grand’ halte d’une heure où on nous lit le fameux communiqué de Joffre. «  Se faire tuer sur place plutôt que de reculer. » On bouffe des kilomètres, c’est notre seule nourriture. Le soir, vers 18 h 00, nous bivouaquons près du village de Dampierre où nous passons la nuit. La canonnade est très violente. Elle devient de plus en plus proche. Le 9 septembre, de grand matin, le régiment prend contact avec les Allemands. Cette fois nous sentons qu’une grande bataille s’engage, à l’acharnement que mettent les Allemands à vouloir aller de l’avant. Les nôtres opposent une barrière infranchissable et ne cèdent pas un pouce de terrain. Au contraire, en fin de journée, nous avons légèrement avancé. L’après-midi, je suis désigné pour une corvée d’eau à Dampierre. La chaleur est très grande. Nous remplissons trois tonneaux et nous revenons à la recherche du régiment qui avait changé de place. Nous marchons à l’aventure jusqu’à 1 h 00. Enfin, nous le retrouvons dans l’après-midi. En cours de route, la chaleur avait disjoint les douves des tonneaux et l’eau s’était perdue, écoulée sur le sol, pendant le trajet. C’est à peine si chaque homme de la C.H.R. en reçut un quart. Chaque compagnie avait sa corvée personnelle. Heureusement, le temps se couvre et il se met à pleuvoir sur le matin du 10. Nous marchons… Nous marchons toujours et à chaque arrêt, nous installons notre toile de tente en forme de gouttière, pour recueillir la pluie dans nos bidons. On serre l’étoffe et on suce l’extrémité. C’est terrible la soif ! Cette journée, je vais de nouveau à la corvée d’eau. Cette fois, c’est à Saint-Ouen. C’est le même manège que la veille, mais nous en rapportons davantage. Chaque homme perçoit un demi-litre. Durant la corvée, j’ai pu boire à ma soif. Le train régimentaire nous délivre en outre du café et une ration de légumes… Mais impossible de s’arrêter Dommartin_Lettree_Sarrypour les cuire ! Le 11 septembre, la poursuite proprement dite commence. La marche devient plus rapide. Dans l’après-midi, la pluie tombe à nouveau. On refait le même truc pour obtenir de l’eau. Dans la nuit, nous faisons une grand’ halte. Nous mettons le feu à un énorme tas de fagots. Beaucoup s’étaient déséquipés pour sécher leur chemise à la flamme du brasier, en dansant aux alentours. Toujours rien à manger… Et quel contraste, cette nuit, nous dormons quelques heures enfouis dans des gerbes de blé. Le lendemain matin, la poursuite reprend et cette fois, c’est presque au pas de gymnastique que nous partons. Les officiers nous activaient sans cesse. Nous nous demandions pourquoi ! C’est que nous nous approchions de la grande ligne de Paris-Nancy  et de la Marne. Il fallait essayer d’arriver avant que les Allemands n’aient fait sauter les ponts. La ligne de chemin de fer est atteinte vers 8 h 00 à une dizaine de kilomètres à droite de Châlons. Et cela, toujours en accélérant, sans pause, sans rien… Même pas de tabac… Nous arrivons à la Marne. Heureusement, les Allemands n’ont pas trouvé le temps de couper les ponts. Nos éléments avancés et les éclaireurs du régiment firent prisonniers les Allemands qui étaient occupés  à préparer les fourneaux de mine. Le 149e R.I. passe la rivière et fait la grand' halte à Sarry.  (A suivre...)

 

  

Références bibliographiques :

Les morceaux de cartes utilisées proviennent de la carte  Michelin Champagne-Ardennes n° 241.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

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22 juin 2010

Une « Gorgone Sarrysienne ».

                  Sarry

De nouveau un grand merci à D. Browarsky. Voici la suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Marche ou crève pauvre biffin !!! »

 

Le 149e R.I. passe la rivière et fait la grand-halte à Sarry.  Ici se passe une scène comique que je vais essayer de raconter.

Nous venions de traverser la Marne, après une poursuite accélérée. À présent, tranquillisés pour le passage de nos convois, le pont sur la rivière étant intact, nos officiers venaient de donner l’ordre au régiment de souffler un coup. Nous en avions grand besoin. Les faisceaux étant formés, les poilus s’activaient à la confection d’un « jus ». Nous étions rangés de chaque côté de la grande rue de Sarry. Notre lieutenant-colonel, les chefs de bataillons et les officiers de compagnies faisaient « les cent pas », au centre, quand tout à coup, l’on entendit des cris perçants. Levant la tête, nous vîmes surgir du seuil d’une maison un allemand déséquipé et qui paraissait peu solide sur ces jambes. Il était suivi immédiatement d’une bonne femme échevelée, le chignon en bataille, le corsage à moitié dégrafé, armée d’un balai. Elle scandait chaque phrase qu’elle criait d’un coup énergique sur l’échine de l’homme. Apercevant nos officiers, l’allemand se dirige vers eux. Il est suivi de son « ange gardien ». Tous les poilus suivaient la scène, des quolibets fusaient. Un loustic cria « Vas-y la mère, ce n’est pas ton chéri. » Les coups redoublaient… « Ah le brigand », pan, « tiens voleur !, ça t’apprendra. » À chaque argument frappant, l’allemand faisait une génuflexion. Après un coup plus violent que les autres, le balai finit par casser en deux, l’envoyant rouler à quelques mètres du groupe formé par nos officiers. La femme était déchainée. Elle se précipita sur lui et à coups de pied, elle recommence le même manège qu’avec son balai. « Tiens, salaud !! À mon tour maintenant !! Tiens !, tiens !, et tiens ! Tout le monde riait aux larmes. L’allemand réussit à reprendre son aplomb et se remit debout. Jugeant que cela avait assez duré, notre lieutenant-colonel demande à la femme de s’expliquer. « Ben voilà, Monsieur le Général, quand j’ai vu venir les Français, j’ai visité ma maison et j’ai trouvé celui-là dans ma cave. Il avait bu tout mon pinard !... » À chaque geste du soldat allemand, le manche à balai redevint menaçant… « Ce n’est pas tout Monsieur l’Officier, ce salaud-là, oui, oui, parfaitement… Tu ne diras pas le contraire, je suppose… (Il est probable que l’allemand ne comprenait rien du tout à ses explications). Il s’est jeté sur moi et il a voulu m’embrasser ! Non, mais des fois, un allemand !!! C’est alors que je vous l’ai amené. Vous allez surement l’envoyer à Deibler pour qu’il le guillotine ce dégoûtant-là ! » Quatre hommes, baïonnette au canon, l’emmenèrent  à la mairie où d’autres se trouvaient rassemblés. Congédiant la femme le colonel lui dit : « C’est entendu Madame, nous ferons le nécessaire. » Inutile d’ajouter que pendant toute la scène, les poilus se tordaient de rire. Quelques instants plus tard, ayant pris notre « jus », on reprenait la poursuite.

 Sarry_CuperlyNous traversons le village de Lépine. Je suis détaché en équipe de brancardiers avec la compagnie d’Avant-garde. Le soir, à l’approche de la nuit, nous atteignons un village. Une reconnaissance va s’assurer qu’il n’est pas occupé par l’ennemi. Nos canons de 75 envoient quelques rafales d’obus pour activer la fuite des Allemands. Un orage éclate, nous sommes trempés jusqu’aux os quand nous prenons possession du village de la Cheppe. Les rues étaient transformées en torrents. C’est dans vingt centimètres d’eau que nous pataugeons. Seulement, cette nuit-là, c’est la première fois que nous cantonnons depuis notre départ de Wassy. Nous n’avons pas besoin d’être bercés pour nous endormir. Le 13 septembre, à 5 h 00, nous réussissons à découvrir quelques pommes de terre dans une cave, ainsi qu’un rucher ! Nous l’enfumons, et sans être piqués à plusieurs reprises, nous arrivons à prendre quelques rayons de miel. Avec les patates cuites en robe de chambre, nous dévorons ce repas original. À 7 h 00, nous quittons la Cheppe. Nous marchons sur Cuperly où nous faisons une grande halte. La C.H.R. achète un cochon à un civil demeuré dans ce pays et nous le partageons. Nous touchons chacun quelques grammes de ce festin.

 La résistance allemande se fait de plus en plus sérieuse. Nous avançons quand même. Le soir, à la tombée de la nuit, nous atteignons Suippes que les Allemands incendient avant de l’abandonner. Le régiment part en avant-garde d’armée, mais, à Souain, il est obligé de s’arrêter. Des troupes fraîches allemandes nous y attendaient. Je suppose que c’est celles rendues libres après la reddition de Maubeuge. La retraite allemande est terminée. Les combats vont reprendre…

 Un grand merci à D. Browarsky, à T. Cornet, à C. Fombaron et à J. Huret.

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07 juillet 2010

Indicibles souffrances.

Carte_photo_2

De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Une Gorgone Sarrysienne ».

 

 La semaine qui vient de s’écouler du 7 au 14 septembre inclus fut pour mon compte personnel, la plus pénible. Ce fut la plus dure de toute la campagne. Nous avons terriblement souffert de la faim, de la soif, du manque de repos, de la chaleur, de la pluie et d’un épuisement physique complet. Même à présent, je me demande comment nous avons pu supporter tout cela. Vraiment, la résistance humaine a des ressources insoupçonnées. Il est vrai que le facteur moral a dû jouer un rôle primordial. Il est probable que si au lieu d’être les poursuivants nous avions été  les poursuivis, avec toutes ces misères nous serions tombés aux mains de l’ennemi. D’abord la faim, et cela pendant 7 jours. Nous avons simplement touché une boule de pain au moment de partir de Carte_Cuperly__La_CheppeWassy… Le 10 septembre, nous recevons un peu de  café et une ration de légumes. C’est tout !!! Pendant les opérations mouvementées du début de la campagne, et par la suite, à chacun de nos déplacements dans un secteur nouveau éloigné du précédent, nous avons été souvent plusieurs jours sans ravitaillement. Cela tient  à nos changements journaliers et rapides. La plupart du temps, notre train régimentaire ne pouvait pas nous atteindre. De plus, en tant que brancardiers, nous sommes souvent répartis par équipe de 4 hommes dans des compagnies souvent éloignées les unes des autres. Nous ne pouvons pas, dans ces conditions toucher nos distributions. Pendant la bataille de la Marne, nos convois de vivres ne nous trouvèrent qu’une seule fois, près de Dampierre. Cela, juste avant la poursuite des Allemands. Ce que nous avons reçu fut plutôt maigre … Du café, du sucre et une ration de légumes, lesquels ne furent jamais cuits. Nous avons connu la faim… Pour chercher à la tromper, nous mâchions des feuilles d’arbres le plus souvent… Très heureux quand nous trouvions une plante de rhubarbe dans un jardin. (Mais le camp de Mailly n’est pas, à proprement parler un potager.) Ce régime pouvait être efficace pour une personne obèse, mais il n’est pas recommandé pour les troupes en campagne. La soif, ah la soif ! Ça, c’est le plus terrible. Marcher sous un soleil ardent et n’avoir rien à boire… La gorge est sèche, plus de salive. Les puits que nous rencontrions étaient souillés. Défense était faite d’y puiser de l’eau. La souffrance était d’autant plus atroce que tout le long du trajet, des bouteilles de champagne vides jalonnaient notre route. Nous étions heureux quand il pleuvait. Nous sucions nos pans de capote, ou l’extrémité des toiles de tente. Nous essayions de recueillir quelques gouttes dans nos bidons en formant une gouttière. Après, nous n’en avions que plus soif. Nous aurions bien aimé plonger la tête dans de l’eau fraîche et boire goulument, longuement, très longuement. Pour apaiser la soif, nous utilisions un truc qui était assez efficace, qui consistait à mettre un petit caillou dans la bouche, cela maintenait un peu de salive. C’est tout ce que nous pouvions faire. Le manque de sommeil et de repos est pénible également. Marcher de jour cela passait encore, mais de nuit c’était plus dur. Machinalement nous fermions les yeux. Quand un arrêt se produisait, nous allions buter la face dans le sac ou l’ustensile de campement de celui qui nous précédait. Sitôt arrêtés, nous nous couchions par terre et le sac comme oreiller, sans même le déboucler. Nous ronflions immédiatement comme dans un lit bien moelleux. En fait de lit, ce n’était souvent qu’un tas de cailloux. (À suivre …)

La photographie de groupe a été réalisée avant le début du conflit.

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

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24 juillet 2010

Entre Suippes et Souain.

                 Groupe_149e_R

De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Indicibles souffrances ».

 

Que dire également des fatigues de la marche ! Faire 30 à 40 kilomètres, parfois davantage par 24 heures, sans manger, sans boire pendant 8 jours et nuits. De plus, nous étions chargés comme des mulets. Cela parait impossible et pourtant nous l’avons fait. Les pieds gonflés, remplis d’ampoules, ensanglantés, nous marchions, nous marchions… Dès que nous nous arrêtions quelques instants et que nous repartions, il semblait que nous marchions sur des aiguilles. Lorsqu’il pleuvait, nos pieds étaient transformés en éponges. Au soleil, le cuir des chaussures durcissait. Un soir, nous avions fait un feu de fagots. Nos chaussures mouillées se rétrécissaient au point que le matin en repartant, plusieurs soldats furent obligés de se déchausser et de marcher pieds nus ou  entourés dans des manches de chemises. Les jambes étaient raides comme des barres de fer. Les mollets douloureux. Les cuisses paraissaient détachées des os. Les reins brisés par le poids du sac, les flancs meurtris par l’équipement et les musettes… Les épaules sciées par les courroies. La tête en feu, nous marchions, nous marchions sans trêve. Quand la pluie tombait dans la nuque, elle mouillait la chemise. Au retour du soleil, l’étoffe mouillée de nouveau par la transpiration ressemblait à de la toile émeri. Ajoutez à cela ; le souci de se garer des balles et des obus, vous aurez une petite idée du martyr que nous avons subi. J’étais un gars de l’active. Deux années de service militaire m’avaient entraîné. Mais que dire des hommes de 35 à 43 ans reçus en renfort aux environs de Wassy, à Pont-Varin et Attancourt le jour où commençait pour nous cette course d’endurance. Et pourtant, ils tinrent le Carte_Suippes_Souaincoup, comme nous. Il n’y eut pas de trainards. Voilà les poilus de la Marne pris dans notre régiment. Après quelques instants de repos à Suippe, le régiment part en avant-garde. A Souain, il se trouve arrêté par une résistance inattendue et sérieusement organisée. La fusillade crépite, les mitrailleuses allemandes tirent sans discontinuer sur nos colonnes engagées dans le village et sur la route. Heureusement qu’elles tiraient un peu haut, sans cela nos pertes déjà élevées auraient été plus lourdes encore. Surpris, nos poilus se déploient en tirailleurs en attendant le jour pour pouvoir juger de la situation. Notre poursuite est suspendue (nous le pensions du moins, croyant la reprendre le lendemain matin). La musique descend avec le médecin-chef à Suippes pour installer le poste de secours régimentaire. Le pays continue à brûler. Un des nôtres découvre dans un magasin d’alimentation presque entièrement détruit, des vivres. Passant par le soupirail de la cave intact, il rapporte deux bidons de vin, un litre d’huile et de la farine. Il n’eût pas fait bon y être pris ! Le bruit courut par la suite que des hommes surpris à ramasser (je ne dis pas piller) des marchandises vouées à la destruction furent sérieusement punis. Ils passèrent en conseil de guerre. On ajoutait qu’il y eut des blessés par balles de révolver tirées par  un de nos officiers. Toujours pas de pain. Avec la farine nous confectionnons des « beignets » cuits dans l’huile. Nous mangeons et nous faisons la distribution de pinard. Un quart fut suffisant. Nous n’en aurions pas supporté davantage tellement nous étions affaiblis.  Nous nous endormîmes complètement ivre. Le matin, nous nous occupons des soins donnés aux blessés et de leur relève. Il y avait beaucoup de travail, car ils étaient très nombreux. Il nous fut impossible de rentrer dans le village de Souain tant le tir était intense. Les Allemands nous dominaient et chaque homme qui se montrait, servait immédiatement de cible. En visitant les boqueteaux  environnants. Nous assistions à l’installation de plusieurs de nos batteries de 75. Les chevaux étaient dans un état lamentable. Étant à la « corde », ils dormaient debout, appuyés les uns contre les autres. Ils étaient couverts de plaies, remplis de mouches, de vrais squelettes. Ils n’avaient pas été à la noce non plus ! Ce jour-là, nous avons été ravitaillés en abondance. Nous avons touché de tout. À la nuit nous pénétrons dans Souain et nous évacuons les blessés jusqu’au matin. Dorénavant, il en sera de même chaque nuit jusqu’à la relève. À présent, nous mangeons à notre faim et buvons à notre soif. Mais les fatigues persistent. Cet excès de nourriture survenant après tant de privations eut un effet déplorable. Le 16 septembre, c’est un repas complet pour nous !!! Des brancardiers divisionnaires nous remplacent dans notre travail. On boit ! On mange ! On dort. Nous nous réveillons et nous recommençons. On boit ! On mange ! Et ainsi de suite toute la journée. Nos cuisiniers n’arrêtent pas. Ils furent tout le temps dans leurs marmites. (A suivre...)

 

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

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06 août 2010

Un "jus" bien désagréable !!!

                  Caf__Louis_Cretin  

 De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Entre Suippes et Souain." 

Le 17 septembre, après une nuit mouvementée, passée dans les feuillées… Je quitte Suippes le soir avec un camarade (Arthur Gigant qui décèdera en 1923 suite aux gaz), pour aller faire la liaison avec les postes de secours des bataillons installés à Souain. Le marmitage était particulièrement violent ce jour-là sur la route. Nous décidons de faire un détour par les bois, mais dans la nuit, nous nous égarons. Nous sommes abrutis par le bombardement qui sévit partout avec une grande intensité. C’est seulement au petit jour que nous retrouvons notre chemin. Nous gagnons le village en rasant le talus de la route. Nous trouvons notre lieutenant-colonel dans son P.C. Il se reposait sur un tas de cailloux. Il nous ordonne d’activer, car dans quelques instants, ce sera impossible une fois le grand jour venu… Arrivés aux premières maisons, nous respirons un bon coup. Mon camarade ayant dans sa musette une tablette de café et du sucre, nous nous faisons un « jus » pendant que les balles et les obus font rage autour de nous. Une marmite démolit la cloison voisine où nous nous trouvions. Le coin devenait malsain. Nous trouvons le temps de  passer notre café au travers d’un mouchoir pas très propre. Une petite bouteille de vinaigre provenant du magasin d’alimentation de Suippes, et qui voisinait dans le sac à dos avec le mouchoir s’était cassée dans l’une de  nos chutes successives. Le « jus » avait un drôle de goût. Nous l’avons tout de même bu en faisant de sérieuses grimaces. Ensuite nous partons visiter les postes de secours des bataillons. En passant près de l’église, plusieurs fusants éclatent dans les marronniers de la place. Nous nous crûmes touchés. Les fruits détachés par l’éclatement des obus nous tombaient dessus. Mais rien que des marrons, pas d’éclats. Nous trouvons deux blessés au poste du 2e bataillon. Notre mission étant terminée, nous cherchons à rentrer. Ce ne fut pas facile. Nos blessés que nous nous portions sur le dos ralentissaient notre marche. À tout moment, il fallait se plaquer au sol pour se préserver des éclats quand éclataient les obus. Pour sortir de la zone dangereuse d’environ 200 m, nous avons mis au moins une demi- heure. Nous regagnions Suippes ensuite assez vite. Nous avons fait monter nos blessés sur des caissons d’artillerie venus ravitailler une batterie avancée. Le 19 septembre, une attaque allemande cerne nos troupes qui se trouvent dans Souain. C’était mal connaître nos hommes. Au lieu de se rendre, ils firent tant et si bien que le soir, les Allemands avaient évacué la place avec des pertes énormes ne laissant entre nos mains que 160 prisonniers. Le soir, ignorant que la situation était rétablie, nous partons de Suippes le brancard sur l’épaule avec en plus des musettes remplies de cartouches. Nous trouvons sur la route, le cycliste du major qui nous fait savoir que nous pouvons y aller sans crainte. Les Allemands étaient rejetés au-delà de leurs tranchées de départ. Le régiment fut enfin relevé le 1eroctobre. Ceux qui restaient, à peine la moitié de l’effectif avaient néanmoins une flamme d’orgueil dans le regard. Si nous n’avions pas rejeté l’allemand à la frontière, nous avions tout de même contribué à gagner une grande bataille. À sauver Paris et la France de l’invasion. Le régiment en entier fut cité à l’ordre de l’armée.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

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17 novembre 2010

En route pour Souain avec la 4e compagnie...

                 Montage_Paul_Monne__Souain_


De nouveau un très grand merci au docteur Gilbert Monne pour son autorisation de publier sur le blog du 149eR.I. ce texte inédit qui a été écrit par son père, le sergent Paul Monne.

À la fin du mois d’août 1914 (je ne me rappelle plus la date exacte) après la victorieuse bataille au col de la Chipotte, la 4ecompagnie du 149e R.I. se regroupera à Saint-Benoît (Vosges).

Nous y sommes restés un jour et une nuit. Le lendemain, nous partions vers Rambervillers. Tout le long du parcours, nous avons rencontré beaucoup d’autres soldats du 21e C.A. qui allaient, eux aussi, dans la même direction. Ils étaient également très nombreux dans la campagne et marchaient à travers champs et prairies.

Dès notre arrivée à Rambervillers, nous avons occupé, le parc du château Sainte-Lucie qui se trouve sur la route de Roville-aux-Chênes. Nous avions l’ordre de surveiller dans la direction de Baccarat et de creuser des tranchées le long du pourtour du parc. Après un séjour de plusieurs jours assez calme d’ailleurs puisqu’il est seulement tombé quelques obus allemands sur la ville, nous étions relevés.

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                 Carte_Saint_Beno_t_Saint_Gorgon

 

Nous avons changé de cantonnement, mais en restant à Rambervillers. Dès notre arrivée, nous accueillions un important renfort de soldats. Ils venaient combler les vides causés par les lourdes pertes subies depuis le violent combat d’Abreschviller. Dans le même temps, nous avons reçu un très important ravitaillement alimentaire, car les réserves étaient épuisées.Le capitaine Altairac m’a remis un bon pour réquisitionner du vin chez un grossiste. Si mes souvenirs sont exacts, ce commerçant se trouvait sur la rue de la gare et se nommait Grandcolas. Tout ce ravitaillement fut très bien accueilli et le quart de vin très apprécié par tous les soldats.

Après un repos de quelques jours, nous sommes partis à Saint-Gorgon où nous sommes restés seulement un jour et une nuit. 

Le lendemain matin, de très bonne heure, nous reprenions la direction d’Épinal. Nous nous sommes arrêtés à Girecourt-sur-Durbion où nous avons cantonné. La compagnie a couché sur de la paille, dans une grange d’agriculteur, le capitaine Altairac avec ses soldats. Par crainte d’alerte, il était expressément défendu d’enlever ses chaussures. Nous ignorions ce qui se passait et nous nous demandions où on nous conduisait.

Le lendemain, dès l’aube, nous nous dirigions vers Aydoilles, puis Deyvillers, Jeuxey, Saut-le-Cerf, Golbey et enfin la gare de Darnieulles, terme de notre voyage à pied. Que de souvenirs nous rappelaient ces villages traversés. Les ponts du canal et de la Moselle où nous étions venus si souvent faire la corvée de lavage en temps de paix. Aussitôt, les soldats occupèrent le terrain qui se trouvait à proximité et y restèrent toute la journée se reposant sous le soleil bienfaisant. (A suivre…)

 

Un grand merci  à M. Bordes, à G. Monne et à M. Masson. 

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23 novembre 2010

Capitaine Philippe Altairac (1879-1961).

                 Capitaine_Philippe_Altairac

Philippe Altairac est né le 13 avril 1879 à Paris. Fils de Jean Marie Altairac et de Julie Chatelet. Élève au lycée Buffon puis au lycée Janson de Sailly. Il se marie en 1909 avec Anna Parent. Engagé volontaire, il signe à la mairie de Versailles un contrat de trois ans avec l’armée en 1897. Élève à l’école militaire de Saint-Cyr, il fait partie de la promotion de Bourbaki (1897-1899). Très bon escrimeur, il maitrise parfaitement la langue de Shakespeare. 

Sous-lieutenant à la fin de l’année  1899. À sa sortie d’école, il rejoint le 103e R.I. qui se trouve dans la ville d’Alençon. Philippe Altairac est promu lieutenant en 1901. Après avoir passé plusieurs années au 103e R.I., il est muté au 13e R.I. à Nevers en 1911. Il arrive, fin septembre 1913 au 149e R.I. fraichement émoulu dans ses fonctions de capitaine. 

La 4e compagnie est sous ses ordres au début du conflit. Cette compagnie est commandée par le commandant Pierre de Sury d’Aspremont, responsable du 1er bataillon.

Philippe Altairac est grièvement blessé à la tête de sa compagnie, le 3 mars 1915 pendant une contre-attaque devant Noulette. Suite à sa blessure, ne pouvant plus retourner au front, il devient instructeur pour les jeunes soldats de la classe 1917. Après la guerre, il poursuit sa carrière militaire pour la terminer en 1937 avec le grade de lieutenant-colonel. Philippe Altairac décède en 1961 à Saint-Mandé.  

 

Le 25 mars 1915, il est fait chevalier de la Légion d’honneur et obtient quelques jours plus tard, une citation à l’ordre de l’armée.

Ordre n° 727 du général commandant en chef du 31 mars 1915.

« Le 3 mars 1915, lors d’une attaque allemande sur les tranchées de première ligne, a été blessé en entraînant sa compagnie dans l’exécution d’une contre-attaque, sous un feu de mitrailleuses très violent et ajusté. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de l’Armée de terre de Vincennes.

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair, à J. Huret, à M. Porcher et au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.  

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