29 janvier 2010

Champagne (juin-juillet 1918).

                        Carte_Souain

                  Legende_carte_Souain_1918

Nouvel extrait des souvenirs de Louis Cretin, soldat musicien au 149e R.I.

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De  nouveau un très grand merci à D. Browarsky  pour le témoignage de Louis Cretin.

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"Le 8 juin 1918, le régiment vient débarquer aux environs de Châlons-sur-Marne. Le 18, il montait en ligne en Champagne « au trou Bricot ». C’est là que je viens le retrouver après ma convalescence.

Le 17 juin, je quittais Saint-Maurice et partais pour me faire équiper au Bourget. De là, on me renvoie sur Connantre-en-Champagne. PC_HamonJe rejoins le centre d’instruction divisionnaire à Cuperly. Arrivé à la 4e compagnie du C.I.D., je fais ma demande de réintégration à la musique où ma place était demeurée vacante. En attentant, je fais de l’exercice, gymnastique Hébert, lancement de grenades, tirs, mouvements d’armes, avec lesquels je n’étais plus familiarisé. Je l’avoue, cela ne me sourit pas beaucoup. C’est avec une réelle satisfaction que le général Michel commandant la 43e D.I., me fait donner l’ordre de rentrer à la C.H.R. du 149e R.I.. Je rejoins les copains le 26 juin 1918. Le 27, je reprends possession de mon piston et abandonne mon fusil sans déplaisir. Le 28, je monte aux tranchées, la musique travaille de jour et de nuit, cela dépend des lieux. Nous posons des réseaux de fil de fer barbelés et nous aménageons la seconde ligne pourtant déjà fortement organisée. Ce travail dure jusqu’au 8 juillet. Ensuite, c’est aux pistes que nous sommes occupés, puis les dépôts de matériel sont complétés. Nous travaillons fiévreusement. Le secteur est très calme, tellement calme que cela nous surprend. Nous ne nous faisons pas d’illusions, c’est le calme avant la tempête, d’ailleurs nous sommes prévenus que prochainement nous allons avoir une grosse attaque à repousser. Tout le monde dans le régiment se prépare et nous attendons le moment avec confiance. Nous sommes sûrs qu’ils ne passeront pas. Un coup de main fait par nous le 12 juillet, et les deux prisonniers allemands amenés au P.C. Hamon où se trouve notre colonel confirment que sous peu, nous allons avoir à subir une attaque (la dernière, disent-ils) qui doit être décisive. Nous devons être écrasés, du moins ils l’affirment. Le 14 juillet arrive. Dans la soirée, notre artillerie commence un feu violent sur les tranchées et batteries allemandes. Rien ne riposte, mais subitement, vers minuit, alors que nous sommeillons dans nos abris, un vacarme effroyable nous réveille. Un marmitage pire qu’à Verdun, si on peut dire, nous fait tressauter dans nos cagnas, comme si nous étions en train de danser. Les obus tombent comme grêle, les gaz pénètrent dans nos abris, nous mettons la cagoule en attendant l’obus qui nous mettra en marmelade. Je suis avec un nommé Augustin Rémy (actuellement cultivateur à Pouxeux dans les Vosges) dans un abri très petit. Cet abri  de quelques mètres carrés, pas très solide, un 105 aurait pu crever la voûte de rondins et les quelques centimètres de terre au dessus. Impossible d’aller ailleurs tant le bombardement est violent… On recommande son âme à Dieu et nous attendons. Le marmitage dure toute la nuit. A l’aube du 15 le tir s’allonge pendant que les vagues d’assauts  déferlent sur nos premières lignes, mais ne trouve que quelques hommes. Les tranchées sont vides de défenseurs croyant nous avoir anéantis, ils avancent confiants dans leur victoire. Mais à la deuxième ligne, celle que nous avions aménagée depuis 3 semaines, nos mitrailleuses entrent en action. Nos canons contre tanks démolissent leurs chars d’assaut et piétinent sur place. Ils se font massacrer  pour finalement se jeter dans nos tranchées abandonnées et ne peuvent déboucher. Sitôt que le bombardement avait cessé, nous étions sortis de nos abris afin de former nos équipes. Mais un douloureux spectacle s’offrit à nos yeux. Partout le sol était labouré, retourné dans tous les sens. C’était un miracle, que où j’étais, je n’ai pas subi le même sort ; Tout autour, c’était la Trou_Bricotdévastation. Devant notre « cagna », deux corps étaient allongés, surpris comme nous, ils avaient voulu gagner un abri plus solide situé à quelques mètres de là, mais une rafale les avait fauchés dans leurs bonds. Nous nous rassemblons sous les ordres de notre sergent Arnould et nous nous comptons. Douze hommes manquent à l’appel. C’était la première fois depuis le début de la campagne que nous avions autant de pertes en si peu de temps. Plusieurs marmites avaient détruit les abris occupés par la musique. Sept étaient tués et cinq étaient grièvement blessés. Cela portait le total de nos pertes à 28 hommes sur 38 depuis le début. De plus, un autre (du nom de Villemin) qui était parti la veille pour conduire des matériaux en ligne n’était pas revenu, prisonnier des Allemands. Nous formons 8 équipes avec les hommes qui restent et immédiatement, nous nous remettons au travail. Nous nous dirigeons sur le P.C. Hamon où se trouvent le colonel et le médecin-chef. La distance qui nous sépare du poste de commandement est environ de 500 m. Elle est jalonnée de débris de toutes sortes. Après les instructions de notre major, nous allons dans les différents secteurs tenus par le régiment. Le jour est venu, les boyaux sont impraticables. Nous passons à découvert, souvent les mitrailleuses allemandes nous obligent à nous « planquer ». Après plusieurs trajets en lignes, nous retournions faire un autre voyage. Je faisais équipe avec Rèches, Rémy et Davillers quand au moment où nous longions un dépôt de matériel, le sifflement bien connu d’une arrivée d’obus se fait entendre. Je n’ai pas le temps de me jeter dans le boyau tout proche. L’éclatement de 4 marmites se produit au milieu du dépôt. Les piquets, les planches, les rouleaux de fil de fer voltigent de tous les côtés. Je reçois un morceau de bois qui me fait l’impression de me faucher la jambe en criant à mes camarades « touché ». Ceci se passa plus vite que je ne le raconte, quelques secondes. La souffrance que je ressens est grande. Immédiatement, mes camarades accourent, me palpent… Point de sang, mais j’ai la jambe droite fracturée à la partie moyenne (tibia et péroné) en me portant au poste de secours, nous sommes obligés de nous arrêter dans un bout de boyau. Des escadrilles d’avions survolent le terrain et mitraillent à faible hauteur. Si l’un ou l’autre avait été abattu, il nous serait tombé dessus ! Au poste de secours, ils arrangent ma jambe provisoirement  et une auto sanitaire m’amène peu de temps après. En route le brancard casse… Nouvelle souffrance, aussi cruelle qu’au moment de ma chute. L’auto s’arrête à l’H.O.E. d’Ove, près de Lacroix-en-Champagne."

 

Références bibliographiques :

Souvenirs de Louis Cretin.

Historique du 149e R.I. Editions imprimerie Klein 1919. Version illustrée.

« Les étapes de guerre d’une division d’infanterie, 13e division ». Lieutenant-colonel Laure. Editions Paris Berger-Levrault. 1928.

Posté par amphitrite33 à 17:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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