21 août 2009

Premiers pas en Artois (1ère partie).

                  149e_R

Après son passage dans le secteur de Souain, le 149e R.I. poursuit sa destinée du côté de Notre-Dame-de-Lorette au début du mois d’octobre 1914. De larges extraits du J.M.O. de la 85e brigade sont utilisés ici pour accompagner les quelques passages provenant des livres suivants : « Lorette une bataille de 12 mois » d’Henri René et « Les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert.  

1er octobre 1914

La brigade doit embarquer avec le C.A.. Pour se rapprocher de la zone d’embarquement, elle doit gagner la Veuve ou elle arrive à midi. Le 158e R.I. qui vient de Mourmelon-le-Petit est arrivé depuis 9 h 00. Le 149e R.I. avec deux de ses 2 bataillons est là à partir de 14 h 00, le dernier de ses bataillons est encore  à Souain. Le départ de la brigade commence à partir de 18 h 00. L’embarquement se fait à Châlons-sur-Marne. 

2 octobre 1914

Destination prévue : Creil, arrêt à la Plaine-Saint-Denis. Départ 23 h 00. Destination : Arras. Arrivée à Amiens, direction Abbeville, Etaples puis Calais, Armentières, débarquement à Wavrin à 4 h 00 du matin. 

3 octobre 1914

Les trois bataillons du 149e R.I. partent de la gare de Châlons-sur-Marne, un bataillon vers 13 h 00, un autre vers 16 h 00 et le dernier à 19 h 00.

Le 158e R.I. s’établit en défense, passage sur la Deule, la Bassée jusqu'à Bauvin Des corps de cavaleries ennemies sont signalés dans la région de Carvin. 

4 octobre 1914

Le 158e R.I. est toujours en action vers Vendin-le-Viel, Pont-à-Vendin, mais il n’y parvient pas. Il se retranche à Wingles. Le 149e R.I. se trouve dans le secteur de Saint-Pol. 

5 octobre 1914

                  Aubigny_en_Artois

Même but que la veille, pour le 158e R.I.. Le 2e bataillon du 149e R.I. quitte Saint-Pol pour aller sur Aubigny. Il doit accompagner 3 groupes de deux batteries d’artillerie. 

6 octobre 1914

Le 149e R.I. poursuit sa mission de soutien d’artillerie dans la région d’Aubigny-Cambligneul et dans celle de Camblain-l’Abbé. Il doit constituer la réserve d’armée. 

7 octobre 1914

                  Carte_de_Bouvigny_1914

Deux compagnies du 149e R.I. se préparent à gagner le bois de Bouvigny. Elles se dirigent sur Gouy-Servins… 

La situation reste inchangée et le calme règne sur toute la ligne. Des rassemblements ennemis sont signalés sur Roubaix-Tourcoing et vers Comines. À 16 h 00, un ordre téléphonique du commandant de la 10e armée est donné. Deux bataillons de chasseurs doivent se mettre en marche immédiate sur la Bassée.

 Deux compagnies du 149e R.I. qui sont en réserve de la 43e D.I.sont dirigées sur Gouy-Servins. Ce petit détachement du 149e R.I. sous les ordres du capitaine Petitjean, doit gagner la lisière est du bois de Bouvigny. Il occupe les avant-postes pour renforcer les éléments de cavalerie.

Le reste du régiment est toujours dans la région Aubigny-les quatre vents, en réserve d’armée et en soutien d’artillerie. 

8 octobre 1914

Le  3e bataillon du 149e R.I. quitte la réserve et se prépare à monter en ligne, non pour tenir le front, mais pour avancer et combattre de nuit dans le milieu particulier qu’est le sous-bois. 

Les deux compagnies du détachement Petitjean qui sont dans le bois de Bouvigny se maintiennent sans trop de difficultés et cherche à gagner la lisière est du bois. Un autre détachement plus important, celui du capitaine Laure se trouve dans le bois de Bouvigny à 19 h 00. Ce détachement est constitué de 3 compagnies du 149e R.I. d’une compagnie et ½ du 1er B.C.P. et de quelques éléments d’artillerie. Il prend position devant les tranchées allemandes dans la partie est du bois de Bouvigny. 

Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.

« La 43e D.I. doit exécuter deux attaques simultanées, l’une sur Carency, l’autre sur le plateau de Lorette. Pour celle-ci, elle donne vers 12 h 00 au 3e bataillon du 149e R.I., l’ordre de passer par le bois de Bouvigny et d’atteindre comme 1er objectif la chapelle. Deux compagnies et demie, sous les ordres du capitaine Laure, commencent à progresser dans la partie ouest du bois où elles trouvent, au passage, les 2 compagnies qui avaient relevé les cyclistes de la 1ère division de cavalerie, et dont les postes avancés demeurent à quelques mètres de petites fractions ennemies. En même temps, à droite, partant du bois de la Haie, la 5e compagnie et un peloton de la 2e compagnie du 1er bataillon de chasseurs tentent d’aborder le bois de Bouvigny par la lisière sud-est. L’adversaire résiste partout, et l’avance entravée par de multiples difficultés est presque nulle. La nuit tombe. Au milieu des arbres, dans un épais brouillard qui accentue l’obscurité, le combat continue. On est là, face à face avec des présences incertaines, mais dangereuses, et l’on tire pour un rien, nerveusement. Il n’est pas un glissement ou un pas que l’on ne perçoive dans les feuilles mortes malgré le bruit de la fusillade. Tout à coup, sur la ligne des tirailleurs, un cri rebondit de bouche en bouche : « En avant ! » Et on charge à la baïonnette, droit devant soi, sans rien voir, mais avec la foi dans le succès. Bientôt, c’est le désordre et l’anxiété. Les chasseurs viennent buter dans le flanc droit des unités du 149e R.I.. Il faut s’arrêter à hauteur de la maison forestière. Après ce moment de crise, qui a coûté quelques pertes, les fusils se taisent. L’ennemi s’est replié, on ne sait où, mais on ne le sent plus devant soi. On installe les petits postes et des patrouilles prudentes ratissent le terrain. » 

Extraits du livre « Lorette une bataille de 12 mois » d'Henri René aux éditions Perrin et cie.

« Depuis quelques jours déjà, nous savions que « ça chauffait » ferme, d’Arras à Lille. Nous trépidions dans l’inconnu. La 1ère division (13e) avait filé tout d’une traite sur Armentières et Lille, où nous la devinions aux prises avec l’ennemi. Mais nous la 2e division, pour qu’on nous eût débarqués, sans suivre la 1ère, à l’ouest d’Arras, pour qu’on nous fît construire hâtivement des tranchées autour des villages où nous étions cantonnés, pour qu’on nous laissât nous mélangés avec la division de cavalerie tourbillonnant dans les Plaines dela Gohelle, nous devions nous attendre à être engagés sur place, et cela n’était pas pour nous déplaire. Car, de l’infanterie aussi largement articulée à l’aile d’une armée, de la cavalerie la coudoyant en grande masse, de l’artillerie encore habituée aux évolutions rapides se mélangeant à elles, tout cela nous faisait l’effet d’être de la bonne graine de poursuite. Nous savions que la victoire dela Marne était à exploiter et que, dans l’esprit des chefs, il y avait place pour une décision foudroyante à laquelle tous étaient fiers d’être peut-être appelés à collaborer.

À 11 h 00, nous déjeunions, lorsque le capitaine commandant le bataillon fut appelé au téléphone…

Alerte ! Mission d’honneur, très importante, recommandations spéciales et insistantes du général commandant d’armée : Allemands à repousser d’une hauteur dominant toute la plaine, positions d’artillerie à conquérir et à conserver à tout prix, liaison à assurer avec l’avant-garde de la 13e division qui redescend de Lille et marche sur le même objectif.

On était prêt : on boucle et l’on part. Une pose plus loin, vers les quatre-Vents, on se grossit d’une section de mitrailleuses et d’une batterie d’artillerie. Avec quelque émotion, on serre la main aux camarades du 2e bataillon du régiment, momentanément maintenu à ses constructions de tranchées…

Point de direction : le vieux moulin de Bouvigny qui se profile là-haut, sur la crête, au-dessus de Servins.

Pendant que nous y montons, le capitaine commandant déboîte à droite avec sa reconnaissance d’artillerie et, de loin, nous le voyons qui scrute l’horizon à la jumelle avec le commandant de batterie : bonne affaire ! C’est là qu’il va planter les quatre 75 assurant notre appui, car c’est de ce côté, du bois de la Haie, qu’on aperçoit la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette, notre objectif…

Quelques « tuyaux» nous sont parvenus en cours de route : notre cavalerie, qui avait pris pied aux abords de cette chapelle, a été refoulée par une attaque d’infanterie la nuit dernière, et ses cyclistes n’ont eu que le temps de couvrir son repli, luttant pied à pied sur le plateau et dans le bois contre une avant-garde ennemie supérieure. Deux compagnies de notre régiment, que nous allons retrouver là-haut, ont déjà remplacé les cyclistes…

Nous faisons la pause près du vieux moulin, avec une petite avant-garde dans la direction du bois : la dernière halte avant de nous engager…

Ce n’est pas la première fois qu’on va se battre, mais la perspective d’un combat de bataillon isolé en rase campagne, cela vous fait tout de même quelque chose. Des coups de fusil partent du bois, à l’est… Des balles perdues arrivent près des meules de paille et du boqueteau où nous nous abritons…

À nos pieds, au nord, une immense plaine, mal dégagée des brumes qui la recouvrent en partie, avec des cheminées innombrables, des alignements de corons, des chevalements de puits de mine et, ce qui est moins pacifique, des grondements sourds s’échappant du sol, des lueurs se détachant du brouillard là-bas, du côté de la Bassée, de Loos, de Liévin… C’est, sans doute, le canon de la 1ère division qui redescend de Lille et l’espoir de sa prochaine collaboration à notre engagement.

 Une compagnie reste en réserve près du vieux moulin et y creuse des tranchées. Le reste s’avance… La formation est bonne…

Voici la petite avant-garde à la lisière. Un cycliste rend compte que les deux compagnies nous ayant précédé sont en avant, à 200 m, vers une maison forestière, nez à nez avec l’ennemi qu’elles accrochent ferme.

Le capitaine commandant les prend sous ses ordres…

La nuit tombe, c'est le moment choisi. Une compagnie s’avance de front, pour entraîner les camarades, une autre par le rebord du plateau, en lisière nord du bois, et, au sud les chasseurs à pied prolongent la petite attaque avec ordre de « taper» dans le flanc gauche de l’ennemi… Le signal sera donné à droite par les chasseurs, il se fait un peu attendre, leur cheminement sans point de direction bien visible ayant été difficile. Voilà la nuit maintenant. On s’impatiente. Tout d’un coup la nappe du sifflement des balles s’étend sur tout le bois, les cris de « En avant à la baïonnette ! » percent le silence qui avait précédé l’attaque, la confusion règne, des hommes tombent, surtout à gauche. Les officiers circulent dans le taillis épais et obscur pour mettre de l’ordre parmi le brouhaha, des chasseurs à pied venant de la droite « se jettent dans les jambes » des unités qui ont poussé droit...

Le combat n’a pas donné les résultats qu’on escomptait de la surprise. À gauche, nous sommes bouclés : grosses pertes, progrès nuls, inquiétude des officiers qui sont convaincus qu’on est tombé « sur un bec » et qu’il n’y aura pas moyen de passer. À droite, on n'entend plus rien et on n’a plus de nouvelles des chasseurs ni des sections du bataillon qui agissaient en liaison avec eux.

Il faut avoir assisté à des combats de nuit en rase campagne, surtout sous bois, pour se rendre compte des anxiétés d’une telle situation, quand on n’a eu le temps de reconnaître au préalable ni l’ennemi ni le terrain !

Bonne nouvelle : vers minuit, on a la certitude que la droite a passé, filant d’une traite sur ses objectifs, et poussant des éléments jusqu’à l’orée à l’est du bois. Même à gauche, l’affaire s’arrange… Une patrouille d’aile, qui s’est glissée le long des pentes, a pris contact, vers les corons de Marqueffles avec des éléments de la 1ère division.

À l'intérieur du bois, des mouvements perçus nous donnent bientôt la conviction que l'ennemi se décroche, par des chemins connus de lui, mais où il nous est impossible de le talonner en raison de l'obscurité et de la non-connaissance des lieux. » 

Sources :

« Journal des marches et opérations de la 85e brigade ». S.H.D. Réf : 26 N 20/10.

Les archives du Service Historique de Vincennes ont été consultées.

« Lorette, une bataille de douze mois ». Henri René, aux éditions Paris, Perrin et Cie – 1929.

« Les combats de Notre-Dame-de-Lorette ». Capitaine J. Joubert, aux éditions Payot – 1939. 

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

Un grand merci à M. Bordes, M. Yassai, à A. Carobbi, à M. Porcher, à l’association « collectif Artois 1914-1915 » et au Service Historique de la Défense de Vincennes.   

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28 août 2009

Premiers pas en Artois (2e partie).

                  Les_t_l_phonistes

9 octobre 1914

Le gros du régiment doit se porter au nord du bois du château de Noulette pour se mettre à la disposition de la 26e brigade. Une compagnie qui était restée dans le secteur d’Aubigny, reçoit, en fin de matinée, l’ordre de rejoindre une autre compagnie du 149e R.I. qui se trouve avec une batterie d’artillerie au moulin du signal de Bouvigny. Le détachement Laure doit attaquer la position de Notre-Dame-de-Lorette et empêcher l’ennemi de déboucher à l’ouest du bois de Bouvigny Dans la soirée,  Le 2e bataillon du 149e R.I. commandé par le capitaine Pretet, relève le 3e bataillon du régiment (détachement Laure) dans le bois de Bouvigny.       

Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.

« Le commandant Michaud du 20e B.C.P. recherche lui-même la liaison avec le bataillon Laure du 149e R.I., à l’intérieur du bois de Bouvigny, pour que le 149e R.I. lie son mouvement au 20e B.C.P.. Le 3e bataillon du 149e R I. est, lui aussi, parti en avant à la première heure du matin. Les taillis touffus, les ronceraies et le brouillard épais ralentirent sa marche. Quelques balles de patrouilleurs ennemis qui s’enfuyaient l’ont obligé à balayer tout le bois. Arrivées à la lisière les sections de droite sont prises sous le feu d’écharpe de mitrailleuses qui vient de la direction d’Ablain-Saint-Nazaire, mais à gauche la progression s’avère plus facile. L’artillerie qui n’a pas pu tirer dans la matinée, vers midi, entre en action au bois de la Haie, et pousse une section du 12e R.A.C., sous les ordres du lieutenant Robert, dans le bois même de Bouvigny et jusqu’à la lisière est, à hauteur des premiers éléments de l’infanterie, assurant ainsi une liaison particulièrement intime avec les deux armes. La 5e compagnie et le peloton de la 2e du 1er B.C.P., qui ont été placés sous les ordres du capitaine Laure, sont bloqués par les tirs ennemis, tandis que le reste du bataillon organise le point d'appui de l'ancien moulin Topart.

16 h 00, le bataillon Laure et le bataillon Michaud se sont mis en liaison. À 21 h 00, le capitaine Laure envoie au général commandant la 43e D.I. le compte rendu suivant : « Situation en fin de journée : à la nuit ma 1ère ligne avait pu atteindre une grande haie traversant du nord au sud l’arête de Notre-Dame-de-Lorette, à environ 300 m à l’ouest de Notre-Dame-de-Lorette. Haie sur laquelle je me trouvais en liaison à gauche avec le 20e B.C.P.. Deux de mes sections environ ont pu sauter sur des tranchées allemandes situées à mi-chemin entre la haie et Notre-Dame-de-Lorette, et les occuper. À la faveur de la nuit, une compagnie fraîche du 149e R.I. (5e compagnie) prélevée sur celles amenées par le lieutenant-colonel Escallon, a pris sous son commandement mes deux sections occupant un peu en avant la tranchée allemande. Cette 5e compagnie se trouve en liaison à gauche avec une compagnie du 20e B.C.P. qui occupe la partie gauche (nord) de la haie. Il y a quelques Allemands qui se trouvent encore réfugiés dans la chapelle crénelée et ses abords, mais vraisemblablement très peu. Le point critique pour le maintien de l’occupation du terrain conquis est le rebord sud du plateau, face à Ablain-Saint-Nazaire. De ce village sont partis toute la journée des feux nourris et ajustés d’infanterie et surtout d’artillerie. Sur ma demande, 2 compagnies fraîches (8e et 6e compagnies) s’occupent cette nuit de l’organisation défensive de ce rebord. Mes 4 compagnies se reconstituent à la lisière est du bois de Bouvigny, moins une demie de la 12e compagnie que j’envoie à la garde des tranchées faites par le génie au moulin de Bouvigny (avec ordre de les occuper surtout face au nord puisque je tiens maintenant assez fortement le plateau pour que le repli face au bois de Bouvigny ne soit pas d’une grande importance) et moins une demie de la 10e compagnie (peloton d’Estrée-Gauchie). J’ignore la destination donnée à ce dernier élément, et je demande que ces deux sections me soient rendues si possible. À ma droite, les 6 sections du 1er bataillon (capitaine Delporte) me couvrent en tenant les lisières sud-est du bois de Bouvigny, face au saillant ouest d’Ablain-Saint-Nazaire. Si cette compagnie est rendue demain à son bataillon, il faudra assurer la couverture du 149e R.I. face à Ablain-Saint-Nazaire. Le lieutenant-colonel Escallon a repris ce soir le commandement de l’ensemble ; 2 bataillons du 269e R.I. sont venus, je crois, se mettre à sa disposition un peu avant la nuit ».

Pour soutenir, en effet, l’action des unités qui attaquaient le plateau de Lorette, le commandement avait pris diverses dispositions. Les 2 bataillons disponibles du 149e R.I. avaient été portés dans le bois de Bouvigny, et au nord, près de la ferme Marqueffles, 2 bataillons du 10e C.A., un du 41e R.I. et un du 70e R.I., envoyés à Mazingarbe à la fin de la matinée, les remplaçaient en réserve. Le 269e R.I. transporté d’Arq en autocars et envoyé en renfort du 149e R.I, sous les ordres du commandant Wurmster, se trouvait au soir à Aix-Noulette ; là il était employé pendant la nuit à transporter des outils destinés aux troupes qui occupaient le plateau de Lorette.» 

                  la_maison_foresti_re

Extraits du livre "Lorette une bataille de 12 mois" d'Henri René aux éditions Perrin et cie.

« Quel brouillard ! On n’y voit pas à dix pas…Les ordres brefs de notre chef, nous actionnant hardiment vers l’avant, accroissent notre confiance. Tout le monde en ligne, en tirailleurs et à grands intervalles, pour les compagnies de tête. Les compagnies de queue suivront en colonnes minces. Des patrouilles, bien commandées couvriront ce dispositif. On avance résolument, quoique lentement, car le taillis est épais et à gauche il y a encore des coups de fusil : il faut pourtant balayer tout le bois et ne laisser derrière soi aucun traquenard. Vers la lisière nord, on rencontre nos tués de l’échauffourée d’hier soir…De temps en temps, dans le brouillard épais, des formes se détachent : l’ennemi ? Non, des faisans, dont le brouillard, amplifie les mouvements. Voici d’ailleurs «la Faisanderie», rendez-vous de chasse gracieusement niché dans le bois. On fouille rapidement, et on passe l’orée du bois. À droite du chemin central, nos sections de pointe nous attendent et respirent en nous voyant. Elles n’ont pas été attaquées dans leur solitude, mais, pendant la deuxième partie de la nuit, elles ont entendu des va-et-vient de troupes et de voitures tout près d’elles, là, sur la gauche, entre la Faisanderie et la lisière nord du bois… Elles ont fait le gros dos, sans bouger, heureuses de se sentir au point du jour redevenues maîtresses de la situation.

9 h 00 : Les ailes reçoivent des balles, partant des patrouilles ennemies qui se retirent devant elles. Le centre est gratifié par de violentes rafales de 77 au moment où il se déploie en lisière. Bon gré mal gré, le combat commence. Le 77 est cuisant, ses obus tombent dru et juste… Satanées pièces, elles ne doivent pas être loin : probablement aux abords de la chapelle qu’on ne voit pas encore. Quelques tués, de vingt à trente blessés. Le rassemblement de départ s’élargit sans qu’il soit besoin de donner des ordres dans ce sens, et le gros du bataillon appuie vers la pointe du bois se prolongeant au nord. La pointe du sud est moins hospitalière : on y reçoit des balles qui vous prennent de travers et semblent venir de la plaine, vers Ablain-Saint-Nazaire et Carency. Allons-y par la gauche, puisque la porte paraît céder de ce côté. Au centre et à droite, la ligne de tirailleurs élargit encore ses intervalles, et peut ainsi venir s’accrocher à la petite crête qui relie transversalement les deux pointes.

Les données de l’engagement se précisent. De cette crête que nous occupons maintenant et où nos tirailleurs se terrent en attendant que le dispositif de combat ait pris sa forme définitive, on aperçoit à l’est, en fond de tableau, une haie qui coupe le plateau. Derrière la haie, un clocheton émerge, à 1500 ou1800 m. C’est de là que partent les 77 ; de là aussi, des balles qui, maintenant que nous sommes vus, sont beaucoup plus ajustées.

Vengeance : nous entendons l’aboiement caractéristique du 75, sans doute nos quatre canons du bois de la Haie, qui viennent frapper dans les jambes des Allemands, autour de la chapelle. L’intervention de notre artillerie « donne du cœur au ventre ». Et puis, les gars, il faut marcher, coûte que coûte ; car voyez ce commandant de chasseurs à pied, qui arrive auprès de votre chef, écoutez son appel. Ses chasseurs, avant-garde de la première division descendue de Lille et dela Bassée, ont attaqué cette nuit les pentes de la chapelle par le nord. L’abordage à la baïonnette, plusieurs fois renouvelé, a été sanglant. Plus de cent des nôtres y sont restés, et au moins autant d’Allemands. Nous n’avons pas pu tenir aux abords immédiats de la chapelle, mais nous sommes accrochés au haut des pentes, sur le rebord du plateau. Notre situation, des plus critiques, redevient bonne avec vous. A tantôt : nous vous attendons. Nous tiendrons jusqu’à votre arrivée.

Tout s’agence et s’arrange. Un grand lieutenant d’artillerie nous annonce en même temps qu’il est à la Faisanderie avec deux pièces. On va pouvoir les utiliser pour appuyer directement notre action, pendant que celles d’en bas, du bois de la Haie, continueront leur tir d’écharpe.

Le grand lieutenant joyeux de prendre sa part de si près à un combat d’infanterie, fait plaisir à voir. Il donne ses ordres :

Une pièce en batterie sur le chemin, entre la Faisanderie et la lisière. Les téléphonistes, déroulez le fil jusqu’ici. Allô…pièce prête ? 2400…

Les trajectoires rasantes de ce tir tendu frôlent nos dos, dans nos trous de tirailleurs, mais leur effet moral nous fait bondir. Et nous sommes décidément, résolument, sans esprit de retour, lancés sur le  « tapis de billard », bien convaincus désormais que tout mouvement de recul nous coûtera plus cher que l’assaut. Les bonds : à allure extrarapide. Les arrêts : en manœuvre mieux qu’au terrain d’exercice !

Cette progression, pied à pied, commencée à 11 h 00, nous a fait gagner encore1000 mquand arrive 17 h 00. Les 77 ont taillé dans la chaîne d’attaque, et aussi une certaine mitrailleuse qui « crache » on ne sait trop d’où, part là-bas, en avant et à gauche, croisant ses feux avec celle d’Ablain. Mais ces Allemands travaillent mal, on voit que les chasseurs de la 1ère division les ont déjà « sonnés », et ils ne nous font même pas peur ! Ils nous offrent inutilement le spectacle de quelques 105 qui s’en vont, mi-fusants, mi-percutants, couper des branches du bois où nous ne sommes plus.

Tout le monde n’est pas de fer. À preuve, cet homme, pourtant point blessé, qui s’en va hurlant et ricanant, les yeux hors de la tête, les bras ballants, les jambes flasques... Il est fou. On n’y fait pas attention, ce spectacle étant assez courant pendant les « marmitages ».

Le capitaine commandant sort, avec sa dernière vague de renfort : le 77 a vu et reconnu un groupe de commandement ; ils sont « salués de première », trois agents de liaison sur quatre sont fauchés, la vague dispersée. Par bonheur, le gros du régiment arrive à ce moment dans le bois : on l’a transporté en autos, et, à la nuit tombante, une compagnie de renfort, la 5e compagnie est mise à notre disposition. Son débouché est plus heureux que celui de notre derrière vague, et bientôt, elle vient, à la faveur de l’obscurité, talonner la chaîne, qui n’avait plus beaucoup de vitalité, pour l’entraîner d’un bond jusqu’à la haie.

Il fait nuit. On se « rameute » derrière la haie : une fraction la dépasse et se jette dans une tranchée allemande dont les derniers défenseurs se retirent précipitamment vers la chapelle.

À gauche, on donne la main aux chasseurs de la 1ère division qui garnissent toute la partie nord de la haie et vont pouvoir ensevelir quelques-uns de leurs morts…

À droite, il s’agit de se rabattre face à Ablain, car si l’ennemi s’avisait de remonter par là, les résultats du combat seraient bien compromis.

Appel à voix basse. Échange de poignées de main. Les patrouilles d’officiers circulent pour reconnaître le terrain et en préparer l’occupation. Nous tenons bien le plateau, tout le plateau. L’ennemi a laissé une arrière-garde à la chapelle, mais son gros semble se replier au-delà.

On n’en peut plus, ce soir. On va s’accrocher à la haie et investir la chapelle à très courte distance. On y entrera demain d’un coup de main résolu, avec une unité fraîche. Des groupes d’officiers de 2e bataillon viennent à nous… On se passe les consignes de combat. Nous laissons sur place nos unités au contact immédiat, notamment celle qui occupe la tranchée allemande à mi-chemin entre la haie et la chapelle. Nos remplaçants garnissent la haie avec une compagnie, échelonnent une 2e compagnie face à Ablain, placent les autres en réserve à la lisière nord-est du bois. Et nous allons, près de la Faisanderie, nous compter, nous reconstituer... et nous reposer. »

 Sources :

« Journal des marches et opérations de la 85e brigade ». S.H.D de Vincennes. Réf : 26 N 20/10.

Les archives du S.H.D. de Vincennes ont été consultées.

« Lorette, une bataille de douze mois ». Henri René, aux éditions Paris, Perrin et Cie – 1929.

« Les combats de Notre-Dame-de-Lorette ». Capitaine J. Joubert, aux éditions Payot – 1939.

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

 Un grand merci à M. Yassai, à A. Carobbi, à M. Porcher, à l’association « collectif Artois 1914-1915 » et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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22 décembre 2011

Premiers pas en Artois (3e partie).

                  Carte_journee_du_10_octobre_1914

                                       Legende_carte_du_bois_de_Bouvigny

10 octobre 1914

 Une  compagnie du 149e R.I. occupe la tranchée conquise aux Allemands et la partie sud de la haie à environ 200 m face à Notre-Dame-de-Lorette. À Notre-Dame-de-Lorette, et aux abords en face de cette compagnie, il reste encore quelques éléments ennemis devant lesquels elle s’est fortement retranchée dans la nuit. La chapelle et les meules avoisinantes brûlent… 

Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.

« Dans la nuit du 9 au 10 une attaque allemande devance celle des Français. Sur le plateau de Lorette, ce sont les Français qui prennent l'initiative de l'action. Le 2e bataillon du 149e R.I. du capitaine Pretet qui avait relevé dans la soirée du 9 le 3e bataillon, s'empare pendant la nuit d'une tranchée ennemie, au nord de la chapelle, face au 20e B.C.P.. Par cette avance, nous nous trouvons à peine à 500 m de l'oratoire. Il disparait en partie dans la grisaille du brouillard, mais les lueurs d'incendie de grandes meules de paille qui brûlent à ses côtés accusent parfois les lignes de son contour. Quand la flamme, qui couve, tout à coup est plus vive, on voit non loin de là une pièce de 77 probablement endommagée, seule, sans servants, toute noire et sinistre, qui se cabre. Les hommes retournent les parapets, approfondissent les tranchées et consolident la position. Le lieutenant-colonel Escallon demande que des batteries d’artillerie s’installent sur le plateau et dans le bois de Bouvigny pour battre Carency et Ablain-Saint-Nazaire.

À midi, il peut écrire au colonel Cheminon :

« Nous sommes les maîtres incontestés de la crête de Notre-Dame-de-Lorette. Nos tranchées font le tour du plateau. La plus à l'est est à 200 mà l'ouest de la chapelle. La tranchée ennemie est à 100 mau-delà de la chapelle. Nous organisons avec le capitaine Vautravers du 12e régiment d'artillerie, un système pour la battre, je la ferais attaquer cette nuit... »

Les troupes qui tiennent alors le plateau sont réparties comme suit : le 2e bataillon du 149e R.I. dans les tranchées devant la chapelle, dans l’ordre : 5e et 8e compagnies face à l’est, 6e compagnie face à Ablain-Saint-Nazaire. À gauche, tenant le rebord nord du plateau, en équerre par rapport au 149e R.I., face à la chapelle, quatre compagnies du 2e bataillon du 17e R.I. qui ont relevé celles du 20e B.C.P.

À la lisière est du bois de Bouvigny, de gauche à droite, la 3e compagnie du 20e B.C.P. et le 1er bataillon du 149e R.I. ; à l’intérieur du bois, le 5e bataillon du 269e R.I. et le 3e bataillon du 149e R.I.. Deux batteries du groupe Vautravers du 12e R.A.C ont pris position à la lisière est.

Un épais brouillard qui a traîné toute la matinée n’a pas permis au canon de tirer. Mais dès que le temps s’est éclairci, les tranchées allemandes du plateau ont été prises à partie, et, dans la nuit, la compagnie Pétin du 149e R.I. a « sauté d’un coup de main hardi sur la chapelle » qu’elle a occupé avec une section. » 

                  Chapelle_de_Notre_Dame_de_Lorette 

11 octobre 1914

Un bataillon du 149e R.I. occupe les tranchées sur le plateau de Lorette, un autre est sur la lisière est du bois de Bouvigny. Le 1er bataillon du régiment se trouve du coté de Marqueffles. 

Extraits du livre « Lorette une bataille de 12 mois » d'Henri René aux éditions Perrin et cie.

« Aujourd’hui, reconnaissance. Le 2e bataillon a fait ses deux jours de service, il a eu la peine de creuser les premières tranchées dans un terrain très dur. Il avait d’ailleurs hérité de notre situation de fin de combat, ce qui n’est jamais très drôle : c’est à nous de reprendre nos places.

Les camarades ont bien travaillé pendant ces deux jours : au nord, le 1er bataillon a relevé les chasseurs et a commencé à construire des «guitounes» pour ses compagnies de réserve sur les pentes du plateau, vers Marqueffles, car, si on reste sur ce terrain, on en sera réduit à vivre sous terre comme les taupes ! Quant au 2e bataillon, dès 22 h 00, il a sauté d’un coup de main hardi sur la chapelle qu’il occupe maintenant avec une section ; et, la nuit dernière, il a relié ce poste avancé au coin sud de la haie par de petites tranchées de demi-sections, échelonnées en arrière et à droite.

Tout cela ne constitue pas une position très solide, mais il n’entre encore dans l’esprit de personne que nous soyons condamnés à « prendre position» : c’est un temps d’arrêt, nous semble-t-il, nécessité par les circonstances et pour permettre à la 1ère division d’exécuter sa manœuvre, dans la plaine usinière où nous la voyons évoluer à nos pieds, où ses canons tonnent sans arrêt, où ses bataillons doivent être en train de mordre violemment l’ennemi et de le rejeter au-delà des villes de Lens et de Liévin.

Bien des choses nous confirment dans cet espoir, et en particulier l’action de notre artillerie. Les deux batteries se sont en effet, le 10 au matin portées aussi en avant que possible. Celle du grand lieutenant a pris position, dans la pointe nord, sous le couvert des bois. De là, elle s’est mise à tirer très violemment tant sur l’est de la Chapelle, où l’ennemi travaille la terre, que sur les environs d’Ablain, où, à notre avis, les Allemands seraient fous de chercher à se maintenir, puisque nous les dominons complètement !

L’autre, celle du bois de la Haie, est arrivée ce matin et s’est installée à découvert, imparfaitement abritée des vues par la petite crête d’où avait débouché notre attaque. Il est vrai de dire qu’il lui en a coûté cher ! À peine eut-elle tiré quelques salves, que les « grosses marmites » vinrent au-devant d’elle, avec une rapidité, une précision, une sûreté qui resteront longtemps présentes à notre  mémoire : quatre coups courts, quatre coups longs, quatre coups au but …

 Nos pièces disparaissent dans un tourbillon de bruit assourdissant et de lourde fumée noire. Des terres, des débris de matériel et de membres humains sont projetés en l’air à une très grande hauteur… Lorsque ce chaos s’aplanit, on aperçoit, parmi les officiers ou servants qui se retirent étourdis, deux canons désemparés, faussés, gauchis, dont l’un est lamentablement couché sur le flanc, par suite de la pulvérisation d’une des roues, un caisson bouleversé et boiteux, un autre caisson qui « saute » par explosions saccadées et brutales.

Les corps d’une demi-douzaine de servants tués ou grièvement atteints gisent parmi les décombres, et quelques blessés s’éloignent horrifiés vers le poste de secours le plus proche…» 

Sources :

« Journal des marches et des opérations de la 85e brigade ». S.H.D de Vincennes. Réf : 26 N 20/10.

Les archives du S.H.D. de Vincennes ont été consultées.

« Les combats de Notre-Dame-de-Lorette ». Capitaine J. Joubert, aux éditions Payot – 1939.

« Lorette, une bataille de douze mois ». Henri René, aux éditions Paris, Perrin et Cie – 1929. 

Pour en savoir plus :

« Journal des marches et des opérations du 20e B.C.P. ». S.H.D. Réf : 26 N 823/1.

« Journal des marches et des opérations du 17e R.I. ». S.H.D. Réf : 26 N 588/1.

« Journal des marches et des opérations du 269e R.I. ». S.H.D. Réf : 26 N 733/7.

« Journal des marches et des opérations du 12e R.A.C. ». S.H.D. Réf : 26 N 925/1. 

Un grand merci à M. Yassai, à A. Carobbi, à M. Porcher, à l’association « collectif Artois 1914-1915 » et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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10 janvier 2012

Ferdinand Jacquetin (1881-1914).

                  Ferdinand_Jacquetin              

Ferdinand Auguste Jacquetin est né le 19 décembre 1881 à Ligny-en-Brionnais, petite commune se situant dans la Saône-et-Loire. Fils de Jean Marie et de Pierrette Pegon, il épouse Étiennette Félicie Alix. Ferdinand exerçait le métier de gareur (mécanicien chargé de réparer les métiers à tisser). 

De la classe 1901, il est mobilisé comme réserviste au début du mois août 1914. Le caporal Ferdinand Auguste sert dans  la 5e compagnie lorsqu'il est tué le 19 octobre 1914 dans le secteur du bois de Bouvigny en Artois. 

Ferdinand Jacquelin a obtenu la Médaille militaire et la croix de guerre avec étoile de bronze. (Journal officiel du 29 octobre 1920).

« Bon soldat, dévoué et courageux, mortellement frappé le 19 octobre 1914, au combat de Bouvigny, dans l’accomplissement de son devoir. »

Référence bibliographique :

« Livre d’or des héros de la guerre 1914-1918. Canton de Charlieu » Roanne. Souchier imprimeur. 1924. 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à J. Huret.

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18 janvier 2012

Premiers pas en Artois (4e partie).

                 Groupe_149e_R

À partir de cette date, le secteur devient plus calme pour le 149e R.I.. Seule la 5e compagnie sera engagée dans une attaque partielle avec le 3e B.C.P. le 19 octobre 1914. 

12 octobre 1914

Le 1er bataillon du 149e R.I.est relevé de ses emplacements de la veille par le 20e B.C.P. et reçoit l’ordre de rejoindre le reste du régiment dans le bois de Bouvigny. Vivement bombardé à son passage à Aix-Noulette, il est obligé de traverser la localité par petits groupes

Il arrive dans le bois de Bouvigny pour s’installer en réserve à la maison forestière. Le régiment est maintenant reconstitué. L’organisation défensive du plateau de Bouvigny est divisée en 3 secteurs. :Le 1er bataillon reste en réserve à la lisière est du bois de Bouvigny. Le 2e bataillon est réparti de la manière suivante : La  5e compagnie est dans les tranchées nord-est de Notre-Dame-de-Lorette, la 6e compagnie dans les tranchées est et sud-ouest de Notre-Dame-de-Lorette et les 7e et 8e compagnies sont en réserve à la lisière nord du bois de Bouvigny.

Le 3e bataillon a pour mission d’organiser et d’occuper le centre du plateau face à Ablain-Saint-Nazaire. 

13 octobre 1914

Une compagnie et ½ du 1er bataillon relève le 1er B.C.P. à la lisière sud-est du bois de Bouvigny, face à Ablain-Saint-Nazaire. Le reste du bataillon est en réserve sur les mêmes emplacements que la veille. La situation reste stationnaire pour les deux autres bataillons. Nuit sans incident. 

14 octobre 1914 

Le 1er bataillon du 149e R.I. et la 7e compagnie relèvent le 2e bataillon sur ses positions. Il est disposé de la manière suivante : la 3e compagnie est au nord de Notre-Dame-de-Lorette, la 4e compagnie sur les pentes sud de Notre-Dame-de-Lorette, la 2e compagnie en soutien d’artillerie, la 1ère compagnie en réserve et la 7e compagnie à la lisière est du bois de Bouvigny, cote 102. Ce bataillon est relié à droite par le 1er B.C.P. et à gauche avec un bataillon du 21e R.I. qui occupe le village de Noulette. Le 2e bataillon du 149e R.I. reprend ses bivouacs dans le bois de Bouvigny. Le 3e bataillon garde les mêmes emplacements que la veille. La nuit reste calme.

15 octobre 1914

Le lieutenant-colonel commandant le 149e R.I. doit quitter le secteur du régiment pour recevoir de nouvelles instructions de la part du général de division concernant la prochaine attaque sur Ablain-Saint-Nazaire. 

16 octobre 1914

Le 1er bataillon du régiment reste aux avant-postes de Notre-Dame-de-Lorette. Les 7e et 8e compagnies sont en réserve dans le bois de Bouvigny. Elles doivent appuyer l’attaque du 3e B.C.P.. La 6e compagnie occupe les tranchées à la lisière est du bois de Bouvigny. Elle est en liaison à sa gauche avec le 3e bataillon du 149e R.I., à sa droite avec le 1er B.C.P..

La 5e compagnie est en réserve à la maison forestière. Le 3e bataillon du 149e R.I. continue sa mission dans le 2e secteur du bois de Bouvigny.

Le général Dumézil rentre de Saint-Pol. L’E.M. de la brigade est transféré à Bouvigny (le château).

Le 149e R.I. renforce sa position. Le 158e R.I. est engagé en 1ère ligne à Vermelles. 

                  Chapelle_de_Notre_Dame_de_Lorette_d_tuite

17 et 18 octobre 1914

Situation inchangée.

Pour le dimanche 18 octobre 1914, voici une anecdote extrêmement dramatique qui rappelle que la guerre n'est vraiment pas belle, concernant le 149e R.I.. Elle a été trouvée dans le livre « la gloire divin mensonge» d'Albert Garnier soldat au 144e R.I.T.. Elle n'engage que l'auteur sur l'analyse de la situation.
« À 23 h 00, une note du commandant du régiment m'annonce que ma compagnie est mise dès cette nuit à la disposition du général Dumezil et ordre m'est donné de partir à 11 h 30 pour la Faisanderie sur le plateau de Lorette afin d'aider à améliorer des éléments de tranchées au-dessus du fond de Buval.
Décidément, je ne moisis pas à Bouvigny et on semble avoir à l'état-major du régiment de bien
bonnes dispositions pour moi !

Nous partons, chargés comme des mulets, et cette compagnie que je ne connais pas encore, que je commande depuis quelques heures à peine, grogne un peu. Je vais de section en section, j'explique aux hommes qu'il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur; ils le comprennent vite et tout s'arrange rapidement.

En montant la côte très dure qui nous mène à la faisanderie en passant par la forestière, nous rencontrons un tombereau conduit par un soldat du 149e R.I. accompagné d'un infirmier. Dans ce tombereau il y a quelques bottes de paille et sur cette paille, une fillette d'une douzaine d'années qui a été trouvée dans une tranchée que vient de prendre aux Allemands le 149e R.I.. Nous entendons les gémissements de cette malheureuse enfant. L'infirmier m'explique qu'elle est comme folle et qu'elle se trouve dans un état pitoyable ; les brutes allemandes qui l'ont entraînée dans la tranchée l'ont abîmée...
On me dit que nos camarades du 149e R.I. ont fait payer cher leur crime à ceux qu'ils ont pincés, mais

tous les coupables ont-ils été châtiés ?

Ma compagnie émue par ce récit qui circule vite à travers les rangs, continue son ascension vers le plateau de Lorette, cependant que le tombereau avec son pitoyable chargement descende en cahotant sur l'ambulance de Bouvigny...

Là-haut, le tac-tac des mitrailleuses nous avertit que nous allons nous trouver rapidement au milieu du guêpier... » 

19 octobre 1914

La 5e compagnie participe à une attaque partielle sur Ablain-Saint-Nazaire en collaboration avec le 3e B.C.P..
Pas de changement pour le reste du régiment. 

20 octobre 1914

Le 149e R.I. continue de défendre le secteur de la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette. 

21 octobre 1914

Situation analogue. Un bataillon du 144e R.I.T. est mis à la disposition pour la défense du P.A. de Bouvigny. 

22 octobre 1914

Le 158e R.I. est retiré de la 1ère ligne et se réorganise. La situation reste calme pour le 149e R.I.. La 2e ligne du secteur de Bouvigny doit être perfectionnée. 

23 octobre 1914

Pas de changement important ni de fait intéressant. 

24 octobre 1914

Situation inchangée. 

25 octobre 1914

Le bataillon du 144e R.I.T. est remplacé par un bataillon du 143e R.I.T. Il est destiné à la relève d’unités de la seconde ligne du 149e R.I., pour leur permettre de se reposer. Rien de particulier à signaler pour le 149e R.I.. Le 158e R.I. relève le 21e R.I. à Aix-Noulette. 

26 octobre 1914

Le 158e R.I. termine sa relève du 21e R.I.. La relève du 149e R.I. par le 143e R.I.T. a lieu à 8 h 00 en seconde ligne.

Ordre prévu pour le lendemain : regroupement de toute la brigade à partir de 6 h 30 dans le secteur route d’Aix-Noulette à Souchez exclue jusqu’au ravin au sud de la cote 102 (lisières du bois de Bouvigny). 

27 octobre 1914

Continuation des travaux dans les secteurs des 149e R.I. et 158e R.I. par les unités de 2e ligne des abris et les torchis et tranchées de communication par les unités de 1ère ligne. 

28 octobre 1914

Bombardement allemand de Noulette.

Construction par le 149e R.I. d’une tranchée au dessus d’Ablain-Saint-Nazaire. 

29 octobre 1914

Le 158e R.I. reçoit l’ordre de participer à l’attaque d’Angres de la 13e division. Avance de200 m en avant.

L’artillerie amie tire toute la nuit pour troubler les ravitaillements ennemis. 

30 octobre 1914

L’attaque sur Angres se poursuit sans le 158e  R.I.. L’ordre est donné de procéder à la relève du 149e  R.I. et du 158e R.I. par des unités de la 70e division de réserve et des territoriaux.

Le 149e R.I. doit laisser sur place son 1er bataillon entre la chapelle et la route. Le 158e R.I. doit laisser aussi son 3e  bataillon.

Concernant le 149e R.I. : les unités de 1ère ligne du 2e et du 3e bataillon qui occupaient la pente sud du plateau et la lisière est du bois face à Ablain-Saint-Nazaire, seront relevées par un bataillon du 360e  R.I.. Les unités de 2e ligne par 2 bataillons qui ne sont arrivés que le 31 octobre au matin. 

Sources :

« Journal des marches et opérations de la 85e brigade ». S.H.A.T.. Réf : 26 N 20/10.

« La gloire, divin mensonge ». Albert Garnier, aux éditions Valois – 1931. 

Les archives du Sercive Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

Pour en savoir plus :

« Journal des marches et des opérations du 143e R.I.T.. ». S.H.D. Réf : 26 N 800/25.

 « Journal des marches et des opérations du 3e B.C.P. ». S.H.D. Réf : 26 N 816/1. 

Un grand merci à M. Yassai, à A. Carobbi, à M. Porcher, à l’association « collectif Artois 1914-1915 » et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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01 février 2012

À tout jamais le grand silence...

Voici maintenant en guise de conclusion quelques remarques sur les pertes du régiment durant son passage dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette en octobre 1914. 

                                   Tableau des tués dans le secteur du bois de Bouvigny

                  Tableau des blessés et des disparus dans le secteur du bois de Bouvigny

Les trois graphiques suivants, accompagnés de quelques observations, ont été réalisés à partir des listes précédentes.

                 Tableau_des_pertes_generales_octobre_1914

Ce premier tableau donne une vue d’ensemble des pertes globales du régiment durant son 1er séjour en Artois. Les tués et les décédés des suites de leurs blessures sont représentés en rouge, les blessés en vert et les disparus en orange. Les journées du 9 et du 19 octobre restent les plus meurtrières pour le 149e R.I..En additionnant tous les chiffres, nous obtenons un total de  80 tués, de 100 blessés et de 14 disparus. 

Les hommes décédés dans les hôpitaux français de l’arrière sont, pour la plupart, comptabilisés dans la colonne « 01/11/14 au 16/12/14 ».

Les deux graphiques suivants nous indiquent l’état des pertes par compagnie. Le premier, concerne les tués et les décédés des suites de leurs blessures dans les hôpitaux, le second concerne les blessés.

                  Tableau_des_tu_s_octobre_1915

                  Tableau_des_bless_s_secteur_Lorette_1914

À la lecture de ces deux tableaux, nous pouvons constater que les 3e, 5e et 11e compagnies sont les plus éprouvées. Seule la 5e compagnie a participé réellement à une attaque partielle en collaboration avec un bataillon de chasseurs le 19 octobre 1914, ce qui explique son nombre élevé de victimes pour cette journée.

 Quelques hommes possèdent une sépulture individuelle dans les Nécropoles nationales françaises et dans les carrés militaires suivants :

                              Tableau des sépultures dans le Pas-de-Calais (année 1914)

Je rappelle que toutes ces données doivent être lues comme des résultats approximatifs.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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