18 mars 2016

Souvenirs de guerre d’un soldat du 149e R.I..

Montage 1

J’ai, entre les mains, un témoignage réalisé par un soldat du 149e R.I.. Le texte qui est accompagné de cartes et de quelques photographies est tapé à la machine à écrire. Le tout est relié de manière artisanale, ce qui donne un bel ensemble.

Hélas, après lecture du document, le nom de son l’auteur reste inconnu ; à aucun moment, il n’apparaît dans les souvenirs de ce soldat. Il est simplement écrit que l’écrivain fait partie d’une compagnie de mitrailleuses du régiment, ce qui reste quelque peu frustrant !

Cependant, en y regardant de plus près, une information capitale va permettre indirectement d’identifier cet homme.

Dans son écrit figure le passage suivant :

« Dans la nuit du 4 au 5 avril, avec mon ami Poulet et mon camarade Canque, nous décidons d’aller chercher de l’eau…

… un obus tombe près de nous sur le bord du parapet. Je suis à demi enterré et mon ami Poulet s’effondre près de moi, frappé à mort. Dans mes bras, il rend le dernier soupir, un gros éclat lui a fait dans le dos une blessure béante… »

Le nom du soldat Poulet figure bien dans la liste nominative des officiers et des hommes de troupe, morts pour la France, qui se trouve dans l’historique du 149e R.I.. Pour en savoir plus, il suffit maintenant d’aller consulter le site « mémoire des hommes » pour lire la fiche de ce soldat.

Fiche_Joseph_Poulet

Après avoir fait une demande écrite, la mairie de Vienne a eu l’amabilité de me faire parvenir une photocopie de l’acte de décès de Joseph Poulet.

Cet acte nous donne les noms des deux témoins qui ont permis de valider officiellement la mort de cet homme.

Les_t_moins

À partir de ce document, nous pouvons maintenant savoir avec certitude que l’auteur du témoignage s’appelle Paul Portier !

Une fois son nom trouvé, il devient tout à fait possible de construire une petite notice biographique à son sujet.

Sources

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

Site « Mémoire des Hommes ».

Copie de l’acte de décès de Joseph Poulet.

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à A. Carobbi, au Service Historique de la Défense de Vincennes et à la mairie de Vienne sans qui l’auteur de ce témoignage n’aurait pas pu être identifié.

 

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25 mars 2016

Paul Louis Joseph Portier (1895-1959).

Paul_Portier

Paul Louis Joseph Portier est né le 31 mars 1895 à Villeurbanne, une commune limitrophe de Lyon.

Ses parents, originaires du Puy-de-Dôme, sont venus s’installer dans le département du Rhône, quelque temps après leur mariage qui a eu lieu le 30 mai 1891 dans le petit village de Saint-Ignat.

Le père se prénomme François Paul ; il est âgé de 30 ans à la date où son fils voit le jour. Celui-ci exerce la profession de jardinier. La mère, Marie Varenne-Paquet, qui est un peu plus âgée que son époux, travaille comme ménagère.

La famille vit dans un appartement situé dans l’allée du Sacré-Cœur.

La fiche signalétique et des services de Paul Portier nous fait savoir qu’il possède un degré d’instruction de niveau 3. Le fait de savoir lire, écrire et compter lui donnera la possibilité, après le conflit contre l’Allemagne, d’exercer la profession d’employé de banque.

Futur soldat de la classe 1915, cette dernière est appelée par anticipation. Le recensement de Paul Portier et son passage devant le conseil de révision sont faits dans l’urgence en septembre et octobre 1914. Le jeune Portier est inscrit sous le numéro 383, sur la liste des futurs soldats du canton du 3e arrondissement de Lyon qui sont susceptibles d’être mobilisés. C’est un homme qui est en très bonne santé ; il se retrouve donc, en toute logique, classé dans la 1ère partie de la liste en 1914.

Paul est, dans un premier temps, incorporé au 99e R.I. pour y faire ses apprentissages de soldat. Il arrive dans ce régiment le 15 décembre 1914.

Sa formation initiale terminée, le soldat Portier est muté au 149e R.I., un régiment qui est, à cette époque, malmené du côté de Notre-Dame-de-Lorette, un secteur qui se trouve en Artois. Paul Portier doit rejoindre sa nouvelle affectation le 11 mai 1915. Les informations trouvées à son sujet ne permettent pas de savoir s’il est passé par le dépôt du régiment à Épinal ou s’il est arrivé directement dans sa nouvelle unité.

À partir de cet instant, cet homme va participer à l’ensemble des combats menés par son régiment qui se sont déroulés en Artois, à Verdun, dans la Somme, à la Malmaison, à Arcy-Sainte-Restitue…

Le 26 septembre 1916, il obtient une citation à l’ordre du régiment : « Le 11 septembre 1916, au cours de la prise d’un village fortifié et de la progression en avant de ce village, a montré de grandes qualités d’audace, de sang-froid et de décisions, est parti en éclaireur dans un boyau que tenaient encore des grenadiers allemands et a aussi guidé la progression de manière heureuse. Mitrailleur très dévoué et courageux. »

Le soldat Portier est nommé caporal le 28 mai 1917.

En octobre 1917, son régiment est engagé dans les combats de la Malmaison. Le 6 novembre 1917, une seconde citation à l’ordre du régiment vient récompenser la bravoure de ce mitrailleur : « Chef de pièce d’un sang-froid et d’une audace superbes, a donné à ses hommes un merveilleux exemple de courage en circulant constamment, sous un feu de mitrailleuses, en cours d’attaque du 23 octobre 1917. »

Le 21 juin 1918, il est à nouveau cité, mais cette fois-ci, c’est à l’ordre de la 43e division.

« Mitrailleur d’un moral très élevé, animé d’un grand esprit de sacrifice, s’est distingué, en servant d’exemple, en toutes circonstances, dans les journées du 28 et du 29 mai 1918. Le 29 a contribué au sauvetage de 2 pièces de 75 dans des conditions particulièrement difficiles. »

Le 11 juillet 1918, le caporal Portier peut accrocher ses nouveaux galons de sergent sur sa vareuse. Quatre jours plus tard, il est blessé à la main gauche alors que sa section de mitrailleuses est positionnée dans le secteur du trou Bricot.

Le sergent Portier obtient une citation à l’ordre du 21e C.A, le 21 août 1918 :

« Mitrailleur possédant des qualités remarquables de calme et de courage, dans la matinée du 15 juillet 1918, s’est maintenu avec sa section, sur la première parallèle, sous un bombardement terrible, a brisé l’élan des vagues d’assaut par un tir précis et nourri, a été blessé au moment où debout sur le parapet, il observait les mouvements ennemis. »

Après avoir subi les soins nécessaires, la commission de réforme de Reims,qui siège à Épernay le 13 novembre 1918, classe le sergent Portier service auxiliaire apte.

Le 19 novembre 1918, Paul Portier se trouve au dépôt des services auxiliaires de la Ve armée. Ce sous-officier est muté à la 24e section d’infirmiers, 6e échelon n° 55, le 9 décembre 1918.

Le 24 mars 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation par le dépôt démobilisateur de la 14e S.I.M. de Lyon. Il va enfin pouvoir retrouver la vie civile et rejoindre son logement qui se situe au numéro 6 de la rue Bellicard, dans le 3e arrondissement lyonnais. Plus de cinq ans se sont écoulés depuis le moment où il est arrivé au 99e R.I..

Le 3 juillet 1920, il épouse Jeanne Marie Catherine Badin dans le 5e arrondissement lyonnais. Deux enfants naîtront de cette union.

Le 18 juin 1923, le centre spécial de réforme de Lyon le maintient service auxiliaire, mais cette fois-ci, avec une invalidité permanente de 15 %. Les trois derniers doigts de sa main gauche lui posent problème.

Paul Portier est fait chevalier de la Légion d’honneur le 19 avril 1958 (J.O. du 26 avril 1958).

Cet homme est décédé le 20 mai 1959 à Sainte-Foy-les-Lyon, une commune située dans la métropole lyonnaise.

Sources :

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

La photographie familiale qui illustre le montage de cet article provient du récit dactylographié et illustré réalisé par Paul Portier après-guerre. Cette photographie n’est pas légendée, mais ce cliché est collé dans la partie du texte qui est consacrée à une de ses permissions.

La fiche signalétique et des services de Paul Portier a été consultée sur le site des archives départementales du Rhône.

Un grand merci à M. Bordes, à Stéphan Agosto, à A. Carobbi et aux archives départementales du Rhône.

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01 avril 2016

Souvenirs de la bataille de Verdun de Paul Portier.

Temoignage Paul Portier

Je me propose de retranscrire ici la partie du témoignage de Paul Portier qui est consacrée à Verdun.

Je n’ai en ma possession que le volume dédié à l’année 1916. Je doute que son auteur se soit contenté de coucher sur le papier cette seule année de sa guerre.

Quoi qu’il en soit, le soin apporté à son travail montre toute l’importance et le poids qu’eurent pour lui ce conflit.

En mars 1916, le 149e R.I. va être engagé dans le secteur du fort de Vaux. Voici ce que cet homme raconte :

« Précipitamment, le 25 février 1916, nous faisons mouvement sur Auxi-le-Château où nous devons embarquer. Le temps est maussade et bientôt il neige. Nous ne connaissons rien sur la destination, mais celle-ci, d’après les bruits qui circulent, serait assez lointaine.

Le 26 février à 4 h 00, nous terminons les préparatifs d’embarquement et le train quitte la gare peu après. Le froid est devenu plus rigoureux et notre voyage devient, de ce fait, plus pénible. Enfin, le 27 à 8 h 00, nous débarquons dans la Marne à Saint-Eulien.

Carte_1_temoignage_Paul_Portier

Sans perdre de temps, nous nous mettons en marche pour Haironville, par la forêt des 3 Fontaines, Chancenay et Saudrupt. Nous cantonnons aux Forges d’Haironville.

Le 28 à 8 h 00, nous reprenons notre marche pour aller cantonner à Combles le 1er mars à Seigneulles.

Nous savons maintenant que les Allemands ont déclenché, sur Verdun, une attaque formidable et que notre corps d’armée est destiné à prendre contact assez rapidement. Nous restons en attente à Seigneulles jusqu’au 6 mars à 7 h 00, puis nous embarquons en autos pour nous rendre près de Verdun.

Le débarquement s’effectue sur la grande route, entre le fort du Regret et Verdun. Le régiment cantonne à Haudainville (E.M., C.H.R., 1er bataillon et 1ère C.M.R.) et dans les péniches amarrées sur le canal de l’est (2e et 3e bataillons et 2e et 3e C.M.R.).

Le 7 mars, conformément aux ordres reçus, la 85e brigade se porte, dans la soirée, en réserve de secteur, dans la zone « bois des Hospices et haie Houry ». Des emplacements de bivouac ont été retenus dans le bois des Hospices pour les unités du 149e R.I. qui s’y rendent dès 16 h 30. Elles empruntent la route d’Haudainville à Verdun, jusqu’au carrefour 800 m est des casernes Bevaux ; elles suivent ensuite les cotes 218 et 222, le cabaret ferme et la ferme Bellevue. Il fait très froid.

L’artillerie allemande déverse sur tout le secteur un déluge d’acier. Nous sentons que des heures douloureuses nous attendent. Les bruits qui circulent ne sont d’ailleurs guère de nature à relever le moral. Nous sommes las d’une attente prolongée où chaque minute ajoute encore à l’angoisse. Nous préférons, pour la plupart, entrer au plus vite dans cette danse macabre d’où, peut-être, nous ne reviendrons pas.

Malgré un barrage intense de l’artillerie lourde ennemie, sur la route et aux abords de la ferme Bellevue, nous parvenons sans trop de dégâts sur nos emplacements. Il n’existe ici aucun abri contre le bombardement qui continue d’être très violent.

Une certaine confusion semble régner et les ordres qui nous parviennent le reflètent bien. Il faut s’organiser. L’heure est grave et décisive. Les Allemands sont dans les parages du village de Vaux. Douaumont est tombé. L’artillerie qui fait rage risque de couper, ou, tout du moins, de rendre difficile les relations avec l’arrière.

En hâte, nous nous mettons au travail et nous creusons quelques tranchées sur nos emplacements.

Le 8 mars, le bombardement qui, le matin, avait quelque peu perdu de son intensité redouble dans la soirée.

Dans la nuit du 8 au 9, le 149e R.I. doit relever la 26e brigade sur les positions qu’elle occupe dans le secteur. En conséquence, dès 16 h 00, nous nous portons au bois de l’Hôpital, par la route Bellevue - fort de Souville.

Un avion allemand suit nos mouvements pour régler le tir de son artillerie. Nos pertes sont lourdes et nous sommes déprimés. Quel tableau d’horreur ! Des morts de tous les côtés, des blessés qui gémissent sans secours et les obus qui tombent toujours. Des sections sont complètement fauchées, quelle affreuse journée !

Au bois de l’Hôpital, un contre-ordre nous arrive. Les mouvements de relève sont suspendus. Nous devons rester à la disposition de la 26e brigade qui doit contre-attaquer sur Vaux-Douaumont. Nous restons toute la nuit en attente dans le bois. Ce n’est que le 9, vers 4 h 00, que nous nous mettons en marche dans la direction du fort de Souville. La route qui y conduit est très violemment bombardée. Les Allemands tirent des obus lacrymogènes, ce qui nous incommode très sérieusement.

À 5 h 00, nous sommes au fort de Souville dont l’entrée et les abords sont écrasés sous les obus. Nous reprenons haleine à l’abri sous les voûtes du fort, tandis qu’au-dehors, grondent sans cesse les pièces des batteries en position à proximité.

Nous attendons des ordres et de plus en plus nous devenons fiévreux. Nos nerfs sont tendus ; néanmoins, la journée s’achève dans les casemates du fort, au milieu des blessés. Nous devons monter au village de Vaux dans la nuit.

Le 10 mars, vers 3 h 00, nous quittons le fort et nous nous dirigeons par la route dans la direction du village de Vaux. La route n’est pas trop battue par l’artillerie, sauf au bois Chapitre et vers la voie ferrée où nous sommes accueillis par des rafales. Nous arrivons à Vaux en plein jour. Une mitrailleuse allemande balaye la route et il nous faut passer un à un en courant.

Carte 2 temoignage Paul Portier

Legende carte 2 temoignage Paul Portier

Nous nous arrêtons dans une maison en partie détruite où se trouvait installé le poste téléphonique de liaison. Les deux téléphonistes tués sont là, figés dans l’attitude où la mort les a surpris.

La première section place, dans un trou d’obus, à droite de la route et au sud du village, ses deux pièces. La 2e section met ses pièces en batterie, à droite de la route et à l’ouest de Vaux. Les 3e et 4e sections se tiennent en réserve dans une maison.

Le marmitage devient de plus en plus violent. Les pentes et le plateau de Vaux sont harcelés. Il faut s’attendre à une attaque à bref délai.

En effet, à la tombée de la nuit, elle se déclenche sur le plateau de Vaux. Elle cherche à nous déborder à notre droite. Nos pièces, qui étaient en batterie, ouvrent immédiatement un feu violent pendant que les deux sections de réserve viennent se joindre à nous.

L’artillerie française effectue un tir de barrage. Il est précis et dense, il décime les vagues d’assaut ennemies. Ajoutant encore au carnage, les artilleurs allemands tirent trop court. Ils massacrent leurs propres troupes.

À 20 h 00, la 4e section et une pièce de la 3e vont relever, à la barricade établie au milieu du village, les mitrailleurs du 409e R.I..

Pendant la nuit du 10 au 11, les Allemands lancent plusieurs attaques en essayant de progresser dans le village. Nous les repoussons vigoureusement, à la grenade et à la mitrailleuse.

Au cours d’une de ces attaques, l’ennemi a mis le feu à une maison à 40 mètres en avant de la barricade. À l’intérieur, des blessés français du 409e R.I., je crois non évacués, s’y trouvaient encore.

Quelques-uns ont pu rentrer dans nos lignes. Nous entendrons, pendant le restant de la nuit, les appels et les gémissements de ceux qui n’ont pu, en raison de leurs blessures, se traîner jusqu’à nous.

Le 11, à 2 h 00, les 1ère et 2e sections sont relevées par la C.M.B. du 158e R.I.. Elles se rendent en réserve au fort de Souville. Pendant la journée, les Allemands continuent de bombarder la région de Vaux.

Nous devons à notre tour être relevés dans la nuit du 11 au 12 par le 158e R.I.. Mais la compagnie de relève, en arrivant à Vaux, subit des pertes tellement lourdes qu’elle est obligée de se reconstituer, ce qui retarde d’autant cette relève.

Enfin, le 12 à 4 h 00, nous nous établissons dans les ébauches de tranchées et d’abris au bois des Hospices. Nous nous mettons immédiatement au travail pour améliorer ces positions. Les 1ère et 2e sections viennent dans la matinée se joindre à nous.

La journée du 12 s’écoule assez calme ainsi que celles allant du 13 au 16 mars. Quelques obus tombent de temps en temps dans nos parages. En ligne, le bombardement continue avec autant d’intensité.

Le 17 au matin, nous descendons aux casernes Bevaux où nous devons prendre quelques jours de repos dont nous avons d’ailleurs bien besoin.

Le 26 mars, le régiment se rend dans la région de Dugny et du fort de Landrécourt… »

Une seconde information trouvée sur l’acte de décès de Joseph Poulet nous apprend que Paul Portier appartient à la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I..

Cette compagnie de mitrailleuses accompagne les 1ère et 4e compagnies du bataillon Magagnosc qui ont été engagées dans les attaques du village de Vaux-devant-Damloup.

Pour en savoir plus les déplacements et les positions occupées par ces éléments du 149e R.I. durant les journées évoquées dans le témoignage de Paul Portier, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Vaux-devant-Damloup 2

Sources :

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

La roulante qui se trouve sur le montage fait partie de la collection du musée du fort de Seclin.

Pour en savoir plus sur le musée du fort de Seclin, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Fort_de_Seclin

Site « Mémoire des Hommes ».

Copie de l’acte de décès de Joseph Poulet.

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à A. Carobbi, à la famille Boniface, au musée du fort de Seclin et à la mairie de Vienne, sans qui l’auteur de ce témoignage n’aurait pas pu être identifié.

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08 avril 2016

Joseph Poulet et André Canque, les camarades de Paul Portier.

Joseph Poulet et André Canque

Joseph Poulet et Louis André Canque, les frères d’armes de Paul Portier ont, tous deux, été évoqués dans le témoignage de ce dernier. Aucun de ces hommes ne rentra au pays après la guerre.

Joseph Poulet (1895-1916).

Joseph voit le jour le 16 septembre 1893, dans la ville de Vienne située dans le département de l’Isère. Il est le fils de Louis et de Marie Augustine Perroud. Ses parents sont de conditions modestes, le père est menuisier et la mère ménagère. Très bon élève, il va pouvoir accéder aux études supérieures. Sa fiche matricule nous indique qu’il possède un degré d’instruction de niveau 4. Joseph est étudiant à l’école des beaux-arts de Lyon, dans la section architecture, avant d’être rattrapé par les obligations militaires.

L’année de ses 20 ans, l’étudiant doit se préparer à faire son service militaire. Joseph est inscrit sous le numéro 109 de la liste du canton de Vienne-Sud. De constitution fragile, il se retrouve classé dans la 5e partie de cette liste ; Il est exempté de service militaire en 1913, puis une seconde fois en 1914.

Le 24 octobre 1914, le jeune célibataire doit de nouveau se présenter devant le conseil de révision qui va, cette fois-ci, le reconnaître « bon pour le service armé ». La guerre est là et la France a besoin de soldats.

Joseph Poulet est incorporé le 15 décembre 1914 au 158e R.I. pour y suivre une instruction accélérée. Malheureusement pour nous, sa fiche signalétique et des services reste très succincte. Celle-ci ne nous indique pas la date de son arrivée au 149e R.I.. Seule certitude, en mars 1916, le soldat Poulet fait partie de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I..

La fiche signalétique et des services et l’acte de décès de ce soldat nous font savoir qu’il est mort des suites de ses blessures, au fort de Vaux, le 4 avril 1916.

Après le décès de Joseph, la situation du père est particulièrement difficile. Cet homme, devenu veuf, exerçait la profession d’ébéniste, il n’avait pas d’autre enfant. Un secours de 150 francs lui a été alloué le 11 juillet 1916.

Le nom de cet homme est inscrit sur la plaque commémorative qui est placée à gauche de la nef, en entrant par la grande entrée de la cathédrale Saint-Maurice de Vienne.

Cathedrale_Saint_Maurice_de_Vienne

La localisation de sa sépulture est inconnue. Par contre, les circonstances de sa mort sont racontées dans le témoignage laissé par Paul Portier. Voici ce qu’il écrit :

« Dans la nuit du 4 au 5 avril, avec mon ami Poulet et mon camarade Canque, nous décidons d’aller chercher de l’eau…

… Un obus tombe près de nous sur le bord du parapet. Je suis à demi enterré et mon ami Poulet s’effondre près de moi, frappé à mort. Dans mes bras, il rend le dernier soupir, un gros éclat lui a fait dans le dos une blessure béante… »

Louis André Canque (1893-1918).

Louis André Canque n’a pas été blessé ou touché cette nuit du 4 avril 1916. Né le 12 août 1893 dans le petit village jurassien de Gevingey, il est le fils d’Émile Alphonse Jean Baptiste et de Marie Euphrasie Secretant.

André Canque vit toujours dans sa commune de naissance lorsqu’il reçoit sa convocation pour se présenter devant le conseil de révision de Lons-le-Saunier.

Il est classé dans la 1ère partie de la liste de ce canton. André doit laisser ses outils de paysan pour rejoindre le 149e R.I. le 27 novembre 1913.

Le soldat Canque est toujours à la caserne Courcy lorsque le conflit contre l’Allemagne voit le jour en août 1914.

Sa fiche signalétique et des services est totalement vierge concernant son parcours de soldat. Nous pouvons supposer que cet homme a dû participer, sans aucune blessure grave, à la grande majorité des combats dans lesquels le 149e R.I. a été engagé. Le témoignage de Paul Portier nous fait tout de même savoir qu’il a échappé de justesse à la mort le 4 avril 1916.

Le 1er juin 1918, André Canque décède, avant d’être fait prisonnier, des suites de ses blessures reçues au cours des combats qui se sont déroulés dans le secteur d’Arcy-Sainte-Restitue. C’est dans le Feldlazaret de Courcelles qu’il rend son dernier soupir. Ce soldat est, dans un premier temps, inhumé dans le cimetière de Courcelles, dans une tombe qui porte le n° 23. En janvier 1924, son corps est transféré dans le cimetière national mixte de Vauxbuin dans une sépulture numérotée 855.

Sepulture_Andre_Canque

Le soldat André Canque a été décoré de la Médaille militaire à titre posthume.

« Soldat énergique et brave. Mort pour la France des suites de ses blessures, le 1er juin 1918. »

Cette citation lui donne également droit à la Croix de guerre avec étoile de bronze

Sources :

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

La fiche signalétique et des services de Joseph Poulet a été consultée sur le site des archives départementales de l’Isère.

Une copie de la fiche signalétique et des services d’André Canque m’a été envoyée par les archives départementales du Jura.

La photographie de la plaque commémorative de la cathédrale Saint-Maurice de Vienne a été réalisée par Y. Voyeaud.

La photographie de la sépulture d’André Canque à été réalisée par J. Baptiste.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Baptiste, à A. Carobbi, à Y. Voyeaud et aux archives départementales de l’Isère et du Jura.

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05 mai 2017

Souvenirs de la bataille de Verdun de Paul Portier (2e partie).

Paul_portier_2

Voici la 2e partie du témoignage de Paul Portier qu’il consacre à son passage à Verdun.

Après une période de repos aux casernes Bevaux et à Dugny, sa compagnie de mitrailleuses se trouve de nouveau engagée dans le secteur du fort de Vaux. Il écrit ceci :

« Le 30 mars à 6 h 00, le régiment se met en marche pour Belrupt où il stationne la journée. Nous devons relever, dans la nuit du 30 aux 31, le 159e R.I.. Dès 19 h 00, nous nous dirigeons d’une façon générale sur la ferme de Bellevue, en passant par la baie Houry, le Tillat et nous prenons ensuite le boyau qui conduit au Tunnel de Tavannes.

Nous empruntons le tunnel sur toute sa longueur (1500 m) et le boyau, ou plutôt l’ébauche de boyau qui mène au fort de Vaux, en passant par la Laufée et les emplacements de batteries de Damloup. La compagnie effectue ses mouvements assez lentement, si bien que nous arrivons au fort qu’au lever du jour. Les abords sont très violemment bombardés.

Carte_1_Paul_Mortier_fin_mars_1916

Legende_carte_1_fin_mars_1916_Paul_Portier

La 1ère section met ses deux pièces de batteries sur la pente nord du ravin de Damloup près du fort de Vaux. La 2e près de la 1ère, la 3e à mi-côte nord du ravin de Damloup ;la 4e, la mienne, est en réserve au fort.

Quel spectacle que l’intérieur de ce fort ! Des casemates sont remplies de blessés, il y a des morts dans les couloirs obscurs.

Le marmitage s’intensifie de plus en plus, sa violence est inouïe. La terre est labourée, les Allemands veulent écraser ce fort qui résiste toujours et ils semblent vouloir concentrer sur lui un effort formidable.

Malgré l’intensité de ce bombardement et l’abrutissement qui en résulte pour nous, je songe qu’en ce jour du 31 mars, je viens d'atteindre mes 21 ans.

Le 1er et le 2 avril, le marmitage redouble encore de violence. Le fort est secoué dans ses fondements par les explosions des obus de gros calibres qui se succèdent sur un rythme accéléré.

Nous souffrons terriblement de la soif, les réserves d’eau du fort sont conservées en cas d’encerclement et le ravitaillement ne nous arrive que difficilement.

Dans la nuit du 4 aux 5, avec mon ami Poulet et mon camarade Canque, nous décidons d’aller chercher de l’eau d’une source qui se trouve, d’après les indications que nous possédons, à 100 ou 150 m en avant de nos tranchées.

Nous quittons le fort vers 20 h 00, malgré un marmitage assez violent. Pour sortir, il faut faire vite, car les éclatements se succèdent à moins d’une minute d’intervalles et les Allemands connaissent bien les issues.

Après avoir averti notre première ligne, nous cheminons en avant, tantôt rampant, tantôt nous courbant. Nous ne connaissons pas exactement le lieu où se trouve la source. La marche est très pénible. Les fils barbelés nous entravent à chaque pas. Nous sommes exténués.

Les Allemands viennent aussi, paraît-il, puiser à cette source et nous risquons de les rencontrer dans notre marche rampante. Les fusées éclairantes nous obligent à nous déplacer au sol pour ne pas être vus. Le moindre bruit peut nous être fatal.

Si nous ne trouvons pas la source, du moins avons-nous un peu d’eau dans un trou d’obus où baigne un cadavre.

Nous revenons à nos tranchées sans avoir pu remplir nos bidons et nous nous arrêtons un moment parmi nos camarades de la 3e section.

Un obus tombe près de nous, sur le bord du parapet, je suis à demi enterré et mon ami Poulet s'effondre près de moi, frappé à mort. Dans mes bras, il rend le dernier soupir, un gros éclat lui a fait dans le dos une blessure béante.

Canque n’a qu’une égratignure à la joue. Moi, je suis indemne, mais abattu. La déflagration nous a rendus sourds.

Pour en savoir plus sur Joseph Poulet et André Canque, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Joseph_Poulet_et_Andr__Canque

Nous rentrons au fort après être passés à la redoute où se trouve le P.C. de la compagnie.

Le bombardement continue toujours de manière aussi violente.

Dans la nuit du 5 au 6 avril, nous sommes relevés par la compagnie de mitrailleuses de la 85e brigade et les autres sections par le 323e R.I..

Nous descendons en réserve dans le tunnel et, le 9 à 16 heures, nous revenons après relève par le 28e R.I. à Dugny où nous cantonnons.

Le 10, le régiment, dont les rangs sont clairsemés, se rend sur la route entre Lempire et Nixeville pour embarquer. Mais au dernier moment, nous recevons l’ordre verbal de rejoindre nos cantonnements de Dugny-Landrecourt. Sur tout le front s’est déchaîné un bombardement d’une extrême violence et il ne faut pas chercher plus loin la cause de notre non-embarquement aujourd’hui. 

Pendant notre absence de Dugny, l’artillerie allemande a bombardé le village avec des pièces de longue portée.

Enfin, le 11, nous quittons de nouveau Dugny pour aller embarquer sur la route de Verdun à Bar-le-Duc. Cette fois-ci, nous ne faisons pas demi-tour. Le soir, à la nuit, nous cantonnons à la Savonnière près de Bar-le-Duc, pour y prendre quelques jours de repos avant un embarquement en chemin de fer.

Notre mission devant Verdun est terminée. Nous venons de vivre des heures tragiques dont le souvenir restera puissamment gravé dans nos mémoires. Pourrait-on oublier ces heures si douloureuses, nous qui les avons vécues ? Pourrait-on ne plus entendre le grondement formidable des canons, les gémissements des blessés, les râles d’agonie de ceux qui sont morts ?

« Non possumus », le souvenir est là ! Il s’est incarné en nous et demeure.

Pour en savoir plus sur les déplacements et les positions occupées par les éléments du 149e R.I. durant les journées évoquées dans le témoignage de Paul Portier, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_2_temoignage_Paul_Portier

Sources :

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à la mairie de Vienne, sans qui l’auteur de ce témoignage n’aurait pas pu être identifié.

 

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19 mai 2017

Souvenirs de la bataille de Verdun de Paul Portier (3e partie).

Paul_Portier_

Prière pour les morts de Verdun

Très marqué par son expérience à Verdun, le soldat Paul Portier de la 4e section de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. compose la prière suivante :

« Dans cet enfer, il arrive cependant que tout se tait un instant, comme si la providence, prise de pitié pour les humains qui s’entre-déchirent, voulait leur laisser un moment de répit.

Depuis les quelques jours que nous vivons dans ce fort de Vaux, j’aspire à me libérer de cette vie souterraine pour aller respirer au-dehors, mais en plein jour, il ne faut guère y songer.

Un soir, profitant d’une accalmie, je suis monté par une brèche ouverte par les obus, sur le talus du fort. Les canons sont maintenant presque silencieux et la nuit étoilée est sereine ; mais pour combien de temps, hélas ?

Des fusées jaillissent tout le long du front, de ce front sanglant où tant d’hommes sont déjà tombés. Combien sont-ils qui dorment d’un sommeil que le sort ne leur assure même pas tranquille. Tout est bouleversé et ces hommes déchiquetés hier, les obus sans pitiéles martyriseront encore demain, tragique destin de ceux qui sont là pour mourir.

En pensée, j’évoque cette armée sanglante et mon âme désemparée est anéantie de douleur. Pour ces êtres, je veux lancer vers le cielune prière, la prière la plus naïve, celle qu’ils ont tous récitée,et à genoux, j'implore Dieu.

« Notre père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel… »

Ô seigneur, accueillez ces morts près de vous, ouvrez-leur votre ciel.

S’ils furent peut-être des incroyants, daignez les recevoir cependant dans vos bras. Penchez-vous sur leurs souffrances et leurs sacrifices.

Oui seigneur ! Oubliez s’ils vous ont méconnu, considérez la noblesse de leur mort et pardonnez leurs fautes.

Je vous offre pour eux mes souffrances passées comme celles qui vont venir. J’implore pour eux la clémence.

Pardonnez-leur s’ils ont succombé à la tentation. Donnez-leur la paix. »

Sources :

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à la mairie de Vienne, sans qui l’auteur de ce témoignage n’aurait pas pu être identifié.

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