23 novembre 2010

Capitaine Philippe Altairac (1879-1961).

                 Capitaine_Philippe_Altairac

Philippe Altairac est né le 13 avril 1879 à Paris. Fils de Jean Marie Altairac et de Julie Chatelet. Élève au lycée Buffon puis au lycée Janson de Sailly. Il se marie en 1909 avec Anna Parent. Engagé volontaire, il signe à la mairie de Versailles un contrat de trois ans avec l’armée en 1897. Élève à l’école militaire de Saint-Cyr, il fait partie de la promotion de Bourbaki (1897-1899). Très bon escrimeur, il maitrise parfaitement la langue de Shakespeare. 

Sous-lieutenant à la fin de l’année  1899. À sa sortie d’école, il rejoint le 103e R.I. qui se trouve dans la ville d’Alençon. Philippe Altairac est promu lieutenant en 1901. Après avoir passé plusieurs années au 103e R.I., il est muté au 13e R.I. à Nevers en 1911. Il arrive, fin septembre 1913 au 149e R.I. fraichement émoulu dans ses fonctions de capitaine. 

La 4e compagnie est sous ses ordres au début du conflit. Cette compagnie est commandée par le commandant Pierre de Sury d’Aspremont, responsable du 1er bataillon.

Philippe Altairac est grièvement blessé à la tête de sa compagnie, le 3 mars 1915 pendant une contre-attaque devant Noulette. Suite à sa blessure, ne pouvant plus retourner au front, il devient instructeur pour les jeunes soldats de la classe 1917. Après la guerre, il poursuit sa carrière militaire pour la terminer en 1937 avec le grade de lieutenant-colonel. Philippe Altairac décède en 1961 à Saint-Mandé.  

 

Le 25 mars 1915, il est fait chevalier de la Légion d’honneur et obtient quelques jours plus tard, une citation à l’ordre de l’armée.

Ordre n° 727 du général commandant en chef du 31 mars 1915.

« Le 3 mars 1915, lors d’une attaque allemande sur les tranchées de première ligne, a été blessé en entraînant sa compagnie dans l’exécution d’une contre-attaque, sous un feu de mitrailleuses très violent et ajusté. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de l’Armée de terre de Vincennes.

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair, à J. Huret, à M. Porcher et au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes.  

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01 décembre 2010

Une escapade de Darnieulliens.

                  Personnel_gare_de_Darnieulles

De nouveau un  très grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage de Paul Monne intitulé « En route pour Souain avec la 4e compagnie. »

                  De_Aydoilles___Darnieulles

Des civils, ayant appris à la suite d’indiscrétions que le 149eR.I. venait à Darnieulles, pour embarquer et partir vers une direction inconnue, étaient venus voir les leurs, parents ou amis. Certains étaient même venus de Passavant (70). Beaucoup furent très déçus et bien désolés de ne pas trouver ceux qu’ils espéraient voir. Leur absence laissait supposer qu’ils avaient été faits prisonniers ou tués au cours des violents combats qui avaient eu lieu dès le début du mois d’août.

Les soldats attendirent donc patiemment, ignorant la destination qu’on allait leur faire prendre. Quelques-uns de Darnieulles, malgré la surveillance exercée par les sentinelles réussirent à aller voir leur famille.

Gare_Darnieulles_UxegneyA la fin de la journée et un peu avant la nuit, une locomotive toute fumante, tirant de nombreux wagons de marchandises arriva en gare et s’arrêta au signal du chef de gare.  

Aussitôt les officiers rassemblèrent leur compagnie et les chefs de sections en tête de la leur faisaient monter leurs hommes dans les wagons qui leur étaient désignés.

Sur ces wagons, il y avait les inscriptions : 40 hommes, 8 chevaux. Il n’y avait aucune aisance, pas de bancs pour s’asseoir. Les soldats furent entassés, assis sur le plancher, serrés les uns contre les autres comme des harengs.

Au bout d’un long moment, quand tous furent installés le train démarra et roula directement vers le lieu qui lui avait été fixé. Il ne s’arrêtait pas dans les gares. Celles-ci d’ailleurs n’avaient qu’une petite lumière, les carreaux avaient été peints de peinture bleue très légère.

Après un long moment pourtant il s’arrêta en rase campagne. Aussitôt les soldats cherchèrent à savoir où ils se trouvaient. Il faisait nuit, on ne voyait rien, pas même un petit point lumineux. C’était l’obscurité complète. On n’entendait pas le moindre bruit. C’était un grand silence. Quelques soldats profitèrent de cet arrêt pour satisfaire un besoin naturel, mais en ayant soin de rester sur le marchepied du wagon de crainte que le train ne se remette en marche et ne les laisse en ce lieu inconnu. Que cette nuit parut longue ! Comme je le dis plus haut, tous appuyés les uns contre les autres, si inconfortablement qu’il était impossible de dormir, ils sommeillaient un peu de temps à autre et c’était tout le repos qu’ils avaient.

Après avoir roulé longtemps, l’obscurité de la nuit fit place au jour naissant. Le train s’arrêta alors en rase campagne. Aussitôt les soldats cherchèrent à connaître le nom du pays qu’on apercevait. L’arrêt se prolongea, et quelques soldats osèrent descendre pour se dégourdir les jambes. Les officiers descendirent également. Et avec un peu de surprise, après environ une demi-heure d’arrêt, l’ordre fut donné de descendre du train et de se regrouper par section. On nous précisa que nous allions cantonner dans le bourg que nous apercevions et qui s’appelle Montdier-en-Der. (A suivre...)

 

Un grand merci à M. Bordes, à R. Neff et à G. Monne.

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06 décembre 2010

Livre d'or de la banque privée.

Livre_d_or_de_la_banque_priv_eAlbert Garbil : Né le 22 décembre 1884 à Villefranche-sur-Saône, ville située dans le département du Rhône. Il est le fils de Stanislas Garbil et de Béatrix Perret et l’époux de Suzanne Valude. Il exerce la profession d’employé de banque au service du portefeuille, qui siège à Paris. Lorsque la guerre éclate, il vit dans le 5e arrondissement. Il rejoint son régiment au dépôt d’Épinal. Albert Garbil trouve la mort en servant dans la 6e compagnie du 149eR.I. le 26 septembre 1914 dans le secteur de Souain.

Référence bibliographique :

Livre d’or de la banque privée.

Un grand merci à P. Baude.

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10 décembre 2010

Marches de nuit.

                  Le_barbier

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Une escapade de Darnieulliens. » 

 

Dès que les sections furent prêtes, la compagnie se rendit vers ce bourg important. Elle occupa le cantonnement qui lui avait été préparé puis se reposa. La population vint causer avec les soldats. Les habitants posaient de nombreuses questions : De quelle région venez-vous ? Où avez-vous combattu ? Les combats avaient-ils été meurtriers ? A présent où allez-vous ? Naturellement nous ne le savions pas. Le lendemain fut utilisé pour les soins corporels, car tous nous avions grand besoin de nous nettoyer. Nous étions méconnaissables avec notre grande barbe hirsute qui n’avait pas été rasée depuis longtemps. Les rasoirs placés dans le sac de chacun ont été perdus lorsque nous les avons déposés pour charger à la baïonnette. 

 

 

                                       Montier_en_Der__1_

 

Le jour suivant, toujours sous un très chaud soleil, les soldats partirent dans la campagne faire de l’exercice comme ils le faisaient lorsqu’ils étaient à la caserne. Déplacement en tirailleurs, avancer par bonds, se coucher, se relever. Ces exercices ne plaisaient guère à ceux qui les avaient exécutés au cours de la campagne, sous les tirs des fusils, des mitrailleuses et même de l’artillerie ennemie. Ils connaissaient aussi les mesures de prudence à utiliser. Tous furent déçus de faire ces exercices. La journée terminée, les soldats rejoignirent leur cantonnement et prirent le repas du soir. Vers 17 h 00, le capitaine fit venir les chefs de section et leur dit : « Je viens de recevoir l’ordre de rassembler la compagnie et de la tenir prête pour 19 h 00. Il faut que vos hommes soient prêts à partir. » 

Les chefs de section prévinrent aussitôt les soldats de préparer leur sac et leur demandèrent d’être prêts pour l’heure fixée.

Tous, très fatigués par les exercices, furent surpris de ce départ précipité et avant la nuit. Beaucoup espéraient se reposer après les exercices exécutés au cours de la matinée.

Le régiment se déplaçait surtout la nuit pour que les colonnes de soldats ne puissent être vues, évitant d’être attaquées par les avions qui n’étaient pourtant pas nombreux à cette époque. A l’heure prescrite, les hommes furent rassemblés dans leur section et la 4e compagnie partit après s’être placée derrière la 2e compagnie.

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                 De_Saint_L_ger_sous_Margerie___la_ferme_d_Orgeval
 

Nous quittions Montier-en-Der pour traverser la Champagne. La nuit ne tarda pas à venir. Au cours de ce déplacement un grand silence régnait et on entendait seulement le bruit des pas produit par les chaussures cloutées qui crissaient sur les cailloux de la chaussée. De temps à autre, nous voyions quelques maisons en bordure de la route, mais nous n’apercevions pas la moindre lumière. Toute la nuit nous avons marché comme des automates pendant 2 où 3 jours. A un moment, au lever du jour, nous avancions en suivant un chemin qui passe au milieu des champs. Nous nous sommes arrêtés à un endroit où sont déposés des tas de cailloux que nous avons utilisés pour nous asseoir. (A suivre...)

 

Références bibliographiques :

Le J.M.O. de la 85e brigade  Série 26 N 520/9 a été utilisé pour la construction de la carte.

La photo illustrant le montage intitulé « Le barbier » provient de ma collection personnelle. Elle est postérieure à septembre 1914.

Site « les Français à Verdun 1916. »

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Un grand merci à M. Bordes, à C. Fombaron, à J. Huret et à G. Monne. 

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17 décembre 2010

Capitaine Adrien Lescure (1874-1914).

                  Montage_capitaine_Lescure

Adrien Joseph Lescure est né le 27 février 1874 à Montauban. Fils de Jean Lescure et de Marie Jeanne Andrieux, il se marie à Castelsarrasin en 1910 avec Marie Grousset. Appelé comme jeune soldat de la classe 1894. Il est élève de la promotion de Tananarive (1895-1897) à l’école militaire de Saint-Cyr. Sous-lieutenant en 1897, il rejoint à sa sortie d’école, le 133e R.I à Belley. Obtenant le grade de lieutenant en 1899, il est muté au 144e R.I. qui se trouve à Bordeaux. En 1908, il suit les cours de l’école de tir du camp du Ruchard.  En 1910, il est en garnison à Blaye, petite ville girondine qui accueille un bataillon du 144e R.I.. Il est nommé capitaine au printemps 1912 au moment de son arrivée au 149e R.I..

Monument_aux_morts_Montauban_capitaine_Lescure Au début de la guerre, il est à la tête de la 1ère compagnie qui est sous les ordres du commandant Pierre de Sury d’Aspremont.Très rapidement,il prend le commandement du 1er bataillon après le décès du commandant de Sury d’Aspremont, qui est tué le 9 août 1914. Il conserve ce poste jusqu’à la date de sa mort, le 10 septembre 1914 vers 14 h 00, par suite de coup de feu à l’ennemi, à Vitry-le-François au camp de Mailly.

 Citation à l’ordre de l’armée :  

Cité à l’ordre n° 44 de la 10e armée en date du 11 janvier 1915.

 « A été mortellement blessé le 10 septembre 1914 à la tête de son bataillon au moment où il le conduisait à l’attaque d’une position ennemie très fortement garnie d’artillerie. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.  

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair, à la famille Adalbert, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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23 décembre 2010

Une "volée de bois vert" sur la 4e compagnie.

                  Une_vol_e_de_bois_vert

 

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Marches de nuit ».

 

Après plusieurs heures de marche et de nombreux arrêts, nos regards se dirigèrent dans le ciel vers l’est. C’est alors que nous aperçûmes des boules de fumée blanche ressemblant à de petits nuages blancs, à une cinquantaine de mètres de haut. Nous avons reconnu ces boules nuageuses lorsque les 77 allemands éclatèrent. 

Ceux-ci montraient que nous nous rapprochions des troupes allemandes et que bientôt le combat allait reprendre.

L’ordre fut alors donné à la troupe d’avancer le long des bosquets de pins et même de passer à l’intérieur afin d’éviter d’être aperçue de l’ennemi. Pour pénétrer dans ces sapinières nous passions entre les arbustes très serrés, nous les écartions avec nos épaules et notre sac à dos, ces pins très flexibles se courbaient sous notre pression et repartaient brusquement comme de gros ressorts en faisant tomber quantité d’aiguilles de pin dans le col de notre chemise, ce qui était très désagréable. A un moment donné, le capitaine Lescure qui surveillait la marche des soldats, exigea que nous soyons alignés à travers les pins. Cette exigence provoqua un incident entre lui et un soldat de la 2e compagnie qui éprouvait bien des difficultés pour circuler à travers ces bosquets, comme tous les autres soldats d’ailleurs. Après avoir cheminé ainsi pendant quelque temps, il y eut une halte, toujours à l’abri des pins. Il faisait chaud et nous avions tous soif. Les soldats furent autorisés à se rendre à l’unique source qui se trouvait pas très éloignée de nous. Mais il fallait se déplacer par petit groupes dispersés. Ils purent alors se désaltérer et rapporter un peu d’eau dans leurs bidons  pour en donner aux camarades restés sur place. Après un long repos, nous avons repris la marche en avant. Nous nous arrêtions souvent. Nous ne parcourions que de petites distances car il fallait être prudents et éviter d’être vus et d’être attaqués par surprise.

  

                 De_la_ferme_d_Orgeval___la_cote_163

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De nouveau, nous entendîmes les éclatements des obus 77 allemands bien en avant de nous. Ce qui laissait prévoir des combats imminents. Le capitaine fit arrêter la compagnie, fit placer les soldats près d’un bosquet pour ne pas être vus et lut l’ordre du jour du Maréchal Joffre. Celui-ci fut écouté très attentivement et accueilli avec gravité, sans cependant trop nous émouvoir, car nous savions tous, qu’il fallait à tout prix arrêter l’envahisseur. Le capitaine Altairac dit alors « Vous connaissez à nouveau votre devoir. Je compte sur vous pour le remplir. » La compagnie se remit ensuite en marche, s’arrêtant souvent et s’abritant le long du bosquet. Nous nous rapprochions du tir effectué par les batteries allemandes. Pour éviter les pertes qui pouvaient être produites par l’artillerie, le capitaine fit placer les quatre sections en forme de losange, distantes l’une de l’autre d’une cinquantaine de mètres. La 1ère  section en tête avec le capitaine Altairac, la 2e à droite, la 3e derrière la 1ère et la 4e à gauche de la 3e. Quand elles furent en place, on leur donna l’ordre d’avancer. A peine en route, le capitaine Lescure à cheval, vint  près de moi et me demanda ce que je faisais là ! Je lui répondis : «  J’exécute les ordres de mon capitaine. » C’est alors que le capitaine Lescure, furieux, je ne sais pas pourquoi, prononça des menaces contre la 4ecompagnie, les gradés et les soldats. Il dit «  Compagnie de c…, compagnie de m…, vous y passerez tous nom de dieu. » Et aussitôt, il partit au galop de son cheval vers le capitaine Altairac. Une vive altercation se produisit entre les deux officiers. Ensuite, la compagnie continua sa marche et la journée fut assez calme. Au bout d’un certain temps, elle s’arrêta. (A suivre…) 

 

Références bibliographiques :

Le J.M.O. de la 85e brigade  Série 26 N 520/9 a été utilisé pour la construction de la carte.

 

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair et à G. Monne.

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29 décembre 2010

Derniers souffles de vie du capitaine Lescure.

                 Colonel_Menvielle

De  nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Une volée de bois vert pour la 4e compagnie ».

Le capitaine et les chefs de sections, en profitèrent pour observer ce qui se passait en avant. On entendait les obus éclater et on voyait les camions allemands qui roulaient sur la route nationale qui va de Nancy vers Paris. Pas très loin de nous, nous avions vu aussi le colonel Menvielle qui observait avec ses jumelles le mouvement des troupes allemandes. Nous étions fort déçus de ne pas entendre notre artillerie tirer sur ces camions, qui se dirigeait vers Paris sans être inquiétés, pas plus par nos canons que par nos mitrailleuses. Nous ne comprenions pas. Nous avons su plus tard que les officiers l’E.M. du C 2 d’artillerie avaient été tués à proximité d’un pont, sur lequel passait la voie ferrée qui conduisait au casernement du camp. Toute la journée, nous sommes restés dans le secteur en attendant les ordres. Le lendemain, nous nous dirigions vers le signal de Sompuis. Nous avancions lentement, prudemment et nous nous arrêtions même souvent, longeant les bosquets de pins pour ne pas être vus.

Le capitaine Lescure, cette fois à pied, vint trouver le capitaine Altairac. Ils parlèrent entre eux, étudièrent probablement la situation dans laquelle nous nous trouvions et décidèrent d’aller de l’avant. Chaque section prit la place désignée et les soldats se déployèrent en tirailleurs. Je fus surpris de voir le chef de bataillon Lescure venir se placer à ma droite et à quelques mètres de moi sur la même ligne. Il donna l’ordre d’avancer et partit en même temps que nous. Nous quittions alors le bosquet de pins derrière lequel nous étions placés pour arriver en terrain découvert.

                  Carte_journ_e_du_10_septembre_1914

 

Après avoir avancé d’une cinquantaine de mètres environ, l’artillerie allemande, qui nous a certainement aperçus tira sur nous et envoya des obus 77 fusants. Le premier éclata juste au-dessus de nous à une hauteur de 40 à 50 m et blessa grièvement le commandant. Quelques secondes après, arriva un deuxième fusant 77 qui éclatacomme le premier, juste au-dessus de nous et blessa mortellement le capitaine Lescure. Aussitôt, mes soldats se couchèrent sur le sol et reculèrent en rampant pour s’abriter et se cacher sous les pins où ils se trouvaient avant le départ. Les infirmiers accoururent pour panser le chef de bataillon, mais celui-ci était mort. Après l’explosion du deuxième obus, l’artillerie allemande cessa de tirer.  

Dès cette accalmie, nous avons cherché à regrouper les soldats de la compagnie, dispersés, cachés, couchés sous les pins. Nous avons trouvé plusieurs blessés dont le sergent-major Sibille, un réserviste qui avait la cuisse presque entièrement percée par une balle de shrapnel. Nous avons trouvé plusieurs tués, Vauthier de Fontenoy-le-Château, Lullier et d’autres dont je ne me rappelle plus les noms. Les infirmiers vinrent aussitôt nous aider à panser les blessures, puisque chaque soldat avait son paquet de pansement. Ceux utilisés étaient peu résistants. Ensuite, nous avons fait l’appel, section par section et aussitôt nous nous sommes mis à la recherche des absents. Après un long repos, et n’entendant plus le canon, le capitaine Altairac et le lieutenant Gérardin, décidèrent que nous allions continuer à marcher dans la direction prévue. Après cet arrêt provoqué par le tir de l’artillerie, les soldats de la compagnie avancèrent très prudemment, lentement, sans prononcer un seul mot. 

Ils s’arrêtèrent à l’endroit fixé. Les quatre sections se placèrent, la première face à l’est dans la sapinière, la deuxième face au sud, la troisième face à l’ouest et la quatrième, la mienne, face au nord-est, à la lisière du bosquet de pins. Tous les soldats étaient couchés, déployés en tirailleurs, observant bien le terrain devant eux, prêts à tirer au premier signal. Il commençait à faire nuit et le capitaine a recommandé de bien surveiller et de ne pas nous laisser surprendre par l’ennemi. Peu après, j’aperçois des ombres qui sortent d’un bosquet à quelques centaines de mètres de nous. Je préviens alors mes soldats de ne pas tirer car, je vais reconnaître quelle est cette patrouille. Je sors du bosquet et avec mes jumelles, je reconnais les chasseurs à pied. Je leur fais signe en agitant les bras. Dès qu’ils m’aperçoivent, ils viennent nous trouver et je les conduitsau capitaine. Il les interroge. Les soldats donnent des précisions, sur l’endroit où ils se trouvent, et disent qu’ils viennent se mettre en liaison avec nous. Ensuite ils vont retrouver leur bataillon. (A suivre...)

 

Sources :

Les J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 et du 158e R.I., sous-série 26 N 700/10  ont  été consultés  pour la construction de la carte.

Le portrait du colonel Menvielle provient du tableau d’honneur de la guerre 1914-1918, publié par la revue « illustration ».

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Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à G. Monne.

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05 janvier 2011

Une déclaration amoureuse.

               Auguste_Saetler

Essayons ici de redonner un peu de « vie » à une vieille carte postale qui sommeillait dans le tiroir de l’oubli… Deux chasseurs du 21e B.C.P. et un fantassin du 149e R.I. sont représentés sur la photographie.

 

 Au dos de la carte, un certain Auguste Saetler déclare sa « flamme » à une dénommée Jeanne, habitante de la commune de Châtel-sur-Moselle. 

                                     

Châtel le 6 septembre 1907

Ma chère Jeanne,

Je viens vous faire bien sincèrement l’aveu des sentiments que vous m’avez inspirés. Depuis le moment    j’ai eu le bonheur de vous rencontrer, je me suis senti attiré vers vous et j’ai compris que vous seule pouviez faire mon bonheur. À mesure que j’ai eu l’occasion de juger de votre caractère et d’apprécier vos charmantes qualités, mon affection pour vous s’est accrue. Aujourd’hui, ma chère Jeanne, je ne puis plus résister au sentiment impérieux qui me domine. Je vous aime et j’ai compris tout ce que vous pouviez offrir. Félicité à moi si vous daignez partager votre sort au mien. J’ose vous proposer d’être près de moi, je vous aime jusqu’à la mort. Si vous voulez bien agréer l’offre de ma cour, veuillez vous trouver à côté de la gendarmerie samedi soir à 7 heures et demie. Je m’y rendrai de mon côté. Croyez, ma chère Jeanne à mon plus profond respect.

                                                                                                                                     Auguste Saetler.

Plusieurs questions se posent… Des trois soldats représentés sur la photo, lequel est Auguste Saetler ? Hélas, je ne connais pas la réponse. Est-ce que Jeanne est venue au rendez-vous fixé ?

Après de nombreuses recherches, voici quelques informations complémentaires qui pourraient bien confirmer la présence de Jeanne à ce rendez-vous…

Le 21 avril 1908, un certain Auguste Saetler épouse une dénommée Jeanne Renaud dans la commune de Châtel-sur-Moselle… Les signatures d’Auguste apposées sur l’acte de mariage et sur la carte postale sont vraiment très ressemblantes.

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               Auguste_Saetler

 

Auguste Saetler est né le 29 janvier 1883 à Kogenheim, petite ville du Bas-Rhin. Fils de Georges et de Catherine Zuber, il se retrouve orphelin de mère dès l’âge de 13 mois.

Engagé volontaire de la classe 1914, il est immatriculé sous le n° 2673 au recrutement d’Épinal. En 1918, Auguste est soldat sapeur pionnier au 149e R.I. dans la compagnie hors rang.Il décède des suites de ses blessures le 22 juillet 1918 à l’hôpital d’évacuation d’Auves, commune qui se trouve dans le département de la Marne.

Il a été décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec palme. 

Alsacien, Auguste Saetler utilise un nom d’emprunt durant tout son parcours de guerre. Optant pour le nom de famille de son épouse, il combattra sous le nom d’Auguste Renaud. Le nom d’emprunt était parfois utilisé comme mesure de protection en cas de capture par l’armée allemande. Voici quelques éléments d’informations concernant les Alsaciens-Lorrains qui proviennent du livre écrit par le lieutenant-colonel Albert Carré « Les engagés volontaires Alsaciens-Lorrains pendant la guerre » :

Les_engag_s_volontaires001« Une loi relative à l’admission des Alsaciens-Lorrains dans l’armée française est votée le 5 août 1914. En voici l’énoncé :

Article premier : Les Alsaciens-Lorrains qui contractent pendant le cours de la guerre un engagement volontaire au titre d’un régiment étranger recouvrent sur leur demande et après la signature de leur acte d’engagement, la nationalité française. Ils peuvent en conséquence, être incorporés, après l’accomplissement de cette formalité, dans un corps quelconque de l’armée, s’ils remplissent les conditions d’aptitude exigées pour l’arme dont ce corps fait partie.

Article deux : Le bénéfice des dispositions de l’article précédent est également applicable aux Alsaciens-Lorrains servant dans les régiments étrangers, au moment de la déclaration de guerre, qui en feront la demande.

Dix-sept mille six cent cinquante Alsaciens-Lorrains se sont engagés volontairement pour porter l’uniforme français. Les uns (environ 16000), rejoignirent avant d’être mobilisés, les autres se rendirent sous l’uniforme allemand. Sur un nombre de 25580 prisonniers de guerre, 1650 demandèrent à combattre sous le drapeau français. »

 

Pour appuyer la thèse de la dangerosité pour les Alsaciens-Lorrains de combattre sous l’uniforme français en cas de capture par les Allemands, voici deux documents provenant du Service Historique de la Défense de Vincennes. Ils sont enregistrés sous les cotes 19 N 1157 et 19 N 15 (un grand merci à Éric Mansuy).

 

 

                                                                                                                                    

MINISTERE DE LA GUERRE

Direction de l’infanterie

2e bureau

RECRUTEMENT

Nº 6677 2/1

 

Confidentiel

Paris, le 23 mars 1915

LE MINISTRE DE LA GUERRE

À Monsieur le Général Commandant en chef

Grand Quartier Général

 

Il m’a été rendu compte que certains commandants de recrutement croient devoir faire marquer A.L., les livrets militaires destinés aux Alsaciens-Lorrains engagés volontaires servant aux armées.

Cette façon de procéder,  qui aurait pour effet de désigner les intéressés à l’attention des Allemands au cas où ils seraient faits prisonniers, va à l’encontre du but poursuivi par la dépêche du 24 février 1915 n° 4375 2/1. Or, il importe au plus haut point que l’Alsacien-Lorrain titulaire d’un livret, comportant un état civil d’emprunt, ne puisse d’aucune façon être signalé ou reconnu.

C’est pourquoi, outre les mesures déjà prescrites à ce sujet par la dépêche du 1er mars n° 4708 2/1, il est nécessaire dans ce sens de compléter toutes les pages du livret par des indications correspondant à l’âge des intéressés et à la situation au point de vue du recrutement qu’ils pourraient avoir s’ils avaient été soumis, avant leur engagement aux lois françaises, soit comme engagés, exemptés ou réformés.

En résumé, toutes les indications se rapportant à la situation militaire fictive des intéressés doivent être inscrites sur le livret afin de donner à ce document un aspect d’authenticité indéniable.

D’un autre côté, je suis informé que certains commandants de recrutement laissent entendre que l’Alsacien- Lorrain qui s’engage dans la Légion étrangère doit attendre, pour être versé dans un régiment français, le résultat de la procédure de naturalisation suivie au Ministère de la Justice. Cette manière de voir est une interprétation erronée de la loi du 5 août 1914. En effet, l’article 1er de cette loi spécifie que, du fait de son engagement, l’Alsacien-Lorrain réintègre la qualité de français et peut être versé dans un corps français. Dès lors, l’engagé doit être immédiatement versé dans un corps du service ordinaire s’il en fait la demande aussitôt après la signature de son engagement. Comme conséquence de ces dispositions, les Alsaciens-Lorrains qui auraient été maintenus à la Légion étrangère, bien qu’ayant manifesté le désir d’être admis à servir dans des corps français lors de la signature de leur engagement, devront être versés sur leur demande dans ces corps conformément aux prescriptions du 4e alinéa de la dépêche du 24 février 1915 précitée.

J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien donner des instructions en ce sens.

Pour le ministre, et par son ordre,

Le Colonel  directeur de l’Infanterie,

E. MARGOT.

…….

Le Président du Conseil, Ministre de la Guerre,

Monsieur le Général commandant la … ème  Région.

La dépêche confidentielle n° 4375 2/1 du 24 février 1915 (8e alinéa), spécifie que le bureau de recrutement qui a immatriculé les engagés Alsaciens-Lorrains doit seul posséder leur véritable état civil.

D’un autre côté, la dépêche confidentielle n° 7870 2/1 du 8 avril suivant, rappelle cette disposition et indique que les unités, auxquelles les Alsaciens-Lorrains sont affectés, ne doivent connaître ni le vrai nom de ces derniers, ni leur véritable lieu d’origine, ni l’adresse de leurs parents restés en Alsace-Lorraine.

Or, il est rendu compte que, dans maintes circonstances, l’application de ces dispositions a donné lieu à des erreurs.

Pour remédier aux inconvénients signalés je décide que les livrets matricules véritables des Alsaciens-Lorrains servant dans l’armée française seront désormais confiés aux chefs de corps. Cette opération s’effectuera de la façon suivante :

Les commandants  des dépôts et les commandants des corps en campagne feront rechercher discrètement, dans les unités sous leurs ordres, les  Alsaciens-Lorrains qui servent sous un état civil d’emprunt.

Chaque chef de corps en campagne adressera la liste des Alsaciens-Lorrains au commandant du dépôt. Ce dernier établira une liste complète de tous les Alsaciens-Lorrains qui servent au régiment, soit au dépôt, soit aux armée, et au moyen de cette liste réclamera les livrets matricules des militaires dont il s’agit aux commandants des bureaux de recrutement intéressés qui leur fera parvenir.

Le commandant de dépôt enverra ensuite au chef de corps en campagne les livrets matricules qui devront être conservés par l’officier payeur du régiment, lequel ne devra en aucun cas s’en dessaisir.

Je vous prie de donner des instructions pour assurer l’exécution de cette décision.

Pour le président du Conseil, Ministre de la Guerre, et par son ordre,

Le Général directeur d’infanterie.

Signé : COTTEZ


Le 29 janvier 1918, le général Cottez précisait que dans le cas des régiments d’artillerie en campagne, lesquels n’avaient pas d’officier payeur, les régiments d’artillerie lourde, dont les diverses composantes étaient disséminées sur le front, et en général toutes les unités en campagne n’ayant pas d’officier payeur, les livrets matricules véritables des Alsaciens-Lorrains seraient conservés par les commandants des dépôts.

Sur la transcription de l’acte de décès d’Auguste Renaud datant du 17 décembre 1919, qui a été envoyée à la commune de Châtel-sur-Moselle, peut être lue la mention rectificative suivante :

Loi du 18 avril 1918 : L’acte ci-contre concernant un alsacien-lorrain a été établi sous un état civil d’emprunt. Le soldat Saetler, prénommé Auguste, né à Kogenheim (Bas-Rhin) le vingt-neuf janvier mille huit cent quatre-vingt-trois, domicilié en dernier lieu à Châtel-sur-Moselle, fils de Georges et de Catherine Zuber, était époux de Jeanne Félicité Paule Renaud domiciliée à Châtel. Paris, le trois novembre mille neuf cent dix-neuf.

 

Auguste Saetler n’est pas enterré dans le petit carré militaire du cimetière communal d’Auves, lieu de son décès. À ce jour, je ne suis pas parvenu à retrouver l’endroit où il repose.

Source : « Les engagés volontaires Alsaciens-Lorrains pendant la guerre », du lieutenant-colonel Albert Carré, aux éditions E. Flammarion.

Les lettres du colonel E. Margot et du général  Cottez proviennent du S.H.D.. Elles sont enregistrées sous les cotes 19 N 1157 et 19 N 15.

Un grand merci à M. Bordes, à J.M. Bolmont, à Éric Mansuy et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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12 janvier 2011

Méprise et confusion.

                  Sommesous

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Derniers souffles de vie du capitaine Lescure ». 

 

Ma section n’avait donc plus à surveiller dans cette direction, puisqu’il y avait des troupes françaises, et elle fut placée en réserve. Comme il faisait nuit, les soldats se reposèrent, se couchèrent sur les brindilles et attendirent. 

 La nuit était calme et nous n’entendions ni le canon, ni les mitrailleuses, ni les coups de fusil. Après un long repos, le capitaine donna l’ordre d’avancer vers la voie ferrée qui conduit aux bâtiments militaires du camp de Mailly. Arrivés à l’endroit désigné nous nous sommes arrêtés et nous avons écouté. C’était le grand calme. Le capitaine demanda d’envoyer une patrouille. Elle suivra la voie ferrée et trouvera un passage à niveau. Elle ira jusque- là et essaiera de traverser la voie ferrée à cet endroit, ensuite elle reviendra. Je désignai le caporal Bourdelon, un gars du midi, très débrouillard et très courageux. Il choisit ses hommes et il partit accomplir sa mission. Toute la compagnie était en file indienne sur le sentier qui suivait la voie ferrée. Nous écoutions très attentivement s’il y avait des bruits de pas et si on entendait des coups de fusils. Tout était très calme. La patrouille revint. Le caporal rendit compte de sa mission au capitaine : « Nous avons suivi la voie ferrée, nous sommes passés de l’autre côté du passage à niveau et nous n’avons rien vu, rien entendu.  

Après ces renseignements, le capitaine donna l’ordre d’avancer. Il marcha le premier, moi derrière lui et les soldats, à la file indienne sur le sentier qui se trouvait du côté gauche le long de la voie, la forêt à droite.

Après avoir marché sur une longueur de quelques centaines de mètres, nous sommes accueillis par une violente fusillade. Les coups de fusils produisaient une pétarade infernale ainsi que les flammes qui sortaient des canons des fusils  très visibles la nuit. Aussitôt, nous nous déployons en tirailleurs dans la forêt et non sur la voie ferrée et nous ripostons, nous ne pouvions pas nous dégager. Tout à coup quelqu’un à crié : «  C’est le 149e » et un autre à dit : « C’est le 158e. » Ces deux régiments formaient la même brigade. Il n’y eut heureusement pas de victimes.  Cette fusillade n’a pas été déclenchée par les Allemands comme nous l’avions cru, mais par les soldats du 158e R.I.. Cette méprise a été provoquée par manque de liaison. Le cessez-le-feu fut aussitôt arrêté. La troupe resta sur place, à proximité du passage à niveau et y passa la nuit. Celle-ci fut calme.  

                  De_la_cote_200___Sommesous

 

Le lendemain, 11 septembre, de très bonne heure, à l’aube nous avons repris la marche en avant. Très prudemment, nous traversons la voie ferrée au passage à niveau. Et peu après nous quittons le camp de Mailly. Nous arrivons dans la campagne sans qu’un coup de fusil ait été tiré. A notre grande surprise, nous avons appris que les Allemands étaient partis et battaient en retraite. Nous avançons vers Sommesous. Nous traversons le village et le carrefour, aujourd’hui très dangereux pour les automobilistes, ces deux routes nationales se croisent, l’un venant de Vitry-le-François-Paris, l’autre de Troyes-Châlons-sur-Marne. Il faisait très chaud, mais nous étions heureux d’apprendre que les Allemands avaient été obligés de partir, de battre en retraite. Malgré les longues marches effectuées pour se rendre au camp de Mailly, nous avancions sans sentir la fatigue. Cette retraite allemande nous a donné beaucoup de courage. Nous ne comprenions pas que les Allemands aient abandonné le camp sans combattre.

 

Sources :

Les J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 et du 158e R.I., sous-série 26 N 700/10 ont été consultés pour la construction de la carte.

 

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne. 

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19 janvier 2011

Arrivée à Suippes.

                 Suippes_carte_postale

De nouveau un grand merci au docteur Gilbert Monne. Suite du témoignage Paul Monne intitulé « Méprise et confusion. »

Après Sommesous, nous nous sommes dirigés vers Fontaine-sur-Coole puis Vitry-la-Ville. A la nuit tombante, nous sommes arrivés dans la campagne et suivons un chemin très large. Nous nous arrêtons. Au bout de dix minutes à un quart d’heure, nous sommes toujours là et sans recevoir d’ordre. Je demande au capitaine se qui se passe. Il ne sait pas. Les soldats commencent à s’asseoir sur le sol, puis à se coucher par terre. Au bout de plusieurs heures, nous sommes toujours au même endroit. Enfin, nous reprenons la marche en avant sans avoir su ce qui était arrivé.

                 De_Sommesous___Vitry_la_Ville 

Ce n’est que bien longtemps après que nous avons appris que les Allemands avaient fait sauter le pont sur la Marne et le canal, que celui-ci n’étant pas réparé, nous ne pouvions avancer. C’est pour cette raison que le général Legrand, commandant le 21e C.A. d’Epinal, a été relevé de ses fonctions. Pendant ce temps, les Allemands, battant en retraite, pouvaient reculer sans que leurs De_Vitry_la_Ville___Marsonarrière-gardes soient inquiétées, poursuivies par les Français. Dès que les ponts furent reconstruits par le génie, nous avons repris notre marche en avant. Nous avons alors traversé des villages incendiés et les hautes flammes éclairaient au loin, ce qui laissait supposer que nous approchions des Allemands. Nous marchions sans arrêt, de nuit comme de jour. Après une période de beau temps, nous fûmes surpris par un violent orage. Une pluie diluvienne se mit à tomber et nous étions trempés comme des canards. Nous avancions plus difficilement, car la capote trempée était devenue bien lourde. La chemise collée sur notre dos. Arrivés dans un groupe de maisons en pleine campagne, le capitaine annonça une longue pause. C’est alors que tous logèrent dans les granges, se couchèrent sur la paille, satisfaits de se reposer, malgré l’eau des vêtements mouillés qui coulait le long des jambes.  

 

De_Marson___Bussy_le_Ch_teauLe matin, au réveil, il ne pleuvait plus. Le capitaine fit rassembler les soldats de la compagnie devant la ferme. Dès que tout le monde fut prêt, elle partit dans la direction de Suippes, en passant dans les environs de Marson et de Bussy-le-Château. Au cours de cette avance, il y eut plusieurs arrêts avec quelques fusillades et très peu de pertes. La compagnie, sous un chaud soleil, arriva à Suippes le 13 septembre dans la matinée. Elle cantonna dans les environs de la gare pas très éloignée des magasins d’alimentation. Nous avons constaté avec surprise qu’ils n’avaient pas été pillés par les Allemands. Malheureusement, il n’y avait rien à manger. C’est cela qui était l’essentiel, le plus important, nous ne pouvions ouvrir les boîtes de conserves. Un long arrêt était prévu, chaque section, chaque escouade, envoya des soldats dans le bourg, à la recherche de ravitaillement. Ils ne trouvèrent rien à manger, mais il y avait du vin dans les caves de marchands de gros. Ils en rapportèrent dans les seaux en toile que nous utilisions à cette époque. Ce vin fit bien plaisir. La journée se passa avec une sieste bien utile et un ravitaillement bien réconfortant. Un peu avant la nuit, le capitaine rassembla la compagnie et nous dit que nous allions avancer dans la direction de Souain, puis de Somme-Py. (A suivre…)

                  De_Bussy_le_Ch_teau___Suippes  

Sources :

Le J.M.O. de la 85e brigade, série 26 N 520/9 a été consulté pour la construction des cartes.

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne.   

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