29 décembre 2017

Joseph Marie Robert Mouren (1880-1917).

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Joseph Marie Robert Mouren est né à Marseille en 1880. Il voit le jour le 30 décembre, au 40 de la rue Nicolas, dans la maison parentale.

Joseph, son père, âgé de 35 ans, est un négociant en grain et farine. Son bureau de travail est placé à quelques pas de l’habitation familiale. Sa mère, Marie Suzanne Brunet, est une jeune femme de 21 ans qui s’occupe du foyer.

La fiche signalétique et des services de Robert Mouren nous indique qu’il est étudiant avec un degré d’instruction de niveau 3. Mais quel type d’enseignement a-t-il pu suivre ? La réponse à cette question reste inconnue. Malheureusement pour nous, nous n’en saurons pas davantage sur la période de sa vie qui est située entre la fin de sa scolarité et son engagement dans l’armée.

Le 18 juillet 1899, cet homme se rend à la mairie de Marseille pour y signer un contrat de 4 ans avec l’armée. Robert n’a pas encore fêté ses 19 ans.

Deux jours plus tard, il est à Montpellier. Le jeune Mouren a franchi le portail de la caserne des Minimes pour y intégrer une des compagnies du 122e R.I.. Sa formation de soldat peut commencer.

Nommé caporal le 24 juillet 1899, puis sergent le 23 juillet 1900, tout semble se dérouler pour le mieux dans cette carrière militaire. Pourtant, Robert Mouren passe dans la réserve de l’armée active dès le 18 février 1903, date correspondant à la fin de ses quatre années de contrat. Qu’est-ce qui a pu motiver cette décision ? Une hypothèse parmi tant d’autres : peut-être que le sergent Mouren a tout simplement été déçu par la monotonie de la vie de caserne.

De retour à l’activité civile, il se retire dans la cité phocéenne, au 29 de la rue Corderie, avec son certificat de bonne conduite en main. Plus tard, il quitte le littoral méditerranéen pour venir s'installer à Bordeaux.

Le 16 juillet 1907, il épouse Anna Salvai, une Italienne âgée de 27 ans, originaire de Barge, une petite ville piémontaise. Robert Mouren travaille comme employé de commerce. Le couple est installé dans un petit appartement bordelais au 13 rue Lalande. Un fils, prénommé Gabriel Joseph Robert, naît le 31 juillet 1910.

Le 11 octobre 1912, Robert Mouren est en âge de passer dans l’armée territoriale ; il reste rattaché militairement au département des Bouches-du-Rhône.

C’est comme sergent du 115e R.I.T. qu’il commence la campagne contre l’Allemagne. Rappelé par ordre de mobilisation du 2 août 1914, il fait ses retrouvailles avec Marseille, ville qu’il quitte, quatre jours plus tard, revêtu de son uniforme de sous-officier de territoriale. Avec son régiment, il séjourne dans un premier temps à Nice, puis dans la région de Dijon.

Très éloigné du front, il n’a aucun contact direct avec l’ennemi. L’Italie ayant officiellement annoncé sa neutralité dans le conflit, les troupes désignées pour la protection de sa frontière avec la France peuvent être utilisées autrement.

Les terribles pertes du mois d’août et du début de septembre 1914  réclament d‘être compensées, au besoin, par les plus jeunes classes de l’armée territoriale.

Le 20 septembre 1914, une nouvelle affectation l’attend. Il fait partie d’un contingent de 400 soldats qui a été ponctionné dans les effectifs du 3e bataillon du 115e R.I.T.. Ce groupe doit rejoindre la fraction du dépôt du 149e R.I. qui se trouve à Langres. À cette époque de l’année, les 25e, 26e, 27e et 28e compagnies de ce régiment cantonnent à Rolampont, une petite commune haut-marnaise proche du dépôt.

La date de l’arrivée de Robert Mouren dans la zone des combats n’est pas connue, mais grâce à l’intitulé de sa première citation à l’ordre du régiment, nous apprenons qu’il est en première ligne lorsque les Allemands lancent leur offensive du 3 mars 1915 dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette, en Artois.

Le sergent Mouren est nommé adjudant le 6 juin 1915. Ces galons de sous-officier ne resteront pas très longtemps cousus à sa vareuse. En effet, il devient sous-lieutenant de réserve à titre temporaire dès le 30 juin. Robert Mouren prend aussitôt le commandement d’une section de la 9e compagnie du 149e R.I..

Cet officier, âgé de 34 ans, participe à tous les combats menés par le régiment, dans le secteur de l’Artois, entre le mois de mai et le mois de septembre 1915. Durant cette période tumultueuse pour les effectifs du régiment spinalien, il semble s’en être sorti sans aucune égratignure.

Toujours bien noté par ses supérieurs, le lieutenant-colonel Gauthié est le premier à l’évaluer. Le 6 janvier 1916, il écrit ceci : « Excellent chef de section provenant des sous-officiers de territoriale, belle attitude au feu (2 citations). Peut commander une compagnie, mais préfère rester chef de section.»

Le 1er avril 1916, le sous-lieutenant Mouren frôle la mort. Son régiment est engagé dans la bataille de Verdun depuis plusieurs semaines. Le 3e bataillon, sous les ordres du capitaine de Chomereau de Saint-André, est remonté en 1ère ligne, la veille, pour occuper le secteur du fort de Vaux. Très chanceux, il n’est, en fait, qu’enseveli suite à l’explosion d’un obus allemand qui est tombé à proximité.

Pour en savoir plus sur cette période, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_1_journee_du_1er_avril_1916

Le 149e R.I. quitte la région de Verdun mi-avril. Un bref moment de repos l’attend à Landrecourt. Le régiment prend ensuite la direction de la Champagne pour venir s’installer dans un secteur situé entre les buttes de Tahure et celles de Mesnil, près des Deux-Mamelles. À cette époque de la guerre, c’est une zone de combat plutôt calme, qui n’est pas sollicitée pour des offensives de grande ampleur.

C’est au cours de cette période d’accalmie relative que le sous-lieutenant Mouren va pouvoir aller suivre la 5e série du cours des commandants de compagnies au centre d’instruction du 21e C.A,. entre le 12 juin et le 1er juillet 1916.

Il bénéficie ensuite d’une permission de dix jours qui débute le 11 juillet.

De retour dans la zone des armées, cet officier affine ses connaissances théoriques en enchaînant une formation de fusilier-mitrailleur qui se déroule au centre d’instruction de Châlon, du 9 au 10 août 1916.

Il retrouve son régiment à la fin de cette brève période de cours.

Sous_lieutenant_Mouren__Somme_1916

Le sous-lieutenant Mouren participe ensuite à la bataille de la Somme. Début septembre 1916, le 149e R.I. est engagé dans le secteur de Soyécourt. Le 6 septembre, Robert Mouren prend spontanément la tête de sa compagnie, suite à la blessure de son capitaine qui ne peut plus en assurer le commandement pour la mener au combat.

Robert Mouren est nommé au grade de lieutenant à titre temporaire le 7 octobre 1916.

Après cette période mouvementée, il bénéficie, pour la seconde fois, d’une permission allant du 10 au 21 novembre 1916.

Le 15 décembre, il est blessé accidentellement. Évacué vers l’arrière, il est en traitement à l’hôpital de Beauvais du 16 décembre 1916 au 8 janvier 1917.

Le 23 décembre 1916, c’est au tour du lieutenant-colonel Pineau de rédiger un petit texte sur les valeurs combattantes de cet officier : « A commandé sa compagnie pendant les attaques de septembre dans des conditions difficiles. S’est admirablement comporté en toutes circonstances, notamment le 6 septembre. A été cité pour son esprit de décision et sa belle conduite. »

En convalescence du 9 janvier au 3 février 1917. Son état de santé reste fragile. Il est affecté au D.D. 43 à partir du 12 février.

Robert Mouren est de nouveau en permission du 16 au 28 mai inclus.

Le journal officiel du 19 juin 1917 nous apprend qu’il est nommé à titre définitif dans ce grade suite à un décret émanant du président de la République datant du 15 juin 1917.

Il fait un stage de fusil R.S.C. de la VIe armée du 30 juillet au 5 août.

Le 22 août 1917, le lieutenant Mouren prend le commandement de la 3e compagnie du 149e R.I..

Pour la troisième fois, il est en permission du 24 août au 4 septembre 1917. Ce fut la dernière.

Le 29 septembre 1917, le colonel Boigues,qui commande le 149e R.I. depuis le mois de mai, consigne ceci dans le feuillet individuel de campagne de cet officier : « Vient du C.I.D. où il s’était fait apprécier par ses qualités réelles de commandement. Énergique et très actif, paraît devoir très bien faire. »

Le lieutenant Mouren est toujours à la tête de la 3e compagnie lorsqu’il est tué le 23 octobre 1917, touché par un éclat d’obus qui se fixe dans le thorax.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés le 23 octobre 1917, durant les combats de la Malmaison, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_149e_R

Robert Mouren est inhumé au cimetière militaire de Condé-sur-Aisne dans une tombe qui porte le n° 312.

Le corps de cet officier est exhumé le 9 octobre 1923. Sous la surveillance d’un adjudicataire et de l’adjudant R. Aupy, il est transféré dans le carré D du cimetière national de Vauxbuin placé dans une nouvelle sépulture numérotée 955.

Sepulture_lieutenant_Mouren

Le grade inscrit sur la plaque qui est fixée sur sa croix est erroné. Il est écrit sergent au lieu de lieutenant.

Citations obtenues :

Cité à l’ordre du régiment n° 46 datant du 22/04/1915 :

« A fait preuve du plus beau courage en entraînant sa section pour une contre-attaque en avant des tranchées sous des feux convergents extrêmement violents d’artillerie et de mitrailleuses au combat du 3 mars devant Noulette.»

Cité à l’ordre de la brigade n° 7 du 22/05/1915 :

« A fait preuve d’un sang froid, d’une énergie et d’une bravoure au-dessus de tout éloge dans l’attaque des pentes de Notre-Dame-de-Lorette le 9 mai 1915. »

Citation à l’ordre du 21e C.A. n° 286 en date du 12/09/1916 :

« Son capitaine ayant été blessé grièvement au cours de l’attaque du 6 septembre 1916, a pris spontanément le commandement de sa compagnie qu’il a entraînée à l’assaut de la position ennemie, s’était fait remarquer aux attaques des 4 et 5, par son audace et sa brillante conduite. Déjà cité 3 fois.»

Citation à l’ordre de l’armée (publication dans le J.O. du 17 janvier 1918) :

« Belle figure d’officier, animé du plus grand esprit de sacrifice, ayant pris part à toutes les affaires du régiment depuis le début de la campagne, se couvrant de gloire et servant de modèle à tous. Tué à l’attaque du 23 octobre 1917, alors qu’attaquant sur le parapet de la tranchée, il se lançait en avant. 4 citations.»

Cet officier a été fait chevalier de la Légion d'honneur à titre pothume (publication dans le J.O. du 17 octobre 1919).

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Le nom de Robert Mouren est gravé et peint en lettres couleur or sur le monument aux morts de Bordeaux. Ville où il vivait, avec son épouse, avant le début du conflit.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Fiche signalétique et des services provenant du site des archives départementales des Bouches-du-Rhône.

Actes d'état civil lus sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône et de la Gironde.

La photographie de la sépulture du lieutenant Mourens a été réalisée par J. Baptiste.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Baptiste, à A. Carrobi, à J. Huret,  à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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05 janvier 2018

Nettoyeurs de tranchées ou nettoyeurs de creutes pour le 149e R.I. ?

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Le sol calcaire de la région du Soissonnais a  permis aux Allemands de creuser de nombreuses creutes qui peuvent s’avérer extrêmement dangereuses en cas d’offensives françaises. Ce terme de creute désigne des carrières souterraines en Picardie et, plus particulièrement, situées le long du chemin des Dames.

En effet, des bataillons entiers ennemis peuvent y être confinés, attendant simplement l’ordre d’intervenir en cas de besoin. Il faut donc éviter les menaces dues aux éventuelles attaques par l’arrière, qui pourraient être lancées par cet ennemi invisible.  

Ces troupes peuvent, à tout moment, sortir des creutes à l’improviste comme cela s’est déjà produit au cours des combats antérieurs, durant la conquête du Chemin des Dames.

Conscient des risques que constituent ces creutes, l’état-major en conclut qu’il est impératif de former des détachements de nettoyeurs. Ces hommes ont la charge de pénétrer à l’intérieur des creutes durant les combats, pour y neutraliser les troupes allemandes qui s’y trouvent.

Durant la préparation méticuleuse qui doit déboucher sur la bataille de la Malmaison,  sur le chemin des Dames, une étude approfondie est menée par l’état-major de la 38e D.I..

Une instruction est publiée dès la fin du mois d'août 1917. Les éléments des divisions destinées à ces opérations doivent s’entraîner sur des terrains semblables à ceux de leurs futures interventions.

Ces conditions sont essentielles à la bonne marche des opérations à venir. Rien ne doit les entraver sous peine de renouveler les échecs du mois d’avril.

Les détachements sont de deux sortes :

Les premiers sont composés de petites fractions faisant partie intégrante des vagues d’assauts. Ils constituent plus spécifiquement les « nettoyeurs de tranchées ».

Les seconds, plus importants numériquement, sont dotés de moyens puissants. Ils peuvent être composés d’un ou plusieurs bataillons. Ceux-ci sont chargés de faire soit un véritable siège, soit de pénétrer à l’intérieur pour s’emparer des grandes creutes ou des grandes carrières. Ils ont pour mission de contenir les réserves ennemies importantes qui s’y trouvent. Ce sont les bataillons de creutes.

Les premiers, comme les seconds détachements, ont pour mission essentielle d’assurer la sécurité matérielle et la tranquillité morale aux bataillons d’assaut qui marchent vers leur objectif.

Les nettoyeurs de tranchées 

Les nettoyeurs font partie des vagues d’assaut. Celles-ci sont constituées par de petites unités allant de l’escouade à la section.

Ces soldats sont équipés et outillés en fonction de leur mission ; ils nettoient les tranchées et les abris qui peuvent former des nids de résistance ennemie sur le passage des vagues.

Il est nécessaire que ces groupes de nettoyeurs soient prévus dans toutes les vagues, de façon à  pouvoir constituer des réserves successives qui seront appliquées sur les abris rencontrés au fur et à mesure de la progression de ces vagues.

Les nettoyeurs sont équipés de brownings, de couteaux de tranchées, de dix grenades asphyxiantes ou incendiaires et de deux grenades ordinaires. Ils conservent leurs fusils, de manière à pouvoir coopérer à la défense des positions conquises, ou participer à de nouvelles attaques une fois leur mission spéciale terminée.

Les bataillons d’attaque des creutes

Les bataillons chargés d’attaquer les creutes sont constitués à partir d’unités qui dépendent des divisions d’attaques.Ces unités marchent dans le sillage des bataillons d’attaques. Commandées par des chefs énergiques, elles sont investies d’une mission spéciale nettement définie dont elles ne devront être détournées sous aucun prétexte.

Le rôle dévolu à ces bataillons est de bloquer les creutes. Les unités d’attaque disposent de fractions de compagnies Schilt et de compagnies Z. Chaque ouverture, en particulier les cheminées d’aération, est utilisée pour y jeter des liquides enflammés, des explosifs, des engins incendiaires ou asphyxiants.

Les nettoyeurs du 149e R.I. 

Concernant la bataille de la Malmaison, la documentation trouvée jusqu’à maintenant est peu détaillée sur le sujet. Elle ne permet pas, pour l’instant, de se faire une idée exacte de la composition des troupes qui sont chargées d’effectuer ces missions au niveau de l’ I.D. 43.

Tout ce que nous savons de manière sûre c’est que les nettoyeurs nécessaires au 1er bataillon du 149e R.I. pour mener leur attaque sur le 1er objectif sont fournis par le 2e bataillon du régiment.

Un témoignage laissé par le commandant de Chomereau de Saint-André nous apprend que c’est la 5e compagnie du 149e R.I. qui a été désignée pour effectuer cette tâche.

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Cette unité, qui est commandée par le lieutenant Auvert, est intercalée entre les compagnies de tête et la compagnie de soutien. Un brassard distinctif est distribué à chacun des nettoyeurs.

Le manque de précisions dans le texte laissé par le commandant du 1er bataillon du 149e R.I., et le sens à donner au terme de « nettoyage » fait qu’il est impossible de savoir si la 5e est une compagnie destinée au nettoyage des tranchées, ou une compagnie qui fait partie intégrante d’un bataillon d’attaque de creutes.

Une fois la besogne accomplie, les hommes de la 5e compagnie sont rendus à leur bataillon. De nouveau sous l’autorité du commandant Schalck, cette compagnie ne semble pas avoir participé à l’attaque sur le 2e objectif.

Une compagnie du 158e R.I. a également été nommée pour assumer le même rôle. Pour les 1er et 31e B.C.P., c’est un petit peu plus compliqué. Il existe un groupement de chasseurs, pour chacun d’entre eux. Deux sections Schilt et deux sections Z ont été mises à la disposition du colonel Guy, commandant l’I.D. 43. Celles-ci sont affectées aux B.C.P. pour le nettoyage des creutes, ce qui ne semble pas être le cas pour les 158e R.I. et 149e R.I..

La photographie suivante représente les hommes affectés à la liaison de la 5e compagnie du 149e R.I..

Liaison_5e_compagnie_du_149e_R

Il n'y a pas d’information détaillée sur le bilan des opérations du 149e R.I. durant l’attaque de la Malmaison. Le rôle effectif de ces missions n’est même pas évoqué.

Le sujet est modestement abordé dans un témoignage laissé par le sous-lieutenant Doucher de la 9e compagnie. Voici ce qu’il écrit concernant les nettoyeurs de tranchées :

« L’artillerie ennemie est nourrie. Ses mitrailleuses non détruites sont en pleine action. Je fais avancer par bonds, sans obtenir que les hommes renoncent à se grouper en tas autour de moi. Nous rejoignons encore la première ligne qui se disloque de plus en plus et qui, cette fois, est accrochée par endroits. Là, je vois un « nettoyeur », accroupi au dessus d’un abri, une grenade à chaque main, bondissant avec une agilité incroyable. On dirait un chat guettant quelque rat... »

Sources :

Les archives du  S.H.D. de Vincennes ont été consultées.

La quasi totalité de ce texte a été réalisée à partir d’une instruction sur les unités de nettoyeurs de tranchées et de creutes rédigée le 30 août 1917 par le général de Salins, officier qui commande la 38e D.I..

Les photographies représentant les soldats de la 5e compagnie ont été réalisées en juin 1917.

Témoignage «  149e R.I., un épisode de la victoire de chemin des Dames, 23 octobre 1917, l’attaque du 1er bataillon » par le commandant de Chomereau de Saint-André. Éditions Bourges Imprimerie Ve Tardy-Pigelet et fils.

Fond Douchez composé de 3 volumes. Déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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12 janvier 2018

Charles Marcel Auvert (1890-1917).

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Originaire du Loir-et-Cher, Charles Marcel Auvert voit le jour le 17 décembre 1890 à Romorantin, une sous-préfecture placée en plein cœur de la Sologne. À sa naissance, son père,âgé de 44 ans, occupe un poste administratif important. Il est conservateur des hypothèques. Sa mère, Marguerite Pilastre,  qui a trente ans, n’exerce pas de profession.

Après la communale, le collège et le lycée, Marcel entreprend des études supérieures. Une fois devenu bachelier, il se rend à Paris pour commencer des études à la faculté de droit.

Jeune soldat appelé de la classe 1910 de la subdivision de Cholet, il est appelé à l’activité le 7 octobre 1911 pour le service militaire. Le jour même, il doit rejoindre le 114e R.I., un régiment du département des Deux-Sèvres qui a son dépôt à Parthenay, et dont l’histoire est étroitement rattachée à la ville de Saint-Maixent. La formation universitaire de Marcel s’arrête en 2e année.

Le fait d’avoir fait des études lui offre certainement le droit d’entreprendre la formation de caporal en tant qu’appelé sous les drapeaux. Il est nommé dans ce grade le 11 avril 1912. Le 27 septembre, il peut coudre ses galons de sergent sur son uniforme.

Maintenu sous les drapeaux par l’application de l’article 33 de la loi du 31 mars 1905, Marcel Auvert est envoyé dans la réserve, le 8 novembre 1913, avec son certificat de bonne conduite en poche.

Rayé des contrôles, il se retire à Gennes, une petite commune du Maine-et-Loire où ses parents ont élu domicile. L’histoire ne dit pas si Marcel a eu l’intention de reprendre ses études de droit. De retour à la vie civile, il reste affecté au régiment d’infanterie de Parthenay en tant que sergent réserviste.

Lorsque le conflit contre l’Allemagne éclate en août 1914, le jeune Auvert se retrouve mobilisé dès le 2 du mois. Descendu à la gare de Parthenay le lendemain, il traverse une bonne partie de la ville à pied en compagnie de nombreux rappelés, pour rejoindre la caserne Allard. Habillé et équipé, il retrouve ses anciens galons de sous-officier. Les automatismes de la fonction sont vite retrouvés, la formation militaire n’est pas si lointaine que cela.

Le 9 septembre, Marcel Auvert est blessé dans le secteur de Connantray durant les combats qui se déroulent dans le secteur de la Fère-Champenoise. Atteint de trois balles de shrapnels aux deux jambes, il est évacué vers l’arrière.

La date de son retour au front n’est pas connue.

Le 12 novembre, son régiment combat en Belgique dans le secteur de Zonnebeke. Le sergent Auvert est de nouveau atteint dans sa chair. Cette fois-ci, il est frappé par un éclat de grenade à la main droite. Malgré cette blessure, certainement qualifiée de légère par le médecin du poste de secours, il reste au régiment.

Le 4 février 1915, il est blessé pour la troisième fois dans le secteur d’Ypres. Le détail des circonstances de sa blessure montre quel type d’officier il est : chargé de diriger l’utilisation d’un mortier de tranchée, c’est en observant le résultat du tir qu’il est touché par une balle à la tête. Cette blessure conduit à une nouvelle évacuation vers l’arrière. Cette fois-ci, c’est beaucoup plus grave, il doit subir une trépanation dont il gardera des séquelles.

De retour au dépôt, il entreprend, peu de temps après, une formation qui doit lui permettre de gravir les échelons de la hiérarchie. Le sergent Auvert obtient le certificat d’aptitude à l’emploi de chef de section le 26 mai 1915.

Le commandant Manjou, responsable du dépôt du 114e R.I., écrit une petite note résumant son parcours au 114e R.I. dans un mémoire de proposition : « Sous-officier intelligent, vigoureux, a commandé au front une section de troupe, une section de mitrailleuses. A été blessé trois fois et cité à l’ordre de l’armée. Médaillé militaire, a obtenu le certificat d’aptitude de chef de section. Apte à faire campagne. Fera un très bon sous-lieutenant de réserve. »

Ce texte contribue certainement à sa nomination au grade de sous-lieutenant de réserve à titre temporaire, suite à une décision ministérielle datant du 27 juin 1915. Il est muté au 149e R.I. aussitôt après cette promotion. Le jeune officier rejoint le front d’Artois, pour y intégrer le régiment qui combat dans cette région depuis la fin de l’année 1914. Il se présente au lieutenant-colonel Gothié, responsable du régiment, qui l’affecte à une compagnie de mitrailleuses. Le 20 septembre 1915, il est confirmé à titre définitif dans son grade de sous-lieutenant.

Cinq jours plus tard, il participe à l’attaque du 25 septembre 1915 avec sa compagnie.

Toujours dans l’idée de se perfectionner, ce jeune officier accomplit un stage à l’école de grenadiers anglais du 19 au 22 décembre 1915.

Le 12 février 1916, il est affecté à la 2e compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. quelques semaines avant que son régiment ne se retrouve engagé dans la bataille de Verdun.

Après avoir combattu dans le secteur du village de Vaux-devant-Damloup, avec le bataillon Magagnosc, il est évacué le 2 avril pour commotion cérébrale. Le sous-lieutenant Auvert a été une nouvelle fois touché à la tête, ce qui ravive les séquelles de sa précédente blessure. Son chef de bataillon note d’ailleurs qu’il souffre horriblement.

Le 8 avril 1916, il est promu lieutenant à titre temporaire, par décision du général commandant en chef.

Allant mieux, le lieutenant Auvert rejoint le corps le 3 mai 1916 pour être affecté au commandement de la 2e compagnie de mitrailleuses, son ancienne unité.

Il bénéficie d’une permission du 27 septembre au 7 octobre 1916, après que son régiment ait participé à la bataille de la Somme dans les secteurs de Soyécourt et de Déniécourt.

Son retour au front ne fut pas ce qu’il imaginait. Il n’aura d’ailleurs de cesse de vouloir retourner aux tranchées. En effet, un avis médical est formel, il n’est plus apte pour la 1ère ligne.  Marcel Auvert est promu lieutenant de réserve à titre définitif par décret présidentiel le 24 octobre 1916. De retour dans la zone des armées, il est envoyé au dépôt divisionnaire de la 43e D.I.  à partir du 21 novembre 1916, pour y  prendre le commandement de la 12e compagnie du 149e R.I..

Bénéficiant d’une excellente maitrise de son ancienne arme, il est amené à diriger l’école du centre d’instruction des mitrailleuses de la 43e D.I. entre le 8 et le 31 janvier 1917. Il reste peu de temps à ce poste. Après une permission du 2 au 14 février 1917, le lieutenant Auvert quitte le dépôt pour rejoindre la 5e compagnie de son régiment le 23 mars 1917.

Blessé accidentellement le 17 juillet 1917, il est, pour la 4e fois, évacué vers l’arrière, pour être soigné à l’hôpital temporaire n° 21 de Forges-les-Eaux jusqu’au 19 août. Cet officier bénéficie ensuite d’une permission de 7 jours avant de rejoindre son régiment au 1er septembre.

Durant cette période, le lieutenant-colonel Boigues dit de lui :

« Officier qui, malgré de graves blessures, à voulu à toute force revenir sur le front. Est chef dans une compagnie où il rend d’excellents services, mais il serait bien mieux à sa place dans le commandement d’une compagnie de mitrailleuses où il excelle. On peut absolument compter sur le lieutenant Auvert en toute circonstance. Il a dernièrement secondé avec autant d’activité que d’intelligence le commandement dans l’organisation d’un dispositif de défense. »

Le 26 septembre 1917, il prend le commandement de la 5e compagnie. De retour au front une nouvelle fois, il a réussi, sans que l’on sache comment, à reprendre sa place dans une unité combattante. Le 26 septembre, il prend le commandement de la 5e compagnie.

Cette unité est désignée pour assurer le rôle de compagnie de nettoyeurs de tranchées, durant l’attaque de la Malmaison, le 23 octobre 1917. C’est au cours de cette bataille que le lieutenant Auvert est blessé.

Très sévèrement touché, il décède à l’Ambulance 13/8 le jour même, atteint par plusieurs éclats d’obus à l’abdomen et à la poitrine.

Le lieutenant Auvert est enterré dans le petit cimetière de Sermoise dans une sépulture individuelle qui porte le n° 59. Le 9 mai 1923, un compte-rendu d'exhumation nous apprend que son corps a été transféré au cimetière national d’Ambleny, dans le carré A. Sa nouvelle tombe est enregistrée sous le n° 461.

Sepulture_Charles_Marcel_Auvert

Le lieutenant Auvert a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre de l’armée en date du 4 février 1915 : (Publication dans le J.O. du 6 mars 1915) :

« Chargé spécialement du maniement d’un mortier, a su, grâce à son ingéniosité et à une activité inlassable, tirer de cet engin le parti le plus efficace ; a été grièvement blessé d’une balle à la tête au moment où il observait les effets des projectiles qu’il lançait dans les tranchées ennemies. »

Citation à l’ordre du Xe Armée n° 227  en date du 20 septembre 1916 : (Publication dans le J.O. du 6 mars 1915).

« Commandant de compagnie de mitrailleuses des plus actifs et des plus entreprenants. Constamment sur la brèche en 1ère ligne pour faire la reconnaissance, sous les tirs de barrage les plus violents, des emplacements successifs  à occuper par sa section.

A fait de sa compagnie, une unité de premier ordre où chacun est animé de l’esprit de sacrifice le plus absolu. A fait preuve, en toutes circonstances, des plus solides qualités de commandement, d’énergie et de sang-froid, notamment en mars et avril 1916, où il a été blessé pour la quatrième fois, et, en dernier lieu, pendant les attaques des 4, 5 et 6 septembre 1916. »

Citation à l’ordre de l’armée (publication dans le J.M.O. du 17 janvier 1918) :

« Commandant de compagnie d’un entrain et d’un courage remarquables ; désigné avec sa compagnie pour le nettoyage des tranchées conquises à l’attaque du 23 octobre 1917, l’a brillamment entraînée à l’assaut sous les rafales de tirs de mitrailleuses et est tombé glorieusement dans l’accomplissement de sa mission. »

Cet officier a également été décoré de la Médaille militaire prenant rang à compter du 11 février  1915. (Publication dans le J.O. du 19 février 1917). Croix de guerre ratifiée, même motif que pour la citation du 11 février 1915.

Monument_aux_morts_de_Gennes

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Livre d’or de la faculté de droit de Paris guerre 1914-1918. Paris, 1925.

La photographie du monument aux morts de Gennes a été réalisée par P. Spriet.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à T. Cornet, à M. Porcher, à P. Spriet et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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19 janvier 2018

Maurice Charles Jean Blot (1895-1917).

Maurice_Charles_Jean_Blot

Le 25 octobre 1895, Fréderic Isnard, adjoint délégué au maire de la ville d’Antibes, reçoit François Jules Blot, un jardinier âgé de 22 ans qui vient déclarer la naissance de son fils prénommé Maurice Charles Jean, né la veille. La mère du nouveau-né, Constance Clémentine Sainton, est âgée de 21 ans. Elle n’exerce pas de profession.

Le couple, d’origine parisienne, s’est marié le 25 septembre 1894 dans le XIe arrondissement. La raison de leur départ de la capitale pour venir s’installer en bordure de Méditerranée n’est pas connue. Peut-être une opportunité professionnelle ?

Très rapidement, la famille Blot retourne vivre à Paris. Elle s’installe dans le XIIe arrondissement. Georges Charles Alexandre naît le 30 juillet 1898 et Jeanne Eugénie le 19 février 1903 ; le premier au 15 passage du Génie, la seconde au 32 rue Montgallet.

Genealogie_Maurice_Charles_Jean_Blot

Maurice Blot fait des études secondaires au lycée Saint-Jean de Passy. Il obtient son baccalauréat sciences-langues et mathématiques.

Souhaitant faire une carrière militaire, Maurice prépare assidûment l’examen d’entrée de l’école de Saint-Cyr, espérant devenir un jour officier. Les évènements internationaux, qui vont précipiter la France dans un épouvantable conflit mondial, mettent fin à cette ambition.

C’est comme simple soldat appelé de la classe 1915, déclaré « bon pour le service », qu’il intègre l’armée le 19 décembre 1914. Le lendemain, il est à Épinal pour prendre place dans une des chambrées de la caserne du170e R.I..

Très rapidement, il gravit les échelons hiérarchiques. Le 15 avril 1915, Maurice Blot est directement nommé aspirant. Cette subite montée en grade est probablement due au fait qu’il a en sa possession un très bon bagage scolaire.

Le 23, il est affecté au 149e R.I., l’Aspirant Blot n’a que la Moselle et quelques rues à traverser pour rejoindre son nouveau dépôt qui se trouve également à Épinal.

Le 1er mai, le jeune sous-officier intègre la 33e compagnie du  9e bataillon du régiment, avant d’être affecté à la 8e compagnie quinze jours plus tard.

À cette période de l’année, le 149e R.I. combat en Artois depuis plusieurs mois, dans un secteur régulièrement exposé à de violentes attaques programmées des deux côtés des belligérants.

Le 18 juillet 1915, Maurice Blot est blessé devant Angres. Le médecin du poste de secours constate plusieurs plaies à la tête. Maurice souffre également de surdité. Ce traumatisme est probablement lié à l’onde de choc produite par un obus explosant à sa proximité.

La remise en condition « combattante » de ce sous-officier demande plusieurs semaines.

Ce n’est que le 8 octobre 1915 qu’il rejoint son ancienne compagnie. Le 12 février 1916, l’aspirant Blot est muté à la 9e compagnie du régiment.

À l’aube de la 2e décade du mois avril 1916, le 149e R.I. est très carencé en officiers. Nous sommes à peine à quelques jours du 2e engagement d’une partie du régiment dans les combats de 1ère ligne, dans le secteur du village de Vaux-devant-Damloup, près de Verdun. Maurice Blot est nommé sous-lieutenant d’active à titre temporaire le 9 avril 1916. Cet officier retrouve la 8e compagnie.

Un peu plus tard, il envoie les lignes suivantes aux siens : « Depuis deux mois que nous sommes dans ce secteur, jamais je n’ai vu pareille chose. L’artillerie ennemie, surtout à Douaumont et à Vaux, arrosait et balayait tout ; jamais les Allemands n’ont mis en œuvre tant de forces et tant de matériel ; mais, devant eux se dressaient, impassibles, les belles figures de nos soldats. Après le recul forcé jusqu’au bord de la Meuse, ils ont attendu l’ennemi, pour lui faire subir des pertes effroyables. Mon régiment a eu l’insigne honneur de reprendre deux fois le village de Vaux. C’était magnifique, mais quelle hécatombe ! »

Mi-avril, le 149e R.I. quitte la Meuse. Après avoir bénéficié d’une brève période de repos à Landrecourt, le régiment doit rejoindre la Champagne pour venir occuper un secteur situé entre les buttes de Tahure et de Mesnil, près des Deux- Mamelles.

Le capitaine adjoint major du 2e bataillon du 149e R.I. rédige la petite note suivante le 13 mai 1916 :

« Le sous-lieutenant Blot est un très bon officier, très intelligent, sérieux, plein de zèle et de bonne volonté. Officier très discipliné, ayant une haute conception de ses devoirs militaires. Très belle tenue devant la troupe. Bonne aptitude au commandement. Excellente instruction générale. Bonne instruction militaire. Très estimé de ses chefs, est susceptible, avec un petit peu de pratique, de produire de très brillants résultats. »

Du 7 au 16 mai 1916, le sous-lieutenant Blot effectue un stage au centre d’instruction des grenadiers à Châlons-sur-Marne, avant d’être détaché à l’école divisionnaire des grenadiers de la 43e D.I. entre le 26 mai et le 2 juin 1916. Il réintègre son régiment en suivant.

Le 9 juillet 1916, Marcel Blot est de nouveau blessé ; il vient de participer à un important coup de main, mené par plusieurs groupes de grenadiers du 149e R.I.. Touché au bras et au visage par des éclats d’obus et de grenades, il est, pour la seconde fois, évacué vers l’arrière pour être hospitalisé durant plusieurs semaines.

Les fonctions occupées par cet officier à son retour au régiment ne sont pas très précises. Des états de service datant du 5 mars 1917 nous indiquent qu’il fut désigné pour assurer la charge de sous-lieutenant porte-drapeau du régiment à partir du 30 septembre 1917, avant de passer à la 5e compagnie le 6 novembre 1917. Sur son feuillet individuel de campagne, il est écrit qu’il rejoint la 5e compagnie du régiment le 19 septembre 1917. Son affectation comme sous-lieutenant porte-drapeau y est bien mentionnée, mais celle-ci est rayée. Son livret matricule d’officier ne fait pas état de cette période.

Durant le premier 1er semestre de l’année 1917,  le sous-lieutenant Blot accomplit plusieurs stages. Le premier qui se déroule entre le 10 et 18 janvier lui permet de faire connaissance avec le fusil mitrailleur. Le second, qui a lieu entre le 12 et le 26 mars, il le passe à comprendre le fonctionnement du canon de 37 mm. Le troisième stage, qui est effectué du 19 au 26 avril 1917, lui apprend à maîtriser le fusil R.S.C..

Marcel Blot bénéficie d’une permission du 10 au 17 juillet 1917. Il retrouve la 5e compagnie lorsqu’il revient au régiment.

Peu de temps avant la bataille de la Malmaison, le lieutenant Auvert prend le commandement de cette unité qui vient d’être désignée compagnie de nettoyeurs de tranchées. C’est au cours de cette attaque qui se déclenche le 23 octobre 1917 que le sous-lieutenant Blot est grièvement blessé. Sa hanche droite est perforée par plusieurs éclats d’obus.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés le 23 octobre 1917, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_1_journee_du_23_octobre_1917_1er_objectif

Les tentatives réalisées par les chirurgiens de l’hôpital d’évacuation n° 18 de Couvrelles, pour le sauver, échouent. Il décède tard dans la nuit du 23 octobre 1917, seulement quelques heures avant de fêter son 22e anniversaire.

Le sous-lieutenant Blot est enterré dans un premier temps dans le cimetière militaire attenant à l’hôpital.

Le 22 octobre 1923, son corps est exhumé pour être placé dans le carré C du  cimetière militaire de Vauxbuin, sous une nouvelle croix qui porte le n° 436.

Sepulture_Maurice_Blot

Le sous-lieutenant Blot a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre du régiment n° 48 en date du 25 mars 1916 :

« A fait preuve, dans tous les combats, d’une belle insouciance, donnant à tous l’exemple du calme et du sang-froid. Une blessure. »

Citation à l’ordre de la IVe Armée n° 609 en date du 24 juillet 1916 : (Publication dans le J.O. du 6 mars 1915).

« Brave officier de grenadiers. Le 9 juillet 1916, a entraîné avec beaucoup de courage le groupe de grenadiers qui lui était confié. S’est jeté sur un petit poste ennemi pour le faire prisonnier. Blessé de nombreux éclats par une grenade, tue un de ses adversaires d’un coup de révolver et saute dans le poste.»

Citation à l’ordre de l’armée n° 543 en date du 11 décembre 1917. (publication dans le J.O. du 17 janvier 1918) :

« Jeune officier, d’une bravoure, d’une énergie et d’un entrain remarquables. Commandant une section de nettoyeurs de tranchées à l’attaque de la Malmaison, a brillamment entraîné ses hommes, réduisant plusieurs nids de mitrailleuses. A été mortellement blessé dans l’exécution de sa mission.  Plusieurs fois blessé et cité déjà. »

Une famille de récipiendaires :

Cet officier a également été décoré de la Légion d’honneur à titre posthume. (Publication dans le J.O. du 26 décembre 1919).

En marge de la recherche :

À l'occasion de la recherche sur Maurice Blot, j'ai découvert que son père et son frère étaient également récipiendaires de la Légion d'honneur.

Le père, François Jules Blot, qui a commencé sa carrière comme simple jardinier est devenu producteur de graines de semences, dirigeant la maison Vilmorin-Andrieux.

Il est membre honoraire ou membre actif de plusieurs associations importantes dans le domaine agricole et il travaille comme rédacteur dans divers journaux horticoles et agricoles. Il est décoré de la Légion d’honneur.

Pour en savoir plus sur François Jules Blot, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_base_Leonore

Devançant l’appel de sa classe, son frère, Georges Charles Alexandre Blot, signe un contrat d’engagé volontaire avec l’armée, le 25 juillet 1916.

Il termine la guerre comme sous-lieutenant au 12e régiment d’artillerie. Il est nommé chevalier de la Légion d’honneur par arrêté du 16 mars 1921 rendu sur le rapport du ministre de la guerre. Georges Blot est ensuite promu au grade d’officier de la Légion d’honneur par décret du 5 septembre 1949 rendu sous le rapport du ministre des finances et des affaires économiques.

Pour en savoir plus sur Georges Charles Alexandre Blot, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_base_Leonore

La famille Blot repose dans un caveau familial qui se trouve dans le cimetière de Bercy.

Sepulture_famille_Blot

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Base Léonore.

Les recherches effectuées sur le site des archives de Paris ont permis de retrouver une grande partie des actes d’état civil des parents et de la fratrie de Maurice Charles Jean Blot. Cette fratrie est peut-être incomplète.

« Livre d’or de Passy, à la mémoire des professeurs et des anciens élèves du pensionnat de Passy morts pour la patrie ». Typographie Firmin-Didot et Cie. Mesnil-sur-l’Estrée (Eure). 1922.

La photographie de la sépulture de Maurice Blot a été réalisée par J. Baptiste.

Le cliché de la tombe de la famille Blot a été trouvé sur le site de Généanet.

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à A. Carobbi, à J. Baptiste, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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26 janvier 2018

Pierre Victor Romain Édouard Illhé (1881-1917).

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Pierre Victor Romain Édouard Illhé est né le 12 octobre 1881. Le lendemain, Pierre, le père, Jean Baptiste Bouchet et Pierre Lapuyade, les témoins, se rendent à la mairie d’Izeste. Les trois hommes se présentent devant l’officier d’état civil, Léon Daran, pour signer l’extrait du registre des actes de naissance qui va officialiser l’existence du nouveau-né. Le père a 36 ans, il est propriétaire. La mère, Marie Léonie Lapuyade, travaille comme ménagère. Elle est âgée de 29 ans. Le couple Illhé s’est marié le 17 septembre 1878 à Izeste. Quatre enfants sont nés de cette union. La position sociale de la famille est assez aisée, avec un père qui change régulièrement de statut professionnel. Le grand-père paternel est propriétaire-rentier.

Genealogie_famille_Illhe

Le niveau d’études de Pierre Victor Romain Édouard Illhé est très élevé. La lecture de sa fiche signalétique et des services nous apprend qu’il possède un degré d’instruction de niveau 5. Il obtient son baccalauréat après avoir suivi les cours donnés par les professeurs du lycée Louis Barthou de Pau.

Le 20 mai 1901, ce jeune béarnais, âgé de 20 ans, se rend à la mairie de Pau pour y signer un engagement volontaire d’une durée de 4 ans. Incorporé comme simple soldat, il rejoint le dépôt du 88e R.I. qui possède ses casernes à Auch et à Mirande, deux jours plus tard.

Pierre Victor Romain Édouard Ihllé est nommé caporal le 2 décembre 1901.

Une décision ministérielle, prononcée le 7 juillet 1902, l’affecte comme instructeur, à l’école militaire préparatoire de Saint-Hippolyte-du-fort. Cet établissement accueille des enfants de troupe depuis 1886. Il y exerce ses fonctions de formateur entre le 15 juillet 1902 et le 19 septembre 1904. Faut-il voir un lien avec son niveau d’études ? Il devient sergent le 26 septembre 1903.

Le sous-officier Illhé réintègre le 88e R.I. après son départ de Saint-Hippolyte-du-fort. Il occupe les fonctions de sergent-fourrier entre le 6 janvier et le 7 juin 1905.

Le 30 janvier 1905, le sergent fourrier Illhé doit penser à renouveler son contrat. Cette fois-ci, c’est pour une durée de deux ans. Cette période débute le 20 mai 1905. Elle le fait passer dans la catégorie des rengagements avec prime.

Il reconduit son engagement le 27 mai 1907. Celui-ci prend effet à compter du 20 mai 1908. L’année suivante, Pierre Victor Romain Édouard Illhé signe une nouvelle fois le 27 mai 1908.

Un an plus tard, son dernier contrat arrive à échéance. Il décide de quitter l’armée. Le sergent Illhé passe ainsi dans la disponibilité et dans la réserve avec, en main, son certificat de bonne conduite. Il aura vécu huit années sous l’uniforme.

Il existe une zone d’ombre importante sur sa vie après l’armée. Tout ce que nous savons de manière sûre c’est qu’il a traversé l’Atlantique pour aller s’installer à Rio de Janeiro.

Lorsque le conflit contre l’Allemagne éclate, Pierre Victor Romain Édouard Ihllé est rappelé par décret de mobilisation le 1er août 1914. Ce n’est que le 6 septembre qu’il retrouve sa tenue de sergent.

Il y a de fortes probabilités pour que ce soit la distance comprise entre Rio de Janeiro et le dépôt du 218e R.I. qui soit entièrement responsable du délai aussi important entre la date de sa mobilisation et son arrivée à Pau.

Le 16 octobre 1914, il est à la 31e compagnie du 18e R.I. au camp de Ger.

Le 1er novembre 1914, il est nommé adjudant, grade dans lequel il ne reste que très peu de temps. Le 16 décembre 1914, il est promu sous-lieutenant de réserve. Ce changement prend rang à compter du 17 novembre 1914.

Le 9 mars 1915, il est affecté à un régiment nouvellement créé, le 418e R.I.. Les régiments 400 viennent tout juste d’être mis en place. Le sous-lieutenant Illhé rejoint la VIe armée sans être immatriculé à ce corps.

En fait, le nom de cet officier ne sera jamais inscrit sur les listes adressées au 418e R.I. par l’administration centrale ; celle-ci a pris la décision de l’envoyer au 202e R.I.. Il intègre ce régiment le 22 mars 1915.

Le 28 mai 1915, il passe lieutenant à titre temporaire.

Une note, laissée par son supérieur dans son carnet individuel de campagne, nous apprend qu’il ne maîtrise pas tout à fait l’art du commandement de compagnie. « 1915 : Très vigoureux, énergique, a donné, à plusieurs reprises, l’exemple de la bravoure et du sang-froid. Commande bien sa compagnie, mais a encore un peu d’expérience à acquérir à ce sujet. Lieutenant-colonel du 202e R.I.16/01/1916. »

Le lieutenant Illhé est cité une première fois pendant ce passage dans ce régiment.

Le 25 avril 1916, il est affecté au 149e R.I.. Trois jours plus tard, cet officier rejoint le régiment qui vient de terminer un passage à Verdun particulièrement éprouvant. L’équipe des cadres, qui a perdu beaucoup d’hommes, est en pleine reconstruction. Il est désigné pour prendre le commandement de la 8e compagnie.

Pierre Victor Romain Édouard Ihllé est ensuite détaché au centre d’instruction des commandants de compagnies pour y faire un stage du 22 mai au 11 juin 1916. Il y est noté de la manière suivante : « Officier très sérieux, très assidu. A toujours suivi les conférences et les exercices avec le plus grand désir d’apprendre. Assez bien en équitation. »

Maintenu au dépôt, il obtient trois permissions durant la deuxième moitié de l’année 1916. La première a lieu du 10 au 20 juillet inclus, la seconde se déroule du 17 au 23 octobre inclus et, la troisième, est donnée seulement quelques jours plus tard du  28 octobre au 3 novembre inclus.

Faisant plusieurs demandes écrites pour quitter le dépôt divisionnaire, il finit par obtenir satisfaction. Le lieutenant Illhé retourne au 149e R.I..

Fin 1916, le lieutenant-colonel Pineau écrit cette appréciation dans son carnet individuel de campagne :

« Vient d’arriver au corps actif. Inconnu du colonel. Est venu au régiment après 3 demandes successives, pour quitter le D.D., donne bonne impression. »  Lieutenant-colonel Pineau 23/12/1916. »

Le 1er janvier 1917, le lieutenant Illhé prend le commandement de la 1ère compagnie du 149e R.I..

Il obtient trois nouvelles permissions durant l’année 1917. La première commence le 10 juillet, elle se termine le 20. La seconde débute le 17 octobre, elle prend fin le 23.  La troisième démarre le 30 août et s’achève le 11 septembre.

C’est au tour du colonel Boigues de le noter, voici ce qu’il écrit le 29 septembre 1917 :

« Bon officier, exact, consciencieux et désireux de bien faire. Très discipliné, veut commander une compagnie. » Le colonel commandant le 149e R.I..»

Le régiment est en plein préparatif pour la bataille de la Malmaison. L’entrainement est intensif et méticuleux. Celui-ci va durer plusieurs semaines. Le lieutenant Illhé retrouve son commandement à la 1ère compagnie du régiment.

La photographie suivante le représente en compagnie des sous-lieutenants Boudène et Loubignac, trois jours avant sa mort.

Les_officiers_de_la_1ere_compagnie_du_149e_R

Le 23 octobre 1917, le lieutenant Illhé est mortellement blessé, touché dans la région carotidienne, au cours d’une attaque menée dans le secteur de la Malmaison. Il dirigeait sa compagnie, debout, à découvert, les jumelles à la main, avant d’être atteint par deux balles.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_1_journee_du_23_octobre_1917_1er_objectif

Le sergent-major Maurice Sylvestre et le caporal Maurice Leclère, tous deux sous-officiers du 149e R.I., apportent le témoignage nécessaire qui va permettre au sous-lieutenant Auguste Fourneret, l’officier de l’État civil, de valider le décès de Pierre Victor Romain Édouard Ihllé.

Le lieutenant Illhé, est, dans un premier temps, inhumé par les soins du groupe des brancardiers de la 43e D.I., dans le petit cimetière militaire de Condé-sur-Aisne dans une sépulture qui porte le n° 276.

Exhumé dans les années 1920, le corps de cet homme ne repose pas dans une des nécropoles nationales érigées dans le département de l’Aisne. Il y a de fortes probabilités pour que les restes mortuaires de Pierre Victor Romain Édouard Illhé aient été restitués à sa famille.

Cet homme âgé de 36 ans ne s’est jamais marié et n’a pas eu de descendance. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune d’Izeste.

Monument_aux_morts_Izeste

Le lieutenant Illhé a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre de la IVe armée n° 276 du 10 juin 1915.

« Sous un très violent bombardement, a maintenu sa section dans la tranchée de 1ère ligne et par son esprit de décision et son sang-froid, a sauvé deux hommes de sa section, ensevelis par une bombe »

Citation à l’ordre de l’armée (J.O du 17 janvier 1918).

« Officier modèle, dont le courage, la bravoure et le sang-froid étaient légendaires au régiment. Tué glorieusement le 23 octobre 1917, en marchant à la tête de sa compagnie à l’assaut.»

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le mémento du lieutenant Illhé provient de la collection de P. Lamberti.

La construction de la généalogie du lieutenant Illhé a été rendue possible grâce aux recherches effectuées sur le site des archives départementales des Pyrénées-Atlantiques.

La photographie du monument aux morts d’Izeste provient du site « Wikimedia Commons ».

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à J. Huret, à P. Lamberti, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et à la mairie d’Izeste.

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02 février 2018

Marie Désiré Edmond Gindre (1887-1917).

Marie_Edmond_Desire_Gindre

Marie Désiré Edmond Gindre voit le jour le 15 janvier 1887 dans la maison familiale. Le père étant décédé, c’est Honorine Loye, une cultivatrice âgée de 54 ans, qui est chargée de montrer l’enfant à l’officier d’état civil de la mairie de Plainoiseau.

La déclaration est faite en présence du cultivateur Joseph Gindre et de l’instituteur Charles Caillon.

Les circonstances du décès du père, Edmond Gindre, ne sont pas connues. Celui-ci exerçait le métier de cultivateur.

La mère, Marie Louise Ardiet, âgée de 28 ans, vient de donner vie à son quatrième enfant.

Genealogie_famille_Gindre

En 1901, Henriette, la sœur ainée, mariée depuis 1896, ne vit plus sous le toit familial. Les frères et la mère travaillent comme journaliers agricoles, excepté Edmond qui n’est alors âgé que de 14 ans et qui doit toujours poursuivre une scolarité.

La fiche signalétique et des services du jeune Gindre nous apprend qu’il possède un degré d’instruction de niveau 3. La mère ne s’est pas remariée. La précarité dans laquelle vit la famille semble évidente. Pour Edmond, il n’est vraiment pas question de poursuivre les études ; il lui faut vite aller gagner sa nourriture !

En 1906, Marie Louise Ardiet travaille comme cultivatrice. Elle vit à Montain avec son fils Abel.

C’est aussi l’année où Edmond doit se présenter devant le conseil de révision. Mais il fait un autre choix. Devançant l’appel sous les drapeaux, il décide de se rendre à la mairie de Lons-le-Saunier pour  y signer un engagement volontaire de 4 ans. Ce type de contrat est régi par l’article 50 de la loi de recrutement du 21 mars 1905, qui mentionne les conditions requises pour y prétendre.

C’en est fini de la vie jurassienne.

Arrivé au corps le 1er novembre 1906, Edmond devient rapidement 2e canonnier servant d’une batterie du 3e Régiment d’Artillerie Colonial. Marseille, Toulon ? Son lieu de casernement est inconnu, le régiment possède des batteries dans les deux villes.

Edmond Gindre n’a pas encore fêté ses vingt ans. Sept jours plus tard, il écope de 4 jours de salle de police, donnés par son lieutenant de section, pour avoir mis de la mauvaise volonté à exécuter une corvée et pour avoir donné de mauvais conseils à un camarade. C’est sa première punition, d’autres suivront.

Le 1er décembre 1906, le jeune homme reçoit une somme de 320 francs pour son engagement. Il n’a jamais été aussi riche de sa vie !  

Le 10 juin 1908, le canonnier Gindre est affecté à une batterie du 7e Régiment d’Artillerie Colonial. Il se prépare à l’embarquement pour aller faire son premier séjour à Madagascar entre le 6 juillet 1908 et le 5 août 1910. Quelque temps après avoir traversé le canal de Suez, il prend ses quartiers à Diégo-Suarez, à l’extrémité nord de l’île

Le 28 juillet 1908, son nouveau supérieur lui inflige 2 jours de salle de police pour mauvais entretien des ses armes.

Le 30 janvier 1909, le canonnier colonial Gindre se blesse à la main droite en construisant une case « Maillard ». Ces cases, du nom de leur inventeur, sont des baraquements préfabriqués en bois, importés de France, qui permettent de loger la troupe.

Le 9 novembre 1909, il décide d’en reprendre pour 5 ans en signant un nouveau contrat. Le 30, cette fois-ci, il touche une prime de 800 francs. Ce nouvel engagement prend effet à compter du 31 octobre 1910.

Le 5 août 1910, il est en France, de nouveau affecté au 3e Régiment d’Artillerie Colonial.

Le 29 novembre 1909, son chef d’escadron lui donne 2 jours de salle de police. Il a été surpris en ville en tenue irrégulière avec un képi fantaisie.

Edmond Gindre est nommé brigadier le 1er mars 1911.

Le 10 mai 1911, il est de nouveau puni de 4 jours de salle de police, pour être sorti en ville sans autorisation alors qu’il était de service. Dix jours plus tard, la punition est plus longue. Cette fois-ci, c’est 8 jours ! Il y a beaucoup de négligence dans son service de poste.

Edmond Gindre est devenu vaguemestre ; son capitaine lui porte,  le 20 septembre 1911, 4 jours sur son relevé des punitions, pour avoir abandonné son mulet sur la voie publique. Le 23 octobre, son supérieur lui donne 8 jours de consigne au quartier, pour avoir négligé son service de vaguemestre, en conservant, par-devers lui et pendant trois jours, des lettres destinées à un officier.

Le 1er août 1911, le brigadier Gindre est de nouveau muté au 7e Régiment d’Artillerie Colonial. Embarquant pour la seconde fois pour « l'île rouge », il rejoint Madagascar le 6 septembre 1911 pour être affecté à la 3e batterie du régiment.

En 1912, il est responsable de l’annexe du dépôt de remonte de Mantasoa, directement sous les ordres du capitaine Gauthé.

Le 28 octobre 1912, son chef de bataillon lui administre une punition de 8 jours de salle de police pour avoir bousculé et menacé par gestes et paroles un indigène, sans motif sérieux, ce qui a donné lieu à une plainte au général commandant supérieur.

Le 18 novembre, il subit une nouvelle punition, c’est la dernière, mais la plus sévère. Au cours d’une partie de cartes, pour un motif des plus futiles, il s’est laissé emporter par la colère en provoquant, par de violentes injures, un caporal, pour le forcer à se battre. La rixe a eu lieu, sans se soucier des hommes présents. Douze jours de salle de police !

Au total, il aura fait 44 jours de salle de police et 8 jours de consigne au quartier. Cela ne l’empêche pas d’être bien noté par ses supérieurs, comme le confirme l’avis suivant rédigé par le capitaine Launey le 3 mars 1914, à la suite de sa demande pour passer dans le grade supérieur.

« Le maréchal des logis Gindre, promu le 1er juillet 1913, rend les meilleurs services. Bon instructeur, cavalier solide, il a pris part à toutes les manœuvres de garnison en 1913, ainsi qu’aux écoles de feu et aux manœuvres de Moramaya.  À la rentrée de la batterie à Tananarive, il a été chargé de la mobilisation. Il s’occupe, à mon entière satisfaction, de ce service assez chargé. Trois cent cinquante réservistes et territoriaux, européens et indigènes sont, en effet, affectés à la 3e batterie. De plus, Gindre est employé à la tenue des écritures de la batterie, dont l’effectif des comptables n’est pas complet. Il se met au courant des fonctions de maréchal des logis fourrier et de maréchal des logis-chef.

 Le maréchal des logis Gindre a fait un premier séjour à Madagascar du 6 juillet 1908 au 5 août 1910. Il était alors en service à Diego-Suarez. Débarqué pour la deuxième fois à Madagascar le 6 septembre 1911. Sa santé a été excellente pendant ce deuxième séjour. S’il a eu trois entrées à l’hôpital ou à l’infirmerie en 1912 et en 1913, cela était pour une maladie absolument étrangère au climat. Je considère Gindre comme un très bon sous-officier et je transmets sa demande pour monter en grade avec avis favorable. »

Entrees_dans_les_formations_sanitaires

Début mars 1914, Edmond Gindre fait une demande écrite à son capitaine pour être autorisé à accomplir une quatrième année de séjour à la colonie (2e année supplémentaire).

Les événements, qui vont précipiter le monde dans le chaos, approchent… Août 1914, la guerre est déclarée contre l’Allemagne, la métropole mobilise…

Embarqué pour la France le 4 octobre 1914, promu maréchal des logis-chef deux jours plus tard, Edmond Gindre commence sa campagne contre l’Allemagne au 3e Régiment d’Artillerie Colonial,  le 25 octobre 1914.

Il est nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 28 juillet 1915.

Les pertes importantes en officiers conduisent le G.Q.G. à proposer à des sous-officiers d’autres armes de passer dans l’infanterie comme sous-lieutenants. Il est donc probable que notre maréchal des logis ait été volontaire pour changer d’arme.

Le 6 août, il rejoint le front d‘Artois pour se présenter devant le lieutenant-colonel Gothié, chef du 149e R.I., qui lui donne le commandement d’une section de sa 9e compagnie.

Cet officier, maintenant âgé de 27 ans, participe aux violentes attaques du mois de septembre 1915, dans le secteur du bois en Hache.  Le 27, il est touché par un éclat d’obus à l’épaule gauche. Le sous-lieutenant Gindre a également une plaie légère à la tête. Ces deux blessures, qui ne mettent pas sa vie en danger, nécessitent tout de même une évacuation vers l’arrière.

Il obtient, à cette occasion, une citation à l’ordre de l’armée.

Après avoir subi les soins nécessaires, il retrouve sa compagnie toujours placée dans le même secteur, le 30 octobre 1915.

Le sous-lieutenant Gindre accomplit un stage de mitrailleurs au centre d’instruction du 21e C.A. du 6 au 12 décembre 1915.

Le 6 janvier 1916, le lieutenant-colonel Gauthié écrit ceci à son sujet « Venu des sous-officiers de l’artillerie coloniale, s’est mis bien vite au courant des méthodes de l’infanterie et a rendu les meilleurs services comme chef de section à l’offensive de septembre devant Angres. Énergique et dévoué, très belle attitude au feu (une citation à l’ordre de l’armée).»

Début mars 1916, son régiment est envoyé dans le département de la Meuse pour aller protéger la ville de Verdun qui subit de violentes offensives allemandes depuis le 21 février. Le 31 mars, la 9e compagnie du 149e R.I., commandée par le capitaine Delung est, pour la seconde fois, en première ligne dans le secteur du fort de Vaux, avec le 3e bataillon qui est sous l’autorité du capitaine de Chomereau de Saint-André.

Pour en savoir plus sur cette période, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_1_journee_du_31_mars_1916

Le sous-lieutenant Gindre, au cours de cette période, reçoit une citation à l’ordre de la division.

Le 10 avril 1916, il est affecté à la 3e compagnie du 149e R.I.. Le régiment s’apprête à quitter la région de Verdun pour prendre la direction de la Champagne.

Les hommes du lieutenant-colonel Gothié s’installent dans une zone placée entre les buttes de Tahure et celles de Mesnil, près des Deux-Mamelles. C’est au cours de cette période d’accalmie pour le régiment que le sous-lieutenant Gindre poursuit sa formation théorique.

Il entreprend un stage d’instruction des commandants de compagnies entre le 22 mai et le 11 juin.

Poursuivant son instruction, il enchaîne les cours pour apprendre l’usage du canon de 37 mm entre le 22 juin et le 1er juillet 1916.

Une décision du 31 août 1916, prise par le général commandant en chef, aurait dû le mettre à la disposition du général de la 16e Division Coloniale pour être affecté à la compagnie malgache du 58e R.I.C., une mutation certainement liée à son passé militaire sur « l'île rouge ». Nous ne savons pas à quelle date il aurait dû prendre son service dans cette nouvelle unité, ni même s’il reçut officiellement l’information.

Comme l’atteste une citation à l’ordre du 21e C.A., cette décision n’a pas eu le temps d’être appliquée. En effet, le sous-lieutenant Gindre participe à la bataille de la Somme avec le 149e R.I. début septembre 1916. Le 4, il est grièvement blessé en entraînant sa section à l’assaut.

Pour en savoir plus sur cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Secteur_du_149e_R

Après une longue convalescence et un passage au dépôt divisionnaire, il est de nouveau affecté au 149e R.I..

En juillet 1917, le sous-lieutenant Gindre est choisi pour accompagner un groupe de soldats et le drapeau du régiment à Paris.

Ces hommes ont été désignés pour faire partie des délégations de régiments et de formations pour défiler derrière le général Augustin Dubail, durant la fête nationale du 14 juillet, dans les rues de la capitale, entre le cours de Vincennes et la place Denfert-Rochereau.

La photographie suivante, trouvée sur le site Gallica, montre deux soldats du 149e R.I. qui ont participé à cette cérémonie.

Revue_du_14_juillet_1917___Paris_147e_R

Si ces deux hommes nous offrent la certitude que le 149e R.I. était bien présent ce jour-là à Paris, l’agence Rol ne semble pas avoir de cliché du groupe de ce régiment. Par chance, nous disposons d’une vue partielle de la délégation du régiment spinalien centrée sur deux officiers, le lieutenant Husson derrière le drapeau et le sous-lieutenant Gindre à droite du cliché.

Revue_du_14_juillet_1917___Paris_149e_R

Le journal « Le Matin » publié le lendemain de l'événement parle de 134 drapeaux présents sur les lieux.

Le cliché suivant représente le sous-lieutenant Gindre posant devant le château de Vincennes.

Sous_lieutenant_Gindre_devant_le_chateau_de_Vincennes

Le 15 août 1917, le sous-lieutenant Gindre souhaite être titularisé dans son grade d’officier tout en restant affecté définitivement dans l’infanterie. Le lieutenant-colonel Boignes appuie sa demande en rédigeant l’avis suivant : « Officier très allant et plein de courage qui a donné un très bel exemple au feu. Est en outre très apprécié dans le commandement de sa section. Avis très favorable. »

Le 16 août, il passe devant le médecin aide-major Aimé Richard. Celui-ci estime que cet officier est de nouveau apte à reprendre ses services dans l’infanterie. La contre-visite faite par le médecin major de 1ère classe, Alexandre Briole, chef de service, valide le 1er diagnostic établi par son subordonné en écrivant : « Il est apte à faire un bon service comme officier de l’armée active. »

Le 25 août 1917, il est une nouvelle fois évalué par le lieutenant-colonel Boignes avec ce motif :

« Mérite, par son long stage comme sous-lieutenant à titre temporaire, d’être titularisé le plus tôt possible. A montré, sous un abord un peu rude, les plus solides qualités militaires : Ardeur, courage et dévouement.»

La date de sa titularisation n’est pas connue.

Le 149e R.I., qui n’a pas participé à une grande attaque depuis la fin de l’année 1916, est engagé dans la bataille de la Malmaison le 23 octobre 1917.

C’est au cours de cette offensive que le sous-lieutenant Gindre est mortellement blessé, touché à l’abdomen et à la cuisse gauche par plusieurs balles. Son décès est constaté dès son arrivée à l’ambulance 13/8.

Le sous-lieutenant Gindre avait pris le commandement de la 3e compagnie du régiment, après la mort du lieutenant Mouren et la blessure du lieutenant Malaizé.

Pour en savoir plus sur les évènements que se sont déroulés le 23 octobre 1917, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_149e_R

Le commandant de Chomereau de Saint-André, chef du 1er bataillon, nous donne, dans son témoignage, quelques indications sur les circonstances de sa mort.

« Le commandant en troisième de la 3e compagnie, le sous-lieutenant Gindre, qui, gravement contusionné par accident, la nuit précédente, a voulu faire l’attaque quand même, est tué à son tour. »

Le lieutenant Gindre est enterré au cimetière militaire de la commune de Sermoise, dans une tombe qui porte le n° 56.

Le corps de cet officier est exhumé le 9 mai 1923. La famille n’ayant pas demandé la restitution de son cercueil, il est transféré au cimetière national d’Ambleny, pour être placé dans une nouvelle sépulture, numérotée 464, située dans le carré A.

Sepulture_sous_lieutenant_Gindre

Une habitante du village d’Eps du nom de Reine Martinage, fait une demande à la Croix Rouge Internationale pour savoir si le lieutenant Gindre aurait pu être fait prisonnier en septembre 1916. Elle renouvelle sa recherche auprès du ministère de la guerre le 30 juin 1919.

Fiche_C

Le lieutenant Gindre a obtenu les citations suivantes :

Cité à l’ordre de la Xe Armée n° 121 en date du 21 octobre 1915 :

« A fait spontanément plusieurs reconnaissances périlleuses en avant des lignes françaises les 25, 26 et 27 septembre 1915, vers Angres. A courageusement organisé une position conquise et a été blessé d’une balle à la tête le 27, au moment où il entraînait ses hommes à l’attaque.»

Cité à l’ordre de la 43e D.I. n° 121 en date du 17 avril 1916 :

« Excellent officier, plein d’allant, énergique et courageux. A donné le plus bel exemple de sang-froid et de courage à sa troupe, par son mépris du danger et son calme, la maintenant sous un violent bombardement pendant cinq jours. »

Citation à l’ordre du 21e C.A. n° 286 en date du 12 septembre 1916 :

« Officier de tout premier ordre, brave jusqu’à la témérité. Grièvement blessé le 4 septembre en entraînant sa section à l’attaque des positions ennemies. »

Citation à l’ordre de l’armée (publication dans le J.O. du 17 janvier 1918) :

« Officier d’un courage et d’un dévouement au-dessus de tout éloge. Déjà plusieurs fois cité à l’ordre, a été très grièvement blessé en se portant, avec sa section, à l’attaque des positions ennemies. »

Edmond Gindre est fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume le 10 juillet 1917.

Les noms et prénoms de cet officier et ceux de ses deux frères sont gravés sur le petit monument aux morts de la commune jurassienne de Montain, village où est née leur mère.

Cet homme est resté célibataire.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Fiche signalétique et des services provenant du site des archives départementales du Jura.

Le sous-lieutenant Gindre possède un dossier sur la base Léonore.

Pour le consulter, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_base_Leonore

La partie concernant le défilé du 14 juillet 1917 a été construite à partir de la lecture de divers articles trouvés sur le site « Gallica ».

La photographie de groupe du 147e R.I. provient également du site « Gallica ». Pour la consulter dans son format original, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

B

Le cliché de la sépulture du lieutenant Gindre a été réalisé par M. Lepage.

La photographie du monument aux morts de Montain a été trouvée sur le site « racine comtoise ».

Un grand merci à M. Bordes, à J. Baptiste, à A. Carrobi, à D. Gindre, à J. Huret, à M. Lepage, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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09 février 2018

Maurice Louis Beyssac (1892-1914).

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Enfance 

Le 11 octobre 1892, Jean Beyssac, accompagné de son père, Jean Baptiste Beyssac, puisatier de son métier, et du fleuriste Honoré Désiré Blin, se présentent devant l’officier de l’état civil de la ville de Colombes pour y faire enregistrer le nom de Maurice Léon Beyssac, né la veille.

Jean est alors âgé de 31 ans. Il travaille comme dessinateur dans une entreprise locale. Son épouse, Marie Louise Boucaud, qui a donné naissance à son deuxième enfant, est sans profession. Elle a 25 ans.

Le couple vit au 115 avenue de Gennevilliers (actuellement avenue de l’Agent Sarre) avec Antoinette Germaine, leur fille aînée et le petit Maurice. Deux autres enfants verront le jour quelques années plus tard.

 

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Marie Louise exerce pendant une courte période de sa vie le métier de couturière. Comme l’indiquent les actes de naissances des différents enfants, la famille déménage régulièrement. Elle finit par s’installer au numéro 35 de la rue Brochant dans le 17e arrondissement de Paris.

Jeunesse

Maurice a quitté l’école communale en maîtrisant les bases de la lecture, de l’écriture et du nombre.

Il choisit de s’engager professionnellement sur les traces de son père. Il entreprend des études qui vont lui donner accès au métier de dessinateur industriel, c’est l’emploi qui se trouve inscrit sur sa fiche signalétique et des services.

Sportif de très bon niveau, il est licencié dans l’équipe de rugby du Sporting Club Universitaire de France de Paris. Au début du vingtième siècle, ce club joue sur plusieurs stades, notamment sur le stade de Colombes où se déroulaient les matchs internationaux.

Maurice Beyssac fait partie des effectifs de l’équipe 2. Il occupe le poste d’arrière. La photographie suivante le montre parmi ses camarades.

Equipe_2_S

Ce cliché date de la saison 1911/1912. C’est probablement la première année où Maurice pratique son sport favori à ce niveau de jeu. En effet, son nom n'apparaît nulle part dans les archives du club pour les années précédentes.

Le 17 novembre 1912, le S.C.U.F. joue contre le Sporting Club de Vaugirard dans le cadre du championnat de Paris. Maurice Beyssac fait partie de l’équipe 1 qui gagne 6 points à 0.

17_novembre_1912___match_S

Au 149e R.I.

Inscrit sous le numéro 106 de la liste du canton du 17e arrondissement de Paris Maurice Beyssac est classé dans la première catégorie de la liste comme « Bon absent ». Il ne s’est probablement pas présenté devant le conseil de révision de l’arrondissement où il été recensé pour la dernière fois.

La lecture de sa fiche matricule nous apprend qu'il vit au Maroc, résidant à Casablanca, mais elle ne donne aucune explication à ce long voyage.

Incorporé au 149e R.I. à compter du 1er octobre 1913, l’ancien rugbyman de Colombes doit, de nouveau, traverser la Méditerranée pour rejoindre une des compagnies du régiment caserné à Épinal.

Malgré ses obligations militaires, il peut bénéficier de permissions spéciales qui vont lui permettre de retoucher au ballon ovale à un haut niveau.

Un article de presse datant du 14 décembre 1913, publié dans le journal « l’Aéro : organe hebdomadaire de la locomotion aérienne » évoque son éventuel retour au S.C.U.F. même s’il est resté éloigné du terrain depuis un long moment. Cette hypothèse se confirme à la lecture du même journal publié le lendemain. Son équipe est battue par le Stade Français, 6 à 0, sur le « ground » du stade des Princes, devant 6000 spectateurs.

Le journaliste sportif Léon Labarthe évoque Maurice Beyssac dans « l’auto » du 5 janvier 1914. Le joueur est de nouveau inscrit dans l’équipe du S.C.U.F. n°1 pour affronter l’équipe de Tarbes. L’arrière Beyssac est en grande forme, il fait un match remarquable. Les deux formations finissent à égalité, avec un score de 3 points partout.

5_janvier_1914___match_S

Parallèlement à sa carrière sportive, Maurice Beyssac suit les cours qui vont lui permettre de passer caporal. Il est nommé dans ce grade le 11 février 1914.

Le jeune homme est toujours sous les drapeaux lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914. À cette époque, il est inscrit dans la liste des effectifs de la 7e compagnie du régiment, sous les ordres du capitaine Coussaud de Massignac.

Son engagement dans le conflit est de courte durée. En effet, le caporal Beyssac fait partie des toutes premières victimes du régiment le jour même où celui-ci est train de vivre son baptême du feu.

Le 9 août 1914, en fin de matinée, sa compagnie a l’ordre de protéger le drapeau. Elle reste un peu à l’écart des événements, à la disposition du colonel Menvielle.

La 4e compagnie du 149e R.I. débute le combat à 12 h 30, d’autres suivront… Ce n’est que vers 17 h 30 que la 7e est à son tour engagée dans l’attaque.

Le caporal Beyssac se retrouve inscrit dans la liste des disparus au combat du Signal de Sainte-Marie du J.M.O. du régiment.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant la journée du 9 août 1914, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Renclos_des_Vaches

Une enquête est demandée auprès du Comité International de la Croix Rouge. Ses proches cherchent à savoir s’il aurait pu être interné dans un des camps de prisonniers en Allemagne. Les recherches s’avèrent être négatives. La famille perd tout espoir de le retrouver vivant.

 

Fiche_Comit__International_de_la_Croix_Rouge__Maurice_Beyssac

 

L’après-guerre

Suite à une décision prise par le tribunal de la Seine le 23 avril 1920, le décès de cet homme est fixé à la date de sa disparition, le 9 août 1914.

Un 1er article de presse, paru dans le journal « le Gaulois » datant du 8 janvier 1922, évoque l’existence d’une sépulture au nom du caporal Maurice Beyssac.

Ce jour-là, le S.C.U.F. doit rencontrer les Lourdais qui font leur début devant le public parisien au cours d’un match comptant pour le championnat de France.

« Ce matin, l'équipe du S.C.U.F. se rendra, pour déposer une gerbe au cimetière de Colombes, où est inhumé Maurice Beyssac, ancien arrière du S.C.U.F., tombé au champ d’honneur. Les deux équipes  avant le match déposeront des palmes au pied du monument aux rugbymen morts pour la France. Monsieur Gaston Vidal, sous-secrétaire d’état et président du S.C.U.F. assistera à ces cérémonies et donnera le coup d’envoi du match qu’arbitrera Monsieur Bania. »

Un second article de presse publié le 1er août 1922 dans le journal « l’Homme libre » évoque de nouveau la tombe de Maurice Beysac.

« Ajoutons enfin qu’avant le match, l’équipe du S.C.U.F., se rendra au cimetière de Colombes, déposer une gerbe sur la tombe de Maurice Beyssac, l'excellent arrière du S.C.U.F. d’avant-guerre, tombé au champ d’honneur. Monsieur Gaston Vidal, sous-secrétaire d’état, président et ancien équipier du S.C.U.F., assistera à cette pieuse cérémonie. Il présidera ensuite le match et donnera le coup d’envoi ».

Difficile de savoir si la tombe de Maurice Beyssac existe encore de nos jours. A priori, non.

Après une recherche approfondie effectuée dans les registres du cimetière de la ville de Colombes, une sépulture a bien été retrouvée au nom de Beyssac. Il s’agit de la concession n°19179 qui a été, depuis, reprise et attribuée à une nouvelle famille. Seul, le grand-père paternel semble y avoir été inhumé en 1913. La grand-mère paternelle Mélanie Festin, décédée en 1886, n’est pas enterrée au côté de son époux. Aucune trace d’un dénommé Maurice Beyssac dans les archives du cimetière qui laisserait supposer que sa dépouille mortelle aurait été restituée aux siens juste après la guerre, pour être placée auprès de son grand-père.

Comme le prouve l’image suivante, il y a bien eu un monument dédié aux Rugbymen morts pour la France, érigé au stade de Colombes. Cet édifice commémoratif rendant hommage aux joueurs internationaux, le nom de Maurice Beyssac, n’y est donc pas inscrit. 

Monument_Federation_Fran_aise_de_Rugby_Aux_rugbymen_tombes_pour_la_patrie

Ce monument a disparu au cours d’une des nombreuses modifications du stade. La date exacte de sa destruction n’est pas connue.

Jusqu’à preuve du contraire, le caporal Beyssac serait le premier rugbyman jouant à ce niveau, à avoir été tué durant le 1er conflit mondial du 20e siècle.

Maurice Beyssac a été inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire à titre posthume (J.O. du 30 octobre 1919) avec la citation suivante :

« Excellent caporal, brave et consciencieux. Est tombé mortellement frappé, le 9 août 1914 à Sainte-Marie-aux-Mines. »

Cette inscription lui donne aussi droit à la Croix de guerre avec étoile de bronze.

Le nom de cet homme est inscrit sur l’une des deux plaques fixées à l'intérieur de l’église Saint-Leu dans le 1er arrondissement de Paris.

Maurice Beyssac est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Sources :

La photo carte de l’équipe 2 du S.B.U.F. saison 1911-1912 provient des archives du S.C.U.F. sous la responsabilité de F.Lazzerini.

Bien qu’il soit sur le cliché, il reste un doute pour que se soit bien Maurice Beyssac. En comparant cette photographie avec celles qui proviennent du site Gallica, nous pouvons remarquer quelques différences importantes sur les visages. Le nez est plus retroussé, fin et peu empâté, l’espace entre la bouche et le nez est important et la bouche plutôt moyenne. Le menton ne semble pas marqué par une fossette et les pommettes ne sont pas du tout prononcées. Il est difficile d’être affirmatif, car l’homme représenté sur cette photographie n’a pas été pris totalement de face, ce qui peut modifier la structure de son visage.

La photographie du monument  dédié aux Rugbymen morts pour la France du stade de Colombes fait également partie du fonds iconographique du S.C.U.F..

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Les différents articles de presse qui ont permis la reconstruction d’une partie de la carrière sportive de Maurice Beyssac ont été consultés sur le site « Gallica » de la bibliothèque nationale de France. 

Pour les lire dans leur intégralité, il suffit de cliquer une fois sur les images suivantes :

18 novembre 1912

B

5 janvier 1914

B

Les photographies des équipes du S.C.U.F. proviennent également du site « Gallica ».

Pour les regarder dans leur format original, il suffit de cliquer une fois sur les images suivantes :

B

B

La fiche matricule du caporal Beyssac a été consultée aux archives de Paris.

 Le site des archives de Paris ainsi que ceux de « Mémoire des hommes » et de « Généanet » ont été vus pour construire cette petite notice biographique.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à J. Horter, à F. Lazzerini, à B. Larquetou, à M. Porcher, à D. Gailhard et aux archives de Paris.

Je remercie plus particulièrement F. Lazzerini, responsable des archives et de l’histoire du S.C.U.F., B. Larquetou qui a effectué les recherches au cimetière de Colombes et D.Gailhard, spécialiste du rugby intervenant sur le forum « pages 14-18 », sans qui cette biographie n’aurait pas pu être aussi bien étoffée.

 

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16 février 2018

Paul Joseph Sévérac (1887-1918).

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Natif du village aveyronnais du Villaret, Paul Joseph Léon Sévérac voit le jour le 1er mars 1887.

À cette date, son père, Basile, exerce le métier de cultivateur. Sa mère, Marie Ester Ruas, entretient la maison familiale tout en élevant son fils. Les parents sont tous deux âgés de 31 ans.

Basile Sévérac doit faire quelques kilomètres pour se rendre à la mairie de Veyreau. Il se présente devant le maire de la commune, accompagné du cordonnier Justin Parguel et de l’instituteur, Albert Fabre, pour signer le registre d’état civil de la commune.

Les conditions sociales dans lesquelles vit la famille Sévérac sont certainement très rudes. Les trois sœurs aînées de Paul sont toutes décédées avant qu’il ne vienne au monde.

Deux autres garçons naîtront après lui, un seul survécut à la petite enfance.

Paul n’a probablement pas été très longtemps à l’école, peut-être même qu’il ne l’a pratiquement pas fréquentée. Une certitude, c’est qu’il ne sait ni lire, ni écrire, ni compter.

Comment peut-on expliquer ce manque d’instruction alors que l’enseignement primaire est devenu obligatoire depuis la loi du 28 mars 1882 ?

Est-il dû à un absentéisme lié à une santé précaire comme le laisse supposer la lecture de sa fiche signalétique et des services ? Est-il dû à un absentéisme lié au travail à la ferme pour aider la famille ? D’autres raisons peuvent être évoquées, mais les réponses restent bien évidemment inconnues faute de sources complémentaires.

Paul doit se présenter devant le conseil de révision de la commune de Peyreleau, l’année de ses vingt et un ans. Nous sommes en 1908. Le jeune homme se retrouve classé dans la 5e catégorie de la liste pour faiblesse. Il obtient également le statut de soutien de famille. Ajourné, il doit de nouveau être examiné en 1909. Cette fois-ci, il est déclaré bon pour le service armé. Appelé en même temps que la classe 1908, cet Aveyronnais doit faire deux ans de service actif.

Paul Sévérac se met en route le 7 octobre 1909 pour aller remplir ses obligations militaires. Arrivé au corps le lendemain, il intègre une compagnie du 142e R.I..

Il est impossible de savoir dans quelle ville s’est rendu le jeune homme. En effet, le 142e R.I. possède des casernes à Mende et à Lodève.

De constitution assez fragile, le soldat Sévérac est réformé n° 2 le 1er avril 1911 par la commission spéciale de Mende qui vient de lui diagnostiquer une orchite tuberculeuse. Il peut rentrer chez lui avec le certificat de bonne conduite accordé.

Au vu de la symptomatologie découverte, de retour à la vie civile, il imagine en avoir terminé avec la question militaire, mais c’est sans compter sur les évènements qui vont précipiter la France dans un conflit international quelques années plus tard.

La mobilisation générale, qui a lieu en août 1914, ne va pas le concerner directement. En effet, les réformés ne sont pas mobilisables. Toutefois, face à l’hécatombe des premiers mois de guerre, tous les exemptés et réformés doivent repasser devant un conseil de révision. Les médecins ont reçu la mission de vérifier si l’état de santé de ces hommes permet ou non le port de l’uniforme, soit en restant dans des tâches subalternes (services auxiliaires) soit pour être envoyés au front (service armé). Paul Sévérac doit donc, le 18 décembre 1914, se présenter au conseil de révision qui le déclare « bon service armé ».

Il rejoint le dépôt du 139e R.I. à Aurillac le 25 février 1915, avant d’être muté au 174e R.I. le 27 juin 1915.

Le 2 mars 1916, Paul Sévérac est légèrement blessé à la cuisse gauche. À cette période, sa compagnie se trouve dans le secteur de Vaux près de Verdun.

Rapidement soigné, il est affecté dans une nouvelle unité. Le soldat Sévérac intègre le 149e R.I. le 18 avril 1916. Ce régiment est en train de recomposer ses effectifs après avoir été mis à mal dans le secteur du fort et de l’étang de Vaux.

Il y a de fortes probabilités pour que Paul Sévérac ait participé à la bataille de la Somme dans les villages de Soyécourt et à Déniécourt, en septembre 1916 et à celle de la Malmaison en octobre 1917.

Une seconde blessure par balle, reçue le 29 mai 1918 près d’Arcy-Sainte-Restitue, l’oblige à vivre une seconde évacuation.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette période, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_journee_du_29_mai_1918

La date de son retour au front n’est pas connue. Affecté à la 6e compagnie du 149e R.I., il est grièvement intoxiqué à l’ypérite le 30 juillet 1918. Son régiment est en Champagne dans un secteur particulièrement agité du côté du trou Bricot.

Paul Sévérac décède le 5 août 1918 à l’H.O.E. d’Avre.

Le soldat Sévérac repose actuellement dans la nécropole nationale « Pont-de-Marson à Minaucourt-le-Ménil-lès-Hurlus. Sa sépulture porte le n° 6825.

Sepulture_Paul_Severac

Paul Joseph Léon Sévérac est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Le nom de cet homme est inscrit sur le monument aux morts de la commune aveyronnaise de Veyreau.

Selon le livre d’or de l’Aveyron rédigé par Émile Vigarié, Paul Sévérac a été décoré de la Médaille militaire et a obtenu une citation à l’ordre de l’armée.

« Soldat courageux, ayant un haut sentiment du devoir. Gravement intoxiqué, est resté à son poste jusqu’à l'arrivée des renforts.»

Sources :

Le portrait du soldat Paul Sévérac provient du tome II du livre d’or de l’Aveyron publié sous les auspices du conseil général, et sous la direction du comité de renseignements aux familles, rédigé par Émile Vigarié. Rodez imprimerie Georges Subervie. 1922.

Les informations concernant ce soldat ont été extraites de sa fiche signalétique et des services consultée sur le site des archives départementales de l’Aveyron, de sa fiche individuelle visualisée sur le site « Mémoire des Hommes » et du livre d’or de l’Aveyron.

La généalogie du soldat Sévérac peut se consulter en cliquant une fois sur l’image suivante.

Geneanet

La photographie de la sépulture de Paul Joseph Sévérac a été réalisée par É. Menez.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à É Menez, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales du département de l’Aveyron.

 

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23 février 2018

Un maillon essentiel du 149e RI : son dépôt.

Depot_149e_R

Le dépôt régimentaire a un rôle essentiel à jouer dans la vie des unités dès le début du conflit. La guerre, gourmande en vies humaines, entraîne une logistique claire et ordonnée qui a été pérennisée bien en amont des hostilités.

Dès le début du conflit, des soldats disparaissent sur le terrain des combats, plusieurs sont tués, d’autres, blessés, qui sont soignés à l’arrière pour y subir des soins plus ou moins longs, pendant que certains partent en captivité. On comprend tout de suite l'importance de l'envoi de renfort par le dépôt. Mais ce n'est pas le seul rôle qu’il exerce. Ses missions sont souvent bien plus nombreuses et variées qu'on ne l'imagine.

Le dépôt est tenu, à la fois, de former les jeunes recrues, de gérer les effectifs, d’assurer l’intendance et de punir. Il lui faut également prendre en charge le courrier, administrer les soldats qui sont partis au front, envoyer des renforts, armés et équipés, aux régiments d’active et de réserve en fonction des demandes (donc pas toujours vers les 149e et 349e R.I.).

Il doit également enregistrer et officialiser les décès, ce qui permettra aux familles de toucher les secours accordés. La bonne tenue des livrets matricules est également une charge qui lui incombe.

L’organisation des dépôts est si réussie qu’il n’y aura pas de crise majeure mettant véritablement la France en péril au début du conflit. En effet, c’est grâce à ses réserves que la bataille de la Marne ne tournera pas à une cuisante défaite. Les réserves stratégiques et celles des dépôts ont permis d’alimenter le front en troupe, y compris les unités décimées par les premiers combats, et ceci quitte à piocher dans les territoriaux du dépôt et des régiments.

Intéressons-nous maintenant plus particulièrement au dépôt du 149e R.I..

Celui-ci est en pleine effervescence dès le 31 juillet 1914. En effet, ce régiment, qui fait partie des troupes de couvertures, doit se tenir prêt à intervenir avant même que l’ordre de mobilisation générale ne soit prononcé. La 2e compagnie a quitté la caserne, peu après le lever du soleil. À pied, elle a pris la direction de Docelles pour y assurer la garde d’un tronçon de voie ferrée qui s’étend entre le village d’Arches et le tunnel de Bruyères.

Dans la nuit du 31 au 1er août, c’est au tour du reste du 1er et du 3e bataillon de quitter le dépôt. Le premier train s’éloigne de la gare spinalienne à 4 h 30.

Dans la matinée, le 2e bataillon laisse Épinal aux alentours de 10 h 00. Une fois les derniers hommes embarqués, la locomotive quitte la ville, entraînant ses wagons en direction de Bruyère.

En même temps, les premiers réservistes du 43e R.I.T. commencent à affluer à la caserne Courcy. La mobilisation générale n’est pas encore annoncée. Celle-ci ne sera officialisée qu’en fin d’après-midi, l’heure initiale étant fixée à minuit une minute dans la nuit du 1er au 2 août.

Les réservistes du 149e R.I. qui vont servir à la construction du 2e échelon du régiment, ainsi que les soldats et sous-officiers du 349e R.I.,rejoignent le dépôt à partir du 2 août.

Premier déménagement du dépôt

Trop d’hommes sont à prendre en charge. Les futurs soldats qui vont composer les 17e, 18e, 19e, 20e, 21e, 22e, 23e et 24e compagnies du 349e R.I. sont aussitôt dirigés sur la caserne Haxo qui se trouve à Golbey.

Quelques jours suffisent pour équiper et former le 2e échelon du 149e R.I. qui rejoint le 1er échelon dès le 4 août 1914. 

Pour éviter une saturation des bâtiments de la caserne Courcy, les 25e, 26e, 27e et 28e compagnies du 149e R.I. sont envoyées au dépôt de Langres dès le 4 août 1914. Ces compagnies prennent leurs quartiers dans le petit village haut-marnais de Jorquenay. Ainsi, seul le dépôt du 43e R.I.T. est maintenu à la caserne Courcy ; il sera rejoint plus tard par le 349e R.I.. Les premiers réservistes, rappelés le 2 août, du 349e R.I. rejoignent le front le 11 août 1914.

Envoi des premiers renforts :

Le mois d’août 1914, fut particulièrement éprouvant pour le 149e R.I., engagé dans les attaques qui eurent lieu dans les Vosges. Au cours des trois principales confrontations avec l’ennemi, les pertes sont très importantes. Mille six cent quarante-trois hommes ont été mis hors de combats.

Les_pertes_du_149e_R

Cela conduit logiquement à l’envoi de renforts parmi les réservistes restés au dépôt après chaque confrontation.

Renforts_envoyes_depuis_le_depot

Si nous comparons les différentes données, nous voyons que le nombre d’hommes envoyés par le dépôt ne correspond pas tout à fait à celui des pertes. Nous pouvons aisément imaginer que certains soldats considérés comme disparus ont pu regagner les rangs après les combats, comme pour la retraite d’Abrechviller, et que d’autres, légèrement blessés et rapidement remis sur pieds, ont rejoint, au plus vite, leurs compagnies.

La vie dans ce premier dépôt :

Fin août 1914, nouvelle mission pour le dépôt : instruire la classe 1914. Un témoignage, laissé par un Spinalien affecté au 149e R.I, nous donne quelques éclaircissements. La correspondance écrite par un soldat de cette classe nous permet d’en savoir un peu plus sur le village et sur le cantonnement. En voici quelques passages.

Marcel_Tarte

Fin août 1914, Marcel Tarte rejoint la ville de Langres.

« Ma feuille de route arrive les derniers jours d’août 1914.  J’étais mobilisé « immédiatement et sans délai ». Je partis le soir même pour être à Langres le lendemain, après une bonne dizaine d’heures de trajet. On prit le funiculaire pour accéder à la ville haute entourée de remparts. J’atterris à Jorquenay par Humes, un maigre village de la banlieue de Langres où le 149e R.I. logeait ses soldats… »

Il écrit ceci dans une lettre datant du 24 août 1914 :

« Je commence à m’y faire, j’ai passé une excellente nuit, nous avons de la paille,ce serait parfait sans les mouches et sans les puces…

…Nous sommes tous ici des Vosgiens, fils de cultivateurs. On dort, on mange, on fume… »

Jorquenay

Les hommes s’entraînent sur le plateau de manœuvres à proximité du village (visible sur le cliqué ci-dessus). La discipline est très dure et l’entraînement rude.

Très rapidement, les cantonnements s’avèrent être trop étroits. Un nouveau déplacement du dépôt est à envisager. À partir du 21 septembre 1914, les hommes s’installent à Rolampont, une commune située à six kilomètres de Jorquenay.

Cette arrivée est commentée dans une autre correspondance laissée par le soldat Marcel Tarte.

« Au soir, arrivée à Rolampont, là, couvre-feu et appel à 19 h 00, la soupe était prête à 19 h 30. Donc, jeûne et abstinence par cette journée de fatigue. Ce matin, réveil à 5 h 00, pour exercice, après une nuit totalement blanche. Pas de sac de couchage, pas de couverture, pas de paille… Il y a des choses qu’on n’avale pas, même par grande faim, les beaux discours dont sont nourris les soldats… »

Formation des jeunes classes

Entre la fin août et la première décade du mois de septembre 1914, tous les soldats de la classe 1914 sont appelés sous les drapeaux. Le soldat Jules Champion est du nombre.

Pour en savoir plus sur le soldat Jules Champion, il suffit de cliquer une fois sur le lien suivant :

Jules_Champion

Le soldat Marcel Tarte raconte à demi-mot ses conditions de vie dans une lettre adressée à sa famille, datant du 5 septembre 1914.

« Vous pouvez être tranquilles sur mon sort, je vis ma vie de soldat de 2e classe. Papa sait ce qu’elle est en temps de paix. En temps de guerre, c’est tout différent. Nous partirons bientôt au feu, mal préparé. L’exercice abrutit les hommes et n’en fait pas des soldats. Je ne demande qu’une chose ; avoir un peu plus d’entraînement et de tir pour quitter ce maudit patelin. Donc, rien de pratique, et nous partirons mauvais soldats, malgré le bon vouloir de tous… »

La formation de la classe 1914 touche à sa fin. Quelques jours après la Toussaint, un nombre important de soldats de cette classe quittent le dépôt pour rejoindre le 149e R.I. qui combat en Belgique. Le soldat Marcel Tarte fait partie de ce groupe.

Le soldat Jules Champion, quant à lui, ne partira qu’à la fin du mois de mai 1915.

Les premiers éléments de la classe 1915 arrivent en décembre 1914. Le 19, le soldat Lavocat est à Rolampont.

Pour en savoir plus sur le soldat Lavocat, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Marcel_Georges__Maurice_Lavocat

Un dépôt abondamment photographié

On le sait peu, mais une très large proportion des photos cartes de soldats prises pendant la guerre l'ont été au dépôt. À l'arrivée, au cours d'exercices, de manoeuvres, en groupe, individuellement, certains détails trahissent l'éloignement du front.

De très nombreux clichés ont été réalisés par un photographe ambulant qui se déplaçait régulièrement à Rolampont pour « immortaliser » sur le papier des groupes de soldats appartenant au 149e R.I..

Des prises de vue datant de la même période sont retrouvées rien qu'en observant les lieux photographiés. De même, les uniformes disparates, la jeunesse de certains visages, mais surtout le numéro de compagnie trahissent le cliché pris au dépôt.

Groupe_149e_R

Groupe_149e_R

Groupe_149e_R

Des territoriaux au dépôt

Depuis la loi du 4 août 1914, tout homme peut être envoyé indistinctement vers un R.I., un R.I. de réserve ou un R.I. territorial. Les pertes considérables du début du conflit obligèrent l’appel de territoriaux pour disposer rapidement de nouveaux renforts destinés au 149e R.I.. Un gros contingent d’hommes, provenant des 34e R.I.T. de Fontainebleau et du 115e R.I.T. de Marseille, est prélevé sur ces régiments. Il doit servir à combler les effectifs manquants du régiment ; il est mis à la disposition du dépôt à la fin du mois de septembre 1914. Eugène Coffinet est parmi eux.

Pour en savoir plus sur le soldat Coffinet, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Eugene_Coffinet

Dans son carnet de guerre, le soldat Coffinet évoque son passage à Rolampont. Il rédige le texte suivant :

« Jeudi 1er octobre 1914 : Départ pour Rolampont où nous arrivons à 10 h 00. Nous sommes versés au 149e R.I.. Je suis à la 5e section de la 27e compagnie.

Vendredi 2 octobre : Service en campagne

Samedi 3 octobre : Tir au champ de tir de Langres

Dimanche 4 octobre : Repos, pêche

Lundi 5 octobre : Exercices

Mardi 6 octobre : Service à la gare

Mercredi 7 octobre : Je reçois la lettre d’avis d’un colis reçu à la gare de Neuilly-l’Évêque.

Jeudi 8 octobre : Tir. Je reçois mon paquet

Vendredi 9 octobre : Exercice, causerie sur la guerre avec le commandant

Samedi 10 octobre : Services des places

Dimanche 11 octobre 1914 : Revue et remise de la Médaille militaire à un adjudant qui a le bras coupé, à un sergent de l’active blessé et qui a fait un fait d’armes.

Lundi 12 octobre : Exercice

Mardi 13 octobre : Tir et marche militaire

Mercredi 14 octobre : Exercice le matin et repos l’après-midi. On nous avertit de nous tenir prêts à partir.

Jeudi 15 octobre : Tir avec marche de 30 km

Vendredi 16 octobre : Exercice

Samedi 17 octobre : Exercice

Dimanche 18 octobre ; Revue

Lundi 19 octobre : Tir

Mardi 20 octobre : Exercice

Mercredi 21 octobre : Exercice et repos l'après-midi

Jeudi 22 octobre : Tir

Vendredi 23 octobre : Vaccination contre la fièvre typhoïde

Samedi 24 octobre : Repos pour la fièvre

Dimanche 25 octobre : Revue d’arme à 9 h 00

Lundi 26 octobre : Exercice

Mardi 27 octobre : Service en campagne

Mercredi 28 octobre : Exercices et repos

Jeudi 29 octobre : Tir

Vendredi 30 octobre : Vaccination

Samedi 1er novembre : Revue, promenade et visite à la cascade et à l’usine électrique

Dimanche 2 novembre : Exercice

Lundi 3 novembre : Service en campagne

Mardi 4 novembre : Marche militaire

Mercredi 5 novembre : Nous nous préparons à partir. Équipement

Jeudi 6 novembre : Équipement et préparatifs de départ. Départ à 3 12

Même si son écrit reste peu détaillé, grâce à lui, nous avons pu nous faire une idée plus précise sur le vécu quotidien d’un soldat au dépôt de Rolampont.

Le dépôt au 1er février 1915

Un rapport d’inspection, réalisé le 1er février 1915, permet de nous en apprendre encore plus sur le fonctionnement du dépôt du 149e R.I. (le 349e étant toujours à Épinal, il n’est pas inclus dans ce rapport).

On y trouve une organisation très stricte et précise des effectifs. Le dépôt est placé sous les ordres du commandant Joseph Baptiste Gaudérique Berjouan.

Les 25e, 26e 27e et 28e compagnies du 149e R.I. qui alimentent le régiment actif instruisent 1619 jeunes soldats, dont :

1195 recrues de la classe 1915                                               

38 engagés volontaires

386 rappelés et ajournés

Formation d’un nouveau bataillon

Quarante bataillons sont formés par la circulaire ministérielle du 25 janvier 1915, n° 1056 1/11 qui donne naissance aux régiments de la série 400. Cinq des 20 officiers du dépôt du 149e R.I. sont affectés au nouveau bataillon mis en place par le dépôt du 170e R.I..

Les difficultés de la structure :

 Au point de vue de l’encadrement, la situation reste précaire. Nous venons de voir que 5 officiers viennent d’être affectés à la création d’un nouveau bataillon. Parmi ceux qui restent, neuf sont des blessés, momentanément inaptes. Plusieurs d’entre eux doivent se rendre régulièrement à Lyon ou à Bourbonne-les-Bains, pour y suivre des traitements. Les autres sont des comptables ou des médecins inaptes à la campagne. Deux seulement sont mobilisables.

Des trois compagnies d’instruction à 600 hommes, une seule est suffisamment bien commandée par un officier qui va bientôt prendre le commandement du dépôt. Il devra donc quitter son poste. Les deux autres compagnies sont aux mains, l’une d’un capitaine de l’armée territoriale, sans grande énergie, l’autre d’un lieutenant de réserve, non préparé à cette tâche écrasante.

Cette situation existe depuis le début du mois de janvier 1915. Le rapporteur n’est pas très optimiste quant au règlement de cette difficulté d’encadrement. Elle peut se prolonger. Il conviendrait d’attribuer quelques officiers de plus à ce dépôt.

 L’instruction rencontre des difficultés matérielles. Comme dans tous les dépôts d’infanterie de Langres, le nombre de fusils modèle 86-93 est insatisfaisant. Il y a un fusil pour deux hommes à instruire. Le dépôt n’a pas encore reçu les fusils modèle 74 qui lui ont été annoncés en remplacement. On voit, sur le terrain de manœuvre, un mois et demi après l’incorporation, des compagnies équipées, sac au dos, mais manœuvrant sans armes.

La situation sanitaire du dépôt est passable. Le froid est vif à Langres et la plupart des jeunes soldats de ces dépôts, de même que les éclopés et les blessés guéris qui vont retourner sur le front, occupent les villages des environs, les mêmes cantonnements depuis le mois de septembre. Les responsables se sont efforcés de rendre plus confortables les lieux en surélevant les lits de campagne en paille, en bouchant les ouvertures, en tendant des toiles sous les toitures à jour et en donnant, à chaque homme, deux demi-couvertures.

Groupe_149e_R

La moyenne des hommes qui se présentent chaque matin à la visite est de 150 pour un effectif moyen de 2600. Quarante hommes par mois sont évacués sur l’hôpital de Langres. Quarante-six cas de scarlatine se sont déclarés depuis l’installation de ce dépôt dans le village de Rolampont. Deux cas de typhoïde et un cas de rougeole ont été observés. Cette situation ne présente, pour l’inspecteur, rien d’alarmant.

La vaccination antityphoïdique des jeunes soldats de la classe 1915 (4 piqûres) est terminée. Les blessés rentrant quotidiennement au dépôt sont vaccinés à leur arrivée.

Le dépôt possède, à la date du 2 février 1915 :

9 aspirants,

10 élèves officiers de réserve détachés au peloton spécial des 21e et 221e à Langres.

9 caporaux B.A.M. candidats sous-officiers, chefs de section.

Le dépôt a envoyé à la Valbonne, et envoie actuellement à Besançon, ses équipes de mitrailleurs.

Les ateliers du dépôt font ce qu’ils peuvent, mais leur rendement journalier, qui n’est pourtant pas négligeable, entraîne seulement la fabrication de 10 capotes, de 20 pantalons, de 13 paires de brodequins, de 30 cartouchières et de 30 quarts. Cette fabrication serait bien supérieure s’ils pouvaient se réinstaller dans les locaux d’Épinal.

L’auteur du rapport préconise le rapatriement du dépôt du 149e R.I. à Épinal. En effet, la place ne risque plus d’être investie par les Allemands et cela permettrait d’essayer de faire face aux difficultés d’encadrement et de matériel.

Des casernements sont devenus disponibles, les anciens bureaux, magasins et ateliers de la caserne Courcy se sont libérés et la main d’œuvre civile est prête à prêter main-forte à l’armée.

Si les effets de ce rapport au niveau local sont inconnus, il eut probablement un effet sur l’organisation générale du dépôt : les 25e, 26e, 27e et 28e compagnies du 149e R.I. réintégrèrent la caserne Courcy le 16 mars 1915.

Un rapport, réalisé en 1916, va permettre de savoir si les problèmes furent réglés par le retour du dépôt à Épinal et quelles furent les évaluations données à la structure.

Sources :

« Des tranchées à la médecine de campagne, Marcel Tarte, un Lorrain dans le XXe siècle tourmenté. » de Martine Huot-Marchand. Éditions Gérard Louis. 2015.

Témoignage inédit extrait d’un petit carnet rédigé par le soldat Eugène Coffinet retranscrit par son petit-fils G. Coffinet et sa famille.

Rapport d’inspection du dépôt du 149e R.I. datant du 1er février 1915. S.H.D. de Vincennes Cote 16 N 416.

J.M.O. du 149e R.I. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 696/8.

J.M.O. du 349e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 758/9.

J.M.O. du 43e R.IT.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 783/1.

Un grand merci à M. Bordes, à M. Huot-Marchand, à S. Agosto, à A. Carobbi à G. Coffinet et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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02 mars 2018

Charles Honoré Alfred Boissenin (1895-1917).

Charles_Honor__Alfred_BOISSENIN

Charles Honoré Alfred Boissenin voit le jour le 18 octobre 1895 dans la petite commune de Consolation-Maisonnettes. Ce petit Doubien est le fils de Paul Joseph, un homme alors âgé de 30 ans, qui exerce le métier de scieur, et de Marie Philomène Léoutre.

Chaque nouvelle naissance dans la famille est marquée par un changement de domicile.

Les motifs qui pourraient expliquer ces nombreux déplacements ne sont pas connus. Ont-ils été provoqués pour des raisons professionnelles ? Des problèmes familiaux ? D’autres causes ?

Les Boissenin finissent par se fixer à Laval-le-Prieuré.

La mère décède à l’âge de 28 ans, quelques semaines après avoir mis au monde son 4e enfant, une petite fille qui, elle-même, n’a pas survécu.

Genealogie_famille_Boissenin

Les recensements des années 1906 et 1911 de la commune de Laval-le-Prieuré nous apprennent que la famille Boissenin demeure très précisément au hameau Sur-le-Lac. La sœur du père, Élisa et son époux, Alfred Léoutre, vivent avec eux. Cet oncle est devenu tuteur légal de Charles Alfred Boissenin. Jusqu’à ce jour, aucun document ne permet de savoir si ce dernier a également été désigné pour gérer les biens de l’ensemble de la fratrie.

Le fils aîné de Paul Joseph Boissenin quitte le pupitre de l’école communale en sachant lire, écrire et compter. Avec son frère cadet, ils vont tous deux travailler comme scieurs dans l'entreprise familiale.

L’année de ses 19 ans, Charles se retrouve classé dans la 1ère partie de la liste de l’année 1914 du canton de Russey. Sa classe est mobilisée avant l’heure, pour cause de guerre. Le jeune homme doit rejoindre la préfecture vosgienne le 18 décembre 1914 pour aller s’installer dans une des chambrées du dépôt du 170e R.I.. Il a peu de temps pour apprendre à manier correctement le Lebel et pour se forger à la discipline militaire.

Après ses classes, il est affecté au 149e R.I.. Le soldat Boissenin rejoint ce régiment engagé dans un secteur particulièrement exposé près d’Aix-Noulette, dans le Pas-de-Calais. Le jeune homme se retrouve dans la zone des armées à compter du 1er mai 1915. Pour cette période, le numéro de sa compagnie n’est pas connu.

Il y a de fortes probabilités pour que Charles Boissenin ait participé aux combats qui se sont déroulés en Artois en mai et en juin 1915. Il sort indemne de ces épreuves.

Au début de l'automne 1915, le 149e R.I. est engagé dans une nouvelle offensive qui débute le 25 septembre 1915, dans le secteur du bois en Hache. Charles Boissenin est évacué vers l’arrière deux jours plus tard. Les circonstances qui l'amènent à quitter la zone des combats ne sont pas identifiées.

De retour au front le 11 novembre 1915, il est nommé caporal le 25 janvier 1916, puis sergent le 29 avril. Cette nomination à ce grade s’effectue quelque temps après l’engagement de son régiment dans la bataille de Verdun. Plusieurs de ses compagnies ont lutté à deux reprises dans le secteur du village de Vaux-devant-Damloup et du fort de Vaux.

Début septembre 1916, le régiment participe à la bataille de la Somme pour tenter de reprendre aux Allemands le village de Soyécourt. L’opération est un succès. C’est à cette occasion que le sergent Boissenin gagne sa citation à l’ordre de la brigade.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette période, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Ruines_de_l_eglise_de_Soyecourt

Durant l’année 1917, le 149e R.I. occupe plusieurs secteurs à proximité du chemin des Dames. Pendant plus de dix mois, il ne sera jamais engagé dans une grande offensive. Ce n’est que le 23 octobre que ses bataillons participeront à la bataille de la Malmaison.

Ce jour-là, l’adjudant Boissenin commande une section de la 2e compagnie du 149e R.I.. Son unité, qui se trouve sous les ordres du capitaine Robinet, s’apprête à bondir en direction des tranchées ennemies.

C’est au cours de la première phase de cette attaque que ce sous-officier trouve la mort, touché à la tête par une balle de mitrailleuse ennemie.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_149e_R

Le sergent-major Georges Grumbach et le caporal Jacques Deveaud témoignent de son décès.

Le 28 janvier 1918, son acte de décès est transcrit par erreur à la mairie de Laval. Enregistré dans les registres des actes d’état civil de cette ville, il aurait dû être envoyé à la mairie de Laval-le-Prieuré.

Enterré dans un premier temps dans le cimetière de Billy-sur-Aisne, son corps, non réclamé par la famille, est transféré dans les années 1920.

Charles Honoré Alfred Boissenin repose actuellement dans la nécropole nationale de Soupir n° 1. Sa sépulture porte le numéro 4432.

Sepulture_Boissenin

L’adjudant Boissenin a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre du régiment :

« Gradé dévoué et courageux, au front depuis 10 mois. Pendant la dernière période de tranchées, s’est présenté volontairement pour faire toutes les patrouilles et placer les défenses accessoires dans des circonstances très périlleuses. »

Citation à l’ordre de la brigade n° 61 du 14 septembre 1916 :

« Sous-officier très énergique, d’un courage calme, a commandé avec distinction, sa section à l’attaque du 4 septembre et jours suivants. »

Citation à l’ordre de l’armée (publication dans le J.O. du 19 décembre 1919).

« Chef de section modèle, d’un courage admirable. À l’attaque  du 23 octobre 1917,  a brillamment entraîné sa section à l’assaut des positions allemandes. Arrêté par un tir de mitrailleuses, est tombé glorieusement pendant qu’il regroupait ses hommes pour les entraîner à nouveau. A été cité. »

Le nom de cet homme est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Laval-le-Prieuré.

Charles Boissenin ne s’est pas marié et n’a pas eu de descendance ; il venait de fêter ses 22 ans.

Sources :

Livre d’or « les enfants du canton du Russey 1914-1918 » de Maurice Vermot.

La fiche matricule de ce sous-officier a été consultée sur le site des archives départementales de Besançon.

La photographie de la sépulture de Claude Boissenin a été réalisée par M. Chevalier.

Les registres d’état civil du Doubs n’ont pas été numérisés. Il a tout de même été possible de compléter la généalogie de la famille Boissenin trouvée sur « Généanet », en consultant les registres de recensement des années 1906 et 1911 sur le site des archives départementales.

Un grand merci à M. Bordes, à P. Baude à A. Carobbi, à M. Chevalier, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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