04 août 2017

Quelques livres d'or (6).

Livres d'or 7

Voici trois noms de soldats du 149e R.I. qui sont inscrits dans trois livres d’or différents.Les informations qui se trouvent à l’intérieur de ces petits ouvrages sont très succinctes, voire réduites au strict minimum. 

École Ozanam Livre d’or de la guerre 1914-1918

Jean Mignot : soldat au 149e R.I., mort à Revigny le 20 juin 1916.

Livre d’or des collaborateurs de la Compagnie Générale d’Électricité morts pour la France 

Gustave  Bontent : Compagnie Lorraine d’Électricité. Soldat au 149e R.I.. Mort pour la France le 25 août 1914 à Bazien (Vosges). Décoré de la Médaille militaire.

A.E.L. Association des anciens élèves des lycées de Lyon 

Ambroise Suchet, mort au champ d’honneur, le 16 juin 1915 à l’âge de 22 ans.

Sergent au 149e R.I., cité à l’ordre de l’armée. Croix de guerre avec palme.

Références bibliographiques :

« École Ozanam Livre d’or de la guerre 1914-1918 » Lyon P. Lagrange et Cie, imprimeurs. 1919.

« Livre d’or des collaborateurs de la Compagnie Générale d’Électricité morts pour la France ».

« A.E.L. Association des anciens élèves des lycées de Lyon ». Livre d’or de la grande guerre 1914-1918. Lyon imprimerie  A. Rey. 1921.

Un grand merci à P. Baude.

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11 août 2017

Paul Marie Jules Nancey (1889-1914).

Paul Marie Jules Nancey

Le 25 novembre 1895, le jardinier Joseph Théodule Nancey épouse, en secondes noces, Marie Othélie Robinot dans la commune haut-marnaise de Poulangy. De cette union naîtront 7 garçons et une fille. Paul Marie Jules Nancey, cinquième enfant de la fratrie, naît le 7 août 1889 au  domicile parental.

Paul passe toute son enfance à Poulangy avec sa sœur, sa demi-sœur et ses frères. Il apprend à lire, écrire et compter à l’école communale du village, il sait également monter et soigner les chevaux.

Lorsqu’il est en âge d’aller effectuer ses obligations militaires, il se rend à Nogent pour se présenter devant le conseil de révision. Au moment de son passage devant les médecins militaires, il mesure 1,65 mètre et pèse 60 kg.

Paul Nancey est classé dans la 1ère partie de la liste de l’année 1910.

Il doit se rendre à Épinal, dans une des compagnies du 149e R.I., pour être formé au métier de soldat. Il arrive au corps le 3 octobre 1910. Une fois la conscription terminée, il peut retourner à la vie civile avec l’obtention de  son certificat de bonne conduite. En dehors des périodes d’exercices obligatoires, il espère travailler à  son métier de jardinier, en toute tranquillité, durant de longues années...

Août 1914, les plus jeunes classes des réservistes ont l’obligation de rejoindre au plus vite leur régiment d’affectation. La guerre contre l’Allemagne est inévitable. Paul Nancey réintègre le dépôt du 149e R.I. dès le 1er août 1914, avant même la mobilisation. En effet, le 149e R.I. fait partie des troupes de couverture chargées d’empêcher une attaque ennemie brusquée. De ce fait, ses effectifs et son dépôt doivent être mis sur le pied de guerre le plus vite possible, conformément au plan de mobilisation.

Paul Nancey ne fait toutefois pas partie des réservistes partis immédiatement compléter le régiment. Il rejoint le dépôt de Jorquenay situé près de Langres, dépôt qu’il quittera le 14 août. Il a donc bénéficié de quelques jours d’entraînement pour se préparer et se réhabituer à la vie de soldat.

 Il y a de fortes probabilités pour que ce soldat fasse partie des effectifs qui constituent l’un des deux groupes de soldats qui arrivent en renfort le 16 août 1914. L’ensemble de ces hommes est rapidement réparti dans les compagnies du régiment qui ont été les plus éprouvées durant les combats du Renclos-des-Vaches. Paul Nancey est affecté à la 12e compagnie, unité qui se trouve dans le secteur du Haut-de-Steige. Le soir du 17 août, il dort près de Ranrupt.

Le lendemain, une longue marche l’attend.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte 1 journee du 18 aout 1914

Le 19 août sa compagnie arrive à Abrechviller en  début d’après-midi.

Deux jours plus tard, Paul Marie Jules Nancey participe aux combats qui se déroulent au nord de ce village.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

groupe 149e

Il survit à cette première épreuve. Mais très vite la chance va tourner. Son régiment est à nouveau engagé dans des combats qui vont avoir lieu près de Ménil-sur-Belvitte les 25 et 26 août 1914. Les pertes vont être importantes.

Le nom du soldat Nancey figure dans la liste des disparus qui se trouve dans le J.M.O. du 149e R.I.. Parmi les autres soldats inscrits dans les colonnes, il y a son frère Joseph.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

149e groupe

Leur père, Joseph Théodule Nancey, fait des démarches auprès du Comité International de la  Croix Rouge. Il espère qu’au moins un de ses deux fils est peut-être détenu en Allemagne.

Fiche C

Le décès du Paul Nancey ne sera validé que le 11 mai 1920 par le tribunal civil de Chaumont qui officialisera la date de sa mort au 25 août 1914.

Le soldat Nancey est inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire à titre posthume, dans le J.O. du 4 janvier 1923 « Brave soldat, tombé glorieusement pour la France, le 25 août 1914, à Menil-sur-Belvitte, en faisant courageusement son devoir »

Décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze.

Paul Marie Jules Nancey est resté célibataire. Il n’y a pas de sépulture connue pour ce soldat qui est décédé à l’âge de 25 ans.

Sources :

La fiche signalétique et des services et l’acte de naissance du soldat Nancey ont été consultés sur le site des archives départementales de la Haute-Marne.

L’acte de décès de ce soldat m’a été envoyé par la mairie de Poulangy.

Le J.O. du 4 janvier 1923 a été lu sur le site « Gallica ».

J.M.O. du 149e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 696/8

La photographie de la plaque émaillée figurant sur le montage a été réalisée par P. Baude.

Un grand merci à M. Bordes, à P. Baude, à A. Carobbi, aux archives départementales de la Haute-Marne, à la mairie de Poulangy et au Service Historique de la Défense de Vincennes. 

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18 août 2017

Quelques livres d’or (7).

Livres d'or 7

À l’intérieur de ces trois livres d’or figure un nom de soldat du 149e R.I..Les notices concernant ces hommes sont, une fois de plus, très mal renseignées.

Livre d’or de l’académie d’Alger

Marie Auguste Xavier Graillet : instituteur à Bône, soldat puis caporal au 149e R.I..

« Soldat toujours brave et plein d’entrain. Deux fois blessé (ordre du régiment, 10 juillet 1917) »

Disparu le 15 juillet 1918 au Trou Bricot (Marne).

Livre d’or des anciens élèves des écoles dominicaines d’Albert Legrand, d’Orgueil (Seine), de Lacordaire et Saint-Dominique (Paris)

Maurice Reigneau : sous-lieutenant au 149e R.I. tué au fort de la Malmaison (Aisne), le 23 octobre 1917.

« Le séjour aux tranchées est pénible, mais l’on n’y pense pas, c’est pour la France, c’est pour la victoire finale que nous travaillons et nous ne devons pas penser à nous-même. Je ne désire qu’une chose : voir une trouée faite, et aller chevaucher dans les lignes des Allemands, leur couper les vivres, le ravitaillement. Pourvu que Dieu continue à nous aider, et que la victoire soit proche (lettre au P. Le Roy) »

Livre d’or du Lycée de Montpellier

Félix Reboul : né le 21 octobre 1887 à Saint-Geniès-des-Mourgues (Hérault). Garçon d’infirmerie depuis 1909. Mort pour la France.

Soldat au 149e R.I., il tombe, mortellement frappé, le 17 août 1915 à Aix-Noulette. La Médaille militaire a été attribuée à sa mémoire, avec la citation suivante :

«Très bon soldat, ayant toujours fait preuve des plus belles qualités. Tombé au champ d’honneur, le 17 août 1915 à Aix-Noulette.»

Références bibliographiques :

« Académie d’Alger morts pour la France » 1914-1918.

Père Métayer dominicain. « Nos anciens élèves des écoles dominicaines d’Albert Legrand, d’Orgueil (Seine), de Lacordaire et Saint-Dominique (Paris). « Ce qu’ils furent… Ce qu’ils nous disent…» Lyon, imprimerie des missions africaines, 150 cours Gambetta.1934.

Association amicale des anciens élèves du lycée de Montpellier. Livre d’or du lycée guerre 1914-1919. Montpellier, imprimerie de la manufacture de la Charité. La Pierre Rouge.1927.

Un grand merci à M. Bordes et à P. Baude.

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25 août 2017

Marie Lucien Joseph Nancey (1888-1914).

Marie_Lucien_Joseph_Nancey

Marie Lucien Joseph Nancey voit le jour dans la maison de ses parents à Poulangy, une commune située dans le département de la Haute-Marne, le 7 juillet 1888. À sa naissance, son père, Joseph Théodule, est un homme âgé de 34 ans qui exerce le métier de jardinier. Sa mère, Marie Othélie Robinot, âgée de 29 ans, est sans profession.

De cette union naîtront 7 garçons et une fille. Marie Lucien Joseph sera le second de la fratrie.

Enfant, Joseph grandit dans son petit village natal avec sa demi-sœur, née d’un premier mariage du père, sa sœur et ses frères. Il quitte la communale après avoir obtenu son certificat d’étude. Joseph a pu apprendre à soigner et monter les chevaux.

En 1906, Joseph Nancey travaille comme jardinier dans une petite entreprise dirigée par son père, profession qu’il exercera jusqu’au moment d’aller faire son service militaire.

À l’âge de vingt ans, le jeune homme se présente devant le conseil de révision de Nogent. En parfaite santé, il est automatiquement classé dans la 1ère partie de la liste de l’année 1909.

Affecté au 149e R.I., Joseph Nancey doit rejoindre le régiment qui est caserné à Épinal, le 6 octobre 1909.

Après avoir vécu deux années de vie de soldat, il passe dans la disponibilité de l’armée active le 24 septembre 1911, avec l’obtention du certificat de bonne conduite.

C’est le retour à la vie civile. Il retrouve son emploi de jardinier dans la petite entreprise familiale.

En 1913, Joseph Nancey doit se rendre à la caserne du 149e R.I., pour y effectuer une période d’exercices qui se déroule entre le 20 août et le 20 septembre. Le 24 novembre, il épouse Valentine Ambroisine Didelot. Leur union durera moins d’un an.

La guerre contre l’Allemagne débute dans les tout premiers jours du mois d’août 1914.  Comme des centaines de milliers d’hommes à travers la France, Joseph est rappelé par décret du 1er août. Il doit rejoindre le dépôt du régiment le jour même. Il fera le voyage jusqu’à Épinal, en compagnie de son frère, qui est également mobilisé à la même date. Joseph intègre ensuite la 28e compagnie du dépôt de Langres.

Le soldat Nancey quitte Jorquenay, une annexe du dépôt de Langres, le 23 août 1914.

Il fait partie des effectifs d’un détachement de 250 réservistes qui doit servir à combler les pertes récentes du 149e R.I.. En effet, le régiment a été sérieusement éprouvé durant les combats qui se sont déroulés dans le secteur d’Abreschviller.

Sous l’autorité du capitaine Ravon, le groupe attend le 2e et le 3e bataillon du 149e R.I. qui doivent arriver à Ménil-sur-Belvitte dans la soirée, aux alentours de 20 h 00. Joseph Nancey est affecté à la 10e compagnie.

Il n’a pas vraiment eu le temps de faire véritablement connaissance avec ses camarades fatigués par les épreuves des jours précédents. Le régiment bat en retraite depuis le repli d’Abreschviller. Le soldat Nancey doit rapidement se préparer à combattre. Il ne survit pas au premier engagement qui a lieu trois jours plus tard.

Le nom de Joseph Nancey est inscrit dans la liste des disparus qui se trouve dans le J.M.O. du 149e R.I.. Parmi les autres noms de soldats figurant dans les colonnes, il y a également celui de son frère Paul.

Pour bien comprendre les évènements qui se sont déroulés durant les journées du 25 et du 26 août 1914, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

149e_groupe_de_Soldats

Leur père, Joseph Théodule Nancey, effectuera une recherche auprès du Comité International de la Croix Rouge. L’infime espoir de retrouver un de ses fils vivant restera vain.

Fiche_C

Le décès de Joseph Nancey est officialisé le 22 juin 1920 par le tribunal civil de Chaumont qui valide la date de sa mort au 26 août 1914.

Le soldat Nancey est décoré de la Médaille militaire et de la croix de guerre avec étoile de bronze à titre posthume dans les années vingt.

Joseph Nancey est décédé à l’âge de 26 ans, il n’y a pas de sépulture connue pour cet homme.

Sources :

Le site des archives départementales de la Haute-Marne ainsi que ceux de « Mémoire des hommes », et du Comité International de la Croix Rouge ont été consultés pour réaliser cette petite note biographique.

L’acte de décès de ce soldat m’a été envoyé par la mairie de Poulangy.

J.M.O. du 149e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 696/8.

La photographie représentant un groupe de soldats est antérieure à août 1914.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, aux archives départementales de la Haute-Marne, à la mairie de Poulangy et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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01 septembre 2017

Le bois Étoilé, août 1916…

Bois Etoile

Dans son témoignage réalisé après-guerre, Paul Portier évoque son arrivée dans la Somme après avoir séjourné en Champagne, du côté de la butte de Tahure et de Mesnil.

En attendant d’être véritablement engagée dans les combats qui vont se dérouler dans le secteur de Soyécourt, sa compagnie de mitrailleuses prend position dans le bois Étoilé.

« Nous venons de quitter la Champagne, où nous avons eu la chance de passer quelque temps dans le calme.

Après un voyage comme beaucoup d’autres, sans confort et d’une lenteur désespérante, nous débarquons le 13 août à 9 h 00, à Crèvecœur-le-Grand dans l’Oise, pour prendre la route et nous rendre au Saulchoy où nous cantonnons.

Notre séjour ici ne paraît pas devoir durer très longtemps. Nous nous trouvons à l’arrière du front de la Somme ; il est certain que nous allons être bientôt engagés dans la bataille, dans un délai relativement court.

Le 18 août, en effet, nous quittons Le Saulchoy à 2 h 45 pour embarquer en automobiles à 7 h 30, à la sortie ouest de Francastel. Le débarquement s’effectue à 11 h 30 à Harbonnières, où nous restons une partie de la journée.

Le soir, déjà tard dans la nuit, nous relevons, dans les positions du bois Étoilé, les mitrailleurs du 233e R.I.. La relève est faite dans le calme. Le secteur est peu agité, bien qu’à sa gauche, sur Péronne, règne une vive activité des artilleries.

Carte du bois Etoile dessine par Paul Portier

Le 19, la journée est assez calme, mais toujours à notre gauche, l’artillerie demeure active.

Depuis notre arrivée ici, j’assure la liaison. C’est un dur métier, surtout dans un secteur dont nous ignorons encore tout.

Le 21, je descends chercher la relève du 166e R.I. à l’entrée du boyau Collet à Herville. L’artillerie allemande se réveille un peu et arrose nos boyaux de communication. Néanmoins, la relève s’effectue bien et nous descendons à Harbonnières où nous cantonnons la journée du 22.

Le 23 à 5 h 40, nous faisons mouvement sur Guillaucourt.

Dès notre arrivée, les Allemands envoient quelques obus dans les environs de la gare, sans d’ailleurs occasionner de pertes ni dégâts.

Le 24, à 16 h 00, nouveaux bombardements, sans plus de mal que la veille.

Le 26, à 16 h 00, nous nous mettons en route pour monter en ligne près du village de Soyécourt où nous devons relever, à la tranchée du Seigneur, la 3e C.M. du 149e R.I..

Nous passons par Harbonnières, Framerville, le ravin de Rainecourt, le ravin d’Herleville, le boyau C.6 et la tranchée des Abris. Nous parvenons à la tranchée du Seigneur, laquelle est située au nord du village de Soyécourt. Notre artillerie est très active et les Allemands ripostent assez vivement sur nos tranchées.

Carte 1 Paul Porte la Somme

La journée du 27 est relativement calme.

Le 28, de 6 h 00 à 10 h 00, notre artillerie effectue sur les positions adverses un tir assez violent dans tout le secteur. L’artillerie de tranchée s’en mêle aussi et bientôt la riposte arrive dans toute sa brutalité. Nos tranchées sont violemment prises à partie.

Le 29 août, la même activité continue. La 2e compagnie de mitrailleurs du lieutenant Auvert nous relève dans la nuit. Nous descendons cantonner dans les bivouacs, près d’Ignaucourt, où nous arrivons le 30 à 5 h 00. La relève est très pénible, il pleut… »

Sources :

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

J.M.O. du 3e B.C.P. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N. 816/3.

La carte qui indique les tranchées des Abris et du Seigneur est extraite du J.M.O. du 3e B.C.P..

Paul Portier figure au premier plan sur la photographie qui a été réalisée dans le secteur de la Somme. Ce cliché est non daté.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à la mairie de Vienne.

 

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08 septembre 2017

Henri Maxime Joseph Collin (1894-1916).

Album B

Henri Maxime Joseph Collin est né le 29 août 1894 dans le quartier de Chalon à Saint-Bardoux, une petite commune qui se trouve dans le département de la Drôme. À sa naissance, son père, prénommé Pierre, travaille la terre pour nourrir sa famille. Cet homme est âgé de 35 ans. La mère, Marie Antoinette Pipat, est âgée de trente ans quand elle met au monde son deuxième enfant. Elle n’exerce pas de profession. Albert, le frère aîné, a 11 ans.

En 1901, Pierre, le chef de maison, devient patron. Il cultive maintenant des terrains dont il n’est probablement pas propriétaire, partageant le fruit de ses récoltes avec celui qui les possède.

En 1906, les Collin sont installés dans le quartier Tavasse qui se trouve à l’intérieur de la commune de Marsaz. La date exacte de leur arrivée dans ce village n’est pas connue. Le père gagne sa vie comme fermier sur des terres qui appartiennent à la famille Chanal. 

À cette époque, Henri, qui a maintenant une douzaine d’années, sait lire et écrire ; il fréquente peut-être encore l’école communale du village. Sa fiche signalétique indique un degré d’instruction de niveau 2, ce qui veut dire qu’il n’a pas poussé très loin sa scolarité. Son frère Albert, beaucoup plus âgé, est employé chez le père.

En 1911, Pierre Collin est toujours patron. Ses deux fils, Albert, qui est revenu du service militaire effectué au 13e régiment de chasseurs à cheval en septembre 1909, et Henri, âgé de 17 ans, travaillent avec lui comme ouvriers agricoles.

Trois ans plus tard, c’est la déclaration de guerre contre l’Allemagne. En août 1914, Henri Collin bénéficie encore quelque temps de la vie de civil. Faisant partie de la classe 1914, il ne sera incorporé qu’au mois de septembre. Le 4, il intègre le 22e R.I., un régiment dont les casernes se trouvent à Bourgoin et à Sathonay-Camp, il arrive au corps deux jours plus tard, le temps de faire son instruction.

Fin septembre 1915, il apprend qu’il est versé au 158e R.I..

Le 28, le régiment reçoit deux détachements de renforts : le premier, en provenance du dépôt de Lyon, le second, arrivant du 9e bataillon du 149e R.I.. L’histoire ne dit pas avec lequel des deux il a rejoint le 158e R.I..

Durement éprouvé, ce régiment vient de participer à deux journées d’attaques dans le secteur du bois en H. Il faut reconstituer les effectifs. Le soldat Collin intègre la 7e compagnie.

Le 29 janvier 1916, il est affecté à la 1ère compagnie de mitrailleuses de la 86e brigade. Les hommes de cette brigade s’apprêtent à quitter le front d’Artois. Ils sont en plein préparatif de départ pour rejoindre le camp de Riquier situé dans la Somme.

Début mars 1916, la compagnie de mitrailleuses du soldat Collin est engagée, avec le reste de la brigade, dans la bataille de Verdun entre le 7 mars et le 7 avril 1916.

Le 24 avril 1916, Henri Collin est muté à la 3e compagnie de mitrailleuses du 149e R.I., qui est, à cette période, la compagnie de mitrailleuses de la 85e brigade. Cette unité est commandée par le capitaine Mougel qui a sous ses ordres directs les sous-lieutenants Durupt et Piéfroid.

La 85e brigade quitte la Meuse pour aller s’installer dans un secteur beaucoup plus calme. Elle prend position en Champagne, du côté de la butte de Tahure et de Mesnil.

Ce n’est qu’au mois de septembre que cette bigade participera, de nouveau, à de violents combats du côté de Soyécourt, de Déniécourt et de Foucaucourt, dans la Somme.

Le J.M.O. de la 85e brigade ne permet pas de connaître les déplacements et les positions occupées par la 3e compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. durant la période du mois de novembre.

Heureusement, une courte phrase, placée dans le témoignage de Paul Portier, nous donne la possibilité de localiser de manière très précise la tranchée dans laquelle est placée cette compagnie durant les jours qui précèdent la mort du soldat Collin.

«… La 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. qui se trouve à la tranchée Couverte est relevée, le 12 novembre 1916, par la 3e compagnie de mitrailleuses du régiment. »

Tranchée Couverte, sucrerie et village de Genermont

Le 17 novembre 1916, Henri Collin est blessé par plusieurs éclats d’obus. La gravité de ses plaies est telle qu’il décède rapidement sur le lieu même où il a été touché. Il a 22 ans.

Il est inhumé sur place par ses camarades à environ 400 mètres au sud de la sucrerie de Génermont.

Les soldats Victor Martin et Paul Mauroux seront les deux témoins qui permettront au lieutenant  Auguste Fourneret, l’officier d’état civil du régiment, d’enregistrer le décès de cet homme. L’acte sera transcrit à la mairie de Marsaz le 9 août 1917.

Ce soldat ne s’est pas marié de son vivant. Sa future épouse se mariera par procuration, mettant au monde une petite fille qui acquerra le statut de pupille de la nation.

Il n’y a pas  de sépulture connue pour ce soldat.

Son nom est inscrit sur une plaque commémorative fixée dans le cimetière de Marsaz et sur le monument aux morts du village.

Sources :

J.M.O. du 158e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 700/11

J.M.O. du 3e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N /816/3

J.M.O. de la 85e Brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/12

J.M.O. de la 86e Brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/15

Les archives départementales de la Drôme ont été consultées pour trouver l’acte de naissance et la fiche signalétique et des services du soldat Collin. Les registres de recensements des années 1896, 1901, 1906 et 1911 ont également été lus.

Site « GénéaNetWeb »

Site « Mémoire des Hommes »

Acte de décès envoyé par la mairie de Marsaz.

Les dessins de Jacques Tardi sont extraits des ouvrages « Putain de guerre ! 1914-1915-1916 » et « Putain de guerre ! 1917-1918 ». Ces deux albums ont été réalisés en collaboration avec Verney. Éditions Casterman. 2008.

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

La photographie aérienne du village de Génermont  provient  du site de la bibliothèque municipale de Dijon.

L’extrait du plan localisant la tranchée Couverte vient du J.M.O. du 3e B.C.P..S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N /816/3 page 165.

Notons que le nom de famille d’Henri Collin s’écrit avec un seul l sur son acte de naissance et sur les registres de recensements.

Une erreur figure sur la fiche M.D.H. du soldat Collin. Celle-ci localise la sucrerie de Génermont  dans l’Aisne alors qu’elle se trouve dans le département de la Somme.

L’extrait du plan, qui indique le secteur dans lequel se trouve la 3e compagnie de mitrailleuses du 149e R.I.  au moment du décès du soldat Collin, provient du J.M.O. du 3e B.C.P.. Il reste à confirmer si le boyau Couvert et la tranchée Couverte sont bien le même lieu.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à J. Tardi, au Service Historique de la Défense de Vincennes, aux archives départementales de la Drôme et la mairie de Marsaz. 

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15 septembre 2017

Les semaines qui précèdent l’attaque de la Malmaison.

Groupe_de_soldat_149e_R

Dès le mois de septembre 1917, les corps d’infanterie de la 43e D.I. commencent à se préparer pour la future attaque de la Malmaison. Cette attaque est programmée pour le 21 octobre 1917.

La quasi-totalité de la division est à l’arrière depuis le 26 septembre. Les troupes se consacrent entièrement à l’entraînement sur des terrains qui ont été spécialement organisés à cet effet.

À cette période de l’année, c’est le colonel Boigues qui est à la tête du 149e R.I.. Le 1er bataillon du régiment se trouve sous les ordres du commandant de Chomereau de Saint-André, le 2e bataillon sous l’autorité du commandant Schalck et le 3e bataillon sous le commandement du commandant Putz.

En attendant, le terrain de la future attaque, qui est assignée à la 43e D.I., est tenu par les troupes de la 167e D.I.. Celles-ci terminent l’aménagement du secteur avec l’aide d’une, puis deux compagnies de génie de la 43e D.I..

Les deux bataillons de chasseurs de la 43e D.I., ainsi qu’un bataillon de chacun de ses régiments, sont désignés pour effectuer des exercices, en liaison avec les chars d’assaut. Pour le 149e R.I., c’est le bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André qui est choisi. Le 17 septembre 1916, les 1ère, 2e et 3e compagnies du 149e R.I. se rendent à Béthancourt pour aller se former au camp de Champlieu.

16 septembre 1917

Une grande partie des téléphonistes du 31e B.C.P. et du 149e R.I. sont mis à la disposition du service télégraphique de la 43e D.I.. Ils cantonnent avec les unités de leur corps.

17 septembre 1917

La journée est marquée par une forte activité des deux artilleries.

18 septembre 1917

En raison du beau temps, l’artillerie allemande est bien plus active que les jours précédents.

Le 1er bataillon du 149e R.I. commence son stage avec les chars. Le 2e bataillon du 149e R.I. est à Billy. Le 3e bataillon du 149e R.I. effectue des travaux dans le secteur qui est derrière la 1ère ligne.

19 septembre 1917

La journée reste calme. La nuit est agitée. Il n’y a pas d’action d’infanterie.

L’artillerie française effectue des tirs de harcèlements et de représailles en réponse aux bombardements allemands sur les premières lignes et à leurs tirs de barrage.

20 septembre 1917

Le 2e bataillon du 149e R.I. se prépare à relever le 31e B.C.P. qui occupe un secteur compris entre Condé-sur-Aisne, les Vervins et la ferme Volvreux.

Secteur approximatif occupe par le 2e bataillon du 149e R

21 septembre 1917

La journée est particulièrement agitée par une grande activité réciproque d’artillerie.

Le colonel Boigues s’installe au P.C. Lorette pour prendre le commandement des troupes en réserve de secteur. Il remplace le commandant du 31e B.C.P., qui vient d’être relevé, avec ses chasseurs, par les hommes du commandant Schalck.

P

Le 1er bataillon du 149e R.I. termine son stage avec les chars. Il est transporté par camions-autos à Condé-sur-Aisne. Arrivant à destination à 22 h 00, les hommes du commandant de Chomereau de Saint-André sont aussitôt pris en charge par des guides qui les conduisent à la relève du 3e bataillon du régiment.

Le 3e bataillon du 149e R.I. part cantonner à Billy.

22 septembre 1917

Le C.I.D. 43 s’installe à Vaumoise.

23 septembre 1917

La journée est marquée par des bombardements répétés sur les lignes françaises. Des patrouilles sont effectuées dans le but de protéger les hommes qui travaillent. Elles ne remarquent pas d’activité particulière de la part de l’ennemi. Il y a 9 blessés au 149e R.I..

Conde-sur-Aisne octobre 1917

 24 septembre 1917

Le 3e bataillon du 149e R.I. continue son mouvement. Il quitte Chaudun pour venir cantonner à Ancienville. Deux hommes sont blessés au 149e R.I..

25 septembre 1917

Le soldat Joseph Auguste Leclerc est tué près de la ferme Volvreux.

26 septembre 1917

Le plan est élaboré pour organiser le terrain conquis durant l’offensive projetée.

27 septembre 1917

le 1er bataillon du 149e R.I. est relevé par le 3e bataillon du 170e R.I.. Il va s’installer à Septmont.

Cantonnement_du_1er_bataillon_du_149e_R

Le 2e bataillon du 149e R.I. qui est dans le secteur Volvreux, Celles et Condé est relevé par un bataillon du 174e R.I.. Les compagnies du commandant Schalck font mouvement jusqu’à Septmont.

28 septembre 1917

Le 1er bataillon du 149e R.I. quitte Septmont pour venir s’établir à Chouy, son cantonnement définitif.

Chouy

 29 septembre 1917

Le 2e bataillon du 149e R.I., qui cantonne dans les baraques de Septmont, fait mouvement pour se rendre à Troësne. Le 3e bataillon du régiment est, une partie à Noroy-sur-Ourq, une autre à Ancienville.

30 septembre 1917

La 43e D.I. apprend que c’est le 8e groupe d’Artillerie Spéciale qui lui sera officiellement affecté pour effectuer l’attaque de la Malmaison.

Positions_occup_es_par_les_3_bataillons_du_149e_R

1er octobre 1917

Deux sections de la compagnie Z 31/2 sont mises à la disposition de la 43e D.I..

Ces compagnies spécialisées, dépendantes du génie, sont utilisées dans des actions ponctuelles visant à déloger l’ennemi retranché dans les creutes.

2 octobre 1917

Le plan d’engagement avec les chars et celui de l’utilisation des mortiers Stocke sont établis.

Les cadres des bataillons qui n’ont pas été exercés avec les chars d’assaut reçoivent l’ordre d’assister, par tiers, à trois manœuvres avec l’Artillerie Spéciale.

3 octobre 1917

Le plan d’engagement de la 43e D.I. en vue de l’offensive projetée, est établi définitivement ; plusieurs retouches y seront apportées durant les journées à venir. Les ordres d’instruction pour les corps de la division sont donnés en conséquence.

Des exercices de liaison entre les unités sont organisés les 3 et 4 octobre 1917.

Le colonel Boigues connaît maintenant les différents emplacements que ses bataillons occuperont le jour de l’attaque. Son régiment sera encadré à sa droite par le 158e R.I. et à sa gauche par le 109e R.I..

4 octobre 1917

Un accident grave arrive au C.I.D. 43. Le sous-lieutenant Guyot se tue au cours d’un exercice avec un mortier pneumatique Brandt.

5 octobre 1917

Un additif concernant l’instruction pour l’infanterie durant l’opération de la Malmaison est établi. Le plan de ravitaillement et d’évacuation est élaboré.

6 octobre 1917

La 4e compagnie du 149e R.I. qui dépend du C.I.D. 43 participe depuis plusieurs jours à des travaux de l’A.D. 43. Elle reçoit l’ordre de rejoindre le C.I.D. 43 dans la journée.

7 octobre 1917

Un rectificatif est apporté au plan de liaison en vue de l’offensive projetée. Les plans d’emplois des mitrailleuses du détachement Schilt, avec leurs lances-flammes, du détachement Z avec les gaz, et celui des pigeons voyageurs sont distribués.

8 et 9 octobre 1917

R.A.S.

10 octobre 1917

 Le général Michel responsable de la 43e D.I., son état-major et le 1er échelon du Q.G. 43 s’installent au P.C. Lorette.

11 octobre 1917

Le général de la 43e D.I. prend le commandement de son secteur à 10 h 00. Le colonel commandant l’I.D. 43 s’installe au P.C. Caen.

12 octobre 1917

Le colonel du 149e R.I. s’installe aux abris de Vauxelles. L’artillerie allemande effectue de violents tirs de destruction sur les 1eres lignes françaises. Les travaux d’aménagements offensifs du terrain se poursuivent.

13 octobre 1917

Le plan d’emploi des chars d’assaut est légèrement modifié. Les travaux d’organisation offensive et de réfection des dégâts causés par la pluie et les bombardements continuent.

14 octobre 1917

Le colonel Boigues quitte les abris de Vauxelles pour se rendre au P.C. Cable.

P

15 octobre 1917

Plusieurs rectifications sont apportées à l’ensemble de l’opération du 21 octobre.

Les premiers transports qui doivent amener les troupes d’infanterie de la zone de repos à celle de l’arrière du secteur vont bientôt commencer. La période de préparation à l’attaque de la Malmaison touche à sa fin.

Sources

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Les morceaux de carte du groupe des canevas de tir du secteur de Vailly qui sont utilisés ici sont datés du 26 août 1917.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher, à « Tanker » et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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22 septembre 2017

Émile François Guyon (1892-1917).

Emile_Fran_ois_Guyon

Les parents d’Émile François Guyon vivent dans un petit appartement situé au 56 rue Franklin, dans le 2e arrondissement de la ville de Lyon, lorsque leur fils voit le jour le 11 juin 1892. Le père est un homme âgé de 35 ans qui exerce la profession de représentant de commerce. La mère, Claudine Constance Bouchard, est une jeune femme âgée de 20 ans.

Émile François possède une instruction secondaire qui lui permet d’obtenir un certificat d’études commerciales.

Il est inscrit sous le n° 218 de la liste du canton du 7e arrondissement de Lyon. Les médecins du conseil de révision viennent de porter son nom dans la 5e partie de cette liste. D’importants problèmes de santé dus à une néphrite avec albuminurie l’empêchent d’être incorporé avec la classe 1912.

Le 6 octobre 1914, il se soumet de nouveau à un conseil de révision qui le déclare cette fois-ci « bon pour le service armé ». Quelque temps après, Émile François apprend son incorporation au 149e R.I.. Le 4 novembre 1914, il intègre la caserne Courcy, à Épinal, pour commencer son instruction militaire.

Le 10 avril 1915, il est affecté au 170e R.I. avec le grade d’aspirant. Son niveau d’études lui a certainement donné la possibilité d’obtenir cette promotion de manière aussi rapide.

Le jeune Guyon a dû suivre les cours d'élèves caporaux avant d'intégrer une formation accélérée d'officier (après concours) durant son passage au 149e R.I..

Émile François Guyon est envoyé à la mi-avril sur le front d’Artois. Le 1er mai, il retrouve le 149e R.I. qui combat également dans ce secteur, pour prendre le commandement d’une section de la 10e compagnie.

Le 30 juin 1915, il est nommé sous-lieutenant de réserve à titre temporaire. Cette promotion est ratifiée suite à une décision ministérielle prise le 7 juillet 1915.

Le 17 juillet 1915, le 149e R.I. combat toujours en Artois. Dans le secteur du bois en Hache, un éclat d’obus le blesse à la tête. Une fois rétabli, il se rend au centre d’instruction du 21e C.A. pour être formé à la fonction de chef de section,en accomplissant un stage du 22 novembre au 6 décembre 1915.

Apprécié par ses supérieurs, ce jeune homme est considéré comme étant un excellent officier. Il a été remarqué pour ses qualités de chef, au feu comme à l’instruction.

Le 6 janvier 1916, le lieutenant-colonel Gothié écrit ceci : « Successivement aspirant et sous-lieutenant à titre temporaire, monsieur Guyon s’est révélé comme étant un chef de section de tout premier ordre, ayant une très belle conduite au feu. Il fera,plus tard, un excellent commandant de compagnie, malgré sa jeunesse. »

Le sous-lieutenant Guyon est évacué pour maladie le 1er mars 1916. Le 149e R.I. est sur le point de rejoindre le secteur de Verdun. Il retrouve son régiment 28 jours plus tard. Cette fois-ci, c’est pour être mis sous les ordres du capitaine Chauffenne qui commande la 12e compagnie. Le 3e bataillon du régiment se prépare à remonter en 1ère ligne au fort de Vaux.

Baignade_Mairy_sur_Marne

Décembre 1916, il est affecté au dépôt divisionnaire. Il ne retournera plus jamais dans une unité combattante.

Le 23 décembre 1916, le lieutenant-colonel Pineau rédige la note suivante : « A commandé sa compagnie dans des conditions très brillantes pendant les attaques de septembre. Sa santé, un peu délicate, ne lui permettant plus de rester au corps, momentanément, il a été détaché, malgré lui, au D.D., comme instructeur de grenadiers. Il y rend d’excellents services et le colonel a l’intention de l’y laisser. »

Désigné comme porte-drapeau, il est affecté à l’état-major du 149e R.I. le 12 février 1917, mais il reste détaché au D.D. d’instruction des grenadiers, suite à une décision prise par le général qui commande la 43e D.I..

Le 10 mars 1917, il est à la 12e compagnie du 149e R.I. qui est maintenant dépendante du D.D..

Le 12 mars 1917, il est confirmé dans son grade de sous-lieutenant de réserve à titre définitif, par un décret du président de la République, sur proposition du ministre de la guerre. Cette décision prend rang à partir du 27 janvier 1917.

Fin mai 1917, il est désigné comme instructeur à l’école des grenadiers de la VIe armée.

Cet officier est admis dans le cadre actif par décret du 7 juin 1917 comme sous-lieutenant, une admission qui prend également rang à compter du 27 janvier 1917.

Le 30 juin 1917, Émile François Guyon est nommé lieutenant. L’appellation « Dépôt Divisionnaire » est supprimée à la fin du mois d’août de cette année. Elle est remplacée par « Centre d’Instruction Divisionnaire ».

C’est au C.I.D. 43 qu’il trouve la mort le 4 octobre 1917. Le lieutenant Guyon est décapité par l’éclatement prématuré d’une petite torpille alors qu’il donnait un cours d’instruction sur le canon Brandt.

Il est inhumé dans le carré militaire du cimetière communal de la commune de Vaumoise.

L’adjudant Raymond Lannes et le sergent Jean Marie Ader, tous deux du 149e R.I., sont les déclarants qui permettent la validation de l’acte de décès de cet homme.

Étant détaché du 149e R.I. en terme de gestion, cet acte, qui ne sera enregistré que le 15 octobre 1917, est établi par l’officier de l’état civil du régiment, le lieutenant Ernest Vilminot. Il est transcrit à la mairie du 7e arrondissement de Lyon le 3 avril 1918.

Le corps de cet officier a été restitué à la famille après le conflit, dans les années 20.

Le lieutenant Guyon a obtenu les citations suivantes :

Cité à l’ordre de la 85e brigade n° 11 en date du 25 juin 1915. 

« A entraîné par son exemple de bravoure intrépide, d’entrain et de ténacité, ceux qui l’entouraient dans les attaques successives du fonds de Buval, le 16 juin 1915 et jours suivants »

Cité à l’ordre de la 85e brigade n° 45 en date du 10 mai 1916. 

« Le 31 mars 1916, sous un bombardement continu, s’est dépensé sans compter pendant quatre jours pour organiser le secteur que la compagnie occupait en 1ère ligne. Malgré de lourdes pertes subies, a obtenu de ses hommes le meilleur rendement.»

Citation à l’ordre de la IVe armée n° 609 en date du 24 juillet 1916.

« Les grenadiers de la 10e compagnie du 149e R.I., le 9 juillet 1916, sous le commandement du sous-lieutenant Guyon, officier grenadier du 3e bataillon, ont fait preuve d’audace et d’habileté dans le nettoyage de 150 mètres de tranchée ennemie d’où 8 prisonniers vivants ont été ramenés. »

Citation à l’ordre de la Xe armée n° 228 en date du 20 septembre 1916.

« Jeune officier d’une énergie et d’un courage exemplaires A entraîné brillamment sa compagnie à l’attaque d’un village, faisant de nombreux prisonniers et prenant des mitrailleuses ennemies. Déjà trois fois cité, dont une citationà l’ordre de l’armée.»

Le lieutenant Guyon est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

La photographie représentant le lieutenant Guyon (à droite) et le lieutenant Mouren (à gauche) est légendée « baignade à Mairy, août 1916 »

Les actes de naissance et de décès d’Émile François Guyon ont été trouvés sur le site des archives municipales de Lyon, sa fiche signalétique et des services sur celui des archives départementales du Rhône.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales du département du Rhône et à la mairie de Lyon.

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29 septembre 2017

Jacques Sauvageot (1891-1968).

Jacques_Sauvageot_

Période d’enfance

Issu d’une famille de cultivateurs depuis plusieurs générations, Jacques Sauvageot voit le jour le 6 octobre 1891 dans la petite commune de Montcenis. Aîné d’une fratrie de 6 enfants, il perd deux de ses frères qui ne survivent pas à leur première année d’existence.

À la naissance de Jacques, Claude, le père, est un homme âgé de 40 ans. La mère, Philiberte Verles, qui effectue les mêmes tâches professionnelles que son époux, a 28 ans.

Trois jours après la naissance de Jacques, le quincailler Léonard Buisson et le jardinier François Berthier accompagnent Claude Sauvageot à la mairie du village pour y signer, en tant que témoins, le registre d’état civil. Les trois hommes sont reçus par le maire Benoît Simon.

La famille Sauvageot quitte Montcenis peu de temps avant la naissance de leur 4e enfant, pour aller s’établir dans une ferme située tout près de Saint-Martin-Belle-Roche.

Genealogie_Jacques_Sauvageot

L’âge du service militaire

En 1911, Jacques gagne sa vie comme cultivateur en travaillant dans la ferme exploitée par ses parents. Sa sœur, Philiberte, est employée comme couturière. Elle est sa propre patronne.

La fiche signalétique et des services de Jacques Sauvageot nous indique qu’il possède un degré de connaissance générale de niveau 3, ce qui veut dire qu’il a intégré les fondamentaux de la lecture, de l’écriture et du calcul.

L’année de ses vingt ans, le jeune homme, après être passé à la visite médicale, est déclaré « bon pour le service » par le conseil de révision. Il quitte son village natal à la fin du mois de septembre 1912 pour être pris en charge par les sergents des sections d’une compagnie du 56e R.I. de Chalon-sur-Saône.

L’apprenti soldat ne va faire qu’un mois sous l’uniforme. Son entraînement est interrompu suite à une décision dela commission de réforme qui s’est réunie le 8 novembre 1912. Une « tuberculose pulmonaire » a été décelée.

Rapidement réformé, Jacques est de retour au pays. Il se remet à travailler la terre.

Retour à la vie de soldat

Lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914, Jacques Sauvageot n’est pas mobilisable sur le moment. Le statut de réformé ne le met pas pour autant à l’abri de ses obligations républicaines.

Le fait d’avoir été reconnu inapte aux devoirs de soldat au cours de son service militaire ne l’empêche absolument pas d’être à nouveau convoqué devant le conseil de révision le 10 novembre 1914. En effet, un décret datant du mois de septembre 1914 oblige toute personne reconnue incapable de servir sous les drapeaux à repasser devant les médecins militaires. Cette fois-ci, les blouses blanches de l’armée ne décèleront pas de pathologie susceptible de l’éloigner plus longtemps de la caserne et du front.

Sa feuille de route lui intime l’ordre de rejoindre le 149e R.I., un régiment vosgien qui est implanté à Épinal en temps de paix. Jacques Sauvageot intègre cette unité le 14 novembre 1914.

Le dépôt du régiment a été transféré à Langres. En effet, très rapidement après la déclaration de la guerre, les autorités compétentes se sont rendu compte que la caserne Coursy était devenue bien trop petite pour accueillir et former en même temps le régiment de ligne, le régiment de réserve et le régiment territorial.

Jacques_Sauvageot_Rolampont

Une grande partie des recrues sont allées cantonner à Rolampont, un village qui est devenu une annexe du dépôt de Langres. C’est à l’intérieur de cette commune et dans ses alentours que Jacques Sauvageot va être initié au maniement du fusil, aux marches et aux exercices physiques qui accompagnent le quotidien du soldat.

1ère blessure

Si la date de son arrivée au front n’est pas connue, nous savons, de manière sûre, qu’il a été inscrit dans les effectifs de la 2e compagnie du 149e R.I. peu de temps avant que le régiment ne soit engagé dans l’attaque du 9 mai 1915. Ce jour-là, il est blessé au thorax par un éclat d’obus. Jacques est pansé au poste de secours avant d’être évacué par les brancardiers qui l’emportent à l’ambulance de Sains-en-Goyelle. Cette blessure le fait évacuer vers l’arrière. C’est à l’hôpital n° 23 de Melun qu’il fut pris en charge par le personnel médical avant d’être envoyé, le 25 mai 1915, à l’hôpital n° 33 de Coulommiers. Le 13 juin 1915, le jeune homme peut rejoindre un dépôt de convalescents placé à Orléans. Une fois guéri, il peut bénéficier d’une permission de 7 jours qu’il a probablement utilisée pour rendre visite à sa famille. Le 23 juin, le soldat Sauvageot est de retour au dépôt du 149e R.I..

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés le 9 mai 1915, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

journee_du_9_mai_1915

2e blessure

Le 5 août 1915, il rejoint la ligne de front avec un renfort. Jacques Sauvageot réintègre la 2e compagnie de son ancien régiment qui est toujours positionné en Artois. Un mois et demi plus tard, il est de nouveau blessé au cours d’une attaque qui se déroule le 25 septembre 1915. Le 149e R.I. vient de lancer un assaut d’envergure dans le secteur du bois en Hache. Cette fois-ci, c’est à la main droite qu’il est sérieusement touché par un éclat d’obus.

Le soldat Sauvageot traverse la France d'est en ouest, en train sanitaire, pour venir se faire soigner dans le golfe du Morbihan à l’hôpital mixte de Vannes. Le 22 décembre 1915, il est envoyé à l’hôpital temporaire 62 de la ville bretonne, au 21 rue de Sené.

Cette blessure, ainsi que sa présence au sein du régiment qui était lancé dans un violent combat, lui octroient le droit de porter la croix de guerre avec palme avec la citation suivante :

« Soldat brave et dévoué, ayant toujours eu une belle attitude au feu. A été grièvement blessé le 25 septembre 1915 à Souchez, en se portant à l'attaque des positions ennemies. Une blessure antérieure. »

Il envoie plusieurs cartes postales à sa famille depuis la Bretagne. Plusieurs d’entre elles ont été rédigées à partir de l’H.C.64 de Sainte Anne d’Auray.

Jacques_Sauvageot_bless_

Multiples passages devant les commissions de réforme.

Jacques Sauvageot est au dépôt commun du 149e R.I. et du 349e R.I. à Épinal, le 29 février 1916. Sa blessure à la main a engendré des complications sévères qui ne lui permettent plus de retrouver une fonctionnalité complète. Le 26 avril 1916, il est de nouveau hospitalisé. Cette fois-ci, les soins sont prodigués à l’hôpital militaire de Bourbonne-les-Bains dans la Haute-Marne jusqu’au 20 juillet 1916. Il obtient, en suivant, une permission de convalescence de 15 jours.

De retour à la caserne Courcy le 5 août 1916, il ne sait pas encore ce qui va véritablement se passer pour lui.

Ce n’est que le 23 novembre 1916 qu’il passe devant la commission d’Épinal qui doit statuer sur son sort. Les médecins le réforment temporairement pour déformation de la main droite et flexion incomplète des quatre derniers doigts.

La campagne du soldat Sauvageot prend fin à partir de ce moment. Il peut retourner à la vie civile dans son village de Saint-Martin-Belle-Roche ; ceci pour quelques mois.

En effet, le 1er mars 1917, Jacques est à nouveau rappelé au 56e R.I.. Le 27 avril, il passe devant la commission de réforme de Chalon-sur-Saône. Cette convocation va lui permettre d’affiner son dossier de gratification. Jacques Sauvageot, qui est réformé temporaire de 2e catégorie, est proposé à la réforme temporaire de 8e catégorie.

Le 8 août 1917, il obtient une gratification de 100 francs.

Le 23 mars 1918, la commission de réforme de Mâcon maintient son statut de réformé temporaire avec gratification de 7e catégorie. Cette année-là, il obtient un appareillage pour sa main.

Le 7 avril, il est décoré de la Médaille militaire.

Le 9 mai 1920, Jacques Sauvageot est proposé par la commission de réforme de Chalon-sur-Saône pour une réforme n° 1 avec une invalidité de 15 %. Le 30 avril, cette invalidité est poussée à 30 % par cette même commission.

Ce long parcours devant les commissions de réforme arrive enfin à son terme. Jacques percevra la somme de 720 francs.

Le 31 mai 1920, il épouse Marie Tardy, une jeune femme âgée de 22 ans. De cette union naîtront deux garçons.

Pour en savoir plus sur le parcours de vie de Jacques Sauvageot, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. Vous pourrez y lire une biographie plus poussée, enrichie d’une belle iconographie sur le site d’Arnaud Carobbi.

Site_Arnaud_Carobbi

Jacques Sauvageot est décédé le 5 janvier 1968 à Saint-Martin-Belle-Roche à l’âge de 77 ans.

Sources :

Le portrait de Jacques Sauvageot provient du site des archives départementales de la Saône-et-Loire.

Les informations concernant ce soldat sont extraites de sa fiche signalétique et des services, de son acte de naissance et du fonds Sauvageot numérisé lors de la « grande collecte ». Tous ces documents sont consultables sur le site des archives départementales de la Saône-et-Loire.

Les sites « Généanet » et « Européana » ont été également consultés.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales de la Saône-et-Loire.

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06 octobre 2017

Derniers préparatifs avant l’attaque de la Malmaison.

Groupe_de_soldats_du_149e_R

Depuis la mi-septembre 1917, une grande partie des journées des soldats du 149e R.I. sont consacrées à la méticuleuse préparation d’une attaque qui doit se dérouler dans le secteur de la Malmaison. La 43e D.I. fait partie des unités qui vont bientôt être sollicitées pour participer à ce combat. Les 3 bataillons du 149e R.I. s’apprêtent à remonter dans le secteur de la 1ère ligne.

16 octobre 1917

C’est une journée favorable à l’observation aérienne. Une météo clémente permet de terminer, dans de bonnes conditions, les réglages d’artillerie et de vérifier les barrages de 75 au-delà des 1er et 2e objectifs.

L’artillerie ennemie se montre également très active avec ses tirs de destruction sur les premières lignes françaises et ses tirs de harcèlement sur leurs arrières.

Une note informe les chefs de corps que le 16 octobre 1917 est donné comme J-5.

Les premiers transports, qui doivent acheminer les troupes d’infanterie de la zone de repos dans la zone arrière de secteur, commencent à partir de cette date.

 Les hommes du 1er bataillon du 149e R.I. et de la C.M. 3 sont à Chouy. En fin d’après-midi, les 665 hommes de ces deux unités embarquent dans les camions pour prendre la direction de Billy. Quatre véhicules sont également utilisés pour le transport du matériel.

17 octobre 1917

La préparation d’artillerie débute conformément au plan d’emploi. Les  premières destructions sont amorcées dans des conditions d’excellent rendement.

Les 5 compagnies de mitrailleuses de la 170e D.I., chargées des tirs d’interdiction, s’établissent dans la tranchée du Serin au cours de la journée. Elles ouvrent le feu peu après la tombée de la nuit.

Dans la nuit du 17 au 18, des patrouilles d’infanterie sont envoyées pour vérifier les dégâts réalisés dans les réseaux et dans la 1ère ligne allemande. Elles signalent que la tranchée du Blocus a été particulièrement bouleversée. Elle semble même abandonnée.  Les responsables de ces reconnaissances font également savoir à leurs supérieurs que l’ennemi tient toujours le Rumpler et les Lassitudes.

Des ordres sont donnés pour activer les travaux de protection contre les bombardements aériens dans les camps et les cantonnements.

Un système d’écriteaux complet et à jour commence à être posé dans les tranchées et les boyaux. Cet aménagement doit faciliter au maximum le déplacement des troupes pour qu’elles puissent gagner leurs positions le plus rapidement possible.

Le 2e bataillon du 149e R.I. est à Louâtre et le 3e bataillon à Villers-le-Petit.

Lieux_de_cantonnements_des_2_et_3e_bataillons_du_149e_R

18 octobre 1917

L’artillerie et l’aviation française sont très actives durant toute la journée.

Le 2e bataillon du 149e R.I. doit se rendre par voie de terre à Billy.

Le 3e bataillon du 149e R.I. et la 2e C.M. sont transportés par camions pour aller cantonner à Billy. Cinq cents hommes du bataillon Putz et une compagnie de mitrailleuses embarquent à Noroy-sur-Ourq.

Albert Marquand témoigne :

«  18 octobre, 8 h 00,

Ciel gris, nuages bas, un jour morne, triste, éclaire faiblement la campagne. À l’embranchement de la route Soissons à Billy-sur-Aisne, une file interminable d’autos-camions boueux ralentit, puis s’immobilise au bord de la chaussée. Quelques hommes équipés descendent  lourdement, s’étirent et grognent, tout en posant les pieds avec précaution dans la boue liquide de la route. Un cri à l’extrémité du convoi : « En bas ! » se répète aussitôt jusqu’aux derniers camions, là-bas, dans le village. Une foule de soldats « bleu horizon » sautent péniblement des voitures. Les sacs et les fusils passés de mains en mains, les autos démarrent lentement et disparaissent une à une.

Sur le bas-côté de la route, c’est un véritable grouillement. Après des cris de rassemblement, des coups de sifflets etc., l’ordre finit par régner, et on distingue maintenant un bataillon d’infanterie au complet, en tenue de campagne, c’est le 3e bataillon du 149e R.I., qui attaquera, dans quelques jours, le plateau de la Malmaison… »

La 1ère série des C.M. de la 43e D.I. qui a remplacé les C.M. de la 170e D.I. dans la tranchée du Serin, prend le relais pour les tirs d’interdiction.

Les hommes sont informés que l’engagement des troupes est décalé de 24 heures et que le 19 sera donné comme J-3.

Dans la nuit du 18 au 19, les bataillons d’attaque entrent en secteur pour venir stationner dans la zone des réserves. Le 1er bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André quitte Billy pour se rendre dans le secteur du bois de Volvreux.

19 octobre 1917

Le mauvais temps et l’augmentation de la durée de la préparation d’artillerie obligent à ralentir la cadence des tirs du côté français, contrairement aux Allemands qui, eux, augmentent la leur, particulièrement sur la région du Toty.

Le 2e bataillon du 409e R.I. met ses compagnies à disposition de la 43e D.I. à raison d’une compagnie par régiment et par groupement de B.C.P.. Ces hommes seront utilisés pour ravitailler les unités de la 43e D.I. le jour J de l’attaque.

Le service de liaison par coureurs est organisé entre les divers P.C. et P.O..

Dans la nuit du 19 au 20, la 2e série de C.M. de la 43e D.I. continue ses tirs d’interdiction. Les Allemands profitent de l’obscurité pour surprendre les postes français avancés en envoyant des patrouilles plus nombreuses dans la matinée du  20.

Les bataillons du 149e R.I. occupent les positions de la veille. Le 1er bataillon occupe le bois de Volvreux, à l’est de Chantereine et les 2e et 3e bataillons du régiment sont installés à Billy.

20 octobre 1917

Le temps s’améliore, mais la visibilité reste mauvaise. Ces conditions météorologiques rendent le contrôle des tirs d’artillerie difficile.

Les artilleurs français effectuent des tirs violents au lever du jour et à la tombée de la nuit. S’ils parviennent à maintenir leurs tirs de harcèlement, leur activité au cours de la journée tourne au ralenti. La réaction allemande est également plus faible. Ils envoient de nombreux obus vésicants sur le secteur occupé par la 43e D.I..

Dans la nuit du 20 au 21, les bataillons d’attaque de la 43e D.I. relèvent en première ligne, les éléments de la 170e D.I.. Les bataillons de soutien et de réserve prennent les emplacements prévus au plan d’engagement pour le jour J-1.

Le 1er bataillon du 149e R.I. gagne les tranchées d’où partira l’attaque. Il  relève le bataillon de 1ère ligne du 170e R.I.,  disposant, en arrière, des tranchées et abris jusqu’au Serin inclus.

Pont_de_Conde_sur_Aisne

Le 3e bataillon du 149e R.I. laisse Billy derrière lui. Sa tête de bataillon passe le pont de Condé à 20 h 00 pour gagner le secteur de la ferme de Colombe.

Le 2e bataillon du 149e R.I. quitte également Billy. La tête de son bataillon franchit le pont de Condé à 21 h 00. Les hommes du commandant Schalck s’installent dans le bois de Volvreux, à l’est de Chantereine.

Carte_1_journee_du_20_octobre_1917

Legende_carte_1_journee_du_20_octobre_1917

Les relèves, conformément au plan d’engagement de la 43e D.I., se déroulent sans incident. Tout doit également être fait pour empêcher au maximum les coups de mains de l’ennemi.

Les troupes en secteur de division reçoivent l’ordre d'entretenir elles-mêmes leurs tranchées et leurs boyaux.

Les C.M. de la 170e D.I. relèvent celles de la 43e D.I. pour l’exécution des tirs d’interdiction.

Plusieurs patrouilles,envoyées dans la nuit, confirment les progrès réalisés dans la destruction des premières lignes allemandes.

21 octobre 1917

Un nouveau décalage d’attaque est notifié dans l’après-midi du 21. Les deux derniers jours de la préparation ne permettent qu’une faible utilisation de l’aviation pour les réglages des tirs, en raison d’un brouillard persistant. Toutefois, quelques photographies ont pu être prises. Celles-ci montrent que le travail d’artillerie a été plutôt bon. Elles localisent également de manière précise les points qui ont été insuffisamment bombardés.

Les mouvements de troupes prévus pour la nuit du 21 au 22 octobre sont reportés à la nuit du 22 au 23 octobre.

Des reconnaissances sont effectuées sur tout le front de la 43e D.I.. L’artillerie française continue ses tirs d’interdiction et de destruction.

22 octobre 1917

Le jour J est de nouveau décalé. Il est fixé au lendemain. L’heure du déclenchement de l’attaque est prévue à 5 h 15.

L’artillerie française accentue ses tirs.

Les derniers ordres préliminaires à l’attaque sont donnés.

Les corps de groupe terminent les distributions concernant l’équipement des hommes pour l’attaque.

Chaque officier est revêtu d’un uniforme et d’un équipement semblables à ceux de leurs hommes, aussi peu apparents que possible, pour ne  pas être identifié par l’ennemi. Il ne doit pas porter le sabre durant l’attaque.

Les soldats ont laissé leurs sacs à dos à l’arrière. Ils ont emporté avec eux deux étuis-musettes qui contiennent une journée de vivres de jour et deux jours de vivres légers. Les hommes sont équipés d’une toile de tente roulée en sautoir, de deux bidons, d’un outil portatif, d’un bengale, d’un panneau de toile, à raison de 64 par compagnie, et de cinq sacs de terre. Ceux qui sont armés d’un fusil ont reçu 88 cartouches.

Les reconnaissances se multiplient dans la nuit du 21 aux 22. Elles constatent les bouleversements et l’inoccupation des premières lignes allemandes, mais l’ennemi tient toujours fortement sa ligne de soutien.

Les troupes s’installent aux emplacements prévus pour le début des combats dans la nuit du 22 au 23. Les compagnies de mitrailleuses de la 170e D.I. continuent les tirs d’interdiction.

Pour les hommes, l’attente reste longue et angoissante. La bataille de la Malmaison a été reportée plusieurs fois.  Nous pouvons aisément nous imaginer que certains d’entre eux aient pu espérer que l’attaque se déclenche au plus vite et que pour d’autres, au contraire, ils aient été soulagés par l’idée de gagner quelques heures de vie supplémentaire avant de se lancer à l’assaut.

Sources

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 170e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 707/15.

J.M.O. du 409e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 768/13.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps,à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire, Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Le véhicule figurant sur le montage, et toujours en état de fonctionnement, appartient à D. Bleunven.

Un grand merci à M. Bordes, à F. Barbe, à D. Bleunven, à A. Carobbi, à M. Porcher, et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Posté par amphitrite33 à 01:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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