10 mars 2017

Savonnières-devant-Bar (du 12 avril 1916 au 15 avril 1916).

Savonni_res_devant_Bar_du_12_au_15_avril_1916

12 avril 1916

Les hommes, éreintés par les évènements des semaines précédentes, peuvent enfin prétendre à un repos bien mérité. Ils sont maintenant loin de la zone des combats.

Le caporal Albert Marquand, dans une de ses lettres adressées à sa famille, écrit ceci :

« Nous sommes bien arrivés au repos ainsi que je vous l’avais écrit, après avoir fait 8 km à pieds et 60 en auto. Nous sommes à Savonnières près de Bar-le-Duc.

Et on parle de nous reporter plus loin. Ici, c’est la vie et on trouve de tout… »

Les tensions, les angoisses, les peurs, la fatigue générale marquent encore profondément les visages des soldats. Très rapidement, des débordements liés à l'alcool apparaissent.

Plusieurs hommes du 149e R.I. subissent des sanctions disciplinaires au cours de cette période : parmi eux, les soldats Rachel Brocher et André Louis Boban de la 4e compagnie.

Ces deux hommes sont punis de 8 jours de prison par ordre du lieutenant Canon.

Le premier avec le motif suivant « A quitté le cantonnement le 13 après-midi, s’est rendu à Bar-le-Duc sans autorisation et n’est rentré que le lendemain à 8 h 00. »

Le second avec celui-ci :« A quitté le cantonnement après l’appel du soir et a été rencontré dans les rues en état d’ivresse à 21 h 00. »

Ces deux punitions seront changées en 15 jours de prison par le lieutenant-colonel Gothié,qui reprendra le commandement du 149e R.I. quelques jours plus tard.

Le musicien-brancardier Louis Cretin évoque cette situation dans son témoignage.

« Pendant les premiers jours de notre repos à Savonnières, les hommes étaient comme fous. Ce fut la noce après le carnage. Les officiers eurent de la peine à reprendre de l’autorité et à faire régner de nouveau la discipline ».

Savonni_res_devant_Bar__Meuse_

Il ne faut donc pas laisser la troupe dans l’oisiveté !

Le général Antoine Baucheron de Boissoudy, responsable de la 43e D.I., rédige la note suivante :

« Au cours de la période de repos et de reconstitution qui commence actuellement, tous les efforts devront tendre à remettre les unités dans le bel état physique et moral que toutes possédaient au moment où nous avons quitté la région du nord.

Il y a là un effort sérieux à accomplir, qui ne peut-être obtenu que progressivement au fur et à mesure de l’arrivée de renforts, de l’arrivée ou de la nomination de nouveaux cadres.

Pour le moment, il s’agit surtout d’une sorte de détente à procurer à la troupe, après les journées passées dans le secteur de Vaux.

Cette détente ne doit pas consister à laisser les hommes dans l’inaction, dont les effets ne sauraient être que fâcheux. Il ne peut être question, d’autre part, de reprendre immédiatement les exercices. L’activité et l’ingéniosité de tous les officiers, en particulier les chefs de corps, devront être guidées par les directives suivantes : 

  1. Remettre de l’ordre dans les unités. Il faut les recompléter au point de vue matériel (habillement, équipement, vivres, mitrailleuses, spécialités, etc.)

  2. Faire prendre à tous les soins de propreté corporelle, négligés depuis plus d’un mois, faire couper les cheveux à la tondeuse.

  3. Faire laver le linge, les effets de toile, etc.

  4. Organiser des séances de jeux, des séances récréatives.

  5. Par les belles journées, organiser de petites marches, plutôt des promenades, sans sacs, au cours desquelles on s’arrête en des endroits ensoleillés pour permettre aux hommes de se reposer agréablement.

 Il importe, en outre, que les officiers, et surtout les commandants de compagnie, aient de fréquents entretiens, des causeries avec leurs hommes destinées à surexciter leur moral. Les journées de Verdun sont pleines d’enseignements et d’espoir. Il ne faut pas oublier que dans les durs combats que nous menons, l’énergie morale a encore plus d’importance que la force physique. Enfin, les ressources de la région doivent permettre une amélioration de l’alimentation que rendront plus facile les économies réalisées dans la région de Verdun. 

En résumé, il faut détendre les hommes, ne pas les laisser inactifs, les mettre dans les meilleures conditions d’hygiène physique et morale. C’est le premier but à poursuivre dès à présent.

 Le général compte sur le dévouement de chaque officier de sa belle division pour l’aider dans cette tâche. »

 D’après Louis Cretin, il est inutile de dire que toutes ces consignes auront bien du mal à se mettre en place et qu’elles ne seront pas toujours bien respectées pour quelques-uns !

 13 avril 1916

 Le commandant Schalck, responsable du 2e bataillon du 149e R.I.,  doit se rendre à Montplonne pour venir y présider un conseil de guerre concernant un chasseur du 10e B.C.P.. La sentence tombe très rapidement, Paul Tisserand est condamné à mort en début d’après-midi. Il sera fusillé le lendemain.

14 avril 1916

La 43e D.I. effectue une prise d’armes. Des renforts sont semble-t-il déjà arrivés et ont fait remonter les effectifs.

Prise_d_armes_43e_D

Un nouveau soldat du 149e R.I. est épinglé pour état d’ivresse.

Paul Vouriot de la 4e compagnie, conducteur détaché au T.R., est puni de 8 jours de prison par ordre de l’officier d’approvisionnement, le lieutenant Rouganne,  avec le motif suivant « S’est absenté du cantonnement pendant la soirée du 14 avril, s’est enivré et a manqué au départ du T.R., a rejoint le détachement le 15 au matin. ».

Cette sanction sera portée à 15 jours de prison par ordre du lieutenant-colonel, commandant le régiment, quelques jours plus tard. Ce soldat sera également relevé de son poste de conducteur.

15 avril 1916

Le 149e R.I. quitte les cantonnements de Savonnières-devant-Bar et des fermes Vadinsaux et Beauregard.

Toutes les unités de la 43e D.I. doivent se rendre à la gare de Nançois-Tronville pour embarquer dans les trains qui les mèneront à Châlons-sur-Marne.

Le caporal Marquand évoque cette journée dans un de ses courriers :

« … Partis à 1 h 00, nous avons fait 16 km en suivant le canal de la Marne au Rhin et nous avons embarqué en chemin de fer à 7 h 00… »

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Legende__carte_1_journee_du_15_avril_1916

Un soldat du 149e R.I. ratera l’horaire ! Marie Émile Bégard, de la 4e compagnie, est puni de 8 jours de prison par ordre du capitaine commandant la compagnie, avec le motif suivant « À Savonnières, étant pris de boisson, a  manqué à l'embarquement du bataillon et n’est rentré que le surlendemain à 18 h 00. »

Cette sanction sera également portée, quelques jours plus tard, à 15 jours de prison par ordre du lieutenant-colonel commandant le régiment.

Ainsi s'achève le seul passage du 149e R.I. dans la fournaise de Verdun. La nouvelle page qui s'ouvre pour le régiment va lui permettre de tenir un secteur plus calme avant une nouvelle participation à une grande bataille.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/12.

J.M.O. du 3e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 816/3.

J.M.O. du 10e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N ….

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Témoignage du musicien brancardier Louis Cretin, consultable sur le blog du 149e R.I..

Le bonnet de police qui se trouve sur le montage est du modèle 1915, le numéro du régiment n’est pas réglementaire, mais il reste crédible pour un sous-officier (chiffres métalliques).

Excepté le bonnet de police, l’équipement de fantassin fait partie de la collection d’O. Gérardin.

Documents provenant de la collection personnelle du petit-fils du lieutenant-colonel Gothié.

Un grand merci à M. Bordes, à F. Barbe, à A. Carobbi, à O. Gérardin, à D. Gothié, à J. Huret, à A. Orrière, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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17 mars 2017

Georges Emerique (1888-1914).

Georges_Emerique

Émile Emerique et son épouse Octavie Lazard habitent la petite commune meusienne de Vaucouleurs lorsque leur fils Georges voit le jour le 2 août 1888. Le père travaille quotidiennement comme employé, il est âgé de 43 ans. La mère, qui a 39 ans, n’exerce pas de profession.

Nous ne savons rien de la vie d’enfant et d’adolescent de Georges.

La fiche signalétique et des services de cet homme nous apprend que son degré d’instruction générale est de niveau 3 ; il maîtrise donc les bases de la lecture, de l'écriture et du calcul.

Le 21 septembre 1907, Georges se rend à la mairie d’Épinal pour y signer un engagement volontaire d’une durée de 3 ans. Il a fêté ses 19 ans quelques semaines plus tôt. Ce futur soldat doit maintenant rejoindre la ville de Reims, par voie ferrée, pour intégrer une compagnie du 132e R.I.. Le jeune Emerique arrive au corps deux jours plus tard pour commencer son instruction militaire. Il est nommé caporal le 26 septembre 1908. Ne renouvelant pas son contrat, il passe dans la réserve de l’armée active le 21 septembre 1910 avec son certificat de bonne conduite dans la valise. Il s’installe ensuite dans la région de Commercy où il est rattaché au 155e R.I..

Tout comme son père, il devient employé, mais les entreprises dans lesquelles il va exercer sa profession ne nous sont pas connues.

L’article 64 de la loi du 21 mars 1905 le dispense de la 1ère période d’exercices après les obligations militaires. Le fait d’avoir effectué trois années sous l’uniforme l’affranchit de cette exigence.

Le 15 avril 1913, le caporal Emerique passe dans la réserve du 168e R.I., un régiment qui vient tout juste d’être créé. Il déménage ensuite à Épinal. Le 30 juin 1913, il est inscrit à la subdivision de cette ville avec le n° 278.

Le caporal Emerique est rappelé à l’activité militaire par décret du 1er août 1914, lorsque le conflit contre l’Allemagne commence. Il doit se rendre immédiatement à la caserne Courcy pour rallier le 149e R.I..

Quelques semaines après, il est tué dans le secteur de Bazien, au nord-est de Rambervillers.

Son nom ne figure pas dans la liste des pertes du J.M.O. du 149e R.I. aux dates des  25 et 26 août 1914. Cependant, un nom approchant le sien est inscrit dans la colonne des blessés. Il s’agit du caporal Emery qui servait à la 9e compagnie.

L’acte de décès de ce caporal, qui a été officialisé le 12 octobre 1917, à la suite d’une décision prise par le tribunal d’Épinal, indique qu’il a été tué le 25 août 1914.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Carte_5_journee_du_25_aout_1914

Une recherche a été entreprise par la famille auprès de la Croix Rouge.

Georges_Emerique_fiche_Croix_Rouge

Georges Emerique est inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire à titre posthume (J.O. du 9 juin 1921) :

« Caporal courageux et dévoué, mort pour la France le 25 août 1914 dans l’accomplissement de son devoir. »

Cette citation lui donne également droit à la Croix de guerre avec étoile de bronze.

Le caporal Emerique repose actuellement dans le cimetière national français de Rambervillers, une commune qui se trouve dans le département des Vosges. Sa sépulture porte le numéro 538.

Son nom est gravé sur le monument aux morts de la ville d’Épinal.

Monument_aux_morts_Epinal_Georges_Emerique_1

Le caporal Emerique ne s’est pas marié et n’a pas eu de descendance.

Sources :

Les sites des archives départementales de la Meuse,  de « Mémoire des hommes » et de « MémorialGenWeb » ont été consultés pour construire cette petite note biographique.

La photographie de la sépulture d’Émile Constant Camuset a été réalisée par J.C. Balla.

Un grand merci à M. Bordes, à J.C. Balla, à A. Carrobi, É. Mansuy et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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24 mars 2017

Somme-Vesle, Poix (du 15 avril 1916 au 18 avril 1916).

                 Gare_de_Chalons_sur_Marne

Après un séjour éprouvant à Verdun, le 149e R.I. et toute la division sont envoyés dans un secteur calme, à l'arrière, pour être reconstitués. Mais avant d'atteindre la zone où les effectifs seront complétés et entraînés, il y aura une longue marche à effectuer pour rejoindre les nouveaux cantonnements. 

15 avril 1916 (suite)

Les bataillons du 149e R.I. ont embarqué dans des wagons à bestiaux à la gare de Nançois-Tronville, pour prendre la direction de Châlons-sur-Marne dans la matinée.

L’analyse d’une lettre rédigée par le caporal Marquand, ainsi que la lecture d’un court passage du témoignage laissé par le mitrailleur Paul Portier permettent de se faire une idée de ce qui s’est passé durant cette partie de la journée pour une partie des éléments du 149e R.I..

Le premier écrit :

« … Débarqués à Châlons, nous avons traversé toute la ville où les habitants nous regardaient avec des airs apitoyés et nous donnaient des oranges et des cigarettes. Châlons a l’air d’une ville très bien. Bref, ce soir-là, nous sommes allés cantonner à Sarry, à 9 km de là… »

Le second raconte :

« Le 15 avril, après quelques jours de repos à Savonnières, nous avons embarqué en chemin de fer à Nançois-Tronville. Nous venons ainsi de quitter le secteur de Verdun. Le même jour, nous débarquons à Châlons-sur-Marne et cantonnons la nuit à Sarry. »

Le J.M.O. de la 85e brigade nous fait savoir que l’état-major de la  brigade est installé, dans la soirée du 15 avril, à Somme-Vesle avec les 1er et 2e bataillons du 149e R.I..

16 avril 1916

Le 3e bataillon du 149e R.I. et la 1ère compagnie de mitrailleuses du capitaine Vial, qui ont pris la veille leurs quartiers dans le petit village de Sarry, s'apprêtent à partir en début de matinée. Ils prennent la direction de Somme-Vesle.

Les observations fournies par Paul Portier et par Albert Marquand permettent de suivre le parcours effectué par ces éléments du 149e R.I. durant cette journée.

Paul Portier écrit :

« Le 16, nous faisons mouvement sur Somme-Vesle par l’Épine, Courtisols, Saint-Julien… »

Albert Marquand relate la situation :

« Départ à 9 h 00, il fait beau temps. Étape pénible, beaucoup de boue. Bref, nous avons fait 24 km et nous sommes arrivés à 16 h 00 à Poix… C’est un patelin de 131 habitants où on ne trouve que de la bière et du vin… »

17 avril 1916

Les unités de la 85e brigade sont regroupées de la manière suivante dans la soirée du 17 avril :

Les 1er et 2e bataillons du 149e R.I. cantonnent à Somme-Vesle. Le 3e bataillon du régiment a installé ses compagnies dans le village de Poix.

Le 3e B.C.P. a pris ses quartiers dans le village de Moivre. Les chasseurs du 10e B.C.P. sont à Le Fresne.

Carte_1_journee_du_17_avril_1916

18 avril 1916

Le lieutenant-colonel Gothié reprend le commandement du 149e R.I. Cet officier connait bien le régiment puisqu'il l'a commandé durant toute l’année 1915. Il en avait été éloigné après avoir été blessé au début du mois de janvier 1916, au cours d’une mission de reconnaissance, en première ligne, dans le secteur du bois en Hache en Artois.

Pour en savoir plus sur le lieutenant-colonel Gothié, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

Lieutenant_Colonel__Frederic_Gothie

 « Ordre du régiment n° 79

 En reprenant le commandement du régiment, le lieutenant-colonel tient à exprimer à tous officiers, sous-officiers, caporaux et soldats, la joie et la fierté qu’il éprouve de se retrouver parmi eux après les évènements de Verdun, où le régiment s’est montré à la hauteur des belles traditions du passé.

Il continuera à les suivre à l’avenir et chacun aura à cœur de se dépenser sans compter pour arriver au triomphe final et définitif de la belle cause que nous défendons. Vive la France ! P.C. le 18 avril 1916 Lieutenant-colonel Gothié »

Le caporal Clovis Richardet de la 3e C.M. et le soldat Marius Lamberti de la 9e compagnie seront punis au cours de cette période.

Le premier avec le motif suivant « Est rentré ivre au cantonnement à 21 h 40 »

Le second avec celui-ci :« S’est enivré et a causé du scandale au moment du départ du cantonnement »

Ces deux punitions seront changées en 12 jours de prison par le lieutenant-colonel Gothié.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/12.

J.M.O. du 3e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 816/3.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach ; c’est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Témoignage du mitrailleur Paul Portier, consultable sur le blog du 149e R.I..

Documents provenant de la collection personnelle du petit-fils du lieutenant-colonel Gothié.

Un grand merci à M. Bordes, à F. Barbe, à A. Carobbi, à D. Gothié, à A. Orrière, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes. 

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30 mars 2017

Joseph Alexis Édouard Chauvin (1892-1914).

Joseph_Alexis_Edouard_Chauvin

Joseph Alexis Édouard Chauvin est né le 19 décembre 1892 dans la petite commune de Bulle, située dans le département du Doubs. 

Il est le fils d’Aimé Constantin et de Marie Eugénie Chambelland, un couple qui s’est marié le 13 février 1884 dans le village où sont nés tous leurs enfants. Les parents exercent le métier de cultivateurs.

Joseph Alexis Édouard est le quatrième d’une fratrie de quatre garçons et d’une fille. Son plus jeune frère décède dans sa première année, un sixième enfant sera mort-né.

Après avoir appris à lire et écrire, Joseph Alexis Édouard quitte l’école pour rejoindre le monde du travail. Le jeune adolescent exercera le même métier que ses parents dans sa commune d’origine, et ce, jusqu’à sa majorité.

L’année de ses vingt ans, il est inscrit sous le numéro 16 du canton de Levier pour la conscription de 1913.

La description de cet homme nous montre que la règle stipulant qu’en dessous d’une certaine taille, on n’était pas appelé, n’existe plus. Malgré son 1,49 m, sa robuste constitution physique le classe directement dans la 1ère partie de la liste, ce qui veut dire qu’il est « bon pour le service armé ».

Sa feuille de route lui fait savoir qu’il doit aller effectuer son temps de service actif dans un régiment d’infanterie vosgien. Il laisse derrière lui la vallée de Drujeon pour rejoindre la ville d’Épinal. Joseph Alexis Édouard Chauvin intègre le 149e R.I. le 21 octobre 1913, après avoir bénéficié d’un sursis d’arrivée d’une dizaine de jours pour convenances personnelles.

En guise de premières manœuvres, c’est à la guerre qu’il va apprendre ce que sa formation n’a pas eu le temps de faire. Si celle-ci reste incomplète, elle a fait de lui, en quelques mois, un homme mobilisable.

Lorsque le conflit contre l’Allemagne débute, le soldat Chauvin se trouve sous les ordres du capitaine Cadeau qui commande la 10e compagnie du régiment.

Joseph Alexis Édouard Chauvin est blessé le 21 août 1914 dans le secteur d’Abreschviller.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur le dessin suivant.

 La_retraite

Concernant sa blessure, si sa nature est inconnue, elle permet son évacuation, mais elle fut assez grave pour conduire à son décès après plus de trois mois d’hospitalisation.

Il est acheminé par voie de chemin de fer dans le département de la Haute-Saône, pour être soigné à Gray. Le soldat Chauvin occupera un des 55 lits de l’hôpital auxiliaire n° 10 de cette commune. Malgré les soins donnés par les médecins, il meurt le 6 décembre 1914.

Joseph Alexis Édouard Chauvin repose actuellement dans le carré militaire du cimetière communal de Gray.

Sepulture_Joseph_Alexis_Edouard_Chauvin

Le nom de cet homme est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Bulle.

Joseph Alexis Édouard Chauvin est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Son frère, Marie Sylvain Léon, a également perdu la vie durant ce conflit.

Sources :

La fiche signalétique et des services de Joseph Alexis Édouard Chauvin a été consultée sur le site des archives départementales du Doubs.

Le portrait du soldat Chauvin a été trouvé sur internet.

La photographie de la sépulture de Joseph Alexis Édouard Chauvin a été réalisée par F. Lhermitte.

Les informations concernant la famille de ce soldat ont été trouvées sur le site « Généanet »

La photographie menant au lien qui donne accès aux biographies des soldats de la commune de Bulle « Morts pour la France » provient du site de la mairie de cette commune.

Commune_de_Bulle

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à F. Lhermitte, à É. Mansuy, aux archives départementales du Doubs et à la mairie de Bulle.

 

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07 avril 2017

Une citation à l’ordre de l’armée pour la section du sous-lieutenant Daufresne de la Chevalerie.

Section_Daufresne_de_la_Chevalerie

Le 149e R.I. n’obtient pas de citation à l’ordre de l’armée pour son engagement dans le secteur de Verdun. Seules les 4 compagnies du 1er bataillon du régiment ont été véritablement sollicitées durant les combats en 1ère ligne.

Les 1ère et 4e compagnies ont lancé une attaque le 9 mars 1916 sur la partie du village de Vaux-devant-Damloup occupée par les Allemands.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_journee_du_9_mars_1916_2

Le 1er bataillon du 149e R.I. a tenté, le 2 avril 1916,de reprendre ce village qui avait été perdu quelques jours auparavant.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Carte_2_journee_du_2_avril_1916

Une section du régiment a été récompensée. Le général qui commande la 2e armée cite à l’ordre de l’armée la 1ère section de la 1ère compagnie du 149e R.I..

Le  9 mars 1916, la 1ère compagnie du 149e R.I. enlève aux Allemands une partie du village de Vaux-devant-Damloup qu’ils occupent. Cette compagnie parvient à conserver cette zone.

Le capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André évoque l'événement dans son témoignage :

« La section de la Chevalerie que je suis progresse rapidement. Elle saute sur le village, bouscule les Allemands et les refoule jusqu’au moulin où elle s’est arrêtée. »

La 1ère section de cette compagnie, qui s’est distinguée d’une manière particulière, est citée à l’ordre de l’armée suite à ce fait d’armes, dans les termes suivants :

« Brillamment enlevée par son chef (sous-lieutenant Daufresne de la Chevalerie), est entrée, le 9 mars 1916, dans un village occupé par les Allemands, a chassé ces derniers des maisons qu’ils occupaient et a coopéré efficacement au rétablissement de la situation dans cette partie du secteur. Par son attitude ultérieure, a interdit à l’ennemi toute progression. Est allée chercher sous le feu et a rapporté, dans nos lignes, 52 caisses de grenades abandonnées en terrain découvert. A perdu le 5e de son effectif. »

Le capitaine de Chomereau de Saint-André, responsable de la 1ère compagnie durant l’attaque, certifie que les soldats de la 1ère section nommés dans le tableau suivant étaient bien tous présents ce jour-là.

Compostion_de_la_section_du_sous_lieutenant_Daufresne_de_la_Chevalerie

Le 19 mai 1916, le général Gouraud, qui commande la IVe armée, passe en revue de détachements les 6e et 21e C.A.. Le 10e B.C.P. et le 1er bataillon du 149e R.I. sont conviés à participer à cet évènement qui doit avoir lieu à 2,5 km au sud de la gare de Suippes. Le fanion de la 1ère section de la 1ère compagnie et le capitaine de Chomereau de Saint-André sont décorés pour leurs actions menées dans le secteur de Verdun. À cette occasion, plusieurs autres décorations sont remises par le général Gouraud.

D_coration_du_capitaine_de_Chomereau_de_Saint_Andr_

Sources :

Historique du 149e R.I..

Les archives du S.H.D. de Vincennes ont été consultées.

Témoignage du capitaine de Chomereau de Saint-André visible sur le blog du 149e R.I..

Informations qui proviennent des archives personnelles de T. de Chomereau.

Le site de la C.I.C.R. a été consulté pour confirmer la captivité des soldats qui sont inscrits dans le tableau et qui ont pu être retrouvés  

La photographie du fanion de la 1ère section de la 1ère compagnie du 149e R.I. qui se trouve sur le montage a été réalisée par T. de Chomereau.

Le cliché représentant le capitaine de Chomereau est la propriété de la famille.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi,  à T. de Chomereau, à M. Porcher, au C.I.C.R. et au S.H.D. de Vincennes.

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14 avril 2017

Albert Marquand… Souffrances à Verdun.

Albert_Marquand

Un chaleureux merci à F. Barbe qui nous offre ici la possibilité de lire un large extrait d’une des lettres rédigées par le caporal Albert Marquand de la 12e compagnie du 149e R.I..

Mars 1916, Albert Marquand s’apprête à rejoindre une compagnie du 149e R.I..

Il est à la 32e compagnie du 55e R.I. depuis janvier 1916, une unité qui cantonne dans la petite commune ardéchoise de Bourg-Saint-Andéol, lorsqu’il apprend qu’il va devoir repartir dans la zone des combats.

Le 17 mars, il quitte cette compagnie avec 4 sergents, 8 caporaux et 40 soldats.

Bourg_Saint_Andeol

Tous ces hommes ont reçu l’ordre de se rendre au dépôt régimentaire de Pont-Saint-Esprit pour y être « habillé de neuf ». Une fois équipés, ils devront rejoindre le dépôt du 58e R.I.. Ils arrivent à Avignon le 18 mars. Le départ pour le secteur du front est prévu quatre jours plus tard. Cinq cents hommes quittent la caserne Chabran, dans la soirée du 22 mars, pour se rendre à la gare de la préfecture vauclusienne, direction de Verdun…

Albert Marquand arrive à destination le 26 mars 1916. Il est aussitôt affecté à la 10e escouade de la 12e compagnie du 149e R.I..

12e_compagnie_du_149e_R

Il apprend que le régiment a été fortement éprouvé au cours d’un premier passage en première ligne. Les renforts en provenance d’Avignon servent à combler les pertes du régiment. Albert peut encore bénéficier de quelques jours de répit avant de subir de près les bombardements allemands.

Sa compagnie, sous les ordres du capitaine Chauffenne, quitte Dugny dans la nuit du 29 au 30 mars pour se rendre à Belrupt. Albert Marquand s'apprête à monter en 1ère ligne dans la nuit du 30 au 31 mars 1916.

Carte_1_albert_Marquand

Legende_carte_1_Albert_Marquand

Il passe plusieurs jours près du fort de Vaux dans une zone particulièrement exposée aux bombardements.

Le 2 avril 1916, le caporal Marquand est à l’abri, en « relative sécurité », sous le tunnel de Tavannes.

Voulant rassurer les siens, il écrit une petite carte-lettre dans « un style télégraphique ».

« Bien reçu votre lettre et vos journaux. Sommes sous un tunnel de chemin de fer depuis deux jours. Venons de passer 6 jours en première ligne. Nous avions souffrances effroyables, bombardement terrible. Pas mangé depuis 48 heures. Pour boire, nous sucions les gouttes qui filtraient au-dessus du fort. Compagnie bien réduite, sommes dégoûtants, éreintés. On ne trouve rien à acheter. Je suis encore sous l’effet du bombardement, abruti… »

Le 10 avril, le caporal Marquand est de nouveau à Dugny. Il dispose d’un peu plus de temps pour écrire. Il raconte ses journées de souffrances dans le secteur du fort de Vaux dans une lettre adressée à la famille.

« Mes biens chers,

… Je vais vous raconter à présent mes pérégrinations si ça peut vous intéresser ! Nous sommes montés en ligne le 30 mars à 21 h 00 et nous en sommes descendus le 9 avril au matin. Ce qui fait 10 jours et 11 nuits. Dans ce laps de temps, j’ai plus souffert que dans tout mon séjour sur le front. D’abord pour faire la relève, nous avons fait au moins 15 km, dont trois à proximité des Allemands. Nous sommes arrivés à 1 h 00 après avoir perdu quelques hommes, car ça crachait !!! Notre place se trouve à 20 mètres devant le fossé du fort de Vaux.

Nous nous sommes immédiatement couchés dans la tranchée qui était démolie par les obus. Les Allemands ont commencé un bombardement infernal qui a duré 2 jours et 2 nuits avec obus de 210 et 320. Nous sommes restés accrochés là 80 heures, attendant la mort à chaque instant. Mon escouade a été enterrée 2 fois. J’ai eu deux tués et cinq blessés. Moi-même, j’ai reçu un éclat à la cuisse qui me faisait souffrir, mais sans gravité. Les Allemands envoyaient des obus lacrymogènes qui faisaient bien souffrir. Inutile de parler de manger, ni de boire, les cuistots ne venaient pas avec ce train d’enfer, ce qui fait que nous avons eu cependant des pommes de terre en salade, un bout de bœuf froid et un quart de café froid dans la nuit du 3e jour. Et cela a été comme ça, jusqu’à la relève. On avait à manger et à boire une fois par 24 heures, à minuit. C’est de la soif que nous avons souffert, nous avons été jusqu’à sucer les gouttelettes qui suintaient au mur du fort, lorsqu’on était en réserve.

J’ai été faire 2 patrouilles en avant vers 2 h 00 et il n’est rien arrivé de fâcheux. Lorsque nous avons été relevés, il fallait faire 300 m au pas de course sur un terrain couvert de cadavres et battu par les obus. Au bout de 50 m, mes jambes ont fléchi, j’ai trébuché et je me suis allongé à côté d’un cadavre pour reprendre haleine. Si un obus était tombé à ce moment-là, j’étais fait ! Puis je suis reparti en trébuchant, comme ivre, la tête lourde !… »

Albert Marquand fait savoir, à la fin de sa lettre, qu’il reste une soixantaine d’hommes valides sur 120 à la 10e compagnie du 149e R.I. lorsque celle-ci a rejoint Dugny le 9 avril 1916.

Pour en savoir plus sur Albert Marquand, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

Albert_Marquand

Pour lire l’analyse d’Arnaud Carobbi de l’ouvrage « Et le temps, à nous, est compté », il faut cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_Arnaud_Carobbi

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/12.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps,à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Un grand merci à M. Bordes, à R. Mioque, à F. Barbe, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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21 avril 2017

Un musicien brancardier du 149e R.I. au cœur de la bataille de Verdun.

Louis_Cretin

Le soldat Louis Cretin, musicien brancardier à la C.H.R. du 149e R.I. depuis le début du conflit, évoque, dans son témoignage, ce qu’il a vécu lors de son passage à Verdun.

Pour lire ce qu’il a écrit sur le sujet, il suffit de cliquer une fois  sur l’image suivante.

La_bouffarde_de_M_sieur_Drouot_

Il raconte également l’après Verdun. Un certain relâchement avec la discipline laisse imaginer la dureté du vécu de ces hommes durant les jours passés en 1ère ligne.

Pour lire ce qu’il dit sur ces évènements, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

149e_R

Un grand merci à M. Bordes, D. Browarsky, A. Carobbi, A Chaupin et à T. Cornet., ainsi qu’à l’association « Collectif Artois 1914-1915 ».

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28 avril 2017

Louis Félicien Richard (1891-1916).

Louis_F_licien_Richard

Louis Félicien Richard voit le jour le 13 mai 1891 à Dounoux. Ses parents, Louis Nicolas Richard et Marie Eugénie Didier, tous deux d’origine vosgienne, se sont mariés le 24 janvier 1880 à Uriménil. Louis Félicien sera le septième d’une fratrie de 9 enfants. Son petit-frère, Charles René décède dans sa première année. Le père de cette famille nombreuse travaille comme fermier et aura accès à la propriété.

Le registre matricule de Louis Félicien Richard, qui peut se lire sur le site des archives départementales des Vosges, n’est pas renseigné sur son parcours militaire. Seules les informations concernant son état civil, son signalement et la décision prise par le conseil de révision sont notées.

Cette fiche nous fait savoir qu’il est inscrit sous le numéro 97 du canton de Xertigny et qu’il a été classé dans la 1ère partie de la liste en 1912.

Nous apprenons également que Louis Félicien exerce la profession de cultivateur et que son degré d’instruction est de niveau 3.

La date de son incorporation n’est pas connue. A-t-il attendu l’âge légal pour effectuer son service militaire ? A-t-il signé un engagement volontaire ? Est-il monté en grade avant le conflit ou à l'occasion du conflit ? Combien de temps a-t-il passé au 149e R.I. ? Au front ? Toutes ces questions restent, pour l’instant, sans réponses.

Ce qui est certain, c’est que Louis Félicien Richard porte l’uniforme lorsque les hostilités contre l’Allemagne débutent aux premiers jours du mois d’août 1914.

En février 1916, il est adjudant à la 1ère compagnie du 149e R.I. qui se trouve sous les ordres du capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André.

Début mars 1916, sa compagnie est à Seigneulles, prête à monter en première ligne dans le secteur de Verdun.

Louis Félicien Richard trouve la mort à la suite d’un accident survenu au cours d’un exercice de tir à la grenade, le 5 mars 1916. Il était âgé de 24 ans.

Le sergent-major Auguste Silvestre et le soldat Joseph Bocquet, tous deux du 149e R.I., confirment son décès qui est enregistré le 18 mars 1916.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette période, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Seigneulles

L’adjudant Richard est, dans un premier temps, inhumé au cimetière communal de Seigneulles. Le corps de ce sous-officier a certainement été restitué à la famille après le conflit.

Louis Félicien Richard est inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire, à titre posthume, dans le J.O. du 7 juin 1921. « Sous-officier d’une bravoure réputée. Est mort glorieusement pour la France, le 5 mars 1916, à Seigneulles, en faisant vaillamment son devoir. Croix de guerre avec étoile d’argent »

Le nom de cet homme est inscrit sur le petit monument aux morts de la commune d’Uzemain.

Monument_aux_morts_d_Uzemain_Louis_F_licien_Richard

Louis Félicien Richard est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Sources :

Les sites « Mémoire des hommes », « Généanet », « Gallica » et celui des archives départementales des Vosges ont été consultés.

Le portrait de Louis Félicien Richard et la photographie du monument aux morts de la commune d’Uzemain ont été trouvés sur le site « Généanet ».

Les circonstances qui évoquent la mort de ce sous-officier proviennent de son acte de décès envoyé par la mairie d’Uzemain.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à M. Lepage, à la mairie d’Uzemain et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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05 mai 2017

Souvenirs de la bataille de Verdun de Paul Portier (2e partie).

Paul_portier_2

Voici la 2e partie du témoignage de Paul Portier qu’il consacre à son passage à Verdun.

Après une période de repos aux casernes Bevaux et à Dugny, sa compagnie de mitrailleuses se trouve de nouveau engagée dans le secteur du fort de Vaux. Il écrit ceci :

« Le 30 mars à 6 h 00, le régiment se met en marche pour Belrupt où il stationne la journée. Nous devons relever, dans la nuit du 30 aux 31, le 159e R.I.. Dès 19 h 00, nous nous dirigeons d’une façon générale sur la ferme de Bellevue, en passant par la baie Houry, le Tillat et nous prenons ensuite le boyau qui conduit au Tunnel de Tavannes.

Nous empruntons le tunnel sur toute sa longueur (1500 m) et le boyau, ou plutôt l’ébauche de boyau qui mène au fort de Vaux, en passant par la Laufée et les emplacements de batteries de Damloup. La compagnie effectue ses mouvements assez lentement, si bien que nous arrivons au fort qu’au lever du jour. Les abords sont très violemment bombardés.

Carte_1_Paul_Mortier_fin_mars_1916

Legende_carte_1_fin_mars_1916_Paul_Portier

La 1ère section met ses deux pièces de batteries sur la pente nord du ravin de Damloup près du fort de Vaux. La 2e près de la 1ère, la 3e à mi-côte nord du ravin de Damloup ;la 4e, la mienne, est en réserve au fort.

Quel spectacle que l’intérieur de ce fort ! Des casemates sont remplies de blessés, il y a des morts dans les couloirs obscurs.

Le marmitage s’intensifie de plus en plus, sa violence est inouïe. La terre est labourée, les Allemands veulent écraser ce fort qui résiste toujours et ils semblent vouloir concentrer sur lui un effort formidable.

Malgré l’intensité de ce bombardement et l’abrutissement qui en résulte pour nous, je songe qu’en ce jour du 31 mars, je viens d'atteindre mes 21 ans.

Le 1er et le 2 avril, le marmitage redouble encore de violence. Le fort est secoué dans ses fondements par les explosions des obus de gros calibres qui se succèdent sur un rythme accéléré.

Nous souffrons terriblement de la soif, les réserves d’eau du fort sont conservées en cas d’encerclement et le ravitaillement ne nous arrive que difficilement.

Dans la nuit du 4 aux 5, avec mon ami Poulet et mon camarade Canque, nous décidons d’aller chercher de l’eau d’une source qui se trouve, d’après les indications que nous possédons, à 100 ou 150 m en avant de nos tranchées.

Nous quittons le fort vers 20 h 00, malgré un marmitage assez violent. Pour sortir, il faut faire vite, car les éclatements se succèdent à moins d’une minute d’intervalles et les Allemands connaissent bien les issues.

Après avoir averti notre première ligne, nous cheminons en avant, tantôt rampant, tantôt nous courbant. Nous ne connaissons pas exactement le lieu où se trouve la source. La marche est très pénible. Les fils barbelés nous entravent à chaque pas. Nous sommes exténués.

Les Allemands viennent aussi, paraît-il, puiser à cette source et nous risquons de les rencontrer dans notre marche rampante. Les fusées éclairantes nous obligent à nous déplacer au sol pour ne pas être vus. Le moindre bruit peut nous être fatal.

Si nous ne trouvons pas la source, du moins avons-nous un peu d’eau dans un trou d’obus où baigne un cadavre.

Nous revenons à nos tranchées sans avoir pu remplir nos bidons et nous nous arrêtons un moment parmi nos camarades de la 3e section.

Un obus tombe près de nous, sur le bord du parapet, je suis à demi enterré et mon ami Poulet s'effondre près de moi, frappé à mort. Dans mes bras, il rend le dernier soupir, un gros éclat lui a fait dans le dos une blessure béante.

Canque n’a qu’une égratignure à la joue. Moi, je suis indemne, mais abattu. La déflagration nous a rendus sourds.

Pour en savoir plus sur Joseph Poulet et André Canque, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Joseph_Poulet_et_Andr__Canque

Nous rentrons au fort après être passés à la redoute où se trouve le P.C. de la compagnie.

Le bombardement continue toujours de manière aussi violente.

Dans la nuit du 5 au 6 avril, nous sommes relevés par la compagnie de mitrailleuses de la 85e brigade et les autres sections par le 323e R.I..

Nous descendons en réserve dans le tunnel et, le 9 à 16 heures, nous revenons après relève par le 28e R.I. à Dugny où nous cantonnons.

Le 10, le régiment, dont les rangs sont clairsemés, se rend sur la route entre Lempire et Nixeville pour embarquer. Mais au dernier moment, nous recevons l’ordre verbal de rejoindre nos cantonnements de Dugny-Landrecourt. Sur tout le front s’est déchaîné un bombardement d’une extrême violence et il ne faut pas chercher plus loin la cause de notre non-embarquement aujourd’hui. 

Pendant notre absence de Dugny, l’artillerie allemande a bombardé le village avec des pièces de longue portée.

Enfin, le 11, nous quittons de nouveau Dugny pour aller embarquer sur la route de Verdun à Bar-le-Duc. Cette fois-ci, nous ne faisons pas demi-tour. Le soir, à la nuit, nous cantonnons à la Savonnière près de Bar-le-Duc, pour y prendre quelques jours de repos avant un embarquement en chemin de fer.

Notre mission devant Verdun est terminée. Nous venons de vivre des heures tragiques dont le souvenir restera puissamment gravé dans nos mémoires. Pourrait-on oublier ces heures si douloureuses, nous qui les avons vécues ? Pourrait-on ne plus entendre le grondement formidable des canons, les gémissements des blessés, les râles d’agonie de ceux qui sont morts ?

« Non possumus », le souvenir est là ! Il s’est incarné en nous et demeure.

Pour en savoir plus sur les déplacements et les positions occupées par les éléments du 149e R.I. durant les journées évoquées dans le témoignage de Paul Portier, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_2_temoignage_Paul_Portier

Sources :

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à la mairie de Vienne, sans qui l’auteur de ce témoignage n’aurait pas pu être identifié.

 

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12 mai 2017

Louis Émile Joseph Girard (1892-1914).

Louis_Emile_Joseph_Girard

Gustave Girard et son épouse Emma Grosjean sont domiciliés dans la commune jurassienne de Moiron lorsque leur fils Louis Émile Joseph voit le jour le 8 avril 1892.

Joseph apprend à lire, à écrire et à compter à l’école communale du village avant de rejoindre le monde du travail. Il exercera la profession de cultivateur jusqu’à son départ pour le service actif.

L’année de ses vingt ans, il est inscrit sous le numéro 69 du canton de Lons-le-Saunier pour la classe 1913. En bonne santé, il se retrouve classé dans la 1ère partie de la liste.

Quelques mois plus tard, Joseph Girard reçoit sa feuille de route. Elle l’informe qu’il doit effectuer ses trois années de service actif dans un régiment d’infanterie vosgien. Sans doute inquiet de partir aussi loin, il laisse derrière lui son village natal pour rejoindre la gare de Lons-le-Saulnier, d’où il prendra le train qui le conduira à Épinal. Il fait partie de la dernière classe appelée l’année de ses 21 ans.

Le 9 octobre 1913, Louis Émile Joseph Girard intègre une compagnie du 149e R.I.. Il ne se doute absolument pas des terribles évènements qui vont arriver dans les mois à venir, s’imaginant tout simplement qu’il va devoir rester jusqu’en octobre 1916 à la caserne Courcy.

Lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914, sa formation de soldat est loin d’être achevée.

Joseph Girard se trouve alors sous les ordres du capitaine François, l’officier qui est à la tête de la 6e compagnie, lorsque son régiment doit rejoindre la frontière. Le 149e R.I. fait partie des troupes de couverture. Il a reçu l’ordre de se rendre à proximité de la frontière allemande avant même la déclaration officielle de la guerre.

Joseph Girard participe aux combats du mois d’août, mais il ne survivra pas au 2e mois du conflit.  Dans sa 22e année, il décède dans le secteur du petit village marnais de Souain, situé au nord de Suippe. Probablement laissé sur place, il a son nom figurant dans la liste des blessés du 149e R.I. à la date du 19 septembre 1914, mais il est considéré comme disparu.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette période, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

149e_12e_compagnie_1913

Une recherche a été entreprise par la famille auprès de la Croix Rouge. Une enquête est ouverte, laissant de faux espoirs à la mère de ce soldat.

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Son acte de décès, qui a été officialisé le 23 novembre 1920, à la suite d’une décision prise par le tribunal de Lons-le-Saunier, valide la date de sa mort au 19 septembre 1914.

Louis Émile Girard est inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire, à titre posthume (J.O. du 16 mai 1922) :

« Soldat brave et dévoué, mort au champ d’honneur le 14 septembre 1914 à Souain.»

Cette citation lui donne également droit à la Croix de guerre avec étoile de bronze.

Son nom est gravé sur le monument aux morts de la commune de Moiron.

Il n’y a pas de sépulture individuelle connue pour ce soldat.

Louis Émile Joseph Girard ne s’est pas marié et n’a pas eu de descendance.

Sources :

Fiche signalétique et des services envoyée par courrier par les archives départementales de Lons-le-Saunier.

Les sites « Gallica » et « Mémoire des hommes » ont été consultés pour construire cette petite notice biographique.

Le portrait de Joseph Émile Joseph Girard m’a été adressé par R. Mermet.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à R. Mermet et aux archives départementales du Jura.

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