26 décembre 2014

Hippolyte Journoud, un talent foudroyé...

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Un livre vient de paraître, consacré à Hippolyte Journoud, jeune peintre lyonnais plein de promesses, mort au Chemin des Dames le 21 juin 1917.

 

« UN TALENT FOUDROYÉ » 

 Hippolyte Journoud peintre lyonnais, tué au Chemin des Dames.
Auteur : Henry Destour

Grâce à la riche documentation aimablement communiquée par sa famille, l’ouvrage présente une cinquantaine de dessins au fusain, des photos, des correspondances. On retrouve l’enfant, l’étudiant aux Beaux-Arts de Lyon, le jeune homme dans la bohème parisienne. En septembre 1914, il doit abandonner son chevalet et ses pinceaux pour le Lebel et l’as de carreau. Il est incorporé au 149e Régiment d’Infanterie auquel il appartiendra jusqu’à sa mort à Jouy. On partage ses craintes et ses espoirs de poilu à travers les lettres échangées avec ses cousins également mobilisés et sa marraine de guerre. On rencontre également sa famille, originaire de Saint-Genis-Terrrenoire aujourd’hui Genilac et dont la guerre et la mort vont briser les rêves.

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Pour celles et ceux qui souhaiteraient commander l’ouvrage, voici les coordonnées de l’auteur :

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02 janvier 2015

Une petite note qui laisse envisager le pire...

                 Marcel_Michelin_4

Une courte note, rédigée à la va-vite, est retrouvée sur le corps du lieutenant Michelin. Celle-ci indique les consignes à suivre en cas de décès… Le texte est écrit en grosses lettres sur deux modestes pages d’un petit carnet, qui sont remises en main propre au capitaine Laure. 

En voici le contenu :

Je serai reconnaissant à celui qui trouvera mes affaires.

1) De prévenir mon frère à la gare de Sens (P.L.M.).

2) De lui remettre ma chaîne de montre comme souvenir

3) De prendre l’argent qui se trouve sur moi. De cet argent, il y a 200 francs à la compagnie. Que l’on envoie le reste à ma famille qui paiera les quelques dettes courantes laissées à Épinal.

Cependant, je désire que l’on laisse 100 francs pour améliorer l’ordinaire de la compagnie.

Jusqu’à ce jour, 13 août, je n’ai pas touché mon indemnité d’entrée en campagne.

Deux lettres sont également retrouvées. La première est adressée à son frère, la seconde à sa mère.

Pour mon frère,

Tu resteras probablement seul avec maman pour la consoler. Dis-lui bien que dans ces crises où se jouent les vies du peuple, il faut que chaque famille soit représentée devant l’ennemi.

Je ferai mon devoir en bon français. Je te quitte, mon cher Maurice, et je t’embrasse de tout mon cœur, avec ta bonne compagne. Chérissez bien maman tous les deux.

Je ne puis pas t’exprimer tout ce que mon cœur contient, mais tu le comprendras facilement sans phrases. Je suis prêt à faire mon devoir jusqu’au dernier sacrifice, comme tu me le conseillerais si tu étais là. J’aurais tout de même bien voulu pouvoir t’embrasser avant de partir. Néanmoins, je le fais maintenant sur cet éperon boisé en face de Sainte-Marie où je viens de passer deux nuits glacées. Je t’embrasse donc de tout cœur dans une suprême et dernière étreinte.

Marcel

Pour ma mère,

Ma bonne maman,

Par ces journées ou par l’instabilité de l’existence, on pense aux êtres qui vous aiment. Mon esprit, dès qu’il est un peu libre, se reporte sans cesse vers toi. Tu ne reçois pas de nouvelles, mais cela n’a rien d’étonnant par ces temps troublés. Néanmoins, chaque jour, je songe à toi.

Marcel

 Dès le lendemain, Auguste Laure prend le temps de rédiger une lettre annonçant la mauvaise nouvelle, au frère de Marcel Michelin.

22 août 1914

Cher Monsieur,

La seule vue d’une écriture inconnue va vous donner des inquiétudes…

Aussi bien, je n’oublierai pas que j’écris à un homme, et pour lui parler d’un homme ! Vous voudrez bien m’excuser de le faire aussi carrément, en soldat, mais en ces temps douloureux, combien de nouvelles comme celle-ci frapperont au cœur des foyers aussi soudainement que les balles sur le champ de bataille !

Votre frère, votre pauvre frère, que j’aimais d’une affection profonde, est tombé hier, frappé d’une balle en pleine poitrine, alors qu’il accomplissait, avec un courage faisant l’admiration de tous ses hommes, une mission difficile confiée à la 10e compagnie, sous ses ordres.

Il était chargé d’assurer un repli du bataillon à un moment où celui-ci,  attaqué avec une impétuosité foudroyante, était menacé d’une véritable débâcle.

Grâce à lui, grâce à la froide et merveilleuse énergie avec laquelle il a su clouer au sol tous ses hommes pour couvrir notre mouvement de retraite, grâce au sacrifice qu’il a fait de sa vie en donnant ses ordres debout pour qu’ils soient mieux entendus, le bataillon a été sauvé.

À sa mémoire, je dois donc d’abord un remerciement ému. À son souvenir, j’attacherai celui d’un exemple qui restera toujours fixé devant mes yeux, nous ses chefs ou ses soldats. La profonde affection qu’il inspirait à sa troupe a permis qu’il ne fût pas abandonné sur le champ de bataille.  Sage, son ancien ordonnance l’a relevé, l’a transporté à l’ambulance. Il l’a remis entre les mains des médecins avec un dévouement et une fidélité que je ne saurais trop vous dire.

Je ne puis encore vous faire savoir où sa dépouille a été d’abord transportée, mais vous en serez avisé et vous recevrez, par les soins de l’autorité militaire, tous les renseignements qui vous sont indispensables, ainsi que les papiers ou l’argent qui auront été trouvés sur votre frère.

Veuillez bien, mon cher et pauvre Monsieur, exprimer à Madame votre mère, en lui apprenant la terrible nouvelle, l’hommage de mes condoléances les plus profondément respectueuses. Dites-lui que son fils est tombé magnifiquement en homme et en soldat, en lui adressant sa dernière pensée,  remerciez-la pour l’armée et pour le pays, du courage avec lequel elle acceptera ce sacrifice. Agréez, je vous prie, Monsieur, l’assurance de ma plus profonde sympathie.

Auguste Laure

Dans l’impossibilité de poster son courrier, le capitaine Laure en écrit une seconde quelques jours plus tard.

Paray-le-Monial le 27 août 1914

Monsieur,

Je vous envoie d’ici, où je viens d’arriver blessé, la lettre que je vous ai écrite il y a quelques jours déjà, pour vous annoncer la douloureuse nouvelle relative à votre frère. Nous avons été tellement bousculés depuis lors que nous n’avons pu envoyer aucune correspondance ! Ne m’en veuillez pas de ce retard, croyez que les horreurs de la guerre se sont, hélas ! abattues encore sur bien d’autres familles depuis que je vous écrivais. Veuillez bien trouver en moi, le meilleur ami, l’affection la plus sûre et la plus dévouée qu’ait pu s’assurer votre cher et si regretté frère.

Je vous parle dans ma lettre du soldat Sage, qui a retiré du feu le corps de son officier. Votre frère l’aimait beaucoup et lui avait promis un souvenir. Je lui ai remis provisoirement,et jusqu’à votre approbation, la montre de votre frère, détachée de la chaîne, que votre frère a spécifié dans ses notes, vous être destinée.

En me répondant, vous voudrez bien me faire connaître si vous approuvez. Je suis pour une huitaine de jours à Paray-le-Monial, puis je rejoindrai le 149e R.I.

Je vous reste redevable de la somme de 350 francs. Je pense qu’il est préférable d’attendre pour vous l’envoyer. Les papiers que je porte sur moi spécifient nettement qu’elle vous appartient.

Auguste Laure

Après inventaire, la cantine contenant les effets personnels du lieutenant Michelin est expédiée à la gare de Sens, pour être restituée à la famille.

Inventaire_de_la_cantine_du_lieutenant_Marcel_Michelin

Sources :

Les lettres rédigées par le capitaine Laure et par lieutenant Michelin ainsi que l’inventaire de la cantine ont été communiqués par la famille descendante de Marcel Michelin.

Pour en savoir plus sur le capitaine Laure, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Auguste_Laure_1

Un grand merci à M. Bordes, à A.M. et G Lalau, à A. Carobbi et  à M. Porcher.

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09 janvier 2015

Flambeau, Papillon, Blako... "les poilus à quatre pattes" du 149e R.I..

Chien_1

Tout au long de la guerre, de nombreux chiens ont accompagné les régiments. Ils ont souvent été adoptés comme « mascottes » par un petit groupe d’hommes au sein d’une compagnie. Leur rôle ? Peut-être, tout simplement, aider les soldats de tout grade à mieux supporter les moments difficiles de la vie quotidienne, surtout lorsque ceux-ci se trouvent dans les lieux de cantonnement à l’arrière.

Ce fidèle compagnon de l’homme a également été utilisé à des fins plus militaires. Qu’ils soient de noble race ou modestes bâtards, courts sur pattes ou de grande taille, à poil long où à poil ras, ils ont été utilisés pour leur intelligence, leur odorat ou pour leur ouïe, comme sentinelles, comme transporteurs de message ou encore, comme ravitailleurs en apportant armes, munitions et ravitaillement aux fantassins qui se trouvent en premières lignes.

Voici une petite poignée de photographies montrant quelques-uns d’entre eux qui ont « servi » au 149e R.I.. Les missions exercées par les « chiens soldats » qui sont décrites précédemment sont difficilement visibles sur ces photos, puisqu’elles ont toutes été réalisées durant des temps de repos.

Ce sont des rôles qui n’ont, à une exception, laissé aucune trace dans les documents concernant le 149e R.I.

Chien_2

Le nom de l’animal qui peut se voir sur les deux précédentes photographies demeure inconnu. Ces clichés ont été pris le 4 juin 1917 dans le petit village picard de Vailly-sur-Aisne, à proximité du chemin des Dames.

Les deux photographies suivantes proviennent de la collection personnelle de J. Huret. Un grand merci à lui pour son autorisation de les publier ici.

Flambeau_1

En juin 1917, un essai de casque peu conventionnel est effectué par le chien Flambeau sous le regard attentif du capitaine Guilleminot dans la carrière du Sourd !

Flambeau_2

Le temps de déclencher l’obturateur de l’appareil photo, il est demandé à Flambeau du 1er bataillon du 149e R.I. de rester bien tranquillement sur une « petite reine ».  Une tâche bien difficile ! Ce cliché a été réalisé en décembre 1917 à Vaudoncourt, une petite commune vosgienne.

Chien_et_brancardier

Encore un canidé dont le nom est resté anonyme. Celui-ci pause fièrement à côté du brancardier Mathieu du 1er bataillon du 149e R.I.. Cette photographie a été prise au cours d’une grand’halte près d’Armentières-sur-Ourcq dans l’Aisne.

Papillon_1

Papillon, le chien de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. en équilibre sur une échelle puis à l’entraînement !

Papillon_2

Paul Megnin dans son livre « Les chiens de France, soldats de la Grande Guerre », évoque une situation concernant un des chiens du 149e R.I..

« … Il arrive que des chiens, qui ont été faits prisonniers, s’évadent ! Témoin celui-ci du 149e R.I., qui en sentinelle au P.C. Albertini, cerné avec son maître par l’ennemi, profite du moment oùles Allemands lui enlèvent son collier pour leur fausser compagnie. Il traverse les lignes allemandes et françaises, les barrages amis et ennemis pour rejoindre les lignes. Essoufflé, il rejoint le poste de commandement du sous-secteur qui était son point d’attache. (Rapport d’un chef de bataillon du 149e R.I.) »

Une autre anecdote se trouve dans l’ouvrage « La 43e Division pendant la campagne de 1918 ». Il y a de fortes probabilités pour que ce soit le même événement raconté différemment.

« La prouesse du chien de liaison Blako du 149e R.I., un affreux sang mêlé qui est tombé aux mains d’un groupe d’ennemis, profite du moment où ceux-ci détachent son collier pour prendre ses dépêches, pour leur fausser compagnie et regagner le régiment. »

Sources :

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 ». Éditions Mayence, grande imprimerie moderne. 1922

Pour en savoir plus sur le sujet :

« Les chiens de France, soldats de la Grande Guerre ». Ouvrage de Paul Megnin. Éditions Paris Albin Michel.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à J. Huret.

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16 janvier 2015

Paul le Brigant (1891-1914).

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Paul Marie Eugène le Brigant voit le jour le 9 septembre 1891 dans la ville bretonne de Saint-Malo.  Ce petit Malouin est le fils d’Yves et d’Anne Marie le Chevalier. Son père, un homme âgé de 30 ans, originaire de Trébeurden, exerce la profession d’officier d’administration. Il est absent le jour de la naissance de son garçon. C’est la sage femme qui vient déclarer l’enfant à la mairie de Saint-Malo.

Très vite séparé de sa famille, Paul passe une grande partie de son jeune âge comme enfant de troupe, à l’école préparatoire militaire des Andelys, une école qui se trouve dans le département de l’Eure. L’obéissance et la rigueur deviennent le lot quotidien de son éducation.

Habitué à la vie militaire, il souhaite faire une carrière de soldat. Devenu adulte, il se rend à la mairie des Andelys pour signer un engagement volontaire d’une durée de cinq ans.

Une fois son affectation connue, le jeune homme apprend qu’il va devoir retrouver sa Bretagne natale. Il doit rejoindre la caserne Saint-Georges du 41e R.I. dans la deuxième décade du mois de septembre 1909. Ce régiment est installé dans la ville de Rennes. Le soldat le Brigant est nommé caporal le 10 janvier 1910, puis sergent le 20 novembre de la même année.

Le 8 juin 1911, son capitaine de compagnie lui inflige 8 jours de punition. Il lui porte le motif suivant :

« A revêtu, au cours d’une permission, une tenue de fantaisie, avec insigne de rengagé auquel il n’a pas encore le droit de prétendre. »

Ce petit manquement à la discipline ne l’empêchera pas d’être admis à suivre les cours du 2e degré, durant le second semestre de l’année 1911. Le sergent le Brigant a de l’ambition, il souhaite devenir officier. Pour cela, il va devoir se préparer à passer le concours d’entrée de l’école de Saint-Maixent dans les meilleures conditions possibles. Mais il va falloir travailler dur !

Le 19 septembre 1911, il écope à nouveau d’une punition de trois jours donnés par un lieutenant. Celui-ci écrit dans son rapport : « Ne s’est pas assuré que le havresac d’un homme absent était au convoi.»

Le capitaine Le Guern, son chef de compagnie, dit de lui que c’est une personne sympathique, douée d’un excellent esprit militaire. Il décrit son subordonné comme étant un homme très consciencieux, à l’intelligence vive.

Paul le Brigant est également un sportif qui excelle dans l’art de l’escrime.

Au début de l’année 1912, il effectue un stage de fourrier ; cette formation lui offre la possibilité d’assumer cette fonction au sein de son régiment, du 2 mars au 4 juillet 1912.

Ce sous-officier passe également le brevet de chef de section en août 1912. Brevet qu’il obtient avec d’excellentes notes.

Paul le Brigant s’apprête à quitter la 11e compagnie du 41e R.I.. Le jeune homme va devoir laisser la Bretagne derrière lui pour venir s’installer dans le département des Deux-Sèvres. Il est nommé aspirant le 1er octobre 1913, au moment où il est admis à l’école de Saint-Maixent. Le travail fourni à son ancien régiment vient de porter ses fruits. Celui-ci intègre la 34e promotion, celle qu’on nommera plus tard « promotion de la mobilisation ».

À la fin de sa formation, il peut revêtir l’uniforme de sous-lieutenant et rejoindre le 149e R.I. le 2 août 1914.

Deux jours plus tard, il se présente au colonel Menvielle, l’officier qui commande le régiment spinalien,qui se trouve à ce moment-là dans la région de Vanémont. Le sous-lieutenant le Brigant doit attendre le lendemain pour connaître son affectation. Muté à la 10e compagnie, il se met sous les ordres du capitaine Laure. La guerre ne lui laisse pas beaucoup de temps pour s’intégrer dans son nouveau régiment !  Dix-sept jours plus tard, il trouve la mort au cours des combats qui se déroulent à proximité d’Abreschviller.

Considéré comme disparu dans un premier temps, il faudra attendre le 8 juin 1920 pour qu’il soit reconnu « mort pour la France » par le tribunal civil d’Andelys. Celui-ci valide officiellement son décès à la date du 21 août 1914.

Pas de citations et de décorations connues pour cet officier. Est-ce en lien avec son mauvais classement obtenu à l’école de Saint-Maixent ? Est-ce le fait qu’il n’ait pas eu le temps de montrer beaucoup des compétences attendues au cours des quelques jours qu’il a passé au 149e R.I ? Est -ce tout simplement que sa mort est été si rapide qu’il n’a pas été possible à ses supérieurs d’évaluer ses qualités d’officier au cours d’une attaque ?

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Archives municipales de Saint-Malo.

Le classement de la 34e promotion de l’école de Saint-Maixent peut se consulter sur le site de la bibliothèque virtuelle « Gallica ». Pour y avoir accès, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante :

Gallica

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives municipales de Saint-Malo.

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23 janvier 2015

André Fèvre (1895-1914).

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Natif de la Côte d'Or, André Charles Robert Benjamin Fèvre voit le jour le 27 mars 1895 dans la ville de Dijon. À sa naissance, son père, Alphonse Nicolas est un lieutenant du 8e train des équipages, âgé de 37 ans. Sa mère, Marie Amélie Humbert, est une femme âgée de 23 ans. André est élève au lycée de Buffon dans le XVe arrondissement de Paris.

Il est admis comme élève à l’école spéciale militaire par décision ministérielle du 23 septembre 1913.

À peine âgé de 18 ans, le jeune André signe un acte d’engagement spécial aux jeunes gens reçus à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, le 29 octobre 1913, pour une durée de 8 ans. Encore mineur, son père est obligé de venir donner son consentement pour officialiser cet acte.

André Fèvre intègre la promotion de la Croix du Drapeau. Il est nommé aspirant le 8 novembre 1913.

Cette promotion ne terminera pas sa formation complètement. Quelques jours après la déclaration de la guerre avec l’Allemagne il est promu sous-lieutenant le 6 août 1914. Le 15 août 1914, il est affecté au 149e R.I.. Il arrive sur le front le 16 août 1914 pour intégrer la 11e compagnie. La période durant laquelle le sous-lieutenant Fèvre est engagé contre l’ennemi sera très brève. Il décède à Strasbourg le 21 août 1914, cinq jours après son arrivée au régiment !

Dans un premier temps, il est considéré comme disparu. Les autorités allemandes feront parvenir, par l’intermédiaire de la croix rouge internationale, des informations détaillées qui confirmeront le décès du sous-lieutenant Fèvre.

Personne n’a assisté le défunt durant ses derniers moments. Les morts sont restés 2 jours étendus sur le terrain avant qu’il soit possible de les inhumer. L’inhumation a lieu le dimanche 23 août dans l’après-midi entre 16 h 00 et 15 h 00 par les soins des habitants. Le sous-lieutenant Fèvre est enterré dans la fosse commune n° 3 au Freiwald, qui se trouve sur le territoire de Biberkirch, avec 27 autres soldats. La somme de 366 francs en billets et en or et un petit carnet de notes sont trouvés dans ses effets.

Après de nombreuses procédures administratives,son décès est officialisé en 1920.

Jusqu’en 1925, André Fèvre est enterré dans le cimetière provisoire d’Abreschviller. Le 3 juin 1925, son corps est exhumé d’une tombe qui porte le n° 400 ; celui-ci est déposé dans le cimetière national mixte « La Valette » d’Abreschviller où il repose sous la sépulture n° 36.

Actuellement, le sous-lieutenant Fèvre repose toujours dans ce cimetière. Sa sépulture porte le n° 36.

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Il est décoré de la croix de guerre avec une palme.

Citation  à l’ordre n° 70 de la Xe  armée en date du 31 mai 1915 :

« A été blessé mortellement au combat du 21 août 1914 à Abreschviller en se tenant debout au milieu de sa section pour inspirer confiance à ses hommes tandis qu’une très violente attaque ennemie tendait à ébranler leur moral. »

Son nom est inscrit sur une plaque commémorative qui se trouve à l’intérieur de l’église Saint-Pierre de Montrouge. Une église qui est située dans le 14e arrondissement de Paris.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le portrait du sous-lieutenant Fèvre provient du tableau d’honneur de la guerre 1914-1918 publié par la revue « l’illustration ».

La photo de la sépulture du sous-lieutenant Jacob Vidal a été réalisée par J. C. Balla.

Un grand merci à M. Bordes, à J.C. Balla, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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30 janvier 2015

Albert Dargent (1886-1914).

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Albert Dargent est né le 20 février 1886 dans la petite commune vosgienne de Bulgnéville. À sa naissance, son père Nicolas, un ancien militaire, est un homme âgé de 48 ans qui exerce la profession de percepteur ; sa mère, Angéline Bourgeois, est une femme âgée de 29 ans.

La fratrie est composée d’Albert, d’un frère qui deviendra pharmacien et d’une sœur qui épousera un officier de réserve.

À 18 ans, il signe un contrat de 3 ans avec l’armée à la mairie d’Épinal. Ce jeune homme doit se rendre à la caserne Courcy pour intégrer le 149e R.I. après avoir apposé sa signature sur son acte d’engagement. Nous sommes au tout début du mois de mars de l’année 1904.

Le soldat Dargent devient caporal le 22 septembre de la même année. Il est, à ce moment-là, dans la 11e compagnie. Un an plus tard, il obtient ses galons de sergent. Le 17 avril 1906, il doit renouveler son contrat. Cette fois-ci c’est pour une durée de deux ans. Cet engagement prend effet à compter du 29 février 1907. Par la suite, il signe systématiquement pour des périodes beaucoup plus courtes, périodes qui correspondent à une année et où il se doit d’assumer son rôle de sous-officier.

Albert Dargent exerce les fonctions de sergent-fourrier à deux reprises. Une première fois du 1er février au 1er juin 1907, une seconde fois du 10 mai 1912 au 2 janvier 1913.

Tout au long de sa carrière de soldat, ce jeune homme est confronté régulièrement à l’autorité de ses supérieurs, par des manquements à la discipline. Souvent consigné au quartier, il se retrouve parfois aux arrêts simples, parfois à faire des séjours en salle de police. Et oui, la discipline c’est vraiment du sérieux !

1904 

1er Octobre 

15 jours de salle de police donnés par le colonel :

Motif : Malgré les ordres donnés et renouvelés, s’est désintéressé de l’état de son poste à l’arrivée et y a laissé faire des dégradations.

1905

9 Avril

4 jours de consigne au quartier donnés par le sergent de garde :

« Étant de semaine, est venu en retard répondre à l’appel des punis et sans savoir qu’il avait des punis à présenter.

15 mai

4 jours de consigne au quartier donnés par un sergent :

« N’a pas désigné d’homme de corvée, pour aller chercher le café des hommes de son escouade et par suite de retard apporté par ce fait, n’a pas fait préparer ses hommes pour le rassemblement de la compagnie. »

Le capitaine  transforme cette punition en 2 jours de salle de police.

16 décembre 

4 jours de consigne au quartier donnés par l’adjudant de semaine :

« Malgré trois sonneries successives, n’a pas rassemblé à l’heure prescrite, une corvée qui lui avait été commandée la veille. Cette corvée est partie avec un retard de 25 minutes. »

1906

6 septembre

4 jours de salle de police donnés par un capitaine :

« S’est présenté à l’inspection de cet officier avec des vêtements qui n’avaient pas été brossés depuis le tir et s’est complètement désintéressé de sa section pendant tout l’après-midi. »

22 septembre

3 jours de consigne au quartier donnés par l’adjudant :

« Malgré une consigne écrite et affichée au poste, a  remis à un caporal, un homme puni de prison, sans l’autorisation de ses sous-officiers. Cet homme puni a manqué pendant une heure au peloton des punitions.»

Le lieutenant-colonel du régiment transforme cette punition en 4 jours de salle de police.

13 octobre

4 jours de consigne au quartier donnés par l’adjudant de semaine :

« S’est désintéressé du rassemblement des réservistes devant partir à 11 h 20 et a obligé ce sous-officier à l’envoyer chercher. »

Le lieutenant-colonel du régiment transforme cette punition en 4 jours de salle de police.

1907

7 mai

4 jours de consigne au quartier donnés par l’adjudant de semaine :

« N’étant pas venu à la sonnerie de son grade, a obligé ce sous-officier à l’envoyer chercher et a répondu sur un ton élevé à l’observation qui lui était adressée à ce sujet. »

24 juin

4 jours de consigne au quartier donnés par le lieutenant :

« Il n’a pas assuré la communication des ordres à cet officier. »

1er août

4 jours de consigne au quartier donnés par l’adjudant-vaguemestre :

« Étant de jour, s’est complètement désintéressé du courrier de sa compagnie.»

3 septembre

4 jours de salle de police donnés par le sergent :

« Ne s’est pas assuré si les hommes de sa section avaient de l’eau dans leurs bidons, au départ du cantonnement. »

Même jour, 4 jours de salle de police supplémentaires donnés par le chef de bataillon.

« A déclaré à cet officier supérieur qu’il ne s’était pas occupé d’assurer que sa section avait réalisé l’exécution des ordres donnés pour la préparation du café. »

6 septembre

4 jours de consigne au quartier donnés par le capitaine de la compagnie :

« N’a pas fait raser tous les hommes de sa section pour la revue du capitaine. »

9 novembre

4 jours de salle de police donnés par l’adjudant :

« Ayant reçu l’ordre pendant le défilé de suivre les sections correspondantes de la compagnie précédente, a  dit à haute voix et sur un ton arrogant, « On pourrait commander changement de direction, c’est épatant ça ! »

20 novembre

4 jours de consigne au quartier donnés par le capitaine :

« Étant de semaine, n’a pas accompagné le sergent-major à l’appel du soir et s’est désintéressé du rassemblement de la compagnie le lendemain matin.

Punition réduite à trois jours par le même capitaine. »

1908

15 février

4 jours de consigne au quartier donnés par le lieutenant :

« Est arrivé en cours de mathématique avec 55 minutes de retard. »

2 septembre

4 jours de consigne au quartier donnés par le lieutenant :

« Commandait un détachement, est passé devant cet officier sans le saluer.»

1909

16 avril

4 jours de salle de police donnés par le capitaine :

« A dépassé de 4 heures la rentrée des sous-officiers.»

1910

3 février

4 jours de salle de police donnés par le capitaine :

«  Étant malade à la chambre, est sorti en ville sans autorisation, pour se faire couper les cheveux. »

24 février

4 jours de salle de police donnés par l’adjudant :

« S’est complètement désintéressé de la propreté des chambres de sa section (effets en désordre sur les lits, locaux malpropres) et a manifesté de la mauvaise humeur. »

18 mars

4 jours de salle de police donnés par le capitaine :

« Avant son départ pour Corcieux, a remis à son successeur un registre de tir mal tenu et non à jour. »

2 avril

4 jours de consigne au quartier donnés par le capitaine de tir :

« N’a pas accompagné au champ de tir la voiture transportant les cartouches et n’a pas rendu compte que la caisse  les contenant avait été cassée. »

16 octobre

2 jours de salle de police donnés par le chef de bataillon :

« Est sorti en ville sans arme après deux heures de l’après-midi. »

1911

20 mars

 2 jours de salle de police donnés par le capitaine :

« Ayant reçu l’ordre de prendre le sac pour exécuter un tir d’application dans la position couchée, avait mis sac au dos sans en boucler les bretelles. »

1912

30 septembre

2 jours de salle de police donnés par l’adjudant de bataillon, chef de groupe de service :

« Appelé à la salle de police comme agent de liaison de sa compagnie, a manqué de déférence à l’égard de l’adjudant de service pour une attitude négligée et des réponses faites avec une indifférence affectée. »

Cette punition est transformée en 6 jours de salle de police.

1913

26 février

2 jours de salle de police donnés par le chef de bataillon :

« N’a pas commandé le caporal faisant partie du cadre des exercices physiques des services auxiliaires malgré une note dictée à la compagnie. »

17 mai

1 jour de salle de police donnés par le par le chef de bataillon :

 « Négligence dans le port du sabre au défilé malgré des observations préalables.»

Début septembre 1913, il accède au grade d’aspirant. Il vient tout juste de réussir le concours d’entrée qui va lui permettre de suivre les cours de l’école militaire d’infanterie de Saint-Maixent. Il intègre la 34e  promotion de l’école qui porte le nom de promotion de la Mobilisation. 

Les punitions continuent de tomber….

4 décembre

4 jours de salle de police donnés par le capitaine : 

«Causait à très haute voix et sans nécessité aucune pendant la manœuvre.»

Le 30 décembre, cet officier reçoit une lettre du ministre de la guerre qui vient le féliciter pour le zèle et le dévouement dont il a fait preuve dans l’organisation et le fonctionnement des œuvres coopératives de la troupe.

1914

7 mars

12 jours de salle de police donnés par le capitaine : 

« Étant chef de chambrée, comme un de ses camarades lui faisait remarquer à haute voix qu’il manquait encore de la graisse d’armes dans la chambrée, a répondu à tue-tête et bien tu m’emm… !

Cette punition est augmentée de 3 jours par le lieutenant-colonel de l’école. »

3 juin

2 jours de salle de police donnés par le capitaine 

« A fait une réflexion déplacée à une question que lui posait le lieutenant instructeur au moment de la désignation de son cheval.»

Cette punition est augmentée de 4 jours par le lieutenant-colonel de l’école.»

Une fois sa formation d’officier achevée, Albert Dargent qui vient tout juste d’être promu sous-lieutenant doit retrouver son ancienne unité. Le 4 août 1914 au soir, il rejoint, avec plusieurs autres officiers, le cantonnement du 149e R.I. qui se trouve dans le secteur de Vanémont. Le lendemain, le colonel Menvielle lui donne l’ordre d’intégrer la 8e compagnie pour prendre le commandement d’une section. Cette compagnie se trouve à ce moment-là sous l’autorité du capitaine de Chomereau de Saint-André.

Le sous-lieutenant Dargent participe aux combats qui se déroulent près de Wisembach. Sa carrière d’officier sera très brève puisqu’il trouve la mort, le 21 août 1914 dans le secteur d’Abreschviller. Il est, dans un premier temps, inhumé près de Voyer à 600 m de la ferme de La Valette, dans une tombe collective, avec 21 soldats français et sept soldats allemands.

En octobre 1920, la famille est informée du transfert de son corps dans le cimetière militaire d’Abrechvillers. Sa sépulture individuelle porte le n° 293.

Le sous-lieutenant Dargent a obtenu la citation suivante :

Citation à l’ordre n° 44 de la X e armée du 11 janvier 1915 :

« A été tué le 21 août  à la tête de sa section qu’il entraînait au-devant d’une forte attaque ennemie débouchant à courte distance. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le portrait du sous-lieutenant Albert Dargent provient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue illustration.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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06 février 2015

Robert Petermann (1893-1914).

Robert_Petermann

Robert Georges Pierre Petermann est un Monbéliardais qui est né le 24 juillet 1893, au domicile de ses parents, rue de l’Hôtel de Ville. Son père, Charles Adolphe dirige à cette époque « le Quatorze Juillet », un journal local qui est publié deux fois par semaine. Sa mère, Blanche Rosalie Robert-Tissot, est une femme âgée de 28 ans qui n’exerce pas de profession. Un peu moins d’un an plus tard, elle donne naissance au frère cadet de Robert, celui-ci est prénommé Pierre.

Une fois ses études supérieures terminées, le jeune Robert décide de se lancer dans une carrière d’officier. Il vient d’être admis à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr par décision ministérielle du 23 septembre 1913.

Le 7 novembre 1913, Robert Petermann se rend à la mairie de Lons-le-Saulnier pour venir y signer un engagement volontaire d’une durée de 8 ans.

Au cours de cette période, ses parents demeurent à Belfort. Plus tard, ils franchiront la Méditerranée pour venir s’installer à Casablanca.

Robert Petermann intègre la promotion saint-cyrienne dite « la Croix du Drapeau ». Il est loin de s’imaginer que ses études vont devoir s’arrêter bien avant la fin de sa formation ! En effet, neuf mois plus tard, les élèves de cette promotion s’apprêtent à quitter Saint-Cyr pour cause de guerre. À la fin du mois de juillet 1914, les tensions internationales sont à leur maximum, le commandement de l’école vient de recevoir l’ordre de suspendre les cours. Les élèves des promotions Montmirail et de la Croix du drapeau doivent rejoindre leurs nouvelles affectations au plus vite.

Robert Petermann qui est muté au 149e R.I., arrive au corps le 3 août 1914. Celui-ci est nommé sous-lieutenant trois jours plus tard. Le jeune saint-cyrien fraîchement promu arrive sur le front le 16 août pour être affecté à la 5e compagnie. Il doit aussitôt se mettre sous les ordres du capitaine Micard. Robert Petermann a à peine le temps de faire connaissance avec les sous-officiers qui se retrouvent sous son commandement. Le 21 août 1914, celui-ci est tué d’une balle reçue dans la tête, au tout début des combats qui se sont déroulés près de la Valette, un petit hameau situé au nord d’Abreschviller. Il a à peine 21 ans.

Le sous-lieutenant Petermann est inhumé avec plusieurs hommes de son régiment et quelques soldats allemands, dans une tombe commune à l’ombre des arbres de la forêt de Voyer. Tous ces hommes n’ont pu être mis en terre, que le 24 août, par la population civile des environs.

Peu avant le deuxième anniversaire de l’armistice une commission d’exhumation fait rassembler les corps des Français qui ont été enterrés dans le secteur d’Abreschviller. Le 15 septembre 1920, la tombe commune dans laquelle repose le sous-lieutenant Petermann est ouverte par les fossoyeurs sous le regard attentif du sergent Arcabusquey et du secrétaire Manière. Une lettre est trouvée dans l’une des poches de la vareuse de l’officier. L’écriture est encore bien visible sur le papier malgré les six années passées sous terre. Robert Petermann demande à reposer à l’endroit exact où il aura trouvé la mort. Ses dernières volontés vont être respectées. Sa mère, qui est devenue veuve en 1915, vit toujours au Maroc, elle est informée de la situation.

Sepulture Robert Petermann

Il y a de fortes probabilités pour que cet officier ait honoré le serment prononcé le soir du 30 juillet 1914 par tous les camarades saint-cyriens des promotions Montmirail et la Croix du Drapeau. Ce serment engageait chacun d’entre eux à aller au feu, la première fois, en « casoars et gants blancs ». Sur son compte-rendu d’exhumation, il est stipulé que des « boutons de Saint-Cyr » ont été retrouvés sur lui.

Actuellement, Robert Petermann repose toujours sur le même lieu.

Citation à l’ordre n° 44 de la Xe  l’armée en date du 11 janvier 1915 :

« Saint-Cyrien nouvellement promu, a été tué le 21 août à la tête de sa section qu’il entraînait au-devant d’une attaque ennemie débouchant à très courte distance »

Chevalier de la Légion d’honneur (J.O. du 25 janvier 1920).

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

« Commémoration à la tombe du sous-lieutenant Petermann, le 24 août 2008 à Voyer ». Fascicule réalisé par la mairie de Voyer.

La photographie de la sépulture du sous-lieutenant Petermann à été réalisée par Y. Willaume.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à Éric Mansuy, à M. Porcher, à Y. Willaume et au Service Historique de la Défense de Vincennes et à la mairie de Voyer.

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13 février 2015

Victor Mathieu (1881-1914).

Victor_Mathieu

Victor Mathieu voit le jour le 24 février 1881 à Raon-aux-bois, une petite commune située dans le département des Vosges. À sa naissance, son père Auguste, est un homme âgé de 27 ans qui exerce la profession de manœuvre. Sa mère, Marie Augustine Grosjean est une manouvrière âgée de 20 ans.

Ce jeune homme gagne sa vie durant plusieurs années en travaillant à la blanchisserie et tannerie de Thaon-les-Vosges. Dans l’après-midi du 1er août 1914, le tocsin de l’église du village se fait entendre. La menace de guerre contre l’Allemagne se profile. Une partie des réservistes va devoir rallier son régiment d’affectation dans les jours à venir. Victor Mathieu, qui est maintenant un homme âgé de 33 ans fait partie du nombre.

N’ayant pas eu accès à sa fiche signalétique et des services, il est impossible de savoir la date exacte où Victor Mathieu rejoint le dépôt du 149e R.I. à Épinal.

Ce soldat de la classe 1901 est incorporé à la 10e compagnie du régiment, une unité du 3e bataillon qui se trouve sous l’autorité du capitaine Laure. Peu de temps après avoir endossé la tenue de fantassin, le soldat Victor Mathieu est tué le 21 août 1914 dans le secteur de la Valette près du bois de Voyer, au nord d’Abreschviller, un petit village du sud mosellan situé dans le massif du Donon.

Sa compagnie, qui est, au cours de cette période, commandée par le lieutenant Marcel Michelin, a reçu l’ordre de protéger le repli du 3e bataillon du régiment qui se trouve en très mauvaise posture, suite à une attaque allemande.

Victor Mathieu est inscrit dans la liste des blessés du J.M.O. du régiment à la date du 21 août 1914. Ce n’est que le 11 février 1920 que sa mort est véritablement officialisée suite à un jugement rendu par le tribunal d’Épinal.

Victor a obtenu la croix de guerre avec étoile de bronze. Sa Citation est publiée dans le Journal officiel du 9 septembre 1920.

« Soldat brave et dévoué. Tombé en résistant à une attaque ennemie, le 21 août 1914, à Abreschviller.»

Victor Mathieu repose actuellement dans l’ossuaire n° 2 du cimetière national mixte « la Valette » d’Abreschviller.

Ossuaire_n_2_Abreschviller

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Thaon-les-Vosges.

Références bibliographiques :

Le portrait de Victor Mathieu est extrait du livre d’or des membres du personnel de la blanchisserie et teinturerie de Thaon, mort pour la France au cours de la guerre 1914-1918.

L’acte de naissance de Victor Mathieu a été consulté sur le site des archives départementales des Vosges.

La citation obtenue par le soldat Mathieu a été trouvée sur le site de la bibliothèque virtuelle « Gallica ».

La photographie de l’ossuaire n° 2 du cimetière national mixte « la Valette » d’Abreschviller a été réalisée par J.C. Balla.

Un grand merci à M. Bordes, à J.C. Balla et à A. Carobbi.

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20 février 2015

Témoignage de Louis Cretin : du col de Saales à Val-et-Chatillon...

Louis_Cretin__Abreschviller_

Tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet qui me permettent  de retranscrire sur ce blog le passage suivant du témoignage de Louis Cretin qui a été à la C.H.R. du 149e R.I. du début à la fin du conflit.

Le 14 août, réveil à deux heures du matin, et c’est la marche en avant. Nous traversons la frontière au col de Saales. Les Allemands avaient incendié le poste de douanes, la poste ainsi que les deux ou trois maisons qui forment le village de Saales français. Aussitôt la frontière passée, le jour s’étant levé, le combat s’engage. Les Allemands sont solidement retranchés et nous attendent. Leurs obus de 77 fusants éclatent sans discontinuer. Heureusement qu’ils font plus de bruit que de mal. Des chevaux ont peur des éclatements et versent leur convoi dans le fossé. Nous en remettons plusieurs sur la route en passant. Toute la journée, la bataille fait rage, mais, sur le soir, les Allemands battus abandonnent leurs positions et les nôtres poursuivent. La nuit, nos avant-postes nous protègent, nous couchons au village de Saint-Blaise-la-Roche.

Le lendemain, à 15 h 00, défilent plusieurs centaines de prisonniers, des convois, des canons, des mitrailleuses et le drapeau du 99e régiment allemand, pris dans la bataille par le 1er B.C.P.. Notre victoire était belle.

Le 16, nous progressons et nous allons cantonner dans un hameau du champ du Feu. C’est là qu’étaient les positions d’artillerie allemande et leurs réserves. Nos 75 avaient fait merveille, les tranchées et les emplacements de leur batterie étaient jonchés de débris. En parcourant le champ de bataille, nous glanons toutes sortes de choses, cartouches, bidons, équipement. Nous sommes cantonnés chez un bon vieux qui cause très bien le français. Grisés par notre victoire, nous nous voyons déjà à Mutzig, à Strasbourg et au bord du Rhin. Mais il refroidit notre ardeur par des paroles plutôt graves. C’est ainsi qu’il nous dit : « Une bataille gagnée n’est pas toute une campagne. Méfiez-vous des Allemands. Ils sont très forts. En 1870, j’ai fait campagne dans l’armée française, nous avons été battus. Croyez-moi, ils sont encore plus à craindre. Ils sont nombreux, ils ont beaucoup d’hommes « Nous aussi ! », beaucoup de mitrailleuses et de canons « Peuh ! Ils ne font que du bruit ! » Ils ont surtout de grosses pièces « Nos 75 les démoliront ». La guerre durera plus longtemps que vous ne pensez «  Nous lui rions au nez. » Bref, un tas d’objections qui nous le faisait prendre pour un fou.

Le lendemain 18 août, nous quittons notre cantonnement de grand matin. Le vieux « dingo » vint nous serrer la main à tous. « Bonne chance mes enfants » nous dit-il. Puis, comme nous partions, il écrasa une larme sur sa joue parcheminée. Il s’adressa à sa digne compagne. « Ces pauvres enfants, combien reviendront-ils ? Dieu seul le sait, mais moi, jamais je ne les reverrais. » Ses mains se tendirent vers nous en signe d’adieu. Les premiers instants de notre marche, nous ne parlions que du vieux « Père la défaite ». Non mais ! Tu as entendu le grand-père avec ses boniments à la noix. Nous nous moquâmes de lui copieusement. Nous étions ignorants de ce qui se passait en Belgique et sur les autres parties du front. Nous pensions être vainqueurs partout. Hélas !

Plus tard, les paroles du soldat de 1870 devaient nous revenir à la mémoire. En conscience, nous devions reconnaitre qu’il avait été bon prophète.

Nous traversons les petites villes de Rothau et de Schirmeck au pas cadencé. Quelques drapeaux tricolores flottent sur les édifices. Puis nous quittons la vallée de la Bruche. Au lieu de continuer en direction de l’est, nous remontons franchement au nord et escaladons le massif du Donon.

Nous pénétrons en Lorraine. Le soir, épuisés par cette marche forcée de 40 kilomètres, nous bivouaquons dans un bois près du village de Saint-Quirin. Après quelques heures de repos (nous avons dormis le sac au dos), le 19 à l’aube, nous arrivons à Abreschviller où le régiment prend sa formation de combat. Des compagnies partent sur la verrerie de Vallerysthal. Le reste va prendre position sur la droite de Sarrebourg. Pour la première fois, nous voyons des aéroplanes allemands qui viennent nous survoler. Ils laissent tomber des fusées lumineuses. Quelques instants plus tard, les 105 fusants éclatent au-dessus de nous. La bataille s’engage, violente… Des coloniaux blessés, en position sur notre gauche, reviennent des lignes fort démoralisés… Ils racontent que les leurs se sont fait massacrer par les mitrailleuses allemandes, en chargeant à découvert, sur plus de 400 mètres. Un vrai carnage ! ajoutent-ils. Nous marchons un peu au hasard, à la recherche de nos blessés. Durant deux jours, nous bivouaquons dans des champs de blé.

Le 21, de grand matin, un bombardement intense tombe sur nos lignes. Des « marmites » font leur apparition. Des 105 et 130 fusants et percutants se succèdent par rafales sans interruption. Nous maintenons nos positions, une partie de la journée, mais nous sommes débordés sur la droite et la gauche. Nous sommes obligés de battre en retraite. En traversant la gare d’Abreschviller, les éclats d’obus résonnaient d’une façon lugubre sur les wagons. Le pont sur la rivière était très dangereux à franchir. Nous préférons traverser la rivière à pied. Pendant ce temps, nos batteries d’artillerie usent leurs munitions et débouchent à zéro, sur les vagues d’infanterie allemande, avant de se replier. Les artilleurs se joignent à nos arrière-gardes, ils font le coup de feu avec leur mousqueton. Peu de pièces furent sauvées ! Les attelages décimés par les balles ou la mitraille, tombaient en entrainant la perte de la pièce. Les Allemands nous poursuivent à marche forcée. Le Donon est déjà entre leurs mains, nous ne pouvons pas retraiter par là. C’est sur Cirey-sur-Vezouze que nous repassons la frontière. Le soir nous sommes à Val-et-Chatillon… Quelques heures de repos… Nous sommes exténués par notre marche avec les obus qui nous pourchassaient constamment.

Référence bibliographique :

Témoignage de Louis Cretin.

Un grand merci à M. Bordes,  à D. Browarsky et à T. Cornet.

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27 février 2015

Louis Dubois (1893-1914).

Louis_Dubois

Louis Henri Dubois voit le jour le 3 août 1893, dans le lieu-dit « chez Cartier » près du petit village des Fins qui se trouve dans le département du Doubs. Son père, qui exerce la profession d’agriculteur, se prénomme Jules Cyprien, sa mère se nomme Marie Pourchet.

Sa fiche signalétique et des services lui donne un niveau 3 pour son degré d’instruction ; cet homme sait donc lire écrire et compter. Une fois sa scolarité terminée, Louis devient agriculteur tout comme son père.

L’année 1913 arrive, il est temps pour lui d’effectuer son service militaire. Classé n° 1 sur la liste du canton de Morteau, Louis Dubois est inscrit sous le numéro 43. Le jeune homme est incorporé le 26 novembre 1913 comme soldat de 2e classe. Il doit rejoindre la ville d’Épinal pour intégrer le 149e R.I..

Au début du mois d’août 1914, il sert dans la 11e compagnie du 149e R.I. sous les ordres du capitaine Erhard. Sa participation à la campagne contre l’Allemagne sera brève…

Le soldat Dubois est inscrit dans la liste des disparus du J.M.O. du régiment à la date du 21 août 1914. Ce n’est que le 2 mai 1918 que sa mort est véritablement officialisée, suite à un jugement rendu par le tribunal de Pontarlier.

Louis Dubois pourrait reposer dans le cimetière national mixte « la Valette » d’Abreschviller. Son nom, accompagné du n° du régiment d’appartenance,est inscrit sur la plaque de l’ossuaire n° 1.

Ossuaire_Abreschviller___Louis_Dubois_

Concernant les circonstances de son décès, une autre version des faits est enregistrée sur sa fiche signalétique et des services.

« Décédé le 20 janvier 1915 des suites de ses blessures de guerre et inhumé à Strasbourg, par les autorités allemandes. »

Une source à ne pas oublier en cas de disparition d’un soldat… Il ne faut pas hésiter à consulter le site du Comité International de la Croix Rouge. En effet, les familles ont souvent fait des recherches pour essayer de retrouver la trace des leurs, ce qui est le cas pour Louis Dubois.

Fiche_C

Toutefois, le nom de cet homme ne figure pas dans une liste de prisonniers, ce qui laisse à penser qu'il est peut-être effectivement tombé le 21 août et non mort des suites de ses blessures. Mais les deux hypothèses sont impossibles à départager avec les sources disponibles.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune des Fins.

Le portrait de Louis Dubois est fixé sur le monument aux morts des Fins qui se trouve sur la place du 8 mai, juste en contrebas de l’église de ce village.

Sources :

La fiche signalétique et des services Louis Dubois a été consultée sur le site des archives départementales du Doubs.

Les photographies du monument des Fins et du portrait du soldat Dubois ont été réalisées par G.Tisserand.

La fiche de Louis Dubois provient du site du Comité International de la Croix Rouge.

Croix_Rouge__logo_

Un grand merci à M. Bordes, à A. Marguet,  à A. Carobbi et à G. Tisserand.

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