25 mars 2010

Capitaine Léon Baril (1873-1915).

Leon_Baril

 Un bordelais au 149e R.I…..

Léon Louis Baril est né le 25 octobre 1873 à Bordeaux-Caudéran, place Dauphine. Il est le fils d’Edouard et de Catherine Lafargue. Il s’engage dans l’infanterie en 1891 pour suivre une carrière militaire jusqu’à la fin de sa vie. Nommé capitaine en septembre 1911, il va, après cette nomination, commander une compagnie du 123e R.I. à La Rochelle. A la fin du mois de février 1913 Il arrive au 149e R.I.. Au début du conflit Il reste au dépôt du régiment. Le capitaine Baril rejoindra son régiment qui se trouve sur le front belge en Novembre 1914,  pour y prendre le commandement de la 9e compagnie. Compagnie qu’il ne quittera plus jusqu’au moment où il rencontre la mort sur son chemin le 3 mars 1915 dans le secteur de Noulette.

Monument_aux_morts_Bordeaux_CauderanSon nom  est inscrit sur les monuments aux morts de Bordeaux-Caudéran et d’Epinal. Il repose dans le carré militaire  du cimetière communal de Sains-en-Gohelle dans le Pas-de-Calais.

Citation à l’ordre de l’armée :

Cité à l’ordre n° 55 de la 10e Armée, en date du 30 mars 1915.

« Lors d’une attaque allemande sur les tranchées de 1ère ligne devant Noulette, a été tué à la tête de sa compagnie en l’entraînant sous un feu violent d’artillerie et de mitrailleuses pour une attaque en avant des tranchées. A montré en plusieurs circonstances, une grande bravoure. » Journal officiel du 8 avril 1915.

 

Avec l’aimable autorisation de Suzanne Martel qui me donne son accord pour reproduire ici un extrait d’une lettre écrite le 8 mars 1915 par  Lucien Kern et qui évoque les derniers moments de vie du capitaine Baril. (Cette lettre se trouve dans le livre « Lettres de tranchées »).

 

Ma chère bonne maman et chère sœur et Georges.

« Six mois depuis le 26 février se sont écoulés depuis notre départ, tant de souffrances, de peines et de sacrifices sans nom.  Je n’entrerai pas aujourd’hui dans les détails de la lutte horrible qui s’est déroulée pendant trois jours… J’ai passé des heures terribles, heures d’angoisses et de danger, comme jamais je n’en ai passé. J’ai souffert d’esprit et de corps en trois jours, comme en dix ans de ma vie… Un soir vers quatre heures, bombardement terrible par nous sur l’ennemi. Il faut l’avoir vu pour le croire. Ce fut pendant une demi-heure, l’enfer déchaîné sur un coin de terre… Tout de suite après notre compagnie reçoit l’ordre d’attaquer… Je vis tomber mon lieutenant. Combien d’amis que j’estimais, tous frappés à mort, à chaque pas, il me semblait que j’allais être touché, car nous chargions sous un feu violent de mitrailleuses et de fusils. Les balles tombaient pareil lorsque la pluie commença à tomber en larges gouttes… C’est le  3 mars, à 16 h 00, que nous avons chargé. Le commandant pleurait de nous voir partir à la mort, car l’attaque était manquée. Notre pauvre capitaine fut tué aussi, le soir à 8 h 00. La moitié des hommes manquaient à l’appel… Il y a un village tout près, celui dont je vous ai parlé, tout bombardé. Nous l’appelons le village de la mort, car les obus tombent et tuent en traîtrise, en  ce fameux endroit. Maintenant notre régiment est relevé et est au repos pour se refaire et se reposer… »

 

Tous mes remerciements au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes, aux archives départementales de Bordeaux, à la mairie de Bordeaux-Caudéran, ainsi qu’à S. Martel à A. Carobbi à T. Cornet et à M. Porcher.

 

Références bibliographiques :

La carte utilisée pour le montage photo,  est extraite du J.M.O. du 25e R.I.T., sous-série 26 N 778/5.

« Lettres des tranchées » Correspondance de guerre de Lucien, Eugène et Aimé Kern, trois frères manitobains, soldats de l’armée française durant la première guerre mondiale. Aux éditions du Blé. Saint-Boniface (Manitoba) Canada. 2007.Collection Lucien Kern préservée soigneusement par Odile Martel.

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01 avril 2010

Humbles lettres à la famille.

                   Montage_3_Marius_Dubiez

Tous mes remerciements à Patrick Blateyron pour son autorisation à retranscrire quelques lettres écrites par son grand-père Marius Dubiez. Ces dernières étaient adressées à la mère de Marius,  Marie Dubiez ainsi qu’à sa sœur Claire.  

Sans date…

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je réponds à vos deux lettres que je viens de recevoir et qui m’ont fait bien plaisir de savoir que vous êtes en bonne santé. Ces lettres étaient datées une du 10 et l’autre du 25 et le mandat du 10. J’ai reçu le colis en même temps. Cela m’a fait bien plaisir, je vous l’assure. Il y avait bien ce que vous me dites. Une paire de bas, du chocolat, des cigarettes, des bonbons, une saucisse, la boite de thon et du papier à lettres. Vous me dites que vous attendez Chtoube, je suis bien étonné. Vous ne m’aviez pas parlé que vous l’aviez demandé… S’il peut venir vous aider, il doit être plus fort que Boivin. Ma chère mère et ma chère sœur, vous me dites que vous allez aider un autre et qu’il viendra vous aider. Vous me direz avec qui vous faites ensemble, cela me fait bien plaisir. Je suis bien surpris de Maurice Billet qui est blessé. Mais ce n’est pas grave, cela s’est bien terminé pour lui. J’ai reçu aussi une carte d’Herman et Maurice Billet. Herman me dit qu’il va bien, qu’il est bien soigné. Maurice me dit qu’il est en convalescence de deux mois. Il dit qu’il est heureux, je le pense bien qu’il a de la chance. Ma chère mère et ma chère sœur, vous me demandez si je pouvais vous dire où mes chers camarades sont enterrés. Je ne peux pas vous dire au juste, car le régiment a été relevé. Aussi, on ne peut pas voyager comme on veut. Je viens de voir Eugène Barbet. On a été hier soir ensemble. Je vous assure que cela m’a bien fait plaisir de se voir. On a bu un litre ensemble en parlant un peu de nos misères. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Je pense que vous avez reçu ma carte où je vous disais de m’envoyer de l’argent. Mais j’en ai assez pour le moment ; vous m’en enverrez dans quelques jours. A bientôt de vos nouvelles.

Marius Dubiez.

 

Lettre du 24 février 1915.

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je réponds à votre lettre que je viens de recevoir et qui m’a fait plaisir, je vous l’assure. J’attendais tous les jours de vos nouvelles, car il y avait bien 20 jours que je n’avais rien reçu. Aussi cela m’a fait bien plaisir et de voir que vous êtes en bonne santé. Vous me dites que Paul Catenot est revenu au pays et qu’il est bien portant. Vous me demandez si j’ai déjà eu quelque chose et si j’ai maigri. Ma chère mère et ma chère sœur, non, je n’ai pas maigri et je n’ai pas encore été malade. Aussi, nous sommes bien assez nourris, on a assez à manger et on a un quart de vin tous les jours et des fois deux kilos et la gniole encore souvent. Vous me dites aussi qu’Henri Chauvin a eu un petit garçon. Je le savais déjà, qu’il devait être papa, car Henriette m’en avait parlé. J’ai reçu des nouvelles de Léon, il y a quelques jours, il est en bonne santé. Il me dit que Paul Touveur a été blessé et qu’il est à l’hôpital de Besançon. Pour le métier, ma chère mère et ma chère sœur, c’est toujours à peu près la même chose, il ne fait pas bien bon les jours où il pleut souvent. Mais je crois que nous allons aller en repos ces jours. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

 

Lettre du 23 mai 1915.

Portraits_Maurice_Billet_Marius_DubiezMa chère mère et ma chère sœur,

Je fais réponse à votre lettre que je viens de recevoir et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Ma chère mère et ma chère sœur, vous me dites qu’il y a quelques jours que vous n’avez pas reçu de mes nouvelles. Je le pensais, mais on a attaqué et on a été huit jours dans les tranchées sans en sortir. On en a vu de terrible, je vous assure. On a avancé de plusieurs tranchées, mais c’était terrible, elles étaient pleines de cadavres et on a passé près d’être fait prisonnier. On allait mettre en batterie dans un gros trou d’obus. C’était la nuit sur le plateau de Notre-Dame-de-Lorette. Sur Ablain-Saint-Nazaire, quand on regarde, on voit les Allemands qui rampaient sur nous pour nous serrer. Ils étaient à 10 m de nous. Je vous assure que c’était terrible. Vous me dites que vous avez fini de semer et de planter les pommes de terre et que vous avez retrouvé un berger. Je suis bien content. Pourvu qu’il fasse bien ce qu’il faut. Vous m’en parlerez quand vous me réécrirez. J’ai reçu des nouvelles de Léon, il est en bonne santé. Il me dit qu’il venait de voir Raoul qui était cantonné pas loin de lui. . C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. On s’est photographié hier, toute la pièce ensemble. Je pense l’avoir ces jours. Quand je l’aurai touché, je vous réécrirai pour vous l’envoyer.

Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

 

Lettre du 15 juillet 1915.

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je fais réponse à votre lettre que je viens de recevoir et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Ma chère mère et ma chère sœur, vous me dites que vous avez reçu ma photographie et vous me dites que j’ai laissé pousser ma barbe. Vous me demandez si j’ai maigri. Je n’ai pas bien maigri et je n’ai pas de douleurs. Beaucoup disent qu’il y a des poux, nous aussi nous en avons. Nous nous changeons quand on peut. Vous me demandez si on est bien nourri. Oui, ma chère mère et ma chère sœur, on nous nourrit bien et on touche tous les jours du vin. Vous me dites qu’Herman est venu en permission pour un mois. Je le savais, car il m’avait écrit.

J’ai reçu une lettre de Léon hier. Il me dit qu’il a reçu des nouvelles d’Arthur Bourny qui lui parle d’Eugène Barbet qui était mort. C’est bien triste, je vous assure, ma chère mère et ma chère sœur, cette terrible guerre. J’ai reçu aussi une lettre de Maurice qui me dit qu’il va bien aussi. Il y a quelques jours que je n’ai pas reçu de nouvelles d’Alfred, mais je pense en recevoir dans les jours qui viennent. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

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08 avril 2010

Témoignage de Louis Cretin : deux bien étranges recrues à la C.H.R. du 149e R.I..

                Deux_filles_au_149e_R

 

(Une nouvelle fois tous mes remerciements à D. Browarsky pour son autorisation de reproduire sur ce blog un nouvel extrait du témoignage de Louis Cretin).

 

Voici une petite anecdote assez cocasse qui se situe vers le 6-7 août 1915 à la fosse 10. Elle vient nous rappeler qu’il y avait aussi des moments bien plaisants dans une période chaotique…

« À la fin du mois de juillet et au début du mois d’août, le régiment venait de passer 15 jours en repos à Barlin, un gros village du bassin minier de Bruay, à une dizaine de kilomètres des premières lignes. Dans ce pays, il y avait beaucoup de jeunes filles fort jolies et très provocantes, de plus très amoureuses. Deux des nôtres, un parisien et un jurassien d’Oyonnax avaient fait la conquête de deux superbes brunettes. Ils étaient en pleine lune de miel, si j’ose m’exprimer ainsi quand le 8 août au soir, nous arrivent l’ordre de remonter en secteur. Les attaques étant suspendues, la musique devait aller cantonner à la fosse 10. À 5 ou 6 kilomètres de Barlin, désolés de perdre leurs dulcinées, nos deux « chéris » les décident à venir nous accompagner. La chose était faisable. Nous devions partir vers 22 h 30 par temps couvert et sans lune. Il faisait une nuit noire à souhait, de plus ce jour-là, nous avions justement touché des effets d’habillement. Au moment du départ, nos nouvelles recrues se faufilent dans nos rangs, vêtues d’une capote et coiffées d’un képi. Des bandes molletières, un bidon et une musette complétaient la ressemblance avec nous. Notre sous-chef (M. Drouot) ne s’aperçut pas de ce supplément d’effectif… Nous voilà partis. Nous arrivons à la fosse 10 vers minuit. Il pleuvait, c’était presque impossible pour nos cantinières de retourner à Barlin. Elles pouvaient se faire ramasser par les « pandores » ou des patrouilles. Il ne leur restait qu’une solution, devoir partager  notre cantonnement en attendant le jour. Nous prenons possession de notre cantonnement et l’on se couche. Presque tout de suite commença des assauts passionnés dont le communiqué officiel n’a jamais fait mention. Un arbitre bénévole et tout à fait impartial se révéla en la personne de notre « Zonard » rengagé un autre parisien et à l’insu des intéressés, il comptait et marquait les « touches ». Jusqu’à l’aube, les charges durèrent. Finalement, nos deux champions, fatigués et probablement à court de munitions, s’endormirent, prisonniers dans les bras de leurs conquêtes. Le silence se fit… Mais voici, ou l’histoire se corse… Vers 7 h 00, notre sous-chef vient rendre visite à notre cantonnement, ainsi qu’il en avait l’habitude, afin de juger de notre installation. Tout le monde dormait… ou faisait semblant. Sur le seuil, il resta cloué sur place. Le spectacle et la surprise lui enlevèrent tout d’abord l’usage de la parole. Sa pipe s’échappa de ses lèvres. Puis, il fit quelques pas en se frottant les yeux, il vint frictionner les dormeuses d’un vigoureux coup de pied dans la partie la plus charnue de leur individu. Congestionné, il hurla par trois fois en allant en crescendo. Bande de vaches ! (C’était son juron favori). Salauds ! Cochons… C’est pis qu’un bordel ici… C’en est du propre ! Voulez-vous bien me foutre le camp tout de suite, bougre de garces. Ce qu’elles firent de suite, avec rapidité du reste… S’adressant ensuite aux deux coupables, il les menaça de punitions terribles. Biribi, conseil de guerre… Vous n’y coupez pas. Je vais vous porter le motif. Tirant un crayon et un calepin de sa poche, il se mit en devoir de faire son rapport. Mais cela ne devait pas être facile à rédiger, car son crayon demeurait inerte. Alors, l’arbitre s’approche et lui dit « Monsieur Drouot, voici le résultat du match : Cinq  « rigodons » à D… contre 4 à H…, le pantruchard dit « Pine d’acier ». Nos éclats de rire apaisèrent puis finalement calmèrent son courroux. Il répéta encore 2 ou 3 fois en « décrescendo », «  bande de vaches ». Il leur dit «  Ça va pour cette fois, mais n’y revenez plus ! (Il en était ainsi à chaque fois qu’il voulait punir quelqu’un. C’était toujours remis à la prochaine fois). Si vous recommencez une autre fois, je vous la fous en bas avec mon sabre ! Satisfait de son énergie et certain d’avoir fait consciencieusement tout son devoir, il sortit prendre l’air pendant que nos rires redoublaient. L’affaire ne fut pas ébruitée et n’eut pas d’autre suite pour nous. J’ignore s’il en fut de même des deux « Barlinoises ». J’espère qu’à présent elles sont devenues de braves et honnêtes mères de famille. »

 

Un grand merci à D. Browarsky et à T. Cornet.

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16 avril 2010

3 mars 1915.

                  Explosion_de_mine

Le matin du 3 mars 1915, à 6 h 00, de violentes explosions de mines se produisaient sur la région de T3, ainsi que sur la parallèle située en face de la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette. Elles sont suivies aussitôt d’une violente canonnade. Canonnade dirigée sur les tranchées des sous-secteurs de Noulette et de Lorette ainsi que sur les villages de Bouvigny et d’Aix-Noulette. Une attaque d’infanterie très virulente suivait immédiatement sur tout le front. Elle était accompagnée d’un tir de barrage d’artillerie entre Noulette et les tranchées de premières lignes qui étaient tenues par le 1er bataillon du 149e R.I., entre le bois des Boches et l’extrémité nord de la parallèle. Les mines allemandes avaient enseveli en partie nos unités de 1ère ligne, notamment la compagnie du centre du 149e R.I.. Par les brèches ainsi pratiquées, l’attaque allemande débordait rapidement les défenseurs de notre première ligne.

Vers 8 h 50, le 149e R.I. faisait savoir qu’il avait perdu ses tranchées dans la région de T1, T2 et T3…

…À 15 h 45, après une préparation d’artillerie, l’infanterie française passe à la contre-attaque. Elle se trouve aussitôt sous les feux très puissants d’infanterie et de mitrailleuses ennemies qui ralentissent sa progression. À la suite de cette attaque, les unités engagées avaient avancé de quelques mètres.

Carte_3_mars_1915__1_Vers 18 h 00, le 2e bataillon du 149e R.I. se trouve  en liaison avec les chasseurs, sa gauche est au pied de la haie talus G. Il ne peut pas progresser davantage, car il est soumis aux tirs d’enfilade des mitrailleuses allemandes. Le 3e bataillon n’a pas pu déboucher des bois 5 et 6 dont il est sorti pour progresser d’une petite vingtaine de mètres. Il est arrêté lui aussi par les feux des mitrailleuses ennemies. À 18 h 30, le 3e bataillon subit un nouvel échec dans un deuxième essai de contre-attaque. Il est arrêté par le feu nourri des mitrailleuses ennemies situées au pied des haies talus 1 et 3. Les pertes sont importantes. Les boyaux sont encombrés de tués et de blessés… Vers 19 h 00, toutes les dispositions sont prises pour que les 1er et 3e bataillons puissent organiser une ligne de feu aux lisières sud-est des bois 5, 6 et 7. Le 2e bataillon est relié à sa droite avec les chasseurs et à sa gauche avec les 1er et 3e  bataillons du 149e R.I.. 

 

Extraits du livre « Lorette, une bataille de douze mois octobre 1914 » d’Henri René.

« … Le 3 mars à sept heures, après une nuit de silence succédant à une véritable débauche de gros projectiles et de torpilles sur toutes nos tranchées de plateau, nous sommes réveillés par une rafale d’explosions retentissantes. Le sol en est ébranlé sur plusieurs kilomètres. Le vacarme se poursuit, assourdissant, pendant une demi-heure. Vers 8 h 00 commencent à arriver à la Forestière des chasseurs affolés, les yeux hagards, quelques-uns ayant conservé leurs armes et équipement, la plupart nu-tête et désarmés, les premiers sains et saufs, les suivants plus ou moins blessés… Grosse émotion dans tout le camp, les officiers vont et viennent, inquiets, mais calmes. À l’est du bois, la fusillade crépite. Nous sommes là quelques vieux guerriers, habitués à ces premiers affolements au Carte_3_mars_1915__2_début d’une affaire un peu chaude. Dès l’abord, ceux qui arrivent à l’arrière sont sujets à caution : ou bien ce sont «les faibles» qui n’ont pas résisté à une lourde émotion et qui dans la mêlée ont échappé à l’action de leurs chefs ; ou bien ceux qui se sont trouvés là où «ça brûle» et qui sont projetés en l’air par une explosion de mine ou de marmite, bousculés, retournés, dépossédés de leurs sens par la violence des événements, puis automatiquement entraînés dans le courant des faibles. Il faut n’avoir jamais été au feu pour nier, dans tous les combats, surtout ceux où l’on est attaqué, l’existence de ces «décalages» individuels, ou pour s’en indigner outre mesure. L’art du commandement consiste justement à ne pas se laisser émouvoir, à réparer au plus vite les brèches de la digue et à remettre en bonne voie les courants divergents qui auraient pu se former. Il doit y avoir quelque chose de sérieux.

Les renseignements deviennent précis à 9 h 00. Les Allemands ont prononcé une très grosse attaque, dont le signal semble avoir été le déclenchement instantané de toutes les bouches à feu, canon ou minenwerfer, disponibles devant notre front. Il est probable que des explosions de mines s’y sont ajoutées. L’effet a été terrifiant, à n’en pas douter. Parmi ce tintamarre, l’infanterie s’est précipitée en masse sur nos tranchées, où elle a pris pied avant que la plupart de nos chasseurs aient eu le temps de sauter sur leurs fusils ou leurs mitrailleuses.

Le flot le plus important, débouchant des organisations avoisinant la Chapelle, s’est précipité vers la partie sud de «la haie», prenant ainsi à revers toutes nos tranchées ou boyaux de la partie nord, en échelon très avancé par rapport à la première. Il est a craindre qu’il y ait eu un sérieux «coup de filet», vers la corne est de ce que nous appelons maintenant « le bois 8 », allongé en languette sur le rebord nord du plateau, et à l’extrémité du «boyau Laprade» : les Allemands, si l’on en croit certains renseignements, occuperaient actuellement le «boyau VI» et le «boyau VII», c’est-à-dire une position très en deçà de la précédente.  Un détachement de sapeurs est envoyé sur les lieux pour aider l’infanterie à se rétablir. Carte_3_mars_1915__3_Toute la traversée des bois est pénible et dangereuse, car l’artillerie ennemie les arrose avec de la « lourde » pour empêcher nos réserves de s’y rassembler et de s’y mouvoir. Nous arrivons à  « la baraque » et «au chemin creux de Noulette», nous sommes stupéfaits de nous trouver en toute première ligne. Nous sommes en plein tumulte de commandements saccadés et émus. Des groupes hétérogènes de chasseurs aux numéros divers se rassemblent autour des gradés et exécutent une fusillade nourrie. Il y a de nombreux blessés gémissants et suppliants qui voudraient bien trouver «la sortie» du boyau, mais que le brouhaha immobilise parmi les combattants. On nous dit que, quelques minutes auparavant, un groupe d’Allemands particulièrement audacieux s’est avancé jusqu’au «P.C. du chemin creux de Noulette», heureusement bien vite repoussé par nos patrouilleurs. La situation est sérieuse. Il est bien exact que l’ennemi tient le bois 8, une grande partie du boyau Laprade, les boyaux VI et VII, et toute la partie nord de «la haie». Mais, circonstance favorable pour la préparation de nos contre-attaques, nous tenons encore tout le «boyau de crête», au rebord sud du plateau. On raconte qu’un capitaine du régiment de réserve voisin s’est placé avec quelques hommes en tête de ce boyau, vers le sud de «la haie», arrêtant de ce côté les tentatives ennemies, les faisant dévier vers le boyau Laprade et restant ainsi, sur leur flanc, une menace redoutable…

Les chasseurs se sont accrochés au sol, à hauteur de la baraque et du chemin creux, pour se rétablir d’abord et arrêter la trombe. Ils ont rameuté, puis massé leurs compagnies se préparant à la contre-attaque, dans ces bois du «chemin creux», dont le couvert protecteur n’est plus qu’illusoire en cette saison et où les obus ennemis leur ont causé pendant deux jours les pertes les plus lourdes. D’un premier élan, s’appuyant à droite sur le régiment de réserve, ils ont repris pied dans le boyau VII et «ramassé» dans le boyau Laprade une centaine d’allemands qui s’y croyant déjà en sécurité, creusaient des niches dans la craie. Ensuite, l’artillerie leur fait une belle ouverture ! Nos «75» ont exécuté, chose que nous n’avions jamais entendue, un feu roulant, à pleine vitesse, pendant près d’une heure. Les «lourds» les ont appuyés et scandés de leurs obus. Le déluge de fer et de fonte s’est abattu sur les tranchées échelonnées du boyau VI jusqu’à «la haie». Les Allemands ont «trinqué ferme», car ils n’avaient pas encore eu le temps de s’y creuser des abris…

… La contre-attaque a pu réoccuper « la haie» et la plus grande partie du bois 8, a l’exclusion de sa corne est… »

.

 

Un très grand merci à M. Bordes, V. Le Calvez, à M. Porcher, au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes et à l’association « Collectif Artois 1914-1915 ».

 

Référence bibliographique : « Lorette une bataille de douze mois » d’Henri René. Editions Perrin et Cie. 1929.

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23 avril 2010

Les citations du régiment.

                Citations_149e_R

Un très grand merci à Joël Huret pour la photo qui se trouve sur le montage. Ce cliché inédit, représente le lieutenant Husson qui se trouve derrière le drapeau, accompagné d’une délégation du 149e R.I. à l’occasion d’une revue du 14 juillet 1917 à Vincennes.

Durant le conflit, le 149e R.I. a obtenu les citations suivantes : 

Citation à l’ordre n° 16 de la 9e Armée en date du 30 novembre 1914.

« Le général commandant la 9e Armée cite à l’ordre de l’Armée le 149e Régiment d’Infanterie, qui, après s’être emparé du village de Souain, dans la nuit du 13 au 14 septembre, a dû l’abandonner, à la suite d’un violent bombardement dans la matinée du 14, s’en est emparé de nouveau dans la soirée du 15 et depuis ce temps s’y maintient et en assure la possession malgré toutes les attaques d’infanterie qu’il a eu à repousser et le bombardement d’une extrême violence qu’il n’a cessé de subir. Ce régiment a, en particulier, le 19 septembre, repoussé une attaque d’une brigade allemande qui avait réussi à pénétrer dans la partie est du village en infligeant à l’ennemi de grosses pertes et en faisant 160 prisonniers. Il a su, par sa ténacité et sa remarquable endurance, non seulement se maintenir dans le village à peu près complètement détruit, mais prendre pied dans les tranchées au nord de la localité, assurant ainsi à l’armée ce point d’appui important, objet des attaques incessantes de l’adversaire. »

Signé : Foch.  

 

Citation à l’ordre n° 304 du 35e C.A. en date du 8 octobre 1916.

«  Dans la période du 3 au 22 septembre 1916, a pris d’assaut un village puissamment fortifié, enlevé la 2e ligne ennemie et conquis deux kilomètres de terrain. S’est accroché au terrain avec une remarquable ténacité et l’a organisé ; a brisé toutes les contre-attaques ennemies malgré de violentes réactions de l’artillerie allemande, a recommencé de nouvelles attaques de lui-même, sans ordres, bien que l’objectif a lui assigner ait déjà été conquis. continué, sa progression gagnant encore 900 m et ne s’arrêtant qu’à bout de forces devant un centre de résistance fortement organisé. »  

Signé : Jacquot.

 

Citation à l’ordre n° 529 de la 6e Armée en date du 13 novembre 1917.  

« Régiment d’avant-garde, ayant un long passé de gloire. Sous les ordres du colonel Boigues, s’est distingué une fois de plus le 23 octobre 1917, en s’emparant dans un élan irrésistible de positions puissamment organisées sur plus de trois kilomètres de profondeur. Malgré de lourdes pertes en officiers a mené le combat jusqu’au bout avec la même ardeur, la même cohésion, brisant toutes les résistances et atteignant tous les objectifs assignés. À fait 700 prisonniers et capturé 19 canons dont 10 lourds, 54 mitrailleuses et une grande quantité de matériel. »  

Signé : de Maistre.

 

Citation à l’ordre de la 6e Armée en juin 1918.

«  Amené en camions dans un secteur qui venait d’être rompu par l’ennemi a, sous les ordres du lieutenant-colonel Vivier, été engagé aussitôt débarqué. Puis, pendant 8 jours et sept nuits, s’est battu sans arrêt, sans aucune défaillance et a ainsi contribué à briser la progression d’un ennemi supérieur en nombre. Conduit par un chef énergique qui n’a cessé de maintenir son poste de commandement aux endroits les plus exposés, a entraîné par un corps d’officiers d’élite, dont les lourdes pertes montrent l’héroïque dévouement, a su, non seulement tenir dans les situations les plus critiques, mais rétablir le front par ses contre-attaques. En particulier a reconquis des batteries françaises momentanément abandonnées. »  

Signé : ?

 

Citation à l’ordre de la 4e Armée en 1918.

« Régiment solide comme le roc, fidèle à sa devise « Résiste et mord », témoigne en toutes circonstances de l’ardeur qui l’anime, montrant autant de ferme opiniâtreté dans la résistance que la fougue dans l’offensive. Le 15 juillet 1918, sous le commandement du lieutenant-colonel Vivier, soumis à un bombardement d’une violence inouïe, a repoussé des attaques répétées, appuyées par des chars d’assaut. À maintenu l’intégrité de ses positions, dissociant les vagues ennemies, contre-attaquant sans relâche, ramenant des prisonniers et du matériel, et dominé un ennemi supérieur en nombre. »  

Signé : Henri Gouraud

 

Citation à l’ordre de la 4e Armée en 1918.  

« Pendant trois jours de bataille en Champagne, du 26 au 29 septembre 1918, a, dans un élan superbe, avec une volonté irrésistible, percé les lignes allemandes, réalisant une avance de plus de huit kilomètres. Le 26, sous l’impulsion méthodique de son chef, le lieutenant-colonel Vivier, a brisé l’une après l’autre, toutes les résistances que lui opposait successivement l’ennemi dans les différentes lignes d’une position formidablement organisée. Puis, le 27 et le 28, poussant de l’avant, s’engageant à fond, sans la moindre hésitation, a couvert le flanc de la division en flèche de plus de 3 kilomètres, résistant héroïquement à toutes les contre-attaques, a permis de maintenir toute l’avance réalisée. Au cours de ces trois journées, a capturé plus de 700 prisonniers, dont 15 officiers, parmi lesquels un chef de bataillon pris 14 canons de gros calibres ou de 77, de nombreux Minenwerfer, plus de 200 mitrailleuses, des dépôts importants de munitions et un matériel considérable. »

Signé : Henri Gouraud

 

Un grand merci à J. Huret et à C. Terrasson.

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02 mai 2010

Marius Dubiez (1892-1958). Pour le métier...

               Marius_DUBIEZ

De nouveau tous mes remerciements à Patrick Blateyron pour son autorisation à retranscrire ici quelques lettres supplémentaires écrites par son grand-père Marius Dubiez. Ces dernières étaient adressées à la mère de Marius,  Marie Dubiez ainsi qu’à sa sœur Claire.

 

Lettre du 26 octobre 1916.

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je vous écris ces quelques lignes pour vous donner de mes nouvelles et aussi pour en avoir des vôtres. Je pense aussi que vous avez dû recevoir la lettre où je vous demandais de m’envoyer une ou deux paires de chaussettes en laine et un peu d’argent. Cela me fera bien plaisir. Pour le métier, on est aux tranchées. C’est encore assez pénible, car il ne fait pas bien chaud ces jours-ci, je vous assure. Ma chère mère et ma chère sœur, quand vous m’écrirez de nouveau vous me direz si vous avez bien avancé à semer et si vous avez commencé à battre. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère, ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez

Lettre du 28 octobre 1916.

Ma chère mère et ma chère sœur, 

Je fais réponse à votre lettre que j’ai reçue et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Vous me dites que vous avez déjà bien avancé à semer. Je suis bien content. Pour le métier, on a repris le chemin des tranchées. On est à peu près du même côté ou  nous étions dans la Somme. J’ai bien reçu une lettre d’Alfred ce jour. Il l’avait donné à un copain de ma section, car il se trouvait à côté de notre train de combat, mais on était en première ligne. J’aurais bien voulu qu’on puisse se voir. Cela m’aurait bien fait plaisir. Vous me dites aussi qu’Herman et Maurice Bourny sont en permission. Ça doit faire plaisir de se voir entre frères. Quand vous me réécrirez, vous me direz si Arthur a déjà écrit. Ma chère mère et ma chère sœur, quand vous aurez reçu ma lettre, si vous voulez, vous m’enverrez une ou deux paires de chaussettes en laine. Il ne fait pas bien chaud dans les tranchées, je vous assure. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous. Vous donnerez bien le bonjour à Paul Catenot de ma part.

Marius Dubiez.

 

Lettres du 19 novembre 1916. 

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je fais réponse à votre lettre que j’ai reçue et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Pour le métier, on est en repos et cela fait bien plaisir, je vous assure. On en a encore vu de dur. Si vous voulez bien m’envoyer un peu d’argent, cela me ferait bien plaisir. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

 

Lettre du 12 décembre 1916. 

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je fais réponse à votre lettre que j’ai reçue et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Vous me demandez quand je pense aller en permission. Je vais peut-être y aller dans le mois de décembre où dans le mois de janvier. Mais on n’est pas encore bien sûr étant donné que l’on va peut-être remonter aux tranchées dans quelques jours. Mais quand je pense y aller, je vous en parlerai. J’avais donné une carte à Etiévant qui est allé en permission. J’espère qu’il est allé vous voir. Vous me dites aussi que vous avez reçu des nouvelles de Barraud et de Degrace, qui vous disent qu’ils sont bien malheureux. Je le pense bien, je vous assure. Ils disent que sur les 17 qui étaient à la pièce où était Léon, mon cher frère, ils ne restent que deux. C’est bien triste. Beaucoup sont morts en martyrs. Ils disent également que Léon n’a pas souffert. C’est bien, tant mieux, car c’est un peu une consolation. Lui que j’aurais tant aimé revoir. Ma chère mère et ma chère sœur, J’ai reçu des nouvelles d’Herman, de Maurice et d’Alfred qui me disent aussi qu’ils sont en bonne santé. J’ai reçu les sous qui étaient dans la lettre, ce qui m’a bien fait plaisir aussi. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

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16 mai 2010

Livre d'or de l'école professionnelle de Chalon-sur-Saône.

Livre_d_or_Ecole_Professionnelle_Chalon_sur_Sa_neJulien Genevois : Né au Creusot (Saône-et-Loire) le janvier 1896. Élève à l’école professionnelle de 1910 à 1912. Ancien élève de l’École Normale d’instituteurs de Mâcon. Instituteur au Cours complémentaire de Brumath (Bas-Rhin). Il est appelé en 1915 pour être incorporé au 21e R.I.. Il est nommé aspirant en février 1916 et affecté au 149e R.I.. Promu sous-lieutenant, le 15 juillet 1918, dans le même régiment. Julien Genevois prend part aux opérations du chemin des Dames (1917), de Champagne (1918) et aux offensives de septembre et octobre 1918.

Décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec palme et 2 étoiles de vermeil.

1ère citation : Ordre de l’armée (décernée lors de l’attribution de la Médaille militaire), 1917.

« Gradé courageux et dévoué. A magnifiquement entraîné son peloton à l’attaque du 23 octobre 1917. Accompagné d’un sergent et d’un homme seulement, n’a pas hésité a pénétrer dans les souterrains ennemis, assurant ainsi la capture de plus de quatre cents prisonniers, de plusieurs mitrailleuses et d’un important matériel de guerre. » (Cette nomination comporte l’attribution de la croix de guerre avec palme) 

2e citation : ordre du corps d’armée, 1918.

« A brillamment entraîné sa section dans l’offensive du 26 septembre au 3 octobre 1918 ; a pris, le 3 octobre, en pleine bataille, le commandement de sa compagnie dont le chef venait d’être blessé, l’a conduite avec beaucoup de courage et d’énergie ; l’a maintenue sur ses positions malgré de nombreux barrages d’artillerie et de mitrailleuses et repoussant toutes les contre-attaques ennemies."

3e citation : ordre du corps d’armée, 1918.

« Officier d’un courage et d’une bravoure remarquables. Au cours des opérations des 25 et 27 octobre 1918, a entraîné sa section à l’assaut des positions ennemies et a réussi à la faire progresser malgré de violentes rafales de mitrailleuses et un barrage intense ; s’est ensuite approché et s’est organisé sur le terrain conquis malgré le tir des mitrailleuses et des minenwerfer ennemis »

Édmond Lauvernay :

Pour en savoir plus sur l'histoire de cet homme, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante :

Edmond Lauvernay

Référence bibliographique :

Livre d’or de l’école professionnelle de Chalon-sur-Saône. Aux éditions imprimerie générale et administrative, Chalon-sur-Saône. 1923.

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21 mai 2010

Sergent Victor Beau (1891-1915).

               Victor_Beau

 Victor Beau est né le 3 juillet 1891 dans le petit village vosgien de Thaon-les-Vosges. Il était le fils de Victor et de Marie Nicolas.

Il avait deux frères, l’ainé Alphonse, marié et père de famille et Marcel, son cadet, séminariste tout comme lui, qui trouvera également la mort pendant le conflit. Lorsque la guerre éclata, il était au séminaire de Saint-Dié. 
 

Enrôlé avec le grade de sergent dans la 12e compagnie du 149e R.I., il  prit part à tous les combats de Sainte-Marie-aux-Mines, de Saales, de Rothau, de Schirmeck, du Donon, de Morange et de Sarrebourg. Le 29 août, il écrit sur une carte qu’il est tout étonné de se trouver encore en vie : « Je ne cesse de répéter, dit-il, que Notre-Dame-des-Ermines me protège. L’autre jour, plus de dix mille balles ont passé tout près de moi, sur ma tête, et je reste debout. Je suis le seul sergent de l’active qui n’ait reçu aucune blessure. »  

En Champagne, où il redescend avec sa compagnie, mêmes positions, mêmes périls et mêmes actions. Plus les batailles font rages, plus il se recommande à sa protectrice. La guerre lui paraît chose si terrible qu’il ne croit pas à sa longue durée. Mais le mouvement l’emporte néanmoins de l’aile droite à l’aile gauche de l’armée… Le voici qui, le 7 octobre, débarque sur le front d’Ypres. Les lettres qui parviennent à sa famille sont d’une sobriété de détails très grande. Il ne veut pas effaroucher les siens, mais nous sentons, sous la brièveté du style, les longueurs de la bataille… 
 

Le 20 octobre, il accuse réception, d’une lettre de ses parents.  

« J’apprends que Marcel est bon pour le service. Bien que la guerre se prolonge, je ne pense pas qu’il viendra me rejoindre au feu. »

 Le 23 novembre 1914, il fut atteint d’un éclat d’obus qui lui fit une blessure très grave à la tête. Il tomba, le sang emplit ses oreilles et sa bouche, puis un autre éclat d’obus vint le frapper de nouveau. Pourtant, la mort ne devait pas le prendre encore… Évacué sur un hôpital de Rouen, il y subit la terrible opération du trépan. Après de longues semaines de fièvre et de souffrances, on le vit se relever, s’essayer de nouveau à vivre, puis peu à peu reprendre des forces, au point où tout le monde put le croire guéri. Le congé de convalescence obtenu pour deux mois à sa sortie de l’hôpital de Rouen se prolongea sans aucun incident quelques temps encore. De nouveau, il avait repris sa correspondance avec sa famille. Cependant, le mal croissait en silence et lorsqu’on le renvoya,  à l’hôpital auxiliaire n° 37, il devait subir une nouvelle opération d’urgence. Son état était trop grave pour qu’il pût être sauvé… Victor Beau décéda le 17 avril 1915. Il reposera provisoirement dans un cimetière parisien jusqu’à la fin de la guerre, pour  ensuite être enterré dans son village natal dans le petit cimetière de Thaon-les-Vosges.

Citation à l’ordre de l’armée (journal officiel du 13 novembre 1915) :

« Beau Victor, sergent au 149e R.I., a fait preuve de remarquables qualités d’énergie, de sang-froid, et de courage dans le commandement de sa section, aux combats livrés par son bataillon les 5, 15 et 18 novembre 1914 et notamment le 5 novembre, devant Ypres où, sous un bombardement de 24 heures qui décimait ses hommes, il a su exalter leur moral et diriger leurs feux dans des conditions telles que plusieurs attaques ennemies contre sa tranchée ont pu successivement et définitivement être repoussées. Décédé à la suite de ses blessures. »

 

Un très grand merci à Éric Mansuy. 
 

Référence bibliographique : « Reliques sacrées » de Louis Colin. Paris, Bloud & Gay. 229 pages.

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29 mai 2010

29 mai 1915... 29 mai 2010. Il y a tout juste 95 ans.

                  Carte_29_mai_1915


                                       Legende_carte_29_mai_1915

 

Encore une bien terrible journée pour le 149e R.I…. 
 

La veille au soir, un ordre divisionnaire est donné au 149e R.I.. Le régiment participera à l’attaque générale de la 43e D.I. sur le bois carré et la croupe Sud du fond de Buval. Il attaquera sur le front h2 n2 avec deux bataillons. Chaque bataillon aura 2 compagnies en 1ère ligne. Elles seront suivies de deux vagues successives d’une compagnie. Une section de mitrailleuses avec la première vague et une section du génie avec la seconde. Le 1er bataillon à droite, sur le front n2 T1 est en liaison avec le 109e R.I.. Le 2e à gauche, se trouve sur le front T1 h2 en liaison avec le bataillon marocain et le 158e R.I.. Le 3e bataillon restera chargé de l’occupation du secteur et sera rendu à 2 h 00 sur les lieux suivants : L’E.M. et 2 compagnies aux abris du bois 6. Une compagnie à la haie G. Une compagnie au bois 5. Le signal de l’attaque doit être donné par 3 fusées blanches tirées de la sape T3 à 10 secondes d’intervalle. Des mouvements de troupes allemandes sont signalés toute la nuit ce qui entraîne une canonnade et une fusillade constantes. 

 

                                       Tableau des tués pour la journée du 29 mai 1915 

 

 

                   Graphique_Officiers 

 

 

                      Tableau des blessés et des disparus pour la  journée du 29 mai 1915 


 

               Tableau des sépultures dans le Pas-de-Calais pour la journée du 29 mai 1915

 

 

Groupe_149e_RÀ 2 h 00, toutes les troupes sont en place. À 2 h 30, les trois fusées sont lancées. C’est le signal, l’attaque d’infanterie se déclenche sur toute la ligne. Aussitôt, les Allemands ouvrent un feu d’infanterie et de mitrailleuses très nourri et très violent. L’artillerie ennemie se réveille. L’effet de surprise escomptée n’est pas au rendez-vous. La progression française est arrêtée presque immédiatement au centre, de n1 à T2 en raison des pertes. À ce moment, la 7e compagnie qui se trouve à gauche parvient à la tranchée T3 h2, en raison de l’obscurité. Elle reçoit des coups de feu du 158e R.I. et ne peut s’emparer que d’un élément d’une soixantaine de mètres à partir de T3 sans pouvoir déloger l’ennemi qui est à h2. Celui-ci résiste en lançant des bombes et des grenades à profusion… Les pertes sont lourdes. La 5e compagnie poursuit au-delà de T3 vers le Fond de Buval. Après avoir fait un gain de terrain d’une petite cinquantaine de mètres, elle établit un nouveau barrage en maintenant le terrain conquis. À droite, l’attaque progresse d’environ 100 m. À n2, les soldats s’accrochent au terrain. Vers n1, ils sont bloqués par un feu puissant de l’infanterie et des mitrailleuses allemandes…À l’aube, la partie de tranchée de T3 vers h2 est organisée et reliée à l’arrière, un boyau est creusé, pour réunir la ligne n1, n2 aux éléments de la tranchée que construisent les hommes de la 1ère ligne en utilisant les trous d’obus… La situation reste la même toute la journée. Les Allemands tiennent toujours h2 et h1. Le reste de la journée est consacré à l’organisation du terrain conquis.

 

Livre_d_or_du_clerge_et_des_congregations_1914_1922Une petite notice et une citation concernant Jean Baud ont été trouvées dans l’ouvrage « La preuve du sang : Livre d’or du clergé et des congrégations  (1914-1922) » aux Éditions Paris - Bonne presse. 1925.Jean Baud est  né le 26 décembre 1884 à Morzine dans le département de la Haute-Savoie. Il revient d’Angleterre pour servir au 97e R.I.dans le service auxiliaire en novembre 1914. Il arrive au front en février 1915 au 149e R.I.. Il a pris part aux actions suivantes : 1915 : Artois, Notre-Dame-de-Lorette, Aix-Noulette. Son corps a été identifié le 17 décembre 1915. Il repose dans le Cimetière National Mixte sur la commune d’Aix-Noulette.Citation à l’ordre de l’armée : 22 juin 1915. (J.O. du 15 août 1915).« Au cours du combat de nuit du 29 mai 1915, isolé avec quelques camarades sous un feu violent de mitrailleuses, les a exhortés à continuer le feu. Frappé à mort d’une balle à la tête, a été retrouvé dans la position du tireur couché, l’arme encore épaulée. »Il obtient  également la Médaille Militaire à titre posthume.

 

Je remercie Stéphan Agosto, Arnaud Carobbi, Alain Chaupin, Thierry Cornet, Vincent le Calvez, Michel Porcher, le Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes,  l’association « Collectif Artois 1914-1915 » et la Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Lille. 

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Une lettre écrite le 29 mai 1915 par Lucien Kern.

                 Lucien_Kern

De nouveau un très grand merci à Suzanne Martel, ainsi qu’à ses sœurs Roselyne Duclos et Denise Martel qui me donnent l’autorisation de reproduire ici l’intégralité de la lettre écrite par Lucien Kern le 29 mai 1915 (Cette lettre se trouve en partie dans le livre « Lettres de tranchées »).

 

Samedi 29 mai 1915

 

Ma chère bonne maman,  

Hier au soir, j’ai reçu avec joie et aussi avec mélancolie votre bien-aimée lettre du 9 mai. Comme elle me fait songer davantage à vous tous, à toutes nos affaires. Mon travail que j’ai quitté, vous laissant seule, à la merci des évènements. Oh quelle peine j’ai quand je pense au travail que vous aurez tout l’été et pour l’hiver prochain ! Le bois… Oh ma bonne maman chérie, pardonnez-nous si nous sommes partis à cette affreuse guerre qui est si longue et si cruelle. Le danger que je cours journellement. Les atrocités toujours répétées, le sang, le bruit, nous font beaucoup souffrir. Je songe avec douleur, à l’ouvrage qui vous attend. De toute façon, pourvu que cette guerre horrible finisse bientôt. Tout notre courage  s’en va au fil des jours. C’est très long et trop sanglant. Aujourd’hui encore, la matinée a été dure. Nous avons attaqué à deux heures et demie du matin. Je suis  fatigué et quelque peu dégoûté de cette vie qui n’est qu’un enfer continuel. Je suis toujours en bonne santé, et je souhaite qu’il en soit  ainsi pour vous, pour Marguerite et pour Georges. Ma bonne maman chérie, l’heure de l’épreuve a sonné pour notre famille. Je ne reçois toujours rien de mon pauvre frère Eugène. Il est compté disparu. Mais j’ai la ferme espérance qu’il est prisonnier. Les lettres prennent beaucoup de temps pour venir d’Allemagne. Il faut le croire, espérons. Je n’ose envisager autre chose, car avec tous mes tourments, je serai bientôt malade. Maintenant, autre chose dont je suis sûr et il faut que vous  le sachiez. Mon autre frère que j’aime tant, Aimé, est blessé, d’une balle dans le bas du dos. La blessure, quoique grave n’a heureusement atteint aucun organe essentiel. C’est l’infirmier d’Aimé qui le soigne qui me l’a écrit de la part de mon frère. Étant couché, il ne peut guère écrire. Soyez donc sans inquiétude, ma chère maman. Il reviendra à la vie, l’infirmier me disant qu’Aimé pourrait écrire d’ici huit ou dix jours. Oh quand même, que l’épreuve est dure. Toutes ces nouvelles, coup sur coup, m’ont brisé quelque peu. Que de fois en cachette je pleure. Mais combien je redouble de prières pour mes frères, pour vous, pour moi, pour me donner et à vous tous, le vrai courage. La patience de surmonter toutes les épreuves que Dieu nous envoie. Je souffre, c’est vrai, depuis neuf mois, mais plus que je n’ai souffert dans tout le reste de ma vie… Je suis le seul de nous trois sur le front. J’y suis allé le premier, et pas une égratignure jusqu’à ce jour samedi 29 mai à midi… Alors, le vieux Ovila n’est plus dans ma baraque. Le blé doit être grand partout. Comme j’aimerais être là-bas et travailler. Moi qui aimais tant arracher le reste de mes souches, regarder avec joie mon petit blé. Nos pauvres chevaux, ils doivent être maigres, et la petite Vivousse qui vous donne de la misère. Avez-vous au moins assez de vivres ?... Je vois en pensée votre jardin et vous au milieu. Que la séparation est longue. Quant à la terre de Lacerte, ma foi, il n’est pas nécessaire de se tourmenter, faites comme vous pouvez. Espérons et prions que la guerre ne sera plus longue, surtout après l’intervention de l’Italie. Oh ! Comme j’aimerais être de retour  près de vous, pour vous protéger, vous aimer, à l’hiver prochain. En attendant, il faut se battre, se tuer alors que nous devrions être si heureux ensemble. Si j’avais su ce qu’il en est, j’aurais été moins vif à venir. Mais c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. De loin, je vous aime plus que jamais, je vous embrasse de tout mon cœur. Votre fils cher Lucien Kern.

 

Références bibliographiques :

La carte utilisée pour le montage photo est extraite du J.M.O. du 25e R.I.T., sous-série 26 N 778/5.

« Lettres de tranchées ». Correspondance de guerre de Lucien, Eugène et Aimé Kern, trois frères manitobains, soldats de l’armée française durant la première guerre. Editions du blé. Saint-Boniface (Manitoba) Canada. 2007.

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