05 février 2010

De la croix rouge à la croix de bois... Année 1914.

                Croix rouge

 

Nombreux sont ceux dont la « Camarde » n’a pas voulu sur les lieux des combats, et qui malgré les soins apportés, décédèrent dans les hôpitaux français et allemands.  Ils moururent souvent loin des leurs et des copains. Pour certains quelques jours ou quelques semaines après leurs blessures ou leurs maladies, pour d’autres quelques mois voir quelques années après … Rien que pour l’année 1914 (après 5 mois de conflit), ils sont au nombre de 95 au 149e R.I..

En voici la liste (Il y a certainement des manquants…)

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                           Tableau des décédés dans les hôpitaux pour l'année 1914.

 

Prise en charge des blessés des lieux des combats à l’arrivée dans les hôpitaux.


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Les groupes de brancardiers en 1914.

Sur les lieux des combats le soldat blessé peut lui même appliquer sur sa plaie le pansement individuel qu’il porte dans la poche de sa capote. Souvent un infirmier régimentaire ne sera pas très loin pour lui porter les premiers secours. Ces mêmes infirmiers, profitant de la première accalmie deviennent  brancardiers régimentaires. Ils passent le long de la ligne pour ramasser  les blessés qu’ils transportent au poste de secours. Dans ce lieu, il arrive également tous les blessés qui ont pu, d’eux-mêmes, se mettre à l’abri d’un bois ou d’une meule. Tous ceux au contraire qu’un projectile immobilisera sur place et qu’on relèvera, l’action terminée. Tous les « isolés » que les brancardiers retrouvent, parfois au bout de deux ou trois jours, évanouis dans un fossé ou endormis d’épuisement dans quelque grange déserte. Du poste de secours, souvent même directement du champ de bataille, les blessés, soit à pied, soit dans les voitures, soit sur les brancards, sont amenés par les brancardiers divisionnaires à l’une des ambulances. Ici sont réalisés les vrais pansements, les interventions urgentes, rarement de grandes opérations. Après quoi, les blessés sont dirigés par voitures sur les hôpitaux d’évacuation. Au bout d’un délai, qui varie suivant le genre de blessures, l’hôpital, qui est souvent situé près d’une gare, fait transporter les blessés dans les trains sanitaires. Ces derniers sont installés en « assis » ou en « couchés » et seront pris en charge par des majors et des infirmiers. A certaines stations du voyage, de nouveaux « tris » s’opèrent, les blessés à la tête, par exemple, ne devant pas voyager trop longtemps sans pansement nouveau.  Les autres continuent leur chemin, pour être admis dans les hôpitaux du territoire, supplées par de très nombreux hôpitaux auxiliaires que la guerre a fait surgir sur tous les points de la France.

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L’organisation des groupes de brancardiers à la division et au corps d’armée.

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Ambulance_1914Le service de santé du corps d’armée est complètement autonome. Autrefois lorsqu’il fonctionnait d’après le règlement de 1892, il comprenait à l’avant :

1er : Le service de santé régimentaire.

2e : Les ambulances.

3e : Les hôpitaux de campagne (huit par corps d’armée).

L’ambulance était alors l’organe de beaucoup le plus important. Elle avait un personnel médical nombreux, un matériel roulant lourd et encombrant. Elle avait un rôle énorme. Elle recevait les éclopés, les malades, les nourrissait, les soignait, les évacuait, confiant aux municipalités les malades non évacuables. Au moment du combat et lorsque la bataille était terminée, elle allait chercher les blessés au moyen de ses mulets et de ses voitures, les soignait et les évacuait. Cette tâche était d’une difficulté extraordinaire et il faut avoir vu certains champs de bataille des guerres modernes pour s’en rendre compte.

Le nouveau règlement de 1910, ému de la tâche difficile qui avait été dévolue aux ambulances, s’est efforcé de les décharger un peu. Il a rendu distincts l’organe d’évacuation et de transport et l’organe de traitement. Il a institué les groupes de brancardiers totalement indépendants des ambulances. Ces dernières ont ainsi été rendues plus mobiles, plus maniables, plus faciles à déplacer suivant les besoins du moment.

Les groupes de brancardiers se divisent en groupe de brancardiers divisionnaires et groupes de corps.

La composition de ces groupes est identique au point de vue du personnel et du matériel. Chacun se divise en deux sections et le groupe de brancardiers de corps peut être assimilé, très exactement, à un groupe de brancardiers divisionnaires augmenté et auquel viendrait s’adjoindre une section d’hygiène et de prophylaxie. Ce groupe de brancardiers de corps, comme tous les organes de corps, peut-être considéré comme une formation tenue en réserve et venant au moment nécessaire ou même remplacer complètement les groupes divisionnaires lorsque ces derniers sont insuffisants pour mener à bien tout le travail.

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Le personnel des groupes de brancardiers.

Le personnel médical des groupes de brancardiers comprend :

1)     Un médecin chef de groupe.

2)     Un ou deux médecins-majors ou aide-major.

3)     Des médecins auxiliaires.

4)     Les hommes de troupe brancardiers.

Le médecin chef du groupe est, pour les groupes de brancardiers divisionnaires, un médecin major de 1ère  ou de 2e classe. Le médecin chef des brancardiers de corps est un médecin major de 1ère classe. C’est lui qui se réserve la direction et la surveillance de la formation.

Les médecins aides-majors dirigent la 2e section des formations de brancardiers. Le médecin major de 2e classe, placé sous les ordres du médecin chef du groupe de brancardiers de corps est,  en outre chargé de l’organisation et de la mise en service de la section d’hygiène et de prophylaxie rattachée à la 1ère section du groupe. On le désigne parfois sous le nom de médecin bactériologiste.

Les médecins auxiliaires au nombre de neuf pour les brancardiers de corps et de six pour les brancardiers divisionnaires, dirigent les escouades de brancardiers. Ils les guident dans leurs recherches, surveillent le chargement des blessés sur les brancards, accompagnent les voitures pendant le transport.

Les hommes de troupe brancardiers (sous-officiers, caporaux et soldats) sont au nombre de 132 pour les groupes divisionnaires et de 205 pour les groupes de corps.

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Le matériel des groupes de brancardiers.

Le matériel des groupes de brancardiers comprend un matériel de roulage et un matériel médico-pharmaceutique. Dans le matériel de roulage, on a réuni les moyens de transport  les plus divers pour pouvoir s’adapter aux besoins de l’évacuation, pour pouvoir l’effectuer dans des conditions les plus différentes, en rase campagne, dans les sentiers, dans les chemins, sur les routes et pour pouvoir charger les voitures avec les blessés assis ou couchés. Ces moyens mis à la disposition des groupes de brancardiers comprennent : la grande voiture à quatre roues, la petite voiture à deux roues, les cacolets, les brouettes porte-brancards. La grande voiture à quatre roues peut transporter dix blessés assis ou quatre blessés couchés. Les blessés assis se placent sur des banquettes à charnières mobiles permettant de relever et de maintenir ces banquettes contre les parois latérales de la voiture. Les blessés couchés sont étendus sur des brancards formant deux plans superposés. Grâce à  ce dispositif sur rail fixé au milieu et sur les côtés de la voiture, on fait glisser le brancard au moment de l’embarquement. Les parois latérales de la voiture sont en bois. Le groupe de brancardiers de corps possède six voitures de ce modèle, chaque groupe de brancardiers divisionnaires en possède cinq.

Les voitures à deux roues ne permettent que le transport de deux blessés couchés. Le mode de suspension des brancards y est exactement le même que pour la voiture à quatre roues. Ces voitures sont au nombre de six dans les groupes divisionnaires et de huit dans le groupe de corps Les groupes divisionnaires ont en outre seize cacolets, les groupes de corps en ont vingt. Ces cacolets sont des fauteuils pliants qu’on accroche de chaque côté du bât d’un mulet. Les malades y sont assis parallèlement au mulet, regardant dans la même direction que lui. La brouette  porte-brancard constitue le dernier mode de transport dont disposent les groupes de brancardiers. Son seul nom en indique la disposition ; on les appelle aussi brancards roulants. Ils sont transportés, démontés sur des chariots de parc au nombre de 15 par chariot, deux chariots pour les groupes divisionnaires, trois pour les groupes de corps.

Il n’est pas toujours nécessaire de se servir de tous ces moyens de transport réunis. Le besoin ne s’en fait vraiment sentir qu’après des combats meurtriers.

Le nombre de blessés peut parfois être si élevé qu’il devient impossible de les évacuer par les moyens normaux dont dispose le service de santé. Il faut alors dans ces moments de presse recourir à des moyens de transport de fortune que fournissent les différents services de l’armée ou la réquisition. Les services de l’armée peuvent fournir des fourgons de distribution, de ravitaillement et de réserve.

Les groupes de brancardiers sont dotés d’un matériel médico-pharmaceutique nécessaire pour pouvoir donner aux blessés transportés les premiers soins ou pour parer aux complications pouvant survenir pendant le transport. Les brancardiers emportent sur eux une musette à pansements renfermant des pansements individuels, une bande hémostatique et un flacon d’alcoolat de mélisse pour réconforter les blessés. Chaque chef de brancard possède en outre, la trousse d’infirmier (ciseaux droits et courbes, pinces) dans le but principal de dégager la plaie des vêtements plus ou moins souillés qui l’entourent.

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Les trains sanitaires.

Train_sanitaire L’évacuation des blessés avait été prévue avant-guerre. Le point de départ se trouvait à la gare régulatrice qui, parmi ses organes, comptait un hôpital d’évacuation chargé de maintenir à proximité de l’armée, les malades et les blessés légers, d’hospitaliser provisoirement les blessés qui ne pouvaient être transportés plus loin, d’évacuer les autres. Les trains qui emportaient les blessés évacués suivent la ligne de communication de l’armée, à la vitesse des trains militaires, soit trente kilomètres à l’heure ; on leur à réservé des marches calculées à raison de 3 par C.A.. Des arrêts sont prévus de six heures en six heures, pour assurer le service médical et l’alimentation. Celle-ci est fournie par les infirmeries de gare, organisées et desservies par la Société française de secours aux blessés militaires. Les convois circulent ainsi jusqu’à la gare de répartition  de la région intéressée. Là, d’après la nature de leurs maladie ou de leurs blessures et d’après le nombre de places disponibles, malades et blessés sont acheminés sur les formations sanitaires d’une certaine zone, dite zone d’hospitalisation de l’armée.

Au début de la guerre, par exemple, les gares de répartition et les zones d’hospitalisation sont les suivantes :

1ère armée : Montchanin (partie de la 8e région) et Moulins (13e région).

2e armée : Orléans (5e région), Saint-Pierre-des-Corps (9e région), Bordeaux (18e région).

3e armée : Maintenon (4e région), Nantes (11e région).

4e armée : Limoges (12e région), Cahors (17e région).

5e armée : Douai (partie de la 1ère région), Amiens (partie de la 2e région) Rouen (partie de la 3e région), Rennes (partie de la 10e région).        

Ces régions subirent de grosses modifications après la bataille de la Marne. Elles s’expliquent pour les raisons suivantes : Deux régions de corps d’armée sont envahies, de nouvelles armées sont créées et la zone occupée par les armées à changé.

Les premiers trains sanitaires : Dans quelles voitures, dans quels trains voyagent malades et blessés ? La question est d’importance au point de vue des chemins de fer. Il faut distinguer les évacuations journalières et celles qui ont lieu pendant les périodes de combat.

Op_ration_chirurgicale001En principe, les évacuations journalières se font, sans demande spéciale, de toutes les gares par les trains de service journalier, pour les malades ou blessés pouvant voyager assis. Des gares de ravitaillement sur la gare régulatrice, elles ont lieu par le retour des trains de ravitaillement quotidiens, pour tous les malades ou blessés. A cet effet, en constituant les trains de ravitaillement, la gare régulatrice y fait monter un médecin, un officier d’administration des hôpitaux et un certain nombre d’infirmiers et brancardiers, prélevés sur la réserve de personnel sanitaire, maintenue à la gare régulatrice. Pendant les périodes de combat, les transports ont lieu, pour les malades où blessés assis, au moyen de voitures à voyageurs ou, à la rigueur, de wagons aménagés, compris dans les trains ordinaires ou constituant des trains complets ; pour les malades ou blessés couchés, ils se font dans des trains sanitaires permanents ou improvisés.

Les trains sanitaire permanents : Ils sont au nombre de 7, composés de voitures spécialement aménagées pour le transport des malades ou des blessés les plus grièvement atteints, qui n’auraient pu supporter le transport par les voitures ordinaires et qu’il importait d’évacuer du théâtre des opérations. Chaque train était fourni par la même compagnie. Tous se composaient de fourgons de marchandises, bien homogènes, éclairés, susceptibles d’être chauffés. Un train comprenait 23 wagons, dont seize destinés aux malades et aux blessés, un pour le personnel officier (2 médecins, un pharmacien, un officier d’administration), un pour les infirmiers (28), un contenant les approvisionnements de lingerie, pharmacie et chirurgie, une cuisine, une allège de la cuisine, un wagon à provisions et un à linge sale. Les wagons pour blessés recevaient chacun 8 lits-brancards, assez confortables, installés sur 2 étages.

Les trains sanitaires improvisés : Les trains sanitaires improvisés se composaient de wagons couverts à marchandises, qui recevaient, au moment du besoin, par les soins des hôpitaux d’évacuation, un aménagement temporaire spécial, ainsi que les moyens de chauffage et d’éclairage nécessaires. La préparation des trains demandait environ 7 heures. Le train comprenait au maximum 40 wagons, dont une voiture de 1ère classe ou mixte pour le personnel, 6 wagons à frein pour le matériel et les bagages et 33 wagons pour les blessés (400 environ).

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Références bibliographiques :

« La direction du service de santé en campagne » de M. le médecin inspecteur  A. Troussaint. Editions Lavauzelle. 1913.

« Etude sur l’organisation et le fonctionnement des groupes de brancardiers pendant la guerre actuelle » Thèse pour le doctorat en médecine par Antoine Fabry. 1915.

« Considérations sur l’organisation d’un groupe de brancardiers divisionnaires pendant les premiers mois de la guerre (1914) » Thèse pour le doctorat en médecine par Gabriel Bayles. 1917.

« Les chemins de fer français et la guerre » par le colonel Le Hénaff et le capitaine H. Bornecque. Editions Paris Librairie Chapelot. 1922.

« Décret du 31 octobre 1892 portant règlement sur le service de santé de l’armée en campagne avec notices et modèles » Editions Charles Lavauzelle. 1892.

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15 février 2010

Lucien Kern (1889-1920).

               Lucien_Kern

 Je tiens à remercier très chaleureusement Suzanne Martel et toute sa famille pour m'avoir autorisé à évoquer sur ce blog les souvenirs de Lucien Kern.

 

La famille de Lucien est originaire des Vosges. Elle comprend les frères Eugène, Lucien et Aimé, leur sœur Marguerite et leur mère Constantine (Née Cuny), qui est veuve. Les enfants sont nés entre 1882 et 1891. Tous reçurent une éducation religieuse à l’école chrétienne de Moyenmoutier.  Eugène le père est né à Rammersmatt en Alsace. Il a été soldat durant la guerre de 1870. Il a dû quitter sa terre natale suite à ce conflit, ne voulant pas vivre sous la domination allemande, il se rendit en France. Il est décédé à Senones en 1900 suite à un accident de travail à l’âge de 44 ans. A cette époque, les journaux français faisaient beaucoup de propagande au sujet de nouvelles terres disponibles au Manitoba. Les agents de colonisation voulaient attirer des colons catholiques et français. La région de la montagne Pembina était toute désignée pour recevoir ces émigrés et ainsi contrecarrer le flot d’immigrants d’autres nationalités à s’établir dans cette région.

 

Eugène, l’ainé de la fratrie est attiré par les campagnes d’immigration vers les terres de l’Ouest canadien. Il traverse l’océan en 1905 et va travailler dans une ferme à Saint-Léon dans le Manitoba. Il est tellement impressionné par cette expérience qu’il retourne en France et revient accompagné de sa famille pour s’établir de façon permanente à Saint-Léon. Quand la guerre éclate, les 3 frères qui n’oublient pas leur origine, répondent à l’appel et partent défendre la terre de France. Ils quittent Saint-Léon le 26 août 1914. De Winnipeg, ils prennent le train jusqu’à Montréal. Poursuivant leur voyage par chemin de fer jusqu’à New-York, ils s’embarquent sur le paquebot « Espagne » et traversent l’Atlantique en 8 jours. Ils entrent dans le port du Havre le 14 septembre 1914. Aussitôt débarqué, Eugène prend le train pour Rouen, tandis que Lucien et Aimé se dirigent sur Paris. Une fois dans la capitale, les deux frères se séparent pour se diriger chacun vers son dépôt respectif.

 

Lucien_et_Corinne_KernIntéressons nous maintenant plus particulièrement au parcours de Lucien Kern… Le voici photographié avec sa mère, sa femme et une de ses filles.

Il est né à Moyenmoutier, village situé dans le département des Vosges. Après avoir quitté ses frères, Lucien intègre la 8e escouade de la 27e compagnie du 149e R.I. à Langres le 20 septembre 1914. Les durs entraînements et la vie de caserne commencent, pour durer jusqu’au mois de Novembre… Il arrive au front à la mi-novembre 1914 où son régiment se trouve dans le secteur d’Ypres. Lucien rejoint la 1ère section de la 9e compagnie. A partir de cette date, il participera à tous les combats de cette compagnie dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette jusqu’à la fin du mois de juillet 1915. Il est muté dans une compagnie de mitrailleuses du 149e R.I.. Début août, il fait une formation de 40 jours pour apprendre à maitriser le fonctionnement de cette arme. Il remonte en première ligne le 4 septembre pour une période très brève. En effet, il est blessé le 7 septembre, dans le secteur de Souchez à la suite d’un bombardement sur les lignes. Après un séjour à l’hôpital temporaire n° 32 de Saint-Aubin-sur-Mer dans le Calvados et une longue convalescence, il est de nouveau déclaré apte au service. Il rentre à Epinal, au dépôt du régiment. A la fin du mois de janvier 1916 nous le retrouvons à la 12e escouade de la 28e compagnie, puis à partir du 1er mars à la 29e compagnie. En avril 1916, il va au dépôt du 109e R.I., à Chaumont pour reprendre l’entraînement à la mitrailleuse. A la fin de ce séjour, aux alentours du 18 mai 1916, il rejoint  le dépôt d’Epinal pour être dirigé sur le 163e R.I….

 

Lucien eut la permission de revenir au Canada en 1917. Il épousera Corinne Pellerin le 18 janvier 1918.

 

S_pulture_Lucien_Kern De cette union naquirent deux filles, Irène et Jeanne. Souffrant encore des suites de ses blessures subies durant la guerre, il fut une proie facile pour la grippe espagnole. Sa forte constitution avait été diminuée et sa résistance affaiblie par ces années de souffrances et de privations. Il mourut le 8 mars 1920.

 

Références bibliographiques :

Collection Lucien Kern préservée soigneusement par Odile Martel.

 

« Lettres des tranchées » Correspondance de guerre de Lucien, Eugène et Aimé Kern, trois frères manitobains, soldats de l’armée française durant la première guerre mondiale. Aux éditions du Blé. Saint-Boniface (Manitoba) Canada. 2007.

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16 février 2010

Lettres de Lucien Kern.

Extraits d’une lettre écrite par Lucien Kern le 15 février 1915.

Chère bonne maman, chère sœur et beau-frère.

J’ai reçu il y a deux jours aux tranchées une lettre de Marguerite et votre carte…

…Je suis déjà passé par des endroits bien mauvais où beaucoup de malheureux camarades ont payé de leur vie, ici en Belgique où nous étions pour commencer. Je ne sais si vous avez lu dans les journaux, les récits des sanglants combats qui se sont déroulés par là. Avez-vous entendu parler du furieux bombardement de la ville d’Ypres, joyaux d’art, où sans raison, rien que par rage de n’avoir pas pu percer nos lignes, les Allemands se sont acharnés à la destruction de cette grande et belle ville. Nous y sommes passés. C’est là que j’ai débuté, à quelques kilomètres au nord, et c’est ici que nous avons été reçus à coup de fusils et de canons. Marguerite me demande si nous avons répondu à cet accueil. Oui, je le pense, mais pas à cet endroit, nous ne savions pas où se trouvaient exactement les Allemands, mais là où nous sommes en ce moment dans le Pas-de-Calais …

… Nous logeons de temps en temps dans un village qui est très souvent bombardé, où il y a un château complètement détruit. Il ne reste plus que des pans de murs, qui sont eux-mêmes percés de trous. Les arbres sont coupés. Autour du château il y a un bel étang. Tout cela est détruit, tour à tour par les canons français ou allemands. Dans ce village, il ne reste en fait d’êtres vivants que 2 chats et une chienne qui a de beaux petits chiots. Pauvres bêtes, toutes seules et sous les obus quotidiens qui tombent toujours sur les troupes en réserve qui logent dans les caves et les ruines…

… En ce moment, nous sommes en repos pour trois jours. Le séjour dans les tranchées est très pénible en cette saison. Figurez-vous que quand nous allons relever un autre régiment, nous devons passer dans des fossés creusés plus haut que la hauteur d’un homme, pour être à l’abri des balles. Ce serait fou et extrêmement périlleux d’aller aux tranchées de première ligne et qui se trouvent  à 70 où 80 m des Allemands sans cette protection. Ces fossés et ces boyaux sont très tortueux. De l’eau, de la boue, nous en avons souvent jusqu’aux genoux. Souvent nous tombons, on va à droite, à gauche, on trébuche… Pour atténuer et absorber l’eau, il y a des claies, qui sont une  sorte de tapis en branchages. Lorsqu’ils sont usés, et ils le sont très rapidement car il passe tellement de soldats, nous trébuchons sur les bouts de bois cassés. Nous marchons souvent la nuit et il faut faire attention à ce que l’ennemi ne s’aperçoive de rien, lorsque nous tombons. C’est comme si nous allions nous rouler dans la boue du lac, complètement mouillés jusqu’au cou, les souliers pleins d’eau sale. De plus, il faut rester dans cet état pendant 24 heures, dans la tranchée et combattre. C’est la nuit qui est la plus dure à passer...

… J’avais pensé vous raconter un peu ce que c’est que la guerre d’aujourd’hui, si hasardeuse, si souterraine, surtout si sanglante. Je n’ai pas encore assisté à une véritable bataille. Je n’ai fait que la guerre de tranchée qui ressemble à un véritable siège. Le matin, au point du jour, le canon allemand commence la musique. Les obus répliquent à droite, à gauche, devant, derrière, bien rarement dans la tranchée. La fusillade continuelle de la nuit se ralentit, la parole est aux canons. Dans la journée, après avoir laissé les canons allemands cracher, nous entendons tout d’un coup un bruit effroyable, Bruit sec, terrible qui résonne. Les canons  lourds français et les fameux 75, qui sont tout près de nous en arrière à l’abri d’un petit bois se déchainent. Voilà la chanson journalière qui commence. Les obus français sifflent avec un bruit terrifiant, surtout ceux provenant des 75, ils vont si vite et crachent si sec… Tout cela avec une rapidité terrible. Sans discontinuer, les batteries s’activent sans arrêt,  elles vomissent le feu et le fer...


… Tout près de nous, il existe un petit bois tout brisé en allumettes par nos obus. Nous l’appelons le bois des Boches. Ces abords sont couverts de cadavres allemands, étendus là, fauchés par nos mitrailleuses lorsqu’ils essayèrent de nous déloger de nos positions. Cela commence à sentir mauvais, gare au printemps… Nous n’avons pas encore eu de neige, ici, c’est toujours de la pluie. Malgré le mauvais état du temps, je me maintiens en bonne santé et je souhaite qu’il en soit ainsi pour vous tous…

Je n’ai pas reçu votre paquet, ni Eugène, ni Aimé, peut-être qu’ils sont perdus, c’est de la valeur, pauvres colis.

Eugène et Aimé m’annoncent qu’ils arrivent sur la ligne de feu. Il faut prier et avoir confiance. Nous souffrons et combattons pour la France.

Embrassez les enfants pour moi et une bonne poignée de main à Georges. Je termine ma longue lettre en vous souhaitant bon courage, bon espoir, en vous embrassant tous bien fort et de tout mon cœur…

Lucien Kern. 9e compagnie du 149e R.I.. Secteur postal n° 116. France.

 

Extraits d’une lettre écrite le 30 octobre 1915 par Lucien Kern à Saint-Aubin-sur-Mer dans le Calvados.


              Lucien_Kern_hopital_de_Saint_Aubin_sur_mer       

Blessure…

… Les cuisiniers arrivent, nous apportant notre souper et nourriture pour le lendemain. Jusqu’à la même heure, minuit, l’on mange à la hâte, une bouchée alternant avec un regard vers l’ennemi, puis nous  reprenons notre faction énervante. Le canon tonne sans arrêt et même augmente d’intensité parfois. C’est grandiose ! Que l’homme paraît petit en ces instants où la force brutale a la parole, et quelle éloquence ! Les fusées montent de plus belle, l’on dirait des étoiles filantes, les nôtres restant longtemps en l’air grâce à un ingénieux petit parachute qui les maintient tant qu’elles éclatent…

…Ce n’est plus la nuit, mais une lumière blanchâtre et sinistre. Des milliers de balles passent en sifflant, regrettant de rien avoir à transpercer. Tout à coup, malgré l’affreux tumulte, un sifflement rapide, une forte détonation, un éclair aveuglant passent sur nous en nous brûlant le visage. Une fumée suffocante, toute noire, nous plonge, dans la pénombre, nous masquant la lumière des fusées. Cris et lamentations, un obus vient d’éclater sur nous, tuant trois camarades, blessant sept autres, moi compris, et détériorant notre mitrailleuse. Je suis touché à trois endroits. Un choc brutal et douloureux m’avertit que j’étais touché à la tête, assez gravement, à la main gauche, une douleur cuisante… Et  un éclat d’obus vient se loger dans le mollet de ma jambe gauche…

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24 février 2010

Soldat clairon Louis Hantz (1889-1917).

                Louis_Hantz

 

Né le 21 octobre 1889 dans le village de La Bresse situé sur le canton de Saulxures-sur-Moselotte, dans le département des Vosges. Il est le fils de Louis Cyrille et de Marie Honorine Poirot. De la classe 1909, il est enregistré sous le  numéro matricule 2414 au recrutement d’Epinal. Célibataire, il vivait avant son incorporation, dans la commune de Rochesson. Gravement blessé le 23 octobre 1917 du côté de  La Malmaison. Il décèdera le lendemain 8 h 00 des suites de ses blessures, à l’hôpital d’évacuation n° 18 de Couvrelles dans le département de L’Aisne. Il était à ce moment là dans la 2e compagnie du 149e R.I..

Sepulture_Louis_HantzLouis Hantz est inhumé dans la Nécropole Nationale de Vauxbuin. Carré C, tombe n° 959.

Médaille militaire à titre posthume : (Décret du 11 avril 1920 paru dans le journal officiel du 8 septembre 1920).

« Agent de liaison d’un courage et d’un sang-froid remarquables, blessé mortellement le 23 octobre 1917, en se portant en avant, sous un feu violent. »

A été cité.

Au P.C. le 11 avril 1920.

Signé : Deschanel.

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Un grand merci à Stéphan Agosto et à  Maxime Vassal.

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11 mars 2010

La bistouille.

               La_bistouille

 (De nouveau un très grand merci à D. Browarsky pour son autorisation de reproduire ici de larges extraits du témoignage de Louis Cretin).

"1 h 00, dans le courant du mois de février 1915, nous cantonnions à la fosse 10, sur la commune de Sains-en-Gohelle. 15 hommes, la moitié de la musique (j’étais du nombre), logeaient au coron, habitation n° 69, occupée par un ménage de mineurs. Le mari travaillait à la fosse 10 toute proche de là. C’était de braves gens, mais le maître du logis aimait un peu trop la « bistouille », un mélange d’eau de vie de genièvre avec du café. Il parait que chaque fois qu’il touchait sa quinzaine, il rentrait à la maison complètement ivre. Habituellement, cette « noce » n’avait pas de lendemain. Sa femme profitait du sommeil de son homme pour visiter ses poches et prendre tout l’argent qui s’y trouvait. Les vivres coupées, le bonhomme était sérieux et « jeûnait » forcement jusqu’à la prochaine paye. Pour satisfaire davantage sa passion pour l’alcool, une idée peu banale, je dirais même qu'une ruse diabolique germa dans son esprit. A la quinzaine du mois de février, il rentra à la maison sans aucun mal, mais toute la soirée, il s’ingénia à nous trouver isolement et à chacun de nous faisait accepter une petite somme d’argent (3 ou 4 francs) en nous disant qu’il nous la demanderait quand il en aurait besoin pour acheter son tabac…  Bien entendu, nous confiait-il, il ne faut pas le dire à ma femme. Il savait être si persuasif que pour un peu nous l’eussions plaint  d’avoir un pareil tyran. Le lendemain, commença une « bombe » fantastique. La perquisition habituelle dans ses poches fut stérile et pour cause… Le lendemain, nouvelle « soulographie » accompagnée d’un chambard insupportable une partie de la nuit. Cela se continua tant qu’il y eut des banquiers. Aucun paquet de tabac ne fut acheté, mais il avala un nombre incalculable de « bistouille ». A cette époque et dans ce pays, cette consommation se payait 0,25 franc. La dernière mise de fonds venait d’être récupérée par lui la veille quand le 3 mars au matin on quitta ce cantonnement pour monter aux tranchées. Je suis persuadé que jamais son épouse n’a compris comment son mari, étant sans argent, avait pu trouver le moyen, sans lui faire de dettes, pendant une quinzaine de jours de se payer une cuite chaque soir…"

 

Un grand merci à D. Browarsky et à T. Cornet.

 

Référence bibliographique : « Souvenirs de Louis Cretin »

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18 mars 2010

N'oubliez pas de fleurir nos tombes.

                 Groupe_149e_R

                                

                                   Tableau des tués pour la journée du 3 mars 1915

                    Tableau des blessés et des disparus pour la journée du 3 mars 1915 

 La partie d’échecs entre la vie et la mort est très serrée. L’offensive allemande  du 3 mars 1915 est particulièrement virulente pour le 149e R.I..

 Pour en suivre le déroulement lisons le capitaine J. Joubert...

« Le 1er mars, dans un compte rendu au général Maistre, le général Lombard commandant la 43e D.I., résumait ainsi la situation : « L’impression se dégageant des deux dernières journées est que les Allemands se renforcent. Leur activité augmente. Dans le secteur de Lorette en particulier, des mouvements d’infanterie ont été vus. Quelques Allemands ont même tenté de sortir des tranchées. Les bombardements nombreux et intenses montrent l’intention bien arrêtée des Allemands de bouleverser nos tranchées. Si la situation se prolonge, il est possible que les Allemands prennent l’initiative de l’attaque. » 
 

Cette situation se prolonge. Le 2 mars, obus et torpilles écrasent nos travaux… Le bombardement s’étend presque jusqu’à Noulette, sur les bois 4 et 5 où se trouve le 1er bataillon du 149e R.I….

… Le 3 mars, à 6 h 00, la colline tremble toute entière. Du bois 5 à l’éperon des Arabes, de sourdes explosions projettent d’énormes blocs de boue, des pierres, des fils de fer… Des mines… Sur le sol qui frémit, les hommes vacillent.

De larges entonnoirs s’ouvrent, anéantissent les réseaux, bouleversant les ouvrages au sud de la sape VII, entre la parallèle et la tranchée de première ligne, et entre les sapes VIII et IX. Ailleurs, les parois des boyaux s’inclinent l’une vers l’autre lentement et se rejoignent, isolant les escouades et les sentinelles… Les explosions des mines à peine terminées, brusquement les Allemands sortent de leurs tranchées et avancent sur deux lignes. Immédiatement la défense ouvre le feu.

A 8 h 00, les Allemands, qui dans la partie nord du plateau et au centre ont pu pénétrer par endroit jusqu’à 600 m à l’intérieur de nos lignes, tiennent le  boyau de la haie et le boyau 6 qu’ils prolongent à la lisière du bois, le Grand Boyau et la majeure partie du boyau 7 le long de la haie. Au nord, ils ont repoussé, jusqu’aux lisières sud des bois 5 et 7, les 1er et 3e bataillons du 149e R.I..

Pendant que se déroulent ces évènements, les réserves sont alertées… Le 2e bataillon du 149e R.I. est massé dans le bois de Bouvigny avec les 1er et 3e B.C.P..

Vers 13 h 00, le général commandant la 43e D.I. ayant reçu tous ces renforts donna l’ordre de monter une forte attaque pour reprendre le terrain perdu. Du sud au nord, de la Sape X au bois 8, il y a les 1er, 3e, 10e, 31e B.C.P. et le 2e bataillon du 149e R.I.. L’artillerie doit appuyer l’action… Suite à de nombreuses difficultés, l’assaut n’est donné qu’à 16 h 00. La synchronisation artillerie/infanterie pose problème. A peine sorties, les unités sont décimées par un feu violent d’infanterie et des rafales d’obus, et ne peuvent progresser au-delà d’une centaine de mètres… La nuit pluvieuse et froide tombe sur cet échec. Le terrain est organisé, il y a de la boue jusqu’aux genoux, les liaisons sont rétablies. La fatigue est au rendez-vous et les hommes sont trempés de pluie jusqu’à la peau… » 
 

Du côté des Allemands.  

 

Extraits du Reichsarchiv n° 17 « Loretto ». 

  

                           Carte_du_149e_R

 

 

                                    Legende_carte_du_3_mars_1915

  

 

« Le 3 mars 1915, attaque allemande préparée de longue date. Seize mines allemandes creusées jusque sous les tranchées françaises explosent en même temps à 7 h 00 (heure allemande). Notre-Dame-de-Lorette ainsi que toute la hauteur  semble sauter en l’air… Le front allemand avait une largeur de 1 km 500 et s’étendait de la route Souchez-Aix-Noulette jusqu’au chemin de barricades au sud-ouest de la chapelle. L’attaque était dirigée par le commandant de la 28e D.I., général de brigade Von Trotta et comprenait le 142e I.R. à droite et le 40e régiment de fusiliers au centre et à gauche le 111e I.R. (plus 4 bataillons de génie)… Le but de l’attaque était de déloger les Français du versant de Notre-Dame-de-Lorette ; pour cela, il fallait pénétrer au moins de 200 m dans les lignes françaises…

 

Voici maintenant un  rapport du 149e R.I. qui se trouve dans le J.M.O. de la 85e brigade (Réf : 26 N 520/10).


 Vers 6 h 00, malgré le service d’écoute établi depuis les explosions de la veille par la compagnie 21/1 du génie, de nouvelles explosions de fourneaux de mines allemands se produisent sur tout le front du sous-secteur de Noulette ainsi que sur celui de Notre-Dame-de-Lorette, transformant les tranchées de 1ère ligne en un véritable volcan. Tout fut bouleversé, les hommes et le matériel furent ensevelis et les survivants en grande partie blessés par les éclats de l’explosion. Seule la compagnie de gauche près du bois des boches était indemne. D’une violente attaque d’infanterie surgissentaussitôt des têtes de sapes allemandes en face du front des 2 sous-secteurs et les entonnoirs tombèrent en leur pouvoir en même temps qu’une violente canonnade éclatait de toutes parts formant barrage entre les premières et les deuxièmes lignes. La résistance fut organisée aussitôt par les officiers survivants des 2 compagnies atteintes (2e et 3e). Les capitaines Petitjean et  Sous-lieutenant Darracq, avaient disparu, écrasés probablement dans leur poste de commandement, les sous-lieutenants Husson de la 2e compagnie, Antonelli, de la 3e compagnie, établissent des barrages dans la 1ère ligne, le sous-lieutenant Charlois de la 4e compagnie, de garde aux abris G, occupe la parallèle pour arrêter le flot des Allemands qui descendait le long des haies talus 2 et 3. Le dernier peloton de la 4e compagnie accourtpar le boyau de la haie G pour reprendre la partie de la 1ère ligne occupée par les Allemands. Les autres troupes du secteur (bataillon de 2e ligne, commandant Laure) furent alertées et occupèrent aussitôt leurs emplacements de combat. Mais vers 7 h 30, les chasseurs ayant lâché pied, à notre droite, la défense fut débordée de ce côté et nos tranchées, complètement enfilées par les mitrailleuses allemandes mises en batterie dans la tranchée de 1ère ligne des chasseurs. Le capitaine Altairac, les sous-lieutenants Charlois et Husson sont blessés et les derniers défenseurs, obligés d’évacuer la tranche de 1ère ligne et la parallèle en arrière. Les renforts qui arrivent par le boyau central bois 6, bois 7 – haie G sont à leur tour complètement enfilés par les mitrailleuses allemandes qui se sont glissées entre la lisière E du bois de Bouvigny et la haie G, profitant de ce que les chasseurs aient évacué ce terrain. Les boyaux sont bientôt encombrés de blessés et de cadavres et tout renforcement de ce côté est devenu impossible.

La défense du sous-secteur est alors concentrée sur le front, bois des Boches, bois 6 – bois 7 et la liaison est recherchée de nouveau avec les chasseurs par l’arrière. La compagnie de mitrailleuses qui avait eu une section (celle de l’ouvrage en bonnet de prêtre) complètement enterrée, reçoit l’ordre d’installer les 3 sections qui lui restent, une à la lisière Sud Est du bois 6, l’autre au bois 7, la 3e à la lisière Sud Est du parc de Noulette. Les travaux de défense commencèrent aussitôt sur ce front.

Vers 10 h 30, le bataillon de réserve du 149e R.I. (2e bataillon du  commandant Magagnosc) ayant été remis à la disposition du commandant du sous-secteur, à la corne Nord-Ouest du bois de Noulette, reçut l’ordre de gagner du terrain à l’abri de la lisière Nord du bois de Bouvigny (bois 8) et d’exécuter une contre-attaque à travers les bois sur les Allemands qui venaient de déborder la défense de la 1ère ligne. La liaison se trouvait ainsi rétablie avec le bataillon de chasseurs. En même temps, le concours de l’artillerie était demandé au commandant Formet pour arroser les parties occupées et préparer cette contre-attaque qui devait se déclencher vers 12 h 45. Ayant reçu, vers 12 h 30, l’avis qu’une contre-attaque générale devait être exécutée dans l’après-midi par la 43e D.I. toute entière, le colonel commandant le 149e R.I. prescrivit par téléphone au commandant Magagnosc, de retarder son débouché, jusqu’à ce que la contre-attaque générale fût ordonnée. Dans l’intervalle, arrive l’ordre d’opération n° 77 du général commandant la 43e D.I., suivi des ordres d’exécution de la brigade. Les prescriptions données sont les suivantes : Le 149e R.I. (2e et 3e bataillons en 1ère ligne, 1er bataillon en 2e ligne), prescriptions qui concoururent à  l’attaque générale. 2e bataillon à droite, de la lisière Nord du bois de Bouvigny (bois 8) à la haie G, en liaison avec les chasseurs. Le 3e bataillon à gauche, de la haie G au bois des Boches, en liaison avec le 158e R.I.. Le 1er bataillon gardant tout d’abord la lisière des bois 6 et 7 contre tout retour offensif de l’ennemi. L’effort principal devra se produire par la droite (lisière Nord du bois de Bouvigny). Un tir systématique d’artillerie lourde et d’artillerie de campagne devait précéder l’attaque qui ne serait déclenchée qu’à 15 h 45. Cette préparation d’artillerie eut malheureusement son tir trop long d’environ 100 m et la 1ère ligne ennemie où se trouvaient réparties les sections de mitrailleuses, sortit indemne de la canonnade. Cela, malgré la demande pressante et réitérée des chefs de bataillons de 1ère ligne pour faire raccourcir le tir. A 15 h 45, lorsque les 1ères fractions des bataillons sortirent de leurs abris, elles furent accueillies aussitôt par une fusillade très vive, partant des tranchées adverses et par un feu convergent de plusieurs sections de mitrailleuses. En quelques minutes, ces compagnies perdent un quart de leur effectif et sont obligées de stopper. De nouvelles tentatives de marche en avant sont faites à 2 reprises différentes, tant au bataillon de droite qu’au bataillon de gauche. Elles n’ont pas plus de succès. Le bataillon de droite ayant un terrain absolument découvert à franchir, le bataillon de gauche débouchant du boyau inachevé entre bois et haie talus 3. A 17 h 00, les compagnies d’attaque ayant perdu la moitié de leur effectif et les chasseurs ne semblant faire aucun progrès à notre droite, le colonel commandant le 149e R.I. donne l’ordre d’enrayer le mouvement, jusqu’à ce que les Allemands fussent refoulés de ce côté. Vers 18 H 00, le commandant du groupe de chasseurs fit connaître d’ailleurs au colonel du 149e R.I. que ses bataillons n’avaient pu progresser et qu’il reprendrait sa contre-attaque à la nuit tombante. Vers 19 h 00, l’ordre de stationnement de la 43e D.I. prescrivait aux troupes de se retrancher fortement dans leurs positions en prenant toutes les précautions nécessaires pour intervenir en cas d’attaque de l’ennemi.

Une section du génie (Compagnie 21/1) fut mise à la disposition de chaque bataillon en 1ère ligne pour aider aux travaux.

En fin de journée, la situation du 149e R.I. était la suivante :

2e bataillon à droite en liaison avec les chasseurs de la 86e brigade. (2 compagnies en 1ère ligne se reliant avec le 1er bataillon vers le bois 7, 2 compagnies en seconde ligne à Marqueffles).

1er bataillon au centre de la haie G au bois 6 exclu, bois 7. (2 compagnies en 1ère ligne, 2 en soutien aux abris du bois 7). Le 3e bataillon est à gauche tenant la lisière Sud Ouest du bois 6 et 5 et se reliant au 158e R.I. au bois des Boches. (2 compagnies en 1ère ligne  et 2 compagnies en soutien aux abris du bois 6). Réserve, 1 compagnie du 158e R.I. aux abris du bois 6.

Des travaux sont exécutés toute la nuit avec le concours d’un peloton de génie (Compagnie 21/1), pour renforcer les portions. Construction des tranchées de 1ère ligne, création de traverses dans le boyau. La tranchée de la haie G au bois 6 est complètement enfilée par les mitrailleuses ennemies… La nuit est assez calme, fusillade peu intense sur le front, pas de canonnade. Dans le boyau de la haie G, un barrage avec un petit poste est établi vers le milieu du côté allemand et du côté français.

Tous mes remerciements à Alain Chaupin, Thierry Cornet, Michel Porcher et Yann Thomas ainsi qu’aux associations  « Bretagne 14-18 » et « Collectif Artois 1914-1915 » et au Service Historique de Vincennes.

Une chaleureuse poignée de main à Vincent Le Calvez pour la réalisation de la carte.


Références bibliographiques :

« Journal des marches et opérations de la 85e brigade ». S.H.A.T.. Réf : 26 N 520/10.

« Les combats de Notre-Dame-de-Lorette ». Capitaine J. Joubert, aux éditions Payot- 1939.

« Loretto » Reichsarchiv n°17, aux éditions Didenburg  I.D. / Berlin 1927.

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25 mars 2010

Capitaine Léon Baril (1873-1915).

Leon_Baril

 Un bordelais au 149e R.I…..

Léon Louis Baril est né le 25 octobre 1873 à Bordeaux-Caudéran, place Dauphine. Il est le fils d’Edouard et de Catherine Lafargue. Il s’engage dans l’infanterie en 1891 pour suivre une carrière militaire jusqu’à la fin de sa vie. Nommé capitaine en septembre 1911, il va, après cette nomination, commander une compagnie du 123e R.I. à La Rochelle. A la fin du mois de février 1913 Il arrive au 149e R.I.. Au début du conflit Il reste au dépôt du régiment. Le capitaine Baril rejoindra son régiment qui se trouve sur le front belge en Novembre 1914,  pour y prendre le commandement de la 9e compagnie. Compagnie qu’il ne quittera plus jusqu’au moment où il rencontre la mort sur son chemin le 3 mars 1915 dans le secteur de Noulette.

Monument_aux_morts_Bordeaux_CauderanSon nom  est inscrit sur les monuments aux morts de Bordeaux-Caudéran et d’Epinal. Il repose dans le carré militaire  du cimetière communal de Sains-en-Gohelle dans le Pas-de-Calais.

Citation à l’ordre de l’armée :

Cité à l’ordre n° 55 de la 10e Armée, en date du 30 mars 1915.

« Lors d’une attaque allemande sur les tranchées de 1ère ligne devant Noulette, a été tué à la tête de sa compagnie en l’entraînant sous un feu violent d’artillerie et de mitrailleuses pour une attaque en avant des tranchées. A montré en plusieurs circonstances, une grande bravoure. » Journal officiel du 8 avril 1915.

 

Avec l’aimable autorisation de Suzanne Martel qui me donne son accord pour reproduire ici un extrait d’une lettre écrite le 8 mars 1915 par  Lucien Kern et qui évoque les derniers moments de vie du capitaine Baril. (Cette lettre se trouve dans le livre « Lettres de tranchées »).

 

Ma chère bonne maman et chère sœur et Georges.

« Six mois depuis le 26 février se sont écoulés depuis notre départ, tant de souffrances, de peines et de sacrifices sans nom.  Je n’entrerai pas aujourd’hui dans les détails de la lutte horrible qui s’est déroulée pendant trois jours… J’ai passé des heures terribles, heures d’angoisses et de danger, comme jamais je n’en ai passé. J’ai souffert d’esprit et de corps en trois jours, comme en dix ans de ma vie… Un soir vers quatre heures, bombardement terrible par nous sur l’ennemi. Il faut l’avoir vu pour le croire. Ce fut pendant une demi-heure, l’enfer déchaîné sur un coin de terre… Tout de suite après notre compagnie reçoit l’ordre d’attaquer… Je vis tomber mon lieutenant. Combien d’amis que j’estimais, tous frappés à mort, à chaque pas, il me semblait que j’allais être touché, car nous chargions sous un feu violent de mitrailleuses et de fusils. Les balles tombaient pareil lorsque la pluie commença à tomber en larges gouttes… C’est le  3 mars, à 16 h 00, que nous avons chargé. Le commandant pleurait de nous voir partir à la mort, car l’attaque était manquée. Notre pauvre capitaine fut tué aussi, le soir à 8 h 00. La moitié des hommes manquaient à l’appel… Il y a un village tout près, celui dont je vous ai parlé, tout bombardé. Nous l’appelons le village de la mort, car les obus tombent et tuent en traîtrise, en  ce fameux endroit. Maintenant notre régiment est relevé et est au repos pour se refaire et se reposer… »

 

Tous mes remerciements au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes, aux archives départementales de Bordeaux, à la mairie de Bordeaux-Caudéran, ainsi qu’à S. Martel à A. Carobbi à T. Cornet et à M. Porcher.

 

Références bibliographiques :

La carte utilisée pour le montage photo,  est extraite du J.M.O. du 25e R.I.T., sous-série 26 N 778/5.

« Lettres des tranchées » Correspondance de guerre de Lucien, Eugène et Aimé Kern, trois frères manitobains, soldats de l’armée française durant la première guerre mondiale. Aux éditions du Blé. Saint-Boniface (Manitoba) Canada. 2007.Collection Lucien Kern préservée soigneusement par Odile Martel.

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01 avril 2010

Humbles lettres à la famille.

                   Montage_3_Marius_Dubiez

Tous mes remerciements à Patrick Blateyron pour son autorisation à retranscrire quelques lettres écrites par son grand-père Marius Dubiez. Ces dernières étaient adressées à la mère de Marius,  Marie Dubiez ainsi qu’à sa sœur Claire.  

Sans date…

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je réponds à vos deux lettres que je viens de recevoir et qui m’ont fait bien plaisir de savoir que vous êtes en bonne santé. Ces lettres étaient datées une du 10 et l’autre du 25 et le mandat du 10. J’ai reçu le colis en même temps. Cela m’a fait bien plaisir, je vous l’assure. Il y avait bien ce que vous me dites. Une paire de bas, du chocolat, des cigarettes, des bonbons, une saucisse, la boite de thon et du papier à lettres. Vous me dites que vous attendez Chtoube, je suis bien étonné. Vous ne m’aviez pas parlé que vous l’aviez demandé… S’il peut venir vous aider, il doit être plus fort que Boivin. Ma chère mère et ma chère sœur, vous me dites que vous allez aider un autre et qu’il viendra vous aider. Vous me direz avec qui vous faites ensemble, cela me fait bien plaisir. Je suis bien surpris de Maurice Billet qui est blessé. Mais ce n’est pas grave, cela s’est bien terminé pour lui. J’ai reçu aussi une carte d’Herman et Maurice Billet. Herman me dit qu’il va bien, qu’il est bien soigné. Maurice me dit qu’il est en convalescence de deux mois. Il dit qu’il est heureux, je le pense bien qu’il a de la chance. Ma chère mère et ma chère sœur, vous me demandez si je pouvais vous dire où mes chers camarades sont enterrés. Je ne peux pas vous dire au juste, car le régiment a été relevé. Aussi, on ne peut pas voyager comme on veut. Je viens de voir Eugène Barbet. On a été hier soir ensemble. Je vous assure que cela m’a bien fait plaisir de se voir. On a bu un litre ensemble en parlant un peu de nos misères. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Je pense que vous avez reçu ma carte où je vous disais de m’envoyer de l’argent. Mais j’en ai assez pour le moment ; vous m’en enverrez dans quelques jours. A bientôt de vos nouvelles.

Marius Dubiez.

 

Lettre du 24 février 1915.

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je réponds à votre lettre que je viens de recevoir et qui m’a fait plaisir, je vous l’assure. J’attendais tous les jours de vos nouvelles, car il y avait bien 20 jours que je n’avais rien reçu. Aussi cela m’a fait bien plaisir et de voir que vous êtes en bonne santé. Vous me dites que Paul Catenot est revenu au pays et qu’il est bien portant. Vous me demandez si j’ai déjà eu quelque chose et si j’ai maigri. Ma chère mère et ma chère sœur, non, je n’ai pas maigri et je n’ai pas encore été malade. Aussi, nous sommes bien assez nourris, on a assez à manger et on a un quart de vin tous les jours et des fois deux kilos et la gniole encore souvent. Vous me dites aussi qu’Henri Chauvin a eu un petit garçon. Je le savais déjà, qu’il devait être papa, car Henriette m’en avait parlé. J’ai reçu des nouvelles de Léon, il y a quelques jours, il est en bonne santé. Il me dit que Paul Touveur a été blessé et qu’il est à l’hôpital de Besançon. Pour le métier, ma chère mère et ma chère sœur, c’est toujours à peu près la même chose, il ne fait pas bien bon les jours où il pleut souvent. Mais je crois que nous allons aller en repos ces jours. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

 

Lettre du 23 mai 1915.

Portraits_Maurice_Billet_Marius_DubiezMa chère mère et ma chère sœur,

Je fais réponse à votre lettre que je viens de recevoir et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Ma chère mère et ma chère sœur, vous me dites qu’il y a quelques jours que vous n’avez pas reçu de mes nouvelles. Je le pensais, mais on a attaqué et on a été huit jours dans les tranchées sans en sortir. On en a vu de terrible, je vous assure. On a avancé de plusieurs tranchées, mais c’était terrible, elles étaient pleines de cadavres et on a passé près d’être fait prisonnier. On allait mettre en batterie dans un gros trou d’obus. C’était la nuit sur le plateau de Notre-Dame-de-Lorette. Sur Ablain-Saint-Nazaire, quand on regarde, on voit les Allemands qui rampaient sur nous pour nous serrer. Ils étaient à 10 m de nous. Je vous assure que c’était terrible. Vous me dites que vous avez fini de semer et de planter les pommes de terre et que vous avez retrouvé un berger. Je suis bien content. Pourvu qu’il fasse bien ce qu’il faut. Vous m’en parlerez quand vous me réécrirez. J’ai reçu des nouvelles de Léon, il est en bonne santé. Il me dit qu’il venait de voir Raoul qui était cantonné pas loin de lui. . C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. On s’est photographié hier, toute la pièce ensemble. Je pense l’avoir ces jours. Quand je l’aurai touché, je vous réécrirai pour vous l’envoyer.

Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

 

Lettre du 15 juillet 1915.

Ma chère mère et ma chère sœur,

Je fais réponse à votre lettre que je viens de recevoir et qui m’a fait bien plaisir d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes en bonne santé aussi. Ma chère mère et ma chère sœur, vous me dites que vous avez reçu ma photographie et vous me dites que j’ai laissé pousser ma barbe. Vous me demandez si j’ai maigri. Je n’ai pas bien maigri et je n’ai pas de douleurs. Beaucoup disent qu’il y a des poux, nous aussi nous en avons. Nous nous changeons quand on peut. Vous me demandez si on est bien nourri. Oui, ma chère mère et ma chère sœur, on nous nourrit bien et on touche tous les jours du vin. Vous me dites qu’Herman est venu en permission pour un mois. Je le savais, car il m’avait écrit.

J’ai reçu une lettre de Léon hier. Il me dit qu’il a reçu des nouvelles d’Arthur Bourny qui lui parle d’Eugène Barbet qui était mort. C’est bien triste, je vous assure, ma chère mère et ma chère sœur, cette terrible guerre. J’ai reçu aussi une lettre de Maurice qui me dit qu’il va bien aussi. Il y a quelques jours que je n’ai pas reçu de nouvelles d’Alfred, mais je pense en recevoir dans les jours qui viennent. C’est tout ce que je peux vous dire pour aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve de même. Je termine ma lettre, ma chère mère et ma chère sœur en vous embrassant de tout mon cœur et de mon amitié. Ton fils, ma mère et ton frère ma sœur qui pense à vous.

Marius Dubiez.

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08 avril 2010

Deux bien étranges recrues à la C.H.R. du 149e R.I..

                Deux_filles_au_149e_R

 

(Une nouvelle fois tous mes remerciements à D. Browarsky pour son autorisation de reproduire sur ce blog un nouvel extrait du témoignage de Louis Cretin).

 

Voici une petite anecdote assez cocasse qui se situe vers le 6-7 août 1915 à la fosse 10. Elle vient nous rappeler qu’il y avait aussi des moments bien plaisants dans une période chaotique…

« À la fin du mois de juillet et au début du mois d’août, le régiment venait de passer 15 jours en repos à Barlin, un gros village du bassin minier de Bruay, à une dizaine de kilomètres des premières lignes. Dans ce pays, il y avait beaucoup de jeunes filles fort jolies et très provocantes, de plus très amoureuses. Deux des nôtres, un parisien et un jurassien d’Oyonnax avaient fait la conquête de deux superbes brunettes. Ils étaient en pleine lune de miel, si j’ose m’exprimer ainsi quand le 8 août au soir, nous arrivent l’ordre de remonter en secteur. Les attaques étant suspendues, la musique devait aller cantonner à la fosse 10. À 5 ou 6 kilomètres de Barlin, désolés de perdre leurs dulcinées, nos deux « chéris » les décident à venir nous accompagner. La chose était faisable. Nous devions partir vers 22 h 30 par temps couvert et sans lune. Il faisait une nuit noire à souhait, de plus ce jour-là, nous avions justement touché des effets d’habillement. Au moment du départ, nos nouvelles recrues se faufilent dans nos rangs, vêtues d’une capote et coiffées d’un képi. Des bandes molletières, un bidon et une musette complétaient la ressemblance avec nous. Notre sous-chef (M. Drouot) ne s’aperçut pas de ce supplément d’effectif… Nous voilà partis. Nous arrivons à la fosse 10 vers minuit. Il pleuvait, c’était presque impossible pour nos cantinières de retourner à Barlin. Elles pouvaient se faire ramasser par les « pandores » ou des patrouilles. Il ne leur restait qu’une solution, devoir partager  notre cantonnement en attendant le jour. Nous prenons possession de notre cantonnement et l’on se couche. Presque tout de suite commença des assauts passionnés dont le communiqué officiel n’a jamais fait mention. Un arbitre bénévole et tout à fait impartial se révéla en la personne de notre « Zonard » rengagé un autre parisien et à l’insu des intéressés, il comptait et marquait les « touches ». Jusqu’à l’aube, les charges durèrent. Finalement, nos deux champions, fatigués et probablement à court de munitions, s’endormirent, prisonniers dans les bras de leurs conquêtes. Le silence se fit… Mais voici, ou l’histoire se corse… Vers 7 h 00, notre sous-chef vient rendre visite à notre cantonnement, ainsi qu’il en avait l’habitude, afin de juger de notre installation. Tout le monde dormait… ou faisait semblant. Sur le seuil, il resta cloué sur place. Le spectacle et la surprise lui enlevèrent tout d’abord l’usage de la parole. Sa pipe s’échappa de ses lèvres. Puis, il fit quelques pas en se frottant les yeux, il vint frictionner les dormeuses d’un vigoureux coup de pied dans la partie la plus charnue de leur individu. Congestionné, il hurla par trois fois en allant en crescendo. Bande de vaches ! (C’était son juron favori). Salauds ! Cochons… C’est pis qu’un bordel ici… C’en est du propre ! Voulez-vous bien me foutre le camp tout de suite, bougre de garces. Ce qu’elles firent de suite, avec rapidité du reste… S’adressant ensuite aux deux coupables, il les menaça de punitions terribles. Biribi, conseil de guerre… Vous n’y coupez pas. Je vais vous porter le motif. Tirant un crayon et un calepin de sa poche, il se mit en devoir de faire son rapport. Mais cela ne devait pas être facile à rédiger, car son crayon demeurait inerte. Alors, l’arbitre s’approche et lui dit « Monsieur Drouot, voici le résultat du match : Cinq  « rigodons » à D… contre 4 à H…, le pantruchard dit « Pine d’acier ». Nos éclats de rire apaisèrent puis finalement calmèrent son courroux. Il répéta encore 2 ou 3 fois en « décrescendo », «  bande de vaches ». Il leur dit «  Ça va pour cette fois, mais n’y revenez plus ! (Il en était ainsi à chaque fois qu’il voulait punir quelqu’un. C’était toujours remis à la prochaine fois). Si vous recommencez une autre fois, je vous la fous en bas avec mon sabre ! Satisfait de son énergie et certain d’avoir fait consciencieusement tout son devoir, il sortit prendre l’air pendant que nos rires redoublaient. L’affaire ne fut pas ébruitée et n’eut pas d’autre suite pour nous. J’ignore s’il en fut de même des deux « Barlinoises ». J’espère qu’à présent elles sont devenues de braves et honnêtes mères de famille. »

 

Un grand merci à D. Browarsky et à T. Cornet.

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16 avril 2010

3 mars 1915.

                  Explosion_de_mine

Le matin du 3 mars 1915, à 6 h 00, de violentes explosions de mines se produisaient sur la région de T3, ainsi que sur la parallèle située en face de la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette. Elles sont suivies aussitôt d’une violente canonnade. Canonnade dirigée sur les tranchées des sous-secteurs de Noulette et de Lorette ainsi que sur les villages de Bouvigny et d’Aix-Noulette. Une attaque d’infanterie très virulente suivait immédiatement sur tout le front. Elle était accompagnée d’un tir de barrage d’artillerie entre Noulette et les tranchées de premières lignes qui étaient tenues par le 1er bataillon du 149e R.I., entre le bois des Boches et l’extrémité nord de la parallèle. Les mines allemandes avaient enseveli en partie nos unités de 1ère ligne, notamment la compagnie du centre du 149e R.I.. Par les brèches ainsi pratiquées, l’attaque allemande débordait rapidement les défenseurs de notre première ligne.

Vers 8 h 50, le 149e R.I. faisait savoir qu’il avait perdu ses tranchées dans la région de T1, T2 et T3…

…À 15 h 45, après une préparation d’artillerie, l’infanterie française passe à la contre-attaque. Elle se trouve aussitôt sous les feux très puissants d’infanterie et de mitrailleuses ennemies qui ralentissent sa progression. À la suite de cette attaque, les unités engagées avaient avancé de quelques mètres.

Carte_3_mars_1915__1_Vers 18 h 00, le 2e bataillon du 149e R.I. se trouve  en liaison avec les chasseurs, sa gauche est au pied de la haie talus G. Il ne peut pas progresser davantage, car il est soumis aux tirs d’enfilade des mitrailleuses allemandes. Le 3e bataillon n’a pas pu déboucher des bois 5 et 6 dont il est sorti pour progresser d’une petite vingtaine de mètres. Il est arrêté lui aussi par les feux des mitrailleuses ennemies. À 18 h 30, le 3e bataillon subit un nouvel échec dans un deuxième essai de contre-attaque. Il est arrêté par le feu nourri des mitrailleuses ennemies situées au pied des haies talus 1 et 3. Les pertes sont importantes. Les boyaux sont encombrés de tués et de blessés… Vers 19 h 00, toutes les dispositions sont prises pour que les 1er et 3e bataillons puissent organiser une ligne de feu aux lisières sud-est des bois 5, 6 et 7. Le 2e bataillon est relié à sa droite avec les chasseurs et à sa gauche avec les 1er et 3e  bataillons du 149e R.I.. 

 

Extraits du livre « Lorette, une bataille de douze mois octobre 1914 » d’Henri René.

« … Le 3 mars à sept heures, après une nuit de silence succédant à une véritable débauche de gros projectiles et de torpilles sur toutes nos tranchées de plateau, nous sommes réveillés par une rafale d’explosions retentissantes. Le sol en est ébranlé sur plusieurs kilomètres. Le vacarme se poursuit, assourdissant, pendant une demi-heure. Vers 8 h 00 commencent à arriver à la Forestière des chasseurs affolés, les yeux hagards, quelques-uns ayant conservé leurs armes et équipement, la plupart nu-tête et désarmés, les premiers sains et saufs, les suivants plus ou moins blessés… Grosse émotion dans tout le camp, les officiers vont et viennent, inquiets, mais calmes. À l’est du bois, la fusillade crépite. Nous sommes là quelques vieux guerriers, habitués à ces premiers affolements au Carte_3_mars_1915__2_début d’une affaire un peu chaude. Dès l’abord, ceux qui arrivent à l’arrière sont sujets à caution : ou bien ce sont «les faibles» qui n’ont pas résisté à une lourde émotion et qui dans la mêlée ont échappé à l’action de leurs chefs ; ou bien ceux qui se sont trouvés là où «ça brûle» et qui sont projetés en l’air par une explosion de mine ou de marmite, bousculés, retournés, dépossédés de leurs sens par la violence des événements, puis automatiquement entraînés dans le courant des faibles. Il faut n’avoir jamais été au feu pour nier, dans tous les combats, surtout ceux où l’on est attaqué, l’existence de ces «décalages» individuels, ou pour s’en indigner outre mesure. L’art du commandement consiste justement à ne pas se laisser émouvoir, à réparer au plus vite les brèches de la digue et à remettre en bonne voie les courants divergents qui auraient pu se former. Il doit y avoir quelque chose de sérieux.

Les renseignements deviennent précis à 9 h 00. Les Allemands ont prononcé une très grosse attaque, dont le signal semble avoir été le déclenchement instantané de toutes les bouches à feu, canon ou minenwerfer, disponibles devant notre front. Il est probable que des explosions de mines s’y sont ajoutées. L’effet a été terrifiant, à n’en pas douter. Parmi ce tintamarre, l’infanterie s’est précipitée en masse sur nos tranchées, où elle a pris pied avant que la plupart de nos chasseurs aient eu le temps de sauter sur leurs fusils ou leurs mitrailleuses.

Le flot le plus important, débouchant des organisations avoisinant la Chapelle, s’est précipité vers la partie sud de «la haie», prenant ainsi à revers toutes nos tranchées ou boyaux de la partie nord, en échelon très avancé par rapport à la première. Il est a craindre qu’il y ait eu un sérieux «coup de filet», vers la corne est de ce que nous appelons maintenant « le bois 8 », allongé en languette sur le rebord nord du plateau, et à l’extrémité du «boyau Laprade» : les Allemands, si l’on en croit certains renseignements, occuperaient actuellement le «boyau VI» et le «boyau VII», c’est-à-dire une position très en deçà de la précédente.  Un détachement de sapeurs est envoyé sur les lieux pour aider l’infanterie à se rétablir. Carte_3_mars_1915__3_Toute la traversée des bois est pénible et dangereuse, car l’artillerie ennemie les arrose avec de la « lourde » pour empêcher nos réserves de s’y rassembler et de s’y mouvoir. Nous arrivons à  « la baraque » et «au chemin creux de Noulette», nous sommes stupéfaits de nous trouver en toute première ligne. Nous sommes en plein tumulte de commandements saccadés et émus. Des groupes hétérogènes de chasseurs aux numéros divers se rassemblent autour des gradés et exécutent une fusillade nourrie. Il y a de nombreux blessés gémissants et suppliants qui voudraient bien trouver «la sortie» du boyau, mais que le brouhaha immobilise parmi les combattants. On nous dit que, quelques minutes auparavant, un groupe d’Allemands particulièrement audacieux s’est avancé jusqu’au «P.C. du chemin creux de Noulette», heureusement bien vite repoussé par nos patrouilleurs. La situation est sérieuse. Il est bien exact que l’ennemi tient le bois 8, une grande partie du boyau Laprade, les boyaux VI et VII, et toute la partie nord de «la haie». Mais, circonstance favorable pour la préparation de nos contre-attaques, nous tenons encore tout le «boyau de crête», au rebord sud du plateau. On raconte qu’un capitaine du régiment de réserve voisin s’est placé avec quelques hommes en tête de ce boyau, vers le sud de «la haie», arrêtant de ce côté les tentatives ennemies, les faisant dévier vers le boyau Laprade et restant ainsi, sur leur flanc, une menace redoutable…

Les chasseurs se sont accrochés au sol, à hauteur de la baraque et du chemin creux, pour se rétablir d’abord et arrêter la trombe. Ils ont rameuté, puis massé leurs compagnies se préparant à la contre-attaque, dans ces bois du «chemin creux», dont le couvert protecteur n’est plus qu’illusoire en cette saison et où les obus ennemis leur ont causé pendant deux jours les pertes les plus lourdes. D’un premier élan, s’appuyant à droite sur le régiment de réserve, ils ont repris pied dans le boyau VII et «ramassé» dans le boyau Laprade une centaine d’allemands qui s’y croyant déjà en sécurité, creusaient des niches dans la craie. Ensuite, l’artillerie leur fait une belle ouverture ! Nos «75» ont exécuté, chose que nous n’avions jamais entendue, un feu roulant, à pleine vitesse, pendant près d’une heure. Les «lourds» les ont appuyés et scandés de leurs obus. Le déluge de fer et de fonte s’est abattu sur les tranchées échelonnées du boyau VI jusqu’à «la haie». Les Allemands ont «trinqué ferme», car ils n’avaient pas encore eu le temps de s’y creuser des abris…

… La contre-attaque a pu réoccuper « la haie» et la plus grande partie du bois 8, a l’exclusion de sa corne est… »

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Un très grand merci à M. Bordes, V. Le Calvez, à M. Porcher, au Service Historique de l’Armée de Terre de Vincennes et à l’association « Collectif Artois 1914-1915 ».

 

Référence bibliographique : « Lorette une bataille de douze mois » d’Henri René. Editions Perrin et Cie. 1929.

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