07 mai 2013

Antoine Beck (1880-1914).

                 Montage_Antoine_Beck

Né de Florent et de Rosalie Richert, Antoine voit le jour le 1er août 1880 dans la petite ville alsacienne de Niederhaslach. Pendant presque trois années consécutives, il est employé comme ouvrier d’usine à la blanchisserie et teinturerie de Thaon, une entreprise localisée dans le département des Vosges. 

En 1914, Antoine est domicilié à Dogneville avec son épouse Lucie Bontemps. Lorsque la guerre contre l’Allemagne est déclarée au début du mois d’août 1914, il rejoint la 4e compagnie du 149e R.I. qui est, durant cette période, sous l’autorité du capitaine Altairac. 

Antoine Beck trouve la mort le 9 août 1914 au cours des combats qui eurent lieu du côté du signal de Sainte-Marie. Son décès ne sera officialisé que le 28 juillet 1920 après une décision prise par le tribunal civil de première instance de la ville d’Épinal. 

Pas de sépulture connue. 

Le portrait d’Antoine Beck est extrait du livre d’or des membres du personnel de la blanchisserie et teinturerie de Thaon, morts pour la France au cours de la guerre 1914-1918. 

Un grand merci à M. Bordes.

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14 mai 2013

10 août 1914.

                 Village_de_Wisembach_1

Les premiers éléments du régiment qui ont été engagés le 9 août dans les combats du Renclos-des-Vaches, commencent à s’installer dans Wisembach peu avant minuit. Au fur et à mesure que la nuit avance, des groupes d’hommes rallient le village. La troupe est exténuée. 

À partir de 6 h 00, les officiers rassemblent les effectifs restés valides pour reconstituer les compagnies.

L’E.M., le 1er bataillon qui est sous les ordres du capitaine Lescure, le 2e bataillon qui est sous l’autorité du capitaine François, la 11e compagnie qui est commandée par le sous-lieutenant de réserve Lefèvre, ainsi qu’une section de la 12e compagnie sont présents dans le village.

Peu avant 7 h 00, le colonel Menvielle passe en revue les restes de ses effectifs engagés la veille. Les hommes se rassemblent à la sortie ouest de Wisembach. Ces unités prennent ensuite une formation de bivouac. La 2e compagnie va occuper les tranchées qui ont été creusées et occupées par le 31e B.C.P., à hauteur du ravin de la maison forestière de la Gravelle. Elle bat le débouché de ce ravin en même temps que la route qui descend du col de Sainte-Marie.

                 Carte_journee_du_10_aout_1914__1_

                                     Legende_journee_du_10_aout_1914__1_ 

7 h 30 : Le général Legrand-Girarde commandant le 21e C.A. vient spécialement à Wisembach pour voir le régiment. À cette occasion, il embrasse le colonel en le félicitant de sa conduite au feu. 

Une batterie du 59e R.A.C. met une de ses sections en surveillance à Trou le Loup qui se trouve à 800 m au nord-ouest de Wisembach, face au col de Sainte-Marie. Celle-ci est soutenue par une section de la 1ere compagnie du 149e R.I.. 

 La 2e section de la batterie s’établit sur le mamelon à 500 m au sud de Wisembach, face au Renclos-des-Vaches. 

 À 10 h 00, un ordre émis par le général Blazer est transmis par téléphone au lieutenant-colonel Escallon. Celui-ci doit rester en réserve à Wisembach. 

En début d’après-midi, la 11e compagnie et la section de la 12e compagnie sont dirigées sur le col de Sainte-Marie pour être remises à la disposition du commandant Didierjean. 

Au même moment, l’E.M. et les 1er et 2e bataillons vont cantonner dans la partie nord-est de Wisembach au nord du ruisseau. 

À 17 h 00, le 2e bataillon doit se rendre sur de nouveaux emplacements. La 3e compagnie se porte à la tête du ravin sud-nord en partant de l’église de Wisembach. Cette compagnie a pour mission la surveillance dans la direction du bois du Chenu et bois de Menaupré. La 2e compagnie reste sur place. Les 1ère et 4e compagnies sont maintenues à Wisembach, elles barricadent fortement les issues du village. Trois compagnies du 31e B.C.P. sont également établies au carrefour de crête à 1500 m nord de l’église de Winsembach. La 3e compagnie établit la liaison.                 

Carte_2_journee_du_10_aout_1914

                                     Legende_carte_du_10_aout_1914__2_

Vers 22 h 15, des coups de fusil se font entendre dans la direction de la crête au nord de Wisembach. C’est un poste du 31e B.C.P. qui échange des tirs avec une patrouille ennemie. 

À 23 h 00, les fractions du 149e R.I. qui sont cantonnées à Wisembach (E.M. ; 1ère et 4e compagnies) sont alertées. Elles vont s’établir au bivouac gardé qui se trouve à la sortie ouest de Wisembach. Il n’y a aucun autre incident durant la nuit. 

Sources bibliographiques :

J.M.O. du 149e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 696/8.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/9.

Historique du 149e  Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919. 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à É. Mansuy, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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21 mai 2013

Marie Pierre de Sury d'Aspremont (1867-1914).

                  Commandant_de_Sury_d_Aspremont

Marie Pierre de Sury d’Aspremont naquit le 12 décembre 1867 dans la ville de Strasbourg. Son père se prénommait Édouard et sa mère Émilie. En octobre 1892, il épouse Maire Adélaide Le Coat de Saint-Haouen à la mairie de Laon, ville du département de l’Aisne. Cinq enfants naîtront de cette union. 

Jeune soldat de la classe 1887, Marie Pierre est admis à l’école de Saint-Cyr. Il commence sa formation d’officier à la fin du mois d’octobre 1888. Il fait partie de la promotion du Grand Triomphe.

En octobre 1890, c’est avec le grade de sous-lieutenant que le jeune Sury d’Aspremont  franchit les portes de la caserne du 17e B.C.P.. Deux ans plus tard, il est nommé lieutenant. Cet officier devra attendre encore sept années  avant de pouvoir être élevé au grade supérieur. En octobre 1899, le capitaine de Sury-D’Aspremont est muté au 9e B.C.P.. Un mois plus tard, il se retrouve à la tête de la compagnie de cyclistes du 2e B.C.P..

Obtenant le grade de commandant en septembre 1912, il prend le commandement d’un bataillon du 149e R.I. à Épinal. 

Quelques jours après la déclaration de la guerre, il est grièvement blessé durant les combats qui eurent lieu du côté de Wisembach le 9 août 1914. Le commandant de Sury d’Aspremont décède le lendemain à l’hôpital de Saint-Dié à 3 h 00. 

Citation à l’ordre de  la 10e Armée n° 44 du 11 janvier 1915 :

« A été mortellement blessé le 9 août après avoir conduit l’attaque de son bataillon contre les tranchées fortement organisées par plusieurs bataillons ennemis ; au cours de l’attaque s’est porté à plusieurs  reprises en avant, malgré un feu très meurtrier, pour encourager par son exemple les tirailleurs arrêtés à moins de cinquante mètres des tranchées ennemies. N’a voulu à aucun prix abandonner le terrain conquis au-delà de la frontière et grâce à son opiniâtreté a permis d’attendre l’arrivée des renforts. » 

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes. 

Pour en savoir plus sur le commandant de Sury d’Aspremont :

«  La guerre 14-18 à l’est de Saint-Dié » de Jean et Janine Foussereau et de Jean-Paul Baradel aux éditions Jérôme Do Bentzinger. 2007. 

Un grand merci à M. Bordes, à C. Leclair, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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28 mai 2013

11 août 1914.

                Bertrimoutier

Le régiment occupe des positions qui sont sensiblement identiques à la journée du 10 août 1914.

À 3 h 30, la 2e compagnie est toujours sur ses emplacements occupés depuis la veille. La 3e compagnie va devoir remplacer une compagnie du 31e B.C.P. qui se trouve du côté du ravin des Yraux. Elle complète l’organisation de la position en creusant de nouvelles tranchées. La 1ère section de mitrailleuses vient de s’installer sur l’éperon sud-est du bois du Chêna. Elle se retranche dans ce secteur, pour se préparer à intervenir soit dans la direction du col de Sainte-Marie, soit dans celle du ravin des Yraux. La 2e section de mitrailleuses s’établit dans les mêmes conditions,à la corne sud du même bois. 

La 4e compagnie est à la gauche de la scierie, en 2e ligne. Elle prépare des tranchées sur les pentes sud-est du Chêna. La 1ère compagnie, qui est également en 2e ligne, est positionnée à droite sur les pentes nord de la croupe Belleque située au sud-est de Wisembach. 

Le lieutenant-colonel Escallon, qui commande  le détachement positionné au col de Sainte-Marie,fait un compte-rendu téléphonique de la situation. Il est  6 h 25. Celui-ci fait savoir que les troupes du 14e C.A. vont bientôt relever celles du 21e C.A. dans le secteur intéressant le col de Sainte-Marie. En effet, trois bataillons de la 27e division sous les ordres du général Baret viennent d’arriver. Le premier se dirige sur Wisembach, les deux autres rejoignent le col. 

                 Carte_journee_du_11_aout_1914

                                     Legende_carte_du_11_aout_1914      

Le 3e bataillon du 75e R.I. reçoit l’ordre de relever les éléments du 149e R.I. qui se trouvent dans le bois du Breuil. Il se rend immédiatement sur les positions désignées. Il passe le col de Sainte-Marie qui est gardé par des chasseurs. La route du col est jonchée d’obstacles et de défenses accessoires. Le 3e bataillon du 75e R.I. arrive sur ces emplacements vers 4 h 00. Les hommes du commandant Biloir vont relever progressivement le 3e bataillon du 149e R.I.. 

À 16 h 30, le général commandant la 43e division fait parvenir un télégramme au colonel Menvielle, qui lui ordonne de se diriger sur Bertrimoutier. Il devra stationner dans cette commune en début de soirée, tout en laissant le lieutenant-colonel Escallon et le 3e bataillon de son régiment dans le secteur du col de Sainte-Marie. 

L’état-major et le 1er bataillon du régiment quittent Wisembach à 17 h 00. Ils prennent la route qui passe par Gemaingoutte et par Bonipaire. Le 2e bataillon doit les rejoindre à Gemaingoutte. Une heure et demie plus tard, les hommes du colonel Menvielle aperçoivent le clocher de l’église de Bertrimoutier. 

 

           Tableau des décédés des suites de leurs blessures pour la journée du 11 août 1914

 

                                  Tableau des blessés pour la journée du 11 août 1914

 

Sources bibliographiques :

J.M.O. du 149e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 696/8.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/9.

Historique du 75e R.I. pendant la guerre de 1914-1918. Imprimerie Berger-Levrault Nancy-Paris-Strasbourg.

 

Historique du 149e  Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées. 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à É. Mansuy, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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04 juin 2013

Paul Porte (1868-1943).

                   Paul_PORTE     

Paul Porte est né aux Pennes le 27 octobre 1868, une petite commune du canton de Gardanne située dans les Bouches-du-Rhône. Il est le fils de Jean Baptiste et d’Antoinette Rosalie Roux.

C’est comme simple soldat qu’il franchit le seuil de la caserne du 116e R.I. de Vannes. À l’âge de 20 ans, Paul a signé un engagement volontaire d’une durée de cinq ans à la mairie de la ville. Cet homme va mener une carrière de militaire d'active, signant des contrats avec l'armée, tantôt pour une période de cinq années, tantôt pour une période de deux années. Cela le conduit de la musique du 116e RI qu'il intègre le 6 avril 1889, à celle du 87e R.I. de Saint-Quentin en août 1895 dont il devient le sous-chef. Trois mois plus tard, il signe son réengagement de 5 ans.

Après son mariage en décembre 1897 avec Francine Le Chevalier dans sa ville de garnison (qui verra la naissance de Joséphine, Paul et Marcel), il quitte le 87e R.I. pour rejoindre le 17e Régiment d’Artillerie en mai 1899. Il n’y reste qu’un peu plus d’un an, car après son réengagement pour 2 ans, le 12 octobre 1900, il est muté à la musique du 38e Régiment d’Artillerie de Nîmes à la fin du mois de novembre 1900.

Sa carrière se poursuit par un retour dans l’infanterie et sa nomination comme chef de musique de 3e classe, le 19 octobre 1903, en intégrant le 130e R.I. de Mayenne, puis, deux ans plus tard, jour pour jour, désormais sous-lieutenant, il est nommé chef de musique du 149e R.I.. Il ne quitte pas le régiment jusqu’à la mobilisation, devenant chef de musique de 1ère classe sur place, le 21 mai 1914.

                   Photo_groupe_musiciens_149e_R

                                            Paul Porte se trouve au 1er rang (6e à partir de la gauche)

 Au début du conflit contre l’Allemagne en août 1914, le capitaine Porte part avec le régiment. Les cuivres et les bois du régiment spinalien sont sous son autorité. 

Il est évacué une 1ère fois le 2  septembre 1914, quelques jours avant l’attaque sur le village de Souain. Cet officier retrouve le 149e R.I. à la fin du mois d’octobre 1914. 

Le capitaine Porte est à la disposition de la brigade russe du camp de Mailly du 6 au 27 juin 1916. 

Complètement épuisé, il est évacué une 2e fois de la zone du front, le 12 octobre 1916. Il fait un séjour qui va durer un peu plus d’un mois à l’hôpital Saint-Maurice d’Épinal. Il est mis en disponibilité le 1er janvier 1917, puis à la retraite d’office à titre d’ancienneté de services le 20 avril 1919. Le capitaine

est rayé des contrôles de l’active le 15 mai 1919. 

Paul Porte à longtemps vécu dans la cité phocéenne avant de décéder le 18 mars 1943 à Nice. Il allait avoir 76 ans. 

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

La photo de groupe provient de l’album photo du régiment de l’année 1909. 

Pour en savoir plus sur la brigade russe et le 149e R.I. il suffit de cliquer une fois sur les deux images suivantes : 

La_musique___Mairy_sur_Marne   Les_Russes

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à J. Huret, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.            

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11 juin 2013

Émile Drouot (1866-1932).

                  Emile_Drouot

Émile Ferdinand Drouot est né le 25 septembre 1866 à Clans, une petite bourgade de la Haute-Saône située près de Vesoul. Il est le fils de François Drouot et de Virginie Jacquinot. 

 Soldat de la classe 1886, il entre en service au cours de l’année 1887. Émile a une formation de musicien, il pratique le saxhorn baryton. 

Le 2 août 1901, il est nommé sous-chef de musique, il peut coudre ses galons d’adjudant sur son uniforme. L’année 1902 le retrouve au 149e R.I., le régiment dans lequel il va faire pratiquement toute sa carrière de soldat. 

Le 20 juillet 1903, il épouse une Nogentaise dénommée Eugénie Beuzeville. Eugénie exerce la profession de couturière. Deux petites filles, Cécile et Suzanne naîtront de cette union. Hélas, Suzanne ne survivra pas à sa deuxième journée de vie. 

                  Photo_Emile_Drouot

                                             Émile Drouot se trouve juste derrière la grosse caisse. 

À la fin de sa carrière militaire Émile, Drouot se retire à Nogent-sur-Marne, la commune qui a vu naitre son épouse. Cet homme prend la direction de l’harmonie municipale de cette ville. Fonction qu’il occupera pendant plusieurs années. 

 Émile Drouot décède dans cette ville le 22 septembre 1932, il allait avoir 66 ans. Ce sous-chef de musique a été décoré de la Médaille militaire. 

Émile Drouot était très populaire au 149e R.I.. Il suffit de lire les quelques anecdotes suivantes pour se rendre compte que ce sous-officier devait être très apprécié par ses hommes (pour avoir accès aux anecdotes, il suffit de cliquer une fois sur chacune des deux images suivantes). 

 Deux_bien__tranges_recrues___la_C   La_bouffarde_de_M_sieur_Drouot__mars_avril_1916_

Sources : 

Annuaire spécial des chefs de musique et des sous-chefs de musique de Jules Rousson. Année 1908.

Site généalogique Généanet. 

Sa fiche signalétique et des services n’a pas été trouvée aux archives départementales de Vesoul. 

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

Un grand merci à M. Bordes, à N. Fenoy Bernard,  à A. Carobbi et à J.F. Durand.

 

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18 juin 2013

Louis Cretin, une bien terrible destinée...

                    Louis_Cretin  

Les lecteurs du blog du 149e R.I. se souviennent certainement des textes laissés par Louis Cretin. Textes qui sont extraits d’un témoignage émouvant et qui évoquent les épisodes tragiques vécus par cet homme durant la quasi-totalité du conflit, dans ce régiment spinalien. Certaines scènes du quotidien racontées sont parfois décrites avec un brin de malice et surtout avec beaucoup d’humour.

 Mais qui était Louis Cretin ?

 Retrouver la filiation et le vécu de ce soldat de la Grande Guerre semble être une gageure, voire une quête de l’impossible. En effet, les d’indices d’identifications qui filtrent dans son témoignage ne permettent pas de retrouver ses origines.

Voici ce qu’il nous dit : « Je me nomme Louis Cretin, ex-soldat musicien du 149e R.I. de la classe 1911. Je suis actuellement tisserand au Pont-au-Lait, à Saint-Maurice-sur-Moselle dans les Vosges. »

À priori, avec ces modestes informations en main, il y a bien peu de chances de trouver une piste sérieuse qui va nous permettre de reconstruire une partie de son parcours de vie. Il faut donc chercher ailleurs.

Un lot de cartes photos, n’ayant aucun lien avec le carnet de Louis, acheté chez un bouquiniste va peut-être nous aider à faire un pas en avant dans cette démarche.

La photographie suivante représente la musique du 149e R.I.. L’officier et le sous-officier qui se trouvent au sein de ce groupe de soldats sont connus. Le premier est le chef de musique Paul Porte, le second est le sous-chef de musique Émile Drouot.

                   Carte_postale_Louis_Cretin_1

 En retournant la carte postale, nous pouvons lire le texte suivant :

                   Texte_carte_postale_Louis_Cretin_1

«  Cette photo a été prise à la Louvroie le jour de la revue du général Bonneau. Toute la musique est au complet. Moi, je suis indiqué par 2 +  et celui qui en a une c’est mon ancien. Je vous en enverrai prochainement des autres de la fête d’hier (vétérans)»

Ce petit texte qui ne porte pas de signature et qui n’est pas daté est adressé à une dénommée Léonie Cretin.

Un agrandissement de la photographie permet de retrouver aisément les deux personnes évoquées dans le texte.

                                        Portrait_Louis_Cretin_1     

Voici maintenant une seconde photographie qui fait partie du même lot. Elle représente également la musique du 149e R.I. et nous retrouvons les silhouettes familières du chef de musique Paul Porte et du sous-chef de musique Émile Drouot.

                   Carte_Postale_Louis_Cretin_2           

Cette fois-ci, le texte laissé au verso est beaucoup plus généreux en informations.

                  Texte_carte_postale_Louis_Cretin_2       

« Biens chers parents,

Je vous envoie la photographie de la musique prise au quartier, je l’envoie également à Charles. Demain dimanche, il y a les courses de bécanes à Épinal et le fils Boileau reste pour les voir, il irait chez eux dimanche prochain. Vers la fin de la semaine, mercredi, vous m’écrirez si vous avez l’intention de commencer les foins. Lundi. Je demanderai une perm pour aller vous donner un petit coup de main, c’est tout ce que je peux faire cette année. Surtout, ménagez-vous dans ce moment pénible et ne vous forcez pas trop. Ici il fait beau temps et quelques cultivateurs commencent la fenaison. Si lundi vous ne commencez pas, j’attendrai 8 jours de plus pour aller vous aider. Je suis en bonne santé et vous souhaite être de même. Avec cette photo, je vous envoie mes plus filiaux baisers. Louis Cretin »

Ici, l’auteur du texte n’a pas eu la riche idée de nous laisser un indice qui permettrait de le reconnaitre de manière irréfutable. Après une observation minutieuse à la loupe de la carte postale, le portrait le plus ressemblant avec celui de la photographie précédente pourrait bien être celui du soldat qui se trouve juste sous la fausse clé de voute de la fenêtre centrale. L’homme qui pose à sa gauche rappelle également son « ancien ».

Même s’il y a quelques points de similitude, la ressemblance est loin d’être sûre !!!

Un agrandissement sur les personnes permet de faire la comparaison. À chacun de se faire sa propre opinion…

                   Portrait_Louis_Cretin_2

Cette fois-ci, la carte postale est datée du  14 juin 1913. Elle est signée du nom de Louis Cretin et elle est adressée à Léon Cretin. Le prénom de Charles est cité dans le texte.

Mais est-ce que le Louis Cretin qui appose sa signature sur cette carte postale et le Louis Cretin qui a rédigé le témoignage sont la même personne ? Pour l’instant, rien ne vient légitimer cette hypothèse.                                

Il manque toujours la source, le « chaînon manquant », qui va nous permettre de relier tous les documents précédents de manière plus sérieuse.

Une visite sur le site des archives départementales des Vosges est nécessaire. Il faut consulter le registre du recensement de l’année 1906 de la commune de Saint-Maurice-sur-Moselle, pour trouver ceci :

                 Tableau_recensement_

Nous avons maintenant la composition complète de la famille de Louis Cretin. Les liens entre tous les documents peuvent se faire maintenant plus aisément.

Avec ce précieux sésame, nous pouvons déduire que la première carte postale est adressée à la sœur de Louis, Léonie. La seconde est expédiée à son père Léon. Charles, qui est cité dans le texte de la deuxième carte postale, est certainement son frère.

Ce document indique également le lieu de naissance de Louis Cretin. Une visite supplémentaire sur le site des archives départementales des Vosges permet de trouver très facilement son acte de naissance.

À partir de là, tout s’éclaire…

Louis voit le jour le 21 juillet 1891 dans le village de Bussang. Il est le troisième d’une fratrie de quatre enfants. Léonie et Charles, ses ainés, sont natifs de Granges. Louis Émile est le fils légitime de Joseph Léon Cretin qui, à sa naissance, est âgé de trente-huit ans et de Marie Éléonore Géhay qui, elle, est âgée de 29 ans.

Son père exerce la profession de préposé des douanes et sa mère est ménagère.

La famille Cretin s’installe dans la petite bourgade de Saint-Maurice-sur-Moselle après la naissance de Louis.

Louis épouse Marie Joséphine Grosjeais le 4 juin 1921 dans la commune vosgienne du Thillot.

En 1898 Henri, le frère cadet de Louis voit le jour à Saint-Maurice-sur-Moselle.

Quelques informations supplémentaires glanées dans son témoignage permettent de confirmer que Louis est bien marié, et qu’il a deux petites filles, qui sont respectivement âgées de 6 et 3 ans au moment ou il rédige son écrit. Il fait également allusion à un autre de ses frères qui est prénommé Henri, un jeune homme de la classe 1918, appartenant au 31e B.C.P., qui sera blessé en octobre 1918.

 La fiche signalétique et des services de Louis Cretin a pu être consultée aux archives départementales des Vosges. L’état civil de cette fiche confirme bien la filiation avec Joseph Léon et Marie Eleonore Gehay. Sa date et son lieu de naissance, sa profession et  son lieu de résidence sont exacts. Par contre, cette fiche ne comporte aucune information sur les affectations régimentaires et sur son parcours de soldat durant la guerre de 14-18 ! Elle ne fait pas référence au 149e R.I. et encore moins à un autre régiment !

Louis est décrit comme ayant les cheveux blonds et les yeux bleu clair. Son front est moyen, son nez est donné comme grand et son visage étroit. Il mesure 1 m 67.

Bien vide cette fiche signalétique et des services ? Pas tant que cela ! Pour ceux qui sont encore un peu sceptiques,  deux informations capitales vont venir nous confirmer que c’est bien celle de Louis Cretin.

Il est fait référence à une cicatrice due à une transfusion sanguine et à des séquelles de fracture à la jambe droite.

Il faut reprendre la lecture du texte de Louis pour lire ceci :

« … l’éclatement de 4 marmites se produit au milieu du dépôt. Les piquets, les planches, les rouleaux de fil de fer voltigent de tout côté. Je reçois un morceau de bois qui me fait l’impression de me faucher la jambe… J’ai la jambe droite fracturée à la partie moyenne… »

Plus loin, il écrit :

« Le 21 juillet, jour anniversaire de mes 27 ans, le major passe une visite aux blessés de notre salle. Il s’arrête près de moi et me demande si je consentirais à donner du sang à un camarade grièvement blessé… Sans hésiter, je réponds oui. »

  Dans ses souvenirs, l’auteur nous fait également savoir qu’il est incorporé à la 3e compagnie du 149e R.I. en 1912, avant de rejoindre la musique du régiment. Il dit aussi qu’il a été décoré de la croix de guerre quelques semaines avant la fin du conflit avec la citation suivante :

« Brancardier très dévoué, au front depuis le début des hostilités. A toujours accompli courageusement son devoir. »

Si aucune indication n’est donnée sur sa fiche concernant son parcours de soldat de la Grande-Guerre, ses écrits nous permettent d’en savoir un peu plus. Cette fiche matricule imcomplète sur la période 1912-1919, est en revanche plus fournie sur sa participation aux F.F.I. de Saint-Maurice-sur-Moselle du 1er juin 1944 au 2 octobre 1944.

Que s’est-il passé durant cette période ?

Saint-Maurice-sur-Moselle est une petite commune de deux mille habitants, blottie au milieu de la  vallée de la Moselle. 

Au mois d’avril 1943, le commandant Lucien Gonand, responsable des organisations Giraud, charge le brigadier Mansuy des eaux et forêts de Saint-Maurice-sur-Moselle de constituer un groupe de résistants dans la commune. Avant cette date, Il n’y avait pas de maquis proprement dit dans cette agglomération rurale.

Une poignée de Frémis se réunissent autour du brigadier forestier Mansuy. Le groupe doit se former. Il faut se préparer à prêter main-forte aux alliés lorsque le moment sera venu. Des plans de sabotage des voies de communication sont établis. Des mises au point concernant l’organisation proprement dite sont régulièrement  à l’ordre du jour.

Le maquis des Roches de Morteville est créé en novembre 1943. Il a pour mission principale de mettre à l’abri les réfractaires au S.T.O.. Son emplacement géographique nécessite  un ravitaillement qui reste difficile à faire. Il est abandonné au début de l’année 1944  pour être transféré, avec celui de Bussang, au Peut-Haut.

Les Allemands sont irrémédiablement repoussés vers les Vosges depuis la fin du mois de septembre 1944. Ils ont l’intention de créer une ligne de résistance dans cette région. Chaque matin, les membres de l’organisation Todt et les S.S. appellent les hommes de Saint-Maurice-sur-Moselle pour les faire travailler sur les hauteurs de la commune. Ceux-ci sont dans l’obligation de creuser des tranchées. Ils doivent également préparer des emplacements qui seront susceptibles de recevoir des pièces d’artillerie de montagne, des mortiers et des nids de mitrailleuses.

Le 2 octobre 1944, un détachement de la division S.S. «  Das Reich » arrive sur la place du village. Les hommes sont déjà rassemblés pour partir au travail forcé. Comme à l'accoutumée, il est procédé à l’appel des travailleurs. Au même moment, un homme sort de sa poche, une liste de noms. Après lecture de celle-ci, les personnes désignées doivent se mettre à part.

Elles montent aussitôt dans deux camions qui les conduisent à Bussang. Ces personnes restent dans ce village jusqu'au matin du 3 octobre. De nouveau, ils reprennent la route en camions pour être conduits à la prison de Mulhouse. Entre-temps, sept d’entre eux viennent d’être fusillés en chemin. Les rescapés sont dirigés sur le camp de concentration de Schirmeck, pour être ensuite envoyés vers les camps de la mort…

Louis Cretin se trouve parmi eux.

Quel rôle a joué Louis Cretin durant tous ces évènements ? Je n’en ai aucune idée. Je sais simplement qu’il existe un dossier le concernant, qui se trouve aux archives des victimes des conflits contemporains  de la ville de Caen. Je n’ai pas eu l’occasion de me rendre sur place pour le consulter.

Louis est déporté à Dachau , il fait partie du convoi 461 et porte le matricule 114448.

Il décède le 4 février 1945 dans ce camp de la mort. Cette date et ce lieu de décès sont bien inscrits en marge de son acte de naissance.

Une recherche sur le site de « Mémoire ses Hommes » permet de trouver la fiche suivante.

                 Fiche_39_45_Louis_Cretin

Dans ce tableau, il faut noter une petite erreur concernant le lieu de naissance.

Une plaque commémorative fixée sur le mur de la mairie de Saint Maurice-sur-Moselle vient rappeler les évènements tragiques qui eurent lieu le 2 octobre 1944.

               Plaque_commemorative

Les liens unissant la famille Cretin de Saint-Maurice-sur-Moselle, le résistant Louis Cretin décédé à Dachau et l’auteur des souvenirs du soldat-musicien de la classe 1911 au 149e R.I. sont maintenant établis.

Il reste cependant quelques zones d’ombre pour confirmer de manière catégorique que le portrait de Louis Cretin est bien le sien. En effet, même s’il y a des similitudes entre l’écriture de la première carte qui n’est pas signée et la seconde, je ne peux pas confirmer à 100 % que c’est la même personne qui les a rédigées.

Sources :

Wikipédia.

Site des archives départementales des Vosges.

Site « Mémoire des Hommes ».

Site « Mémorial Gen Web ».

Témoignage inédit de Louis Cretin qui peut se consulter en cliquant un fois sur l'image suivante :

                                       Le_chemin_des_Dames_et_la_Malmaison   

 « Notre village Saint Maurice-sur-Moselle » bulletin de liaison ° 14 publié en octobre 2005.

Un article concernant les évènements du 2 octobre 1944 est  paru dans le journal « La Liberté de l’Est »  du 11 janvier 1949.

Un grand merci à M. Bordes, à J.M. Bolmont, à D. Browarski, à A. Carobbi, à T. Cornet, à É. Mansuy, aux différentes personnes du forum « pages 14-18 » qui m’ont apporté leur aide, à la mairie de Saint-Maurice-sur-Moselle et aux archives départementales des Vosges.                

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25 juin 2013

Souvenirs de Louis Cretin, un soldat musicien du 149e R.I..

                   Carte_postale_Louis_Cretin_1              

Afin de faciliter la lecture des souvenirs de Louis Cretin, soldat musicien du 149e R.I.,  j'ai réalisé cet index qui permet un accès rapide aux textes publiés dans les différents articles de ce blog.                                                            

Un immense et chaleureux merci à  D. Browarski et à T. Cornet qui nous offre ici la possibilité de lire ce témoignage qui couvre la quasi-totalité de la guerre. 

Pour avoir accès aux textes, il suffit de cliquer une fois sur chacune des images.

 

                                                                   1914        

                                            D'épinal à Wisembach

                                                     1) Premiers coups de feu

                  Louis_Cretin_Wisembach

                                         2) Une histoire de drapeau bien incroyable !

                  149eme_R

                                            3) Du col de Saales à Val-et-Chatillon...

                  Louis_Cretin__Abreschviller_

                                            4) Une longue retraite pour la C.H.R. du 149e R.I..

Girecourt_sur_Durbion

                                     

                                         De Wassy à Souain (septembre 1914)

                                                 1) Marche ou crève pauvre biffin !!!

                   Marche_ou_creve_pauvre_biffin

                                                    2) Une gorgone Sarysienne

 Une_Gorgone_Sarysienne

       3) Indicibles souffrances

  Carte_photo_2

                                                   4) Entre Suippes et Souain

                   Entre_Suippes_et_Souain

                                                 5) Un jus bien désagréable

                   Un_jus_bien_d_sagr_able

                                                                   1915

                                    En Artois             

                                                        La bistouille (février 1915)

                  La_bistouille

                       Deux bien étranges recrues à la C.H.R. du149e R.I. (août 1915)

                  Deux_bien__tranges_recrues___la_C

                                                                      1916

                                     La  Meuse, la Champagne et la Somme

                                       La bouffarde de M’sieur Drouot (mars-avril 1916)

                La_bouffarde_de_M_sieur_Drouot

                                    Après Verdun, la troupe se lâche (avril-mai 1916)

                Apr_s_Verdun__la_troupe_se_l_che

                                    Le camp de Mailly, repos et permission (juin 1916)

                Le_camp_de_Mailly__repos_et_permission

                                Rencontre avec les troupes russes (juillet-août 1916)

               Rencontre_avec_les_troupes_russes

                             Un musicien brancardier raconte (août-septembre 1916)

              Un_musicien_brancardier_raconte

                                                                    1917

                            L'Alsace, le chemin des Dames et la Malmaison

                                                      Alsace 1917 (janvier 1917)

                Alsace_1917

                                 Le chemin des Dames et la Malmaison (juin 1917)

Louis Cretin

                                                                     1918

                                                          Vosges

                                                             Vosges (janvier-avril 1918) 

Lauterupt

 

                                                               Champagne

                                                    Champagne (juin-juillet 1918)

                      Champagne

                      Pour en savoir plus sur Louis Cretin, il suffit de cliquer sur l'image suivante :

                                   Louis_Cretin

                                       Un grand merci à D. Browarski et à T. Cornet.

 

 

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02 juillet 2013

Témoignage de Louis Cretin : premiers coups de feu.

                  Louis_Cretin_Wisembach

Tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet qui me permettent  de retranscrire sur ce blog le passage suivant du témoignage de Louis Cretin qui a été à la C.H.R. du 149e R.I. du début à la fin du conflit.

 Le 21 juillet 1914, le 149e R.I. quitte Épinal, sa ville de garnison pour aller faire ses feux de guerre au camp du Valdahon. Nous arrivons le 24. Le même soir, nous embarquons précipitamment en chemin de fer pour rejoindre nos casernes. Le bruit court que nous allons avoir la guerre, mais personne n’y croit vraiment. Pourtant, les jours qui suivent, les nouvelles sont de plus en plus mauvaises. Le 30 juillet, le régiment se mobilise et se tient prêt à partir, le quartier est consigné. Le 31 juillet, des réservistes commencent à arriver. Le 1er août à 2 h 30, le régiment quitte le quartier et vient embarquer à la gare d’Épinal. Vers 5 h 00, nous partons. À 8 h 00, nous arrivons à Bruyères où nous descendons et cantonnons. Le 2 août, l’ordre de mobilisation est général, les figures sont graves, cette fois, plus de doute, c’est la guerre. Le 3 août, nous quittons Bruyères à pied dans l’après-midi, par une chaleur accablante. Nous venons cantonner à Corcieux-Vanémont où nous demeurons jusqu’au 6 août. 

La bataille du col de Sainte-Marie-aux-Mines

Nous quittons Corcieux le 6 août au matin et nous allons cantonner le soir à Saulcy-sur-Meurthe. Il pleut à verse… Le sac est rudement lourd. En manœuvre on « carottait » pour le contenu, mais à présent, nous avons plutôt de l’excédent. Nous arrivons trempés et le cantonnement laisse à désirer, point de paille... Le lendemain matin, je me lève gelé et éreinté, l’habitude n’est pas encore prise.

Le 8 août, nous allons cantonner au Ban-de-Laveline. En passant par Entre-deux-Eaux et la crête de Mandray, nous nous rapprochons de la frontière. Deux douaniers, venant du col d’Urbeis, amènent à leur capitainerie l’équipement et le cheval d’un cavalier allemand. Depuis quatre jours, ils font presque journellement le coup de feu contre des uhlans en reconnaissance. Aujourd’hui, ils ont été plus heureux et ils  en ont descendu un.Par moment, nous entendons dans la direction de l’est le bruit de la fusillade. C’est le 31e B.C.P. qui est en reconnaissance à la frontière, qui reçoit et qui riposte.

Le lendemain 9 août, dès l’aube du jour, le régiment se met en route en direction du col de Sainte-Marie. Arrivés à Wisembach, les bataillons prennent la formation de combat. Le 3e bataillon arrive au col de Sainte-Marie-aux-Mines par la grand-route sans rencontrer de résistance. Il vient s’installer sur un piton qui domine la petite ville de Sainte-Marie. Le 1er et le 2e bataillon grimpent par les chemins de forêts, à travers les sous-bois. Après une heure de marche, ils approchent du sommet. À cet endroit qui se nomme le Renclos-des-Vaches se trouve une clairière qui est fortement occupée par les Allemands. Ils ont déjà creusé des tranchées, les deux extrémités touchent au bois. Dès l’apparition de nos éléments avancés, la fusillade crépite. Nous nous déployons en tirailleurs. Le combat s’engage…

Les blessés commencent à descendre au poste de secours du médecin-chef installé à Wisembach. Pour la première fois, nous faisons la relève des blessés qui ne peuvent marcher. Les jours qui vont suivre, nous assurons le service presque sans arrêt et sous les balles. À plusieurs reprises, nos bataillons essayent d’enlever la position allemande. Des charges à la baïonnette ont lieu. À chaque assaut, les Allemands font le simulacre de se replier sur les côtés, sur le bois, puis ils découvrent leurs tranchées qui sont garnies de tirailleurs et de mitrailleuses qui fauchent nos hommes impitoyablement. Nos pertes sont élevées. Le colonel Menvielle et les deux commandants se tiennent avec le drapeau du régiment à la lisière du bois. Après chaque assaut, les vagues disloquées viennent se reformer là, et recommencent des feux de salve sur la tranchée ennemie. En fin de journée, les Allemands voyant faiblir nos attaques, se lancent, drapeau déployé, hors de leur tranchée. Les nôtres foncent à leur rencontre. Un corps à corps sauvage s’engage. Nous avons l’avantage, l’ennemi voyant cela, il regagne bien vite ses abris. Son drapeau se trouvant dans leur repli, un peu isolé, il s’en est fallu de peu pour qu’il ne tombe pas entre nos mains.

 Référence bibliographique :

Témoignage de Louis Cretin.

 Un grand merci à M. Bordes,  à D. Browarsky et à T. Cornet.

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09 juillet 2013

Témoignage de Louis Cretin : une histoire de drapeau bien incroyable !

                 149eme_R

De nouveau un grand merci à D. Browarsky et à T. Cornet qui me permettent  de retranscrire sur ce blog la suite du témoignage de Louis Cretin qui était à la C.H.R. du 149e R.I. en août 1914.  

Voici ce que j’apprends au poste de secours :

Je venais de descendre un blessé, quand se présente pour se faire panser mon cousin, Paul Cretin de la 5e compagnie, originaire de Bois-d’Amont dans le Jura. Blessé à la main, je lui demande : « comment as-tu été touché ? » Il me répond : « Par un coup de sabre ». Devant mon étonnement, voici le récit qu’il me fait. « Depuis un moment, j’avais repéré le drapeau allemand et quand vint leur contre-attaque, je me suis glissé d’arbres en arbres, jusqu’à m’approcher d’une vingtaine de mètres du porte-drapeau. Au moment de leur repli, se trouvant en retard, je me dis que c’était le moment. Je jette mon fusil et bondis dessus pour lui faire lâcher prise. Mais l’Allemand n’avait pas perdu son sang-froid. D’un coup de sabre, il me frappe sur la main. » Je lui dis « Tu n’avais pas réfléchi que tu risquais de te faire descendre presque sûrement, étant sans arme ? », il me répond : « J’avais entendu dire qu’il y avait une prime de 10000 francs pour le premier drapeau pris à l’ennemi. Alors, je n’avais pas de trop de mes deux mains. » J’ignore, où, comment et de qui il tenait ce renseignement (auquel je n’ai pas ajouté «foi»), et si cela était le vrai motif de sa conduite. N’empêche qu’il me dit avant me quitter : « J’aurais tout de même bien aimé l’avoir ! »

Une promesse plus connue était celle qu’avait faite le commandant de Sury-d’Aspremont du 1er bataillon à ses hommes. Sa famille était alsacienne, des environs de Sélestat. Il avait promis que le jour où nous cantonnerions chez lui, il nous offrirait une « noce carabinée ». Hélas, il fut tué ce jour-là en chargeant à la tête de son bataillon.

Ne pouvant déloger les Allemands de leur position, nous recevons l’ordre de nous maintenir sur place. Sur les deux ailes, les autres corps progressent, automatiquement, cette position devait tomber. Des abris individuels commencent à se creuser. Des sapins abattus marquent l’emplacement de nos lignes. Pour la première rencontre, cela pouvait compter. La journée du 10 août se passe sans apporter de modification. Ce fut plus calme, la fièvre était tombée. Le 11, des canons de 65 de montagne (artillerie alpine à dos de mulets) commencent à envoyer des obus sur les lignes allemandes. Des 77 répondent, c’est l’étonnement et la surprise aux premiers coups de fusants qui éclatent sur nos têtes. Ce jour-là, je pars transporter les blessés du 3e bataillon, celui qui se trouvait à droite du col et qui n’avait pas trop souffert. L’hôtel qui est au sommet est dévasté et pillé. Nous ramenons les blessés à Wisembach. Le 12 août, le régiment est relevé et vient cantonner à Colroy-la-Grande, puis le 13, à Provenchères. Nous recevons des renforts pour remplacer les 800 hommes mis hors de combat à notre baptême du feu.

Mes premières impressions sur ces journées de combat sont plutôt lugubres. Du sang et toujours du sang, des blessés, parfois horribles à voir, des cris de souffrances, des appels et des commandements, des hommes frappés à la poitrine où à la tête tombant en criant « mon Dieu » ou bien « maman ». Nous nous précipitons pour les relever, mais surprise douloureuse, les soins sont inutiles. Le cœur avait cessé de battre. Les mains ensanglantées, nous frissonnions au contact de ces corps encore chauds pendant que les balles continuaient leur musique affolante. Elles semblaient nous dire : « Tu vois, ce n’est pas si difficile que cela de mourir. C’est toi que je veux à présent, et c’est ton tour maintenant… »

Vraiment, c’est affreux la guerre. Ce n’était pourtant que le début, par la suite, nous devions nous retrouver dans des situations bien plus atroces et voir plus terribles encore. On s’habitue à tout ! 

Référence bibliographique :

Témoignage de Louis Cretin. 

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

Un grand merci à M. Bordes,  à D. Browarsky, à T. Cornet et à L. Rico.

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