02 décembre 2009

25 et 26 octobre 1918. L’attaque de la Hunding Stellung.

                  Attaque_de_la_Hunding_Stellung     

                                       Carte_Banogne_

 

Préparatifs d’attaque

La ligne de l’Aisne est débordée et dépassée. Le massif de Saint-Gobain et Laon sont emportés le 13 octobre 1918. L’ennemi avait mis tous ses espoirs dans la position Hunding. La Ve Armée du général Guillaumat est d’abord arrêtée devant elle, puis elle se prépare à l’attaque. Les trois bataillons du 502e Régiment A.S. sont mis à sa disposition le 18 octobre. Le 4e et le 6e bataillon qui arrivent les premiers sont transportés, sur tracteurs de Reims vers Nizy-le-Comte, dans la zone du 21e C.A.. L’attaque est fixée au 25 octobre. Le 6e bataillon est affecté, à gauche, à la 170e D.I., pour opérer dans la région de Saint-Quentin-le-Petit. Le 4e bataillon marche avec la 43e  D.I. à droite, dans la région de Banogne. Les chars doivent appuyer successivement l’attaque de divers objectifs en dépassant l’infanterie. Il s’agit cette fois pour eux d’emporter des positions parfaitement organisées et qui vont être défendues avec opiniâtreté.

25 octobre 1918

Les positions de départ sont gagnées sur la rive nord du ruisseau des Barres dans la nuit du 24 au 25 octobre sous la protection d’avions masquant le bruit des appareils. L’attaque est déclenchée à 6 h 30. Les observatoires ennemis sont aveuglés par des fumigènes ; des groupes d’artillerie ont été désignés pour réduire les pièces antichars et autres résistances actives. Mais la défense contre les chars est aussi méticuleusement organisée. De nombreux minenwerfer légers sont dissimulés dans l’herbe. Des pièces de 77 sont enterrées au ras du sol. Elles sont soigneusement camouflées pour être placées généralement à la tête des ravins. Enfin, des champs de mines sont disposés principalement le long des routes et aux abords immédiats des villages. À la 43e division, les chars du 4e bataillon combattent à deux reprises avec acharnement, et cela malgré les pertes causées par les pièces antichars. Ils détruisent de nombreuses mitrailleuses et permettent ainsi à l’infanterie de progresser jusqu’aux réseaux.

L’action est recommencée le 26, avec des sections de chars reconstituées, sur la tranchée Neptune et les deuxièmes lignes. Favorisés par la brume, les chars amènent l’infanterie jusqu’à la route Saint-Quentin-Banogne. Mais ensuite l’infanterie est arrêtée et se fixe. La progression a été au total de 1 km.

                  Char_Renault_F

26 octobre 1918

Les informations suivantes proviennent du J.M.O. de l’A.S.310. Le 149e R.I. y est évoqué très succinctement. Il est tout de même possible de localiser de manière assez précise la position des deux compagnies qui sont engagées. La 43e division doit reprendre l’attaque à 9 h 00. Il faut tourner Banogne par l’ouest et par le sud. Deux sections de Chars sont reconstituées. La 3e section du lieutenant de Bayenghem et la 1ère section de l’aspirant Laugier. Ce dernier est prévenu très tard et ne  peut rejoindre sa section que durant la marche d’approche entre la position d’attente et la position de départ à 8 h 00. Dans la nuit, ces deux sections sont affectées au groupement de gauche  qui est sous les ordres du lieutenant-colonel Vivier du 149e R.I.. Elles sont mises à la disposition du bataillon Froment du 149e R.I. Ce dernier doit attaquer avec deux de ses compagnies en 1ère ligne, la tranchée de Neptune et la 2e tranchée de la ligne Hunding. La liaison s’établit dans la nuit avec ce bataillon d’attaque. La section  du lieutenant de Bayenghem est affectée à la compagnie de gauche et la section de Laugier à la compagnie de droite.    

Les sections quittent leurs positions de départ à 6 h 45. Elles franchissent à l’heure H, à 9 h 00, la ligne d’infanterie établie à 500 m sud de la route Saint-Quentin-le-Petit–Banogne. L’infanterie attaque derrière les chars. La route est franchie. Les chars parviennent à la tranchée de Neptune. Une forte brume a favorisé leur approche et leur action. L’infanterie qui à des effectifs excessivement réduits, est prise de flanc par des mitrailleuses. Ces dernières tirent à droite de Banogne et à gauche du point 78.55 de la tranchée de Neptune. Les unités françaises ne peuvent progresser au-delà de la carrière. Elles se terrent et s’accrochent au terrain. Les chars se replient derrière les escarpements situés à 100 m au nord de la route. La progression ne peut être reprise dans l’après-midi et, à la nuit, les chars regagnent leur position d’attente au cimetière de le Thour.

Références bibliographiques :

« Les chars d’assaut, leur création et leur rôle pendant la guerre 1915-1918 » du capitaine Dutil, agrégé d’histoire. Aux éditions Berger-Levrault, 1919.

J.M.O. de l’A.S. 310 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/25.

Pour en savoir plus il faut aller faire un tour du côté des J.M.O. de  l’A.S. 311 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/26 et de l’A.S 312 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/27.

Un très grand merci à M. Bordes, au Service Historique de Vincennes, à  l’E.C.P.A.D., à Google-Earth et pour tout ce qui concerne les chars à « Tanker » du site « pages 14-18 ».

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09 décembre 2009

Sergent Paul Monne (1891-1981).

                 Paul_Monne_

Paul est né le 13 février 1891 à Gruey-les-Surange, une petite commune vosgienne. À sa naissance, son père Jules était manœuvre et sa mère Denise Bouvinet exerçait la profession de brodeuse. 

Après avoir fait ses études à l’école communale de son village natal, puis à l’E.P.S. de Charmes, il est nommé instituteur à la verrerie de Portreux jusqu’au 30 septembre 1912. 

Paul Monne est incorporé le 12 octobre 1912 dans la 2e compagnie du 149e R.I.. Il en profite pour organiser des cours d’instruction générale aux illettrés de sa compagnie. Il suit en même temps, les cours des élèves caporaux. 

En janvier 1913, ce jeune homme effectue un stage à l’école normale de gymnastique de Joinville-le-Pont pour devenir titulaire du diplôme délivré par cette école. À la fin de ce stage, au début du mois d’avril 1913, il réintègre la 2e compagnie du 149e R.I. pour donner des leçons d’éducation physique. 

Il est nommé caporal en mai 1913, puis, il passe à la 4e compagnie du 149e R.I. avec le grade de sergent en septembre 1913. 

Durant le conflit, le sergent Monne a été blessé deux fois. La première blessure est reçue le 12 septembre 1914 dans le petit village de Souain, la seconde dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette le 9 mai 1915.

Cet homme ne retournera pas au front après cette deuxième blessure. Après avoir été soigné dans un hôpital de Rennes, il se consacre aussitôt à l’enseignement dans le lycée de cette ville durant sa convalescence Par la suite, il reprend son métier d’instituteur à l’école de Badménil-aux-Bois puis à celle de Gigney. Dans ce village Paul Monne fait la connaissance d’une institutrice, Marie Marthe Gabrielle Munier qui deviendra sa future femme. Il termine sa carrière d’enseignant à l’école de la bibliothèque d’Épinal. 

Monsieur Monne décède le 24 juin 1981 à Vandoeuvre. 

Citation obtenue : 

Citation à l’ordre du régiment n° 33 : 

« Excellent sous-officier, courageux et dévoué, blessé grièvement le 9 mai 1915, au moment où, en tête de sa section, il s’élançait à l’assaut des tranchées ennemies. Déjà blessé le 14 septembre 1914. »

Extrait certifié conforme. Aux armées, le 17 mai 1917. Le lieutenant-colonel Boigues commandant le 149e R.I.. 

Médaille militaire : Le 7 mars 1940. 

Chevalier de la Légion d’honneur : Le 21 juillet 1955. 

Chevalier du Mérite combattant. 

Officier des Palmes académiques. 

La plupart des informations concernant le sergent Paul Monne ont été données par son fils Gilbert Monne. 

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne.

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10 décembre 2009

Hémorragie garance...

                  Paul_Monne

 

Cinquante ans après les évènements le sergent Paul Monne témoigne…

 

Un très grand merci au Docteur Gilbert Monne qui m’autorise à reproduire ici les écrits de son père le sergent Paul Monne. Écrits qui parurent également dans le journal « Le Combattant Républicain Vosgien », à l’occasion du cinquantenaire des combats du mois d'août 1914.

 

Les premiers combats dans les Hautes-Vosges 
 

Wisembach, col de Sainte-Marie-aux-Mines, Renclos des Vaches.

 

                 Col_de_Sainte_Marie__Renclos_des_Vaches

  

Le samedi 8 août, dans l’après-midi, la 1ère compagnie du 31ebataillon de chasseurs à pied attaquait les Allemands au Renclos des Vaches, au-dessus de Sainte-Marie-aux-Mines, à gauche du col du même nom.

 

Les soldats allemands étaient installés dans des tranchées construites et aménagées au flanc de la montagne dans les chaumes du côté alsacien. Ils avaient profité de la période de transition  pendant laquelle les soldats français devaient rester dès la mobilisation générale, éloignés de 10 km de la frontière.

 

La mobilisation n’étant pas la guerre. En toute quiétude, les soldats allemands ont donc pu creuser et aménager les tranchées comme ils le désiraient. Bien installés, bien abrités, ils attendaient les assaillants. Leur champ de tir était excellent et les chasseurs à pied offraient une bonne cible. Aussi, dès que nos « vitriers » sortirent de la forêt pour s’élancer à l’attaque dans les chaumes, ils furent  accueillis par une violente fusillade qui en coucha un grand nombre.

Aucun chasseur ne put arriver à proximité de la tranchée. Bilan : 80 à 90 tués dont le capitaine Méry et de très nombreux blessés.Le lendemain, le 149e R.I. relève le 31e bataillon de chasseurs.

 

Dimanche 9 août 1914, le 149e R.I. était cantonné le 8 août à la croix-aux-Mines et dans les environs.

 

Le rassemblement se fit le 9 dès la  pointe du jour. À l’heure fixée, les soldats se mirent en route dans la direction de Ban-de-Laveline. La journée s’annonçait belle dans un ciel sans nuage et le soleil était déjà bien chaud, quand ils arrivèrent à Wisembach.  

 

                 Carte_4e_compagnie

 

                                      Legende_carte_4e_compagnie_

 

Plusieurs compagnies suivirent la route nationale qui conduit au col de Sainte-Marie-aux-Mines. La 4ecompagnie obliqua à gauche, traversa le village et suivit un chemin longeant le fond de la vallée, en direction de la forêt. Sur ce chemin, un chasseur à pied, blessé, se dirigeait vers Wisembach, accompagné d’un jeune garçon qui portait son fusil. Il n’adressa pas un seul mot aux soldats qu’il croisait et paraissait extrêmement fatigué et déprimé. Les soldats comprirent le soir même le pourquoi de cette attitude. Il semblait si triste et abattu.

 

La troupe était bien entendu, en tenue de campagne ; les fantassins portaient un pantalon de gros drap rouge, une grande capote de drap bleu, 120 cartouches, un sac bien garni avec un outil portatif, un bidon et un fusil.

 

 À environ 1 km du village, la 4ecompagnie quitta le chemin et obliqua à droite en direction de la forêt. À ce moment, l’ordre fut donné aux quatre sections de mettre baïonnette au canon et de faire l’ascension de la montagne en direction de la frontière. La montée fut longue, rude et pénible surtout sous un soleil ardent. Les soldats étaient exténués et s’ils avaient dû charger à la baïonnette, aucun n’aurait pu le faire.

 

                 Wisembach_2

 

 Après environ 1 h 30 à 2 heures de montée, la compagnie arriva à la frontière au but assigné et fit la sieste. La halte fut longue et par cette chaude journée, les soldats étaient heureux de se reposer, aussi presque tous se couchèrent sur le dos la tête sur le sac, qui leur servait d’oreiller. Ce lieu « le Renclos des Vaches», paraissait relativement calme. De temps en temps, cependant, des balles passaient en produisant un sifflement semblable à un petit miaulement. Dès que les soldats furent un peu remis de leur fatigue, quelques-uns se levèrent et essayèrent d’arracher les poteaux-frontière. Les sifflements devinrent plus fréquents mais n’impressionnaient nullement la troupe, car les balles passaient haut, bien au-dessus des hommes.

 

À un certain moment le commandant de Sury d’Apremont, chef du 1er bataillon, rassembla les officiers et sous-officiers de la 4ecompagnie. En utilisant au mieux le terrain, en se camouflant derrière les sapins, il les conduisit à flanc de coteau, face à celui occupé par les Allemands. Ils s’arrêtèrent et se cachèrent derrière des roches pour ne pas être vu de l’ennemi. Le commandant montra les tranchées occupées par les troupes allemandes, ainsi que les silhouettes en bois placées en avant, comme on se trouvait au champ de tir. De nouveau des balles passèrent au-dessus d’eux en produisant leur sifflement lugubre. Après quelques instants d’observation et de sages conseils de prudence de la part du chef de bataillon, les gradés rejoignirent la compagnie en prenant les mêmes précautions qu’à l’aller.

 

À ce moment, arrivait une patrouille d’une autre compagnie du 149e R.I., dont un soldat reconnut un gradé du même village ; ils parlèrent quelques instants puis rejoignirent leur poste.Le commandant rassembla à nouveau les gradés et leur dit, en indiquant la direction : « Un peu plus loin, vous allez trouverdes rochers, plus en avant, vous verrez à votre gauche, dans les chaumes, des chasseurs à pied qui ont été tués au combat. Le premier tué que vous verrez est un capitaine. Je compte sur vous pour les venger. » Et se fut tout. Le capitaine Altairac donna des ordres au lieutenant Genevoix. Celui-ci, commandant la première section, rassembla ses hommes et leur dit : « Dans dix minutes, un quart d’heure, nous les aurons, et en avant ! » Dès que les soldats allemands les aperçurent, ils déclenchèrent une violente fusillade. Cette fois on entendait plus les miaulements des balles, mais des claquements secs qu’elles produisaient en touchant et en traversant les sapins. Contrairement à ce qu’a dit le communiqué Joffre : " Devant nos charges à la  baïonnette, les Allemands ne s’enfuyaient pas à toutes jambes."

 

Quelques instants plus tard, le lieutenant était arrêté dans sa marche en avant et demanda du renfort. La 2e section partit aussitôt, puis la 3e, puis la 4e. Elles avancèrent par bonds successifs. Quand les soldats virent en passant sur leur gauche, les corps des chasseurs à pied tués, dispersés sur les chaumes, couchés la face contre terre, ils en furent très bouleversés.La fusillade devint de plus en plus vive et malgré cela, les sections avançaient toujours par petits bonds. À certain moment, au loin, une patrouille allemande se retira  et c’est alors que les Français redoublèrent d’activité par un feu bien nourri. Les allemands de leur côté, tiraient sans arrêt, aussi ce fut une terrible fusillade.

 

Comme le 31e bataillon de chasseurs à pied  la veille, la 4e compagnie du 149e R.I. s’était engagée dans la même souricière , prise sous les feux venant des trois directions, de l’avant, de la gauche et de la droite. Les soldats allemands, bien abrités dans leurs tranchées, avaient un champ de tir étendu et abattaient comme ils voulaient les pauvres pantalons rouges qui se trouvaient en rase campagne en terrain découvert sans le moindre abri.

 

La fusillade fut toujours très vive et ne ralentit pas un seul instant. Les pertes devenant de plus en plus lourdes, la compagnie dut stopper.

À ce moment un Saint-Cyrien donna l’ordre au sergent de la 4e section d’attaquer la tranchée allemande. Il devait s’élancer vers les chaumes, dans la direction indiquée.Ce sous-officier rassembla ses hommes, leur donna des ordres et leur dit : «  En avant ! suivez-moi ! » Le tir des fusils et des mitrailleuses devint plus violent. Après avoir fait un bond d’une vingtaine de mètres environ, ce gradé se coucha, se retourna pour voir arriver ses soldats. Aucun ne put le suivre. Il les vit debout, puis tomber atteints par les balles ennemies et les entendit appeler « maman, maman ». Que de cris, que d’appels désespérés lancés par les blessés ! Après cet essai de sortie, la fusillade crépitait encore avec plus d’intensité.

Ce sergent se trouva alors seul sur les chaumes, pas très loin de la tranchée allemande, n’osant bouger, craignant que l’ennemi ne tire sur lui. D’autre part,  il ne voulait pas rester à proximité de la tranchée, craignant d’être fait prisonnier. Il désirait rejoindre sa compagnie et ses camarades de combat.

Après quelques minutes de réflexions, il se déplaça en rampant. Il s’arrêta, puis de nouveau, avança  jusqu’au moment où, arrivé à proximité de la forêt, et malgré l’intensité du tir, il se mit debout, courut à toutes jambes et retrouva sa compagnie. Il n’avait pas été blessé et n’avait pas reçu la moindre égratignure. Mais que cet isolement lui parut long au milieu d’une fusillade aussi intense. Les quatre sections étaient stoppées et ne cherchaient plus à avancer car toutes avaient subi de lourdes pertes.

 

Le capitaine demanda du renfort. Les soldats qui sont venus pour dégager la compagnie se trouvèrent en pleine bataille ; ignorant, par manque de liaison que des soldats français se trouvaient en avant, ils ouvrirent le feu.

 

C’est alors que ceux de la 4ereçurent des balles de tous côtés, aussi bien de l’avant que de l’arrière et eurent des tués et des blessés par les balles françaises. Les chefs de section criaient de toutes leurs forces au capitaine qui se trouvait un peu en arrière avec ses agents de liaison : « Mais ne tirez donc pas sur nous ! » Après bien des efforts, la compagnie fut tout de même remplacée par une autre. Les rescapés purent alors se retirer en arrière sur le flanc de la montagne, à l’abri des balles, car la fusillade ne ralentissait pas. Il était peut-être 15 h 00, 16 h 00, aucune personne ne pensait au repas de midi, personne n’avait faim. Quand toutes les sections furent arrivées, le capitaine fit faire l’appel. Tous les présents constatèrent alors qu’il y avait de nombreux manquants, morts et blessés.

 

Le lieutenant Genevoix était blessé, ainsi que le Saint-Cyrien, plusieurs sous-officiers, les deux frères Daval, du Val-d’Ajol, tués, etc.

La fusillade était toujours très vive dans la direction des rochers. Aussi, après une bonne sieste, le capitaine reçut l’ordre de retourner au combat.

Les survivants de la compagnie furent placés en tirailleurs sur l’ancienne frontière, face à Sainte-Marie-aux-Mines.

 

Le commandant du bataillon, malgré l’intense fusillade, circulait debout auprès des soldats comme à la manœuvre. Le pauvre ne circula pas longtemps. Il reçut une balle au ventre et fut hospitalisé à Saint-Dié où il mourut, le lendemain 10 août.

 

La fusillade était toujours très vive, et la troupe était stationnaire, elle n’avançait plus et ne reculait plus. A un moment, où les soldats s’y attendaient le moins, ils entendirent les clairons allemands sonner la charge (ce sont les soldats alsaciens qui servaient dans l’armée française qui firent connaître la signification de cette sonnerie).

 

                  Photo_Marius_Dubiez_1914

 

Sans recevoir d’ordre les français tirèrent avec plus de rapidité, les mitrailleuses entrèrent en action et la fusillade avait atteint une telle intensité que les Allemands ne purent arriverjusqu’à nous et se retirèrent après avoir eux aussi subi de lourdes pertes. Ceci se passait déjà tard dans la soirée. Le capitaine fit déposer les sacs pour contre-attaquer.

 

Les clairons français sonnèrent le rassemblement puis la charge. Avec le tir des fusils et le tac-tac des mitrailleuses on entendait à peine les commandements. Les soldats des différentes compagnies étaient mélangés et beaucoup étaient complètement affolés, perdus et tiraient dans toutes les directions, aussi bien du côté ennemi que dans la direction des troupes françaises.

 

Les gradés furent obligés d’intervenir auprès des soldats, pour leur crier de tirer dans la direction de l’ennemi. Certains ne réagissaient pas et n’avaient pas l’air de comprendre.

À un moment donné, la situation fut critique ; heureusement que la nuit approchait. Le colonel Menvielle, commandant le régiment craignant sans doute une nouvelle charge de l’infanterie allemande, fit former le carré sautour du drapeau. Il fit sonner « Au drapeau » puis le rassemblement pour rappelerles égarés. Après cette formation en carré, la nuit vint et comme s’il y avait eu une entente avec les Allemands, la fusillade cessa brusquement.

Nous étions restés sur l’ancienne frontière, à l’endroit même où nous arrivions le matin. Chacun chercha son sac, mais comme il faisait nuit, personne ne put le trouver. Le combat ayant cessé, les soldats cherchèrent à redescendre vers Wisembach, mais comme il faisait nuit, il était impossible de faire un pas sans toucher un blessé qui criait de douleur ou un mort qui nous faisait tomber.

                 Wisembach_1

Beaucoup essayèrent de secourir des blessés, mais sans brancard, il fut impossible d’en transporter. Quel massacre ! Que de tués et de blessés ! Les pertes furent énormes et très supérieures à celle des chasseurs à pied ; on parlait de plusieurs centaines de tués. Pendant toute la nuit, les combattants errèrent dans la montagne, à la recherche du village de Wisembach. Ils craignaient de se tromper de direction et de descendre vers le versant alsacien pour être surpris par les Allemands.

Le lundi 10 août, les survivants se retrouvèrent à Wisembach. Ils parlèrent entre eux de ce qui s’était passé la veille et tous étaient stupéfaits d’avoir vécu une journée aussi terrible et de se retrouver vivants. « C’est cela la guerre ? S’il y a autant de pertes dans les prochains combats, la guerre ne durera pas longtemps. C’est impensable qu’il y ait eu autant de tués et de blessés ! Quelle journée et quel massacre ! »

 

Au cours de la matinée, le général Dubail est venu saluer le 149e R.I.et le féliciter pour son attitude courageuse au combat lors de son baptême du feu.

Comme le chasseur à pied blessé l’avant-veille, rencontré près du village, les rescapés de cette bataille étaient bien déprimés. Ils restèrent là quelques jours avant de partir vers Lubine, le col d’Urbès, le Climont, vers de nouveaux combats.

 

Bataille de Saint-Blaise.

 

                  Groupe_149e_R

 

Le 14 août 1914, le 149eR.I. venant de Provenchères-sur-Fave se dirigea sur Saales. Au cours de la traversée de cette ville, il fut très applaudi par la population qui avait abondamment pavoisé de drapeaux tricolores (Saales était avant 1870 un chef-lieu de canton du département des Vosges. Il a été annexé à l’Allemagne au traité de Francfort). La troupe suivit la route nationale en direction de Schirmeck.

 

Après avoir parcouru plusieurs kilomètres, le 2e bataillon changea de direction et obliqua à droite. La 4e compagnie qui marchait en tête du 1erbataillon, suivit la route nationale.

À un certain moment, le général Pillot qui se tenait debout sur le côté de la route, donna l’ordre aux soldats de s’arrêter. Il les fit descendre dans le fossé en leur demandant de s’appuyer contre le talus qui était d’ailleurs très haut à cet endroit. Tous se posèrent la question. Pourquoi cet arrêt ? Cette halte ? Après une demi-heure, trois quarts d’heure d’attente, des obus de gros calibre passèrent au-dessus d’eux en produisant un sifflement grave et saccadé pour allertomber beaucoup plus loin, à plusieurs kilomètres vers Plaine.

Parallèlement au 149e R.I., le 109eR.I. descendait la vallée de la Bruche, mais sur la rive gauche. La journée était ensoleillée, aussi l’artillerie allemande placée sur les hauteurs des environs de Saint-Blaise en direction de Saales à Diespach exactement, l’aperçut et ouvrit aussitôt le feu.

 

Les obus de 77 éclatèrent juste au-dessus des soldats du 109eR.I., mais à une grande hauteur, ce qui rendait les fusants moins meurtriers. C’est la première fois que nous entendions le canon, et apercevions dans le ciel des petits nuages blancs, ronds, produit par l’éclatement des obus. Néanmoins, beaucoup de soldats tombèrent et les pantalons rouges s’apercevaient de loin.

 

Les soldats de la 4e compagnie observaient ce qui se passait sans pouvoir porter le moindre secours.

 

L’artillerie française à son tour riposta et ouvrit le feu. Les soldats du 109eR.I. couchés que l’on croyait ou blessés ou tués, commencèrent à se relever l’un après l’autre, si bien qu’au bout de quelques instants on n’en apercevait plus sur le sol, ce qui laissa supposer que les pertes furent minimes. L’artillerie allemande ayant repéré une batterie de 75 vers Plaine, la bombarda et la mit hors de combat ce qui nous causa une grande émotion.

 

Plus tard, les autres batteries françaises placées dans les environs ouvrirent de nouveau le feu avec tir rapide qui dura peut-être une demi-heure. Nous avons appris le lendemain qu’elles avaient repéré les batteries allemandes et les avaient mis hors de combat. Le général Pillot, ayant jugé d’après les renseignements recueillis par l’état major que nous pouvions poursuivre notre marche en avant sans risque d’être bombardé, fit avancer la compagnie.

 

Le capitaine Altairac en tête suivit la route nationale, puis pénétra dans une forêt à droite de la route et fit faire la sieste aux hommes. Un capitaine d’artillerie arriva et lia conversation avec le capitaine Altairac. L’exécution de l’ordre se fit exactement comme il avait été prévu. Les hommes de la patrouille avancèrent par signaux du chef de section. Ils se seraient cru en manœuvre et non à la guerre, car ils ne reçurent pas un seul coup de feu. Les officiers la suivaient à la jumelle. Au bout d’un certain temps, tous les soldats arrivèrent à quelques mètres du taillis. Ce fut le moment pathétique.

 

Qu’allait-il arriver ? Le chef de section cria « Debout ! En avant à la baïonnette ! » Tous pénétrèrent et constatèrent qu’il n’y avait pas d’Allemands. Quelle chance et quel soulagement ! Sa mission terminée, la patrouille rejoignit le capitaine et la compagnie.

 

Dans la direction de Saint-Blaise la fusillade était très vive. Après quelques moments de repos, le capitaine indiqua que nous devions nous rendre dans la direction d’un petit bois de jeunes sapins qui se trouvait sur l’autre rive de la Bruche. Après avoir reconnu l’endroit où nous devions nous rendre, la troupe traversa la route nationale, les prairies et traversèrent la Bruche à gué avec environ 60 cm d’eau, puis peu après arrivèrent au bosquet de sapins où la fusillade était très intense.

 

La 4ecompagnie arriva juste après le commandant Tabouis, chef du 1er bataillon de chasseurs à pied. Il était couché, appuyé sur le côté, et abrité contre le talus, derrière les sapins avec les agents de liaison parmi lesquels se trouvait un nommé Launois de Senones, classe 1910, qui avait accompli son service militaire à la 4e compagnie du 149eR.I.. Le commandant Tabouis, devenu plus tard général, nous recommanda à tous de nous coucher, de nous abriter et surtout de ne pas chercher à avancer « Restez là et attendez », ajouta t-il.

 

La fusillade était toujours très vive et comme au   Renclos des Vaches et à Sainte-Marie-aux-Mines, les balles claquèrent en touchant et en pénétrant dans les sapins. Au moment donné, un agent de liaison vint trouverle commandant et lui dit : « Mon commandant, les Allemands se rendent. Ils ont placé des drapeaux blancs aux fenêtres des maisons. Dès que les chasseurs s’approchent pour les capturer une mitrailleuse placée dans le cloche rentre en action ». Le commandant le remercia et ne dit plus rien. Il communiqua certainement ces renseignements à l’état major et l’ordre fut donné à l’artillerie d’intervenir. C’est alors que les 75 tirèrent sur le clocher et la mitrailleuse fut bientôt hors de combat.

 

Cette fois la troupe put avancer et capturer 1800 à 2000 prisonniers. Ils furent gardés par les chasseurs à pied.

 

Comme il commençait à faire nuit, la 4ecompagnie avait comme cantonnement une usine de textile, et les soldats couchèrent sur les balles de coton déliées.

 

Le 15 août, dès la pointe du jour les soldats sortirent de leur dortoir passager, avec des capotes parsemées de coton. Que de mal ils eurent pour l’enlever. Les soldats avançaient lentement et s’arrêtaient fréquemment, il ne fallait progresser que prudemment pour éviter des attaques surprises. Malgré l’heure matinale, le soleil était déjà bien chaud, et les soldats se déplaçaient bien lentement, quand arriva un arrêt prolongé. On donna ensuite l’ordre d’avancer, la marche devint normale et tous étaient surpris d’une telle accalmie.

 

Nous arrivons alors à Diespach et passons devant l’école transformée en infirmerie et occupée par des infirmiers de l’armée allemande.

 

Nous nous arrêtons longtemps pendant plusieurs heures. C’est alors que le sergent Baudoin de la 4e compagnie dit à un autre sous-officier : « Les chasseurs à pied viennent de trouver un drapeau allemand, si j’étais arrivé quelques minutes plus tôt, c’est moi qui l’aurais eu ».

 

Une patrouille du 1erbataillon de chasseurs s’assurait que les ennemis n’étaient pas cachés derrière les maisons ou dans les environs, lorsqu’une dame les appela et leur dit : « Ils (les soldats allemands) ont caché quelque-chose dans le foin ». Aussitôt ceux-ci montèrent sur le tas de foin, cherchèrent et trouvèrent le drapeau allemand.

 

Voilà les précisions exactes qui indiquent comment fut trouvé le drapeau bavarois (En fait ce drapeau n'était pas Bavarois).

 

Très probablement dans la ferme Niargoutte celle-ci portant une plaque commémorative concernant la prise de l’emblème en question.

 

Les soldats du 149e R.I. visitèrent ensuite le champ de bataille et se rendirent auprès d’une batterie dont les pièces avaient été abandonnées. Ils s’approchèrent ensuite des tranchées, mais les blessés allemands tirèrent sur eux. Les soldats se retirèrent alors et les abandonnèrent aux infirmiers allemands. Dans ces mêmes moments, un « taube» passa au-dessus d’eux mais à une très haute altitude. C’est alors que les soldats se demandèrent s’il allait laisser tomber des fléchettes qui pouvaient traverser le corps d’un homme de haut en bas. Tous avaient entendu parler des fléchettes mais tous ignoraient si celle-ci lancées par les avions français ou les avions allemands.

 

Les canons pris (une vingtaine) furent exposés le lendemain Saint-Blaise et ensuite emmenés dans la direction de Saales. Ces journées mémorables ont joué un grand rôle sur le moral de la troupe. Chaque année, les bataillons de chasseurs à pied fêtent la « prise » de ce drapeau.Cette année à l’occasion du cinquantenaire cet anniversaire sera fêté avec un éclat tout particulier paraît-il !

 

La bataille de la Chipotte.

 

La commémoration du cinquantenaire de la bataille de la Chipotte aura lieu officiellement le dimanche 30 août à 15 h 00. La préparation de cette cérémonie a déjà été ébauchée, étudiée. Certainement le comité d’organisation fera appel aux survivants de la Grande Guerre qui ont participé à cette bataille dans le même esprit que les résistants qui ont participé au 30eanniversaire de la Libération.

 

Il sera soucieux d’honorer la mémoire des disparus et de rendre un juste hommage aux combattants rescapés. Il est inutile de rappeler les péripéties de cette bataille, celles-ci ayant été développées avec précision par le colonel Leboubé. Je crois néanmoins  qu’il est nécessaire de rappeler dans quelles conditions et avec quelle endurance les troupes épuisées de fatigue ont dû lutter avec tant d’ardeur.

 

Le 21eCorps d’Armée qui comptait beaucoup de Vosgiens et de nombreux Parisiens, était de la partie. Après la bataille de Saint-Blaise-la-Roche le 14 août où les Allemands subirent une sanglante défaite, les soldats du 149e R.I. cantonnèrent à flanc de coteau dans les villages de la rive droite de la Bruche.

Après deux jours d’accalmie, le 149e R.I.quitta ce dernier cantonnement avant le lever du jour pour se rendre à proximité de Saint-Quirin en passant par Schirmeck, le col du Donon.

 

Les soldats porteurs de tout leur chargement, sac, cartouches, fusil et toujours vêtus de leur grosse capote de drap, parcoururent à pieds cette distance d’environ 65 km. Beaucoup ne purent suivre que très difficilement et arrivés en pleine nuit dans une forêt de sapins, tous se couchèrent exténués de fatigue sans manger, car le ravitaillement ne suivait pas.

 

Le lendemain matin ces soldats marchèrent vers Saint-Quirin puis vers Abreschviller. Dès que le soleil apparut, la première compagnie partit faire toilette dans la Sarre, la deuxième prit ensuite sa place, puis la troisième. Les hommes de cette compagnie étaient à peine déshabillés qu’un ordre arriva demandant de se tenir prêt à combattre car les Allemands avançaient.

 

L’artillerie se mit alors en batterie et la 4e compagnie du 149eR.I. fut placée comme soutien d’artillerie à 200 – 250 m des pièces et dans leur prolongement. Les 75 tirèrent, puis les 77 allemands ripostèrent, les fantassins se trouvèrent alors entre deux feux. Une saucisse d’observation fit son apparition à droite de Sarrebourg et le duel d’artillerie devint alors plus violent.

 

À un certain moment, la fusillade crépita avec intensité et ce bruit mêlé au départ et à l’éclatement d’obus produisit un grondement infernal. C’est alors qu’un officier, sabre au clair fit  sonner la charge à ses clairons et nous entraîna avec lui à l’assaut de la colline. Arrivés en haut, le capitaine commanda un feu de salve. Par manque de liaison nos balles allaient frapper les soldats français de l’infanterie coloniale. Aussi, après avoir tiré 3 cartouches le capitaine ordonna le « Cessez le feu ».

Au cours de cette charge et du combat qui suivit, il y eut de nombreux tués et blessés dont de nombreux spinaliens. Quelques-uns furent même prisonniers car il fallut ensuite battre en retraite en combattant à travers la forêt même la nuit et sans ravitaillement. Le sac et l’armement étaient bien lourds, aussi tous les soldats étaient extrêmement fatigués puisqu’ils n’avaient pas de repos. Ils marchaient comme des automates dans une direction imprécise un peu à l’aventure. La troupe passa à Saussenrupt, près de Cirey, Val-et-Chatillon, Raon-l’Etape, Etival et le 23 août arriva au col de la Chipotte toujours en combattant.

Après un arrêt assez long, une patrouille se dirigea sur le chemin de Thiaville, fouilla une ferme et fit prisonnier un médecin major allemand. Celui-ci fut ramené au col pour être conduit à l’état-major. Il parlait un français très correct avec les capitaines Altairac de la 4e compagnie et Crepet de la 2e compagnie.

Le 1er bataillon s’installa au col et y passa la nuit. Le matin du 24 août, dès la pointe du jour, la 4e compagnie reprit la direction de Thiaville et suivit le chemin utilisé la veille. Le capitaine installa la grande garde et envoya une dizaine de soldats commandés par un sous-officier en petit poste plus en avant avec défense de livrer combat. Dès l’arrivée de la patrouille allemande le petit poste devait se retirer sur la grande garde. Des habitants de Ménil fuyaient en direction des troupes allemandes malgré les conseils donnés par le chef du petit poste.

Un chasseur à cheval du 4e régiment vint jusqu’à nous, puis repartit au galop en direction du col sans avoir voulu s’engager plus en avant.

La patrouille allemande fut aperçue par une de nos sentinelles qui malgré l’ordre tira sur elle. Aussitôt la fusillade s’étendit partout et la bataille commença.

Le chef de poste de la 4e compagnie rassembla ses hommes pour rejoindre le capitaine et la grande garde mais ne trouva plus personne. C’est alors qu’après bien des péripéties, qu’après bien des heurts, les soldats arrivèrent à rejoindre leurs camarades de combat et purent alors à plusieurs reprises attaquer les Allemands à la baïonnette.

Il fallait les voir ces soldats s’élancer courageusement à l’attaque malgré les grandes fatigues des journées précédentes et réussir d’arrêter l’avance ennemie. Ce courage exemplaire méritait d’être rappelé et signalé aux jeunes générations et j’ajouterai que ces braves soldats n’ont pas obtenu de citation ni de décoration pour leur magnifique attitude au feu.

Le 21eC.A. remplacé par un autre corps d’armée fut dirigé vers le camp de Mailly pour participer à la bataille de la Marne. Les fantassins de la Chipotte ont dû à nouveau effectuer de longues et pénibles marches de jour et de nuit et livrer de durs combats.

C’est pourquoi comme je le proposais au début de ce récit par reconnaissance, les rescapés de cette bataille de col de la Chipotte devraient avoir une plaque d’honneur au cimetière, même ce jour là, 30 août et proposer un ruban tricolore épinglé à leur boutonnière pour les distinguer. Ils devraient être présents le 30 août comme les résistants sont présents à la fête commémorative des combats des maquis. Le conseil général ayant voté des crédits pour commémorer dignement ce cinquantième anniversaire, il faut espérer que le comité d’organisation pourra mettre gratuitement un car à la disposition des survivants qui désirent assister à la cérémonie de la Chipotte le 30 août 1964.

 P. Monne

Ancien combattant à la Chipotte.

Sergent.

Chef de section, 4e compagnie du 149e R.I..

Président de la fédération des Vosges des combattants républicains, vice-président de l’U.F.A.C..

 

 

Un très grand merci à  G. Monne et à P. Blateyron.

 

Référence bibliographique :

"La guerre 1914-1918 à l'est de Saint-Dié" de Jean Foussereau, Janine Foussereau et Jean-Paul Baradel aux éditions Jérôme Do Bentzinger Editeur. 2007.

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23 décembre 2009

Alsace (1917).

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Nouvel extrait des souvenirs de Louis Cretin soldat musicien au 149e R.I.

En Alsace 1917…

Le 14 janvier 1917, je quitte l’H.O.E. de Bussang et je viens retrouver le régiment et les copains qui sont cantonnés à Arpenans, situé à une douzaine de kilomètres de Lure (Haute-Saône). La fin du mois se passe à cet endroit. Il fait très froid.  Le pain est gelé, le pinard aussi. Les pistons d’instruments également. Il faut constamment souffler dedans pour pouvoir jouer, surtout les matins au réveil en musique. Le 1er février  à 6 h 00, nous partons à pied pour aller cantonner à Ronchamp. Le lendemain matin, nous remettons le sac au dos et de nouveau en route. Il fait un froid de Sibérie,  - 21 degrés, les glaçons pendent à la moustache et la marche est pénible en raison de la route gelée. Les chevaux glissent, les voitures restent en panne, les bidons sont des morceaux de glace intérieurement. Vers midi, nous atteignons un faubourg de Belfort, c’est la grande Halte mais sans manger,  la roulante n’est pas arrivée. Ensuite nous défilons dans la ville. Le soir nous atteignons Chèvremont complètement éreintés (bon accueil des habitants).

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Le 3 février, nouvelle marche. Nous traversons Suarce, et à 16 h 00, nous passons la frontière où nous faisons défiler le régiment à une cadence ralentie en raison du verglas. Le soir nous cantonnons à Friésen, un village de la Haute-Alsace occupé par nos troupes depuis le début de la guerre. Pendant ces trois jours de marche, nous avons fait environ 100 km. Du 4 au 24 février, les compagnies vont faire des travaux de seconde ligne à Largitzen et dans les environs de Seppois. Nous, nous faisons nos répétitions journalières. Le 25 février, un nouveau chef de musique arrive pour remplacer Monsieur Porte l’ancien évacué dans la Somme. Jusqu’au 18 mars, rien de particulier à signaler. Le 19 mars, nous partons à pied de Friésen. Nous passons l’ancienne frontière et le soir nous cantonnons à Jonchery. Le 21 mars, nouveau déplacement, mais de nuit. Nous traversons Delle, puis longeons la frontière Suisse. Garden_PartyLe matin du 22 mars, nous sommes en vue de Montbéliard et couchons à Sainte-Marie, 10 km plus loin. Cette étape fut longue de 40 km, en arrivant, nous étions fatigués, néanmoins nous faisons concert. Le lendemain, nous remettons cela, l’entrainement devient sérieux, nous sommes las de marcher, de plus la route est défoncée, il neige. Après une vingtaine de kilomètres, nous atteignons Villersexel où nous y demeurons jusqu’au 7 avril. Pendant que les compagnies sont à l’entrainement et « bouffent » de l’exercice sans arrêt, nous ne chômons pas non plus. Répétitions, concerts, défilés, théâtres. Les jours passent sans avoir le temps long. Le 7 avril, départ pour aller à Arcey. Le 8, départ d’Arcey pour Exincourt. Le 9, jour de Pâques, nous allons faire concert à Montbéliard (la foule nous fait un magnifique succès). Le 10 nous quittons Exincourt et nous arrivons à Granvillars, où nous restons le 11. Des bruits de départ circulent. Le 12, dans la nuit, des ordres d’embarquement arrivent. Nous prenons le train à Montbéliard. Nous passons à Belfort, Lure, Aillevillers, Epinal (où nous descendons pour exécuter deux pas redoublés sur le quai de la gare. C’était notre ville de garnison). Nous continuons le trajet par Darnieulles, Mirecourt, Neufchâteau, Gondrecourt, Bar-le-Duc, Vitry-le-François, Sézanne, Esternay. Montmirail pour débarquer à Artonges. Nous allons cantonner à Viffort, nous y restons le 15. Le 16, départ pour Chezy-sur-Marne. Le 17, repos.

Th_atre_du_149e_RLe  18 départ pour Viels-Maisons où nous y restons jusqu’au 23. Le 24 nous le quittons, nous traversons Nogent-l’Artaud et Charly (quatre kilomètres au pas cadencé en jouant sans arrêt et le soir nous sommes à Bourèches. Repos jusqu’au 27. Le 28, cantonnement à  Belleau, je vais demander au chef ma permission de détente à laquelle j’ai droit. Il me l’accorde non sans peine. Je veux arriver chez nous avant le départ de mon frère (classe 1918) qui doit quitter le 1er mai pour se rendre à son dépôt.

 J’arrive avant son départ, lui fait quelques recommandations, et les larmes aux yeux, je quitte à mon tour ma mère et ma sœur laissées seules. Le 12 mai pour aller retrouver le régiment demeuré à Belleau. Nous y restons jusqu’au 18 où nous allons à Oulchy-Breny. Le 19 à Murrey. Les 20 et 21, repos. Dans le lointain, le canon gronde sans arrêt. Le 22 on vient cantonner à  Ciry-Salsogne. Les bataillons montent successivement organiser le terrain conquis par notre offensive du mois d’avril.

 

Un grand merci à J. Baptiste, D. Browarsky, T. de Chomereau et T. Cornet.

Références bibliographiques :

Souvenirs de Louis Cretin au 149e R.I..

Historique du 149e R.I. Editions imprimerie Klein 1919.

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01 janvier 2010

Aspirant Yves Charvéron (1894-1915).

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Yves Charvéron est né à Paris le 19 janvier 1894. Il fit ses premières études au collège Chaptal et fut reçu à l’école de Physique et de chimie industrielles de Paris au concours d’entrée de 1913.

A l’appel de sa classe, en décembre 1914, il quitta l’école pour le régiment. Nommé Aspirant au 149e R.I, après plusieurs mois de cours à Langres. Il partit pour le front d’Artois à la fin de mars 1915. Blessé deux fois en juin, sa seconde blessure le fit évacuer sur Fougères. Après sa guérison et un congé de convalescence de quelques semaines, il rejoignit son dépôt au début d’août. Au lieu d’attendre son tour de départ, il se fit inscrire comme volontaire et repartit aussitôt pour le front. Sa nouvelle compagnie se trouvant au repos, il demanda et obtint de reprendre le commandement de son ancienne section, à ce moment en première ligne entre Angres et Souchez. C’est à la tête de cette section que, le 26 septembre 1915, il partit à l’assaut des lignes allemandes et fut blessé par un éclat d’obus. Malgré sa blessure, il n’en continua pas moins à avancer avec ses hommes, et c’est quelques heures après qu’il dut trouver la mort dans un long et meurtrier corps à corps. Le 2 décembre suivant, une patrouille le retrouva dans le bois en Hache, gisant auprès d’un officier allemand tué au cours de la même attaque, et c’est grâce à son révolver que notre camarade put être reconnu. D’un courage au-dessus de tout éloge, le premier à l’attaque, s’offrant même à accomplir les missions les plus périlleuses, il a laissé à tous ceux qui l’ont connu, tant à l’école qu’au régiment, le souvenir d’un ami dévoué. Sa brillante conduite lui valut la citation suivante :

 

Citation à l’ordre de la division :

Yves Charvéron, aspirant à la 11e compagnie du 149e R.I..

«  Le 26 septembre 1915, devant Angres, a brillamment entraîné sa section à l’assaut, sous une canonnade violente et des feux de mitrailleuses ; blessé par un éclat d’obus au cours de cet assaut. Sous-officier possédant des qualités militaires remarquables, déjà blessé au cours de la campagne. »

 

                Carte_11e_compagnie_26_sept_1915

 

                d_placement_11e_compagnie

      

25 septembre 1915:

Le 149e R.I. venant de la fosse 10 est en place dans le secteur à 4 h 00. La pluie qui tombait depuis 2 jours avait transformé les boyaux en véritables cloaques d’où une dépense de forces beaucoup plus importante pour gagner les emplacements. En y arrivant, les hommes étaient trempés jusqu’aux os. Il faut signaler que tous les hommes du 149e R.I. n’avaient pas reçu leurs casques et que plus de la moitié d’entre eux n’avait encore que le képi.

Rapprochons nous un peu plus  de la 11e compagnie.

Elle quitte la tranchée en V à 12 h 35 pour prendre le chemin du boyau Helmer jusqu’à l’intersection avec le boyau Goiran, pour poursuivre dans la direction de f7. Vers 14 h 00 le lieutenant Prenez prend la tête de sa compagnie et l’engage dans le boyau Coquelet. Bloquée dans le boyau par une autre compagnie elle arrive cependant sur sa position vers 17 h 00, sur l’emplacement de la  tranchée allemande nouvellement conquise. Elle améliore et organise cette position qui se trouve un peu en avant de la tranchée allemande en g11, g12 et g13.

 

26 septembre 1915 :

Le 3e bataillon est chargé d’attaquer le bois en Hache, sa gauche devra suivre la direction g11, g7 et e13. L’attaque s’est déclenchée à l’heure fixée à 13 h 10. La tranchée améliorée la veille est occupée par la 11e compagnie ayant à sa droite un peloton du 31e B.C.P.. Cette compagnie conduite par le lieutenant Prenez, se porte à l’attaque. Elle occupera  g15 pour ensuite arriver aux abords de g7.

 

Je remercie Thierry Cornet, Vincent le Calvez, l’association « Collectif Artois 1914-1915 », et le Service Historique de Vincennes.

Références bibliographiques :

Livre d’or « La physique et la chimie au service de la patrie » aux éditions Poyet Frères, Paris 9e.

Historique du 149e R.I.. Editions Imprimerie Klein 1919.

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09 janvier 2010

Le Chemin des Dames et la Malmaison (1917).

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Extrait des souvenirs de Louis Cretin soldat musicien du 149e R.I..

Le Chemin des Dames et la Malmaison. Juin 1917...

La_Malmaison_1Un bataillon se trouve en ligne, un autre fait des travaux et le troisième est au repos. Relève tous les 8 jours. Jusqu’à la fin juin, la musique demeure à Ciry-Salsogne avec la C.H.R.. Répétitions et concerts. Le 21 juin 1917, nous montons jalonner puis faire une piste partant de l’entrée du village de Vailly-sur-Aisne passant par le bois Vervins et aboutissant à Aizy et à Jouy. Cela nous occupent jusqu’au 26.  Le 27 juin, repos à Ciry-Salsogne. Le 28, nous montons occuper des abris d’artillerie abandonnés au bois Vervins, et tous les jours nous faisons des travaux avec les compagnies, construction du long boyau du Sourd et des tranchées. Cela en plein jour, à 500 m des premières lignes, vu des Allemands qui occupent le fort de la Malmaison. Chaque jour, nous sommes bombardés, parfois même obligés d’abandonner le « boulot ». Le 3 juillet, nous descendons passer 8 jours de repos à Billy-sur-Aisne. Nous lâchons la pelle et reprenons l’instrument. Le 10 nous remontons à nouveau, même travail qu’au précédent séjour, seulement, cette fois le travail se fait de nuit. Cela, à cause de la proximité des lignes, trop visibles pour travailler de jour. De plus, il existe un avion allemand qui ne nous laisse aucun répit. Une fois le jour venu et à la tombée de la nuit, rasant les boyaux, les tranchées, les pistes, il mitraille quiconque se fait voir. On l’appelle Fantômas, du fait qu’il a beau être pourchassé canonné et fusillé et qu’il à l’air de ne pas s’en apercevoir. Il continue toujours ses exploits, paraissant invulnérable…

Le 15 juillet, relève et repos à Billy-sur-Aisne. Le 20, nous remontons, toujours en équipes de terrassiers. Le travail se fait de nuit. Le 22, nous avons beaucoup de blessés étant sérieusement bombardés pendant les travaux. Nous dormons de jours et de 22 h 00 au matin, « au boulot ». Le 28 juillet, repos à Billy-sur-Aisne. Le 29, je pars en permission. Je rentre le 12 août, le même jour, nous allons faire un concert à Soissons. Nous demeurons à Billy-sur-Aisne jusqu’au 20 août. A cette date, 12 musiciens montent comme brancardiers, 2 jours à la ferme le Panthéon, et eux jours en première ligne avec une compagnie qui doit faire un coup de main. Je suis du nombre. Tout se passe bien. Dans la nuit du 27 au 28 des coloniaux nous relèvent et nous allons à l’arrière. Départ en camions, cantonnement à Chouy à 12 km de Villers-Cotterêts. Le service musical reprend pendant les 12 jours que nous passons là. (Vacciné T.A.B., je suis malade pendant 3 jours). Le 11 août, je remonte en ligne. Les camions nous débarquent de nuit à Condé-sur-Aisne et 

La_Malmaison_2nous montons aux carrières Chantereine. Le soir, nous recommençons le travail d’aménagement du secteur. Mais cette fois nous travaillons avec le génie, à la construction de sapes et du P.C. « Conflans » au nord de Jouy. Nous allons chercher nos matériaux à Aizy. Nous sommes souvent obligés de nous jeter à terre car à la lueur des fusées, les mitrailleuses allemandes balayent le terrain. Le 23, l’autre moitié de la musique qui est restée à Sept-Monts, nous relève et nous prenons leur place. Le 28 août, le régiment descend et nous partons au repos à Norroy à 30 km. Nous y demeurons tout le mois de septembre. Au début d’octobre, une préparation d’artillerie est commencée en vue d’une attaque prochaine à laquelle le 21e C.A. doit participer. Mais le temps est mauvais, on dirait que c’est une fatalité. Chaque fois que nous montons une attaque, les éléments ont l’air de se liguer contre nous. Il pleut, il pleut ! Chaque jour nous attendons l’ordre de monter. Mais l’artillerie ne s’arrête pas et continue d’arroser le front d’attaque sous un marmitage terrible. Vrai, il ne doit pas faire bon d’être en ligne de l’autre côté. Qu’es-ce que les Allemands prennent comme dragées ! Le 17 octobre, l’ordre arrive enfin de monter. Le régiment doit attendre jusqu’au 23 octobre pour enfin s’élancer à l’attaque.

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La Malmaison.

Le 1er bataillon en première ligne, les deux autres suivent. Les brancardiers en seconde vague. Cette offensive fut un brillant succès et nos pertes légères à côté de Lorette en 1915 ; Encore faut-il dire que plus d’une fois, nos hommes subirent des pertes du fait La_Malmaison_3qu’ils se trouvaient sur le tir de notre propre artillerie. La progression se faisant trop vite d’après le plan établi. Le front allemand fut enlevé sur un front de 12 km sur 6 de profondeur. Nos troupes s’arrêtèrent à l’Ailette parce que tel étaient les ordres. Cette victoire rendit la confiance à nos poilus. Les tanks qui nous accompagnaient pour la première fois, firent du beau travail en réduisant les nids de mitrailleuses allemandes cachées dans les trous d’obus. La route de Maubeuge atteinte, le 1er bataillon passe en réserve et le 3e le remplace en première vague. Le deuxième objectif est atteint. Un des nôtres, un courageux brancardier Charles Fénoglio, reçoit un éclat d’obus en plein cœur. Le 2e bataillon s’occupe du nettoyage du terrain conquis et capture de nombreux prisonniers, du matériel en abondance et plusieurs batteries d’artillerie. Relève le 31 octobre, après avoir consolidé le terrain. Le régiment vient au repos aux environs de Montmirail. En récompense de notre brillante attaque au chemin des Dames, les hommes partent en permission de 12 jours en deux périodes. J’arrive chez moi le 7 novembre et trouve mon frère venu également en permission. Je quitte chez moi le 19 et je viens retrouver les camarades à leur cantonnement de la Celle, près de Montmirail, où nous restons jusqu’au 5 décembre, date à laquelle nous embarquons à Artonges dans la nuit. Nous passons à Château-Thierry, Langres et nous débarquons le 6 au soir à Génevreuille près de Lure dans la Haute-Saône. Nous cantonnons à Mollans pour y rester jusqu’au 10. Le 11,départ à pied, le soir nous sommes à  Abbenans. Le 12, nouvelle marche, dans l’après-midi nous arrivons à Isle-sur-le-Doubs. Le 13, à nouveau sac au dos, nous couchons à Mandeure où on nous fait bon accueil. Le 14 en route, nous arrivons à  Herimoncourt fatigués, mais l’accueil que nous recevons fait oublier notre peine. Tous les hommes logent chez l’habitant et couchent dans des lits. Nous reprenons nos concerts bien écoutés des civils. Nous sommes dans la région des usines Peugeot et Japy où beaucoup d’hommes sont mobilisés en usines. Nous passons une période de repos exceptionnelle, rien ne nous manque. Les compagnies vont faire des travaux de seconde ligne à la frontière Suisse. Le 26, nous changeons de cantonnement et venons à Seloncourt où nous sommes aussi bien et dans les mêmes conditions qu’à Hérimoncourt. A part le service de musique, nous ne faisons rien de pénible. L’entrainement des troupes et les travaux durent jusqu’au 17 janvier 1918, jour où nous quittons à regret notre logement. Nous étions chez de braves gens, soignés, couchés comme jamais nous avions été depuis le début de la guerre. Le 17, dans la soirée, nous embarquons en chemin de fer à Voujeaucourt près de Montbéliard. Le 18, nous passons à Belfort, Lure, Epinal où nous faisons un arrêt et jouons la « Madelon » sur le quai de la gare. Nous débarquons à la Chapelle-devant-Bruyères dans la soirée et nous allons cantonner à Corcieux dans les casernements du 31e B.C.P..

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Notes sur l’année 1917.

L’année écoulée fut pour tout le régiment la période la plus calme de toute la guerre. Les premiers mois occupés à l’instruction des hommes et du repos abondamment. On devait être l’armée de poursuite après la  grande offensive printanière… Mais les La_Malmaison_4évènements ne nous le permirent pas. Néanmoins, nous montons en secteur au chemin des Dames à la fin d’avril. Ce point du front pourtant assez agité ne paraît pas trop dur, habitué que nous étions à trouver plus mauvais. Longtemps nous demeurons dans ces parages, nous travaillons, nous organisons le terrain conquis pendant l’offensive d’avril. Finalement, le 23 octobre, notre attaque du 21e C.A., parfaitement préparée, valu au régiment un brillant succès facilement acquis ! Nous pouvons dire sans exagération que cette offensive fut la première que nous réussissions aussi bien depuis le début de la guerre, avec le minimum de perte. Seulement l’année s’était écoulée et les espoirs que nous possédions au début ne s’étaient pas réalisés. Après la magnifique résistance de l’armée française devant Verdun en 1916 et l’échec allemand, puis l’offensive Franco-britannique sur la Somme qui nous valut des succès appréciables et qui entrainera le repli volontaire des Allemands en Mars 1917 (Les Allemands n’étaient plus à Noyon), nous étions en droit d’espérer que 1917 verrait la fin de la tourmente. Les troupes entrainées pendant la période d’hiver étaient impatientes de rejeter l’ennemi en dehors de notre sol. Tous comptaient sur la G.O.P. pour nous donner la victoire. Cette attaque eut lieu… mais n’aboutit pas. Pourtant la valeur et le courage de nos troupes n’avaient pas faillit. Nous comprîmes que la faute devait venir du haut-lieu… gouvernement où haut-commandement, on ne savait au juste. Mais nous sentions qu’il y avait quelque chose de faussé dans la conduite des opérations. Les attaques partielles qui suivirent n’eurent La_Malmaison_5d’autres résultats que d’augmenter nos pertes. Allions-nous revoir la période des attaques meurtrières et stériles de l’année 1915 en Artois, en Alsace et en Argonne ? Des murmures commencèrent à courir parmi les combattants. On faisait bon marché du sang des poilus. Le moral des troupes s’affaiblit. Les hommes voulaient bien tenir mais ne plus faire d’attaques dans ces conditions. Cet état d’esprit étaient certainement connu des Allemands. On parlait de « paix blanche », sans vainqueurs ni vaincus et les propagateurs de ces nouvelles trouvaient des recrues parmi la population civile autant que parmi nous. Les empires centraux triomphaient, l’effondrement du front russe, la révolution à Petrograd et comme suite, les troupes roumaines obligées de capituler. Vraiment cela allait mal pour nous. Alors que nous espérions la victoire, c’était la défaite entrevue. Les Italiens n’étaient pas plus heureux, et à leur tour, faillirent être écrasés. Heureusement que par des repos fréquents et des permissions largement distribuées, on réussit à rendre confiance aux troupes du front. La campagne défaitiste n’avait pas réussit à prendre chez nous. Le « tigre » Clemenceau inspirait confiance. Aussi notre victoire de la Malmaison vint à point pour remonter le moral des poilus. Ils reprirent courage et l’on se prépara à passer un nouvel hiver de guerre.

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De nouveau je viens remercier D. Browarsky, T. de Chomereau et T. Cornet.

Références bibliographiques :

Souvenirs de Louis Cretin.

Historique du 149e R.I. Editions imprimerie Klein 1919. Version Illustrée.

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17 janvier 2010

Avant-guerre... Le Maître d'armes et les prévôts d'escrime.

                Escrime_149e

Ce sport d’élite, pratiqué par tous, n’est plus obligatoire pour l’homme de troupe, depuis la tombée de la circulaire  ministérielle du 15 février 1894. A partir de cette date, l’escrime devient facultative pour le fantassin et perd de son  prestige dans les casernes. Mais il reste l’escrime à la baïonnette. Cette dernière permet au soldat  de se familiariser avec cet objet redoutable. Elle lui donne plus de force physique, plus de confiance et de sang-froid devant la menace terrifiante d’une charge de cavalerie. Il est vrai que la puissance sans cesse croissante des armes à feu et de l’artillerie modifie considérablement la forme du combat et que l’abordage et le corps-à-corps deviennent de plus en plus improbables. L’escrime à la baïonnette n’en conserve pas moins une grande importance. Dans les surprises, dans les combats de nuit, elle reste l’arme par excellence. A ces divers titres elle doit être préconisée et dans son emploi et dans les exercices qui permettent d’en tirer le meilleur parti possible.

Le personnel enseignant l’escrime dans l’armée.

Comment s’opère le recrutement ? Dans la plupart des régiments, le maître d’armes n’intervient que pour la forme dans le choix des moniteurs d’escrime. Il demande par voie hiérarchique les hommes qu’il a distingués et qui lui paraissent remplir les conditions physiques ; Mais il est rare qu’il obtienne satisfaction. L’un a été désigné pour un emploi de tailleur, de cordonnier…, l’autre a été réservé comme sapeur, ordonnance, garçon de cantine, etc., etc., de sorte que le maître d’arme ne peut choisir que parmi les hommes laissés par les compagnies. Admis à l’école normale de Joinville, sur concours, ils devront y apprendre en deux années leur métier d’exécutant et de professeur.

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Extraits du règlement d’escrime (fleuret-épée-sabre) approuvé par le ministre de la guerre du 6 mars 1908.

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Escrime_essai_2Ce règlement diffère sensiblement dans l’esprit et dans la lettre, du manuel d’escrime de 1877. Ces différences résultent de l’évolution même, qui s’est produite dans l’art des armes comme dans toutes les manifestations de l’activité humaine…

Alors que le manuel de 1877, n’indiquait que des procédés d’exécution, le règlement nouveau s’attache à formuler des principes de combat, à indiquer la raison d’être tactique de chacun des coups, à réduire, par contre, au strict nécessaire la démonstration mécanique. Un texte, quelque complet qu’il soit, ne pouvant, à cet égard, remplacer l’enseignement pratique du professeur.

Il est divisé en trois parties : La première consacrée à l’escrime au fleuret, la deuxième à l’escrime à l’épée et la troisième à l’escrime au sabre.


Prescriptions relatives à la pratique de l’escrime dans l’armée.

L’enseignement de l’escrime de pointe est donné aux officiers de toutes armes. Il est obligatoire pour les lieutenants et sous-lieutenants.

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EscrimeDans les troupes à pied, il est également obligatoire pour les sous-officiers rengagés et pour les sous-officiers candidats aux Ecoles militaires (Les élèves admis aux grandes écoles, qui accomplissent une année de service dans les corps de troupe, aux conditions ordinaires des art. 23 et 26 de la loi du 21 mars 1905 sur le recrutement de l’armée,  sont autorisés à recevoir l’enseignement de l’escrime). Il est facultatif pour les autres sous-officiers. Dans chaque régiment, le lieutenant-colonel est chargé spécialement, sous la direction du chef de corps de la surveillance de l’enseignement de l’escrime. Dans les bataillons, escadrons et autres unités formant corps, cette surveillance est exercée par un officier désigné par le commandant de l’unité. Les commandants d’armes et les chefs de corps encourageront, par tous les moyens en leur pouvoir, la pratique des armes. Des assauts, ainsi que des poules à l’épée, seront donnés, tous les ans, dans chaque garnison. Les officiers de l’armée d’active, de la réserve et de la territoriale seront conviés à assister et à participer à ces réunions.

livre_escrimeDes récompenses pourront être décernées aux lauréats de ces concours. Un insigne spécial (brodé en or ou en argent sur la manche gauche) sera attribué chaque année aux sous-officiers, à raison de 2 insignes par régiment d’infanterie et de 1 par régiment de cavalerie, artillerie et bataillon ou escadron formant corps.

Les aptitudes aux différentes escrimes seront constatées par mention spéciale au dossier du personnel des officiers et au carnet de notes des sous-officiers rengagés.

Références bibliographiques :

« Fleurets rompus… » du  capitaine E. Coste. Editions Librairie R. Chapelot et cie.

« Règlement d’escrime (fleuret-épée-sabre), approuvé par le ministre de la guerre le 6 mars 1908. Editions Paris Imprimerie Nationale. 1912.

Pour en savoir plus…

« L’escrime et ses obligations nouvelles » du général Lewal. Editions P. Dentu. 1891

« Manuel d’escrime à la baïonnette » du capitaine Gaston. Editions Berger-Levrault. 80 pages. 1910.

« Escrime de combat à la baïonnette » du  capitaine Laur. Editions Paris Lavauzelle. 44 pages. 1912.« Petit traité d’escrime à la baïonnette » d’Adolphe Corthey. 1892.

A voir également sur le blog de Bernard Labarbe « 57e Régiment d’Infanterie en 1914 »,  quelques belles photos sur le sujet. (Elles se trouvent dans « la galerie photos du 57»).

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23 janvier 2010

Soldat Louis Meunier (1894-1915)

                Louis_Meunier

 Louis Meunier est né à Chalon-sur-Saône le 11 mai 1894. Il est élève à l’école professionnelle de Chalon-sur-Saône.  Il entre ensuite à l’école normale d’instituteurs de Mâcon. Louis Meunier exerce sa profession à Lunéville. Soldat à  la 8e compagnie du 149e R.I.,  il décède à Aix-Noulette (Pas-de-Calais) le 10 mai 1915, à 9 h 00 par suite de coup de feu au combat.

Citation (Décernée lors de l’attribution de la médaille militaire) :

« Soldat plein de courage et d’entrain ; est tombé, le 10 mai 1915, devant Noulette.



Références bibliographiques :

Livre d’or de l’école professionnelle de Chalon-sur-Sâone. Editions Imprimerie Générale Administrative de Chalon-sur-Sâone.

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29 janvier 2010

Champagne (juin-juillet 1918).

                        Carte_Souain

                  Legende_carte_Souain_1918

Nouvel extrait des souvenirs de Louis Cretin, soldat musicien au 149e R.I.

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De  nouveau un très grand merci à D. Browarsky  pour le témoignage de Louis Cretin.

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"Le 8 juin 1918, le régiment vient débarquer aux environs de Châlons-sur-Marne. Le 18, il montait en ligne en Champagne « au trou Bricot ». C’est là que je viens le retrouver après ma convalescence.

Le 17 juin, je quittais Saint-Maurice et partais pour me faire équiper au Bourget. De là, on me renvoie sur Connantre-en-Champagne. PC_HamonJe rejoins le centre d’instruction divisionnaire à Cuperly. Arrivé à la 4e compagnie du C.I.D., je fais ma demande de réintégration à la musique où ma place était demeurée vacante. En attentant, je fais de l’exercice, gymnastique Hébert, lancement de grenades, tirs, mouvements d’armes, avec lesquels je n’étais plus familiarisé. Je l’avoue, cela ne me sourit pas beaucoup. C’est avec une réelle satisfaction que le général Michel commandant la 43e D.I., me fait donner l’ordre de rentrer à la C.H.R. du 149e R.I.. Je rejoins les copains le 26 juin 1918. Le 27, je reprends possession de mon piston et abandonne mon fusil sans déplaisir. Le 28, je monte aux tranchées, la musique travaille de jour et de nuit, cela dépend des lieux. Nous posons des réseaux de fil de fer barbelés et nous aménageons la seconde ligne pourtant déjà fortement organisée. Ce travail dure jusqu’au 8 juillet. Ensuite, c’est aux pistes que nous sommes occupés, puis les dépôts de matériel sont complétés. Nous travaillons fiévreusement. Le secteur est très calme, tellement calme que cela nous surprend. Nous ne nous faisons pas d’illusions, c’est le calme avant la tempête, d’ailleurs nous sommes prévenus que prochainement nous allons avoir une grosse attaque à repousser. Tout le monde dans le régiment se prépare et nous attendons le moment avec confiance. Nous sommes sûrs qu’ils ne passeront pas. Un coup de main fait par nous le 12 juillet, et les deux prisonniers allemands amenés au P.C. Hamon où se trouve notre colonel confirment que sous peu, nous allons avoir à subir une attaque (la dernière, disent-ils) qui doit être décisive. Nous devons être écrasés, du moins ils l’affirment. Le 14 juillet arrive. Dans la soirée, notre artillerie commence un feu violent sur les tranchées et batteries allemandes. Rien ne riposte, mais subitement, vers minuit, alors que nous sommeillons dans nos abris, un vacarme effroyable nous réveille. Un marmitage pire qu’à Verdun, si on peut dire, nous fait tressauter dans nos cagnas, comme si nous étions en train de danser. Les obus tombent comme grêle, les gaz pénètrent dans nos abris, nous mettons la cagoule en attendant l’obus qui nous mettra en marmelade. Je suis avec un nommé Augustin Rémy (actuellement cultivateur à Pouxeux dans les Vosges) dans un abri très petit. Cet abri  de quelques mètres carrés, pas très solide, un 105 aurait pu crever la voûte de rondins et les quelques centimètres de terre au dessus. Impossible d’aller ailleurs tant le bombardement est violent… On recommande son âme à Dieu et nous attendons. Le marmitage dure toute la nuit. A l’aube du 15 le tir s’allonge pendant que les vagues d’assauts  déferlent sur nos premières lignes, mais ne trouve que quelques hommes. Les tranchées sont vides de défenseurs croyant nous avoir anéantis, ils avancent confiants dans leur victoire. Mais à la deuxième ligne, celle que nous avions aménagée depuis 3 semaines, nos mitrailleuses entrent en action. Nos canons contre tanks démolissent leurs chars d’assaut et piétinent sur place. Ils se font massacrer  pour finalement se jeter dans nos tranchées abandonnées et ne peuvent déboucher. Sitôt que le bombardement avait cessé, nous étions sortis de nos abris afin de former nos équipes. Mais un douloureux spectacle s’offrit à nos yeux. Partout le sol était labouré, retourné dans tous les sens. C’était un miracle, que où j’étais, je n’ai pas subi le même sort ; Tout autour, c’était la Trou_Bricotdévastation. Devant notre « cagna », deux corps étaient allongés, surpris comme nous, ils avaient voulu gagner un abri plus solide situé à quelques mètres de là, mais une rafale les avait fauchés dans leurs bonds. Nous nous rassemblons sous les ordres de notre sergent Arnould et nous nous comptons. Douze hommes manquent à l’appel. C’était la première fois depuis le début de la campagne que nous avions autant de pertes en si peu de temps. Plusieurs marmites avaient détruit les abris occupés par la musique. Sept étaient tués et cinq étaient grièvement blessés. Cela portait le total de nos pertes à 28 hommes sur 38 depuis le début. De plus, un autre (du nom de Villemin) qui était parti la veille pour conduire des matériaux en ligne n’était pas revenu, prisonnier des Allemands. Nous formons 8 équipes avec les hommes qui restent et immédiatement, nous nous remettons au travail. Nous nous dirigeons sur le P.C. Hamon où se trouvent le colonel et le médecin-chef. La distance qui nous sépare du poste de commandement est environ de 500 m. Elle est jalonnée de débris de toutes sortes. Après les instructions de notre major, nous allons dans les différents secteurs tenus par le régiment. Le jour est venu, les boyaux sont impraticables. Nous passons à découvert, souvent les mitrailleuses allemandes nous obligent à nous « planquer ». Après plusieurs trajets en lignes, nous retournions faire un autre voyage. Je faisais équipe avec Rèches, Rémy et Davillers quand au moment où nous longions un dépôt de matériel, le sifflement bien connu d’une arrivée d’obus se fait entendre. Je n’ai pas le temps de me jeter dans le boyau tout proche. L’éclatement de 4 marmites se produit au milieu du dépôt. Les piquets, les planches, les rouleaux de fil de fer voltigent de tous les côtés. Je reçois un morceau de bois qui me fait l’impression de me faucher la jambe en criant à mes camarades « touché ». Ceci se passa plus vite que je ne le raconte, quelques secondes. La souffrance que je ressens est grande. Immédiatement, mes camarades accourent, me palpent… Point de sang, mais j’ai la jambe droite fracturée à la partie moyenne (tibia et péroné) en me portant au poste de secours, nous sommes obligés de nous arrêter dans un bout de boyau. Des escadrilles d’avions survolent le terrain et mitraillent à faible hauteur. Si l’un ou l’autre avait été abattu, il nous serait tombé dessus ! Au poste de secours, ils arrangent ma jambe provisoirement  et une auto sanitaire m’amène peu de temps après. En route le brancard casse… Nouvelle souffrance, aussi cruelle qu’au moment de ma chute. L’auto s’arrête à l’H.O.E. d’Ove, près de Lacroix-en-Champagne."

 

Références bibliographiques :

Souvenirs de Louis Cretin.

Historique du 149e R.I. Editions imprimerie Klein 1919. Version illustrée.

« Les étapes de guerre d’une division d’infanterie, 13e division ». Lieutenant-colonel Laure. Editions Paris Berger-Levrault. 1928.

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Marius Dubiez (1892-1958).

              Marius_Dubiez

 Mes remerciements les plus cordiaux à P. Blateyron pour les photos et les documents du parcours de son grand-père au 149e R.I..

Marius Dubiez est né le 4 octobre 1892 dans le petit village de le Pasquier, situé sur le canton de Champagnole dans le département du Jura. Fils de Ferdinand Dubiez et de Marie Jacques. Il se marie après la guerre en 1921 avec Rose Bourgeois. Toute sa vie, il exerça la profession de cultivateur dans la région d'où il est originaire. Il est incorporé avec la classe 1912 au 149e  R.I. sous le numéro matricule 1079. 

Après avoir fait les premiers combats dans une compagnie d'infanterie, il sera affecté par la suite  dans une compagnie de mitrailleuses, celle du 1er  bataillon du 149e régiment d’infanterie (date qui nous est inconnue). Il terminera la guerre avec le grade de caporal.

 

 

              Marius_Dubiez__compagnie_de_mitrailleuses

 

 

Suite à cette terrible guerre, il dira souvent à ses descendants « J’espère que vous ne connaîtrez jamais cela ! ». Phrase simple, d’une grande sagesse… qu’il n’en déplaise à ceux qui disent parfois  « Il leur faudrait une bonne guerre pour… » Lorsqu’il évoquait ses souvenirs, il racontait souvent les journées où il avait beaucoup neigé et que les hommes se réveillaient couverts  d’un manteau neigeux en laissant comme une empreinte sur le sol blanc.  Il croyait voir les morts se relever ! Il gardera longtemps en mémoire le souvenir d'une attaque canadienne qui se déroulera  à quelques encablures de sa tranchée, où il les verra « tomber comme des mouches par gros paquets » et encore ce moment où un jour en enterrant des hommes dans une fosse commune il fit tomber son casque et que, pour le récupérer, il devra descendre et marcher sur les corps. De quoi hanter bien des nuits !

Il obtient 3 citations sur sa croix de guerre : Une à l’ordre du régiment, une autre à l’ordre de la division et une dernière à l’ordre du corps d’armée. Il sera également décoré de la médaille militaire.

 

Citation à l’ordre du régiment :

« Le lieutenant-colonel Boigues commandant le 149e R.I. cite à l’ordre du régiment le soldat de 2e classe Marius Dubiez n° matricule 7152. Motif de la citation : « Excellent mitrailleur au front depuis le début de la guerre, à toujours fait preuve d’un sang froid remarquable, particulièrement au cours de l’attaque du 23 octobre 1917. »

 

Citation à l’ordre du corps d’armée :

Le général Paulin, commandant le 21e C.A., cite à l’ordre du corps d’armée le soldat de 2e classe Marius Dubiez n° matricule 7132. Motif de la citation : « Mitrailleur d’élite, superbe de courage de sang froid et d’abnégation, s’est particulièrement distingué dans les journées des 26, 27 et 28 septembre 1918 et les 1er , 3 et 4 octobre 1918, infligeant des pertes à l’ennemi et faisant des prisonniers. »

Lors de l’attaque allemande du 15 au 18 juillet 1918, il verra la mort de très près, tellement près qu’il pensait ne pas s’en sortir…

 

Citation_Marius_Dubiez citation à l’ordre de la division :

«  Mitrailleur d’élite, placé en avant avec une compagnie d’infanterie, ayant une mission de sacrifice, a résisté avec sa pièce jusqu’à la dernière extrémité, infligeant de grandes pertes  à l’ennemi. Entouré de toutes parts, a réussi  à se dégager, après avoir combattu contre un char d’assaut. Au prix de grandes difficultés. Il est venu se mettre à disposition d’un officier mitrailleur, sur la parallèle principale, où il a continué à combattre sous un très violent bombardement, protégeant ainsi le flanc droit des éléments avancés du bataillon »

Il est renvoyé dans ses foyers le 15 juillet 1919.

Marius Dubiez décédera le 12 août 1958.

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