23 décembre 2009

Témoignage de Louis Cretin : Alsace (1917).

                  Alsace_Sergent_Biehler

Nouvel extrait des souvenirs de Louis Cretin soldat musicien au 149e R.I.

En Alsace 1917…

Le 14 janvier 1917, je quitte l’H.O.E. de Bussang et je viens retrouver le régiment et les copains qui sont cantonnés à Arpenans, situé à une douzaine de kilomètres de Lure (Haute-Saône). La fin du mois se passe à cet endroit. Il fait très froid.  Le pain est gelé, le pinard aussi. Les pistons d’instruments également. Il faut constamment souffler dedans pour pouvoir jouer, surtout les matins au réveil en musique. Le 1er février  à 6 h 00, nous partons à pied pour aller cantonner à Ronchamp. Le lendemain matin, nous remettons le sac au dos et de nouveau en route. Il fait un froid de Sibérie,  - 21 degrés, les glaçons pendent à la moustache et la marche est pénible en raison de la route gelée. Les chevaux glissent, les voitures restent en panne, les bidons sont des morceaux de glace intérieurement. Vers midi, nous atteignons un faubourg de Belfort, c’est la grande Halte mais sans manger,  la roulante n’est pas arrivée. Ensuite nous défilons dans la ville. Le soir nous atteignons Chèvremont complètement éreintés (bon accueil des habitants).

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Le 3 février, nouvelle marche. Nous traversons Suarce, et à 16 h 00, nous passons la frontière où nous faisons défiler le régiment à une cadence ralentie en raison du verglas. Le soir nous cantonnons à Friésen, un village de la Haute-Alsace occupé par nos troupes depuis le début de la guerre. Pendant ces trois jours de marche, nous avons fait environ 100 km. Du 4 au 24 février, les compagnies vont faire des travaux de seconde ligne à Largitzen et dans les environs de Seppois. Nous, nous faisons nos répétitions journalières. Le 25 février, un nouveau chef de musique arrive pour remplacer Monsieur Porte l’ancien évacué dans la Somme. Jusqu’au 18 mars, rien de particulier à signaler. Le 19 mars, nous partons à pied de Friésen. Nous passons l’ancienne frontière et le soir nous cantonnons à Jonchery. Le 21 mars, nouveau déplacement, mais de nuit. Nous traversons Delle, puis longeons la frontière Suisse. Garden_PartyLe matin du 22 mars, nous sommes en vue de Montbéliard et couchons à Sainte-Marie, 10 km plus loin. Cette étape fut longue de 40 km, en arrivant, nous étions fatigués, néanmoins nous faisons concert. Le lendemain, nous remettons cela, l’entrainement devient sérieux, nous sommes las de marcher, de plus la route est défoncée, il neige. Après une vingtaine de kilomètres, nous atteignons Villersexel où nous y demeurons jusqu’au 7 avril. Pendant que les compagnies sont à l’entrainement et « bouffent » de l’exercice sans arrêt, nous ne chômons pas non plus. Répétitions, concerts, défilés, théâtres. Les jours passent sans avoir le temps long. Le 7 avril, départ pour aller à Arcey. Le 8, départ d’Arcey pour Exincourt. Le 9, jour de Pâques, nous allons faire concert à Montbéliard (la foule nous fait un magnifique succès). Le 10 nous quittons Exincourt et nous arrivons à Granvillars, où nous restons le 11. Des bruits de départ circulent. Le 12, dans la nuit, des ordres d’embarquement arrivent. Nous prenons le train à Montbéliard. Nous passons à Belfort, Lure, Aillevillers, Epinal (où nous descendons pour exécuter deux pas redoublés sur le quai de la gare. C’était notre ville de garnison). Nous continuons le trajet par Darnieulles, Mirecourt, Neufchâteau, Gondrecourt, Bar-le-Duc, Vitry-le-François, Sézanne, Esternay. Montmirail pour débarquer à Artonges. Nous allons cantonner à Viffort, nous y restons le 15. Le 16, départ pour Chezy-sur-Marne. Le 17, repos.

Th_atre_du_149e_RLe  18 départ pour Viels-Maisons où nous y restons jusqu’au 23. Le 24 nous le quittons, nous traversons Nogent-l’Artaud et Charly (quatre kilomètres au pas cadencé en jouant sans arrêt et le soir nous sommes à Bourèches. Repos jusqu’au 27. Le 28, cantonnement à  Belleau, je vais demander au chef ma permission de détente à laquelle j’ai droit. Il me l’accorde non sans peine. Je veux arriver chez nous avant le départ de mon frère (classe 1918) qui doit quitter le 1er mai pour se rendre à son dépôt.

 J’arrive avant son départ, lui fait quelques recommandations, et les larmes aux yeux, je quitte à mon tour ma mère et ma sœur laissées seules. Le 12 mai pour aller retrouver le régiment demeuré à Belleau. Nous y restons jusqu’au 18 où nous allons à Oulchy-Breny. Le 19 à Murrey. Les 20 et 21, repos. Dans le lointain, le canon gronde sans arrêt. Le 22 on vient cantonner à  Ciry-Salsogne. Les bataillons montent successivement organiser le terrain conquis par notre offensive du mois d’avril.

Références bibliographiques :

 Souvenirs de Louis Cretin au 149e R.I..

 

Historique du 149e R.I. Editions imprimerie Klein 1919.

 

 Un grand merci à J. Baptiste, D. Browarsky, à A. Chaupin, à T. de Chomereau et T. Cornet.

 

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01 janvier 2010

Aspirant Yves Charvéron (1894-1915).

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Yves Charvéron est né à Paris le 19 janvier 1894. Il fit ses premières études au collège Chaptal et fut reçu à l’école de Physique et de chimie industrielles de Paris au concours d’entrée de 1913.

A l’appel de sa classe, en décembre 1914, il quitta l’école pour le régiment. Nommé Aspirant au 149e R.I, après plusieurs mois de cours à Langres. Il partit pour le front d’Artois à la fin de mars 1915. Blessé deux fois en juin, sa seconde blessure le fit évacuer sur Fougères. Après sa guérison et un congé de convalescence de quelques semaines, il rejoignit son dépôt au début d’août. Au lieu d’attendre son tour de départ, il se fit inscrire comme volontaire et repartit aussitôt pour le front. Sa nouvelle compagnie se trouvant au repos, il demanda et obtint de reprendre le commandement de son ancienne section, à ce moment en première ligne entre Angres et Souchez. C’est à la tête de cette section que, le 26 septembre 1915, il partit à l’assaut des lignes allemandes et fut blessé par un éclat d’obus. Malgré sa blessure, il n’en continua pas moins à avancer avec ses hommes, et c’est quelques heures après qu’il dut trouver la mort dans un long et meurtrier corps à corps. Le 2 décembre suivant, une patrouille le retrouva dans le bois en Hache, gisant auprès d’un officier allemand tué au cours de la même attaque, et c’est grâce à son révolver que notre camarade put être reconnu. D’un courage au-dessus de tout éloge, le premier à l’attaque, s’offrant même à accomplir les missions les plus périlleuses, il a laissé à tous ceux qui l’ont connu, tant à l’école qu’au régiment, le souvenir d’un ami dévoué. Sa brillante conduite lui valut la citation suivante :

 

Citation à l’ordre de la division :

Yves Charvéron, aspirant à la 11e compagnie du 149e R.I..

«  Le 26 septembre 1915, devant Angres, a brillamment entraîné sa section à l’assaut, sous une canonnade violente et des feux de mitrailleuses ; blessé par un éclat d’obus au cours de cet assaut. Sous-officier possédant des qualités militaires remarquables, déjà blessé au cours de la campagne. »

 

                Carte_11e_compagnie_26_sept_1915

 

                d_placement_11e_compagnie

      

25 septembre 1915:

Le 149e R.I. venant de la fosse 10 est en place dans le secteur à 4 h 00. La pluie qui tombait depuis 2 jours avait transformé les boyaux en véritables cloaques d’où une dépense de forces beaucoup plus importante pour gagner les emplacements. En y arrivant, les hommes étaient trempés jusqu’aux os. Il faut signaler que tous les hommes du 149e R.I. n’avaient pas reçu leurs casques et que plus de la moitié d’entre eux n’avait encore que le képi.

Rapprochons nous un peu plus  de la 11e compagnie.

Elle quitte la tranchée en V à 12 h 35 pour prendre le chemin du boyau Helmer jusqu’à l’intersection avec le boyau Goiran, pour poursuivre dans la direction de f7. Vers 14 h 00 le lieutenant Prenez prend la tête de sa compagnie et l’engage dans le boyau Coquelet. Bloquée dans le boyau par une autre compagnie elle arrive cependant sur sa position vers 17 h 00, sur l’emplacement de la  tranchée allemande nouvellement conquise. Elle améliore et organise cette position qui se trouve un peu en avant de la tranchée allemande en g11, g12 et g13.

 

26 septembre 1915 :

Le 3e bataillon est chargé d’attaquer le bois en Hache, sa gauche devra suivre la direction g11, g7 et e13. L’attaque s’est déclenchée à l’heure fixée à 13 h 10. La tranchée améliorée la veille est occupée par la 11e compagnie ayant à sa droite un peloton du 31e B.C.P.. Cette compagnie conduite par le lieutenant Prenez, se porte à l’attaque. Elle occupera  g15 pour ensuite arriver aux abords de g7.

 

Je remercie Thierry Cornet, Vincent le Calvez, l’association « Collectif Artois 1914-1915 », et le Service Historique de Vincennes.

Références bibliographiques :

Livre d’or « La physique et la chimie au service de la patrie » aux éditions Poyet Frères, Paris 9e.

Historique du 149e R.I.. Editions Imprimerie Klein 1919.

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17 janvier 2010

Avant-guerre... Le Maître d'armes et les prévôts d'escrime.

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Ce sport d’élite, pratiqué par tous, n’est plus obligatoire pour l’homme de troupe, depuis la tombée de la circulaire  ministérielle du 15 février 1894. A partir de cette date, l’escrime devient facultative pour le fantassin et perd de son  prestige dans les casernes. Mais il reste l’escrime à la baïonnette. Cette dernière permet au soldat  de se familiariser avec cet objet redoutable. Elle lui donne plus de force physique, plus de confiance et de sang-froid devant la menace terrifiante d’une charge de cavalerie. Il est vrai que la puissance sans cesse croissante des armes à feu et de l’artillerie modifie considérablement la forme du combat et que l’abordage et le corps-à-corps deviennent de plus en plus improbables. L’escrime à la baïonnette n’en conserve pas moins une grande importance. Dans les surprises, dans les combats de nuit, elle reste l’arme par excellence. A ces divers titres elle doit être préconisée et dans son emploi et dans les exercices qui permettent d’en tirer le meilleur parti possible.

Le personnel enseignant l’escrime dans l’armée.

Comment s’opère le recrutement ? Dans la plupart des régiments, le maître d’armes n’intervient que pour la forme dans le choix des moniteurs d’escrime. Il demande par voie hiérarchique les hommes qu’il a distingués et qui lui paraissent remplir les conditions physiques ; Mais il est rare qu’il obtienne satisfaction. L’un a été désigné pour un emploi de tailleur, de cordonnier…, l’autre a été réservé comme sapeur, ordonnance, garçon de cantine, etc., etc., de sorte que le maître d’arme ne peut choisir que parmi les hommes laissés par les compagnies. Admis à l’école normale de Joinville, sur concours, ils devront y apprendre en deux années leur métier d’exécutant et de professeur.

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Extraits du règlement d’escrime (fleuret-épée-sabre) approuvé par le ministre de la guerre du 6 mars 1908.

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Escrime_essai_2Ce règlement diffère sensiblement dans l’esprit et dans la lettre, du manuel d’escrime de 1877. Ces différences résultent de l’évolution même, qui s’est produite dans l’art des armes comme dans toutes les manifestations de l’activité humaine…

Alors que le manuel de 1877, n’indiquait que des procédés d’exécution, le règlement nouveau s’attache à formuler des principes de combat, à indiquer la raison d’être tactique de chacun des coups, à réduire, par contre, au strict nécessaire la démonstration mécanique. Un texte, quelque complet qu’il soit, ne pouvant, à cet égard, remplacer l’enseignement pratique du professeur.

Il est divisé en trois parties : La première consacrée à l’escrime au fleuret, la deuxième à l’escrime à l’épée et la troisième à l’escrime au sabre.


Prescriptions relatives à la pratique de l’escrime dans l’armée.

L’enseignement de l’escrime de pointe est donné aux officiers de toutes armes. Il est obligatoire pour les lieutenants et sous-lieutenants.

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EscrimeDans les troupes à pied, il est également obligatoire pour les sous-officiers rengagés et pour les sous-officiers candidats aux Ecoles militaires (Les élèves admis aux grandes écoles, qui accomplissent une année de service dans les corps de troupe, aux conditions ordinaires des art. 23 et 26 de la loi du 21 mars 1905 sur le recrutement de l’armée,  sont autorisés à recevoir l’enseignement de l’escrime). Il est facultatif pour les autres sous-officiers. Dans chaque régiment, le lieutenant-colonel est chargé spécialement, sous la direction du chef de corps de la surveillance de l’enseignement de l’escrime. Dans les bataillons, escadrons et autres unités formant corps, cette surveillance est exercée par un officier désigné par le commandant de l’unité. Les commandants d’armes et les chefs de corps encourageront, par tous les moyens en leur pouvoir, la pratique des armes. Des assauts, ainsi que des poules à l’épée, seront donnés, tous les ans, dans chaque garnison. Les officiers de l’armée d’active, de la réserve et de la territoriale seront conviés à assister et à participer à ces réunions.

livre_escrimeDes récompenses pourront être décernées aux lauréats de ces concours. Un insigne spécial (brodé en or ou en argent sur la manche gauche) sera attribué chaque année aux sous-officiers, à raison de 2 insignes par régiment d’infanterie et de 1 par régiment de cavalerie, artillerie et bataillon ou escadron formant corps.

Les aptitudes aux différentes escrimes seront constatées par mention spéciale au dossier du personnel des officiers et au carnet de notes des sous-officiers rengagés.

Références bibliographiques :

« Fleurets rompus… » du  capitaine E. Coste. Editions Librairie R. Chapelot et cie.

« Règlement d’escrime (fleuret-épée-sabre), approuvé par le ministre de la guerre le 6 mars 1908. Editions Paris Imprimerie Nationale. 1912.

Pour en savoir plus…

« L’escrime et ses obligations nouvelles » du général Lewal. Editions P. Dentu. 1891

« Manuel d’escrime à la baïonnette » du capitaine Gaston. Editions Berger-Levrault. 80 pages. 1910.

« Escrime de combat à la baïonnette » du  capitaine Laur. Editions Paris Lavauzelle. 44 pages. 1912.« Petit traité d’escrime à la baïonnette » d’Adolphe Corthey. 1892.

A voir également sur le blog de Bernard Labarbe « 57e Régiment d’Infanterie en 1914 »,  quelques belles photos sur le sujet. (Elles se trouvent dans « la galerie photos du 57»).

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23 janvier 2010

Soldat Louis Meunier (1894-1915)

                Louis_Meunier

 Louis Meunier est né à Chalon-sur-Saône le 11 mai 1894. Il est élève à l’école professionnelle de Chalon-sur-Saône.  Il entre ensuite à l’école normale d’instituteurs de Mâcon. Louis Meunier exerce sa profession à Lunéville. Soldat à  la 8e compagnie du 149e R.I.,  il décède à Aix-Noulette (Pas-de-Calais) le 10 mai 1915, à 9 h 00 par suite de coup de feu au combat.

Citation (Décernée lors de l’attribution de la médaille militaire) :

« Soldat plein de courage et d’entrain ; est tombé, le 10 mai 1915, devant Noulette.



Références bibliographiques :

Livre d’or de l’école professionnelle de Chalon-sur-Sâone. Editions Imprimerie Générale Administrative de Chalon-sur-Sâone.

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29 janvier 2010

Témoignage de Louis Cretin : Champagne (juin-juillet 1918).

                        Carte_Souain

                  Legende_carte_Souain_1918

Nouvel extrait des souvenirs de Louis Cretin, soldat musicien au 149e R.I.

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De  nouveau un très grand merci à D. Browarsky  pour le témoignage de Louis Cretin.

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"Le 8 juin 1918, le régiment vient débarquer aux environs de Châlons-sur-Marne. Le 18, il montait en ligne en Champagne « au trou Bricot ». C’est là que je viens le retrouver après ma convalescence.

Le 17 juin, je quittais Saint-Maurice et partais pour me faire équiper au Bourget. De là, on me renvoie sur Connantre-en-Champagne. PC_HamonJe rejoins le centre d’instruction divisionnaire à Cuperly. Arrivé à la 4e compagnie du C.I.D., je fais ma demande de réintégration à la musique où ma place était demeurée vacante. En attentant, je fais de l’exercice, gymnastique Hébert, lancement de grenades, tirs, mouvements d’armes, avec lesquels je n’étais plus familiarisé. Je l’avoue, cela ne me sourit pas beaucoup. C’est avec une réelle satisfaction que le général Michel commandant la 43e D.I., me fait donner l’ordre de rentrer à la C.H.R. du 149e R.I.. Je rejoins les copains le 26 juin 1918. Le 27, je reprends possession de mon piston et abandonne mon fusil sans déplaisir. Le 28, je monte aux tranchées, la musique travaille de jour et de nuit, cela dépend des lieux. Nous posons des réseaux de fil de fer barbelés et nous aménageons la seconde ligne pourtant déjà fortement organisée. Ce travail dure jusqu’au 8 juillet. Ensuite, c’est aux pistes que nous sommes occupés, puis les dépôts de matériel sont complétés. Nous travaillons fiévreusement. Le secteur est très calme, tellement calme que cela nous surprend. Nous ne nous faisons pas d’illusions, c’est le calme avant la tempête, d’ailleurs nous sommes prévenus que prochainement nous allons avoir une grosse attaque à repousser. Tout le monde dans le régiment se prépare et nous attendons le moment avec confiance. Nous sommes sûrs qu’ils ne passeront pas. Un coup de main fait par nous le 12 juillet, et les deux prisonniers allemands amenés au P.C. Hamon où se trouve notre colonel confirment que sous peu, nous allons avoir à subir une attaque (la dernière, disent-ils) qui doit être décisive. Nous devons être écrasés, du moins ils l’affirment. Le 14 juillet arrive. Dans la soirée, notre artillerie commence un feu violent sur les tranchées et batteries allemandes. Rien ne riposte, mais subitement, vers minuit, alors que nous sommeillons dans nos abris, un vacarme effroyable nous réveille. Un marmitage pire qu’à Verdun, si on peut dire, nous fait tressauter dans nos cagnas, comme si nous étions en train de danser. Les obus tombent comme grêle, les gaz pénètrent dans nos abris, nous mettons la cagoule en attendant l’obus qui nous mettra en marmelade. Je suis avec un nommé Augustin Rémy (actuellement cultivateur à Pouxeux dans les Vosges) dans un abri très petit. Cet abri  de quelques mètres carrés, pas très solide, un 105 aurait pu crever la voûte de rondins et les quelques centimètres de terre au dessus. Impossible d’aller ailleurs tant le bombardement est violent… On recommande son âme à Dieu et nous attendons. Le marmitage dure toute la nuit. A l’aube du 15 le tir s’allonge pendant que les vagues d’assauts  déferlent sur nos premières lignes, mais ne trouve que quelques hommes. Les tranchées sont vides de défenseurs croyant nous avoir anéantis, ils avancent confiants dans leur victoire. Mais à la deuxième ligne, celle que nous avions aménagée depuis 3 semaines, nos mitrailleuses entrent en action. Nos canons contre tanks démolissent leurs chars d’assaut et piétinent sur place. Ils se font massacrer  pour finalement se jeter dans nos tranchées abandonnées et ne peuvent déboucher. Sitôt que le bombardement avait cessé, nous étions sortis de nos abris afin de former nos équipes. Mais un douloureux spectacle s’offrit à nos yeux. Partout le sol était labouré, retourné dans tous les sens. C’était un miracle, que où j’étais, je n’ai pas subi le même sort ; Tout autour, c’était la Trou_Bricotdévastation. Devant notre « cagna », deux corps étaient allongés, surpris comme nous, ils avaient voulu gagner un abri plus solide situé à quelques mètres de là, mais une rafale les avait fauchés dans leurs bonds. Nous nous rassemblons sous les ordres de notre sergent Arnould et nous nous comptons. Douze hommes manquent à l’appel. C’était la première fois depuis le début de la campagne que nous avions autant de pertes en si peu de temps. Plusieurs marmites avaient détruit les abris occupés par la musique. Sept étaient tués et cinq étaient grièvement blessés. Cela portait le total de nos pertes à 28 hommes sur 38 depuis le début. De plus, un autre (du nom de Villemin) qui était parti la veille pour conduire des matériaux en ligne n’était pas revenu, prisonnier des Allemands. Nous formons 8 équipes avec les hommes qui restent et immédiatement, nous nous remettons au travail. Nous nous dirigeons sur le P.C. Hamon où se trouvent le colonel et le médecin-chef. La distance qui nous sépare du poste de commandement est environ de 500 m. Elle est jalonnée de débris de toutes sortes. Après les instructions de notre major, nous allons dans les différents secteurs tenus par le régiment. Le jour est venu, les boyaux sont impraticables. Nous passons à découvert, souvent les mitrailleuses allemandes nous obligent à nous « planquer ». Après plusieurs trajets en lignes, nous retournions faire un autre voyage. Je faisais équipe avec Rèches, Rémy et Davillers quand au moment où nous longions un dépôt de matériel, le sifflement bien connu d’une arrivée d’obus se fait entendre. Je n’ai pas le temps de me jeter dans le boyau tout proche. L’éclatement de 4 marmites se produit au milieu du dépôt. Les piquets, les planches, les rouleaux de fil de fer voltigent de tous les côtés. Je reçois un morceau de bois qui me fait l’impression de me faucher la jambe en criant à mes camarades « touché ». Ceci se passa plus vite que je ne le raconte, quelques secondes. La souffrance que je ressens est grande. Immédiatement, mes camarades accourent, me palpent… Point de sang, mais j’ai la jambe droite fracturée à la partie moyenne (tibia et péroné) en me portant au poste de secours, nous sommes obligés de nous arrêter dans un bout de boyau. Des escadrilles d’avions survolent le terrain et mitraillent à faible hauteur. Si l’un ou l’autre avait été abattu, il nous serait tombé dessus ! Au poste de secours, ils arrangent ma jambe provisoirement  et une auto sanitaire m’amène peu de temps après. En route le brancard casse… Nouvelle souffrance, aussi cruelle qu’au moment de ma chute. L’auto s’arrête à l’H.O.E. d’Ove, près de Lacroix-en-Champagne."

 

Références bibliographiques :

 

Souvenirs de Louis Cretin.

Historique du 149e R.I. Editions imprimerie Klein 1919. Version illustrée.

« Les étapes de guerre d’une division d’infanterie, 13e division ». Lieutenant-colonel Laure. Editions Paris Berger-Levrault. 1928.

 

Un grand merci à M. Bordes, à  D. Browarsky, à A. Chaupin et à T. Cornet.

 

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Marius Dubiez (1892-1958).

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 Mes remerciements les plus cordiaux à P. Blateyron pour les photos et les documents du parcours de son grand-père au 149e R.I..

Marius Dubiez est né le 4 octobre 1892 dans le petit village de le Pasquier, situé sur le canton de Champagnole dans le département du Jura. Fils de Ferdinand Dubiez et de Marie Jacques. Il se marie après la guerre en 1921 avec Rose Bourgeois. Toute sa vie, il exerça la profession de cultivateur dans la région d'où il est originaire. Il est incorporé avec la classe 1912 au 149e  R.I. sous le numéro matricule 1079. 

Après avoir fait les premiers combats dans une compagnie d'infanterie, il sera affecté par la suite  dans une compagnie de mitrailleuses, celle du 1er  bataillon du 149e régiment d’infanterie (date qui nous est inconnue). Il terminera la guerre avec le grade de caporal.

 

 

              Marius_Dubiez__compagnie_de_mitrailleuses

 

 

Suite à cette terrible guerre, il dira souvent à ses descendants « J’espère que vous ne connaîtrez jamais cela ! ». Phrase simple, d’une grande sagesse… qu’il n’en déplaise à ceux qui disent parfois  « Il leur faudrait une bonne guerre pour… » Lorsqu’il évoquait ses souvenirs, il racontait souvent les journées où il avait beaucoup neigé et que les hommes se réveillaient couverts  d’un manteau neigeux en laissant comme une empreinte sur le sol blanc.  Il croyait voir les morts se relever ! Il gardera longtemps en mémoire le souvenir d'une attaque canadienne qui se déroulera  à quelques encablures de sa tranchée, où il les verra « tomber comme des mouches par gros paquets » et encore ce moment où un jour en enterrant des hommes dans une fosse commune il fit tomber son casque et que, pour le récupérer, il devra descendre et marcher sur les corps. De quoi hanter bien des nuits !

Il obtient 3 citations sur sa croix de guerre : Une à l’ordre du régiment, une autre à l’ordre de la division et une dernière à l’ordre du corps d’armée. Il sera également décoré de la médaille militaire.

 

Citation à l’ordre du régiment :

« Le lieutenant-colonel Boigues commandant le 149e R.I. cite à l’ordre du régiment le soldat de 2e classe Marius Dubiez n° matricule 7152. Motif de la citation : « Excellent mitrailleur au front depuis le début de la guerre, à toujours fait preuve d’un sang froid remarquable, particulièrement au cours de l’attaque du 23 octobre 1917. »

 

Citation à l’ordre du corps d’armée :

Le général Paulin, commandant le 21e C.A., cite à l’ordre du corps d’armée le soldat de 2e classe Marius Dubiez n° matricule 7132. Motif de la citation : « Mitrailleur d’élite, superbe de courage de sang froid et d’abnégation, s’est particulièrement distingué dans les journées des 26, 27 et 28 septembre 1918 et les 1er , 3 et 4 octobre 1918, infligeant des pertes à l’ennemi et faisant des prisonniers. »

Lors de l’attaque allemande du 15 au 18 juillet 1918, il verra la mort de très près, tellement près qu’il pensait ne pas s’en sortir…

 

Citation_Marius_Dubiez citation à l’ordre de la division :

«  Mitrailleur d’élite, placé en avant avec une compagnie d’infanterie, ayant une mission de sacrifice, a résisté avec sa pièce jusqu’à la dernière extrémité, infligeant de grandes pertes  à l’ennemi. Entouré de toutes parts, a réussi  à se dégager, après avoir combattu contre un char d’assaut. Au prix de grandes difficultés. Il est venu se mettre à disposition d’un officier mitrailleur, sur la parallèle principale, où il a continué à combattre sous un très violent bombardement, protégeant ainsi le flanc droit des éléments avancés du bataillon »

Il est renvoyé dans ses foyers le 15 juillet 1919.

Marius Dubiez décédera le 12 août 1958.

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05 février 2010

De la croix rouge à la croix de bois... Année 1914.

                Croix rouge

 

Nombreux sont ceux dont la « Camarde » n’a pas voulu sur les lieux des combats, et qui malgré les soins apportés, décédèrent dans les hôpitaux français et allemands.  Ils moururent souvent loin des leurs et des copains. Pour certains quelques jours ou quelques semaines après leurs blessures ou leurs maladies, pour d’autres quelques mois voir quelques années après … Rien que pour l’année 1914 (après 5 mois de conflit), ils sont au nombre de 94 au 149e R.I..

En voici la liste (Il y a certainement des manquants…)

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                           Tableau des décédés dans les hôpitaux pour l'année 1914.

 

 

Prise en charge des blessés des lieux des combats à l’arrivée dans les hôpitaux.


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Les groupes de brancardiers en 1914.

Sur les lieux des combats le soldat blessé peut lui même appliquer sur sa plaie le pansement individuel qu’il porte dans la poche de sa capote. Souvent un infirmier régimentaire ne sera pas très loin pour lui porter les premiers secours. Ces mêmes infirmiers, profitant de la première accalmie deviennent  brancardiers régimentaires. Ils passent le long de la ligne pour ramasser  les blessés qu’ils transportent au poste de secours. Dans ce lieu, il arrive également tous les blessés qui ont pu, d’eux-mêmes, se mettre à l’abri d’un bois ou d’une meule. Tous ceux au contraire qu’un projectile immobilisera sur place et qu’on relèvera, l’action terminée. Tous les « isolés » que les brancardiers retrouvent, parfois au bout de deux ou trois jours, évanouis dans un fossé ou endormis d’épuisement dans quelque grange déserte. Du poste de secours, souvent même directement du champ de bataille, les blessés, soit à pied, soit dans les voitures, soit sur les brancards, sont amenés par les brancardiers divisionnaires à l’une des ambulances. Ici sont réalisés les vrais pansements, les interventions urgentes, rarement de grandes opérations. Après quoi, les blessés sont dirigés par voitures sur les hôpitaux d’évacuation. Au bout d’un délai, qui varie suivant le genre de blessures, l’hôpital, qui est souvent situé près d’une gare, fait transporter les blessés dans les trains sanitaires. Ces derniers sont installés en « assis » ou en « couchés » et seront pris en charge par des majors et des infirmiers. A certaines stations du voyage, de nouveaux « tris » s’opèrent, les blessés à la tête, par exemple, ne devant pas voyager trop longtemps sans pansement nouveau.  Les autres continuent leur chemin, pour être admis dans les hôpitaux du territoire, supplées par de très nombreux hôpitaux auxiliaires que la guerre a fait surgir sur tous les points de la France.

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L’organisation des groupes de brancardiers à la division et au corps d’armée.

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Ambulance_1914Le service de santé du corps d’armée est complètement autonome. Autrefois lorsqu’il fonctionnait d’après le règlement de 1892, il comprenait à l’avant :

1er : Le service de santé régimentaire.

2e : Les ambulances.

3e : Les hôpitaux de campagne (huit par corps d’armée).

L’ambulance était alors l’organe de beaucoup le plus important. Elle avait un personnel médical nombreux, un matériel roulant lourd et encombrant. Elle avait un rôle énorme. Elle recevait les éclopés, les malades, les nourrissait, les soignait, les évacuait, confiant aux municipalités les malades non évacuables. Au moment du combat et lorsque la bataille était terminée, elle allait chercher les blessés au moyen de ses mulets et de ses voitures, les soignait et les évacuait. Cette tâche était d’une difficulté extraordinaire et il faut avoir vu certains champs de bataille des guerres modernes pour s’en rendre compte.

Le nouveau règlement de 1910, ému de la tâche difficile qui avait été dévolue aux ambulances, s’est efforcé de les décharger un peu. Il a rendu distincts l’organe d’évacuation et de transport et l’organe de traitement. Il a institué les groupes de brancardiers totalement indépendants des ambulances. Ces dernières ont ainsi été rendues plus mobiles, plus maniables, plus faciles à déplacer suivant les besoins du moment.

Les groupes de brancardiers se divisent en groupe de brancardiers divisionnaires et groupes de corps.

La composition de ces groupes est identique au point de vue du personnel et du matériel. Chacun se divise en deux sections et le groupe de brancardiers de corps peut être assimilé, très exactement, à un groupe de brancardiers divisionnaires augmenté et auquel viendrait s’adjoindre une section d’hygiène et de prophylaxie. Ce groupe de brancardiers de corps, comme tous les organes de corps, peut-être considéré comme une formation tenue en réserve et venant au moment nécessaire ou même remplacer complètement les groupes divisionnaires lorsque ces derniers sont insuffisants pour mener à bien tout le travail.

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Le personnel des groupes de brancardiers.

Le personnel médical des groupes de brancardiers comprend :

1)     Un médecin chef de groupe.

2)     Un ou deux médecins-majors ou aide-major.

3)     Des médecins auxiliaires.

4)     Les hommes de troupe brancardiers.

Le médecin chef du groupe est, pour les groupes de brancardiers divisionnaires, un médecin major de 1ère  ou de 2e classe. Le médecin chef des brancardiers de corps est un médecin major de 1ère classe. C’est lui qui se réserve la direction et la surveillance de la formation.

Les médecins aides-majors dirigent la 2e section des formations de brancardiers. Le médecin major de 2e classe, placé sous les ordres du médecin chef du groupe de brancardiers de corps est,  en outre chargé de l’organisation et de la mise en service de la section d’hygiène et de prophylaxie rattachée à la 1ère section du groupe. On le désigne parfois sous le nom de médecin bactériologiste.

Les médecins auxiliaires au nombre de neuf pour les brancardiers de corps et de six pour les brancardiers divisionnaires, dirigent les escouades de brancardiers. Ils les guident dans leurs recherches, surveillent le chargement des blessés sur les brancards, accompagnent les voitures pendant le transport.

Les hommes de troupe brancardiers (sous-officiers, caporaux et soldats) sont au nombre de 132 pour les groupes divisionnaires et de 205 pour les groupes de corps.

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Le matériel des groupes de brancardiers.

Le matériel des groupes de brancardiers comprend un matériel de roulage et un matériel médico-pharmaceutique. Dans le matériel de roulage, on a réuni les moyens de transport  les plus divers pour pouvoir s’adapter aux besoins de l’évacuation, pour pouvoir l’effectuer dans des conditions les plus différentes, en rase campagne, dans les sentiers, dans les chemins, sur les routes et pour pouvoir charger les voitures avec les blessés assis ou couchés. Ces moyens mis à la disposition des groupes de brancardiers comprennent : la grande voiture à quatre roues, la petite voiture à deux roues, les cacolets, les brouettes porte-brancards. La grande voiture à quatre roues peut transporter dix blessés assis ou quatre blessés couchés. Les blessés assis se placent sur des banquettes à charnières mobiles permettant de relever et de maintenir ces banquettes contre les parois latérales de la voiture. Les blessés couchés sont étendus sur des brancards formant deux plans superposés. Grâce à  ce dispositif sur rail fixé au milieu et sur les côtés de la voiture, on fait glisser le brancard au moment de l’embarquement. Les parois latérales de la voiture sont en bois. Le groupe de brancardiers de corps possède six voitures de ce modèle, chaque groupe de brancardiers divisionnaires en possède cinq.

Les voitures à deux roues ne permettent que le transport de deux blessés couchés. Le mode de suspension des brancards y est exactement le même que pour la voiture à quatre roues. Ces voitures sont au nombre de six dans les groupes divisionnaires et de huit dans le groupe de corps Les groupes divisionnaires ont en outre seize cacolets, les groupes de corps en ont vingt. Ces cacolets sont des fauteuils pliants qu’on accroche de chaque côté du bât d’un mulet. Les malades y sont assis parallèlement au mulet, regardant dans la même direction que lui. La brouette  porte-brancard constitue le dernier mode de transport dont disposent les groupes de brancardiers. Son seul nom en indique la disposition ; on les appelle aussi brancards roulants. Ils sont transportés, démontés sur des chariots de parc au nombre de 15 par chariot, deux chariots pour les groupes divisionnaires, trois pour les groupes de corps.

Il n’est pas toujours nécessaire de se servir de tous ces moyens de transport réunis. Le besoin ne s’en fait vraiment sentir qu’après des combats meurtriers.

Le nombre de blessés peut parfois être si élevé qu’il devient impossible de les évacuer par les moyens normaux dont dispose le service de santé. Il faut alors dans ces moments de presse recourir à des moyens de transport de fortune que fournissent les différents services de l’armée ou la réquisition. Les services de l’armée peuvent fournir des fourgons de distribution, de ravitaillement et de réserve.

Les groupes de brancardiers sont dotés d’un matériel médico-pharmaceutique nécessaire pour pouvoir donner aux blessés transportés les premiers soins ou pour parer aux complications pouvant survenir pendant le transport. Les brancardiers emportent sur eux une musette à pansements renfermant des pansements individuels, une bande hémostatique et un flacon d’alcoolat de mélisse pour réconforter les blessés. Chaque chef de brancard possède en outre, la trousse d’infirmier (ciseaux droits et courbes, pinces) dans le but principal de dégager la plaie des vêtements plus ou moins souillés qui l’entourent.

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Les trains sanitaires.

Train_sanitaire L’évacuation des blessés avait été prévue avant-guerre. Le point de départ se trouvait à la gare régulatrice qui, parmi ses organes, comptait un hôpital d’évacuation chargé de maintenir à proximité de l’armée, les malades et les blessés légers, d’hospitaliser provisoirement les blessés qui ne pouvaient être transportés plus loin, d’évacuer les autres. Les trains qui emportaient les blessés évacués suivent la ligne de communication de l’armée, à la vitesse des trains militaires, soit trente kilomètres à l’heure ; on leur à réservé des marches calculées à raison de 3 par C.A.. Des arrêts sont prévus de six heures en six heures, pour assurer le service médical et l’alimentation. Celle-ci est fournie par les infirmeries de gare, organisées et desservies par la Société française de secours aux blessés militaires. Les convois circulent ainsi jusqu’à la gare de répartition  de la région intéressée. Là, d’après la nature de leurs maladie ou de leurs blessures et d’après le nombre de places disponibles, malades et blessés sont acheminés sur les formations sanitaires d’une certaine zone, dite zone d’hospitalisation de l’armée.

Au début de la guerre, par exemple, les gares de répartition et les zones d’hospitalisation sont les suivantes :

1ère armée : Montchanin (partie de la 8e région) et Moulins (13e région).

2e armée : Orléans (5e région), Saint-Pierre-des-Corps (9e région), Bordeaux (18e région).

3e armée : Maintenon (4e région), Nantes (11e région).

4e armée : Limoges (12e région), Cahors (17e région).

5e armée : Douai (partie de la 1ère région), Amiens (partie de la 2e région) Rouen (partie de la 3e région), Rennes (partie de la 10e région).        

Ces régions subirent de grosses modifications après la bataille de la Marne. Elles s’expliquent pour les raisons suivantes : Deux régions de corps d’armée sont envahies, de nouvelles armées sont créées et la zone occupée par les armées à changé.

Les premiers trains sanitaires : Dans quelles voitures, dans quels trains voyagent malades et blessés ? La question est d’importance au point de vue des chemins de fer. Il faut distinguer les évacuations journalières et celles qui ont lieu pendant les périodes de combat.

Op_ration_chirurgicale001En principe, les évacuations journalières se font, sans demande spéciale, de toutes les gares par les trains de service journalier, pour les malades ou blessés pouvant voyager assis. Des gares de ravitaillement sur la gare régulatrice, elles ont lieu par le retour des trains de ravitaillement quotidiens, pour tous les malades ou blessés. A cet effet, en constituant les trains de ravitaillement, la gare régulatrice y fait monter un médecin, un officier d’administration des hôpitaux et un certain nombre d’infirmiers et brancardiers, prélevés sur la réserve de personnel sanitaire, maintenue à la gare régulatrice. Pendant les périodes de combat, les transports ont lieu, pour les malades où blessés assis, au moyen de voitures à voyageurs ou, à la rigueur, de wagons aménagés, compris dans les trains ordinaires ou constituant des trains complets ; pour les malades ou blessés couchés, ils se font dans des trains sanitaires permanents ou improvisés.

Les trains sanitaire permanents : Ils sont au nombre de 7, composés de voitures spécialement aménagées pour le transport des malades ou des blessés les plus grièvement atteints, qui n’auraient pu supporter le transport par les voitures ordinaires et qu’il importait d’évacuer du théâtre des opérations. Chaque train était fourni par la même compagnie. Tous se composaient de fourgons de marchandises, bien homogènes, éclairés, susceptibles d’être chauffés. Un train comprenait 23 wagons, dont seize destinés aux malades et aux blessés, un pour le personnel officier (2 médecins, un pharmacien, un officier d’administration), un pour les infirmiers (28), un contenant les approvisionnements de lingerie, pharmacie et chirurgie, une cuisine, une allège de la cuisine, un wagon à provisions et un à linge sale. Les wagons pour blessés recevaient chacun 8 lits-brancards, assez confortables, installés sur 2 étages.

Les trains sanitaires improvisés : Les trains sanitaires improvisés se composaient de wagons couverts à marchandises, qui recevaient, au moment du besoin, par les soins des hôpitaux d’évacuation, un aménagement temporaire spécial, ainsi que les moyens de chauffage et d’éclairage nécessaires. La préparation des trains demandait environ 7 heures. Le train comprenait au maximum 40 wagons, dont une voiture de 1ère classe ou mixte pour le personnel, 6 wagons à frein pour le matériel et les bagages et 33 wagons pour les blessés (400 environ).

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Références bibliographiques :

« La direction du service de santé en campagne » de M. le médecin inspecteur  A. Troussaint. Editions Lavauzelle. 1913.

« Etude sur l’organisation et le fonctionnement des groupes de brancardiers pendant la guerre actuelle » Thèse pour le doctorat en médecine par Antoine Fabry. 1915.

« Considérations sur l’organisation d’un groupe de brancardiers divisionnaires pendant les premiers mois de la guerre (1914) » Thèse pour le doctorat en médecine par Gabriel Bayles. 1917.

« Les chemins de fer français et la guerre » par le colonel Le Hénaff et le capitaine H. Bornecque. Editions Paris Librairie Chapelot. 1922.

« Décret du 31 octobre 1892 portant règlement sur le service de santé de l’armée en campagne avec notices et modèles » Editions Charles Lavauzelle. 1892.

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15 février 2010

Lucien Kern (1889-1920).

               Lucien_Kern

 Je tiens à remercier très chaleureusement Suzanne Martel et toute sa famille pour m'avoir autorisé à évoquer sur ce blog les souvenirs de Lucien Kern.

 

La famille de Lucien est originaire des Vosges. Elle comprend les frères Eugène, Lucien et Aimé, leur sœur Marguerite et leur mère Constantine (Née Cuny), qui est veuve. Les enfants sont nés entre 1882 et 1891. Tous reçurent une éducation religieuse à l’école chrétienne de Moyenmoutier.  Eugène le père est né à Rammersmatt en Alsace. Il a été soldat durant la guerre de 1870. Il a dû quitter sa terre natale suite à ce conflit, ne voulant pas vivre sous la domination allemande, il se rendit en France. Il est décédé à Senones en 1900 suite à un accident de travail à l’âge de 44 ans. A cette époque, les journaux français faisaient beaucoup de propagande au sujet de nouvelles terres disponibles au Manitoba. Les agents de colonisation voulaient attirer des colons catholiques et français. La région de la montagne Pembina était toute désignée pour recevoir ces émigrés et ainsi contrecarrer le flot d’immigrants d’autres nationalités à s’établir dans cette région.

 

Eugène, l’ainé de la fratrie est attiré par les campagnes d’immigration vers les terres de l’Ouest canadien. Il traverse l’océan en 1905 et va travailler dans une ferme à Saint-Léon dans le Manitoba. Il est tellement impressionné par cette expérience qu’il retourne en France et revient accompagné de sa famille pour s’établir de façon permanente à Saint-Léon. Quand la guerre éclate, les 3 frères qui n’oublient pas leur origine, répondent à l’appel et partent défendre la terre de France. Ils quittent Saint-Léon le 26 août 1914. De Winnipeg, ils prennent le train jusqu’à Montréal. Poursuivant leur voyage par chemin de fer jusqu’à New-York, ils s’embarquent sur le paquebot « Espagne » et traversent l’Atlantique en 8 jours. Ils entrent dans le port du Havre le 14 septembre 1914. Aussitôt débarqué, Eugène prend le train pour Rouen, tandis que Lucien et Aimé se dirigent sur Paris. Une fois dans la capitale, les deux frères se séparent pour se diriger chacun vers son dépôt respectif.

 

Lucien_et_Corinne_KernIntéressons nous maintenant plus particulièrement au parcours de Lucien Kern… Le voici photographié avec sa mère, sa femme et une de ses filles.

Il est né à Moyenmoutier, village situé dans le département des Vosges. Après avoir quitté ses frères, Lucien intègre la 8e escouade de la 27e compagnie du 149e R.I. à Langres le 20 septembre 1914. Les durs entraînements et la vie de caserne commencent, pour durer jusqu’au mois de Novembre… Il arrive au front à la mi-novembre 1914 où son régiment se trouve dans le secteur d’Ypres. Lucien rejoint la 1ère section de la 9e compagnie. A partir de cette date, il participera à tous les combats de cette compagnie dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette jusqu’à la fin du mois de juillet 1915. Il est muté dans une compagnie de mitrailleuses du 149e R.I.. Début août, il fait une formation de 40 jours pour apprendre à maitriser le fonctionnement de cette arme. Il remonte en première ligne le 4 septembre pour une période très brève. En effet, il est blessé le 7 septembre, dans le secteur de Souchez à la suite d’un bombardement sur les lignes. Après un séjour à l’hôpital temporaire n° 32 de Saint-Aubin-sur-Mer dans le Calvados et une longue convalescence, il est de nouveau déclaré apte au service. Il rentre à Epinal, au dépôt du régiment. A la fin du mois de janvier 1916 nous le retrouvons à la 12e escouade de la 28e compagnie, puis à partir du 1er mars à la 29e compagnie. En avril 1916, il va au dépôt du 109e R.I., à Chaumont pour reprendre l’entraînement à la mitrailleuse. A la fin de ce séjour, aux alentours du 18 mai 1916, il rejoint  le dépôt d’Epinal pour être dirigé sur le 163e R.I….

 

Lucien eut la permission de revenir au Canada en 1917. Il épousera Corinne Pellerin le 18 janvier 1918.

 

S_pulture_Lucien_Kern De cette union naquirent deux filles, Irène et Jeanne. Souffrant encore des suites de ses blessures subies durant la guerre, il fut une proie facile pour la grippe espagnole. Sa forte constitution avait été diminuée et sa résistance affaiblie par ces années de souffrances et de privations. Il mourut le 8 mars 1920.

 

Références bibliographiques :

Collection Lucien Kern préservée soigneusement par Odile Martel.

 

« Lettres des tranchées » Correspondance de guerre de Lucien, Eugène et Aimé Kern, trois frères manitobains, soldats de l’armée française durant la première guerre mondiale. Aux éditions du Blé. Saint-Boniface (Manitoba) Canada. 2007.

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16 février 2010

Lettres de Lucien Kern.

Saint Aubin sur Mer

Extraits d’une lettre écrite par Lucien Kern le 15 février 1915.

Chère bonne maman, chère sœur et beau-frère.

J’ai reçu il y a deux jours aux tranchées une lettre de Marguerite et votre carte…

…Je suis déjà passé par des endroits bien mauvais où beaucoup de malheureux camarades ont payé de leur vie, ici en Belgique où nous étions pour commencer. Je ne sais si vous avez lu dans les journaux, les récits des sanglants combats qui se sont déroulés par là. Avez-vous entendu parler du furieux bombardement de la ville d’Ypres, joyaux d’art, où sans raison, rien que par rage de n’avoir pas pu percer nos lignes, les Allemands se sont acharnés à la destruction de cette grande et belle ville. Nous y sommes passés. C’est là que j’ai débuté, à quelques kilomètres au nord, et c’est ici que nous avons été reçus à coup de fusils et de canons. Marguerite me demande si nous avons répondu à cet accueil. Oui, je le pense, mais pas à cet endroit, nous ne savions pas où se trouvaient exactement les Allemands, mais là où nous sommes en ce moment dans le Pas-de-Calais …

… Nous logeons de temps en temps dans un village qui est très souvent bombardé, où il y a un château complètement détruit. Il ne reste plus que des pans de murs, qui sont eux-mêmes percés de trous. Les arbres sont coupés. Autour du château il y a un bel étang. Tout cela est détruit, tour à tour par les canons français ou allemands. Dans ce village, il ne reste en fait d’êtres vivants que 2 chats et une chienne qui a de beaux petits chiots. Pauvres bêtes, toutes seules et sous les obus quotidiens qui tombent toujours sur les troupes en réserve qui logent dans les caves et les ruines…

… En ce moment, nous sommes en repos pour trois jours. Le séjour dans les tranchées est très pénible en cette saison. Figurez-vous que quand nous allons relever un autre régiment, nous devons passer dans des fossés creusés plus haut que la hauteur d’un homme, pour être à l’abri des balles. Ce serait fou et extrêmement périlleux d’aller aux tranchées de première ligne et qui se trouvent  à 70 où 80 m des Allemands sans cette protection. Ces fossés et ces boyaux sont très tortueux. De l’eau, de la boue, nous en avons souvent jusqu’aux genoux. Souvent nous tombons, on va à droite, à gauche, on trébuche… Pour atténuer et absorber l’eau, il y a des claies, qui sont une  sorte de tapis en branchages. Lorsqu’ils sont usés, et ils le sont très rapidement car il passe tellement de soldats, nous trébuchons sur les bouts de bois cassés. Nous marchons souvent la nuit et il faut faire attention à ce que l’ennemi ne s’aperçoive de rien, lorsque nous tombons. C’est comme si nous allions nous rouler dans la boue du lac, complètement mouillés jusqu’au cou, les souliers pleins d’eau sale. De plus, il faut rester dans cet état pendant 24 heures, dans la tranchée et combattre. C’est la nuit qui est la plus dure à passer...

… J’avais pensé vous raconter un peu ce que c’est que la guerre d’aujourd’hui, si hasardeuse, si souterraine, surtout si sanglante. Je n’ai pas encore assisté à une véritable bataille. Je n’ai fait que la guerre de tranchée qui ressemble à un véritable siège. Le matin, au point du jour, le canon allemand commence la musique. Les obus répliquent à droite, à gauche, devant, derrière, bien rarement dans la tranchée. La fusillade continuelle de la nuit se ralentit, la parole est aux canons. Dans la journée, après avoir laissé les canons allemands cracher, nous entendons tout d’un coup un bruit effroyable, Bruit sec, terrible qui résonne. Les canons  lourds français et les fameux 75, qui sont tout près de nous en arrière à l’abri d’un petit bois se déchainent. Voilà la chanson journalière qui commence. Les obus français sifflent avec un bruit terrifiant, surtout ceux provenant des 75, ils vont si vite et crachent si sec… Tout cela avec une rapidité terrible. Sans discontinuer, les batteries s’activent sans arrêt,  elles vomissent le feu et le fer...


… Tout près de nous, il existe un petit bois tout brisé en allumettes par nos obus. Nous l’appelons le bois des Boches. Ces abords sont couverts de cadavres allemands, étendus là, fauchés par nos mitrailleuses lorsqu’ils essayèrent de nous déloger de nos positions. Cela commence à sentir mauvais, gare au printemps… Nous n’avons pas encore eu de neige, ici, c’est toujours de la pluie. Malgré le mauvais état du temps, je me maintiens en bonne santé et je souhaite qu’il en soit ainsi pour vous tous…

Je n’ai pas reçu votre paquet, ni Eugène, ni Aimé, peut-être qu’ils sont perdus, c’est de la valeur, pauvres colis.

Eugène et Aimé m’annoncent qu’ils arrivent sur la ligne de feu. Il faut prier et avoir confiance. Nous souffrons et combattons pour la France.

Embrassez les enfants pour moi et une bonne poignée de main à Georges. Je termine ma longue lettre en vous souhaitant bon courage, bon espoir, en vous embrassant tous bien fort et de tout mon cœur…

Lucien Kern. 9e compagnie du 149e R.I.. Secteur postal n° 116. France.

 

Extraits d’une lettre écrite le 30 octobre 1915 par Lucien Kern à Saint-Aubin-sur-Mer dans le Calvados.

Blessure

… Les cuisiniers arrivent, nous apportant notre souper et nourriture pour le lendemain. Jusqu’à la même heure, minuit, l’on mange à la hâte, une bouchée alternant avec un regard vers l’ennemi, puis nous  reprenons notre faction énervante. Le canon tonne sans arrêt et même augmente d’intensité parfois. C’est grandiose ! Que l’homme paraît petit en ces instants où la force brutale a la parole, et quelle éloquence ! Les fusées montent de plus belle, l’on dirait des étoiles filantes, les nôtres restant longtemps en l’air grâce à un ingénieux petit parachute qui les maintient tant qu’elles éclatent…

…Ce n’est plus la nuit, mais une lumière blanchâtre et sinistre. Des milliers de balles passent en sifflant, regrettant de rien avoir à transpercer. Tout à coup, malgré l’affreux tumulte, un sifflement rapide, une forte détonation, un éclair aveuglant passent sur nous en nous brûlant le visage. Une fumée suffocante, toute noire, nous plonge, dans la pénombre, nous masquant la lumière des fusées. Cris et lamentations, un obus vient d’éclater sur nous, tuant trois camarades, blessant sept autres, moi compris, et détériorant notre mitrailleuse. Je suis touché à trois endroits. Un choc brutal et douloureux m’avertit que j’étais touché à la tête, assez gravement, à la main gauche, une douleur cuisante… Et  un éclat d’obus vient se loger dans le mollet de ma jambe gauche…

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11 mars 2010

Témoignage de Louis Cretin : la bistouille.

               La_bistouille

 (De nouveau un très grand merci à D. Browarsky pour son autorisation de reproduire ici de larges extraits du témoignage de Louis Cretin).

"1 h 00, dans le courant du mois de février 1915, nous cantonnions à la fosse 10, sur la commune de Sains-en-Gohelle. 15 hommes, la moitié de la musique (j’étais du nombre), logeaient au coron, habitation n° 69, occupée par un ménage de mineurs. Le mari travaillait à la fosse 10 toute proche de là. C’était de braves gens, mais le maître du logis aimait un peu trop la « bistouille », un mélange d’eau de vie de genièvre avec du café. Il parait que chaque fois qu’il touchait sa quinzaine, il rentrait à la maison complètement ivre. Habituellement, cette « noce » n’avait pas de lendemain. Sa femme profitait du sommeil de son homme pour visiter ses poches et prendre tout l’argent qui s’y trouvait. Les vivres coupées, le bonhomme était sérieux et « jeûnait » forcement jusqu’à la prochaine paye. Pour satisfaire davantage sa passion pour l’alcool, une idée peu banale, je dirais même qu'une ruse diabolique germa dans son esprit. A la quinzaine du mois de février, il rentra à la maison sans aucun mal, mais toute la soirée, il s’ingénia à nous trouver isolement et à chacun de nous faisait accepter une petite somme d’argent (3 ou 4 francs) en nous disant qu’il nous la demanderait quand il en aurait besoin pour acheter son tabac…  Bien entendu, nous confiait-il, il ne faut pas le dire à ma femme. Il savait être si persuasif que pour un peu nous l’eussions plaint  d’avoir un pareil tyran. Le lendemain, commença une « bombe » fantastique. La perquisition habituelle dans ses poches fut stérile et pour cause… Le lendemain, nouvelle « soulographie » accompagnée d’un chambard insupportable une partie de la nuit. Cela se continua tant qu’il y eut des banquiers. Aucun paquet de tabac ne fut acheté, mais il avala un nombre incalculable de « bistouille ». A cette époque et dans ce pays, cette consommation se payait 0,25 franc. La dernière mise de fonds venait d’être récupérée par lui la veille quand le 3 mars au matin on quitta ce cantonnement pour monter aux tranchées. Je suis persuadé que jamais son épouse n’a compris comment son mari, étant sans argent, avait pu trouver le moyen, sans lui faire de dettes, pendant une quinzaine de jours de se payer une cuite chaque soir…"

 

Un grand merci à D. Browarsky et à T. Cornet.

 

Référence bibliographique : « Souvenirs de Louis Cretin »

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