07 août 2009

En direction de Souain (septembre 1914).

                 Section_du_149e_R

Après les durs combats d’août, le régiment est envoyé en Champagne dans le secteur de Souain où il est très rapidement engagé. À la suite de cette période, il obtient une citation à l’ordre de l’armée. Le régiment peut accrocher sa première croix de guerre avec palme sur son drapeau. Il semblerait que ce soit la toute première citation de ce type qui ait été donnée à un régiment pour le récompenser de ses efforts. Le travail qui suit est une reprise du J.M.O. de la 85e brigade «revisitée» dans son écriture. Afin d’en rendre la lecture un peu plus digeste, il est étayé par de larges extraits du livre d’Henri René « Jours de gloire, jours de misère ». À partir de plusieurs recoupements, j’ai pu identifier la plupart des officiers qui sont nommés par l’auteur de manière anonyme dans son ouvrage. 

6 septembre 1914

La veille, les hommes du 149e R.I. ont  embarqués sur les quais de la gare de Darnieulles pour suivre l'itinéraire suivant : Mirecourt, Pont-Saint-Vincent, Toul, Sorcy, Gondrecourt, Joinville, Chevillon. La 85e  brigade arrive à 1 h 30, l’E.M. à 3 h 00. Ce dernier reçoit l’ordre de cantonner à Magneux. Dans la matinée, la liaison est faite entre le 3e bataillon et l’E.M. du 149e  R.I. qui est débarqué à Wassy et cantonné à Le-Pont-Varin. Le 1er bataillon est débarqué et installé à Montier-en-Der  avec le Q.G. de la 43e division.


 À 12 h 15 un ordre de la division  est donné à  l’E.M. de la brigade qui doit se porter  à Montier-en-Der.  Il arrive à 17 h 30. La  liaison avec les 2 bataillons du 149e R.I. qui se trouvent à Attancourt  (un bataillon est  à Pont-Varin et l’autre à Magneux) pour couvrir l’A.C. est faite. Le bataillon de Montier-en-Der est  en couverture de Q.G. de la 43e division.   

                  Journ_e_du_6_septembre_1914

                                       Legende_carte_6_septembre_1914

7 septembre 1914

 Le 21e C.A. est rattaché à la IVe Armée. Il doit gagner rapidement la région de Chavanges, Margerie-Hancourt avec l’artillerie pour participer à l’offensive de la gauche de la IVe Armée.

La 43e division est maintenue dans ses cantonnements et la 13e division fait mouvement. Il est prévu une entrée en action pour le 8 septembre, dans la région de Montmorency-Beaufort, Lentilles. Les unités se rapprochent de Montier-en-Der.

La 85e brigade doit se porter avec l’A.D. et le G.D. à Puellemontier, Lentilles et Villeret. Les unités se rassemblent à Maison-Blanche (800 m de Montmorency-Beaufort) et le départ est prévu à 0 h 45.  

                  Journ_es_du_7_au_8_septembre_1914

                                       Legende_carte_journ_es_du_7_au_8_septembre_1914

8 septembre 1914                                       

Le départ est avancé de 3 h, l’heure d’arrivée est fixée à 1 h 30. L’effectif est fortement diminué. La brigade se retrouve constituée de 4 bataillons. Les hommes qui ne peuvent pas suivre sont retirés. Un reliquat reste à Montmorency-Beaufort.

Départ de L’A.D., du G.D., et de l’escadron de cavalerie,  qui sont sous les ordres du colonel commandant la brigade, vers Dampierre. Ils passent par Pars-les-Chavanges et Saint-Léger-sous-Margerie. La 85e brigade est suivie par la 86e. La division est en réserve d’armée. Cantonnement en bivouac à l’est de Dampierre. Le 149e R.I. est sur la rive gauche du ruisseau.

                  Journ_es_des_8_et_9_septembre_1914

                                       Legende_carte_journ_es_du_8_au_9_septembre_1914
 
9 septembre 1914
 La brigade qui ne comprend que le 158e R.I. et un bataillon du 149e R.I. doit se rassembler à 2 h 00. La compagnie de génie et l’A.D. sont autour de la ferme d’Argentol à 4 h 20. Les sacs des hommes sont mis dans des voitures réquisitionnées. La brigade doit se porter par la cote 148 et 149 sur le signal d’Orgeval par la ferme du même nom. Arrivée vers 10 h 00.
La brigade des chasseurs, la 85e brigade et l’A.D., prennent la direction Maisons-en- champagne par les fermes de la folie, signal de Sompuis (cote 200) à 10 h 30.
La 85e brigade  arrive à la cote 202 à 16 h 20. Une colonne ennemie débouche de Mailly, elle se dirige vers le nord-est. Un bataillon du 158e R.I. est envoyé à la cote 173, à l'ouest de la Folie, en prévision d’une attaque de flanc. Le bataillon du 149e R.I. reste en réserve à la cote 163.  Un bombardement  se déclenche sur un bataillon du 158e R.I. et sur l’E.M. de la brigade qui se trouvent sur le plateau. L’avance du bataillon du 158e R.I. continue, ce dernier parvient à atteindre la ferme de la Folie.


Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère » d'Henri René.
« Au camp de Mailly, la résurrection de nos unités s’est accomplie pour la 3e fois : un inspecteur peut circuler dans nos rangs, il les trouvera solides… À peine débarqués en Champagne, nous nous sentons une énergie nouvelle. Notre sang se refait par une cure de grand air, pendant les nuits des 7, 8 et 9 septembre que nous passons en bivouac, dans les maquis du « Signal d’Orgeval », sans être inquiétés par le bombardement ni troublés par aucun ordre d’alerte… »


10 septembre 1914
Au petit jour, la brigade se remet en marche. Le 158e R.I. et l’A.G. passe par Montagny (cote 191). L’Ormet est évacué par l’ennemi, et le signal de Sompuis est atteint. L’ennemi occupe les passages à niveau de la voie ferrée. Des Allemands sont aperçus sur la grande route Sommesous-Vitry-le-François.

                 Journ_es_des_9_et_10_septembre_1914


 L’artillerie qui allonge son tir atteint un bataillon du 149e R.I. qui se portait en réserve. Le capitaine Lescure qui commande le 1er bataillon est mortellement blessé. Le bombardement sur le secteur dure jusqu’à la nuit tombante. L’artillerie française n’entame le feu qu’une ½ h  après l’artillerie allemande. Le bataillon du 149e R.I. est envoyé sur le passage à niveau à 800 m à l'ouest, pour tenter de le prendre et de déboucher du bois. La canonnade est violente.
17 h 30 : Le 158e R.I. tente en vain une nouvelle action sur le passage cote 200. Dans la nuit,  un ordre d’attaque générale est donné. Il faut attaquer simultanément sur les deux passages à niveau. Le rassemblement est à peine effectué qu’une vive fusillade arrête les colonnes. Au lever du jour, il faut attendre puis organiser la lisière du bois. 

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère » d'Henri René.

« Le 10, au milieu de la nuit, sans que nous ayons perçu autour de nous aucun fait nouveau, nous marchons plus au nord de quelques kilomètres, pour nous arrêter à la ferme de Mont-Marains. Il fait froid, il est trop tard pour s’endormir, nous allumons de grands feux…
Au jour, toujours en réserve, nous poursuivons notre marche en avant dans la direction du Signal de Sompuis. Sur notre droite, il y a un bombardement violent. Devant nous, calme relatif. Nous traversons des bataillons de chasseurs qui viennent d’avoir un engagement très vif, qui ramassent leurs blessés et se reconstituent : ils nous disent qu’ils ont perdu le contact. En passant la crête, nous nous déployons, en formation d’attaque, direction Soudé-Notre-Dame. L’artillerie qui a mission de nous appuyer va ouvrir le feu… lorsqu’une estafette au galop arrive en s’écriant « arrêtez, nous occupons le village avec une division de cavalerie, les Allemands détalent ». Il était temps. Nous gagnons Soudé et, après une grand’ halte, nous repartons dans la direction du nord, pour atteindre la Marne à plus de 20 kilomètres. Évidemment, il a dû se passer quelque chose de sensationnel… Le troupier cependant ne voit qu’un fait, c’est la lourde nécessité de porter son sac encore plus loin…
Il pleut, les chemins crayeux sont glissants et l’on n’avance pas aussi vite que la situation le voudrait sans doute.  

À vingt heures, nous dépassons la cavalerie exténuée et contrainte au repos. Je suis à l’extrême pointe d’avant-garde, chargé de la direction sur un itinéraire ne suivant que des chemins d’exploitation rurale, affolé à la pensée qu’une colonne d’artillerie me suit et que je vais être responsable de son embourbement.»   

Sources :

J.M.O. de la 85e brigade : série 26 N 520/9 et 26 N 520/10.

« Jours de gloire, jours de misère », livre de Henri René. Éditions Perrin. 1917. 

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

Remerciements :

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à R. Neff, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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14 août 2009

Les combats dans le secteur de Souain (septembre 1914).

                 149e_12e_compagnie_1913

11 septembre 1914
Au petit jour, le 149e R.I. fait savoir qu’il s’est emparé du passage à niveau à la baïonnette dans la nuit, mais qu’il n’a pas pu déboucher au-delà. 
 Vers 7 h 00,  le commandant de la 85e brigade apprend que les 2 bataillons du 149e  R.I. resté en arrière avec le lieutenant-colonel Escallon, ont rejoint le reste de la brigade. 
Des ordres sont donnés pour reprendre l’offensive sur Soudé-Sainte-Croix et l’arbre de la Nolleraie, en partant de la voie ferrée par Coole en 2 colonnes. Celle de gauche, avec le 149e R.I., se dirige sur Soudé-Sainte-Croix. Ils arrivent sur le front sans incident, l’ennemi ayant évacué en faveur de la nuit.
En début d’après-midi, le 21e C.A. doit atteindre la Marne entre Sogny-aux-Moulins et la ferme Montjallon. L’itinéraire de la 85e  brigade est Soudé-Sainte-Croix, Dommartin-Lettrée, Saint-Quentin-sur-Coole (cote 141, 143, Sogny-aux-Moulins). La colonne comporte un groupe de l’A.D.et deux groupes de L’A.C.. À Saint-Quentin-sur-Coole, la colonne traverse vers 21 h 00. Elle est coupée par des éléments de cavalerie et d’artillerie. Elle quitte l’itinéraire prévu et forme le parc vers la cote 138. Le 158e R.I. est posté à 200 m à l’arrière du carrefour de la route avec la voie romaine de Châlons-sur-Marne. Les troupes bivouaquent.

                  Journ_e_du_11_septembre_1914

                                        L_gende_journ_e_du_11_septembre_1914


 Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère » d'Henri René.
« Depuis que nous déambulons la nuit, je n’en ai pas connu d’aussi noire. Je me lance sur une piste… À Sogny-aux-Moulins, nous nous étendons sous les arbres au bord de la Marne, de deux heures à six heures du matin, pour délasser nos membres courbaturés par une rude étape.»

12 septembre 1914
La marche en avant continue. Itinéraire : Sogny-aux-Moulins, Moncetz-Longevas, ferme du Sauna, partie est de Lépine.
La colonne est constituée comme la veille. Elle arrive sans incidents à Moncetz-Longevas.
Un nouveau départ a lieu à 11 h 50 par l’itinéraire suivant : la Maison-Neuve, « chemin à un trait » vers Cheppe. Arrivée cote 152 à 17 h 30. Le brouillard et la forte pluie empêchent l’artillerie de canonner des mouvements ennemis. L’A.G. pousse jusqu’à la Cheppe qu’elle occupe. Cantonnement et bivouac vers 23 h 00.

 Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère » d'Henri René.
« Le lendemain 12, nous marchons sans arrêt, droit au nord à travers champs, et l’obscurité redescend sur la plaine quand nous arrivons en face de la Cheppe. Nos éclaireurs signalent que l’ennemi s’y trouve encore et le bataillon d’avant-garde se déploie pour attaquer. On y mettrait moins de formes, si l’on savait que les Allemands fuyaient, mais personne ne nous l’a dit. Nous en sommes à supposer que la bataille s’est seulement déplacée et, l’expérience aidant, nous ne nous lançons plus à la légère.
L’orage éclate. En quelques secondes, nous voilà trempés jusqu’aux os et de fort méchante humeur : on ne s’arrêtera donc plus jamais ? Il fait aussi sombre qu’hier.

À 21 h 00, l’avant-garde rend compte qu’elle occupe la localité et, pour ne plus perdre un temps précieux, la brigade à l’ordre des’y porter en formation massée. On s’ébranle sous la trombe d’eau : pas un point de direction à l’horizon, pas la moindre lumière au village, impossible de sortir une carte sous ce déluge. Nous mettons plus d’une heure pour franchir 1200 m. Les hommes se bousculant, tombant dans les trous, la houle se propageant de droite à gauche et de la tête à la queue. Le bataillon ressemble à un ivrogne : titubant, jurant, sacrant, pestant. Au fond, c’est très comique, et ceux d’entre nous qui ont meilleur moral se payent le luxe de quelques bons mots. Notre avalanche se déverse parmi les ruines ; tout est bouleversé par le passage de la horde, et nos unités se réfugient dans les granges ou dans les remises pour s’y mettre à l’abri des cataractes du ciel. Une odeur pestilentielle se dégage des cadavres de chevaux qui jonchent les rues et les potagers, et des quartiers de viande abandonnésen hâte par l’ennemi.
Nous trouvons un gîte dans une maison dont les murs sont intacts, mais où tout est saccagé, les tiroirs renversés, le linge et les effets répandus sur le sol au milieu de la boue. Quel bien-être cependant ! Il y a une immense cheminée, où nous voyons pétiller les flammes et bouillir une vaste marmite. Il y a surtout deux grands lits en bois avec les sommiers intacts, et deux matelas étendus par terre. Ce luxe nous paraît d’autant plus exquis que l’ennemi a failli en profiter et que, maintenant, il grelotte sous la pluie. Je me souviens d’un détail piquant. Parmi ce linge épars, deux de nos camarades ont pu faire leur choix de chemises de rechange, et je crois même que c’étaient des chemises de femme ! Dans l’état d’extrême pénurie et de misère où nous sommes, toutes les ressources existantes sont du bien national : deux sous-lieutenants, habillés de neuf, chauffés et réconfortés, cela représente deux sections qui, demain, se comporteront si c’est possible encore plus vaillamment que la veille.»  

                                  Journ_e_du_12_septembre_1914

                                     L_gende_journ_e_du_12_septembre_1914

13 septembre 1914
Nous récupérons 13 prisonniers qui sont  restés dans le village. Des objets dérobés en France sont trouvés sur plusieurs d’entre eux.
L’avance se poursuit par le passage à niveau de Piémont, carrefour à 800 m à l’est de la ferme de Piémont puis Suippes.
Le mouvement est interrompu suite à l’engagement de la 86e  brigade. Il reprend après la prise de Suippes par les 1er et 3e B.C.P.. La ville est en feu. L’ennemi retraite au nord.
La  brigade reçoit l’ordre de marcher sur Somme-Py  par Souain et passe devant la 86e brigade à 17 h 00.
Vers 18 h 00, la tête de la colonne est canonnée par l’artillerie allemande. Les régiments se remettent en colonne par 4. Elle arrive dans la nuit noire à Souain, et constate que le village est vide à 300 m. Au-delà, elle est accueillie par des tirs de mitrailleuses et une vive fusillade sur le front et sur les flancs. L’A.G. se déploie et se retranche pour la nuit. La brigade est au bivouac.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère" d'Henri René. » 
couverture_Ren__Henri« Il faut arriver à Somme-Py cette nuit morts ou vifs ! » Tel est l’ordre de mouvement que l’on nous communique à Suippes, le 13, à 18 h 00, après une nouvelle journée de marche où l’ennemi ne nous a arrêtés que par de timides arrière-gardes. La nouvelle d’une grande victoire, déjà vieille en fait de deux ou trois jours, s’est enfin répandue comme une traînée de poudre. Soldats ! plus rien ne doit vous arrêter, ni les fatigues, ni les privations, ni les obus tirés de très loin, pour vous retarder sur l’objectif qui vous est assigné, en avant coûte que coûte…
Il suffit. Ah ! Si nous avions connu plus tôt cette magnifique nouvelle ! Il n’est temps ni d’y réfléchir ni d’analyser les sentiments qu’elle provoque ni de peser la lourdeur des jambes. Direction Souain…
Nuit du 13 au 14 septembre 1914 :
Mes fonctions, que je remplis maintenant comme officier, me désignent encore pour centraliser les liaisons et les renseignements à l’avant-garde, auprès du commandant  L…(Émile Laure), qui a repris le commandement du bataillon, avec la 9e compagnie, du capitaine S…(Henri Souchard),  et la 10e où le capitaine P…(Henri Panchaud)  a remplacé le lieutenant M…(?)
Le colonel E…(Jules Escallon)  nous recommande une allure résolue, sans hésitations, sans tâtonnements, sans précautions excessives : toute la division nous suit et nos arrêts ne pourraient que gêner sa marche. Mission délicate s’il en fût.
Nous cheminons à travers champs en formation semi-déployée tant que l’obscurité n’est pas complète, puis par la grand-route, avec des patrouilles à courte portée sur nos flancs et vers l’avant, une reconnaissance de pointe commandée par l’ex-adjudant C…(Émile Chauffenne), promu sous-lieutenant. Nous nous  hâtons. Les capitaines des 9e et 10e compagnies combinent leur plan d’action pour aborder Souain et s’en rendre maîtres dans le cas où les Allemands y seraient encore. Chaque pas nous en rapproche, on n’en est plus qu’à 200 m : rien de nouveau. Nous voici à 100 m, deux coups de feu percent le silence et, assez loin, on entend le trot d’un cheval sur la route. À droite et à gauche, il nous semble voir des lanternes sourdes qui se déplacent, nous nous demandons si ce ne sont pas des hallucinations. Le sous-lieutenant  C…(Émile Chauffenne), nous fait dire par un cycliste : « Je suis tombé sur une patrouille de uhlans. Ils ont crié : Wer da, feuer,… ils ont tiré et ils ont disparu aussitôt ». Le capitaine L... (Émile Laure),  hésite quelques secondes.

-« Marchez, mais marchez donc » lui fait dire aussitôt le colonel. Advienne que pourra, continuons.
La route descend et devient la rue du village. À l’entrée, un camion automobile aux vitres brisées, qui vient d’être abandonné. Pas une lumière, les granges sont ouvertes, les murs sont muets : cela sent le traquenard. Nous frottons une allumette, éclairons une lanterne, inspectons rapidement les premières maisons. Rien.
- Marchez, mais marchez donc !
- Tant pis pour eux… allons-y, puisqu’ils veulent absolument tomber dans la souricière.
Auraient-ils raison et avions-nous vraiment trop peur ? Nous traversons tout le village sans accroc, nous en sortons au Nord. Toujours rien. J’affirme que des lanternes se déplacent sur nos flancs, que j’entends des bruits de voix ; le capitaine commandant, nerveusement, me répond par la formule qui vient de l’arrière :
- Marchez, mais marchez donc !
Nous avons progressé de 300 m. À ce moment, des coups de sifflet stridents retentissent à notre nez et à nos oreilles, nous donnant immédiatement cette terrible impression de demi-enveloppement. Les clairons ennemis jettent leurs lugubres notes d’alerte, et nous sommes au centre du roulement de la fusillade. J’ai le sentiment que les balles ennemies partent à 50 m devant nous, autour de nous. Des milliers de petits éclairs me le confirment, et le tapotement d’une dizaine de mitrailleuses nous cingle. D’instinct, nous nous sommes jetés dans les fossés de la route. Les 9e et 10e  compagnies déploient quelques fractions de part et d’autre, et nous répondons au feu par le feu. C’est infernal. On tire aux étoiles, sans savoir pourquoi ni sur qui, mais on tire, on tire, on tire. Il n’y a pas grand dommage, car on vise trop haut de part et d’autre. Que dis-je, et qui parle de viser ?… C’est un concours de bruit, horriblement impressionnant, terrifiant. C’est l’embuscade. Il fallait s’y attendre, on n’a pas voulu nous croire et je voudrais bien voir le désordre du gros de la colonne qui n’a pas gardé sa distance et qui, en ce moment, doit être engouffrée dans le village ! L’embuscade ennemie ne pouvant être forcée de front, le capitaine L…(Émile Laure), me prend avec lui pour aller organiser et lancer une manœuvre latérale qui, partant du village et appuyant à l’est, cherchera d’autres débouchés. Il laisse au capitaine S...(Henri Souchard),  le commandement des deux compagnies de tête, et il replie le groupe des liaisons, rampant dans les fossés de la route, sur les premières maisons. En passant, il donne l’ordre à la compagnie du génie de mettre la lisière en état de défense : les sapeurs sont aplatis contre le talus ; les trois chevaux des officiers, imprudemment amenés vers l’avant et incapables de s’affaisser sous la menace des balles, gisent expirant au milieu de la chaussée. Le crépi des murs vole en éclats. Toutes les trajectoires semblent converger de notre côté : nous nous réfugions dans une grange pour délibérer. Les balles traversent, bourdonnent, vont mourir dans la paille.
Je constitue en patrouille mon groupe de liaison, grossi de quelques isolés qui se sont joints à nous dans le désarroi de la nuit, et nous nous coulons dans un ravin, vers l’est. Des fractions d’un autre bataillon sont là, sans objectif, sans mission, cherchant à s’employer. Le capitaine les prend et me suit avec elles. Nous avançons de 200 à 300 m, nous guidant sur la fusillade qui continue à notre gauche et cherchant à nous élever sur son flanc. Arrêt. On se couche. Harassés, presque tous les hommes s’endorment aussitôt, le nez au sol. Réunion des gradés, explication à voix basse : on va marcher droit encore 200 m, puis on se rabattra à gauche par une conversion, on traversera les buissons du ravin. On se serrera les coudes. On se rapprochera de l’emplacement présumé de l’ennemi et on se tiendra prêt à se jeter sur lui à l’arme blanche. Deux recommandations essentielles : pas de bruit, marcher à pas de loup, tenir les baïonnettes avec la main pour éviter le cliquetis dans les fourreaux et pour tout le monde, avoir la précaution exclusive de sentir avec son coude le voisin de gauche. Nous circulons derrière les dormeurs : debout, allons, debout ! Ils n’entendent pas nos appels, à voix basse, nous les soulevons les uns après les autres par la patelette de leur sac, les plus maussades retombent lourdement comme des masses inertes. Il faut les secouer : on ne s’en prive pas. Nous expliquons la consigne à l’oreille de chacun, mais il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut rien entendre ! J’insiste chaque fois : surtout, direction à gauche…De plus en plus, je me heurte à la force d’inertie… La ligne s’ébranle, les pieds automatiquement se portent l’un devant l’autre, les yeux restent fermés, les esprits ne quittent pas les ténèbres. Au bout de 50 pas, tout le monde appuie à droite, parce qu’une déclivité du terrain entraîne de ce côté les inerties. Halte ! murmure le capitaine. Il veut faire serrer sur la gauche pour réparer l’erreur, peine perdue : à l’arrêt, cinquante masses sont retombées, endormies. Nous passons une demi-heure à stimuler notre monde, à l’oreille : l’ennemi est là, nous allons le rosser, en avant, en avant… On repart, tant bien que mal, on commence la conversion, on se déchire la figure et les mains à la traversée des buissons. On prend pour nouveau point de direction la silhouette vague des grands arbres de la route, là où nous avons laissé les 9e et 10e compagnies au contact de l’embuscade et d’où nous voulons les délivrer par notre manœuvre. Elles sont malheureusement retombées dans le silence morne et nous n’avons même plus leur combat pour nous guider. Il nous semble que nous sommes à pied d’œuvre et déjà circule l’avertissement d’attaque : attention, au coup de sifflet, à la baïonnette. Soudain, la rafale reprend, tout près, les sinistres claquements de coups tirés à bout portant nous jettent par terre. Nous répondons, nos fusils braqués dans toutes les directions, vers l’ennemi, peut-être aussi vers les nôtres, crachent leurs jets de flammes, dispersent leurs projectiles. Le vacarme est assourdissant, rien ne peut l’arrêter. Les culasses se manœuvrent nerveusement et bruyamment, les commandements français et allemands se mêlent en une indicible confusion. Seul et plus fort que tout, même que l’instinct de conservation, le sommeil couche les fusils dans l’herbe les uns après les autres et peu à peu remplace par un des ronflements de fatigue la pétulance du feu.
Décidément, l’embuscade est plus sérieuse que nous le pensions. Il faut songer, non pas à la déborder, mais à constituer un front d’engagement pour s’aligner avec elle en combat singulier. Nous laissons là les fractions de l’autre bataillon, avec mission de couvrir notre flanc droit, et, nous reportant un peu en arrière, nous décrivons à travers champs un demi-cercle pour nous rapprocher des nôtres. Voici le capitaine S…(Henri Souchard),
- C’est vous, L…(Émile Laure) ? Dites donc, vous ne pouvez pas nous laisser ici, c’est intenable.
- Je sais bien. Et c’est pourquoi je reviens à vous.
- Il était temps. Vous savez que vous nous avez tirédessus tant que vous avez pu !
- Possible. On ne fait pas ce qu’on veut par cette satanée obscurité. Et maintenant, en arrière, homme par homme, par les fossés, dans le plus absolu silence.
Nous ne nous décrocherons qu’au prix de précautions inouïes. Ralliement à la lisière du village. Ce n’est pas une petite affaire que d’insuffler encore à nos unités assez de vie pour permettre l’exécution de cet ordre. Nous circulons comme des revenants et, renonçant à leur expliquer quoi que se soit, nous prenons nos hommes sous les bras, comme des infirmes, nous les jetons plutôt que nous les amenons dans les fossés de la route, leur indiquant, ensuite de filer droit devant eux. Lourdement ahuris, sans y rien comprendre, ils vont. Il y en a pour deux bonnes heures à les dévider ainsi : nous y réussissons cependant sous les coups de feu qui sont devenus plus rares, et c’est avec un soupir de profond soulagement que nous remettons quelques 300 m entre nous et l’ennemi, qui ne nous suit pas. Avons –nous perdu du monde ? Mystère… mais certainement pas beaucoup, car ces tirs de nuit sont de la poudre jetée aux moineaux. Les trois chevaux mourants obstruent la route. Nous y heurtons bien aussi du pied quelques formes humaines, mais ce sont vraisemblablement plutôtdes dormeurs que des morts. Par un de ces retours de la fortune des combats, nous battons en retraite, nous qui poursuiveurs éperdu, avions voulu ce soir coucher à Somme-Py.»                                                               

14 septembre 1914
Dans la nuit, le commandant de la brigade décide d’attaquer au petit jour. Les bataillons de l’A.G. tiendront le front pendant qu’un bataillon du 158e R.I. essaiera de prendre la ligne à revers vers l’est. L’attaque  est prévue à 5 h 00. Le bataillon du 158e R.I., parti à 3 h 30 pour se mettre en place, se heurte à une ligne ennemie dans le bois avec des mitrailleuses. L’A.G. se lance à la baïonnette, mais s’emmêle dans des fils de fer. Elle est obligée de reculer au lever du jour. Le 149e R.I. signale que les Allemands ont creusé  une ligne de tranchées à 1200 m du village. Ces tranchées sont occupées par des fantassins et des mitrailleuses. Notre artillerie ne répond pratiquement pas.

                    Journ_es_du_13_septembre_au_1er_octobre_1914

                                   L_gende_journ_es_du_13_septembre__au_1er_octobre_1914


 Un ordre est donné au 158e R.I. à 9 h 30. I lui faut exécuter un mouvement dans la nuit et se replier en laissant la place à la 13e division. L’avance jusqu’à la crête de la 18e division est stoppée et ramenée en arrière par une violente canonnade.
11 h 00 : l’artillerie allemande canonne la lisière et le village de Souain. Le 149e R.I. doit évacuer le village et reflue vers le sud.
Le lieutenant-colonel Houssemont qui a pris le commandement de la brigade à la suite de la blessure du colonel Neuville, demande au 149e R.I. de se regrouper et de se retrancher à la lisière nord du bois de la cote 135. Il doit couvrir le repli du 158e  R.I.. Celui-ci s’effectue lentement sous la canonnade d’obusiers lourds. Le repli du 149e R.I. se fait sous le feu des canons et des mitrailleuses ennemies. Vers 15 h 00, le 149e R.I. se reconstitue à l’est de la route à 400 m de Suippes où il se ravitaille. Ce qu’il n’avait pas fait depuis 2 jours. Bivouac de la brigade à l'ouest de la route. Elle est remplacée par la 86e brigade.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René.
Ceux qui ne restent pas en ligne se jettent sur la paille pour y sommeiller quelques instants. Je suis du nombre. Je suis trop agité et pressens des choses trop graves pour y réussir. Que la gloire est peu ! Depuis huit jours, nous la colportons sans nous en douter. J’avais vécu avec moins d’anxiété les phases de la retraite que celles de la poursuite. Mourant, je me raccrochais à la vie. Ressuscité, je défaille. Je suis à bout de force et tous sont comme moi. Arrivés à un tournant, nous penchons, nous penchons… Allons-nous tomber quand on fait fond sur nous plus que jamais ?
Fracas d’incendie. Des planches craquent, se disjoignent et tombent près de moi. De hautes flammes entrent dans ma grange. Des cartouches et des bandes de mitrailleuses éclatent sèchement. Tout le monde est debout fuyant le feu : quel lugubre réveil ! Qui a allumé ? Un maladroit, un espion, un allemand resté dans des ruines, on ne le saurajamais, il est parfaitement inutile d’enquêter. On s’écarte, on évacue la partie de village incendiée, les lueurs éclairent notre désordre, l’ennemi tire sur nous, joyeux de ce désarroi. Nous garnissons les amorces de tranchées rapidement creusées par le génie et, insensiblement, la bataille reprend sans que nous nous doutions même que la clarté du jour remplace maintenant celle des flammes. Notre fusillade part droit au Nord, prenant comme objectifs les bouquets d’arbres, les meules de paille, la crête du moulin de Souain : rien de précis ne nous apparaît. Les obus tombent, arrosant les champs devant nous, bouleversant le cimetière où la 12e compagnie s’est pelotonnée. Nous avons l’impression d’un isolement absolu, le sentiment que l’ennemi va nous envelopper. La situation est intenable. Le colonel replie peu à peu vers la crête, au sud du village, le gros du régiment, et nous restons en arrière-garde avec ordre de tenir tant que cela nous sera possible. À 11 h 00, un déluge d’artillerie nous accable : on dirait des coups français… Cinglantes et venant de l’arrière, les trajectoires nous frôlent… Tout autour de nous, les explosions saccadées du 75 s’abattent en trombe…
- Cycliste Saunin, au galop, au triple galop, prenez la route au sud, cherchez le colonel ou qui que ce soit, dites que l’artillerie tire sur nous !
On se fait tout petit, très petit. Chose étrange, ce malheureux incident nous donne presque confiance. Il ne nous avait jamais été donné de juger d’aussi près les effets de nos pièces  ils sont terrifiants. La 11e compagnie, en avant à droite, l’expérimente cruellement et la voici qui se replie vers nous, homme par homme, sous le tir ajusté des impitoyables mitrailleuses. Les minutes sont éternelles. Nous accentuons notre feu pour les aider. À midi, les sergents nous annoncent que les cartouchières sont vides ! Successivement, les demi-sections retraitent, se faufilant à travers les ruines.

À midi et demi, il n’y  a plus personne dans le village et les obus allemands, fusants, percutants, en une danse effrénée nous poursuivent. Nul ne s’arrête pour regarder les morts ou secourir les blessés gémissants, dont le chapelet sanglant s’égrène sur 2 km. Nous nous rallions sous bois, à l’abri d’une position de repli qu’occupe le gros du régiment.

L’intrépide lieutenant W…(Marie Georges Wichard), de la 9e compagnie, qui s’est déjà tant de fois distingué par son courage imperturbable, arrive le dernier : il s’avance par la route, la canne à la main, conduisant la patrouille de queue, s’assurant que l’infanterie ne nous a pas talonnés, au pas, sans prendre garde aux coups, sans fléchir une seule fois la tête ou le buste sous les explosions qui l’encadrent.
Nous l’entourons… Il pleure !!!
Cette journée du 14 est d’une indicible tristesse. On nous ramène à Suippes, on nous parque dans les champs, les bergers comptent leurs brebis, il en manque beaucoup.

Cependant, derrière les faisceaux, nous nous redressons au passage du général de division. 
Nuit de repos inespérée.    

15 septembre 1914
Deux bataillons du 158e R.I. reçoivent l’ordre d’attaquer en liaison avec la 13e division à 5 h30. Le reste de la brigade reste en réserve de la division et du C.A.. Le colonel Menvielle reprend le commandement de la brigade. Vers 16 h 00, le 149e R.I la direction de la  cote 152, en couverture artillerie. À la nuit, 2 bataillons du 149e R.I. réoccupent le village de Souain. Le 3e bataillon est en réserve à 1800 m au sud-est de Souain.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère »  d'Henri René
Douze heures de sommeil, tranquillement  nous sommes étendus sur le sol dans nos couvre-pieds, après une bonne soupe chaude que l’on a eu le temps de préparer tout à loisir.
Pas de pensées, pas de rêves, pas de cauchemars : l’oubli. À 18 h 00, nous nous ébranlons, en formation d’attaque largement échelonnée. Mon bataillon, c’est bien son tour, ferme la marche. Où va-t-on ? À Souain, encore à Souain… Des régiments comme le nôtre ne restent pas sur un échec. L’artillerie de deux  C.A. est déployée sur la crête que nous franchissons, elle vomit du feu et de l’acier en un tir foudroyant qui nous assourdit au passage et exalte notre confiance. Enfin, voilà une préparation ! Jusqu’à maintenant, nos attaques se sont lancées sans cet appui précis et précieux. On dit que des instructions venues de haut ont rappelé aux exécutants cet élémentaire principe, l’infanterie n’aura plus qu’à entrer dans les brèches. Fasse le ciel que sa tâche devienne aussi facile ! J’en doute, je suis terriblement sceptique. Les mitrailleuses tiennent de bien petites places pour ne pas passer à travers les gouttes et j’imagine qu’elles ne seront pas toutes noyées quand nous nous préparerons à accoster. Les bataillons de tête progressent, cependant que nous nous arrêtons, en réserve sous bois. A d’autres les soucis… Nous avons celui de la pluie qui nous suffit. On déploie les toiles de tente et, assis ou accroupis sous leur illusoire abri, on prend ses dispositions de nuit… on fait son lit ! Je ramasse quelques branchages fauchés par le bombardement des jours précédents, et je m’étends presque de volupté. Au bout d’une heure, transit d’humidité, je me lève en maugréant, n’ayant plus que la ressource de faire les cent pas pour réagir. Nos patrouilles de liaison ont perdu la trace des unités d’attaque, il faut en conclure que celles-ci ont gagné du terrain. Peut-être que nos blessés d’avant-hier ont trouvé des sauveurs qui les ont guéris de la terreur d’être faits prisonniers.
Le régiment est à Souain, il y restera. Ira-t-il plus loin ? C’est douteux : les crêtes au nord sont fortement tenues. L’artillerie ennemie tonne puissamment, nous sommes arrêtés sur tout le front de Champagne, de Reims, à l’Argonne. La poursuite est enrayée, la libération du territoire est ajournée. Nous restons en réserve. 

16 septembre 1914
Peu de changement. On signale que le bombardement des tranchées allemandes entraîne des coups de fusil tirés par les officiers allemands sur leurs fuyards.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René
Nous sommes rassemblés dans le ravin de « la voie romaine », nous subissons un incessant bombardement. Nous sommes disposés par petits paquets et tâchons de nous confondre avec des tas d’avoine bottelée. À chaque instant, nous attendons l’ordre de nous porter en avant, tant et si bien que nous négligeons une précaution élémentaire, celle de creuser des trous et de nous abriter derrière des parapets de terre. Toutes les imprudences se payent et notre immobilité nous coûte une cinquantaine d’hommes, stupidement tués ou blessés à ne rien faire. À la nuit, nous rentrons sous bois. Des huttes s’y aménagent rapidement et, sur les toits de branches entrecroisées, les toiles de tente se raidissent d’humidité. Trois nuits de pluie ! On se sent perclus de douleurs. On patauge dans la craie visqueuse. On ressemble à des plâtriers. Les fusils sont rouillés, les mécanismes encrassés de boue blanche ne fonctionnent plus. Le moral est bas.  

17 septembre 1914
Même situation.
Il est 16 h 40, le 149e R.I. reçoit l’ordre d’attaquer le mamelon 155 en liaison avec la 86e division. Cette attaque est annulée.  Le régiment bivouaque sur place.

18 septembre 1914
Les positions occupées sont renforcées. Même situation, la canonnade continue. Le colonel Menvielle quitte le commandement provisoire de la 85e brigade. Il est remplacé par le général Dumezil commandant l’artillerie du 21e C.A..                                         

19 septembre 1914
Un ordre est donné à un détachement qui est sous les ordres du lieutenant-colonel Escallon, composé d’un bataillon du 149e R.I. et d’un bataillon du 158e R.I., il doit occuper la lisière nord-ouest du bois de la cote 151 (1500 m nord- ouest moulin de Chantereine ).
À 4 h 00 les bataillons du 149e R.I. qui se trouvent dans  Souain sont attaqués par l’infanterie et cannonnés. Le 3e bataillon du 149e R.I. ne peut franchir la crête pour les appuyer. Les 2 bataillons coincés dans le village, d’abord dans la partie ouest, finissent par l’occuper en entier, en faisant subir à l’ennemi de grosses pertes. Ils regroupent  120 prisonniers dans l ‘église. La situation reste critique toute la journée. Les munitions manquent et  il est impossible de se réapprovisionner.
Le réapprovisionnement ne peut se faire que dans la nuit. Quand l’artillerie ennemie cesse, les blessés et les prisonniers sont évacués et le 3e bataillon le rejoint. 

                 Carte_postale_Souain__1_

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René. 
À 6 h 00, réveil au son du canon et de la fusillade. Une nouvelle fuse : Le régiment est attaqué dans Souain.
- Je transmets l’ordre : « 9e compagnie : avant-garde. Front d’engagement : l’est de la route, la droite au boqueteau 158 - 10e et 11e compagnies : formation échelonnée derrière la 9e compagnie. – 12e  compagnie : en réserve, en lisière du bois. »
Rien de grave tant que nous cheminons ainsi dans la dépression de la voie romaine. À la crête, dès qu’y arrivent les éclaireurs de la 9e compagnie, le tableau change : rafales serrées de 77, tirs d’enfilade de mitrailleuses venant du moulin de Souain à l’ouest et des bois à l’est. L’avant-garde, au lieu de reculer, se jette en avant et disparaît au-delà, mais nous voyons des corps inertes qui jalonnent son itinéraire et de nombreux blessés refluent vers nous. Un moment après, c’est notre tour… Les canons et les mitrailleuses ennemies sont sur leurs gardes, des feux infranchissables nous barrent la route et nous infligent de lourdes pertes. Trois fois nous essayons, trois fois en vain. Le capitaine L...(Émile Laure)  nous ramène à 200 m en arrière, pour reconstituer les unités ébranlées et préparer une autre tentative. Il faut absolument passer. Les bruits les plus alarmants nous parviennent par des isolés, de retour de Souain : ils disent que l’ennemi a attaqué avec des forces considérables, que nos camarades sont cernés, qu’ils demandent sans délai du secours et des renforts importants.
Nouvelles vagues de tirailleurs lancées vers la crête, nouveaux échecs.
De l’arrière, on nous croit mous ou fléchissant. On aiguille dans notre direction 2 compagnies de chasseurs, pour nous entraîner. Ils avancent, dans l’angle mort, en belle formation… Nous n’y mettrons pas d’amour-propre, s’ils font mieux que nous, on suivra ! Les voici. Ils se ramassent, les chefs de section donnent l’exemple, la ligne dangereuse est abordée au pas de course. Le mouvement s’annonce bien, nous nous y joignons résolument. Soudain, toute une rangée s’écroule en même temps, sous une rafale d’enfilade de mitrailleuses…La vague est brisée… Le reflux arrête et repousse le flux… Les chasseurs rétrogradent loin, très loin… Nous retrouvons nos places et sommes de nouveauseuls… Il ne fallait pas croire que nous étions mous ou fléchissant !
Tragiques instants.
Et nos camarades qui nous attendent…. L’obscurité va nous permettre de passer. Le capitaine commandant rassemble les survivants de cet engagement stérile et sanglant, et les achemine par la route vers le village. Nous tombons nez à nez sur une colonne arrivant en sens inverse. Quelqu’un s’écrie :
- En arrière, ce sont les Allemands !
C’est vrai… Mais prisonniers.
Une compagnie les escorte. Les 2 premiers bataillons se sont dégagés par leur attitude hardie, grâce au sang froid de leurs chefs. Après un corps à corps dans les maisons et dans les rues, l’attaque a rebroussé chemin, laissant d’innombrables morts et plus de 100 prisonniers. Victorieux, le régiment se groupe sur le champ de bataille et, comme on disait autrefois, il va coucher sur ses positions.
Autrefois, en pareil cas, on se reposait. Aujourd’hui, on continue. La bataille ne s’arrête jamais, les alertes succèdent aux alertes : les fantassins sont partis, les obus les remplacent, semant à distance, par représailles d’une affaire manquée, l’épouvante, la mort et l’incendie. Le village brûle. Les postes de secours émigrent de ruine en ruine, traînant derrière eux leur triste cortège de blessés. L’auto-canon est encore là, renversée, brisée, seul trophée de 3 jours de bataille.
Le vainqueur du jour est le commandant F…(Henri François) du 2e bataillon. On se hâte vers son poste de commandement, à la maison d’école, pour lui offrir des félicitations émues. Quel soldat ! Petit, les yeux clairs, un nez fin et décidé, le teint coloré et exubérant de vie. La moustache blonde et éclatante de jeunesse, la voix fraîche et claironnante, un éternel sourire épanoui sur les lèvres. Ce soir, il est grisé d’émotion et de succès. Il vient de donner ses ordres : Le village est cerclé, les barricades sont dressées, les tranchées bien garnies, tout le monde à son poste….
Une constatation inattendue montre que notre bataillon a eu les pertes les plus lourdes. Aussi ne sommes-nous pas appelés au service des tranchées et nous casons nos unités dans les granges ou caves de la partie sud du village, prêtes à être alertées si besoin.
Deux de nos commandants de compagnies manquent à l’appel : le capitaine S…(Henri Souchard),, de la 9e compagnie, qui a été grièvement blessé au moment où il entraînait ses éclaireurs vers l’avant, et le sous-lieutenant J…(Paul Jeannin), qui a eu une jambe cassée par un éclat d’obus. Le capitaine L…(Émile Laure) ne peut nous dissimuler sa tristesse de voir disparaître ainsi les deux derniers représentants des officiers du départ, et il pleure aux mauvaises nouvelles qu’on lui donne du capitaine S...(Henri Souchard), son meilleur ami du vieux bataillon du temps de paix !
Pendant une semaine, nous « tenons garnison ». Les occupations ne manquent pas : elles sont surtout d’ordre funèbre… 

20 septembre 1914
Nuit calme. Accalmie toute la journée. L’artillerie française donne efficacement.

21 septembre 1914
il n’y a pas de changement important au 149e R.I..

22 septembre 1914
L’ordre est donné au 149e R.I. dans Souain de se montrer agressif et de gagner si possible du terrain. Pour le reste de la brigade, organisation sur place et repos.

Extraits du livre " jours de gloire, jours de misère" d'Henri René.

Un soir, le 22 septembre, si je me souviens bien, on signale la disparition du commandant F…(Henri François). C’est, pour nous tous une grande et douloureuse émotion. On ne doute pas qu’il n’ait commis une imprudence et, toute la nuit, on le cherche aux abords des tranchées. 


23 septembre 1914
Une reconnaissance fait savoir que les tranchées en face du 149e R.I. sont garnies de fils de fer. La journée reste calme. Le 149e R.I. effectue des travaux de propreté et enterre les cadavres. L’artillerie allemande tire sur Souain. La  nuit est calme.

24 septembre 1914
 Une attaque de la 43e division et de la 60e division sur la cote 60 doit se déclencher. Le 149e R.I. agira dans la direction de Sainte-Marie-à-Py, en liaison avec les chasseurs de la 86e brigade. L’offensive commence à 9 h 00 et se poursuit jusqu’à la nuit. L’artillerie ennemie se tait grâce à la nôtre. La progression du 149e R.I. est très lente sous le feu. La  nuit est calme. 

25 septembre 1914
Matinée calme. À 15 h 00, ordre de vigilance, une action ennemie est à craindre. À 18 h 00, une violente canonnade se produit sur Souain. À 18 h 30, l’infanterie attaque. La canonnade ralentit à la tombée de la nuit. 

26 septembre 1914
Matinée calme. Le commandant François du 2e bataillon est retrouvé mort d'un éclat. 6 h 30. Une violente attaque sur le 17e C.A. subit une violente attaque. L'ennemi est arrêté par l'artillerie. Les tranchées de la cote 155 sont abandonnées dans la journée par 2 sections du 149e R.I. qui les avaient occupées. Elles sont reprises la nuit. Le 158e R.I. est engagé. 

Extraits du livre " jours de gloire, jours de misère" d'Henri René.

Vers le matin seulement, un de ses officiers songe à monter au grenier de la maison d’école : sur la dernière marche, un corps inerte gît, la tête fracassée, inondé de sang, c’est notre malheureux commandant F…(Henri François)  ! Il a été frappé à son poste, en pleine activité, au travers de la mansarde qui lui avait servi d’observatoire à la fin du jour, pour y surveiller le front, pour s’assurer que nous pouvions dormir tranquilles. C’est une belle fin, il n’en eût pas rêvé d’autre s’il avait dû choisir… Il avait tant souhaité, cependant, ne pas être arrêté dans sa course à la victoire ! Nous lui faisons de pieuses obsèques, les plus anciens officiers de régiment se disputent l’honneur de le porter eux-mêmes jusqu’à sa dernière demeure. Le colonel prononce sur sa dépouille une allocution touchante et l’on se dit « à Dieu »…
Le haut commandement a les yeux sur nous. Il vient de nous le faire savoir par la plus belle citation à l’ordre de l’armée que le régiment ait encore connue. Il peut être tranquille : Souain tiendra. Peu à peu, nous nous organisons comme dans une place forte assiégée, mobilisant toutes les ressources, faisant face aux évènements prêts à subir les privations ; les fatigues et les bombardements, pleins de confiance. Nos troupiers s’ingénient : ils soignent les vaches dans les caves. Ils décomptent le petit bétail. Ils rassemblent les lapins et les pigeons égarés. Ils retournent les champs de pommes de terre… Même encerclés, nous ne mourrons pas de faim. Les cuisines s’installent dans les foyers effondrés, le plus près possible des entrées de caves afin que, au premier sifflement d’obus, on puisse disparaître. Les hommes ont été tellement sevrés d’aliments chauds, depuis longtemps, qu’ils mettent à ce jeu l’audace la plus étonnante : j’en vois qui sont assis sur les marches de l’escalier. Leur marmite bout, ils flattent des yeux leur rata. Ils le tournent amoureusement avec un bâton d’une propreté douteuse…
Ils s’éclipsent par une descente rapide pour laisser passer l’explosion. Ils reviennent à leur pot-au-feu, et le manège se poursuit, tragique et comique tout à la fois. Quelques-uns meurent à leur poste, sans que l’incident (la mort n’est plus qu’un incident) décourage les autres. La chasse aux vieilles ferrailles leur a fait découvrir des moules à gaufres, ils se passionnent à cette fabrication et, d’une pâte horriblement fade de farine et d’eau, sans sucre, ils tirent des gaufres par douzaines. C’est très mauvais, mais c’est une apparence de friandise.
Notre tour est venu de monter la garde et nous nous alignons dans les tranchées. Elles sont bien maigres et bien imparfaites. Nous ne voulons pas admettre que ce puisse être définitif, et nous nous contentons de cette demi-mesure en attendant que la situation stratégique se soit modifiée. Ah ! Non ! L’immobilisation ne saurait être notre sort, au lendemain de ces longues journées de marches et de fatigues, et nous savons que dans le nord, vers la Somme, de nouvelles armées continuent la manœuvre de la Marne. Le barrage défensif que les Allemands ont tenté de nous opposer sur l’Aisne tombera par débordement et l’heure n’a pas encore sonné de nous enfouir dans le sol comme des taupes. Les nuits sont agitées. Les patrouilles se heurtent. La danse des ombres peuple l’imagination des guetteurs. Nos soldats n’ont pas acquis, jusqu’à maintenant, « le sang froid de l’homme de guerre » et les fausses alertes se succèdent presque sans interruption. De terribles fusillades se déclenchent, les Allemands éclairent le terrain avec des fusées (détail pratique qui nous est encore inconnu), et la plupart du temps, ce sont fantasmagories pures. Les sentinelles à la barricade du nord rendent compte affolées qu’une « grosse colonne d’attaque s’avance par la route »… On va voir… C’est un troupeau de vaches errant d’un front à l’autre !     

27 septembre 1914
Le bombardement de Souain continue avec un mortier de 210. 20 h 00 : violente fusillade sur tout le front du 21e C.A. jusqu'à la hauteur du moulin de Souain. L’artillerie continue de canonner devant la 86e brigade.                                  

28 septembre 1914
La fusillade et la canonnade reprennent dès le début du jour et se poursuivent toute la journée.
Dans la nuit, le 2e bataillon revient cantonner à Suippes pour se reposer. Il amalgame un renfort de 500 hommes et de 4 officiers du 115e  R.I.T. de Marseille, ainsi que 2 lieutenants de l’active, blessés en début de campagne, et un officier russe engagé pour la durée de la guerre.
Deux voitures chargées d’outils et de fil de fer sont envoyées pour faire des travaux de terrassement Les mouvements sur la route entraînent une violente canonnade. Quelques fusillades dans la soirée. La nuit reste calme.

Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René.
On s’use vite à  ce régime, et, privés de sommeil, nous voilà de nouveau épuisés. La charge s’alourdit cependant le 28 : le gros du régiment est retiré et on confie à notre bataillon la défense du village. Nous ne sommes pas contents du tout et passons une journée maussade.  

29 septembre 1914
Même monotonie d’événement. Le 149e R.I. signale que l’ennemi renforce ses tranchées.


 Extraits du livre « jours de gloire, jours de misère» d'Henri René.
Le lendemain, le moral remonte, à la nouvelle que nous partons aussi. On ne sait, ni pour où, ni pour quoi, on est heureux tout de même : on ne tient plus en place, on en a assez de ce coin de Champagne où les horizons sont bornés à 100 m par des crêtes qu’occupe l’ennemi. Partons, partons vivement. Surtout, n’alarmons pas les tranchées opposées, pour qu’il ne prenne pas à quelque attaque la fantaisie de sortir et de nous immobiliser à l’heure de la délivrance !
Il fait un clair de lune radieux… « Un clair de lune allemand » … Nous avons tout préparé  pour passer  minutieusement la consigne à nos successeurs, nous ne voulons pas qu’ils aient à nous retenir une seconde… Ils n’arrivent pas, on s’impatiente. Pas un coup de fusil. C’est la sérénité des beaux soirs d’automne, un souffle de poésie court sur la pestilence des charniers. Vers le ciel, des tranchées ennemies, la pieuse harmonie d’un « lied » s’élève doucement : le chant, d’abord plaintif, se hausse peu à peu en accords plus puissants, puis devient une prière grandiose ; son rythme mélancolique semble évoquer la communion des vivants et des morts dans le même sacrifice. Voilà la relève. Notre monôme se déroule à travers les ruines et la lune projette sur les pierres le silencieux cortège de nos ombres. La chanson s’éloigne et le chœur de nos ennemis pleure en sourdine les souvenirs communs que notre hospitalité fit naître dans ces champs d'horreur. 

30 septembre1914 
Le général reçoit  à  1 h 00 du matin, un l’ordre verbal du 21e C.A. (confirmé ensuite par écrit). Il doit attaquer vers Source-de-l’Ain avec un groupement  composé de la manière suivante : Un bataillon du 17e R.I., un bataillon du 109e R.I., un bataillon du 21e R.I. réserve de C.A. + un bataillon du 149e R.I., cantonné à Suippes pour empêcher l’ennemi de retirer des forces de leurs lignes de combat. 

1er octobre 1914
 Un avis  est donné à la brigade. Elle embarquera avec le 21e  C.A.. Dans la soirée elle gagne Veuve. Arrivée à midi.
Le 158e R.I. arrivant de Mourmelon-le-Petit est arrivé depuis 9 h 00. Le 149e R.I.(2 bataillons) y arrive à partir de 14 h 00. Un bataillon est resté à Souain. Départ de la brigade à 18 h 00 pour embarquerà Châlons-sur-Marne. 

Sources :

J.M.O. de la 85e brigade : série 26 N 520/9 et 26 N 520/10.

« Jours de gloire, jours de misère », livre de Henri René, éditions Perrin. 1917.

La carte postale représente la 12e compagnie du 149e R.I. en 1913. 

Remerciements :

Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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21 août 2009

Premiers pas en Artois (1ère partie).

                  149e_R

Après son passage dans le secteur de Souain, le 149e R.I. poursuit sa destinée du côté de Notre-Dame-de-Lorette au début du mois d’octobre 1914. De larges extraits du J.M.O. de la 85e brigade sont utilisés ici pour accompagner les quelques passages provenant des livres suivants : « Lorette une bataille de 12 mois » d’Henri René et « Les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert.  

1er octobre 1914

La brigade doit embarquer avec le C.A.. Pour se rapprocher de la zone d’embarquement, elle doit gagner la Veuve ou elle arrive à midi. Le 158e R.I. qui vient de Mourmelon-le-Petit est arrivé depuis 9 h 00. Le 149e R.I. avec deux de ses 2 bataillons est là à partir de 14 h 00, le dernier de ses bataillons est encore  à Souain. Le départ de la brigade commence à partir de 18 h 00. L’embarquement se fait à Châlons-sur-Marne. 

2 octobre 1914

Destination prévue : Creil, arrêt à la Plaine-Saint-Denis. Départ 23 h 00. Destination : Arras. Arrivée à Amiens, direction Abbeville, Etaples puis Calais, Armentières, débarquement à Wavrin à 4 h 00 du matin. 

3 octobre 1914

Les trois bataillons du 149e R.I. partent de la gare de Châlons-sur-Marne, un bataillon vers 13 h 00, un autre vers 16 h 00 et le dernier à 19 h 00.

Le 158e R.I. s’établit en défense, passage sur la Deule, la Bassée jusqu'à Bauvin Des corps de cavaleries ennemies sont signalés dans la région de Carvin. 

4 octobre 1914

Le 158e R.I. est toujours en action vers Vendin-le-Viel, Pont-à-Vendin, mais il n’y parvient pas. Il se retranche à Wingles. Le 149e R.I. se trouve dans le secteur de Saint-Pol. 

5 octobre 1914

                  Aubigny_en_Artois

Même but que la veille, pour le 158e R.I.. Le 2e bataillon du 149e R.I. quitte Saint-Pol pour aller sur Aubigny. Il doit accompagner 3 groupes de deux batteries d’artillerie. 

6 octobre 1914

Le 149e R.I. poursuit sa mission de soutien d’artillerie dans la région d’Aubigny-Cambligneul et dans celle de Camblain-l’Abbé. Il doit constituer la réserve d’armée. 

7 octobre 1914

                  Carte_de_Bouvigny_1914

Deux compagnies du 149e R.I. se préparent à gagner le bois de Bouvigny. Elles se dirigent sur Gouy-Servins… 

La situation reste inchangée et le calme règne sur toute la ligne. Des rassemblements ennemis sont signalés sur Roubaix-Tourcoing et vers Comines. À 16 h 00, un ordre téléphonique du commandant de la 10e armée est donné. Deux bataillons de chasseurs doivent se mettre en marche immédiate sur la Bassée.

 Deux compagnies du 149e R.I. qui sont en réserve de la 43e D.I.sont dirigées sur Gouy-Servins. Ce petit détachement du 149e R.I. sous les ordres du capitaine Petitjean, doit gagner la lisière est du bois de Bouvigny. Il occupe les avant-postes pour renforcer les éléments de cavalerie.

Le reste du régiment est toujours dans la région Aubigny-les quatre vents, en réserve d’armée et en soutien d’artillerie. 

8 octobre 1914

Le  3e bataillon du 149e R.I. quitte la réserve et se prépare à monter en ligne, non pour tenir le front, mais pour avancer et combattre de nuit dans le milieu particulier qu’est le sous-bois. 

Les deux compagnies du détachement Petitjean qui sont dans le bois de Bouvigny se maintiennent sans trop de difficultés et cherche à gagner la lisière est du bois. Un autre détachement plus important, celui du capitaine Laure se trouve dans le bois de Bouvigny à 19 h 00. Ce détachement est constitué de 3 compagnies du 149e R.I. d’une compagnie et ½ du 1er B.C.P. et de quelques éléments d’artillerie. Il prend position devant les tranchées allemandes dans la partie est du bois de Bouvigny. 

Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.

« La 43e D.I. doit exécuter deux attaques simultanées, l’une sur Carency, l’autre sur le plateau de Lorette. Pour celle-ci, elle donne vers 12 h 00 au 3e bataillon du 149e R.I., l’ordre de passer par le bois de Bouvigny et d’atteindre comme 1er objectif la chapelle. Deux compagnies et demie, sous les ordres du capitaine Laure, commencent à progresser dans la partie ouest du bois où elles trouvent, au passage, les 2 compagnies qui avaient relevé les cyclistes de la 1ère division de cavalerie, et dont les postes avancés demeurent à quelques mètres de petites fractions ennemies. En même temps, à droite, partant du bois de la Haie, la 5e compagnie et un peloton de la 2e compagnie du 1er bataillon de chasseurs tentent d’aborder le bois de Bouvigny par la lisière sud-est. L’adversaire résiste partout, et l’avance entravée par de multiples difficultés est presque nulle. La nuit tombe. Au milieu des arbres, dans un épais brouillard qui accentue l’obscurité, le combat continue. On est là, face à face avec des présences incertaines, mais dangereuses, et l’on tire pour un rien, nerveusement. Il n’est pas un glissement ou un pas que l’on ne perçoive dans les feuilles mortes malgré le bruit de la fusillade. Tout à coup, sur la ligne des tirailleurs, un cri rebondit de bouche en bouche : « En avant ! » Et on charge à la baïonnette, droit devant soi, sans rien voir, mais avec la foi dans le succès. Bientôt, c’est le désordre et l’anxiété. Les chasseurs viennent buter dans le flanc droit des unités du 149e R.I.. Il faut s’arrêter à hauteur de la maison forestière. Après ce moment de crise, qui a coûté quelques pertes, les fusils se taisent. L’ennemi s’est replié, on ne sait où, mais on ne le sent plus devant soi. On installe les petits postes et des patrouilles prudentes ratissent le terrain. » 

Extraits du livre « Lorette une bataille de 12 mois » d'Henri René aux éditions Perrin et cie.

« Depuis quelques jours déjà, nous savions que « ça chauffait » ferme, d’Arras à Lille. Nous trépidions dans l’inconnu. La 1ère division (13e) avait filé tout d’une traite sur Armentières et Lille, où nous la devinions aux prises avec l’ennemi. Mais nous la 2e division, pour qu’on nous eût débarqués, sans suivre la 1ère, à l’ouest d’Arras, pour qu’on nous fît construire hâtivement des tranchées autour des villages où nous étions cantonnés, pour qu’on nous laissât nous mélangés avec la division de cavalerie tourbillonnant dans les Plaines dela Gohelle, nous devions nous attendre à être engagés sur place, et cela n’était pas pour nous déplaire. Car, de l’infanterie aussi largement articulée à l’aile d’une armée, de la cavalerie la coudoyant en grande masse, de l’artillerie encore habituée aux évolutions rapides se mélangeant à elles, tout cela nous faisait l’effet d’être de la bonne graine de poursuite. Nous savions que la victoire dela Marne était à exploiter et que, dans l’esprit des chefs, il y avait place pour une décision foudroyante à laquelle tous étaient fiers d’être peut-être appelés à collaborer.

À 11 h 00, nous déjeunions, lorsque le capitaine commandant le bataillon fut appelé au téléphone…

Alerte ! Mission d’honneur, très importante, recommandations spéciales et insistantes du général commandant d’armée : Allemands à repousser d’une hauteur dominant toute la plaine, positions d’artillerie à conquérir et à conserver à tout prix, liaison à assurer avec l’avant-garde de la 13e division qui redescend de Lille et marche sur le même objectif.

On était prêt : on boucle et l’on part. Une pose plus loin, vers les quatre-Vents, on se grossit d’une section de mitrailleuses et d’une batterie d’artillerie. Avec quelque émotion, on serre la main aux camarades du 2e bataillon du régiment, momentanément maintenu à ses constructions de tranchées…

Point de direction : le vieux moulin de Bouvigny qui se profile là-haut, sur la crête, au-dessus de Servins.

Pendant que nous y montons, le capitaine commandant déboîte à droite avec sa reconnaissance d’artillerie et, de loin, nous le voyons qui scrute l’horizon à la jumelle avec le commandant de batterie : bonne affaire ! C’est là qu’il va planter les quatre 75 assurant notre appui, car c’est de ce côté, du bois de la Haie, qu’on aperçoit la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette, notre objectif…

Quelques « tuyaux» nous sont parvenus en cours de route : notre cavalerie, qui avait pris pied aux abords de cette chapelle, a été refoulée par une attaque d’infanterie la nuit dernière, et ses cyclistes n’ont eu que le temps de couvrir son repli, luttant pied à pied sur le plateau et dans le bois contre une avant-garde ennemie supérieure. Deux compagnies de notre régiment, que nous allons retrouver là-haut, ont déjà remplacé les cyclistes…

Nous faisons la pause près du vieux moulin, avec une petite avant-garde dans la direction du bois : la dernière halte avant de nous engager…

Ce n’est pas la première fois qu’on va se battre, mais la perspective d’un combat de bataillon isolé en rase campagne, cela vous fait tout de même quelque chose. Des coups de fusil partent du bois, à l’est… Des balles perdues arrivent près des meules de paille et du boqueteau où nous nous abritons…

À nos pieds, au nord, une immense plaine, mal dégagée des brumes qui la recouvrent en partie, avec des cheminées innombrables, des alignements de corons, des chevalements de puits de mine et, ce qui est moins pacifique, des grondements sourds s’échappant du sol, des lueurs se détachant du brouillard là-bas, du côté de la Bassée, de Loos, de Liévin… C’est, sans doute, le canon de la 1ère division qui redescend de Lille et l’espoir de sa prochaine collaboration à notre engagement.

 Une compagnie reste en réserve près du vieux moulin et y creuse des tranchées. Le reste s’avance… La formation est bonne…

Voici la petite avant-garde à la lisière. Un cycliste rend compte que les deux compagnies nous ayant précédé sont en avant, à 200 m, vers une maison forestière, nez à nez avec l’ennemi qu’elles accrochent ferme.

Le capitaine commandant les prend sous ses ordres…

La nuit tombe, c'est le moment choisi. Une compagnie s’avance de front, pour entraîner les camarades, une autre par le rebord du plateau, en lisière nord du bois, et, au sud les chasseurs à pied prolongent la petite attaque avec ordre de « taper» dans le flanc gauche de l’ennemi… Le signal sera donné à droite par les chasseurs, il se fait un peu attendre, leur cheminement sans point de direction bien visible ayant été difficile. Voilà la nuit maintenant. On s’impatiente. Tout d’un coup la nappe du sifflement des balles s’étend sur tout le bois, les cris de « En avant à la baïonnette ! » percent le silence qui avait précédé l’attaque, la confusion règne, des hommes tombent, surtout à gauche. Les officiers circulent dans le taillis épais et obscur pour mettre de l’ordre parmi le brouhaha, des chasseurs à pied venant de la droite « se jettent dans les jambes » des unités qui ont poussé droit...

Le combat n’a pas donné les résultats qu’on escomptait de la surprise. À gauche, nous sommes bouclés : grosses pertes, progrès nuls, inquiétude des officiers qui sont convaincus qu’on est tombé « sur un bec » et qu’il n’y aura pas moyen de passer. À droite, on n'entend plus rien et on n’a plus de nouvelles des chasseurs ni des sections du bataillon qui agissaient en liaison avec eux.

Il faut avoir assisté à des combats de nuit en rase campagne, surtout sous bois, pour se rendre compte des anxiétés d’une telle situation, quand on n’a eu le temps de reconnaître au préalable ni l’ennemi ni le terrain !

Bonne nouvelle : vers minuit, on a la certitude que la droite a passé, filant d’une traite sur ses objectifs, et poussant des éléments jusqu’à l’orée à l’est du bois. Même à gauche, l’affaire s’arrange… Une patrouille d’aile, qui s’est glissée le long des pentes, a pris contact, vers les corons de Marqueffles avec des éléments de la 1ère division.

À l'intérieur du bois, des mouvements perçus nous donnent bientôt la conviction que l'ennemi se décroche, par des chemins connus de lui, mais où il nous est impossible de le talonner en raison de l'obscurité et de la non-connaissance des lieux. » 

Sources :

« Journal des marches et opérations de la 85e brigade ». S.H.D. Réf : 26 N 20/10.

Les archives du Service Historique de Vincennes ont été consultées.

« Lorette, une bataille de douze mois ». Henri René, aux éditions Paris, Perrin et Cie – 1929.

« Les combats de Notre-Dame-de-Lorette ». Capitaine J. Joubert, aux éditions Payot – 1939. 

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

Un grand merci à M. Bordes, M. Yassai, à A. Carobbi, à M. Porcher, à l’association « collectif Artois 1914-1915 » et au Service Historique de la Défense de Vincennes.   

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28 août 2009

Premiers pas en Artois (2e partie).

                  Les_t_l_phonistes

9 octobre 1914

Le gros du régiment doit se porter au nord du bois du château de Noulette pour se mettre à la disposition de la 26e brigade. Une compagnie qui était restée dans le secteur d’Aubigny, reçoit, en fin de matinée, l’ordre de rejoindre une autre compagnie du 149e R.I. qui se trouve avec une batterie d’artillerie au moulin du signal de Bouvigny. Le détachement Laure doit attaquer la position de Notre-Dame-de-Lorette et empêcher l’ennemi de déboucher à l’ouest du bois de Bouvigny Dans la soirée,  Le 2e bataillon du 149e R.I. commandé par le capitaine Pretet, relève le 3e bataillon du régiment (détachement Laure) dans le bois de Bouvigny.       

Extraits de l’ouvrage « les combats de Notre-Dame-de-Lorette » du capitaine J. Joubert aux éditions Payot.

« Le commandant Michaud du 20e B.C.P. recherche lui-même la liaison avec le bataillon Laure du 149e R.I., à l’intérieur du bois de Bouvigny, pour que le 149e R.I. lie son mouvement au 20e B.C.P.. Le 3e bataillon du 149e R I. est, lui aussi, parti en avant à la première heure du matin. Les taillis touffus, les ronceraies et le brouillard épais ralentirent sa marche. Quelques balles de patrouilleurs ennemis qui s’enfuyaient l’ont obligé à balayer tout le bois. Arrivées à la lisière les sections de droite sont prises sous le feu d’écharpe de mitrailleuses qui vient de la direction d’Ablain-Saint-Nazaire, mais à gauche la progression s’avère plus facile. L’artillerie qui n’a pas pu tirer dans la matinée, vers midi, entre en action au bois de la Haie, et pousse une section du 12e R.A.C., sous les ordres du lieutenant Robert, dans le bois même de Bouvigny et jusqu’à la lisière est, à hauteur des premiers éléments de l’infanterie, assurant ainsi une liaison particulièrement intime avec les deux armes. La 5e compagnie et le peloton de la 2e du 1er B.C.P., qui ont été placés sous les ordres du capitaine Laure, sont bloqués par les tirs ennemis, tandis que le reste du bataillon organise le point d'appui de l'ancien moulin Topart.

16 h 00, le bataillon Laure et le bataillon Michaud se sont mis en liaison. À 21 h 00, le capitaine Laure envoie au général commandant la 43e D.I. le compte rendu suivant : « Situation en fin de journée : à la nuit ma 1ère ligne avait pu atteindre une grande haie traversant du nord au sud l’arête de Notre-Dame-de-Lorette, à environ 300 m à l’ouest de Notre-Dame-de-Lorette. Haie sur laquelle je me trouvais en liaison à gauche avec le 20e B.C.P.. Deux de mes sections environ ont pu sauter sur des tranchées allemandes situées à mi-chemin entre la haie et Notre-Dame-de-Lorette, et les occuper. À la faveur de la nuit, une compagnie fraîche du 149e R.I. (5e compagnie) prélevée sur celles amenées par le lieutenant-colonel Escallon, a pris sous son commandement mes deux sections occupant un peu en avant la tranchée allemande. Cette 5e compagnie se trouve en liaison à gauche avec une compagnie du 20e B.C.P. qui occupe la partie gauche (nord) de la haie. Il y a quelques Allemands qui se trouvent encore réfugiés dans la chapelle crénelée et ses abords, mais vraisemblablement très peu. Le point critique pour le maintien de l’occupation du terrain conquis est le rebord sud du plateau, face à Ablain-Saint-Nazaire. De ce village sont partis toute la journée des feux nourris et ajustés d’infanterie et surtout d’artillerie. Sur ma demande, 2 compagnies fraîches (8e et 6e compagnies) s’occupent cette nuit de l’organisation défensive de ce rebord. Mes 4 compagnies se reconstituent à la lisière est du bois de Bouvigny, moins une demie de la 12e compagnie que j’envoie à la garde des tranchées faites par le génie au moulin de Bouvigny (avec ordre de les occuper surtout face au nord puisque je tiens maintenant assez fortement le plateau pour que le repli face au bois de Bouvigny ne soit pas d’une grande importance) et moins une demie de la 10e compagnie (peloton d’Estrée-Gauchie). J’ignore la destination donnée à ce dernier élément, et je demande que ces deux sections me soient rendues si possible. À ma droite, les 6 sections du 1er bataillon (capitaine Delporte) me couvrent en tenant les lisières sud-est du bois de Bouvigny, face au saillant ouest d’Ablain-Saint-Nazaire. Si cette compagnie est rendue demain à son bataillon, il faudra assurer la couverture du 149e R.I. face à Ablain-Saint-Nazaire. Le lieutenant-colonel Escallon a repris ce soir le commandement de l’ensemble ; 2 bataillons du 269e R.I. sont venus, je crois, se mettre à sa disposition un peu avant la nuit ».

Pour soutenir, en effet, l’action des unités qui attaquaient le plateau de Lorette, le commandement avait pris diverses dispositions. Les 2 bataillons disponibles du 149e R.I. avaient été portés dans le bois de Bouvigny, et au nord, près de la ferme Marqueffles, 2 bataillons du 10e C.A., un du 41e R.I. et un du 70e R.I., envoyés à Mazingarbe à la fin de la matinée, les remplaçaient en réserve. Le 269e R.I. transporté d’Arq en autocars et envoyé en renfort du 149e R.I, sous les ordres du commandant Wurmster, se trouvait au soir à Aix-Noulette ; là il était employé pendant la nuit à transporter des outils destinés aux troupes qui occupaient le plateau de Lorette.» 

                  la_maison_foresti_re

Extraits du livre "Lorette une bataille de 12 mois" d'Henri René aux éditions Perrin et cie.

« Quel brouillard ! On n’y voit pas à dix pas…Les ordres brefs de notre chef, nous actionnant hardiment vers l’avant, accroissent notre confiance. Tout le monde en ligne, en tirailleurs et à grands intervalles, pour les compagnies de tête. Les compagnies de queue suivront en colonnes minces. Des patrouilles, bien commandées couvriront ce dispositif. On avance résolument, quoique lentement, car le taillis est épais et à gauche il y a encore des coups de fusil : il faut pourtant balayer tout le bois et ne laisser derrière soi aucun traquenard. Vers la lisière nord, on rencontre nos tués de l’échauffourée d’hier soir…De temps en temps, dans le brouillard épais, des formes se détachent : l’ennemi ? Non, des faisans, dont le brouillard, amplifie les mouvements. Voici d’ailleurs «la Faisanderie», rendez-vous de chasse gracieusement niché dans le bois. On fouille rapidement, et on passe l’orée du bois. À droite du chemin central, nos sections de pointe nous attendent et respirent en nous voyant. Elles n’ont pas été attaquées dans leur solitude, mais, pendant la deuxième partie de la nuit, elles ont entendu des va-et-vient de troupes et de voitures tout près d’elles, là, sur la gauche, entre la Faisanderie et la lisière nord du bois… Elles ont fait le gros dos, sans bouger, heureuses de se sentir au point du jour redevenues maîtresses de la situation.

9 h 00 : Les ailes reçoivent des balles, partant des patrouilles ennemies qui se retirent devant elles. Le centre est gratifié par de violentes rafales de 77 au moment où il se déploie en lisière. Bon gré mal gré, le combat commence. Le 77 est cuisant, ses obus tombent dru et juste… Satanées pièces, elles ne doivent pas être loin : probablement aux abords de la chapelle qu’on ne voit pas encore. Quelques tués, de vingt à trente blessés. Le rassemblement de départ s’élargit sans qu’il soit besoin de donner des ordres dans ce sens, et le gros du bataillon appuie vers la pointe du bois se prolongeant au nord. La pointe du sud est moins hospitalière : on y reçoit des balles qui vous prennent de travers et semblent venir de la plaine, vers Ablain-Saint-Nazaire et Carency. Allons-y par la gauche, puisque la porte paraît céder de ce côté. Au centre et à droite, la ligne de tirailleurs élargit encore ses intervalles, et peut ainsi venir s’accrocher à la petite crête qui relie transversalement les deux pointes.

Les données de l’engagement se précisent. De cette crête que nous occupons maintenant et où nos tirailleurs se terrent en attendant que le dispositif de combat ait pris sa forme définitive, on aperçoit à l’est, en fond de tableau, une haie qui coupe le plateau. Derrière la haie, un clocheton émerge, à 1500 ou1800 m. C’est de là que partent les 77 ; de là aussi, des balles qui, maintenant que nous sommes vus, sont beaucoup plus ajustées.

Vengeance : nous entendons l’aboiement caractéristique du 75, sans doute nos quatre canons du bois de la Haie, qui viennent frapper dans les jambes des Allemands, autour de la chapelle. L’intervention de notre artillerie « donne du cœur au ventre ». Et puis, les gars, il faut marcher, coûte que coûte ; car voyez ce commandant de chasseurs à pied, qui arrive auprès de votre chef, écoutez son appel. Ses chasseurs, avant-garde de la première division descendue de Lille et dela Bassée, ont attaqué cette nuit les pentes de la chapelle par le nord. L’abordage à la baïonnette, plusieurs fois renouvelé, a été sanglant. Plus de cent des nôtres y sont restés, et au moins autant d’Allemands. Nous n’avons pas pu tenir aux abords immédiats de la chapelle, mais nous sommes accrochés au haut des pentes, sur le rebord du plateau. Notre situation, des plus critiques, redevient bonne avec vous. A tantôt : nous vous attendons. Nous tiendrons jusqu’à votre arrivée.

Tout s’agence et s’arrange. Un grand lieutenant d’artillerie nous annonce en même temps qu’il est à la Faisanderie avec deux pièces. On va pouvoir les utiliser pour appuyer directement notre action, pendant que celles d’en bas, du bois de la Haie, continueront leur tir d’écharpe.

Le grand lieutenant joyeux de prendre sa part de si près à un combat d’infanterie, fait plaisir à voir. Il donne ses ordres :

Une pièce en batterie sur le chemin, entre la Faisanderie et la lisière. Les téléphonistes, déroulez le fil jusqu’ici. Allô…pièce prête ? 2400…

Les trajectoires rasantes de ce tir tendu frôlent nos dos, dans nos trous de tirailleurs, mais leur effet moral nous fait bondir. Et nous sommes décidément, résolument, sans esprit de retour, lancés sur le  « tapis de billard », bien convaincus désormais que tout mouvement de recul nous coûtera plus cher que l’assaut. Les bonds : à allure extrarapide. Les arrêts : en manœuvre mieux qu’au terrain d’exercice !

Cette progression, pied à pied, commencée à 11 h 00, nous a fait gagner encore1000 mquand arrive 17 h 00. Les 77 ont taillé dans la chaîne d’attaque, et aussi une certaine mitrailleuse qui « crache » on ne sait trop d’où, part là-bas, en avant et à gauche, croisant ses feux avec celle d’Ablain. Mais ces Allemands travaillent mal, on voit que les chasseurs de la 1ère division les ont déjà « sonnés », et ils ne nous font même pas peur ! Ils nous offrent inutilement le spectacle de quelques 105 qui s’en vont, mi-fusants, mi-percutants, couper des branches du bois où nous ne sommes plus.

Tout le monde n’est pas de fer. À preuve, cet homme, pourtant point blessé, qui s’en va hurlant et ricanant, les yeux hors de la tête, les bras ballants, les jambes flasques... Il est fou. On n’y fait pas attention, ce spectacle étant assez courant pendant les « marmitages ».

Le capitaine commandant sort, avec sa dernière vague de renfort : le 77 a vu et reconnu un groupe de commandement ; ils sont « salués de première », trois agents de liaison sur quatre sont fauchés, la vague dispersée. Par bonheur, le gros du régiment arrive à ce moment dans le bois : on l’a transporté en autos, et, à la nuit tombante, une compagnie de renfort, la 5e compagnie est mise à notre disposition. Son débouché est plus heureux que celui de notre derrière vague, et bientôt, elle vient, à la faveur de l’obscurité, talonner la chaîne, qui n’avait plus beaucoup de vitalité, pour l’entraîner d’un bond jusqu’à la haie.

Il fait nuit. On se « rameute » derrière la haie : une fraction la dépasse et se jette dans une tranchée allemande dont les derniers défenseurs se retirent précipitamment vers la chapelle.

À gauche, on donne la main aux chasseurs de la 1ère division qui garnissent toute la partie nord de la haie et vont pouvoir ensevelir quelques-uns de leurs morts…

À droite, il s’agit de se rabattre face à Ablain, car si l’ennemi s’avisait de remonter par là, les résultats du combat seraient bien compromis.

Appel à voix basse. Échange de poignées de main. Les patrouilles d’officiers circulent pour reconnaître le terrain et en préparer l’occupation. Nous tenons bien le plateau, tout le plateau. L’ennemi a laissé une arrière-garde à la chapelle, mais son gros semble se replier au-delà.

On n’en peut plus, ce soir. On va s’accrocher à la haie et investir la chapelle à très courte distance. On y entrera demain d’un coup de main résolu, avec une unité fraîche. Des groupes d’officiers de 2e bataillon viennent à nous… On se passe les consignes de combat. Nous laissons sur place nos unités au contact immédiat, notamment celle qui occupe la tranchée allemande à mi-chemin entre la haie et la chapelle. Nos remplaçants garnissent la haie avec une compagnie, échelonnent une 2e compagnie face à Ablain, placent les autres en réserve à la lisière nord-est du bois. Et nous allons, près de la Faisanderie, nous compter, nous reconstituer... et nous reposer. »

 Sources :

« Journal des marches et opérations de la 85e brigade ». S.H.D de Vincennes. Réf : 26 N 20/10.

Les archives du S.H.D. de Vincennes ont été consultées.

« Lorette, une bataille de douze mois ». Henri René, aux éditions Paris, Perrin et Cie – 1929.

« Les combats de Notre-Dame-de-Lorette ». Capitaine J. Joubert, aux éditions Payot – 1939.

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

 Un grand merci à M. Yassai, à A. Carobbi, à M. Porcher, à l’association « collectif Artois 1914-1915 » et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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09 septembre 2009

Un grand merci et une chaleureuse poignée de main à Stéphan Agosto pour avoir bien voulu réaliser ce dessin. Ce dernier illustrera et servira de page de présentation à l'album photo des sépultures des hommes de ce régiment.          

             Dessin_Stephan_Agosto

Et maintenant poussons les  lourdes grilles de la porte d'entrée et pénétrons dans la Grande Nécropole virtuelle du 149e R.I….                  

http://amphitrite33.canalblog.com/albums/la_grande_necropole/index.html

 

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06 octobre 2009

Avant-guerre... Les cantinières.

Voici quelques photographies de cantinières posant avec  leurs familles et leurs personnels.

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               CANTINIERES

Pour mieux comprendre leurs rôles et leurs fonctions, quelques définitions données par Jean Riotte.

La cantinière, généralement l’épouse d’un sous-officier du régiment, était celle qui en tant de paix s’occupait de la cantine, lieu de distribution de vivres et de boissons pour les hommes de troupe. Elle était la seule femme à vivre à l’intérieur de la caserne, dans un logement séparé qu’elle partageait avec son mari. En campagne, les cantinières suivaient les troupes pour assurer le ravitaillement et les diverses tâches de la vie quotidienne. Ainsi étaient-elles amenées à faire la lessive, à servir de barbier et à donner les premiers soins aux blessés. Même si elles étaient tenues en principe à l’écart des champs de bataille, elles côtoyaient souvent le danger au péril de leur vie.

La suppression des cantinières en 1914 constitua l’aboutissement d’un processus de retrait progressif des femmes dans l’univers guerrier.                                       

 

                  CREVISY

                   Famille Crévisy                                   

 

Vivandière, du latin médiéval « vivenda » qui signifie « vivres ». La vivandière était la femme autorisée à suivre les troupes en campagne pour vendre les vivres et les boissons dont celles-ci avaient besoin. Au cours du XIXe siècle, ce substantif fut remplacé par celui de cantinière qui s’imposa peu à peu ».

Sources : Les mots des soldats, d’Odile Roynette, aux éditions Belin, 2004, ISBN 2-7011-3050-6.



 

                     DUCHENE

                Famille Duchene


Tout le monde ne peut pas exercer ces professions. La sélection est sévère et sujette à un règlement très précis. Même si le passage suivant est bien antérieur à la période 1914, les modalités pour obtenir les autorisations spécifiques devaient être assez identiques dans la première décennie  du 20e siècle. Bon nombre de  « pantalons garance », ceux des classes 1911, 1912 et 1913, les rappelés du début du conflit, qui montèrent en premières lignes en août 1914, ont du croiser ces équipages et ces familles lors de leur passage à la caserne Courcy durant leur service militaire...

Quelques éléments complémentaires…

« La gendarmerie a dans ses attributions spéciales la police relative aux individus non-militaires, aux marchands, aux vivandiers qui suivent l’armée. En conséquence, les personnes qui ont à leur suite ces personnes sont tenus d’en faire connaître les noms, prénoms, lieux de naissance et signalements, soit au grand prévôt, soit au prévôt, soit au commandant de la force publique de la division ou du détachement.

Ces officiers sont chargés de recevoir et d’examiner les demandes des personnes qui désirent exercer une profession quelconque à la suite de l’armée. Ils accordent des permissions et délivrent des patentes à celles qui justifient de leur bonne conduite et qui offrent toutes garanties pour ce genre d’industrie auquel elles veulent se livrer. Le grand prévôt et les prévôts n’accordent de patentes que pour les quartiers généraux auxquels ils sont attachés. Ces patentes sont soumises au visa des chefs d’état-major, qui les font inscrire sur un registre. Les commandants de la force publique des divisions ou détachements délivrent, sous l’approbation du chef d’état-major et aves visa, des patentes aux vivandiers, marchands et industriel des divisions ou des brigades. Ils les font viser par le prévôt du corps d’armée.

Ces permissions et ces patentes doivent être l’objet d’un examen sévère de la part de la gendarmerie. Elle se les fait présenter fréquemment, et s’assure de l’identité des individus qui en sont détenteurs. Cette mesure est de la plus haute importance pour empêcher et réprimer l’espionnage.

Indépendamment de leurs patentes, les marchands autorisés et les vivandiers reçoivent une plaque portant l’exergue : « marchand » ou « vivandier » et le numéro de leur patente.

Ils sont tenus de porter cette plaque d’une manière ostensible, et d’en avoir à leur voiture une autre portant leur nom, le numéro de leur patente et l’indication de la fraction qu’ils sont autorisés à suivre.

Les chefs d’état-major exigent que les comestibles et les liquides dont les marchands et les vivandiers doivent être pourvus soient toujours de bonne qualité et en quantité suffisante ; ils en fixent les prix.

La gendarmerie s’assure que ces prescriptions sont exécutées. Elle fait souvent des perquisitions dans les voitures des marchands et des vivandiers, et empêchent qu’elles ne servent à transporter d’autres objets que ceux qu’elles doivent contenir.

      

              LEBLANC

               Famille Leblanc


Cantinières des corps de troupe :

Un médecin et un pharmacien sont chargés d’apprécier la qualité des liquides et comestibles débités.

Dans chaque corps d’armée, un médecin et un pharmacien militaires sont chargés de faire inopinément des tournées générales ou partielles pour apprécier la qualité des liquides et des comestibles débités par les marchands, les vivandiers et les cantiniers. Pour ces tournées, ils sont assistés d’un maréchal des logis ou d’un brigadier de gendarmerie avec deux gendarmes.

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Sources : Décret du 26 octobre 1883 portant règlement sur le service des armées en campagne. Librairie militaire de L. Baudoin et Cie 1884.

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Un grand merci à Jean Riotte et à Robert Neff.           

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24 octobre 2009

La bataille de la Malmaison évoquée par le commandant Gaston de Chomereau de Saint-André.

                              General_de_Chomereau_de_Saint_Andr_

 Avant tout, je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude à T. de Chomereau qui a bien voulu me communiquer des documents familiaux concernant le Général Gaston de Chomereau de Saint-André lorsqu’il était officier au 149e R.I.. Je le remercie également pour  l'autorisation qu’il me donne de pouvoir les utiliser sur le blog du 149e R.I..

 

 Notice rédigée par le commandant de Chomereau de Saint-André sur la bataille de la Malmaison et destinée aux familles des soldats du 1er bataillon.

 Gaston_de_Chomereau_croix_de_guerreLe 23 octobre 1917, à 4 h 00, le 1er bataillon qui,les jours précédents,occupait les creutes Chantereine, Volvreux et Colombe, etc. est à ses emplacements d’attaque dans la parallèle de départ. Les tranchées Bourdic et des territoriaux sont occupées par la 2e compagnie (Robinet) à droite et la 3e compagnie (Mouren), à gauche, en 1ère ligne. La 1ère compagnie (Ihlé) est en soutien. Les sections de mitrailleuses (de Parseval) réparties. Le chef de bataillon se trouve au centre avec le capitaine adjudant-major Guilleminot, le sous-lieutenant d’artillerie Pélegry et la liaison. Une compagnie de nettoyeurs, la 5e compagnie (Aubert) est intercalée entre les compagnies de tête et la compagnie de soutien. Un détachement du service médical avec le sous-aide-major Lebranchu, accompagne la liaison. A droite, un bataillon du 158e R.I.. A gauche, un bataillon du 109e R.I.. Derrière, se trouve le 3e bataillon (Putz) qui est placé sous les ordres du commandant du 1er bataillon et constituant avec ce dernier élément le 1er groupe d’attaque.

L’abbé Galloudec, aumônier du régiment, a tenu, de même qu’à Soyécourt, à marcher avec le bataillon de 1ère ligne. Il mourra glorieusement, au poste de combat qu’il s’était choisi.

carte_la_malmaisonL’objectif fixé sera défendu avec la dernière énergie. Ce mouvement de terrain : 190 - aboutissement du Chemin des Dames sur la route de Maubeuge – observatoires 195, jonction de trois crêtes, est en effet d’une importance capitale pour l’ennemi. L’organisation en est formidable et comporte six systèmes de tranchées, plusieurs sont à contre pente : Blocus, Lassitudes-Epreuves, Caniche-Carlin-Griffon, Basset-Hérisson, Esculape-Esope, Enoch-Egée-Loutre, avec flanquements, réseaux épais, abris bétonnés, etc.

 

(Le poteau indicateur marquant le point d’origine du chemin des Dames, a été offert par le 1er bataillon au musée de l’armée des invalides).

La garnison est constituée par les grenadiers du régiment impératrice Augusta, élite de la garde allemande. Tout cela, nos hommes le savent, mais ils ont confiance dans le succès. Ils sont calmes et décidés. Le moral est superbe. Deux jours auparavant, une reconnaissance de la 1ère compagnie, commandée par l’aspirant Laurencin, a poussé jusqu’au Blocus. Il fallait dix volontaires, il s’en est présenté cinquante…

A 4 h 45, l’heure H = 5 h 15, est communiquée a la troupe par les officiers. Un barrage préventif ennemi, ou plutôt une contre préparation de 77 et de 105, commence avec violence.

 

A 5 h 15, les hommes sont d’un bond sur le parapet. Le bataillon part, fanions déployés, aux cris de « En avant » avec une fougue splendide. Il fait nuit noire, mais les éclatements et les fusées lancées de tous côtés, éclairent le terrain bouleversé. Le vacarme est indescriptible. Sur un front de 12 km, des centaines de pièces tirent à toute vitesse. Le barrage allemand est plus intense. Des 150 se joignent aux 77 et aux 105. Les premières tranchées allemandes sont presque complètement nivelées et la direction est difficile à maintenir. Tout le monde n’a qu’une idée, il faut progresser vers l’objectif indiqué. Pas de traînards, seuls restent en arrière les hommes trop gravement atteints pour avancer quand même.

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Gaston_de_Chomereau_croix_de_guerreDès le départ, le commandant de la compagnie de gauche, le lieutenant Mouren, qui entraîne son unité avec sa bravoure habituelle s’abat, foudroyé,  ainsi qu’une partie de sa liaison. Le lieutenant Malaizé, qui lui succède, tombe presqu’aussitôt à son tour, grièvement blessé. Le mordant et l’initiative des hommes facilitent la tâche des gradés et pallient les conséquences des pertes subies, de l’obscurité et de la difficulté de se reconnaître sur un terrain dont tous les points de repère ont disparu.

A 5 h 45, les éléments de tête, serrant à bloc notre barrage roulant, vont atteindre le premier objectif, la route de Maubeuge. A notre droite, certains éléments du corps voisin, retardés légèrement par la traversée des bois, se trouvent en retrait. La fraction de liaison (1ère compagnie et la section de mitrailleuses du sous-lieutenant Lesserveur) assure avec beaucoup de décision la sécurité de ce flanc. Le chef de bataillon la fait renforcer par une équipe de stokes aux ordres de l’aspirant Valdenaire et fait appuyer de ce côté une compagnie du bataillon Putz. Le danger possible est ainsi conjuré. A gauche, un trou analogue s’est produit devant l’Ouvrage Fermé. La fraction de liaison (sous-lieutenant Loubignac de la1ère compagnie et la section de mitrailleuses du sergent Mantelin) obvie à cet inconvénient. Un élément du bataillon Putz est poussé dans cette direction.

A ce moment, le barrage allemand est franchi ; Il a coûté des pertes sérieuses, mais n’a en rien interrompu la progression.Cimetiere_de_Conde_sur_Aisnes_1 Quelques prisonniers trouvés dans les abris non effondrés de la tranchée Griffon et de la tranchée du Basset commencent à apparaître. L’un d’eux, interrogé par le chef de bataillon, lui annonce que la 1ère ligne solide de résistance est vers la route de Maubeuge.

En effet, presque au même moment (5 h 45) des nids de mitrailleuses se démasquent sur la ligne Esculape-Hérisson, en particulier vers les points 3043, 3044, etc. Les allemands se défendent avec acharnement et notre ligne se trouve momentanément arrêtée à proximité de l’emplacement prévu pour le premier bond. Sur l’ordre du chef de bataillon, commandant le 1er groupe d’attaque, les éléments de tête du 3e bataillon qui atteignent 190, s’arrêtent un peu. Le chef de bataillon peut s’entendre directement avec le capitaine Foucher qui a pris le commandement du 3e bataillon après la disparition de commandant Putz et du capitaine adjudant-major Houel. Ordre est donné au capitaine Foucher de suivre de près la progression du 1er bataillon aussitôt qu’elle pourra être reprise. La chose essentielle à faire pour l’instant est la réduction des nids de mitrailleuses qui nous causent des pertes sensibles. Les chars d’assaut sont encore trop loin pour intervenir. Les mitrailleurs appartiennent à des détachements spéciaux et aux grenadiers Augusta : soldats choisis, ils tiennent jusqu’au bout et il faut, pour maîtriser leur résistance, l’extraordinaire mordant de nos poilus. Une série de combats sanglants s’engagent. Des hommes seront ensuite retrouvés, tués à coups de couteau de tranchée.

Gaston_de_Chomereau_General_PetainA la compagnie de droite (2e) l’aspirant Boissenin, le sergent Bossut sont tués. Cette unité a devant elle les mitrailleuses de 2743 et de l’observatoire 195, échelonnées en profondeur. Le commandant de compagnie secondé par les sous-lieutenants Daumont et David progresse de trous d’obus en trous d’obus sous la protection d’échelons de feux. Au centre, le sergent Caillet (1ère compagnie) est tué. Le lieutenant Ihlé, qui après avoir enlevé sa compagnie avec un allant incomparable la dirige, debout, à découvert, les jumelles à la main, est mortellement atteint par deux balles. Le sous-lieutenant Boudène, le poignet droit traversé par une balle, lui succède et continue l’avance. A gauche, le commandant de compagnie en troisième, le sous-lieutenant Gindre –qui gravement contusionné par accident, la nuit précédente, a voulu faire l’attaque quand même – est tué à son tour, l’adjudant Defrain blessé, l’adjudant Robert Chef commande désormais cette unité. Le feu ennemi est des plus nourris, mais gradés et soldats appliquent strictement, comme sur le terrain d’exercice, les procédés de combat qui leur ont été enseignés pour la réduction des centres de résistance. Ils Les manœuvrent, les débordent, s’emparant successivement des mitrailleuses adverses.

Il est actuellement 6 h 25 et le barrage roulant français s’est déplacé. Sur la droite des rafales de mitrailleuses qui arrivaient de la ferme de la Malmaison et de la partie est du Hérisson ne réussissent pas à entraver la progression. L’adjudant Didier de la 1ère compagnie en soutien avec son peloton derrière la compagnie Robinet, estimant son intervention nécessaire a, de lui-même obliqué légèrement à droite avec beaucoup de jugement, pour compléter l’action de cette compagnie en opérant du côté de la bifurcation Hérisson-Lévrier. Secondé par quelques hommes, il s’approche personnellement après utilisation préalable de V-B jusqu’à portée de grenades à main des mitrailleuses allemandes. Un F.M du 158e R.I. se joint à lui. Cette action combinée menée avec intelligence et énergie oblige les mitrailleuses de 3043 à se rendre. Celles de 195 ne tirent presque plus. A gauche la compagnie Chef qui est solidement étayée par l’élément Loubignac opèrent d’une manière analogue vers la Loutre. Sur ce point, l’ennemi s’efforce de réagir. Une contre-attaque d’environ trois sections débouche par le boyau Egée, se rabattant ensuite face à la route de Maubeuge. Le sergent Charmier, presque seul, se jette au devant d’elle et l’arrête à coups de grenades. Renforcé par le peloton de l’aspirant Fromont, le peloton de tête de la 3e pousse en avant. La contre-attaque allemande est bousculée et dispersée. Enfin, le reste de la compagnie Boudène – dont le chef, de sa main valide tue un officier allemand – appuie énergiquement les 2e et 3e compagnies, s’intercalant dans leurs vides.

A 7 h 15, les résistances paraissent maîtrisées. Le bataillon fondu en une seule ligne, se lève tout entier à la fois et chargeGaston_de_Chomereau_Les_canons_2 furieusement sur son dernier objectif, marqué par 195 et 2746. Il le dépasse largement, dispersant quelques groupes d’allemands et muselant deux dernières mitrailleuses. Certaines fractions emportées par leur ardeur vont jusqu’au bois Planté. Ils doivent se replier en raison de notre barrage…

Les liaisons sont aussitôt complétées avec les unités sur nos flancs et en arrière et l’organisation défensive est entreprise. Chaque unité se conforme strictement aux ordres antérieurs. Aucune réaction adverse ne se manifeste après cette lutte opiniâtre et nos hommes peuvent se promener à découvert, tranquillement, sur le terrain ainsi nettoyé.  

Les pertes du bataillon sont sérieuses, mais plus que compensées par celles de l’ennemi et par le résultat obtenu. L’objectif désigné, particulièrement important dans le cadre général de l’attaque a été enlevé de haute lutte et à H + 4 : 9 h 15, les bataillons de seconde ligne, dépassent la crête si brillamment conquise, pourront descendre vers les Vallons et Chavignon, cueillant les batteries allemandes désormais sans défense.

En résumé : Fougue admirable malgré les lourdes pertes subies. Application impeccable au combat des procédés d’instruction du terrain d’exercice, esprit de sacrifice poussé au plus haut degré. Une volonté de vaincre assurant la victoire brillante et complète. Telles sont les caractéristiques de l’attaque du 23 octobre par le 1er bataillon. La page est digne de son historique et peut faire suite à celle du col de Sainte-Marie, d’Abreschwiller, de Saint-Benoît, de Lorette, de Vaux – deux fois repris par le bataillon – qui y laissait 400 hommes sur 500 et 14 officiers sur 17, mais arrêtait l’allemand, de Soyécourt et de la sucrerie de Génermont.

 

P.C. Ihlé le 24 octobre 1917.

 

Ce texte sera édité quelques temps après. En voici les premières pages qui ont été envoyées par P. Blateyron.

 

                                       LIVRET_DU_149

 

 

                livet_149_p2

 

 

                livret_149_p3

 

 Avec tous mes remerciements aux personnes suivantes :  P. Blateyron, A. Carrobi et T. de Chomereau.

 

Sources :

« Batailles et combats des chars français, l’année d’apprentissage (1917) » Lieutenant-colonel breveté J. Perré. Editions Charles Lavauzelle et cie 1937.

« J.M.O. de la 170e D.I..» Sous-série 26 N 462/4. S.H.D. Vincennes.

 

14 novembre 2009

Sergent Marcel Weber (1891-1914).

                Marcel_WEBER

 

Medaille_militaire_de_Marcel_WeberLe sergent Marcel Weber est né le 24 juin 1891 à Mulhouse. Il servait dans la 9e compagnie sous les ordres du capitaine Henri Souchard.

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Citation à l’ordre du régiment :

« Sous officier brave et dévoué. Tombé au champ d’honneur le 25 août 1914, à Ménil-sur-Belvitte » : Croix de guerre avec étoile de bronze.

Il obtient la médaille militaire à titre posthume le 17 février 1922. Il repose dans la Nécropole Nationale Française de Rambervillers. (Voir dans l’album-photo de la Grande-Nécropole)

Je remercie Mme D.J.L. Fargues pour m’avoir autorisé à reproduire les documents concernant Marcel Weber, ainsi que Guy Watbled.

 

 

 

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27 novembre 2009

La bouffarde de M’sieur Drouot.

                 La_bouffarde_de_M_sieur_Drouot_

Un immense merci à D. Browarski qui nous offre ici la possibilité de  lire un passage du témoignage de Louis Cretin soldat musicien de la C.H.R. du 149e R.I.

Un autre très grand merci à la famille de Jean Archenoul qui me propose d’illustrer ce texte avec une photo de groupe prise le 26 juin 1917 à Ciry-Salsogne venant de sa collection. Toute ma reconnaissance à ces personnes. Une chaleureuse poignée de main à Thierry Cornet sans qui ce qui suit n’aurait jamais été possible.

Verdun…

Le 25 février, nous embarquons à Auxi-le-Château sous une tempête de neige. Nous touchons deux jours de vivres de réserve et le soir à 16 h 00, nous démarrons. Nous traversons Abbeville. Dans la nuit du 26, nous sommes dans la banlieue de Paris. Nous continuons par Verneuil, Coulommiers… On aperçoit tout le long de ce trajet les cimetières des poilus tombés dans la bataille de la Marne en 1914. La Ferté-Gaucher, la Fère-Champenoise… Sommesous et Somme-Py. Le soir, nous débarquons à Saint-Eulien à 8 kilomètres de Saint-Dizier. Trois jours de suite, nous marchons. Mais dès maintenant nous devinons où nous allons. Du 1er au 5 mars, nous demeurons à Seigneulles. Le 5 mars au matin, nous embarquons en camions automobiles. Nous traversons Souilly (siège du G.Q.G.) et à 13 h 00, nous débarquons à Regret tout près de Verdun. La canonnade est terrible. Nous passons à pied par petits paquets près de la citadelle et nous allons nous reformer le long du canal aux abords d’Haudainville. Nous passons la nuit dans des péniches abandonnées, couché sur du minerai de fer. C’était dur !!! Le 6 mars dans l’après-midi nous montons en ligne. Colonel à cheval, musique en tête. Nous longeons le Faubourg Pavé vers 17 h 00, nous atteignons le cabaret de la Cible et touchons à la zone dangereuse. La route que nous suivons est marmitée continuellement. On est obligé de s’arrêter à quelques mètres du barrage d’obus qui tombent sans arrêt. Par paquets de 20 hommes, on attend que la rafale ait éclatée. Nous faisons un bond au pas de gymnastique et l’on se retrouve à plat ventre, trente mètres plus loin, au moment où une nouvelle série d’obus de gros calibre éclatent à nouveau 15 mètres environ derrière nous. C’est ainsi que la montée en ligne s’opère. Au bois des Hospices, la C.H.R. s’arrête pendant que les compagnies continuent dans la direction du fort de Souville, la chapelle Sainte-Fine, le bois de Vaux-Chapitre. Finalement elles prennent position entre l’étang, le village de Vaux et le fort du même nom. Les pertes sont déjà élevées quand les compagnies relèvent l’unité qui occupe ce secteur. La musique, avec la C.H.R. et le bataillon de réserve bivouaque dans le bois des Hospices. C’est effrayant ce qui tombe comme obus, à droite, à gauche, en avant, en arrière, partout ça dégringole sans arrêt.  A tout moment, ils en éclatent dans nos rangs. Sans aucun abri, nous passons la nuit à cet emplacement. A l’aube, on cherche à s’égarer de cette avalanche, avec un camarade, mon meilleur copain, un poilu Vosgien des régions envahies de Saulcy, près de Senones. Je creuse avec lui un trou, quand un gros noir arrive et qui nous enterre sous les débris de la cagna en construction. Je suis  commotionné par l’éclatement. Je descends retrouver nos cuisiniers au cabaret de la Cible, pendant que les autres montent par équipes au poste de secours installé dans le fort de Vaux. Je monte la « croûte » toutes les nuits, et c’est une besogne des plus périlleuses, combien d’arrêts imprévus, de culbutes et d’acrobaties nous faisons chaque fois. Quand nous arrivons à trouver les copains, ce qui reste dans les marmites de campement est souvent immangeable. D’ailleurs on ne se charge que du pain enfilé par boule dans un bâton, les bidons de pinard et la gniole. Pour la nourriture, c’est toujours en salade que nous accommodons les légumes. Les repas chauds sont inconnus dans ce secteur. Heureux, quand après trois heures de marche, dans des conditions impossible à décrire, nous arrivons, saufs, avec moitié de ce que nous avons emporté. Plusieurs fois, nous trouvons bouteillons et bidons troués par des éclats. Au retour, même danger qu’à l’aller…

Le 9 mars des obus atteignent la ferme Bellevue, dans la soirée et mettent le feu au dépôt de grenades et de fusées qui se trouvait à cet endroit. Pendant plusieurs heures, vu d’un peu loin, ce fut un spectacle impressionnant. Des centaines de fusées de toutes sortes et de différentes couleurs firent un vrai feu d’artifice. La corvée de soupe dure jusqu’au 17 mars où le régiment est relevé. Pendant cette période, les Allemands ont attaqué chaque jour les différentes compagnies du régiment. Presque à chaque assaut, ils  sont repoussés avec des pertes énormes. Nos pertes sont grandes également, certaines unités descendent réduites à une vingtaine d’hommes. Et encore, sur ce nombre pas beaucoup sont indemnes. Les habits sont déchiquetés, couverts de sang. Ce sont de vrais fantômes, hébétés, meurtris. Ils n’ont plus souvenir de ce qu’ils ont vu, ont fait, et pourtant ils ont tenu et combattu sans arrêt pendant dix jours et autant de nuits. Ecrasés, asphyxiés, l’enfer de Verdun les a retourner et briser de toutes parts. Les journées les plus dures furent les 8, 9 et 10 mars où, sous un marmitage effroyable nos poilus ne bronchèrent pas et repoussèrent les assauts allemands. Leurs attaques furent brisées par la magnifique résistance des poilus du 1er bataillon dans le village et aux abords du fort de Vaux. Pendant ces trois jours, le village fut pris et repris huit fois de suite, pour finalement rester aux mains des Allemands. Nous tenions quelques maisons et la lisière est. Les Allemands ne purent en sortir. Le régiment descend prendre quelques repos à Dugny et aux environs. Nous recevons des renforts et le 1er avril nous remontons dans le même secteur. Pendant les journées passées à Dugny, presque journellement les avions allemands viennent nous jeter des bombes. Le 30 mars, une torpille tombe au milieu d’un rassemblement sur la route. Plus de cinquante personnes furent tuées par cet engin. Au repos, le spectacle paraissait plus terrible que sur le champ de bataille. Des corps déchiquetés, mêmes des civils, femmes et enfants périrent, victimes de ce bombardement aérien. Le 31 mars nous quittons ce pays et nous venons cantonner aux casernes du quartier d’Anthouard avant de continuer le lendemain sur Vaux.

Cette journée du 1er avril, je suis planton au poste de police. A chaque instant, je vais porter les notes de service dans les différentes compagnies du régiment. C’est sous un marmitage presque aussi serré qu’en ligne que mes déplacements se font. Le 1er avril au soir, le régiment est de nouveau engagé. Le 2, nos équipes montent à Vaux et à Souville. Mais moi, je reste comme agent de liaison à Verdun. Les lignes téléphoniques étant toujours coupées, c’est par coureur que se font et se transmettent les ordres. Je suis désigné pour faire le service du tunnel de Tavannes à la citadelle. Les obus à gaz lacrymogènes tombent sans arrêt dans la vallée et le long de la route, ainsi que sur le chemin de fer. On souffre, on pleure, on crache. C’est pénible la marche dans ces conditions. Le 3 avril dans l’après-midi, je suis surpris dans le quartier d’Anthouard où je venais d’aller porter des ordres, sous un bombardement terrible. Je me refugie au poste de police où une marmite éclate dans le caniveau. La fenêtre vole en éclats. A 200 m de là, sur les bords de la Meuse, un bâtiment occupé par des territoriaux a son escalier broyé par un obus. Le feu prend à l’immeuble et les hommes occupant le premier étage périssent asphyxiés ou brulés. Le bombardement est si violent que le quartier est évacué. Les différents services  occupant ce cantonnement viennent s’installer en dehors de la ville. Au café du « Clair de Lune » et ses environs, où je continue le même service avec la place, la division et la citadelle. J’y reste jusqu’au 9 avril, date où le régiment descend des lignes. Que dire de cette nouvelle période ? Ce fût encore plus terrible si on ose dire et surtout plus meurtrier. Les premiers jours d’avril furent aux dires des rescapés quelque chose d’impossible à raconter. Relevé le 9 nous passons deux jours à Dugny. Le 12 nous partons à pied pour aller embarquer à Lempire. Mais en cours de route, un contre-ordre nous fait revenir sur nos pas. Nous revenons  de nouveau à Dugny et Belleray. Les hommes acceptent sans murmurer. Allons-nous encore remettre çà ? Mais non heureusement ! Dans la soirée, nous partons à Lemmes et Lempire, embarquer en camions-automobiles, et vers minuit, nous arrivons à Bar-le-Duc. Nous descendons et allons cantonner 2 km plus loin, dans un faubourg de Bar-le-Duc appelé la Savonnière.

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                 Sous_chef_Drouot


 

Copie__2__de_sous_chef_de_musiqueIci se place une histoire dont fut « le héros », notre sous-chef de musique. C’était un très fort fumeur. En permanence une énorme bouffarde était suspendue à ses lèvres. Il était connu dans le régiment entier, mais surtout à la compagnie hors rang, à laquelle nous appartenions. Les hommes de train de combat, signaleurs, téléphonistes, éclaireurs montés et train régimentaire étaient très familiers avec lui. C’était un brave homme. Mais bien que n’étant pas de Marseille, il eut enfoncé Tartarin et rendu des points à Marius et Olive. Or, il advint que dans le camion qui nous descendait de Verdun pour aller au repos à la Savonnière, il laissa échapper sa pipe qui tomba sur la route. Impossible de s’arrêter pour la ramasser. Arrivé au cantonnement on le vit le lendemain errer à l’aventure, tout marri et l’air ennuyé. Les premiers qui l’aperçurent  sans son ornement habituel, lui demandèrent le motif de l’absente.

- Ma pipe ? leur dit-il, je l’ai laissée là-haut !!! Oui la dernière fois que je suis allé visiter mes hommes au fort de Vaux, une balle me l’a brisée en deux.

Vous pensez si l’histoire fut vite ébruitée. Peu d’instant après un signaleur, un « pince-sans-rire » lui dit :

- Je ne crois pas qu’une balle vous ai attrapé là, car il n’en sifflait pas beaucoup à cet endroit, ça ne serait pas plutôt un obus ?

- Il est bien probable, reprend-il je n’ai pas pu me rendre compte, il faisait nuit. En effet, je crois me rappeler maintenant. C’était un 77 ou un 88 autrichien. Il en tombait tellement !!

C’est le premier pas qui coûte. Il ne devait pas s’arrêter en si bon chemin. Dans la journée, les hommes qui l’entendirent raconter son aventure, s’aperçurent que le calibre de l’obus avait considérablement augmenté. Le soir, on le retrouva dans un café du cantonnement, une pipe encore plus volumineuse que la précédente, avait repris sa place habituelle. Il avait été en acheter une nouvelle à Bar-le-Duc. Il expliquait avec force gestes à la tenancière ébahie, entouré d’un cercle de poilus qui se tordaient, qu’une batterie allemande de 305 avait pris son briquet comme point de repère et pulvériser sa pipe au moment où il s’apprêtait à l’allumer. A un auditoire plus naïf il eut affirmé sans sourcilier que les 420 allemands furent construits pour lui casser ses pipes.

L’histoire devient populaire dans le régiment. Aussi, chaque fois après une halte, quand on reprenait la marche et que notre « clique » sonnait le refrain du régiment suivi de la « Casquette », les poilus fredonnaient la dernière strophe avec une variante : « As-tu vu la pipe à Monsieur Drouot ?»

 

Merci monsieur Cretin, merci monsieur Drouot pour cette belle anecdote.

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02 décembre 2009

25 et 26 octobre 1918. L’attaque de la Hunding Stellung.

                  Attaque_de_la_Hunding_Stellung     

                                       Carte_Banogne_

 

Préparatifs d’attaque

La ligne de l’Aisne est débordée et dépassée. Le massif de Saint-Gobain et Laon sont emportés le 13 octobre 1918. L’ennemi avait mis tous ses espoirs dans la position Hunding. La Ve Armée du général Guillaumat est d’abord arrêtée devant elle, puis elle se prépare à l’attaque. Les trois bataillons du 502e Régiment A.S. sont mis à sa disposition le 18 octobre. Le 4e et le 6e bataillon qui arrivent les premiers sont transportés, sur tracteurs de Reims vers Nizy-le-Comte, dans la zone du 21e C.A.. L’attaque est fixée au 25 octobre. Le 6e bataillon est affecté, à gauche, à la 170e D.I., pour opérer dans la région de Saint-Quentin-le-Petit. Le 4e bataillon marche avec la 43e  D.I. à droite, dans la région de Banogne. Les chars doivent appuyer successivement l’attaque de divers objectifs en dépassant l’infanterie. Il s’agit cette fois pour eux d’emporter des positions parfaitement organisées et qui vont être défendues avec opiniâtreté.

25 octobre 1918

Les positions de départ sont gagnées sur la rive nord du ruisseau des Barres dans la nuit du 24 au 25 octobre sous la protection d’avions masquant le bruit des appareils. L’attaque est déclenchée à 6 h 30. Les observatoires ennemis sont aveuglés par des fumigènes ; des groupes d’artillerie ont été désignés pour réduire les pièces antichars et autres résistances actives. Mais la défense contre les chars est aussi méticuleusement organisée. De nombreux minenwerfer légers sont dissimulés dans l’herbe. Des pièces de 77 sont enterrées au ras du sol. Elles sont soigneusement camouflées pour être placées généralement à la tête des ravins. Enfin, des champs de mines sont disposés principalement le long des routes et aux abords immédiats des villages. À la 43e division, les chars du 4e bataillon combattent à deux reprises avec acharnement, et cela malgré les pertes causées par les pièces antichars. Ils détruisent de nombreuses mitrailleuses et permettent ainsi à l’infanterie de progresser jusqu’aux réseaux.

L’action est recommencée le 26, avec des sections de chars reconstituées, sur la tranchée Neptune et les deuxièmes lignes. Favorisés par la brume, les chars amènent l’infanterie jusqu’à la route Saint-Quentin-Banogne. Mais ensuite l’infanterie est arrêtée et se fixe. La progression a été au total de 1 km.

                  Char_Renault_F

26 octobre 1918

Les informations suivantes proviennent du J.M.O. de l’A.S.310. Le 149e R.I. y est évoqué très succinctement. Il est tout de même possible de localiser de manière assez précise la position des deux compagnies qui sont engagées. La 43e division doit reprendre l’attaque à 9 h 00. Il faut tourner Banogne par l’ouest et par le sud. Deux sections de Chars sont reconstituées. La 3e section du lieutenant de Bayenghem et la 1ère section de l’aspirant Laugier. Ce dernier est prévenu très tard et ne  peut rejoindre sa section que durant la marche d’approche entre la position d’attente et la position de départ à 8 h 00. Dans la nuit, ces deux sections sont affectées au groupement de gauche  qui est sous les ordres du lieutenant-colonel Vivier du 149e R.I.. Elles sont mises à la disposition du bataillon Froment du 149e R.I. Ce dernier doit attaquer avec deux de ses compagnies en 1ère ligne, la tranchée de Neptune et la 2e tranchée de la ligne Hunding. La liaison s’établit dans la nuit avec ce bataillon d’attaque. La section  du lieutenant de Bayenghem est affectée à la compagnie de gauche et la section de Laugier à la compagnie de droite.    

Les sections quittent leurs positions de départ à 6 h 45. Elles franchissent à l’heure H, à 9 h 00, la ligne d’infanterie établie à 500 m sud de la route Saint-Quentin-le-Petit–Banogne. L’infanterie attaque derrière les chars. La route est franchie. Les chars parviennent à la tranchée de Neptune. Une forte brume a favorisé leur approche et leur action. L’infanterie qui à des effectifs excessivement réduits, est prise de flanc par des mitrailleuses. Ces dernières tirent à droite de Banogne et à gauche du point 78.55 de la tranchée de Neptune. Les unités françaises ne peuvent progresser au-delà de la carrière. Elles se terrent et s’accrochent au terrain. Les chars se replient derrière les escarpements situés à 100 m au nord de la route. La progression ne peut être reprise dans l’après-midi et, à la nuit, les chars regagnent leur position d’attente au cimetière de le Thour.

Références bibliographiques :

« Les chars d’assaut, leur création et leur rôle pendant la guerre 1915-1918 » du capitaine Dutil, agrégé d’histoire. Aux éditions Berger-Levrault, 1919.

J.M.O. de l’A.S. 310 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/25.

Pour en savoir plus il faut aller faire un tour du côté des J.M.O. de  l’A.S. 311 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/26 et de l’A.S 312 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/27.

Un très grand merci à M. Bordes, au Service Historique de Vincennes, à  l’E.C.P.A.D., à Google-Earth et pour tout ce qui concerne les chars à « Tanker » du site « pages 14-18 ».

Posté par amphitrite33 à 00:26 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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