24 octobre 2011

Marcel Perret (1896-1915).

                    Marcel Perret

Avant de vous présenter les lettres du caporal Marcel Perret, je me dois de remercier toute l’équipe de l’association « collectif Artois 1914-1915 ». En effet, cette association m’autorise à publier sur ce blog, une partie de la correspondance écrite par un jeune caporal du 149e R.I.. Une chaleureuse poignée de main à A. Chaupin, à T. Cornet et à F. Videlaine. 

Au début des années cinquante, l’association de Notre-Dame-de-Lorette souhaite rassembler des témoignages d’officiers, de sous-officiers et de soldats qui ont participé aux combats en Artois dans le but de créer un livre d’or. Pour cela, elle se propose de faire parvenir un questionnaire aux familles qui pourraient être intéressées par ce projet. Cent cinquante-trois témoignages furent ainsi recueillis pour être rassemblés en trois gros volumes.Les 2 premiers volumes sont présentés officiellement le 9 mai 1965 à l’occasion du cinquantenaire de la seconde bataille d’Artois. Le 3e volume sera publié ultérieurement pour compléter la collection des témoignages déjà recueillis. 

Les lettres du caporal Marcel Perret se trouvent dans le 1er tome du livre d’or des morts du front d’Artois. 

Les informations suivantes proviennent des renseignements qui ont été donnés par mademoiselle Marie Louise Perret, sœur de Marcel, qui était domiciliée sur la commune de Moirans-en-Montagne dans le Jura. Voici ce qu’elle écrit. 

Marcel Perret était en bon terme avec les camarades de son âge, mais il recherchait volontiers la compagnie des plus âgés et peut-être des plus lettrés. Il est resté en relation avec les vicaires de sa paroisse comme en témoignent quelques cartes. Il nous envoyait régulièrement ses correspondances en nous demandant de les lui conserver. Toutes ses lettres depuis la première jusqu’à la dernière, sont pleines d’espoir. « Je reviendrai… J’ai confiance, priez dieu qu’il me garde… Du courage j’en ai, souhaitez-moi de la chance… »

Atteignant l’âge de 18 ans le 19 août 1914, trois semaines à peine après la déclaration de la guerre, il contracte un engagement volontaire pour la durée de la guerre au bureau de recrutement de Lons-le –Saunier. Il est incorporé au 75e R.I. le 11 septembre 1914. Il arrive au corps comme simple soldat de 2e classe, le 15 septembre 1914. Nommé caporal le 19 novembre 1914, Marcel passe au 158e R.I. par décision du général gouverneur militaire de Lyon le 28 janvier 1915. L’heure de départ pour le front sonne le 9 février 1915. Le caporal Marcel Perret est muté au 149e R.I. le 12 mars 1915.

Il prend part à l’attaque du 9 mai 1915. Présumé disparu à cette date, dans une lettre écrite par le capitaine qui commande la 2e compagnie datant du 24 mai 1915. 

Citation à l’ordre du régiment : Le lieutenant-colonel Abbat, commandant le 149e R.I., cite à l’ordre du régiment le caporal Marcel Perret de la 2e compagnie, n° matricule 12.587. Motif de la citation : « Est tombé glorieusement le 9 mai 1915 en entrainant ses hommes à l’attaque des tranchées allemandes. » Ordre du régiment n° 48 (extrait) en date du 25 mars 1916. 

Il n’y a pas de sépulture connue. Aucun objet lui ayant appartenu ne nous a été renvoyé. Cela malgré lettre sur lettre, qui ont été adressées par mon père, à des camarades de mon frère, dont il nous avait donné les noms. De tous, le lieutenant Ravoire, est le plus précis : 

Voici son témoignage : 

Épinal, 27 mars 1916

Votre lettre du 27 février dernier adressée du dépôt à la clinique Sainte-Anne, et de la clinique à chez moi m’arrive après un mois de retard. Je comprends votre désir de savoir quelques détails sur les conditions de la mort de votre fils, et le lieu de sa sépulture. Je comprends votre douloureuse surprise de n’avoir reçu jusqu’à ce jour, aucun objet ou souvenir ayant appartenu à votre fils.

 Des détails sur sa mort, je peux vous en donner. Je les tiens de l’aspirant qui commandait la 3e section de la 2e compagnie à l’assaut du 9 mai. Les 3 sections de première ligne étaient arrivées à quelques mètres des tranchées allemandes et attendaient, couchées sur le sol pour reprendre la marche en avant, que notre artillerie eût allongé son tir. Votre fils portait un fanion d’artillerie et à ce moment-là, l’agitait comme tous les porteurs de fanions, pour signaler à notre artillerie d’allonger son tir. Quand le moment de repartir à l’assaut fut venu, l’aspirant voyant votre fils immobile l’interpella.  N’obtenant pas de réponses, il se pencha vers lui et constata qu’il était mort. Le fanion qu’il portait pouvant être nécessaire, l’aspirant le prit et continua à monter à l’assaut avec ses hommes. Il fut blessé peu après. En allant au poste de secours, il passa près de votre fils qui était à la même place et avait gardé la même attitude. Il n’avait pas de blessures apparentes, le visage empreint d’un grand calme. L’aspirant qui l’a donc vu à deux reprises est persuadé que votre fils a été tué sur le coup d’une balle en pleine poitrine, sans souffrance. J’étais moi-même à vingt mètres près de l’endroit où votre fils est tombé. Ce n’est évidemment pas à  Noulette même, mais à proximité de ce petit village, à moins de 200 m des tranchées de départ du régiment.Je compatis sincèrement à votre grande peine. Votre fils était un très bon soldat, discipliné et courageux. Je sais bien que votre douleur ne cessera pas, mais savoir qu’il est bien mort en bon Français, n’atténue t’-il pas la peine de l’avoir perdu ? Je suis toujours à votre disposition pour vous fournir tous les renseignements que vous me demanderez.

Avec ma vive sympathie, recevez mes meilleurs sentiments. 

Lieutenant Ravoire dépôt du 149e R.I.. Épinal. 

Quelques informations complémentaires concernant Marcel Perret. 

Marcel Perret est né le 19 août 1896 dans le petit village de Moirans-en-Montagne qui se trouve dans le département du Jura. Fils d’Alphonse et de Marie Louise Charniers, ce tout jeune caporal n’a même pas 19 ans lorsqu’il trouve la mort au cours de l’attaque du 9 mai 1915 dans le secteur d’Aix-Noulette. Il servait dans la 3e section de la 2e compagnie. Son acte de décès sera enregistré le 11 juin 1916 et transcrit à la mairie de Moirans-en-Montagne le 29 juillet 1916. André Junillon et Louis Passet sont les deux témoins qui viennent valider sa mort. 

Voici maintenant le contenu de la lettre écrite par la sœur de Marcel Perret au secrétaire de l’association de Notre-Dame-de-Lorette. 

Moirans-en-Montagne le 18 juin 1922 

Monsieur le secrétaire,

Je vous retourne le questionnaire que vous avez bien voulu m’adresser pour le livre d’or de Notre-Dame-de-Lorette. Je ne sais trop si je l’ai rédigé bien dans l’esprit de ceux qui ont décidé pour ce livre d’or. Comme photos, je n’ai plus que quelques mémentos dont je joins un exemplaire, si vous le jugez bon, vous pourrez vous servir de la photo.

Quand aux lettres de mon frère, elles sont toutes conservées, je dirais presque religieusement par maman et j’hésite à m’en séparer. Et pourtant !, après moi,  puisque restée seule avec mes parents, je suis restée célibataire, qui les recueillera ? De vagues cousins dont les enfants n’ont pas connu mon frère.

J’approuve entièrement vos projets et vous exprime en tant que membre des familles des morts, ma reconnaissance pour tout ce que vous faites pour eux.

Ce matin me sont parvenus le programme et les tickets pour la 18e manifestation que vous avez pris la peine de m’adresser, ce dont je vous remercie. Par le même courrier, mon autorisation de congé de mon administration. Ainsi, rien j’espère ne m’empêchera d’être des vôtres. Mon permis de circulation demandé ne saurait tarder d’arriver.

Je vous avais parlé d’un autre membre des familles, Monsieur Roux Charles, ancien combattant et prisonnier de la guerre 14-18, dont l’un des frères, classe 14, est disparu à Neuville-Saint-Vaast. J’ai préparé pour lui, la demande de permis, il sera aussi des nôtres. Je ne sais s’il vous envoie le montant des frais, mais j’espère bien que vous lui réserverez une place. Il règlera certainement à Arras, s’il ne le fait d’ici là.

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire, l’expression de mes sentiments les meilleurs et les plus distingués. 

Mademoiselle Marie-Louise Perret, 8 rue du Jura. Moirans-en-Montagne (Jura). 

(À suivre...)

Référence bibliographique :

Tome 1 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

Pour en savoir plus :

http://lorette.canalblog.com/archives/2011/04/21/20947276.html 

 Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1915 », à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

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01 novembre 2011

Premières lettres du caporal Marcel Perret (1896-1915).

                    Marcel__Perret

De nouveau un très grand merci à toute l’équipe de l’association « collectif Artois 1914-1915 ».

Richerenches, le 28 janvier 1915 

 Bien chers parents,

Cette fois, ça y est ! Je suis sur mon départ. On nous a prévenus ce matin, avez-vous reçu ma carte ? Je rentre ce soir à Romans. Y resterai-je longtemps ? Où partirai-je de suite pour le front ? Je ne sais, mais peu importe. Je suis assez content de partir, j’espère avoir la chance d’échapper aux balles allemandes, je reviendrai, je l’espère, victorieux et indemne, couvert de gloire et sans doute, possesseur de beaux galons d’or.

Plus que jamais, le compte sur vos prières, espérant que grâce à elles, le bon Dieu me gardera. Si vous voulez, vous donnerez une messe pour votre Marcel. Priez aussi pour que j’aie le bonheur d’aller vous embrasser avant le départ.

Je viens de ficeler un paquet que Mr Fraçon, le propriétaire de la ferme où je suis cantonné, vous enverra dans quelques jours. Il contient la paire de souliers de repos qu’on m’a donné, ils ne sont pas épatants. Je ne veux pas m’embarrasser ; 3 paires de chaussettes en coton, les bouquins par vous envoyés, une brosse à cheveux et 2 chemises du régiment pas fameuses, dont une sert d’enveloppe.

Au revoir bien chers tous, priez bien pour moi et ayez confiance. Votre fils qui vous aime tendrement et qui vous prie d’oublier tout ce qu’il a pu vous faire souffrir.

Je vous embrasse bien affectueusement.

Marcel

Le 4 février 1915 au soir 

Bien chers parents,

Je reçois à l’instant la lettre de Marie-Louise du 30 janvier. Je vois que bien que surpris de mon départ un peu précipité, vous n’êtes pas trop en soucis. Vous avez raison, confiez-vous à la Divine Providence et tout ira bien.

Malheureusement, il est impossible obtenir une permission. Je le regrette bien, si je n’étais pas si loin, je vous prierais de venir me voir à Montluel. Ce me ferait grand plaisir, mais je crois bien qu’il n’y faut pas compter, tant pis, je me fais à cette idée de ne pas vous revoir avant la fin de cette guerre maudite.

Je n’ai besoin de rien pour le moment et gardez-vous bien de m’envoyer quelque chose en fait d’habit. Je ne saurais qu’en faire, en ayant presque plus que je ne puis en porter. Ce sera pour plus tard. J’ai tout ce qu’il me faut pour le moment. Bien content de pouvoir compter sur vos prières, je ne le suis pas moins de savoir que vous avez donné pour une messe pour moi. Je suis en ce moment légèrement fatigué, maux de dents et maux de gorge aussi. Je me suis fait porter malade ce matin, je passe de nouveau la visite demain matin, mais ce ne sera sûrement rien.

Encore rien de décisif quant à la date du départ, je crois que sans tarder beaucoup, ce n’est pas encore pour ces jours. J’attends avec patience, le courage ne me fait pas défaut, de même que la confiance. Je tâcherai de me faire photographier un de ces jours. Que vous dire d’autre ? Le major m’a porté grippé et m’a donné 2 cachets de quinine.

Avez-vous des nouvelles de l’oncle Léon et de l’oncle Alfred, des autres parents et amis qui sont au front ?

Je pense bientôt recevoir une longue lettre de vous. Au revoir chers et bons parents. Je vous embrasse affectueusement. Votre tout dévoué.

Marcel 

Le 1er mars 1915 

Mes chers parents,

En rentrant du tir, je reçois votre lettre du 25. Je suis bien content de savoir que mes correspondances vous parviennent maintenant. Moi de même je les reçois assez bien, quoique tardivement. Mais mieux vaut tard que jamais.

Ce matin, exercice, l’après-midi, tir. On nous a exercés ensuite à lancer des grenades. On va former une section de grenadiers au bataillon.

Je n’ai rien reçu ni de l’oncle Léon, ni de l’oncle Alfred, ni de la tante Maria, mais j’espère qu’ils vont bien.

J’ai bien reçu votre paquet d’hier et j’attends le suivant, ça vient assez bien ici et ça fait bien plaisir, car nous n’avons pas trop à manger et bien assez d’occasions de dépenser. Je n’ai toujours pas de détails au sujet du départ. Les Anglais qui cantonnaient à proximité sont partis hier pour le front. À quand notre tour ?

Bien content que vous ayez des détails sur le patelin. Je n’ai pas de nouvelles depuis longtemps des amis et copains, et je suis bien content des détails que vous me donnez, les concernant. Toujours plein de courage et de confiance, j’attends les évènements avec patience et je me confie à la divine providence.

Au revoir, je vous embrasse bien affectueusement tous trois. Bonjour cordial aux parents et amis. Votre tout dévoué.

 Il neige à gros flocons. Vive la neige. Cette nuit, il pleuvait, la pluie me tombait sur la figure. 

Marcel Perret

Référence bibliographique :

Tome 1 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

Pour en savoir plus :

http://lorette.canalblog.com/archives/2011/04/21/20947276.html 

 Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1918 », à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

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24 novembre 2011

Dernières lettres du caporal Marcel Perret.

                   Marcel_Perret

Encore une fois un très grand merci à toute l’équipe de l’association « collectif Artois 1914-1915 ». 

Le 31 mars 1915

Bien chers tous,

Je reçois à l’instant, une lettre de papa du 25 au soir et une carte-lettre de Marie Louise du 27. Nous sommes toujours en repos. On dit même que nous irons 10 jours à Houdain ou à Ablain. On dit aussi que nous changerons de région ensuite. Mais que ne dit-on pas ? J’étais caporal de jour hier, je n’ai pas fait grand-chose, à part toucher les paquets recommandés. Il y avait deux grands sacs à faire partir au train de combat, ainsi que les 16500 cartouches que la compagnie avait en rabiot et mener les prisonniers au poste de police. J’ai fait laver un peu de linge aujourd’hui.

Je ne serai jamais imprudent, mais ferai toujours mon devoir. Et même, je ne vous le cache pas, je serai parmi les volontaires quand on en demandera pour tel ou tel travail. En tout cas, je n’oublierai jamais la divine providence en qui je mets toute confiance.

Donc, Maniguet est au 9e d’artillerie. Il n’a donc pu aller au 12e de Vincennes. Je vous ai dit, il y a quelques jours que j’avais encore de l’argent. Je n’en suis pas encore à court, quoique n’en ayant plus des masses. Mais il a toujours été bien employé, soyez-en sûr.

Tu me donneras des détails sur la fabrication et le prix de ces grenades que tu fais maintenant.

Toujours beau temps et toujours en bonne santé, quoique toussant un peu. Résultat du séjour dans les tranchées et abris.

Au revoir, bons baisers de votre Marcel. 

Le 16 mars 1915

Chers parents,

Ça y est, nous partons ce soir. Le 1er bataillon cantonnera très près des tranchées, à Boyeffes où Boyeve. Demain sans doute, nous irons aux tranchées.

J’ai quitté la 16e escouade et pris le commandement de la 10e. Derechef, je suis avec Dessoy. Priez bien pour moi, j’en aurai grandement besoin. Espérons que Dieu me ramènera sain et sauf, victorieux et indemne. D’ailleurs, une blessure ne m’épouvante pas outre mesure. Au revoir, bons baisers de votre Marcel. 

3 avril 1915

Bien cher parents,

Je reçois à l’instant votre lettre du 28 et le paquet que vous m’annoncez dans cette lettre, mais le gros colis, toujours inconnu. Pourtant, des camarades en ont reçu par chemin de fer. Espérons toujours. Merci pour le paquet et pour le mandat. Étant presque toujours obligé d’acheter de quoi satisfaire mon appétit extraordinaire. Mandat et paquet me seront d’une grande utilité.

Nous sommes en repos à Ablain pour plusieurs jours. On dit que nous irons ensuite nous battre dans la Somme, puis en Champagne, puis en Alsace ! Avant-hier, la musique du 149e R.I. a donné un concert. Marches diverses, Sambre-et-Meuse Hymne belge et la Sidi-Brahim. Au moment où les musicos envoyèrent cette dernière marche entraînante, un détachement du 17e B.C.P. défilait. Ils étaient contents les petits vitriers d’entendre leur marche favorite. Hier, le drapeau a défilé devant nous. Le vieux drapeau, sale et décoloré, où l’on ne distingue plus qu’une partie des inscriptions, Fleurus comme bataille, mais je n’ai pu distinguer les autres.

J’ai été ému devant ce symbole de la patrie, et j’ai juré de le défendre jusqu’à la mort et de lui apporter la victoire.  Arrivés ici, nous avons nous-mêmes défilé devant lui, en allant à nos cantonnements. Nous sommes dans la grange, il n’y fait pas trop chaud. Aujourd’hui, il pleut. Hier, Vendredi saint, nous avons fait maigre, naturellement. Le matin, sardines et beurre, le soir, épinards, morue, maquereau et 4 œufs durs.

Je suis toujours en bonne santé et espère que vous êtes de même. J’ai maintenant un bon couteau qui me servira beaucoup. Nous en avons grand besoin à chaque instant. Merci pour tous les renseignements que tu me donnes sur les connaissances. Je comprends qu’Henri Roux ait des soucis. Espérons qu’il deviendra sérieux et bon père de famille. Auguste Vincent est bien heureux d’avoir vu l’abbé Paris, s’il est vrai que nous allons en Alsace, je voudrais bien le voir. La nouvelle concernant ces voleurs ne m’étonne guère. Ces oiseaux-là sont capables de tout. J’attends avec joie les sous de la commune.

La lettre de Marie Louise me fait rire. Il ne faut pas croire qu’ont se bat terriblement dans les tranchées puisque je n’ai pas encore vu les Allemands. On ne sait pas si l’ont est victorieux, puisqu’à proprement parlé, on ne se bat pas. On tiraille à tout hasard, de temps en temps, et c’est tout. Je savais déjà où vont les copains de la classe 16. Prandini ayant écrit à Dessoy hier.

Le paquet est bien intact, merci encore une fois.

Je vous laisse en vous embrassant affectueusement tous trois. Votre tout dévoué.

Marcel 

Le 7 mai 1915

Bien chers parents,

L’attaque projetée pour hier soir a été remise au lendemain. Ce n’est donc qu’aujourd’hui ou demain matin plutôt, qu’on se lancera, baïonnette haute sur les Allemands abhorrés. On les repoussera, c’est sûr. La préparation a été menée avec soin. J’ai été hier jusqu’au poste central de Noulette.

Là, au milieu des ruines, sous un abri triplement blindé, est installé un poste téléphonique où viennent se réunir plus de 30 lignes de la région. On m’a quelque peu renseigné, 150 pièces de canons sont en batterie et cracheront pendant 12 heures. Ensuite, à l’assaut. Les Anglais de la Bassée doivent attaquer avant nous, attirant ainsi sur leur front, des renforts que nous n’aurons plus devant nous. Il faut à tout prix qu’on repousse leur ligne. Peut-être, du coup seront-ils repoussés en Belgique, débarrassant le Pas de Calais et le Nord si possible de leur présence peu désirée.

Pour le bataillon, les derniers renseignements nous font savoir que les 1ère et 3e compagnies attaqueront la première ligne. Les 2e et 4e compagnies devant enfoncer la 2e  ligne mieux défendue, mais dont les défenseurs seront peut-être énervés par l’attaque première. L’attaque doit se déclencher sur un vaste front. Certains disent de la Bassée au Mont Saint-Éloi, d’autres de la Belgique au même mont Saint-Éloi. J’ai tout espoir et bientôt, je vous enverrai un mot de victoire. Relevés après 24 h avant-hier soir, nous venons passer la nuit dans des abris derrière Noulette ; longs boyaux creusés sous terre. À trois heures, on réveille la ½ section qui va s’échelonner, remplaçant la ½ section précédente qui sert de téléphone pour relier le poste du capitaine au poste du colonel. Toute la journée, repos dans les abris. On a porté les sacs à Aix-Noulette, ne gardant que toile de tente, vivres de réserve et outil, et, naturellement fusil et équipement.

Le soir, concert par les artistes de la compagnie, effet splendide au crépuscule, sous les grands arbres entourés de cahutes nègres, nos chanteurs et nos comiques nous ont divertis jusqu’à la nuit. Inutile de vous dire que sans le bruit du canon, on ne se serait pas cru à 2 km du front. De nouveau couchés dans les abris, nous avons roupillé, malgré le brouillard qui finit par nous saisir au matin. Ainsi, tu vois ma soeurette que le 8 mai, il est bien probable que la bataille nous trouve aux prises, Français et Allemands, sur un vaste front. J’espère bien que l’anniversaire de la prise d’Orléans amène la défaite de nos ennemis. Bien entendu, je m’unirai à vos prières pendant ce mois de Marie, notre mère à tous. Son intercession obtiendra de son divin fils, la victoire pour nos armées et nous ramènera sain et sauf au foyer paternel.

Reçu aussi une lettre d’oncle Narcisse qui n’a pas grand-chose de neuf à dire. Sauf que la famille d’Henri restera à ? jusqu’à la fin de la guerre, et que ce dernier non affecté à Angers est à Dunkerque, faisant la navette entre cette ville et Nieuport. Il ne sait pas encore pour quoi, ni ne connait son adresse. Je vous quitte avec mes meilleurs baisers affectueux. Votre fils et frère dévoué. Marcel Perret. 

Référence bibliographique :

Tome 1 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

Pour en savoir plus :

http://lorette.canalblog.com/archives/2011/04/21/20947276.html 

 Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1918 », à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

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07 décembre 2011

Pierre Mathieu (1891-1915).

                   Pierre_Mathieu

Avant de vous présenter les lettres du caporal Pierre Mathieu je me dois de nouveau venir remercier toute l’équipe de l’association « collectif Artois 1914-1915 ». L’association me donne son aval pour publier sur ce blog, la correspondance écrite par le caporal Mathieu du 149e R.I.. Une nouvelle chaleureuse poignée de main à A. Chaupin, à T. Cornet et à F. Videlaine.

Les différents documents offerts par la famille du caporal Pierre Mathieu en 1952 se trouvent actuellement dans le 2e tome du livre d’or des morts du front d’Artois. La plupart des informations suivantes proviennent des renseignements qui ont été donnés par Paule, la sœur de Pierre domiciliée sur la commune de Dommartin-lès-Remiremont. 

Pierre Mathieu est né le 3 février 1891 dans le petit village vosgien de Dommartin-lès-Remiremont. Il est le fils de Joseph et de Marie Ragué. Ces parents, agriculteurs, étaient domiciliés à Pont de Dommartin, petit lieu-dit proche de Dommartin-lès-Remiremont. Pierre avait deux frères, Paul et Jean et une sœur, Paule. 

Jeune caporal de la classe 1911 servant dans la 1ère compagnie, il reçoit une première blessure le 9août 1914, durant le combat du Signal de Sainte-Marie-aux-Mines. Légèrement blessé à la tête, il est évacué et soigné dans un hôpital nîmois. Après sa convalescence, il rejoint sa compagnie au 149e R.I.. 

Porté disparu au cours de l’attaque du 9 mai 1915 dans le secteur d’Aix-Noulette, son acte de décès ne sera retranscrit à la mairie de Dommartin-lès-Remiremont que le 7 février 1921, suite à un jugement rendu par le tribunal de Remiremont à la date du 27 janvier 1921. 

Pierre Mathieu a obtenu la croix de guerre avec étoile d’argent et la Médaille militaire. 

La Médaille militaire a été attribuée au caporal Mathieu Pierre Marie Louis, matricule 7021, mort pour la France.

« Caporal très consciencieux et courageux, a été frappé mortellement le mai 1915 à Noulette. Une blessure antérieure. Croix de guerre avec étoile d’argent. 

Après avoir reçu le questionnaire envoyé par le secrétaire de l’association « Notre-Dame-de-Lorette » pour le livre d’or, la famille du caporal Mathieu rédige la lettre suivante : 

Dommartin-lès-Remiremont (Vosges), ce 9 mars 1952 

Madame Eusèbe Mathieu à Dommartin lès Remiremont

à Monsieur le Secrétaire, 

Pour ma maman très âgée, j’écris et je signe. Mon frère et moi, nous avons essayé de remplir de notre mieux le questionnaire que maman a demandé par lettre du 10 février concernant notre cher héros.

Nous y joignons, une photo, quatre lettres de notre bien-aimé frère, un petit carnet de notes, une lettre de son meilleur ami frère Auguste (Zundel) décédé maintenant, une lettre de notre chère maman adressée à son cher fils, son cher drapeau ayant appartenu à notre bien-aimé, une carte de la croix rouge attestant  sa blessure, un imprimé de journal de la région déclarant sa mort et sa citation antérieure et enfin, deux feuillets de notes du collège de Remiremont. Ici je m’excuse de présenter cette feuille déchirée, n’ayant pu faire autrement. Les feuillets de son carnet de notes étant collés ensemble. Nous nous désunissons de toutes ces reliques très chères pour la gloire de notre cher héros ; ne voulant pas laisser la lumière sous le boisseau, pour l’exemple des générations futures de notre chère France. Voulant montrer combien le chrétien et le Français sont forgés d’honneur, de droiture, dans les Vosges, pays de Jeanne d’Arc notre chère modèle, souche aussi de terriens forts et vaillants. Nous adressons nos remerciements émus et profonds à tous, grands et petits , à tous ceux qui d’une façon ou d’une autre exaltent à Lorette le souvenir de tous nos frères et nous vous prions de croire, Monsieur, à l’hommage de nos plus sincères sentiments. 

Lettre écrite par la mère de Pierre Mathieu quelques jours après sa mort… 

Fête de Jeanne d’Arc 16 mai 1915

Mon cher Pierre,

 Nous avons reçu tes lettres du 5 et 6 mai, nous savons que vous avez remporté de grandes victoires près d’Arras, nous voyons que tu es souvent en première ligne. J’ai grande confiance que Jeanne d’Arc te protège. Nous avons assisté à sa neuvaine tous les jours. Jai été communier pour toi 3 jours et Paule 2 fois et nous prions tous les jours avec ferveur. Depuis cette neuvaine à Jeanne, la France va bien, tout le monde a confiance en une prochaine victoire. La « Croix » dit que vous avez fait beaucoup de prisonniers, nous avons hâte d’avoir de tes nouvelles. Le 14 je t’ai envoyé un colis, il y a un chapelet indulgencié de toutes les indulgences que l’on peut avoir, je serai heureuse quand tu l’auras reçu. Cher enfant, combien tu auras souffert. Nous te plaignons de tout notre cœur, nous parlons journellement de toi. Je suis toujours avec toi, dans les tranchées et sous la mitraille. Il me semble te voir, toi, si doux, si tranquille, être obligé de te battre, tuer des hommes inconnus. Quelle vie, bon courage mon cher enfant.

Le bon Dieu ne sera pas toujours sourd à tant de souffrance, j’espère qu’il exaucera toutes nos prières.

Je suis contente pour toi, tu auras un ami de plus quand tu auras revu Houillon. Vous pourrez parler du pays, il a de la veine lui.

Nous n’entendons plus le canon, je crois que les Allemands ne sont plus si près de nous. Le neveu de Jeanne est mort, Paule t’avait annoncé qu’il était bien malade. Ce matin j’ai été communier, je suis revenue déjeuner, puis je suis retournée à la messe, et je vais aux Vêpres. Jeanne d’Arc me donne du courage, nous sommes tous en bonne santé. Nous t’embrassons tous bien tendrement, au revoir et a bientôt j’espère.

Ta maman 

Il y a beaucoup de malades à la caserne Marion. Je te mets 3 francs dans ma lettre. 

Un petit mot est ajouté par Eusèbe Mathieu, le père de Pierre… 

Mon cher Pierre,

Je ne sais pas grandes nouvelles à t’annoncer. Nous avons encore pour deux jours à bêcher des pommes de terre, quand ce sera fini, nous irons chercher quatre hêtres que nous avons coupé au pré Hache.

Bon courage, mon cher Pierre, nous continuons à prier pour toi.

Je t’embrasse de tout mon cœur,

Ton papa E. Mathieu

 Voici une lettre envoyée à la famille Mathieu écrite par son meilleur ami qui vient d’apprendre la mort de Pierre. 

Lettre écrite le 9 juillet 1915.

Cher parents chrétiens,

J’ai été profondément ému en lisant votre lettre. Vous savez combien j’aimais votre cher Pierre. Comme vous, je ne peux me faire à l’idée que le cher enfant ne soit plus parmi les vivants. C’est certes bien dur, pour vous, de vous séparer de celui dont le bonheur était si intimement lié au vôtre. La foi chrétienne seule est capable de vous inspirer courage et résignation. Je bénis le bon Dieu de ce qu’il vous laisse une fille et un fils aussi sages que sont Paule et Jean-Marie qui vous aideront à porter votre croix. De mon côté, je vous prie de me permettre de m’associer à ce deuil de famille et d’unir mes prières et sacrifices aux vôtres. Comme je le disais dans la carte adressée à Pierre à l’occasion de sa fête, je trouvais étrange de ne plus rien recevoir de lui depuis si longtemps (fin avril). Selon votre désir, je m’informerai auprès de la Croix rouge. Quel bonheur s’il nous était possible de vous le retrouver ! Dans cette terrible passe d’incertitude et d’angoisse, réfugions-nous dans le cœur agonisant de Jésus et dans le cœur compatissant de Marie. Dans ces deux cœurs sont les vraies sources d’où coule la force pour accepter la croix et le courage pour la perte qu’elle qu’en soit le poids.

Encore une fois courage et confiance. Bien à vous au N.P..

Votre tout dévoué, Frère Auguste.

N.B. J’ai eu une occasion de vous faire parvenir la lettre depuis la France.

Pour en savoir plus :

 http://lorette.canalblog.com/archives/2011/04/21/20947276.html

Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1918 », à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

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28 décembre 2011

Correspondance de Pierre Mathieu (1ère partie).

                   Pierre_Mathieu__2_

De nouveau un très grand merci  à toute l’équipe de l’association « collectif Artois 1914-1915 ».

Le 18 janvier 1915, 16 heures. 

Cher parents,

Je vous ai envoyé une carte hier vous annonçant que j’avais reçu votre colis avant de partir aux tranchées. Cette fois, nous occupions des tranchées de réserve et nous n’avons pas été bien malheureux. Ces tranchées étaient couvertes, il y avait de la paille et on y faisait du feu. Voilà comment il faudrait être dans les tranchées de la première ligne.

Vous n’avez plus besoin de m’envoyer du chocolat actuellement, car on peut en acheter. Nous couchons sur de la vieille paille qui servait probablement il y a trois mois. Je ne peux pas me débarrasser des blancs poux, on ne trouve personne pour faire laver son linge, ces jours derniers. J’ai ébouillanté mon linge dans la marmite de notre pauvre vieux et l’eau est très rare. Il n’y a que de rares puits. Il y a de mes camarades qui ont reçu quelque chose pour les faire partir. Demandez au pharmacien s’il ne trouverait pas un remède pour faire partir ces grenadiers, car la nuit ils empêchent de dormir. Je vous garantis que ce n’est pas bien agréable d’être pourvu de cette vermine. À notre brasserie nous avions de l’eau bouillante à discrétion, mais ici c’est différent, nous sommes dans un pays perdu à Béthonsart à 18 km de Saint-Pol. Vous me feriez plaisir de m’envoyer aussi une boite de pastilles pour le rhume, au goudron par exemple. Nous commençons tous par être un peu enrhumés. Le peloton d’instruction qui avait été commencé est reformé de nouveau. Je vais donc à l’exercice tous les jours, je ne sais pas combien de temps il durera. Il parait que si la compagnie va aux tranchées pendant la marche du peloton, nous serons exempts d’y aller. Je souhaite donc que ce peloton dure le plus longtemps possible.

Aujourd’hui, il a neigé toute la journée. C’est l’hiver qui s’annonce et la guerre n’a pas l’air de cesser. Quand donc aurons- nous le bonheur de rentrer dans nos foyers ? Nous commençons tous à trouver le temps long, et voici le mauvais temps, les opérations vont être arrêtées.

Hier j’ai vu Marchal Charles et Petitjean de Franould, nous ne sommes plus que trois au 149. Ils sont cantonnés à quelques kilomètres de notre pays, ils m’ont promis de venir me voir ce soir.

Envoyez-moi aussi une chemise, j’en ai une de la compagnie qui est très courte, elle n’est pas assez chaude.

Je ne vois rien d’autre chose d’intéressant à vous dire pour le moment, et en attendant le bonheur de vous revoir, je vous embrasse tous bien affectueusement.

Votre fils Pierre. 

Vous voulez bien conserver les lettres reçues que je vous envoie, ce sera un souvenir de la guerre.

Lundi 8 février 1915.

Bien chers parents,

Je viens de recevoir à l’instant la lettre de maman datée du 30 janvier. Tous, sur le front, nous avons de la joie à recevoir des nouvelles de nos familles. Tous les matins, lorsque le vaguemestre arrive à la compagnie, on se précipite pour la distribution. Quelle joie lorsqu’on a une lettre et quelle déception lorsqu’il n’y a rien. On ne se lasserait pas de recevoir des nouvelles tous les jours. La lettre de maman m’a fait de la peine, car j’ai vu que la tristesse régnait à la maison. Prenez tous courage, le bon Dieu m’a toujours préservé jusqu’ici et pourtant j’ai déjà vécu de mauvais moments. Au contraire, vous pouvez être fiers, car vous êtes du nombre des familles qui ont un des leurs pour défendre notre pays. Prenez donc courage, la guerre ne peut plus durer longtemps et j’ai l’espoir d’aller bientôt vous embrasser. Et si je venais à mourir, car après tout, notre vie ne tient qu’à un fil, j’aurais toujours le bonheur de vous revoir tous dans notre patrie véritable, le ciel. Mais Dieu exaucera vos prières et ramènera votre fils sain et sauf. Hier, je suis allé à la messe avec Alphonse Viellemard, nous avons été aussi aux Vêpres, c’était le jour que le Saint-Père avait fixé pour faire dire des prières pour la paix. Vous voyez que nous avons assez bien rempli cette journée. Vous pouvez être sûr que je remplis quand je le peux mes devoirs de chrétien et que je me conduis toujours bien et pourtant, ici les occasions ne manquent pas de mal faire. Vous me dites qu’il fait froid dans les Vosges, ce matin j’ai reçu aussi une lettre de Romarie me disant qu’il y avait 10 cm de neige et qu’un train sanitaire passait tous les jours venant de Bussang. Les soldats d’Alsace doivent beaucoup souffrir dans les tranchées. Ici nous n’avons pas de neige, elle ne tient pas. Voici quelques jours qu’il fait un temps splendide et les nuits ne sont pas froides. En ce moment, la compagnie est encore dans les tranchées, je crois qu’elle reviendra ce soir. Tous les jours, il y a des blessés. Romarie m’a envoyé la photographie de l’intérieur de l’église de Dommartin. Je vais lui écrire qu’il vous prenne tous en groupe. Je serais heureux d’avoir votre photographie. Romarie m’a appris aussi que Georges Claudon devait être prisonnier et qu’il avait écrit à sa femme, est-ce vrai ? Il m’a dit aussi que le 2e fils Simon avait été tué. Notre commune est bien éprouvée. Vous savez maintenant mieux que moi tout ce qui se passe, puisque vous lisez le journal tous les jours. Vous pouvez voir où nous sommes actuellement (secteur Aix-Noulette à 2 km de Notre-Dame-de-Lorette), on en parle assez souvent dans les communiqués. Avez-vous reçu mon journal jusqu’au 4 décembre ? Je remercie aussi Jean pour son aimable carte du 28 janvier. J’ai reçu aussi ces jours derniers une carte de Houillon, il est toujours à Épinal ce veinard. Pendant que je vous écris, Alphonse est à côté de moi. Il me dit qu’il ferait meilleur tirer les grives. Lorsque nous allons nous voir dans nos cantonnements on se croirait à Pont, seulement ce qui manque, me dit-il, c’est le petit verre que l’on s’offrirait si on y était réellement. Qu’aurait-il dit si l’an dernier je lui avais annoncé que nous serions tous deux à cette époque dans le Pas-de-Calais ? Faites un saut voir Céleste, car il n’a pas encore reçu de nouvelles depuis qu’il est revenu de convalescence. Samedi dernier, je me suis fait photographier avec quelques camarades. Seulement celui qui nous a pris prend de bonnes cuites et il a du travail plus qu’il n’en peut faire. S’il réussit à faire notre binette, je vous l’enverrai. Romarie m’annonce aussi que Simon Louis, celui de ma classe avait été blessé à la hanche. Je ne vois plus rien d’intéressant à vous dire, j’ai eu assez de chance dernièrement, car voilà douze jours de tranchées que je n’aurai pas vécus. C’est toujours autant de pris en passant. J’ai vu sur le journal que la Roumanie se mettrait de la partie au 1er mars. Excusez mon écriture, je n’ai pas de table à ma disposition.

Je vais toujours bien. Bon courage donc et dans l’espoir de vous revoir. Je vous embrasse tous bien fort.

Pierre 

Référence bibliographique :

Tome 2 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

Pour en savoir plus : 

http://lorette.canalblog.com/archives/2011/04/21/20947276.html 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1918 », à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

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08 février 2012

Correspondance de Pierre Mathieu (2e partie).

                   Pierre_Mathieu

Un très grand merci à toute l’équipe de l’association « collectif Artois 1914-1915 ».

 Le 6 mars 1915 

Bien chers parents,

Hier j’ai reçu une lettre de maman datée du 24 février. Je ne reçois plus vos lettres régulièrement. Je serai heureux de recevoir les cartes postales et les insignes que maman a demandés. Je vous ai envoyé une lettre hier vous annonçant que j’avais reçu votre colis. Ce matin, j’ai vu le mari de la veuve Peltier, il m’a dit avoir remis aux pionniers une carte de maman. Je recevrai probablement cette carte quand les pionniers seront relevés. Ce matin, j’ai été me confesser et communier et j’ai entendu la messe. Je vais souvent à la chapelle, réciter mon chapelet, plus que jamais on a besoin de recevoir les grâces du bon Dieu. Je pourrais bien remercier la Sainte-Vierge de m’avoir ainsi protégé, car un bon nombre de mes camarades ont été blessés ou tués pendant l’attaque qu’ils ont eu à soutenir contre les Allemands. Plusieurs au 149ont été faits prisonniers et beaucoup sont portés disparus.

Notre compagnie n’a pas été trop éprouvée. Il y a eu 4 tués et seize blessés, quant à la troisième et deuxième compagnie, ils ne sont revenus qu’une quarantaine sur cent cinquante. Lorsque la quatrième compagnie reviendra des tranchées, j’irai voir Alphonse Villemard, car à présent, je ne sais pas encore ce qu’il est devenu. Hier, nous avons enterré ici, un capitaine et trois sous- lieutenants dont le sous-lieutenant Jannel de Martinvelle, tués pendant le combat. Le capitaine Baril a été enterré civilement, c’est lui, parait-il qui l’avait demandé avant de mourir. Vous verrez probablement cette attaque sur les communiqués, on en parle déjà aujourd’hui au nord d’Arras, près de Notre-Dame-de-Lorette. Les Allemands se sont emparés d’une tranchée construite par nous.

Je crois que le bataillon rentrera demain soir et qu’après nous irions un peu en repos. Aujourd’hui, il pleut très fort.

Je suis toujours en bonne santé et dans l’espoir de vous revenir bientôt. Je vous embrasse tous très fort.

Pierre

 Le 31 mars 1915

 Bien chers parents,

Je viens de recevoir aujourd’hui deux cartes de maman datées du 25. Depuis quelque temps je n’avais plus reçu de vos nouvelles. Les dernières dataient du 14 mars et je suis certain qu’entre le 14 et le 25 vous m’avez écrit. J’espère donc recevoir prochainement d’autres lettres. J’ai reçu la carte du Sacré-Cœur, nous sommes actuellement en repos près de la ligne de feu, mais je crois que d’ici quelques jours nous irons un peu plus en arrière en repos. Dans les tranchées, nous avons eu aussi froid qu’en hiver. Il faisait une bise glaciale, mais par contre, nous n’avons eu aucun blessé. Notre compagnie est encore privilégiée, car voilà déjà quelque temps que les Allemands attaquent sur le plateau de Notre-Dame-de-Lorette et il se trouve que ce n’est pas la compagnie qui s’y trouve au moment des attaques.

Si nous passons des jours tristes, nous avons aussi d’agréables moments. Tous les soirs, il y a le salut, dans la petite église de Bouvigny, trop petite pour contenir tous les soldats. On y chante des cantiques, l’aumônier fait de beaux sermons. Il invite surtout les soldats à faire leurs Pâques, après il y a la bénédiction du Saint-Sacrement.

Je vous ai annoncé dernièrement que j’avais été faire mes Pâques le jour de l’annonciation. J’y ai été avec deux de mes camarades, il y en avait un qui n’y avait plus été depuis plusieurs années. Le 24 au soir, il me dit qu’il avait l’intention de faire ses Pâques lorsqu’on rentrerait des tranchées, car on devait y remonter le 25 au soir. Je lui dis qu’il ne fallait pas remettre et qu’il viendrait avec moi le lendemain matin. Il vint en effet avec moi, j’étais heureux de l’avoir entraîné. Au sortir de la messe, il me faisait rire, « Récitez votre acte de contrition » lui avait dit l’aumônier « C’est que, lui avait-il répondu franchement, je ne me le rappelle plus». «Eh ! bien lui avait répondu l’aumônier, nous allons le réciter ensemble ». Beaucoup d’autres de mes camarades qui n’étaient pas pratiquants avant la guerre se proposent d’aller faire leurs Pâques, c’est vraiment un renouveau de la vie religieuse. Après le salut, on distribue quelquefois des drapeaux du Sacré-Cœur et des médailles. Les premiers jours que nous étions en cantonnement, il nous était défendu de sortir. Un séminariste qui me connait me disait bien de faire de la propagande pour que les soldats assistent au salut, mais je ne pouvais entrainer mes camarades. J’y ai été une fois que la compagnie était consignée. On a fait au moins trois appels pendant mon absence. Voilà ce qui existe au régiment. En ce moment, on peut sortir après cinq heures du soir et nous pouvons y aller en toute tranquillité.

Chaque fois que je vais au salut, j’y vois Alphonse Villemard. Il a beaucoup changé en fait de religion, il a été faire les Pâques lui aussi. Hier, j’ai vu Marchal Charles, il parait aussi que le mari de Joséphine Laurent est aussi au 149.

Romarie m’a dit qu’on ne savait pas encore à Dommartin que le pauvre Louis Petitjean avait été tué. Marchal Charles m’a dit hier, qu’il avait l’intention de demander une permission pour aller battre le blé, mais l’homme propose et Dieu dispose.

Vous me dites que le frère de Maria Daval est près d’Arras, mais ce doit être au 4e chasseur à cheval et non au 12e qu’il doit être. Il se pourrait qu’il soit à l’escadron divisionnaire où est Charles Rosaye.

Vous avez acheté un bœuf, je vois qu’ils ne sont pas bon marché. Vous serez quitte d’aller à l’emprunt ce qui est ennuyeux, j’ai été surpris de voir que le bois valait 20 francs le stère.

Je crois que nous allons aller au repos pour une dizaine de jours. Il serait temps que la guerre cesse bientôt, car je serais obligé de faire du rabiot. Je crois que c’est du 17 demain matin, c’est égal, si l’on était à la caserne, on serait bientôt de la classe.

Au repos, c’est à peu près la vie de caserne, on passe et repasse continuellement des revues et on fait aussi quelques petites marches. Dernièrement, on nous a donné de nouvelles capotes grises, on aurait mieux fait de nous donner des pantalons, j’ai toujours le même depuis le début de la campagne. Si on ne nous en donne pas bientôt, je serai obligé de vous en demander un, car il commence à devenir mauvais. Mais je pense que l’on remédiera  à cet état de choses, car nous sommes à peu près tous dans le même cas.

Actuellement, il fait beau soleil, mais la bise souffle et il gèle les nuits, vous allez bientôt commencer à planter les pommes de terre.

Alphonse Villemard m’a emprunté dernièrement 1 franc 50 pour le lavage de son linge. Vous pouvez m’en envoyer un peu prochainement, car si je n’avais pas reçu celui de l’oncle, j’aurai été court, un billet de cinq francs ne va pas loin. Je ne vois plus rien d’intéressant à vous dire pour le moment, sinon que je suis toujours en bonne santé. J’espère aussi que vous allez tous bien. En vous souhaitant de Joyeuses Pâques à tous, je vous embrasse tous bien fort.

Votre fils,

Pierre 

Référence bibliographique :

Tome 2 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

Pour en savoir plus : 

http://lorette.canalblog.com/archives/2011/04/21/20947276.html

Concernant le capitaine Léon Baril :

http://amphitrite33.canalblog.com/archives/2010/03/25/17354915.html

Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à J. Huret, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1918 », à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

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23 février 2012

Petit carnet écrit par Pierre Mathieu (1ère partie).

                   carnet_Pierre_Mathieu     

Le caporal Pierre Mathieu a également laissé un petit carnet de notes qu’il a commencé à rédiger à partir du 17 février 1915. Le texte prend fin le 1er mai 1915, quelques jours avant la mort de son auteur. Ce carnet écrit sur une période très courte nous en apprend pourtant beaucoup sur ce que pouvaient vivre les hommes du 149e R.I. lorsque ceux-ci n’étaient pas sollicités pour participer à une attaque. Sans doute écrit à la hâte, la plupart du temps au hasard des lieux de cantonnement, Pierre Mathieu nous raconte ce qu’il vit au jour le jour. Les innombrables corvées, les longues marches durant les périodes d’exercices, les travaux de toutes sortes à réaliser dans les tranchées et à l’arrière sont le lot quotidien du modeste soldat.

Je viens de nouveau remercier très chaleureusement toute l’équipe de l’association « collectif Artois 1914-1915 » qui vient de me donner son accord pour que je puisse publier ici l’intégralité de ce carnet. 

Mercredi 17 février

À 6 h 00, nous venons occuper des abris dans le bois. Temps brumeux et froid. Je ne suis pas très bien portant. Amélioration de notre abri avec des claies. À 19 h 00, nous revenons cantonner dans nos cités. 

Jeudi 18 février

Nettoyage des effets. 

Vendredi 19 février

Revue par le lieutenant Thiriat. 

Samedi 20 février

À 18 h 00, départ pour Marqueffles par une pluie battante. On couche dans la mine. 

Dimanche 21 février

À 17 h 00, départ pour les tranchées. On suit la voie ferrée. L’escouade commence à fournir le service dans la sape. Construction de créneaux. 

 Lundi 22 février

Un abri s’écroule et ensevelit quelques hommes dont un est tué. À onze heures, je suis désigné pour aller aux pionniers. Je commence le service à midi. Construction d’abris.

À 18 h 00, on part en 2e ligne. Clayonnage. On revient à minuit. Je couche dans la cave, les souris me réveillent. 

Mardi 23 février

Consolidation des abris.  À 20 h 00, on monte en première ligne. Pose de hérisson devant les tranchées. 

Mercredi 24 février

On va encore en première ligne. On pose des gabions pour boucher la tranchée en cas d’attaque. Il neige. Jusqu’à minuit, amélioration d’un boyau. Transformation en tranchée. 

Jeudi 25 février

À midi, départ en 1ère ligne. Construction de feuillées. Neige. Boyaux remplis d’eau À 15 h 00, les Allemands bombardent. Pose de hérissons. 

Vendredi 26 février

Construction des abris de la haie G. Nombreux blessés à la compagnie. À 18 h 00, on part cantonner à Sains. Je couche dans un lit, la première fois depuis 6 mois. 

Samedi 27 février

Nous faisons nos repas. Trois caporaux, un sergent. Bonne petite cuisine. 

Dimanche 28 février

Je vais à la messe et aux vêpres. 

Lundi 1er mars

Je vais passer la visite. Je reste à la réserve du régiment. À 16 h 00, deux éclairs suivis d’un violent coup de tonnerre. La neige tombe. 

Mardi 2 mars

Je vais manger à la réserve. Le soir, nous changeons de cantonnements. Je vais me faire panser. On perce mon clou (furoncle)… Je souffre pendant un moment. Je vais  coucher dans mon bon lit. 

Mercredi 3 mars

Je suis réveillé par une forte canonnade. Les Allemands ont attaqué nos tranchées. Pendant une bonne heure, nos canons crachent. Je vais passer la visite. Bronchite en service. À 10 h 00, le sergent Sère revient blessé d’une balle au bras. Enterrement de 3 brancardiers. Deux cercueils recouverts d’un drap noir, un autre recouvert d’un drap blanc. À 15 h 00, notre artillerie bombarde avec une extrême violence. La fusillade suit. De nombreuses automobiles passent et repassent, comblées de blessés. Je vais me coucher avec le sergent Husson. 

Jeudi 4 mars

À 14 h 00, on reçoit l’ordre de partir renforcer le régiment. À 15 h 30, notre artillerie bombarde de nouveau. Je reçois un colis. À 17 h 00, rassemblement, nous sommes prêts à partir. Contre ordre, je fais le cantonnement de la 1ère section. La compagnie ne revient pas. Les 3e et 2e du 149e R.I. reviennent ainsi que deux compagnies du 158e R.I.. Je couche sur un matelas dans le coron où l’on mange avec le sergent-major.

Vendredi 5 mars

 Je vais à l’ordinaire. Je vais voir des prisonniers Allemands empierrant une route. Je leur cause un peu allemand. 

Samedi 6 mars

Je vais entendre la messe et communier. À minuit, la compagnie revient des tranchées. 

Dimanche 7 mars

Je vais à la messe de 7 h 30. À midi, départ de la compagnie par une pluie battante. On passe à Boyeffles, Verdrel et on arrive à Rebreuve à 17 h 00. On cantonne dans une ferme dans un hangar. 

Lundi 8 mars

On endosse de nouvelles capotes. Travaux de propreté. 

Mardi 9 mars

Exercice après-midi. 

Mercredi 10 mars

On va reconnaitre un emplacement à Olhain, dans un bois pour faire des claies et des gabions. 

Jeudi 11 mars

Je reste à la compagnie  jusqu’à nouvel ordre. Repos. Je vais visiter l’église de Rebreuve. 

Vendredi 12 mars

À 10 h 00, départ pour les douches. On revient par le bois d’Olhain. À 11 h 30, je suis de garde au poste de police. Revue par le général de division. Patrouille dans le village. 

Samedi 13 mars

Je vais à la mairie de Ranchicourt pour les ordres à transmettre. Nous sommes relevés à midi. Le soir on monte nos sacs, prêts à partir. Contre ordre. 

Dimanche 14 mars

Je vais à la messe de 8 h 00. Cantonnement consigné. La musique joue sur place ainsi que devant la division. 

Lundi 15 mars

Revue en tenue de campagne par le commandant. 

Mardi 16 mars

Le matin, je vais au tir, pose des sentinelles. À midi, on prend la garde au poste de police avec le sac monté, car on doit partir. À 16 h 30, départ de la compagnie. Je suis de garde de police et nous marchons en queue de bataillon. On arrive à 21 h 00 à Boyeffles où l’on cantonne dans une ferme sur un grenier. 

Mercredi 17 mars

Même cantonnement.  À 12 h 00,  départ. La compagnie va occuper des abris de réserve dans le bois de Bouvigny. Nous sommes accroupis sous un abri. Il ne fait pas très chaud la nuit. 

Référence bibliographique :

Tome 2 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

Pour en savoir plus : 

http://lorette.canalblog.com/archives/2011/12/10/20947276.html 

Concernant le sous-lieutenant Gaston Thiriat :

http://amphitrite33.canalblog.com/archives/2011/05/09/21090186.html

Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1915, à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

 

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01 mars 2012

Petit carnet écrit par Pierre Mathieu (2e partie).

             Pierre_Mathieu

De nouveau un grand merci à toute l’équipe de l’association « collectif Artois 1914-1915 » 

Jeudi 18 mars

Nos artilleurs tirent de temps en temps. À 12 h 00, on part pour les tranchées de 1ère  ligne. On occupe des tranchées à gauche de la chapelle. 

Vendredi 19 mars

Au matin, il neige, nuit assez froide. Vers 5 h 00  les Allemands envoient des marmites dans le bois. Nombreux tués non encore enterrés après l’attaque. Les Allemands nous envoient des grenades à main. Giboulées de neige tout le jour, nous souffrons du froid. Nuit assez calme. 

Samedi 20 mars

Les Allemands bombardent et attaquent à notre droite. On dit que les chasseurs se sont laissés prendre quelques tranchées. À 10 h 00, duel d’artillerie assez violent. Les aéros voyagent car il fait un beau soleil. À 19 h 00, nous sommes relevés par la 2e compagnie. Nous venons occuper des abris dans le bois, des claies posées sur le sol nous servent de paille.

 Dimanche 21 mars

À 1 heure du matin, je pars avec 6 hommes porter des gabions en 1ère ligne. Mes hommes s’empêtrent très souvent dans le fil téléphonique. Nous rentrons à 2 h 30, nuit blanche. À 10 h 00, je pars avec une corvée porter des fusils au capitaine de la 5e compagnie. À 14 h 00, nous allons cantonner à Bouvigny. On couche sur un grenier. 

Lundi 22 mars

Je vais passer la  visite. Je prends une purge. Cantonnement consigné toute la journée. Visite à l’église. 

Mardi 23 mars

Revue d’armes à 9 h 00. Revue en tenue de campagne à 13 h 00. Exercice, on va cueillir des pissenlits près de Bouvigny. Je vais au salut. 

Mercredi 24 mars

À 6 h 30, nous partons dans le bois pour faire des hérissons, on assiste au lancement des grenades. Exercices après midi. Je vais au salut. 

Jeudi 25 mars

Je vais faire mes Pâques avec 2 camarades. À 17 h 00, départ. Nous passons près de la Faisanderie et nous devons occuper des abris de 2e ligne, entre la chapelle et Mont-Saint-Eloi. Abris peu confortables. On passe la nuit dans un petit abri, assis sur nos sacs. 

Vendredi 26 mars

Nous restons dans nos abris. Différentes corvées. À 23 h 00, l’alerte, on monte nos sacs en vitesse, le commandant croyant à une attaque nous fait venir au poste de commandement. Nous y restons jusqu’au matin et il fait très froid. 

Samedi 27 mars

À 6 h 00, nous venons réoccuper nos abris. Temps froid. À 17 h 00, pendant que nous mangeons la soupe,  les Allemands nous envoient des obus. Aucun résultat. À 18 h 00, nous allons occuper nos tranchées de 1ère ligne au dessus d’Ablain. Nuit très tranquille, on ne tire aucun coup de fusil. Il fait aussi froid qu’en hiver. 

Dimanche 28 mars

Les Boches nous envoient quelques bombes. Nuit froide. J’ai la diarrhée, il m’arrive un petit accident. 

Lundi 29 mars

Lancement continu de bombes de part et d'autre. Nous lançons de nouvelles bombes qui produisent un heureux effet. À 18 h 00, nous sommes relevés. Nous passons Marqueffles et nous venons cantonner à Bouvigny dans nos anciens emplacements. 

Mardi 30 mars

On va essayer des protège-têtes. Nettoyage. Travaux de propreté. Je trinque  avec Marchal Charles le soir. 

Mercredi 31 mars

Revue d’armes le matin. Marche de bataillon l’après-midi. Nous allons jusqu’à Sains-en-Gohelle. Le soir, je vais au salut. À 22 h 00, nous sommes réveillés par les marmites que les Allemands envoient sur Bouvigny. Quelques éclats de shrapnels tombent sur la toiture, quelques hommes descendent à la cave.  Je reste, insouciant du danger avec d’autres sur le grenier. 

Jeudi 1er avril, jeudi saint.

Revue en tenue de campagne. Revue d’armes. Exercice après midi. Musique. Je vais au salut. 

Vendredi 2 avril, vendredi saint.

À 8 h 00, départ pour Olhain. On rend les honneurs au drapeau. Après la soupe, on change de cantonnement. On va dans un ancien château. Repas maigre. 4 œufs, une boite de sardines, épinards, pommes de terre et morue. 

Samedi 3 avril

Vaccination de la compagnie contre la fièvre typhoïde, je n’y suis pas ayant toujours mon « clou ». À 16 h 00, revue d’armes. 

 Dimanche 4 avril

Il devait faire une messe en plein air, s’il faisait beau. Comme il pleuvait, une messe est  chantée à Fresnicourt. J’y vais. Après-midi concert, musique. À midi riz, bœuf, tarte, cigare, café. Assez bon repas le soir. 

Lundi 5 avril

Exercice le matin. Après midi théorie, devoir de sentinelles et nettoyage du fusil. 

Mardi 6, mercredi 7 et jeudi 8 avril

Exercice matin et soir...

Référence bibliographique :

Tome 2 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

Pour en savoir plus : 

http://lorette.canalblog.com/archives/2011/12/10/20947276.html 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à J.M.Laurent, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1915, à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

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08 mars 2012

Petit carnet écrit par Pierre Mathieu (3e partie).

              Pierre_Mathieu

Encore une fois, un grand merci à toute l’équipe de l’association « collectif Artois 1914-1915 »

 Vendredi 9 avril

Exercice le matin. À 13 h 00, il y a un coup de vent qui enlève les tuiles de la ferme du château. Malgré une pluie battante, le sergent nous fait rassembler et nous conduit à l’exercice. L’adjudant nous fait retourner. Nous jouons aux cartes pour narguer le sous-off. 

Samedi 10 avril

Exercice. Déploiement en tirailleurs. 

Dimanche 11 avril

Je vais à la messe à Fresnicourt. L’abbé Marchal, nous donne des instructions. 

Lundi 12 avril

Le matin déploiement en tirailleurs. On prend le sac. Après-midi, marche sous bois dans le bois d’Olhain. 

Mardi 13 avril

Vaccination le matin. Le soir, je reste couché, j’ai de la fièvre.

Mercredi 14 avril

Repos, le soir la section va aux douches. Je reste au cantonnement. 

Jeudi 15 avril

La compagnie va en marche. Je vais passer la visite. Nous sommes 28, mais un grand nombre se fait vider pour les vaccins. Je suis à ménager deux jours. 

Vendredi 16 avril

La compagnie va encore le matin en marche. Repos. 

Samedi 17 avril

Exercice le matin et le soir. Déploiement en tirailleurs. Aussitôt rentré de l’exercice, nous nous assignons pour prendre la garde. À 17 h 00, nous prenons la garde. Je fais avec Berthou une ronde à 20 h 00 dans les bistrots. Il gèle la nuit. 

Dimanche 18 avril

Toujours de garde. Temps splendide. À 17 h 00, nous sommes relevés. 

Lundi 19 avril

Exercice le matin. Attaque d’une lisière de bois. On progresse en tirailleurs. L’après-midi, on va au tir. Je fais le maximum. On nous annonce que nous devons partir le lendemain pour Barlin ou Hersin-Coupigny. 

Mardi 20 avril

On nettoie le cantonnement avant de partir. À 11 h 00, départ pour Hersin-Coupigny. On rend les honneurs au drapeau.  On arrive en début d’après-midi. On cantonne sur un grenier. Il y a de la paille en insuffisance. À l’appel, on nous annonce que nous devons partir le lendemain à 3 heures du matin. Pour une fois que nous avons de la paille pour nous coucher. Nous n’avons pas de chance. 

Mercredi 21 avril

À 12 h 00, réveil, départ à 2 h 00 pour Aix-Noulette. On fait la pause un quart d’heure dans un pré en attendant que le cantonnement soit prêt. On cantonne dans un hangar. Aussitôt arrivé, on nettoie le cantonnement laissé par le 17e. Le soir, avant de partir pour les tranchées, on met de la paille sur les sacs. À 18 h 30, départ pour Noulette. On passe la nuit dans des abris de réserve. 

Jeudi 22 avril

Même emplacement. On joue aux cartes à 800 m des Allemands. 

Vendredi 23 avril

On passe toute la journée dans nos abris. Journée assez calme. À 21 h 30, nous sommes relevés. Nous partons pour Sains-en-Gohelle où l’on arrive à 23 h 00. Nous cantonnons dans les corons à Aix, nous couchons sur le plancher avec une botte de foin. 

Samedi 24 avril

À 10 h 00, les Allemands bombardent avec acharnement la mine. Ils y envoient une trentaine de marmites. Leur tir est bien ajusté. Le soir, je vais voir une maison située à 200 m de notre cantonnement, qui a été complètement détruite par une marmite. La personne et l’enfant qui y étaient se sont sauvés dans la cave et n’ont eu aucun mal. Il parait qu’il y en a pour 200 000 francs de dégâts à la mine. 

Dimanche 25 avril

Je vais à la messe militaire dite à l’église de Sains-en-Gohelle. Le prédicateur nous parle de l’esprit de sacrifice. Avant la messe, je me fais photographier avec quelques camarades. Nous revenons pour le rapport à 10 h 30 où l’on présente nos fusils qui sont passés en revue par le capitaine. On devait partir le soir aux tranchées, mais il y a contre-ordre. Je passe l’après-midi avec Charles Grivel et Célestin Mathieu. À 18 h 00, visite à la chapelle de Sains-les-Mines. 

Lundi 26 avril

Exercice le matin, école de section. À 15 h 00, il arrive un ordre. Nous devons nous tenir prêts à partir. En compagnie de quelques camarades, nous mangeons à la hâte une salade. J’ouvre une boite de sardines, mais aussitôt, on nous donne l’ordre de mettre sac au dos. Croyant à une fausse alerte, je laisse ma boite pour le retour. Mais réellement, on part au pas accéléré à Aix-Noulette. Ferait-on une attaque ? Je ne sais rien. Aussitôt arrivés, les hommes se munissent d’un outil de parc et après la soupe, on part pour Noulette. On arrive dans le bois derrière le château, on laisse nos sacs dans les abris et on part faire un boyau entre le bois 6 et le bois de Bouvigny. Nous travaillons toute la nuit pendant que les balles sifflent au dessus de nos têtes, car nous sommes à environ 800 m des Boches. 

Mardi 27 avril

Au petit jour, nous revenons dans nos abris. Repos. Le soir, la compagnie va travailler. Je passe la nuit dans nos abris, car la moitié des gradés seulement va avec les hommes. 

Mercredi  28 avril

Pendant que nos artilleurs tirent, on fait un concert en plein air. La voix des canons couvre souvent celle des artistes. Après un concours de jeu de quilles, à 18 h 00, je pars avec quatre hommes construire un boyau communiquant avec celui fait la veille. À côté de ce boyau, je trouve un bon abri. J’y passe dedans une bonne partie de la nuit. Au petit jour, nous revenons à nos abris. 

Jeudi 29 avril

Repos. L’après-midi je vais avec quelques hommes, je vais chercher des planches du château de Noulette pour faire des croix. On en construit une douzaine pendant que d’autres creusent une tombe collective pour des chasseurs à pied tués à l’attaque du 3 mars. Le soir, la compagnie va travailler dans le boyau. C’est mon tour de rester comme gradé dans les abris. 

Vendredi 30 avril

La compagnie ne revient dans les abris que vers 8 h 00. Le soir, à 20 h 30, nous partons pour Sains. Nous cantonnons dans les mêmes cités qu’auparavant. Nous aurons passé dans ce bois, à l’ombre des grands arbres quatre agréables journées. Dans nos cités, la paille fait toujours défaut et nous nous couchons sur le plancher. 

Samedi 1er mai

À 14 h 00, je vais à l’enterrement d’un soldat de la compagnie. Un pionnier qui faisait partie de mon équipe aux pionniers. Après les prières dites à la chapelle de Sains-les-Mines, nous allons au cimetière où le lieutenant Girard lui adresse un dernier adieu. Il est, dit-il, tombé au champ d’honneur en accomplissant son devoir. 

Référence bibliographique :

Tome 2 du livre d’or des morts du front d’Artois. 

Pour en savoir plus : 

http://lorette.canalblog.com/archives/2011/12/10/20947276.html 

Un grand merci à M. Bordes, à A. Chaupin, à T. Cornet, à F. Videlaine, à l’association « collectif Artois 1914-1915, à l’association Notre-Dame-de-Lorette et à la garde d’honneur de l’ossuaire de la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette.

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