02 décembre 2009

25 et 26 octobre 1918. L’attaque de la Hunding Stellung.

                  Attaque_de_la_Hunding_Stellung     

                                       Carte_Banogne_

 

Préparatifs d’attaque

La ligne de l’Aisne est débordée et dépassée. Le massif de Saint-Gobain et Laon sont emportés le 13 octobre 1918. L’ennemi avait mis tous ses espoirs dans la position Hunding. La Ve Armée du général Guillaumat est d’abord arrêtée devant elle, puis elle se prépare à l’attaque. Les trois bataillons du 502e Régiment A.S. sont mis à sa disposition le 18 octobre. Le 4e et le 6e bataillon qui arrivent les premiers sont transportés, sur tracteurs de Reims vers Nizy-le-Comte, dans la zone du 21e C.A.. L’attaque est fixée au 25 octobre. Le 6e bataillon est affecté, à gauche, à la 170e D.I., pour opérer dans la région de Saint-Quentin-le-Petit. Le 4e bataillon marche avec la 43e  D.I. à droite, dans la région de Banogne. Les chars doivent appuyer successivement l’attaque de divers objectifs en dépassant l’infanterie. Il s’agit cette fois pour eux d’emporter des positions parfaitement organisées et qui vont être défendues avec opiniâtreté.

25 octobre 1918

Les positions de départ sont gagnées sur la rive nord du ruisseau des Barres dans la nuit du 24 au 25 octobre sous la protection d’avions masquant le bruit des appareils. L’attaque est déclenchée à 6 h 30. Les observatoires ennemis sont aveuglés par des fumigènes ; des groupes d’artillerie ont été désignés pour réduire les pièces antichars et autres résistances actives. Mais la défense contre les chars est aussi méticuleusement organisée. De nombreux minenwerfer légers sont dissimulés dans l’herbe. Des pièces de 77 sont enterrées au ras du sol. Elles sont soigneusement camouflées pour être placées généralement à la tête des ravins. Enfin, des champs de mines sont disposés principalement le long des routes et aux abords immédiats des villages. À la 43e division, les chars du 4e bataillon combattent à deux reprises avec acharnement, et cela malgré les pertes causées par les pièces antichars. Ils détruisent de nombreuses mitrailleuses et permettent ainsi à l’infanterie de progresser jusqu’aux réseaux.

L’action est recommencée le 26, avec des sections de chars reconstituées, sur la tranchée Neptune et les deuxièmes lignes. Favorisés par la brume, les chars amènent l’infanterie jusqu’à la route Saint-Quentin-Banogne. Mais ensuite l’infanterie est arrêtée et se fixe. La progression a été au total de 1 km.

                  Char_Renault_F

26 octobre 1918

Les informations suivantes proviennent du J.M.O. de l’A.S.310. Le 149e R.I. y est évoqué très succinctement. Il est tout de même possible de localiser de manière assez précise la position des deux compagnies qui sont engagées. La 43e division doit reprendre l’attaque à 9 h 00. Il faut tourner Banogne par l’ouest et par le sud. Deux sections de Chars sont reconstituées. La 3e section du lieutenant de Bayenghem et la 1ère section de l’aspirant Laugier. Ce dernier est prévenu très tard et ne  peut rejoindre sa section que durant la marche d’approche entre la position d’attente et la position de départ à 8 h 00. Dans la nuit, ces deux sections sont affectées au groupement de gauche  qui est sous les ordres du lieutenant-colonel Vivier du 149e R.I.. Elles sont mises à la disposition du bataillon Froment du 149e R.I. Ce dernier doit attaquer avec deux de ses compagnies en 1ère ligne, la tranchée de Neptune et la 2e tranchée de la ligne Hunding. La liaison s’établit dans la nuit avec ce bataillon d’attaque. La section  du lieutenant de Bayenghem est affectée à la compagnie de gauche et la section de Laugier à la compagnie de droite.    

Les sections quittent leurs positions de départ à 6 h 45. Elles franchissent à l’heure H, à 9 h 00, la ligne d’infanterie établie à 500 m sud de la route Saint-Quentin-le-Petit–Banogne. L’infanterie attaque derrière les chars. La route est franchie. Les chars parviennent à la tranchée de Neptune. Une forte brume a favorisé leur approche et leur action. L’infanterie qui à des effectifs excessivement réduits, est prise de flanc par des mitrailleuses. Ces dernières tirent à droite de Banogne et à gauche du point 78.55 de la tranchée de Neptune. Les unités françaises ne peuvent progresser au-delà de la carrière. Elles se terrent et s’accrochent au terrain. Les chars se replient derrière les escarpements situés à 100 m au nord de la route. La progression ne peut être reprise dans l’après-midi et, à la nuit, les chars regagnent leur position d’attente au cimetière de le Thour.

Références bibliographiques :

« Les chars d’assaut, leur création et leur rôle pendant la guerre 1915-1918 » du capitaine Dutil, agrégé d’histoire. Aux éditions Berger-Levrault, 1919.

J.M.O. de l’A.S. 310 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/25.

Pour en savoir plus il faut aller faire un tour du côté des J.M.O. de  l’A.S. 311 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/26 et de l’A.S 312 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/27.

Un très grand merci à M. Bordes, au Service Historique de Vincennes, à  l’E.C.P.A.D., à Google-Earth et pour tout ce qui concerne les chars à « Tanker » du site « pages 14-18 ».

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29 janvier 2010

Champagne (juin-juillet 1918).

                        Carte_Souain

                  Legende_carte_Souain_1918

Nouvel extrait des souvenirs de Louis Cretin, soldat musicien au 149e R.I.

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De  nouveau un très grand merci à D. Browarsky  pour le témoignage de Louis Cretin.

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"Le 8 juin 1918, le régiment vient débarquer aux environs de Châlons-sur-Marne. Le 18, il montait en ligne en Champagne « au trou Bricot ». C’est là que je viens le retrouver après ma convalescence.

Le 17 juin, je quittais Saint-Maurice et partais pour me faire équiper au Bourget. De là, on me renvoie sur Connantre-en-Champagne. PC_HamonJe rejoins le centre d’instruction divisionnaire à Cuperly. Arrivé à la 4e compagnie du C.I.D., je fais ma demande de réintégration à la musique où ma place était demeurée vacante. En attentant, je fais de l’exercice, gymnastique Hébert, lancement de grenades, tirs, mouvements d’armes, avec lesquels je n’étais plus familiarisé. Je l’avoue, cela ne me sourit pas beaucoup. C’est avec une réelle satisfaction que le général Michel commandant la 43e D.I., me fait donner l’ordre de rentrer à la C.H.R. du 149e R.I.. Je rejoins les copains le 26 juin 1918. Le 27, je reprends possession de mon piston et abandonne mon fusil sans déplaisir. Le 28, je monte aux tranchées, la musique travaille de jour et de nuit, cela dépend des lieux. Nous posons des réseaux de fil de fer barbelés et nous aménageons la seconde ligne pourtant déjà fortement organisée. Ce travail dure jusqu’au 8 juillet. Ensuite, c’est aux pistes que nous sommes occupés, puis les dépôts de matériel sont complétés. Nous travaillons fiévreusement. Le secteur est très calme, tellement calme que cela nous surprend. Nous ne nous faisons pas d’illusions, c’est le calme avant la tempête, d’ailleurs nous sommes prévenus que prochainement nous allons avoir une grosse attaque à repousser. Tout le monde dans le régiment se prépare et nous attendons le moment avec confiance. Nous sommes sûrs qu’ils ne passeront pas. Un coup de main fait par nous le 12 juillet, et les deux prisonniers allemands amenés au P.C. Hamon où se trouve notre colonel confirment que sous peu, nous allons avoir à subir une attaque (la dernière, disent-ils) qui doit être décisive. Nous devons être écrasés, du moins ils l’affirment. Le 14 juillet arrive. Dans la soirée, notre artillerie commence un feu violent sur les tranchées et batteries allemandes. Rien ne riposte, mais subitement, vers minuit, alors que nous sommeillons dans nos abris, un vacarme effroyable nous réveille. Un marmitage pire qu’à Verdun, si on peut dire, nous fait tressauter dans nos cagnas, comme si nous étions en train de danser. Les obus tombent comme grêle, les gaz pénètrent dans nos abris, nous mettons la cagoule en attendant l’obus qui nous mettra en marmelade. Je suis avec un nommé Augustin Rémy (actuellement cultivateur à Pouxeux dans les Vosges) dans un abri très petit. Cet abri  de quelques mètres carrés, pas très solide, un 105 aurait pu crever la voûte de rondins et les quelques centimètres de terre au dessus. Impossible d’aller ailleurs tant le bombardement est violent… On recommande son âme à Dieu et nous attendons. Le marmitage dure toute la nuit. A l’aube du 15 le tir s’allonge pendant que les vagues d’assauts  déferlent sur nos premières lignes, mais ne trouve que quelques hommes. Les tranchées sont vides de défenseurs croyant nous avoir anéantis, ils avancent confiants dans leur victoire. Mais à la deuxième ligne, celle que nous avions aménagée depuis 3 semaines, nos mitrailleuses entrent en action. Nos canons contre tanks démolissent leurs chars d’assaut et piétinent sur place. Ils se font massacrer  pour finalement se jeter dans nos tranchées abandonnées et ne peuvent déboucher. Sitôt que le bombardement avait cessé, nous étions sortis de nos abris afin de former nos équipes. Mais un douloureux spectacle s’offrit à nos yeux. Partout le sol était labouré, retourné dans tous les sens. C’était un miracle, que où j’étais, je n’ai pas subi le même sort ; Tout autour, c’était la Trou_Bricotdévastation. Devant notre « cagna », deux corps étaient allongés, surpris comme nous, ils avaient voulu gagner un abri plus solide situé à quelques mètres de là, mais une rafale les avait fauchés dans leurs bonds. Nous nous rassemblons sous les ordres de notre sergent Arnould et nous nous comptons. Douze hommes manquent à l’appel. C’était la première fois depuis le début de la campagne que nous avions autant de pertes en si peu de temps. Plusieurs marmites avaient détruit les abris occupés par la musique. Sept étaient tués et cinq étaient grièvement blessés. Cela portait le total de nos pertes à 28 hommes sur 38 depuis le début. De plus, un autre (du nom de Villemin) qui était parti la veille pour conduire des matériaux en ligne n’était pas revenu, prisonnier des Allemands. Nous formons 8 équipes avec les hommes qui restent et immédiatement, nous nous remettons au travail. Nous nous dirigeons sur le P.C. Hamon où se trouvent le colonel et le médecin-chef. La distance qui nous sépare du poste de commandement est environ de 500 m. Elle est jalonnée de débris de toutes sortes. Après les instructions de notre major, nous allons dans les différents secteurs tenus par le régiment. Le jour est venu, les boyaux sont impraticables. Nous passons à découvert, souvent les mitrailleuses allemandes nous obligent à nous « planquer ». Après plusieurs trajets en lignes, nous retournions faire un autre voyage. Je faisais équipe avec Rèches, Rémy et Davillers quand au moment où nous longions un dépôt de matériel, le sifflement bien connu d’une arrivée d’obus se fait entendre. Je n’ai pas le temps de me jeter dans le boyau tout proche. L’éclatement de 4 marmites se produit au milieu du dépôt. Les piquets, les planches, les rouleaux de fil de fer voltigent de tous les côtés. Je reçois un morceau de bois qui me fait l’impression de me faucher la jambe en criant à mes camarades « touché ». Ceci se passa plus vite que je ne le raconte, quelques secondes. La souffrance que je ressens est grande. Immédiatement, mes camarades accourent, me palpent… Point de sang, mais j’ai la jambe droite fracturée à la partie moyenne (tibia et péroné) en me portant au poste de secours, nous sommes obligés de nous arrêter dans un bout de boyau. Des escadrilles d’avions survolent le terrain et mitraillent à faible hauteur. Si l’un ou l’autre avait été abattu, il nous serait tombé dessus ! Au poste de secours, ils arrangent ma jambe provisoirement  et une auto sanitaire m’amène peu de temps après. En route le brancard casse… Nouvelle souffrance, aussi cruelle qu’au moment de ma chute. L’auto s’arrête à l’H.O.E. d’Ove, près de Lacroix-en-Champagne."

 

Références bibliographiques :

Souvenirs de Louis Cretin.

Historique du 149e R.I. Editions imprimerie Klein 1919. Version illustrée.

« Les étapes de guerre d’une division d’infanterie, 13e division ». Lieutenant-colonel Laure. Editions Paris Berger-Levrault. 1928.

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13 janvier 2014

27 mai 1918, en route pour Arcy-Sainte-Restitue.

Arcy_Sainte_Restitue_1

Le 149e R.I. se trouve toujours dans le secteur de Compiègne. Dans la matinée, des indices de remue-ménage commencent à se faire sentir au sein de la 43e D.I.. Personne ne sait vraiment ce qui arrive. Toutes les unités de la division sont rapidement mises en alerte. Elles doivent se tenir prêtes à partir à tout moment. Les camions arrivent dans l’après-midi, mais les hommes ne prennent place à bord des véhicules qu’à partir de 20 h 00.

Direction : la région de Braine, un secteur qui se situe dans le département de l’Aisne. L’itinéraire initial est plusieurs fois modifié en raison d’une avancée rapide des Allemands. Mais que ce passe-t-il exactement ?

L’ennemi est en train de renouveler son opération du 21 mars 1918. Il vient de lancer une importante offensive dans le secteur du Chemin des Dames. Offensive qui s’étend du Moulin de Laffaux jusqu’aux abords de la ville de Reims.

Personne n’avait vraiment imaginé qu’une attaque d’une aussi grande envergure puisse se déclencher dans ce secteur. Seule, la VIe armée du général Duchêne, qui est réduite à son minimum de divisions, occupe cette zone avec des unités territoriales anglaises.

La surprise est totale. Les divisions de première ligne de l’armée Duchêne subissent un formidable déluge d’artillerie juste avant les premières attaques d’infanterie allemande. Les obus asphyxiants sont utilisés en très grand nombre. Les hauteurs du  Chemin des Dames sont rapidement enlevées par l’ennemi. Les divisions françaises de seconde ligne, en réserve d’armée, sont engagées en toute hâte au nord de l’Aisne, mais celles-ci se retrouvent très vite en difficulté.

Cuiry_Housse_2013

La 43e D.I. reçoit l’ordre de débarquer ses hommes le plus près possible du village de Cuiry-Housse. Les éléments de la 157e D.I. qui tiennent encore le secteur devront en assurer la protection.

Les anciens du 149e R.I. reviennent dans un secteur qu’ils connaissent bien, puisqu’ils l’ont déjà occupé durant l’été 1917.

 

                                  Tableau des tués pour la journée du 27 mai 1918

 

                        Sépultures individuelles des tués pour la journée du 27 mai 1918

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5..

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 » Mayence grande imprimerie moderne. 1922.

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

La photographie du petit village de Cuiry-House a été prise par J. Buttet.

La liste des tués pour cette journée du 27 mai 1918 a été établie uniquement à partir de l’historique du 149e R.I., elle reste certainement incomplète.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Buttet, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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20 janvier 2014

28 mai 1918.

Branges_2013

Après un voyage en camions de plusieurs heures, les premiers éléments de la 43e D.I. arrivent à Arcy-Sainte-Restitue. Tôt dans la matinée, ils vont entrer en action, dans un secteur compris entre Braine et Mont-Notre-Dame, un front qui s’étend sur environ 6 km.

Le 149e R.I. et le 1er B.C.P. se dirigent aussitôt sur la zone des combats. Ils sont maintenant prêts à être engagés dans la partie. Ces unités doivent essayer de rejeter de l’autre côté de la Vesle les troupes ennemies qui ont déjà franchi le cours d’eau.

Des éléments du 149e R.I. atteignent la cote 180 vers 8 h 30. Une heure plus tard, le régiment tient le plateau sud de Cuiry-Housse ; il est stoppé au carrefour de Cuiry-Housse, Branges et du chemin de terre 140-180. Avec un autre bataillon, il occupe le village de Branges et la cote 138.  Le 149e R.I. arrête son avancée, dans ce secteur, à hauteur du ravin au nord de Branges.

Carte_journ_e_du_28_mai_1918

Legende_carte_journee_du_28_mai_1918_

Le 149e R.I. doit relier son aile gauche à la 39e D.I.. Le 1er B.C.P. doit faire sa jonction avec la 13e D.I.  sur son aile droite. La liaison avec la 39e D.I. se fait très aisément, mais il n’en est pas du tout de même avec la 13e D.I.. Cette division a été durement éprouvée dès son arrivée sur le front.  Elle n’a pas pu conserver le massif de Mont-Notre-Dame, le lieu où elle devait faire sa jonction avec le 1er B.C.P.. Un espace sans protection s’est ainsi créé dans cette zone.

L’ennemi veut profiter de la situation en essayant de s’infiltrer entre les deux divisions. Mais la brèche est momentanément comblée par des éléments du 1er corps de cavalerie avec lequel le 31e B.C.P., qui est déployé à la droite du 1er B.C.P., réussit à entrer en liaison.  En raison de cette situation, le 149e et le 1er B.C.P. reçoivent l’ordre de ne pas aller plus en avant.

La journée qui a débuté, sous de bons auspices a permis au 149e R.I. de refouler les éléments ennemis qui s’étaient avancés jusqu’à hauteur de Cuiry-House. Il est vrai que les Allemands ne se sont  pas montrés très mordants, sur cette partie du front, au cours de la première partie de la journée. Il est vraisemblable qu’après les succès considérables réalisés la veille, les unités de première ligne ennemies qui occupent cette zone, ont dû éprouver le besoin de souffler un peu, tout en attendant les nouveaux ordres venant  de leur commandement supérieur.

Secteur_de_la_cote_140

Malheureusement, à partir de 15 h 00, la situation change complètement. Les Allemands lancent toute une série d’attaques extrêmement violentes.  Ils veulent à tout prix s’emparer de  la cote 140 qui se trouve au sud de Jouaignes. Le 149e R.I. défend âprement cette position. Malgré sa ténacité, la cote 140 finit par tomber entre les mains de l’adversaire. Le 149e R.I. est contraint de se replier, laissant une importante ouverture entre lui et le 1er B.C.P.. Pour éviter un débordement sur son aile gauche, le bataillon de chasseurs se retrouve dans l’obligation de se mettre en position de potence. Heureusement, des éléments du 31e B.C.P. parviennent à combler la brèche.

Les combats ralentissent au fur et à mesure que la lumière du jour décline. Ils finissent par s’arrêter complètement à la tombée de la nuit. Les hommes se cramponnent au terrain.

La 4e D.I. commence à débarquer dans le secteur d’Arcy-Sainte-Restitue.

Durant toute cette journée de lutte en rase campagne, les Allemands ne sont pas parvenus à progresser de manière signifiante sur cette partie du front. Mais l’inquiétude reste grande. Il y a de quoi puisque la ligne de front de la division atteint maintenant 9 km. Le dispositif reste donc très fragile.

 

                                  Tableau des tués pour la journée du 28 mai 1918

 

                        Sépultures individuelles des tués pour la journée du 28 mai 1918

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

« Une manœuvre en retraite, opération de la 43e D.I. du 27 mai au 4 juin 1918 » du lieutenant-colonel de Charry.  Revue militaire française tome 35. Librairie militaire Berger-Levrault  1930.

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

La liste des tués pour cette journée du 28 mai 1918 a été réalisée uniquement à partir de l’historique du 149e R.I., elle reste certainement incomplète.

Le véhicule qui est toujours en état de fonctionnement figurant sur  la carte est celui de D. Bleunven.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Buttet, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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03 février 2014

29 mai 1918.

Arcy_Sainte_Restitue_2

Dès 4 h 00, les hommes du 149e R.I. se lancent dans une attaque sur la cote 140. Ils ont la ferme intention de reprendre le terrain qu’ils ont perdu la veille. Dans un premier temps, cette attaque est un succès, mais une demi-heure plus tard, l’ennemi déclenche une offensive si puissante qu’il oblige toutes les unités de la 43e D.I. à reculer.

Le bataillon de droite du 149e R.I., qui est sous l’autorité du commandant Hassler, est obligé de céder le terrain fraîchement conquis. Des éléments de la 2e compagnie se regroupent autour de pièces d’artillerie abandonnées par le 236e R.A.C. à la cote 138. Ces soldats du 149e R.I. se transforment en artilleurs et font feu sur l’adversaire. Le tir des canons, qui surprend les Allemands, enraye momentanément leur progression. Les hommes du commandant Hassler parviennent à ramener plusieurs pièces d’artillerie à Arcy-Sainte-Restitue.

 Au même moment, de violents combats se déroulent autour de Branges. Suite au mouvement de recul, le bataillon de gauche du 149e R.I. se retrouve en flèche. Il parvient à se dégager difficilement de cette situation, sous la protection d’un bataillon du 158e R.I., qui est installé sur les croupes à l’ouest de Maast-et-Violaine. Les 1er et 31e  B.C.P. se sont repliés  sur la ligne Foufry-Vaux, tout en continuant le combat.

Vers 7 h 00, la nouvelle ligne française est reconstituée sur l’axe Maast-et-Violaine, cote 180, Foufry, passage à niveau de Vaux.

Carte_journee_du_29_mai_1918

Legende_carte_29_mai_1918

Tous les éléments de la 43e D.I. sont maintenant engagés. La division ne dispose plus de réserve.  La situation est critique et l’ennemi se fait d’heure en heure plus menaçant. Des éléments du 147e R.I. viennent prêter main-forte à la division. 

Vers midi, le 149e R.I. est contraint d’évacuer la cote 180 au nord d’Arcy-Sainte-Restitue. Des fractions ennemies viennent de se glisser dans le bois d’Arcy, à 2 km en arrière de la ligne sur laquelle résiste l’infanterie française de la division. C’est la percée au centre ! À la droite de la division, le danger est encore plus sérieux. La liaison avec le 1er corps de cavalerie ne se fait plus. De forts contingents allemands s’approchent de Fère-en-Tardenois, ils progressent par la forêt de Nesles. La 43e D.I. se trouve maintenant sous la menace d’être tournée par la droite et prise à revers.

Vers 13 h 00, le général commandant le 21e C.A. fait parvenir un ordre qui doit modifier complètement la zone d’action de la division.

Sa nouvelle zone d’occupation sera limitée à sa droite par la ligne «  Mareuil-en-Dôle, Seringes-Nesles, Villers-sur-Fère, Beuvardes, Courpoil » et à gauche par la ligne « Corne sud-est du bois d’Arcy, raperie sud-est de Cramaille, ferme de Corbeny,  cote 123,  moulin 1500 m à l’est d’Armentières ».

Les deux  B.C.P. doivent se déployer sur la ligne « Raperie de Saponay, Saponay, moulin de Parchy. Ils ont pour mission de retarder la progression de l’ennemi qui  débouche de Fère-en-Tardenois. À partir du moment où ils auront pu passer la défense du terrain  qu’ils occupent aux éléments de la 4e D.I., les 149e R.I. et 158e R.I. devront, sous la protection des B.C.P., se regrouper de la manière suivante :

158e R.I. : au sud du Rû du pont-Brûlé pour y défendre le front moulin de Parchy, Villemoyenne.

149e R.I. : en réserve vers Villeneuve-sur-Fère.

La réalité sur le terrain est toute autre. Cet ordre ne peut pas s’appliquer. Vers 14 h 00, les Allemands débouchent en force de Fère-en-Tardenois et progressent vers Trugny-Saponay, avec quelques éléments déjà signalés aux abords de Villeneuve-sur-Fère. Vers 15 h 30, le P.C. de la 43e D.I. est dans l’obligation de se transporter à Bruyères. Les combats se poursuivent dans la région du bois d’Arcy et d’Arcy-Sainte-Restitue. Les troupes de la 4e D.I. ne sont pas encore en mesure de relever celles de la 43e D.I..  Les 149e et 158e R.I. ne seront libérées de la zone d’Arcy-Sainte-Restitue que tard dans la soirée.

De nouveaux ordres sont transmis. Ceux-ci doivent permettre aux troupes d’effectuer leurs mouvements de repli dans les meilleures conditions possible. Heureusement, l’ennemi est devenu un peu moins mordant dans ce secteur.

Le 12e bataillon malgache a rejoint la division dans l’après-midi. Ce bataillon est rapidement engagé ; il dispute le terrain pied à pied avec les Allemands dans le bois de Villeneuve-sur-Fère qui se trouve au sud de Fère-en-Tardenois.

Vers 22 h 00,  le nouveau dispositif de défense est en place. La nouvelle ligne de position occupée par la 43e D.I. se situe entre Armentières et Epieds.

 Les 1er et 31e B.C.P. se positionnent aux abords du ruisseau. À leur droite se trouvent quelques unités du centre d’instruction divisionnaire qui ont été appelées comme toute dernière ressource. Les régiments d’infanterie ont été regroupés, le 149e R.I. est en arrière à la gauche vers la Croix et Breny, le 158e R.I. derrière le centre, vers Grisolles.

À l’issue de cette journée particulièrement mouvementée, la dislocation du front a été évitée de justesse. Le soir du 29 mai, la division est très fatiguée, mais celle-ci reste bien homogène sous l’autorité de son supérieur qui maîtrise au mieux la situation. Toutes les liaisons sont maintenant établies. Malgré les pertes subies, la 43e D.I. est de nouveau capable de fournir des efforts coordonnés. Elle peut également accueillir dans de bonnes conditions les unités qui lui arriveront en renfort.

 

                                Tableau des tués pour la journée du 29 mai 1918

 

                       Sépultures individuelles des tués pour la journée du 29 mai 1918

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

J.M.O. du 1er Régiment de Chasseurs Malgaches : Réf : 26 N 875/1.

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« Une manœuvre en retraite, opération de la 43e D.I. du 27 mai au 4 juin 1918 » du lieutenant-colonel de Charry.  Revue militaire française tome 35. Librairie militaire Berger-Levrault  1930.

La liste des tués pour cette journée du 28 mai 1918 a été établie à partir de l’historique du 149e R.I., elle reste certainement incomplète.

Un grand merci à M. Bordes, à J. Buttet, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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02 juin 2014

30 mai 1918.

La_Croix__Aisne_

Après les combats qui ont permis leur avancée, les Allemands ont cessé de se battre la veille au soir. La nuit s’écoule dans un calme relatif.

Le général Degoutte, responsable du 21e C.A., demande au général Michel de la 43e D.I. de faire attaquer sa division.

En effet, considérant le surcroît de forces que la 43e D.I. tirait de l’arrivée du 12e bataillon malgache et des 43e  et 59e  B.C.P., le responsable du 21e C.A.ordonne au général Michel de porter ces unités fraîches à l’attaque le 30 mai, dès le lever du jour. Il espère ainsi reporter le front sur les hauteurs de Villeneuve-sur-Fère.

Malheureusement, les deux bataillons du lieutenant-colonel Dussauge débarquent avec beaucoup de retard dans le secteur de Rocourt-Saint-Martin. Ceux-ci étaient attendus depuis la veille, mais le 43e B.C.P. n’arrive que vers 7 h 30 et le 59e B.C.P. vers 11 h 30.

L’attaque française projetée ne peut donc pas avoir lieu. Le soleil est à peine levé que les Allemands reprennent leur offensive.

Une vive attaque ennemie rejette les Malgaches aux abords du ruisseau de Coincy. La 43e D.I. se trouve de nouveau en position défensive malgré les derniers renforts qu’elle vient de recevoir.

Le 149e R.I. est le seul régiment de la division qui ne va pas être engagé au cours de cette journée.Il quitte le village de la Croix aux environs de 7 h 00, pour prendre la direction du petit village de Charme. Il doit se mettre en réserve du 158e R.I..

Deux bataillons du 158e R.I. occupent le bois du Châtelet, son troisième bataillon s’installe à Bézu-Saint-Germain.

Vers 10 h 30, un incident fâcheux, qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques pour la 43e D.I.,  se déroule à l’extrême droite de la division. Les unités du 214e R.I., un régiment appartenant à la 157e D.I., occupent une position au sud d’Épieds en prolongement des éléments du C.I.D./43 qui se trouvent à la droite du 158e R.I..

En plein cœur des combats, il reçoit un ordre venu, on ne sait trop d’où, qui l’oblige à rompre la lutte. Il doit immédiatement se replier vers l’ouest. Aussitôt, l’ennemi profite de l’ouverture laissée par cette brèche pour s’y s’infiltrer et menacer à nouveau la droite de la 43e D.I..

Heureusement, cette progression est vite enrayée. Le général Michel envoie dans ce secteur, le commandant Dufor avec une cinquantaine d’hommes qui proviennent tous du C.I.D./43. Voilà un renfort bien modeste ! Celui-ci à pour tâche d’arrêter la progression des patrouilles allemandes au sud de Bézu-Saint-Martin. Le général Michel réussit également à faire stopper les éléments du 214e R.I. et à les faire remonter en 1ère ligne.

Plus au sud, deux bataillons du 33e R.I.C. de la 10e D.I.C., qui ont été également mis à la disposition de la 43e D.I., sont engagés à Verdilly. Un violent combat les opposent aux Allemands qui occupent déjà la cote 217 à 1 km nord de Verdilly. Le commandant Dufor doit faire la jonction avec ces deux bataillons.

À la gauche de la division, le 1er B.C.P.  doit se replier d’Armentières sur Breny tout en maintenant la liaison avec la 4e D.I.. Le 31e B.C.P. s’installe à l’est de la route la Croix-Grisolles en liaison, à sa droite, avec le 43e  B.C.P. et, à sa gauche, avec le 1er B.C.P..

À 14 h 30, la nouvelle ligne de front de la division passe par Breny, la Haie, Rocourt-Saint-Martin, le bois du Chatelet, Bézu-Saint-Germain, Bézuet.

La situation ne se modifiera pas jusqu’aux premières heures du 31 mai.

Carte_journ_e_du_30_mai_1918

Legende_carte_journee_du_30_mai_1918

Durant cette journée du 30 mai, la division ne cède qu’une faible profondeur de terrain. Mais la situation reste critique. À la fin de ce troisième jour de combat, les unités sont très éprouvées, tant par les pertes subies que par la fatigue. Là-dessus se rajoutent les fortes chaleurs de cette fin de mois de mai. La division a  déployé toute l’infanterie dont elle dispose sur un front qui atteint près de 20 kilomètres. Toute nouvelle poussée de l’ennemi risque fort de faire craquer ce dispositif d’une tenue si précaire.

De nouveaux renforts sont annoncés.     

    

                                   Tableau des tués pour la journée du 30 mai 1918    

 

                        Sépultures individuelles des tués pour la journée du 30 mai 1918

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

J.M.O. du 1er Régiment de Chasseurs Malgache. Réf : 26 N 875/1.

J.M.O. du 13e Groupe de Chasseurs. Réf : 26 N 560/6.

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« Une manœuvre en retraite, opération de la 43e D.I. du 27 mai au 4 juin 1918 » du lieutenant-colonel de Charry.  Revue militaire française tome 35. Librairie militaire Berger-Levrault  1930.

La liste des tués pour cette journée du 28 mai 1918 a été établie uniquement à partir de l’historique du 149e R.I., elle reste certainement incomplète.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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09 juin 2014

31 mai 1918.

Les_enfants_du_midi

Les unités de la 43e D.I. et les éléments qui lui sont attachés vont, de nouveau, subir la pression des attaques allemandes. L’ennemi a pu rapprocher son artillerie de la 1ère ligne. Jusqu’à maintenant, l’action de ses canons ne s’était pas fait très sérieusement sentir. Dès les premières heures du jour, les Allemands reprennent leur vigoureuse offensive avec ce nouvel appoint. Le mouvement de repli des Français va se poursuivre tout au long de la journée. Le 149e R.I., qui est sous l’autorité du lieutenant-colonel Vivier, et le seul régiment de la division à ne pas avoir combattu la veille, se trouve, une seconde fois, sur les lieux des combats. Il vient occuper une partie du bois de Bonnes. Les renforts de la 164e D.I. qui étaient annoncés la veille commencent à prendre position dans le secteur de la 43e D.I..

Le 31e B.C.P. occupe la lisière nord-est du bois de Bonnes, le 1er B.C.P. occupe la cote 211. Un bataillon du 149e R.I. vient s’intercaler entre ces deux bataillons de chasseurs. Des éléments du 152e R.I. occupent également le bois de Bonnes.

Le 1er et le 31e B.C.P. passent sous le commandement du lieutenant-colonel Vivier. Celui-ci organise les positions et le commandement des unités qui se retrouvent sous ses ordres. La tâche est particulièrement difficile à mettre en œuvre étant donné l’enchevêtrement des troupes.

Vers 14 h 30, le responsable du 149e R.I. essaye de rentrer en contact avec le 133e R.I., un régiment qui se trouve sur son aile gauche. Il demande au commandant le Bleu du 1er B.C.P. de venir combler l’espace entre le 133e R.I. et le 149e R.I.. Des éléments du 152e R.I. qui se trouvaient dans ce secteur viennent de se reporter plus à l’ouest, laissant un vide entre le 149e R.I. et le 133e R.I. Le commandant le Bleu a pour mission de surveiller attentivement le secteur en direction de Lattilly. Il doit pouvoir signaler tout mouvement de l’ennemi qui pourrait déborder dans cette partie du front. À ce moment, le lieutenant-colonel Vivier ignore pratiquement tout de ce qui se passe dans cette zone.

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Vers 16 h 30, le commandant le Bleu fait savoir au lieutenant-colonel Vivier qu’une de ses compagnies est parvenue à faire la liaison avec les éléments de gauche du 149e R.I.. Cette compagnie va de l’angle ouest (cote 211) pour s’étendre sur un front de 350 m avant de rejoindre le 149e R.I.. Des éléments du 133e R.I. sont signalés dans le secteur de la ferme Allondray.

 Au cours de l’après-midi, le bois de Bonnes est violemment bombardé. Le 149e R.I. parvient à maintenir ses positions tout en résistant aux attaques ennemies.

Des éléments du 149e R.I. combattent dans le secteur du 214e R.I., ils sont sous les ordres du responsable de ce régiment.

Vers 19 h 00, les hommes du lieutenant-colonel Vivier tiennent toujours le bois de Bonnes mais le régiment est maintenant menacé d’enveloppement. Les Allemands débouchent d’Epaux et du Tartre. Il est temps, pour le 149e R.I. de quitter ses positions.

 Une heure plus tard, le 149e R.I. évacue la lisière nord du bois de Bonnes pour se reformer sur les pentes au nord-est et au sud-est de Bonnes en cédant le terrain pied à pied. Les éléments du 152e R.I. qui occupaient la lisière est du bois de Bonnes se replient également.

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À la nuit tombante, les Allemands stoppent leur offensive. La nouvelle première ligne française passe par les lieux suivants : Cote 180, Sommelans, Bonnes, moulin du Pré, bois au sud-est. d’Etrepilly et la ferme de la Grande Picardie.

Ce front est tenu par le 133e R.I., le 367e R.I., le 152e R.I., le C.I.D. de la 164e D.I. et par des éléments des 214e R.I., 252e R.I. et 356e R.I..

Les unités de la 43e D.I. se regroupent plus en arrière pour constituer la réserve.

Les 1er et 31e B.C.P. s’installent à Montécouvé. Le 158e R.I. occupe Torcy. Le 149e R.I. prend position à Bussiares. Les 43e, 59e B.C.P. et le 12eClignon. Les unités de la 43e D.I. ont mené un combat de retraite ininterrompu, particulièrement éprouvant durant toute cette journée.

Le front occupé par la division a été tenu par des unités particulièrement diminuées, tant dans leurs effectifs que dans leurs capacités à résister. Même si l’arrivée de la 164e D.I. a permis d’étoffer cette partie du front, de nombreuses infiltrations de patrouilles ennemies se sont produites aux points faibles de la ligne de front. Celles-ci ont fait tomber, par mouvements de débordement, les résistances successives, qui ont été dans l’obligation de reculer pour ne pas être capturées.

La fatigue, l’énervement de tous, les nuits sans sommeil, lourdes conséquences liées aux combats incessants des journées précédentes, sont maintenant à leur comble. Les unités de la 43e D.I. sont épuisées. Vers l’arrière, on croise sur les routes des colonnes de voitures appartenant aux formations les plus diverses. La situation en cette fin de journée du 31 mai reste particulièrement critique.

 

                             Tableau des tués pour la journée du 31 mai 1918

 

                      Sépultures individuelles des tués pour la journée du 31 mai 1918  

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 13e Groupe de Chasseurs. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 560/6.

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

J.M.O. du 1er Régiment de Chasseurs Malgaches. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 875/1.

J.M.O. du 133e R.I.. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 688/14.

J.M.O. du 152e R.I.. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 697/15.

J.M.O. du 214e R.I.. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 716/12.

J.M.O. du 356e R.I.. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 760/13.

J.M.O. du 367e R.I.. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 764/4.

 Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« Une manœuvre en retraite, opération de la 43e D.I. du 27 mai au 4 juin 1918 » du lieutenant-colonel de Charry.  Revue militaire française tome 35. Librairie militaire Berger-Levrault, 1930.

Les deux cartes, qui peuvent se voir ici, ont été réalisées simplement à partir des indications trouvées dans les J.M.O. cités dans les sources. La marge d’erreur indiquant les emplacements des différents bataillons et régiments risque d’être assez importante. Ces cartes ne sont donc là que pour se faire une idée approximative des positions des unités de la 43e D.I. et des éléments qui lui sont rattachés au cours de cette journée du 31 mai 1918.

La liste des tués pour cette journée du 28 mai 1918 a été établie uniquement à partir de l’historique du 149e R.I., elle reste certainement incomplète.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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16 juin 2014

Du 1er au 6 juin 1918.

Bussiares_

Le 149e R.I. a effectué un mouvement de recul de plus de trente kilomètres, depuis le 28 mai, date de son arrivée dans le secteur d’Arcy-Sainte-Restitue. La lutte n’est pas terminée pour autant. Même s’il ne participe pas directement aux combats, le régiment va se trouver très proche de la première ligne au cours des journées suivantes.

1er juin 1918

Pour des facilités de commandement, la veille au soir, le secteur du front de la 43e D.I. a été organisé en deux groupements, un groupement nord et un groupement sud.

Les 1er, 31e, 43e et 59e B.C.P. ainsi que le 12e Bataillon malgache se retrouvent rattachés au groupement nord qui est mis sous l’autorité du  commandant de l’I.D. 43. Le 149e R.I. forme la réserve de ce groupement. Il s’installe à Marigny-sur-Orxois. Le 158e R.I. est lié au groupement sud qui est constitué avec le 367e R.I. le 152e R.I. et quelques unités de la 164e D.I.. Il est sous les ordres du commandant du 152e R.I.. Ces groupements sont constitués avec des effectifs réduits complètement épuisés par plusieurs jours de lutte consécutifs.

Les attaques allemandes sont toujours aussi violentes et les troupes françaises sont obligées de poursuivre leurs mouvements de recul tout au long de la journée. Des troupes américaines commencent à prendre position dans cette zone de combat.

En fin de journée, la première ligne française passe par la ferme la Granges, la croupe de la cote 123, la croupe située entre Veuilly et Eloup, le  bois au sud-ouest de Bussiares, Bussiares, Torcy, Belleau,  les lisières est du bois Belleau, Bouresches, le triangle, et le bois des Clérambaults.

Carte_nuit_du_1er_juin_1918

Legende_carte_nuit_du_1er_juin_1918

La ligne de front de la division s’étend maintenant sur une longueur beaucoup plus raisonnable. Le commandement est mieux organisé. Les unités sont soudées entre elles et bien reliées avec l’artillerie. La résistance va pouvoir être menée dans de meilleures conditions.

Le 1er bataillon du 149e R.I., sous l’autorité du commandant Hassler, vient occuper une position à l’est du calvaire de Bussiares où il  passe la nuit.

2 juin 1918

Le commandant du 149e R.I., le lieutenant-colonel Vivier, prend le commandement d’un groupement constitué du 1er B.C.P, de deux bataillons du 149e R.I. et du 367e R.I.. Cet officier installe son P.C. à la ferme des Mares.

 À partir de 10 h 00, l’ennemi effectue, sur tout le front de la division, une violente préparation d’artillerie, sur tous les points d’appui de la défense française. La journée est très dure, elle se remplit d’une série d’attaques et de contre-attaques locales. Tard dans la nuit, les Allemands réussissent à porter leur ligne de frontun peu plus au sud. Ils viennent de s’emparer de Montécouvé, Bussiares, Torcy et de Belleau. C’est autour de Belleau que la lutte a été la plus vive.

3 juin 1918

Le 149e R.I. se maintient toujours à proximité de la première ligne. Il est dans le secteur de Bussiares. Des éléments du régiment occupent la cote 142, la Tuillerie et la ferme des Mares. Le 1er bataillon du 149e R.I. est positionné dans un petit bois en avant du petit village de Champillon. Plusieurs hommes de la C.H.R. sont tués au cours de la journée dans le secteur de Marigny-en-Orxois.

Positions_occup_e_par_le_149e_R

Legende_carte_journee_du_3_juin_1918

Vers 19 h 00, des éléments du 1er B.C.P., du 133e R.I. et du 149e R.I. se replient malgré l’ordre formel de maintenir les positions. Le lieutenant-colonel Vivier impose le rétablissement de la situation devant la ferme des Mares. Il faut absolument stopper tous les fuyards pour les regrouper et les renvoyer sur leurs positions.

Cette journée reste encore marquée par les violents combats, les attaques allemandes sont toujours très mordantes, mais les Français, soutenus par les premières unités américaines, ne perdent presque plus de terrain.

Les combats cessent en fin de journée. La relève est annoncée. Le 149e R.I. et les autres éléments de la 43e D.I. vont pouvoir être progressivement relevés, au nord, par les troupes américaines de la 2e D.I.U.S., au sud par la 167e D.I..

4 juin 1918

Le 1er bataillon du 149e R.I. est maintenant près de la ferme Heurtebise. Les hommes du commandant Hassler s’installent dans ce secteur pour la nuit. Les premiers éléments de la 43e D.I. commencent à se rassembler dans le secteur de Dhuisy.

5 et 6 juin 1918

 

Lieux_de_cantonnement_du_149e_R

 

Les 1er et 2e bataillons du 149e R.I. cantonnent à Ocquerre. Le 3e bataillon s’intalle à Rademont. Le régiment est très éprouvé. Les Allemands ont capturé une grande partie du 2e bataillon ainsi qu’un nombre important d’hommes appartenant aux  9e et 11e compagnies.

 

                          Tableau des tués pour les journées du 1er au 6 juin 1918

 

                  Sépultures individuelles des tués pour les journées du 1er au 6 juin 1918

 

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 13e Groupe de Chasseurs. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 560/6.

J.M.O. du 1er  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/5.

J.M.O. du 31e  B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/29.

J.M.O. du 1er Régiment de Chasseurs Malgaches. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 875/1

J.M.O. du 367e R.I. S.H.D. de Vincennes : Réf : 26 N 764/4.

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

 « Une manœuvre en retraite, opération de la 43e D.I. du 27 mai au 4 juin 1918 » du lieutenant-colonel de Charry.  Revue militaire française tome 35. Librairie militaire Berger-Levrault 1930.

La carte du 1er juin 1918 a été réalisée simplement à partir des indications trouvées dans les J.M.O. cités dans les sources. La marge d’erreur indiquant les emplacements des différents bataillons et régiments risque d’être assez importante. Cette carte n’est là que pour se faire une idée approximative des positions des unités de la 43e D.I. et des éléments qui lui sont rattachés au cours de cette journée du 1er juin 1918.

La liste des tués pour ces journées allant du 1er au 5 juin 1918 a été établie uniquement à partir de l’historique du 149e R.I., elle reste certainement incomplète.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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13 mars 2015

Dans le département du Doubs, du côté de la frontière suisse...

Herimoncourt

Après avoir effectué plusieurs jours de marche, le 149e R.I. prend ses nouveaux quartiers à proximité de la frontière suisse, à la mi-décembre 1917.

Le 15 au soir, deux compagnies du 1er bataillon cantonnent à Vaudoncourt, la compagnie restante du bataillon s’est installée à Montbouton. Les hommes du 2e bataillon posent le sac à dos à Dasle. Quant au 3e bataillon, il s’établit à Hérimoncourt avec l’E.M. et la C.H.R. du régiment. Tous les hommes sont confortablement logés.

Carte_1_frontiere_suisse

Durant toute cette période, le régiment va effectuer de nombreux travaux pour le compte du 40e C.A.. Il doit participer à l’organisation défensive du territoire tout en contribuant à l’amélioration des voies de communication et  à l’aménagement des cantonnements.

Pas de repos dominical pour les hommes qui doivent travailler les dimanches 23 et 30 décembre. En revanche, la troupe peut se détendre le 25 décembre et le 1er janvier.

La formation théorique n’est pas oubliée. Celle-ci  occasionne quelques changements dans l’organisation de la vie quotidienne. Le lendemain de Noël, les éléments du régiment qui partent à l’instruction sont relevés par des unités qui sont affectées aux travaux. Le stationnement du 149e R.I. est légèrement modifié. L’E.M., la C.H.R. et le 3e bataillon du régiment viennent s’installer à Seloncourt.

Carte_2_frontiere_suisse

Les chutes de neige sont abondantes. Depuis le 28 décembre, les unités chargées des travaux sont employées,en partie ou en totalité, au déblaiement des routes dans la zone de leurs cantonnements. Les travaux « ordinaires » qui sont assignés initialement aux différents groupes sont suspendus, au moins jusqu’au 30, en attendant le retour d’une météo plus clémente.

1er janvier 1918 

Une équipe du peloton de canon de 37 mm du 149e R.I. se met en route, pour suivre le cours spécial d’obusier stokes qui doit se dérouler dans la ville de Belfort.

2 janvier 1918 

Le déblaiement de la neige est dorénavant effectué dans la zone concernée par des détachements, qui sont prélevés sur les unités stationnées dans les régions les plus voisines. Le lieutenant Lobjoy du 149e R.I. cantonné à Montbouton est chargé de la surveillance de ce travail.

Le commandant du D.T. /43  vient faire une conférence sur l’emploi de la T.P.S. et de la T.S.F., aux hommes qui ne manient pas la pelle et la pioche.

4 janvier 1918 

Le 1er bataillon du 149e R.I., installé à Vaudoncourt, envoie chaque matin un nombre important de soldats, pour aller travailler à Saint-Dizier.

5 janvier 1918 

Les mouvements nécessités par la relève des bataillons à l’instruction par les bataillons aux travaux s’exécutent dans la journée. Le 2e bataillon quitte Dasle pour venir à Seloncourt. Il permute avec le 3e bataillon. La 10e compagnie prend la direction de à Vaudoncourt.

Carte_3_frontiere_suisse

Legende_carte_3_frontiere_suisse

Albert Marquand évoque ce quotidien dans un courrier adressé à sa famille :

« … Pour moi, rien de neuf, sinon que nous changeons encore une fois de cantonnement. Oh, le nouveau n’est qu’à 4 km de Dasle. Seulement, nous voilà retournés dans les villages, et ce ne sera plus la propreté et les coquets intérieurs des ouvriers de la vallée…

… là-bas, nous recommencerons les travaux à 7 kmde distance, ce qui fait 14 km par jours ! Il continue de faire un froid sibérien. La nuit, le thermomètre descend à -20° ! Les traîneaux attelés font fureur… »

Frontiere_suisse_pr_s_d_Herimoncourt

7 janvier 1918 

Les compagnies du 1er bataillon du 149e R.I. qui sont cantonnées à Vaudoncourt, et qui travaillent depuis plusieurs jours à Saint-Dizier viennent s’installer dans cette commune. Elles sont accompagnées par 120 travailleurs d’artillerie qui occupaient le village de Dasles. Le bataillon prend également à sa charge l’organisation du P.A. de Villars-le-Sec.

Carte_4_frontiere_suisse

Albert Marquand raconte dans deux autres lettres…

9 janvier 1918

«… Nous avons encore changé de cantonnement à deux kilomètres du précédent. La compagnie seule s’y trouve. Ce qui fait que nous jouissons d’une tranquillité relative du point de vue du service. Seulement, voilà le hic, pour aller travailler à la frontière,  nous devons toujours faire 7 kmaller et autant retour. Avec les glaciers qui coupent les routes actuellement, cela n’a rien d’intéressant !... »

10 janvier 1918 

« … La température change. Maintenant, il y a 50 cm de neige et les travaux sont suspendus jusqu’à nouvel ordre… »

Un exercice de liaison a lieu dans la région englobant les communes de Beaucourt, de Montbouton, de Dasle, de Vaudoncourt, et de Seloncourt. Cet entraînement se fait sous la direction du colonel commandant le 149e R.I..

11 janvier 1918 

La compagnie de mitrailleuses du 1er bataillon du 149e R.I. est désignée pour aller suivre le cours de tir indirect du fort la Rudolphe, près de Belfort.

13 janvier 1918 

Les unités de la 43e D.I. sont informées qu’elles seront bientôt enlevées par voie de chemin de fer pour être acheminées dans une nouvelle région.

14 janvier 1918 

La 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. fait mouvement pour aller cantonner à Morvillars le 14, au fort du Rudolphe le 15, pour ensuite suivre le cours de tir indirect.

15 janvier 1918 

Les unités de travail de la 43e D.I. cessent tous les chantiers engagés dans la soirée.

16 janvier 1918 

La 43e D.I. s’apprête à quitter le secteur occupé depuis la mi-décembre. Toute la journée est consacrée aux préparatifs de départ. Il faut rassembler le matériel, verser les outils au génie et mettre de l’ordre dans les cantonnements.

Malgré tous ces dispositifs, certains ordres sont maintenus. Le sergent Boisset, un caporal et 8 hommes du peloton de bombardiers du 149e R.I. devront se mettre en route le lendemain pour rejoindre la caserne Bougerel de Belfort. Ils ont tous été désignés pour suivre les cours sur l’utilisation des lance-flammes.

Les bataillons du 149e R.I. s’apprêtent à boucler les sacs à dos. Ils doivent se tenir prêts à rejoindre les quais de gare où les attendent les trains qui vont les acheminer vers une région qu’ils connaissent bien. Direction les Vosges…

Sources bibliographiques :

J.M.O. de la 43e D.I. : S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/7.

J.M.O. du 1er B.C.P. : S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 815/4

J.M.O. du 31e B.C.P. : S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 826/28.

J.M.O. du 158e R.I. : S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 700/14.

« Et le temps à nous, est compté. » Lettres de guerre (1914-1919) d’Albert Marquand. Présenté par Francis Barbe, avec une postface du général André Bach. Éditions « C’est-à-dire ».2011.

« Souvenirs de Louis Cretin soldat musicien au 149e Régiment d’infanterie. »

Pour en savoir plus sur le sergent Albert Marquand il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Et_le_temps___nous_est_compt__

Pour en savoir plus sur le brancardier Louis Cretin, il suffit de cliquer sur l’image suivante :   

Carte_postale_Louis_Cretin_1

Un grand merci à M. Bordes, à R. Mioque, à F. Barbe, à D. Browarski, à T. Cornet et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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27 mars 2015

Les premiers mois de l'année 1918 sur le front des Vosges (1ère partie).

Le_Violu_1

Le 149e R.I et toutes les unités de la 43e D.I. viennent de quitter le département du Doubs. Les premiers éléments de la division, qui ont commencé à se mettre en mouvement à partir du 17 janvier, sont transportés par voie de chemin de fer dans la région vosgienne de Bruyères-Corcieux. Les unités de la division du général Camille Michel doivent se tenir prêtes à relever celles de la 166e D.I. qui sont installées entre le col du Bonhomme et Provenchères-sur-Fave.

Dans ce secteur, qu’une poignée d’anciens, toujours présents au 149e R.I. connaissent bien, le front est resté, à peu de chose près, identique à celui de 1914. Seuls quelques villages sont « passés » du côté allemand.

La zone dans laquelle va s’installer la 43e D.I. est réputée pour être difficile d’accès. Ici, personne n’aurait l’idée de lancer une offensive de vaste envergure. Cette ligne de front bénéficie depuis plusieurs mois d’une sorte d’immunité qui la protège de toute agression massive. Les attaques françaises de 1915 et de 1916, visant à faire progresser l’infanterie dans les Vosges et en Alsace, ont fait rentrer quelques noms dans la mémoire collective. Périodiquement, les communiqués officiels rappellent certains d’entre eux : l’Hartmannswillerkopf, le Linge, le Violu, et le Ban de Sapt. En dehors de ces lieux, le coin est réputé pour être calme.

Il est important de signaler que, même si un secteur est donné comme étant une zone calme, cela ne veut pas dire qu’il y fait bon vivre. Des coups de mains réguliers, des patrouilles quasi journalières pour essayer de savoir ce qui se passe du côté de l’ennemi, de rudes et pénibles travaux effectués par les hommes en première ligne, des bombardements très localisés, parfois d’une extrême violence, sont le lot quotidien vécu par les hommes, au cours de cette période hivernale.

Installation du 149e R.I. en Lorraine 

18 janvier 1918 

Les premiers éléments du 149e R.I. viennent s’installer dans le secteur de Corcieux. Les mouvements de la 43e D.I. se poursuivent tout au long de la journée.

19 janvier 1918 

Les ordres de relève en première ligne commencent à être donnés aux officiers concernés. Les éléments de la 166e D.I. qui occupent le secteur depuis le mois de juillet 1917 vont bientôt être remplacés par ceux de la 43e D.I..

20 janvier 1918 

Carte_1_Vosges_janvier_1918

En attendant de rejoindre ses nouveaux emplacements, le 149e R.I. a pris position dans les villages suivants :

E.M. à Corcieux

C.H.R. dans les baraquements du camp de Corcieux et de Ruxurieux

1er bataillon à Ruxurieux, Mariemont et Arrentès-de-Corcieux

2e  bataillon à Neune, Vienville et Thiriville

3e bataillon à Bellegoutte, Rambaville, la Charmelle, le Haut-de-Bémont, la Vichibure et le Chenet

21 janvier 1918

Le 149e R.I. quitte les lieux occupés la veille. Il doit se rapprocher de la zone de front. Dans la soirée, les 3 bataillons du régiment cantonnent dans les communes suivantes :

1er bataillon à Clefcy

2e bataillon à Fraize

3e bataillon à Plainfaing

Carte_2_Vosges_janvier_1918

Louis Cretin évoque cette période dans son témoignage :

« … Après un repos excellent dans le Doubs à Hérimoncourt et Seloncourt, nous cantonnons à Corcieux le 18 janvier 1918, après notre arrivée par le train à Laveline-devant-Bruyère. Le 19, repos, le 20, nous partons à pied, nous traversons le col du « plafond » Anould et nous venons cantonner à Fraize où nous demeurons jusqu’au 23. »

Au cours de cette journée, une compagnie de mitrailleuses du 31e B.C.P. est mise à la disposition du 149e R.I. pour remplacer la C.M. 1 du 149e R.I. qui est toujours détachée au cours de tir indirect, au fort du Rudolphe. Il est prévu que cette compagnie rentre aux alentours du 31 janvier.

Le secteur 

L’auteur de l’ouvrage « La 43e Division pendant la campagne de 1918 » nous donne quelques précisions sur la situation du secteur.

Les premières positions ne sont vraiment pas fameuses, leurs lignes successives sont très mal protégées et les réseaux de fils de fer sont particulièrement clairsemés. Du fait qu’il n’y ait jamais eu de grandes offensives dans cette zone depuis quatre ans, personne n’a jamais pris ni la peine, ni le temps de faire construire de robustes abris. Les hommes vivent en toute tranquillité dans des baraquements fabriqués à partir de simples planches et qui sont livrés à la seule défense de la forêt.

Depuis longtemps, les deux antagonistes cherchent à faire d’importantes économies d’effectifs. La densité des troupes d’occupation est donc réduite à son minimum. Le secteur est très peu garni en largeur, il ne l’est pas davantage en profondeur. Les réserves au niveau des divers échelons du commandement sont quasiment inexistantes.

Répartition des unités de la 43e D.I. 

Du fait de la grande surface à couvrir le commandement de la division est organisé de la manière suivante :

L’échelon de l’infanterie divisionnaire est purement et simplement supprimé. C’est depuis Saint-Dié que le général Camille Michel commande directement les trois sous-secteurs occupés par sa division.

Le premier sous-secteur, qui se trouve à gauche, est pris en charge par les bataillons de chasseurs. Les 1er et 31e B.C.P., qui se sont installés dans la vallée de la Fave, tiennent au nord de la rivière, les pentes de l’Ormont et au sud la croupe du Camp Romain. Le deuxième sous-secteur qui se trouve au centre du dispositif est protégé par le 158e R.I. renforcé par un bataillon du 143e R.I.T. Tous ses hommes sont à cheval sur la route du col de Sainte-Marie. Le 149e R.I. prend place dans le troisième sous-secteur avec un détachement de cavaliers à pied. Les trois bataillons du régiment sont échelonnés sur les hauteurs boisées de la Cude, du Violu et du Rocher du Coq de Bruyère. Le colonel Boigues s’installe dans le P.C. Brial.

Au jour le jour 

Le_Violu_2

23 janvier 1918

Le 2e bataillon du 149e R.I. relève un bataillon du 294e R.I. à la Grande Goutte, celle-ci se passe sans incident.

24 janvier 1918

Le colonel Boigues du 149e R.I. prend le commandement du sous-secteur A à partir de 8 h 00.

25 janvier 1918

Le 3e bataillon du 149e R.I. quitte Plainfaing pour venir relever un bataillon du 294e R.I. qui se trouve au C.R. Violu.

26 janvier 1918

Dans la nuit du 25 au 26, le 1er bataillon du 149e R.I. et la C.M. 2 du 1er B.C.P. de Clefcy relèvent un bataillon du 294e R.I. au C.R. de la Cude.

Carte_3_Vosges_janvier_1918

Legende_carte_3_Vosges_1918

27 janvier 1918

Des officiers allemands sont aperçus dans la tranchée de Constantinople vers 9 h 15, mais il ne se passe rien de plus. Plusieurs patrouilles sont envoyées pour vérifier le réseau de fils de fer.  

28 janvier 1918

Le colonel Boigues est informé que la C.M.1 de son régiment vient de terminer les cours de tir indirect de Belfort. Cette compagnie doit débarquer le 29 janvier à Corcieux-Vanémont puis cantonner jusqu’au lendemain à Vanémont.

Quelques tirs de harcèlement ont lieu sur tout le secteur, mais la journée reste calme dans l’ensemble. 

Une patrouille est envoyée dans le secteur occupé par le 3e bataillon du 149e R.I. Elle doit effectuer une mission de reconnaissance, et vérifier l’état des réseaux de barbelés. Une partie du secteur T 31, situé dans un espace de 50 à 80 m de large est visité. Dans la zone qui fait face à une tranchée entre T 31 et T 32, les hommes constatent trois brèches de 5 m de longueur, qui sont espacées d’une distance de cinquante mètres les unes des autres. Le réseau français qui se trouve en face est intact.

Les fermes Gretschy et Wustenloch qui se trouvent en face du 2e bataillon du 149e R.I. sont inoccupées par l’ennemi.

Poste_de_commandement_la_Cude

Tout au long de la journée, des travaux d’amélioration sont effectués dans les abris, dans les tranchées et dans les boyaux. Il est demandé aux hommes d’accorder une attention toute particulière au camouflage. La pose de fil de fer reste l’activité principale du fantassin.

Un boyau de jonction entre le P.C. combat et le boyau du soldat Servant est en cours de construction dans le C.R. de la Cude.

29 janvier 1918

La journée est calme. Il y a simplement une faible activité d’artillerie de part et d’autre. Une patrouille allemande est repoussée à coup de grenades devant le Violu.

30 janvier 1918

À 0 h 30, une patrouille ennemie constituée de 12 hommes s’approche à 150 m de P.P.6. Celle-ci est accueillie par le feu nourri d’un F.M. et par le jet d’une vingtaine de grenades. Elle se retire aussitôt.

Une patrouille française est envoyée vers 7 h 00, celle-ci constate que les réseaux ont été endommagés. Les hommes découvrent également un cadavre, des armes et des équipements qui ont été abandonnés sur place. Deux heures plus tard, une quinzaine d’Allemands sont vus en train d’examiner nos lignes.

Vers 13 h 15, l’ennemi effectue quelques tirs de mitrailleuses sur le C.R. de la Cude à partir du château de Fête. À 22 h 45, des mitrailleuses ennemies arrosent le secteur du ravin de la Cude.     

La_Cude_1

Des travaux de pose de réseaux sont effectués. Des abris de mitrailleuses et des emplacements de F.M. sont également aménagés.

De très nombreux tirs d’artillerie sont échangés tout le long de la journée et tard dans la soirée.

Peu avant 23 h 00, l’artillerie allemande effectue des tirs violents sur les premières lignes françaises du côté du P.A. du Ravin, du P.A. Regnault, de la Rotonde et sur l’observatoire Pacchiodo.

La compagnie de mitrailleuses du 1er bataillon du 149e R.I. doit se mettre en route pour venir s’installer à Verpellière en fin de journée. Elle suit l’itinéraire Corcieux, Anould, Fraize, la Croix-aux-Mines.

Les problèmes de relève de la C.M.2 du 1er B.C.P. par la C.M.1 du 149e R.I., doivent être réglés par le colonel qui commande l’I.D..

Carte_4_Vosges_janvier_1918

Quatre soldats du 149e R.I. sont blessés au cours de la journée.

31 janvier 1918

La nuit du 30 au 31 est marquée par une tentative de coup de main réalisé par les Allemands sur la région nord du C.R. la Cude. L’affaire a débuté à 22 h 40, avec un violent tir de minen et d’artillerie sur les organisations du P.A. Regnault. Les communications subissent également des tirs de mitrailleuses.

Des fantassins ennemis attaquent en même temps les P.P. des Ta 46, Ta 48 et Ta 50.  Après une âpre lutte à la grenade et conformément aux ordres reçus les Français se replient rapidement, sur une ligne de résistance pour s’y reformer en groupe de combat.

Le barrage et le tir de contre-préparation, en partenariat avec l’artillerie de la 167e D.I., se déclenchent dans des conditions satisfaisantes. Les P.P. ont été réoccupés peu après minuit lorsque le calme est revenu, le P. P. 50, lui, l’a été à la suite d’un rapide engagement à la grenade. La tentative de l’adversaire a ainsi complètement échoué.

Le sergent Louis Perein de la 2e compagnie du 149e R.I. est tué, il y a également sept blessés au régiment pour cette journée.

Durant les semaines qui vont suivre, le 149e R.I. et les autres éléments de la division vont s’efforcer d’améliorer leurs conditions de vie qui restent particulièrement fragiles et défectueuses sur le terrain.

Sources :

J.M.O. du 174e R.I. S.H.D. de Vincennes Réf : 26 N 710/6

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes Réf : 26 N 344/7

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

« La 43e Division pendant la campagne de 1918 » Mayence grande imprimerie moderne. 1922.

La  carte donnant les positions des trois bataillons du 149e R.I. a été réalisée simplement à partir des indications données dans le J.M.O. de la 43e D.I. qui est cité dans les sources. La marge d’erreur des positions des bataillons risque d’être assez importante. Cette carte n’est donc là que pour se faire une idée vraiment très approximative des positions occupées par les trois bataillons du régiment pour la période du mois de janvier 1918.

Le fond de carte utilisé provient du J.M.O. du 112e R.I.T.. Elle peut se consulter sur le site « Mémoire des Hommes ». Référence du J.M.O. du 112e R.I.T. : 26 N 796/15. 

Un grand merci à  M. Bordes, à A. Carobbi,  à É. Mansuy et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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