Louis_Foucher

Enfance et jeunesse

Louis Foucher naît le 28 juillet 1887, au numéro 3 de la rue Roubo, une petite voie du quartier Sainte-Marguerite, située dans le 11e arrondissement de Paris. Son père, qui travaille comme emballeur, se prénomme Alphonse Adolphe. Il a 42 ans lorsque son fils voit le jour. Sa mère, Marie Louise Tisserant est une journalière âgée de 39 ans.

Le jeune Louis est envoyé très tôt dans une ferme pour y travailler. Sa scolarité reste très rudimentaire. La situation est étonnante pour une famille urbaine. Les souvenirs de famille laissent à penser qu’il était un enfant illégitime dont on se débarrassa ainsi.

Souhaitant faire une carrière militaire, il se rend à la mairie du 9e arrondissement, le 26 août 1905, alors qu’il est à peine âgé de 18 ans. Étant à trois ans de sa majorité, il a obligatoirement besoin du consentement paternel ou maternel pour signer son contrat de trois ans. Ce consentement fut peut-être en fait celui d'un tuteur gérant une pupille de l’assistance publique (les dates exactes de la mort des parents ne sont pas connues. Nous savons simplement qu’ils sont décédés au moment du recensement de leur fils en décembre 1907).

C’est au 82e R.I. que le jeune Louis doit se rendre pour commencer sa formation de soldat. Il quitte la capitale pour aller s’établir dans une des deux casernes du régiment, la première se trouve à Troyes, la seconde à Montargis. Il est impossible de savoir dans laquelle des deux il a fait ses débuts sous l’uniforme.

Loin de maîtriser l’écriture, la lecture et le calcul, il se fait tout de même remarquer pour son intelligence par un officier qui va l’obliger à suivre un enseignement sérieux.

Le soldat Foucher est nommé caporal le 20 septembre 1906, puis sergent le 10 septembre 1907.

Libéré de ses obligations militaires le 26 août 1908, il ne souhaite pas signer de nouveau contrat. Louis passe donc dans la réserve de l’armée active, rattachée au régiment de Laon, au 45e R.I., en même temps qu’il retourne à la vie civile. Il se retire à Paris au 27 rue de Tanger dans le 19e arrondissement.

Période avant-guerre

Le 24 octobre 1908, il épouse une giletière parisienne âgée de 22 ans, Louise Adolphine Guenaut. Le jeune homme travaille comme contrôleur. De cette union naîtra un garçon qu’ils prénommeront Roger Louis.

Un décret présidentiel du 23 juin 1913, permet à cet ancien sergent de devenir sous-lieutenant de réserve, ce qui va l’amener à renouer avec la vie militaire.

Deux mois plus tard, il se retrouve dans l’obligation d’accomplir une période d’instruction entre le 22 août et le 13 septembre 1913 au 170e R.I.. Louis effectue, dans la foulée, un stage d’activité à compter du 18 décembre 1913, dans le même régiment.

Le sous-lieutenant de réserve Foucher obtient ensuite une autorisation qui lui permet de faire un stage d’une durée d’un an, ce qui lui offrira la possibilité d’être titularisé dans l’armée active.

C’est dans ce cadre-là qu’il devient le commandant d’armes du fort de Longchamp à partir du 1er janvier 1914. Louis Foucher occupe ce poste jusqu’à la date de la déclaration de guerre par l’Allemagne le 3 août 1914.

Les premiers mois du conflit

Le 5 août 1914, Louis Foucher est sur la ligne de front avec le 170e R.I..

Devenu sous-lieutenant de l’armée active le 1er décembre 1914, il est muté au 58e R.I. le 23 janvier 1915. Ce régiment possède son dépôt à Avignon. Lorsqu’il le rejoint dans la zone des armées, le lieutenant-colonel du régiment lui donne le commandement d’une section d’une de ses compagnies. Légèrement souffrant en avril 1915, il reprend son service quelques jours plus tard, complètement rétabli.

Louis Foucher est nommé lieutenant à titre définitif le 2 juillet 1915. Blessé le 5 octobre 1915 à la butte de Souain en Champagne, il est touché par de multiples petits éclats d’obus, au thorax et à la main droite. Louis est évacué vers l’arrière le lendemain.

De retour de convalescence, le lieutenant Foucher prend le commandement d’une compagnie du 58e R.I., le 1er décembre 1915.

Au 149e R.I.

Affecté au 149e R.I., il rejoint ce régiment qui combat dans le secteur du village de Vaux-devant-Damloup, près de Verdun, à la fin du mois de mars 1916, avec un détachement de renfort.

À peine arrivé, il monte en 1ère ligne avec la 11e compagnie dont on vient de lui confier le commandement, pour occuper une position autour du fort de Vaux.

Pour en savoir plus sur cette période, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante et de lire la partie du témoignage du capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André à partir de la date du 29 mars 1916.

Plan_dessine_par_le_capitaine_Gaston_de_Chomereau_de_Saint_Andre

Le 149e R.I. laisse derrière lui la région de Verdun à la mi-avril 1916. Après un court instant de repos à Landrecourt, le lieutenant Foucher se rend en Champagne avec l’ensemble du régiment pour prendre position dans un secteur plutôt calme, situé entre les buttes de Tahure et celles de Mesnil, près des Deux-Mamelles.

Louis Foucher est nommé capitaine à titre temporaire le 15 juillet 1916.

En septembre 1916, le capitaine Foucher conduit sa compagnie au feu au cours d’une attaque qui se déroule dans la Somme pour reprendre aux Allemands le village de Soyécourt. Cet engagement est une réussite totale. À cette occasion, cet officier gagne une citation à l’ordre du corps d’armée.

Pour en savoir plus sur cette période du conflit, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Secteur_du_149e_R

Toujours dans la Somme, il combat ensuite dans le secteur de Déniécourt et de Foucaucourt avant d’être nommé à titre définitif à son grade de chef de compagnie.

Le 23 décembre 1916, le lieutenant-colonel Pineau rédige le texte suivant dans le feuillet individuel de campagne du capitaine Foucher :

« Commande une compagnie depuis qu’il est au 149e R.I.. S’en acquitte avec zèle et dévouement. L’a bien conduite au feu pendant les attaques de septembre. En somme, bon commandant de compagnie. »

L’année suivante, le 149e R.I. occupe plusieurs secteurs à proximité du chemin des Dames. Cette unité, pendant plus de dix mois, ne sera jamais sollicitée pour participer à une grande offensive.

Fin septembre 1917, le régiment est sur le point de débuter un important entraînement préalable, en vue d’une prochaine attaque qui doit être menée, à la fin du mois d’octobre, dans le secteur du chemin des Dames dans la zone de la Malmaison.

Le capitaine Louis Foucher est photographié avec l’ensemble des cadres du 3e bataillon dans la commune d'Ancienville, peu de temps avant le déclenchement de cette offensive.

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Le 23 octobre 1917, sa compagnie fait partie des effectifs qui vont être engagés en 1ère ligne durant la 2e phase de la bataille de la Malmaison.

Le chef du 3e bataillon, le commandant Putz, est blessé juste avant l’attaque ; remplacé par le capitaine adjudant-major Houël, celui-ci est tué presque aussitôt après le déclenchement de la 2e phase de l’opération. C’est maintenant au tour du capitaine Foucher de prendre la tête du 3e bataillon pour mener à bien la suite des opérations.

Pour en savoir plus sur cette période du conflit, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

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Le capitaine Foucher, qui conserve le commandement du 3e bataillon jusqu’à la fin du mois de décembre, reprend ensuite la tête de son ancienne compagnie.

Un acte qui aurait pu briser une carrière.

Le 15 janvier 1918, suite à la lecture d’un rapport qui demande aux soldats du 149e R.I. de se faire couper les cheveux avant le départ prochain du régiment pour les Vosges, le lieutenant Galliot de la 11e compagnie donne l’ordre au coiffeur Mazeraud d’exécuter sa tâche auprès des hommes de la compagnie, en commençant par la 1ère section. Celui-ci refuse d’accomplir cette mission prétextant qu’il ne peut pas tout faire et que cela lui occasionne beaucoup plus de travail que les autres soldats. L’ordre est renouvelé le lendemain, le soldat Mazeraud ne veut toujours pas effectuer son travail. La situation s’aggrave. Les gradés et les officiers de la compagnie n’ayant pu obtenir l’obéissance de cet homme, celui-ci est conduit au poste de police par ordre du sous-lieutenant Wilisky qui est l’officier du jour. Le capitaine Foucher est dans l’obligation d’intervenir.

L’attitude du soldat continue de rester très incorrecte devant le responsable de la 11e compagnie, ne voulant toujours rien entendre. Des phrases dures sont échangées ; excédé par le comportement de son subordonné, le capitaine Foucher finit par lui donner une gifle.

Le colonel Guy commandant l’infanterie de la 43e D.I. écrit au général commandant la 43e D.I. la lettre suivante :

« J’ai l’honneur de vous rendre compte que j’ai détruit la lettre que j’avais adressée au sujet de l’incident « capitaine Foucher – soldat Mazeraud » au colonel commandant le 149e R.I. et que celui-ci m’avait retourné, cette lettre ayant eu forme de correspondance personnelle.

Mais je puis vous indiquer l’objet de cette correspondance. Le 20 janvier, j’avais fait une enquête à la compagnie du capitaine Foucher à la suite d’actes contraires à la discipline. Le soldat Mazeraud, perruquier, avait refusé de couper les cheveux de ses camarades sous prétexte qu’il avait du linge à laver.

Le capitaine Foucher, commandant de compagnie, avait dû intervenir, les gradés et les officiers de la compagnie n’ayant pu obtenir l’obéissance de Mazeraud, et, énervé par l’attitude de cet homme, avait levé sa main sur lui.

Le capitaine Foucher était un très bon officier, ayant de brillants états de service de guerre, il venait juste d’être décoré sur le champ de bataille de l’Ailette. Le soldat Mazeraud n’avait pas de punitions, il avait été blessé trois fois pendant la guerre. La scène qui s’était passée me semblait avoir pour cause la fatigue et l’énervement successifs. La faute n’avait de gravité qu’autour de l’attitude prise, sans raison, d’abord par le soldat Mazeraud, ensuite par le capitaine Foucher.

D’un autre côté, tous les deux m’exprimaient le regret sincère de ce qui s’était passé.

Étant donné le passé militaire des deux intéressés, leur repentir, les circonstances de leur faute, j’estimais qu’il était de l’intérêt même de la discipline d’avoir une indulgence et de ne pas chercher à demander une sanction sévère, dans ce cas, au conseil de guerre, sanction qui pourrait entacher leur carrière militaire.

C’est ce que je conseillais au colonel, en lui annonçant que j’avais sollicité et obtenu votre indulgence pour le capitaine Foucher et pour le soldat Mazeraud.

Je leur avais fait de sévères observations à chacun, pour leur faute contre la discipline et je proposais, comme sanction, que le capitaine fût changé de corps et le soldat de bataillon.

J’ajoute que tous les deux me remercièrent de ma bienveillance à leur égard lorsque je leur dis la sanction que je demanderai contre eux.

Le soldat Mazeraud m’assura son désir de bien faire à l’avenir et me déclara qu’il n’avait aucune intention de réclamer contre son capitaine. Le capitaine Foucher m’a dit qu’il avait un vif chagrin de quitter le régiment avec lequel il s’était battu pendant toute la campagne, mais qu’il s’inclinait devant la sanction qu’il avait méritée. »

Ces évènements auraient pu être lourds de conséquences pour les deux hommes, s’ils n’avaient pas bénéficié de l’indulgence de leurs supérieurs.

Le 21 février 1918, le colonel Boigues note ceci dans le feuillet du personnel du capitaine Foucher : « S’est distingué le 23 octobre à la bataille de la Malmaison où il a été brave au feu et chef avisé, a ensuite, pendant deux mois, commandé très convenablement son bataillon. Il a toutefois montré, dans la conduite de sa compagnie, des écarts d’humeur, qui rendent parfois son commandement difficile à supporter. Est, en résumé, à surveiller en raison même des brusqueries de caractère.

Le capitaine Foucher a été relevé du commandement de sa compagnie et envoyé le 28 janvier au C.I.D. en attendant son passage à l’armée d’Orient par décision du général commandant la 43e D.I., pour avoir commis un acte de violence (gifle) envers un de ses subordonnés, dont l’attitude arrogante et le refus d’obéissance l’avaient exaspéré.»

Un nouveau départ pour la carrière du capitaine Foucher

Sa sanction aurait pu être vécue comme humiliante et conduire au renoncement du capitaine. Bien au contraire, loin de brider sa carrière, cette nouvelle affectation lui ouvrit de nouvelles perspectives qui le menèrent au Levant et à l'Afrique du nord.

Le capitaine Foucher est envoyé au C.I.D. de la 43e D.I. du 20 février au 1er mars 1918.

Fin février 1918, il rejoint le dépôt du 5e R.I.C. à Lyon. Le 8 mars, Louis dort au dépôt du 22e R.I.C. de Marseille.

La période entre le 8 mars 1918 et le 16 juillet 1918, date de son retour au dépôt du 22e R.I.C. reste lacunaire sur ses états de service.

Louis Foucher quitte les Bouches-du-Rhône pour s’installer au camp de Fréjus. Il occupe les fonctions d’adjoint au colonel commandant la subdivision de Saint-Raphaël, à compter du 3 août 1918. Durant cette période, épaulé par ses chefs, il travaille beaucoup sur lui-même pour améliorer sa manière de commander.

Bon cavalier, c’est aussi un grand amateur de sport, qui pratique assidument l’éducation physique.

Louis Foucher devient le chef du 2e bureau de l’E.M. des camps de Saint-Raphaël, du 1er avril au 1er mai 1919.

Le mois suivant, ses supérieurs lui confient la responsabilité du camp de remonte du 73e B.T.S..

Le chef de bataillon de cette unité, le commandant Lame, écrit ceci dans son feuillet individuel de campagne, le 15 juin 1919 :

« Désigné pour servir au 17e R.T.S., a fait le service pendant un mois et demi au centre de remonte du 73e B.T.S.. Grâce à son activité et à ses facultés d’organisation, le capitaine Foucher avait déjà obtenu de sérieux résultats pour la remise en ordre de cette unité dont le commandement et l’administration laissaient fort à désirer.

A de l’autorité, de l’obstination vers le but à atteindre, il me paraît capable de se tirer toujours fort honorablement de toutes les missions qui pourraient lui être confiées.»

Le 2 juillet 1919, Louis Foucher embarque sur un navire qui le conduit au 17e R.T.S., un régiment créé récemment, sous l’autorité du colonel Debieuvre. Il reçoit le commandement de la 3e compagnie.

Le capitaine Foucher reste sur le sol de l’Afrique du Nord du 4 juillet au 23 octobre 1919. Le 17e R.T.S. quitte ses garnisons à la fin du mois d’octobre pour se rendre à Bizerte par voie ferrée.

À l’armée du Levant :

Fin 1919, la France organise une opération pour protéger ses acquis, mettre en place sa zone d’influence et se battre contre les Kémalistes qui luttent contre le gouvernement ottoman, ce dernier s’apprêtant à signer le traité de Sèvres. Elle institue donc une zone d’influence par la force, en Cilicie notamment. Le capitaine Foucher appartient aux troupes chargées de mettre cette zone en place.

Carte_du_Levant

Le 12 novembre 1919, le 17e R.T.S. quitte le port de Bizerte à bord de trois vapeurs, le Fukui Maru, l’Autria et l’Itu, pour prendre la direction du Levant. Mais nous ne saurons pas sur lequel de ces trois navires le capitaine Foucher s’est embarqué.

Le 23 novembre, Louis Foucher qui commande la 4e compagnie s’installe avec ses hommes, à Adana, avec les autres compagnies du bataillon. Les deux autres bataillons du régiment tiennent garnison à Mersine et à Tersous.

Le 2 janvier 1920, le chef de bataillon Corneloup, responsable du 2e bataillon du 17e R.T.S. est avisé qu’une colonne est placée sous ses ordres pour aller dégager la route entre Islahié et Marasch. Cette route a été coupée par des insurgés, entre Saribar et El Oughlou. La 4e compagnie du capitaine Foucher fait partie des éléments de cette colonne.

La colonne se rend à la gare d’Adana dans la nuit du 2 au 3. Le train dépose ses différents éléments en gare de Bagtché, dans l’après-midi du 3.

Colonne_Corneloup_janvier_et_fevrier_1920

Legende_de_carte_colonne__Corneloup

Le 4 janvier à minuit, la colonne se met en route pour Saribar en prenant un chemin de montagne. Celui-ci se révèle tellement difficile que le commandant Corneloup ordonne à ses hommes de faire demi-tour et de rentrer à Bagtché au bout de quatre heures de marche. Les derniers éléments, complètement épuisés, arrivent entre 8 h 00 et 9 h 00.

5 janvier 1920 

La colonne se remet en route. Un itinéraire modifié la fait passer par Airan Kazanali et Bel Punar.

6 janvier 1920

Les hommes du capitaine Foucher et les autres éléments de la colonne partent pour El Oghlou. Entre 11 h 00 et 12 h 00,  ils franchissent le mauvais passage de Baba Boroum. Les insurgés n’y sont pas. El Oghlou est atteint à 15 h 00. Les habitants ont fui.

7 janvier 1920

Les vivres arrivent à expiration. Le commandant Corneloup sait qu’un convoi monte derrière lui. Il décide de l’attendre. La 8e compagnie du 17e R.T.S. part à sa rencontre.

8 janvier 1920

Dans la matinée les distributions de nourriture sont faites. Le chef de bataillon a décidé le départ vers midi, dans le but de s’approcher de Marash.

À 11 h 45, au moment où les unités s'apprêtent à partir, une fusillade importante éclate. Les insurgés, placés sur les pitons avoisinants, tirent sur les hommes.

Les 143 hommes du capitaine Foucher se lancent à l’attaque. Ils emportent successivement deux pitons.

Cette action vaut au capitaine Foucher une citation à l’ordre de la 156e D.I..

9 janvier 1920

Dans la nuit il est demandé à la garnison de Marash d’amener des moyens de transport pour prendre en charge les blessés. Il y eut à la 4e compagnie cinq tués et 12 blessés dont le sous-lieutenant Caprais.

10 janvier 1920

La colonne quitte El Oghlou à 5 h 00 pour arriver à Marash dans la soirée. La 4e compagnie est logée dans un trou, sur la route d’Islahié.

Du 11 au 20 janvier 1920

Séjour a Marash

21 janvier 1920

La 4e compagnie du capitaine Foucher est désignée pour défendre la partie sud de la ville.

Louis Foucher gagne une citation à l’ordre de la division, en défendant son poste qui est attaqué plusieurs fois. Il reçoit l’ordre d’évacuer sa position le 8 février.

11 février 1920

Étape de Marash à El oghlou

12 février 1920

Étape d’El Oghlou à Bel Punar

13 février 1920

Étape de Bel Punar à Islahié, les conditions météorologiques sont terribles, plusieurs hommes meurent de froid.

14 et 15 février 1920

Séjour à Islahié, les unités sont reconstituées.

La 4e compagnie du capitaine Foucher retrouve ses cantonnements à Antana le 16 février 1920.

Du_cote_de_Marash

Les lieux de cantonnements et les noms des colonnes dans lesquels Louis Foucher a été après ces évènements ne sont pas connus.

Fin mars 1920, le colonel Debieuvre rédige la note suivante concernant son subordonné : « Bon officier, actif, énergique, qui commande bien sa compagnie. Dévoué à ses chefs, laisse à désirer sous le rapport de l’instruction générale et de l’éducation. Belle tenue, belle conduite au feu. Débrouillard, caractère susceptible, dont on obtient beaucoup avec une bonne parole. »

Louis Foucher est engagé avec ses hommes dans les combats d’Harim, au nord de la Syrie, du 25 mai au 16 juin 1920.

Harim

Avec sa compagnie, il participe au combat de Kul-Tépé qui eut lieu le 2 juillet 1920.

Kul_Tepe

Le capitaine Foucher commande et défend le petit poste de Sadjour qui est attaqué par les Kémalistes entre le 17 et le 20 juillet 1920.

Petit_poste_de_Sadjour

Cette dernière action lui vaut une citation à l’ordre de l’armée.

Le 1er février 1921, Louis Foucher est dirigé sur le B.D.I.C. de Beyrouth, qui le fait rapatrier.

Le capitaine Foucher est affecté au 415e R.I. à compter du 7 octobre 1920. Il quitte ce régiment le 1er janvier 1921, après une hospitalisation à Alep commencée à la fin du mois de novembre 1920. Louis occupe, durant cette période, les fonctions de commissaire militaire des gares. Il rejoint ensuite le 147e R.I. le 10 mai au moment même où celui-ci s’apprête à partir pour l’armée du Rhin. Il ne reste que peu de temps dans cette unité.

Formateur pour la première fois

Louis Foucher est muté au 89e R.I. de Paris pour convenance personnelle, suite à une décision ministérielle datant 21 mai 1921. Cet officier prend le commandement de la 11e compagnie du 21 mai 1921 au 20 septembre 1922 puis celui de la 7e compagnie du 1er avril au 31 octobre 1923.

Rattaché comme instructeur temporaire à la préparation militaire supérieure le 29 novembre 1923.

Le 9 décembre 1923, il dépend administrativement du 66e R.I. puis du 46e R.I. à partir du 1er janvier 1924, tout en restant maintenu détaché à la P.M.S..

Le 16 janvier 1926, il est instructeur permanent au service de la préparation militaire supérieure du G.P.M..

Le chef du 4e groupe de P.M.S. écrit ceci à son sujet en juillet 1927 : « Excellent officier, sorti du rang, qui a su acquérir par un travail acharné les connaissances nécessaires à un officier. Ayant conscience de ne devoir qu’à ses efforts les mérites de sa carrière, est d’un caractère assez susceptible, mais plein d’allant, actif, dévoué, toujours prêt à se rendre utile. Bon instructeur, il obtient de bons résultats et a de l’autorité sur ces élèves. Depuis plusieurs années, il a fait, bénévolement, de nombreuses conférences à l’école de Reuilly et rendu les meilleurs services aux directeurs de cette école. »

En 1928, il est instructeur à l’école des travaux publics et aux facultés. Il continue d’enseigner à l’école de perfectionnement, à des officiers de réserve d’infanterie de Reuilly.

Le capitaine Fouché intègre le 46e R.I. le 10 novembre 1930.

1er séjour au Maroc

Volontaire pour retourner en Afrique, il est mis à la disposition du général commandant supérieur des troupes du Maroc. Le capitaine Foucher embarque à Bordeaux le 14 juillet 1931 pour prendre la direction des terres africaines. Trois jours plus tard, il arrive sur les quais du port de Casablanca avant de rejoindre le 4e Régiment de Tirailleurs Marocains.

Le 23 novembre, il doit se rendre à l’E.M. de la région de Fez qui l’affecte à l’état-major particulier de l’infanterie, au service de l’instruction physique du Maroc. Le 30 novembre 1931, Louis est rayé des contrôles du 4e R.T.M..

Capitaine_Louis__Foucher

Une décision ministérielle du 21 juin 1933 lui ordonne de rejoindre le 5e R.I.. Il lui faut de nouveau prendre la mer pour rejoindre la Métropole. Le 29 août, Louis Foucher retrouve le port de Casablanca.

Formateur pour la seconde fois

Promu chef de bataillon le 25 décembre 1933, il est, en même temps, nommé directeur de la G.M.S. et de l’Instruction des officiers de réserve des départements de l’Indre et de l’Indre-et-Loire. Il est rayé des contrôles du 5e R.I. le 1er janvier 1934.

En 1936, il reçoit la rosette de l'instruction publique suite à une proposition faite par l’inspecteur d’Académie en raison des brillants résultats, obtenus aux examens de P.M.S. par les élèves de l’école normale.

2e séjour au Maroc

De nouveau volontaire pour l’Afrique, il traverse à nouveau la mer Méditerranée. Il embarque à Marseille le 27 septembre 1937 pour débarquer à Oran deux jours plus tard.

Cette fois-ci, c’est pour être affecté au 2e R.T.M. à Marrakech. Le jour de son arrivée, il est affecté à la C.H.R. le 30 septembre. Le 21 octobre 1938, il est au C.A. 1.

Commandant_Louis_Foucher

Le 21 janvier 1938, il prend le commandement du 1er bataillon du régiment. Le commandant Foucher, considéré comme un officier de grand mérite par ses supérieurs, est autorisé à accomplir un nouveau séjour de deux ans au Maroc. Louis a maintenant une bonne connaissance de la langue arabe. 

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Louis Foucher était connu et recherché pour être un homme agréable en société. Ses grades successifs lui offraient de nombreuses invitations. Il était aussi renommé pour une gourmandise au-dessus de la norme. Il aurait été surpris plusieurs fois dans les cuisines où il était invité pour « prendre de l’avance », ce qui n’était pas toujours très positif pour son image. Il savait aussi très bien parler. Brillant orateur, il se servait de cet art avec brio auprès des femmes qui tombaient très facilement sous son charme.

2e conflit mondial 1939-1940

Septembre 1939, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne suite à l’invasion de la Pologne. Louis Foucher s’apprête à combattre ses anciens ennemis pour la seconde fois de sa vie. Son régiment se prépare à être dirigé sur la métropole.

Les hommes passent la frontière algéro-marocaine le 25 octobre 1939. Ils embarquent à Oran le 30 pour débarquer à Marseille le 1er novembre.

Le 1er bataillon du 2e R.T.M. tient ses quartiers à Obernausen au nord-est de Haute-Sierck, dans la Moselle du 22 décembre 1939 au 10 janvier 1940.

Atteint de paludisme chronique, contracté au début des années 20, le commandant Foucher a un très violent accès lorsqu’il est en ligne. Il refuse de se faire évacuer. Ce n’est que lorsque la division marocaine descend au repos, aux environs de Châlons-sur-Marne, qu’il accepte de se laisser hospitaliser le 21 mars 1940 à l’hôpital militaire de Châlons-sur-Marne, sur l’insistance de son colonel et du médecin-chef du régiment.

Louis Foucher est transporté à l’hôpital de Cognac-Jay de Reims pour une intervention chirurgicale. Lorsqu’il apprend que les Allemands ont envahi la Hollande et la Belgique, il quitte volontairement l’hôpital, sans se faire opérer, pour rejoindre son régiment le 10 mai.

D'après une lettre rédigée le 25 avril 1941, il dit avoir eu bien des difficultés à retrouver le P.C. de son colonel à Cortil-Noirmont, en Belgique, le 14 mai vers 22 h 00.

Louis assiste aux combats de Gembloux et à ceux de la retraite de Belgique et du Nord de la France, qui se déroulent du 15 au 28 mai 1940

Pour en savoir plus sur les combats de Gembloux, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Bataille_de_Gembloux

Le commandant Foucher est blessé deux fois le 28 mai 1940 à Loos. Une première fois à 11 h 00, par une balle lui traverse la cuisse gauche. Une seconde fois à 12 h 15, par des éclats de bombes d’avions qui l’atteignent au visage, à la face externe gauche et au mollet droit. Il a également une fracture de la rotule droite.

Le même jour, il est fait prisonnier, au cours de son transport par sanitaire, dans la région de Lille. Les Allemands le dirigent sur l’hôpital de Nivelles en Belgique. Il y est soigné jusqu’à l’évacuation complète de l’établissement qui a lieu le 10 juillet 1940.

Évacué sur l’hôpital de Maestricht, il s’évade le 17 juillet avec l’aide du capitaine Bouvier, un officier qui commandait sa 3e compagnie, blessé d’une balle dans le ventre à Gembloux et qui avait été laissé pour mort sur le champ de bataille. Incomplètement guéris, les deux hommes parcourent 45 km à pied, le premier jour de leur évasion, ils traversent ensuite une partie de la Hollande, toute la Belgique et la zone française occupée, pour échapper aux mains allemandes.

De retour au Maroc, le commandant Foucher réintègre le 2e R.I.M. le 13 août 1940 à Marrakech. Il reçoit le commandement du groupe des compagnies de passage.

Admis à faire valoir ses droits à la retraite par anticipation, il est démobilisé et renvoyé dans ses foyers le 1er novembre 1940. Louis est obligé de rester provisoirement à Marrakech, sa famille résidant à Bois-Colombes en zone occupée. Il se retire ensuite à Casablanca au 149 avenue d’Amade.

Il est rappelé à l’activité par une note de service datant du 22 décembre 1942, un contrat renouvelable de deux mois par tacite reconduction, souscrit le 1er février officialise son retour au sein de l’armée.

Le commandant Foucher reçoit l’ordre d’assurer les fonctions de représentant de l’amiral commandant d’armes de la place de Casablanca, à partir du 1er janvier 1943. Un mois plus tard, il est affecté à la compagnie de passage du D.G. du 6e R.T.M. avant d’être détaché au bureau central des logements.

Nommé au commandement du 55e B.M.T.M., il demande la résiliation de son contrat en mai 1944, ce qui le maintient dans son ancien emploi. Démobilisé le 31 juillet 1944, il retourne vivre au 159 avenue d’Amade.

Sa longue carrière militaire est maintenant achevée.

Louis Foucher est resté « fidèle » à Pétain jusqu’à sa démobilisation, n’entrant pas pour autant dans la collaboration ; il a simplement agi en tant qu’officier.

Il décède à l’âge de 74 ans le 10 novembre 1961 à Toulon. Selon ses dernières volontés, il demande à être incinéré avec toutes ses décorations. Bien que commandeur de la Légion d’honneur, il ne reçut aucun honneur militaire. A priori, ce fut une décision de la Présidence de la République.

Cet officier a obtenu les décorations suivantes :

Chevalier de la Légion d’honneur : ordre n° 6171 « D » prenant rang le 28 octobre 1917.

Officier de la Légion d’honneur le 20 décembre 1935

Commandeur de la légion d’honneur le 11 janvier 1961

Croix de guerre avec une palme, une étoile de vermeil et une étoile de bronze.

Citation à l’ordre du 149e R.I. n°65 en date du 6 avril 1916 :

« Revenu au front à peine guéri et sur sa demande, a donné la preuve de son courage et de son calme sous le feu, en organisant du 31 mars au 5 avril 1916, sous un bombardement extrêmement violent, la défense d’un point très important. A donné à ses hommes un bel exemple de sang-froid. »

Citation à l’ordre du 21e C.A. n° 286 en date du 12 septembre 1916 :

« A entraîné brillamment sa compagnie à l’assaut d’un village fortement organisé par l’ennemi. Contusionné par un éclat d’obus, est resté au commandement de sa compagnie. »

Citation à l’ordre de l’armée n° 6171 « D » du G.Q.G. en date du 23 décembre 1917.

« Officier de 1er ordre. Le 23 octobre 1917, le chef de bataillon et l’adjudant-major ayant été successivement mis hors de combat dès le début de l’attaque, a pris le commandement du bataillon et l’a mené victorieusement à la conquête de l’objectif qui lui était assigné. S’est employé très activement à l’organisation du terrain conquis, faisant preuve de réelles qualités d’initiative et de décision. Une blessure. Deux citations. »

Croix de guerre des théâtres des opérations extérieures avec une palme et deux étoiles d’argent.

Citation à l’ordre général n° 140 de la 156e D.I. en date du 22 février 1920 :

La date qui est donnée sur cette citation est erronée. Le compte rendu rédigé par le commandant Corneloup date l'événement au 8 janvier 1920.

« Le 13 janvier 1920 au combat d’El Oglhou, s’est, sans attendre l’ordre, et en faisant preuve de l’initiative la plus intelligente, lancé avec sa compagnie à l’assaut d’un piton fortement tenu et dont la position était capitale pour la colonne, a enlevé ce piton et l’a conservé malgré tous les retours offensifs de l’ennemi, déployant de sa personne un courage et une activité dignes d’éloges. »

Citation à l’ordre de la division n°141 en date du 26 février 1920 :

« Pendant toute la durée de l’investissement de Marasch, chargé de la défense d’un quartier de la ville, en a, par son activité et par les dispositions qu’il a su prendre, interdit absolument l’accès aux Turcs, malgré leurs attaques répétées. »

Citation à l’ordre de l’armée du Levant n° 46 en date du 15 décembre 1920 :

« Officier brave, énergique et courageux, commandant un poste isolé violemment bombardé et attaqué du 17 au 28 juillet 1920 par un millier de fanatiques, a tenu tête à l’assaillant et lui a infligé des pertes importantes. Par l’habileté qu’il mit à organiser sa position et l’excellent esprit qu’il sût maintenir dans la garnison, a rendu imprenable le poste qui lui était confié »

Croix de guerre 1939-1945

Citation à l’ordre de la division n° 906-C

« Officier supérieur d’une grande bravoure, qui a su faire de son bataillon une unité mordante et d’une belle tenue au feu, ayant fait ses preuves en Lorraine en décembre 1939 et janvier 1940. Malade et évacué, a tenu à rejoindre son bataillon qu’il a rejoint en plein combat à Gembloux, le 15 mai. A regroupé les éléments débordés, effectuant pendant la retraite d’utiles contre-attaques. Blessé le 28 mai à Loos et fait prisonnier, a rejoint le territoire non occupé. »

Autres décorations :

Officier de l’instruction publique le 7 février 1936

Commandeur du Ouissam alaouite chérifien

Mérite militaire chérifien

Croix des services militaires volontaires

Médaille d’honneur de l’éducation physique en argent

Médaille coloniale du Maroc

Médaille commémorative du Levant

Médaille commémorative de la Grande Guerre

Médaille interalliée

Médaille des blessés

Louis Foucher possède un dossier sur la base Léonore. Pour le consulter, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_base_Leonore

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Historique du 412e R.I..Éditions Charles Lavauzelle & cie. Éditeurs militaires. 1923.

Partie concernant l’armée du Levant :

Site « Mémoire des hommes » Armées françaises au Levant : dossier 1, région de Marash : Réf : S.H.D./GR 4H 226/1.

Rapport d’opérations du détachement parti d’Adana le 3 janvier 1920 sous les ordres du commandant Corneloup.

Les deux plans utilisés pour la réalisation du montage sont extraits de ce dossier. Le portrait qui les accompagne provient de son dossier individuel qui se trouve au Service historique de la défense de Vincennes.

Le fond de carte utilisé pour donner les limites du mandat français et de sa zone d’influence,ainsi que les cartes qui indiquent Kul Tépé et le petit poste de Sadjour proviennent de l’ouvrage rédigé par le colonel Andréa « La vie militaire au Levant, en colonne pendant un an dans le nord Syrien et en Mésopotamie mars 1920- mars 1921 » Éditions Charles Lavauzelle & cie. Éditeurs militaires. 1923. Ce livre est consultable sur le site « Gallica ».

La photographie de groupe des officiers du 149e R.I. est extraite du Fonds Douchez. Ce fonds, composé de trois volumes, a été déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

Les photographies du commandant Foucher datant de la période où il se trouvait en Afrique, proviennent toutes de la collection personnelle de son petit-fils, L. Foucher.

Certaines informations ont été données par son petit-fils L. Foucher.

Bases de données Léonore : Archives Nationales de Fontainebleau-Paris-Pierrefitte-sur-Seine.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à L. Foucher, M. Lozano, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.