Sabliere_du_bois_Marcon

Le sous-lieutenant Douchez est arrivé à proximité de la 1ère ligne le 1er juin 1917, après plusieurs jours de marche. Sa section, qui fait partie des effectifs de la 9e compagnie, est installée à la grande sablière située au sud des villages d’Aizy et de Jouy, près du chemin des Dames.

Replongeons-nous dans les écrits de Paul Douchez…

2 juin 1917 

« Grande sablière à Aizy, les Grands Riez et retour. Conduite d’une corvée de travailleurs. Le génie, qui doit diriger le travail, n’ayant pas eu le courage ou l’intelligence de me fournir le guide prescrit, les hommes passent la nuit à faire la marche de l’aller et du retour et à attendre. Aucun travail n’est fait.

Les_Grands_Riez__les_sabli_res_et_la_ferme_Hameret

De la grande sablière vient l’obus intact que j’ai rapporté à Jeanne.

Des dépôts considérables de munitions allemandes achèvent de s’y détériorer : obus de divers calibres, grenades, gargousses, douilles de cuivre, etc… nul ne voulant prendre l’initiative de provoquer leur enlèvement.

4 juin 1917

Grande sablière à parages de la ferme Toty (1ère ligne) par Jouy.

De_la_grande_sabli_re___la_ferme_le_Toty

C’est ici que se trouve la limite de la progression réalisée par la récente offensive. Le régiment a pour mission de stabiliser cette limite par le creusement de tranchées.

Je couche au P.C. de la compagnie. C’est une simple excavation dans le sable, à flanc de coteau. Nos équipements y prennent la moisissure. Par contre, dehors, la chaleur est torride. Le moindre déplacement met en transpiration.

Ma section est au bas de la côte, vers la ferme du Toty, dans des « trous de renards ». Le P.C. de la compagnie se trouve à côté de celui du bataillon.

Nous avons un nouveau chef de bataillon, le commandant Dessanti. Là, je vois, pour la première fois, tomber tout près un avion en flamme.

7 juin 1917 

Au milieu de la nuit, une contre-attaque ennemie paraît imminente (communiqué du 6 et 7 juin 1917). Je me porte, avec ma section, dans une tranchée que nous avons creusée les deux nuits précédentes et qui défend l’accès du ravin du Toty. Là, je reçois l’ordre ci-dessous, m’enjoignant de ne garder avec moi qu’une demi-section et d’envoyer l’autre en soutien. Grâce aux prélèvements, absents, évacués, etc…, cette demi-section, qui a pour mission d’enrayer derrière moi, une première progression éventuelle de l’ennemi est composée d’un sergent et de 2 hommes. La tranchée dont elle a la garde est de plus de 100 m !!!

Ravin_ouest_Toty_1ere_ligne

Ordre de mission rédigé par le lieutenant Claudin le 7 juin 1917 :

Note pour le sous-lieutenant Douchez

1) Vous devez occuper rapidement et défensivement avec une ½ section, la tranchée faite hier. Avec l’autre section, l’emplacement de renfort de la  10e compagnie.

2) Vous devez résister éventuellement sur ces emplacements. Il faut se renseigner sur ce qui se passe dans la région de la ferme du Toty. Se ménager 2 coureurs capables de rendre compte au P.C. très rapidement.

3) Vous recevrez 12 V.B. et 12 O.F.

4) Rendre compte dès que vous serez en place.

Je me conforme à cet ordre et me rends compte de la situation pour toute la défense ; je reçois 12 grenades V.B. et 12 grenades O.F. !!! Notre ravin est effroyablement arrosé par de gros obus. Je me félicite d’avoir, en raison de son importance, soigné tout particulièrement l’exécution de cette tranchée, dont le tracé m’a été confié, et d’avoir exigé une bonne profondeur et une largeur suffisante. Ces précautions me valent de n’avoir aucune perte, bien que des 150 soient tombés à moins de 5 mètres du parapet. Cet ouvrage est en lisière d’un couvert d’arbres et le tir nous prend à revers. Ma seule crainte est que des projectiles, heurtant un arbre, en cours de trajectoire, éclatent au-dessus de nous.

8 juin 1917 

Alerte similaire

Ordre de mission 149e R.I. à la 9e compagnie.

Du lieutenant commandant la compagnie au sous-lieutenant Douchez.

« Prendre dispositions pour éventuellement résister sur la ligne que nous avons jalonnée, avec le concours des mitrailleuses de manière à assurer le cas échéant le repli de la 10e compagnie et empêcher le débouché de l’ennemi de la ferme du Toty et des Vallons, à droite et à gauche. Signé Claudin »

10 juin 1917 

Après la relève, je reste une nuit près du bataillon comme officier de renseignement.

Le Toty à Ciry-Salsogne (route) par Jouy, Aisy, (Vailly à Condé-sur-Aisne en auto d’ambulance) avec mon ordonnance.

16 juin 1917 

P

Ciry-Salsogne aux Vervins (2e ligne) par la route. Le P.C. de la compagnie et la liaison sont installés au sommet du coteau, près de la route vers la ferme Hameret. Le mien, au fond du ravin, est fait de branchages, couvert d’une tôle ondulée, que je charge d’une épaisseur de sacs et adossé à un petit remblai. Une toile de tente constitue le mur de face. Pour couchette nous posons des feuilles fraîches sur le sol.

La position est un ravin de 50 mètres, découvert, encaissé entre deux coteaux parallèles boisés, à pentes très raides. Sur l’un sont échelonnés les P.C. des compagnies et des abris de section. Au pied, les huttes de ma section et la mienne. Sur le coteau, en vis-à-vis, il y a des batteries dissimulées attirant un bombardement fréquent par 150 et 210. La consigne est, en ce cas, de remonter vers les P.C. où un angle mort donne une protection relative.

Je suis descendu m’assurer que tout le monde avait quitté les huttes. Je retrouve la mienne encadrée à 3, 5 et 12 mètres par 3 entonnoirs. Des éclats ont traversé mon réduit, coupé des branches, troué l’équipement de Magnien, mon ordonnance. J’y reste ½ heure en assez mauvaise posture. Le tir ne cesse pas. Je risque avec bonheur la montée à découvert d’une centaine de mètres… »

Sources :

Fonds Douchez composé de 3 volumes. Déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.