06 avril 2018

Alfred Monnoury (1892-1917).

Alfred_Monnoury

Natif du département du Cher, Alfred Monnoury naît le 23 août 1892. Son acte de naissance est enregistré à la mairie de Dun-sur-Auron. Hippolyte Monnoury, le père,  un employé du chemin de fer âgé de 28 ans, se présente le jour même devant l’adjoint au maire Nicolas Moreau ; il est en compagnie de l'aubergiste Étienne Gauthier et du coiffeur Laurent Bonnet, les deux témoins imposés par la loi qui autorise l’enregistrement des nouveaux nés dans le registre d’état civil. 

La mère, Catherine Beigneux, qui se repose au domicile familial, situé route de Levet, est une jeune femme âgée de 22 ans ; elle n’exerce pas de profession.

L’enfance et l’adolescence d’Alfred ne semblent pas s’être complètement déroulées à Dun-sur-Auron. En effet, le nom de cette famille ne figure pas dans les registres de recensement de la commune pour les années 1901 et 1906.

Alfred poursuit sa scolarité après l’école communale. Élève à l’école normale, il obtient le certificat d'études pédagogiques et le brevet supérieur.

Ces diplômes lui permettent d’exercer le métier d’instituteur pendant deux ans.

Nous retrouvons la trace des parents d’Alfred Monnoury dans la commune de Marçais grâce à la lecture du registre de recensement de l’année 1911. Le père est maintenant chef de gare. Alfred, alors âgé de 19 ans, ne vit plus au domicile parental.

La lecture de la fiche signalétique et des services de cet homme nous apprend qu’il exerce le métier « de hussard noir de la République » à Marçais, probablement quelque temps après le dénombrement de la population du village de 1911.

L’année suivante, le conseil de révision l’inscrit dans la 1ère partie de la liste du canton de Saint-Amand après son passage à la visite médicale obligatoire.

Une fois sa feuille de route reçue, il se prépare à quitter le Cher. L’enseignant laisse ses élèves derrière lui pour prendre la direction d’Épinal. Cette place forte lorraine, proche de la frontière allemande, accueille de nombreux régiments.

Le 10 octobre 1913, il attend son affectation dans une des compagnies du 149e R.I.  dans la cour de la caserne Courcy.

Son niveau d’études lui offre l’opportunité de faire rapidement la formation de caporal. Il est nommé dans ce grade le 11 avril 1914.

Alfred porte toujours l’uniforme lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914. À cette date, il commande une escouade de la 8e compagnie du régiment. Cette unité est sous les ordres du capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André.

Le caporal Monnoury participe aux combats du Renclos des Vaches, d’Abreschviller et de Ménil-sur-Belvitte en août 1914.

Le 1er septembre, il obtient ses galons de sergent. Quelques jours plus tard, le 149e R.I. est envoyé dans la Marne. Il se prépare à reprendre le village de Souain aux Allemands. Les hommes du régiment spinalien passent ensuite l'automne 14 en Artois puis en Belgique.

Le jeune homme devient aspirant le 24 décembre 1914. Son régiment est de nouveau positionné en Artois.

Trois mois plus tard, Alfred Monnoury est promu sous-lieutenant à titre temporaire par décision du général en chef le 31 mars 1915. Ce changement de grade est ratifié par décision ministérielle le 7 avril.

L’aspirant Monnoury est décoré de la croix de guerre avec étoile d’argent, suite à son engagement dans les combats qui se sont déroulés entre le 9 et le 13 mai 1915.

Cet officier est blessé le 27 septembre 1915 au cours d’une attaque lancée dans le secteur du bois en Hache. Atteint d'otorragie (saignement de l’oreille) et de commotion cérébrale, son état est jugé suffisamment grave pour qu’il soit évacué vers l’arrière durant quelques semaines. Pour cette blessure et son courage, il est autorisé à mettre une étoile de vermeil à sa croix de guerre.

Bois_en_Hache_vue_aerienne

L’aspirant Monnoury retrouve son régiment, toujours en Artois, le 1er décembre 1915. Il est, cette fois-ci, affecté à la 7e compagnie pour y prendre le commandement d’une de ses quatre sections.

Le 149e R.I. est expédié dans la Meuse au début du mois de mars 1916. La ville de Verdun est menacée. Les Allemands ont lancé une vaste offensive à long terme qui a commencé le 21 février. Les compagnies du régiment sont placées dans différents secteurs du fort de Vaux et du village de Vaux-devant-Damloup au cours de deux périodes bien distinctes. La première a lieu du 8 au 17 mars, la seconde du 31 mars au  10 avril.

La 7e compagnie du régiment, sous les ordres du lieutenant Ribault, occupe les tranchées de première ligne, à partir du 4 avril, dans le secteur de l’étang de Vaux.  Le 8, le sous-lieutenant Monnoury est de nouveau commotionné par l’éclatement d’une torpille. Il ne semble pas avoir été évacué vers l’arrière suite à ce traumatisme. Il peut ajouter une deuxième étoile d’argent sur sa croix de guerre.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. 

8_avril_1916

Le 149e R.I. quitte l’enfer verdunois pour être envoyé au repos à Landrecourt. Le régiment gagne ensuite la Champagne où il occupe une zone située  entre les buttes de Tahure et de Mesnil, près des Deux-Mamelles. C’est un secteur plutôt calme, en comparaison avec ce que vient de vivre Alfred Monnoury.

Au cours de cette période, il est détaché au centre d’instruction de fusiliers-mitrailleurs du 19 juin au 6 juillet 1916.

Le 18 août, le sous-lieutenant Monnoury rédige un courrier à ses supérieurs. Il sollicite sa nomination à titre définitif dans la réserve de la classe 1912.

Le lieutenant Ribault qui commande la 7e compagnie donne son opinion :

« Demande transmise avec avis favorable. Provenant des aspirants d’infanterie de la classe 1912 et promu sous-lieutenant à titre temporaire le 31 mars 1915. Monsieur Monnoury est sur le front depuis le début des opérations. Il a pris une part aussi active que brillante aux différents combats livrés par le 149e R.I. et a été cité une fois à l’ordre du C.A. et deux fois à l’ordre de la division.

Instituteur primaire, ancien élève d’une école normale, titulaire du brevet supérieur. Monsieur le sous-lieutenant Monnoury mérite à tous les points de vue d’être nommé à titre définitif comme sous-lieutenant de réserve. »

Le commandant Schalck, responsable du 2e bataillon, poursuit en écrivant :

« Le sous-lieutenant à T.T. Monnoury va compter bientôt 17 mois de grade pendant lesquels il a toujours fait preuve d’un acquis militaire sérieux, joint à beaucoup d’activité, d’intelligence et de dévouement. Excellent chef de section, a toujours donné à sa troupe l’exemple du courage, de l’entrain et du sang-froid. Blessé aux attaques de septembre 1915, revenu sur le front peu après, titulaire de la croix de guerre, il mérite, sous tous les rapports, d’être confirmé dans son grade à titre définitif, au titre de la réserve. Excellente instruction primaire (brevet supérieur), d’une bonne éducation, il fera bonne figure comme officier de complément. Demande transmise avec avis très favorable. »

C’est au lieutenant-colonel Gothié, chef du 149e R.I., que revient le droit de conclure :

« Officier très brillant, énergique, dévoué, intelligent, d’une belle tenue et d’une excellente éducation, au front depuis le commencement de la campagne, beaux états de service (une blessure et trois citations), instruction primaire supérieure (brevet supérieur), mérite à tous égards d’être titularisé. »

Suite à cette demande écrite et après avoir obtenu l’avis très favorable de ses chefs directs, il passe dans la réserve avec le grade de sous-lieutenant à titre définitif le 24 octobre 1916. Cette nomination est publiée dans le J.O. du 20 novembre.

Devenu réserviste à titre définitif, il doit faire une nouvelle lettre pour demander sa réintégration dans l’armée active. Le lieutenant-colonel Pineau, nouveau responsable du 149e R.I., donne un avis très favorable à cette requête.

Alfred Monnoury obtient son maintien au 149e R.I. sans aucun problème.

Ce sous-lieutenant participe ensuite à la bataille de la Somme. Le 4 septembre, le 149e R.I. doit reprendre le village de Soyécourt. Sa compagnie, la 7e,  est en réserve avec les deux autres compagnies du 2e bataillon. Elle ne participe pas directement à l’attaque.

Après ces événements, Alfred Monnoury est envoyé en permission à partir du 13 octobre 1916. Il est de retour à la 7e compagnie le 26.

Début novembre, le régiment est toujours en Picardie, pas très loin du village de Génermont. Au cours de cette période, le sous-lieutenant Monnoury gagne la Légion d’honneur, après une action d’éclat.

Le jeune officier est promu lieutenant à titre temporaire dans l’armée active le 21 novembre 1916.

Cinq jours plus tard, il reçoit le commandement de la 10e compagnie.

En 1917, Le 149e R.I. occupe durant plusieurs mois un secteur à l’ouest du fort de la Malmaison, dans une zone située à l’extrême gauche du chemin des Dames, du côté de Billy-sur-Aisne, Jouy, Aizy et des fermes Hameret et du Toty.

Ferme_Hameret

Au cours de cette période, il obtient plusieurs permissions, il doit également se former depuis qu’il a été nommé lieutenant. La première période de repos à l’arrière a lieu du 25 janvier au 7 février 1917, la seconde entre le 10 et le 21 mai et la troisième du 26 août au 6 septembre. Entre temps, il a effectué son stage de commandant de compagnie au C.I. du 21e C.A. du 2 au 22 avril 1917.

Au retour de sa 3e permission, il retrouve son commandement à la 10e compagnie. Le régiment est en plein préparatif pour la future bataille de la Malmaison. Pour obtenir les meilleurs résultats,  il doit subir un entrainement assidu qui durera plusieurs semaines.  

Le cliché suivant a été réalisé quelque temps avant que le régiment ne rejoigne le front. Le lieutenant Monnoury y est représenté avec la presque totalité des officiers qui commandaient les compagnies du 3e bataillon. 

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

L’attaque de la Malmaison est déclenchée le 23 octobre 1917.

Dès le premier jour de la bataille, pendant la seconde phase de l'opération, alors que sa compagnie arrive dans le secteur du bois de Belle Croix, près de Vaudesson, le lieutenant Monnoury est tué par l'explosion d'un obus.

 Le visage de cet officier est horriblement mutilé par un éclat. Le sergent Alfred Marquand témoigne :

«… la perspective rectiligne du chemin est soudain barrée par deux corps immobiles, étendus en travers. Pris d’un doute subit, je les examine. Leurs mains sortent comme des moulages de cire des manches boueuses de leurs capotes ; leur barbe courte tranche en sombre sur le blanc jaunâtre des joues. Deux minces galons d’or, une barrette écarlate sur la poitrine… À mes pieds gît la dépouille mortelle du lieutenant Monnoury. La tête à demi renversée laisse deviner une affreuse blessure par où la bouillie sanglante de cervelle s’est écoulée avec la vie. Le couvercle relevé, l’étui à jumelle bée, vide… »

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Tranchee_de_la_Loutre__bois_de_Belle_Croix

Le lieutenant Monnoury est  inhumé dans le petit cimetière militaire de Condé-sur-Aisne par le groupe de brancardiers de la 43e D.I.. Sa sépulture porte le n° 311.

Le colonel Boigues, chef du 149e R.I. avait écrit ceci dans son livret de campagne le 1er octobre 1917 : « Compte parmi les meilleurs officiers de compagnie du régiment. A de l’activité, de l’intelligence et beaucoup d’autorité. En résumé c’est un excellent officier. »

L’acte de décès d’Albert Monnoury est transcrit à la mairie de Marçais le 18 février 1918.

Son corps a probablement été restitué à la famille dans les années 1920.

Le nom de cet officier est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Marçais.

Alfred Monnoury est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Citations obtenues :

Cité à l’ordre de la 43e D.I. n° 56 en date du 25 mai 1915 :

« Pendant les combats du 9 au 13 mai, sous un feu violent, a toujours conservé un grand sang-froid et a fait preuve de la plus belle bravoure. Le 12 et le 13 mai, en plein jour et en terrain découvert, a établi la liaison entre deux compagnies de 1ère ligne et a puissamment contribué à la défense d’un ouvrage important. »

Cité à l’ordre du 21e C.A. n° 63 en date du 18 octobre 1915 :

« Le 25 septembre 1915, devant Angres, a maintenu sa section dans la parallèle de départ, sous un bombardement des plus violents. A été enterré et blessé. Officier de beaucoup de courage et de sang-froid, déjà titulaire de la croix de guerre pour citation à l’ordre de la division. »

Cité à l’ordre de la 43e D.I. n° 126 en date du 2 mai 1916 :

« Officier d’une bravoure à toute épreuve et d’un entrain communicatif. Du 5 au 6 avril 1916, a, par son exemple, maintenu sa section sous un feu violent et continu de gros obus et de torpilles. Le 8 avril, quoique très violemment commotionné par l’éclatement d’une torpille, a fait preuve du plus grand mépris du danger en continuant à secourir, sous le feu, des hommes ensevelis par des projectiles. » 

Citation à l’ordre de l’armée : (publication dans le J.O. du 17 janvier 1918) :

« Commandant de compagnie d’une bravoure à toute épreuve. A montré de réelles qualités de commandement en entraînant brillamment sa compagnie à l’attaque de positions ennemies fortement organisées. Est tombé glorieusement en s'élançant à la tête de ses troupes à l’assaut d’un fortin ennemi qui arrêtait momentanément sa progression. »

Autre décoration :

Chevalier de la Légion d’honneur (J.O. du 22 décembre 1916). Cette décoration prend rang le 24 novembre 1916) :

« Officier d’une énergie et d’un courage exceptionnel. Le 7 novembre 1916, a vigoureusement entraîné à l’attaque d’une position très fortifiée, la vague d’assaut qu’il commandait a dirigé pendant trois quarts d’heure, avec un acharnement farouche, un violent combat au cours duquel il a fait 40 prisonniers, dont 5 officiers. Déjà trois fois cité à l’ordre. »

Alfred Monnoury possède un dossier individuel dans la base Léonore. Pour le consulter, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_base_Leonore

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Historique du 149e R.I.. Épinal, imprimerie Klein. 1919.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

La photographie de groupe est extraite du fonds Paul Douchez, un témoignage en trois volumes. Ce volumineux travail a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à T. Cornet, à M. Porcher, à F. Barbe, au Service Historique de la Défense de Vincennes, au collectif Artois et aux archives départementales du Cher.

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13 avril 2018

Roger Georges Berteville (1892-1917).

Roger_Georges_Berteville

Roger Georges Berteville voit le jour le 26 juillet 1892 dans la maison de son grand-père maternel, située au 11 rue Saint-Nicolas dans la commune de Gonesse.

Son père, prénommé Auguste Maurice, est un rentier âgé de 36 ans. Sa mère, Berthe Eugénie Simon, est une femme âgée de 31 ans.

C’est tout ce qui nous connaîtrons sur l’enfance et l’adolescence de Roger Georges et sur sa famille.

Jeune adulte, il vit à Paris avec sa mère dans le 8e arrondissement, au 44 rue François 1er. Le père est décédé. Roger Georges Berteville travaille comme brodeur dans la capitale.

L’année de ses vingt ans, il est déclaré « bon pour le service armé » de la classe 1912 par le personnel militaire du conseil de révision du 6e bureau de la subdivision de la Seine.

Lorsqu’il reçoit sa convocation accompagnée d’un titre de transport ferroviaire, il apprend que son incorporation va avoir lieu dans un régiment d’infanterie vosgien.

Affecté au 149e R.I., il se rend à la gare de l’est le 8 octobre 1913, pour rejoindre la ville d’Épinal. Le jeune homme arrive au corps le lendemain. Il intègre les effectifs de la 11e compagnie du régiment spinalien. Les apprentissages sous l’uniforme peuvent commencer, marches, séance de tir, exercices physiques en tous genres, tout cela va accompagner son quotidien durant les mois à venir.

Il est repéré par ses supérieurs qui lui offrent la possibilité de faire la formation de caporal. Il est nommé dans ce grade le 11 avril 1914.

Fin juin… attentat de Sarajevo... les relations avec l’Allemagne s’enveniment très rapidement, l’embrasement est proche…

Faisant partie des troupes de couverture, le 149e R.I. quitte la caserne Courcy le 1er août 1914. Il doit au plus vite gagner la frontière avant même que la déclaration de guerre ne soit officialisée. Le caporal Berteville fait toujours partie des effectifs de la 11e compagnie, sous les ordres du capitaine Erhard.

L’homme est blessé le 9 août 1914, au cours du baptême du feu du régiment. Sa compagnie, un peu à l’écart des premiers engagements, a été envoyée en renfort dans la zone des combats dans l’après-midi.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante :

Renfort_capitaine_Ehrard_9_aout_1914

Le caporal Berteville a-t-il quitté le front pour être soigné vers l’arrière ? Est-il revenu quelques heures plus tard, après avoir été pansé à l’ambulance à la 11e ? Il n’y a, hélas, pas de réponses claires à ces questions. En effet, aucune information détaillée n’a pu être retrouvée dans les différents documents consultés. Celles-ci auraient permis un éclairage beaucoup plus précis sur cette période de sa vie.

Tout ce dont nous sommes sûrs, comme l’atteste sa première citation, c’est qu’il a participé à un engagement majeur du 149e R.I. à la date du 9 mai 1915. Le 24 mai, il passe dans le grade supérieur.

Le régiment poursuit la guerre en Artois. Le sergent Berteville participe aux attaques du mois de septembre du côté du bois en Hache près d’Aix-Noulette.

En mars 1916, son régiment est engagé dans la bataille de Verdun. Il combat dans le secteur du fort de Vaux et du village de Vaux-devant-Damloup.

Roger Georges Berteville est nommé sous-lieutenant de réserve à titre temporaire pour la durée de la guerre, à partir du 5 mai 1916. Cette décision a été prise par le général en chef seulement quelques jours après le départ du 149e R.I. de la zone des combats meusiens.

Il réintègre l’armée active, le jour même de sa nomination, conservant ainsi sa place au sein du 149e R.I..

Sans doute proposé par ses supérieurs directs, son nom est venu remplir un des blancs laissés sur la liste des cadres touchés par les derniers affrontements.

Cinq jours plus tard, une seconde blessure le retire du front pour plusieurs semaines. Les circonstances qui ont entraîné une plaie à sa cuisse gauche ne sont pas connues. Tout ce que nous savons de manière sûre, c’est que le 149e R.I. est  positionné en Champagne, dans un secteur plutôt calme, du côté des buttes de Tahure et que le jeune officier est allé à Pau pour y être soigné.

De retour de convalescence, il est envoyé au centre des bombardiers-grenadiers de Langres pour y suivre une formation qui débute le 3 septembre 1916. Il retrouve le dépôt le 13 septembre.

Six jours plus tard, le sous-lieutenant est dirigé sur le dépôt divisionnaire de la 43e D.I.. Il ne tarde pas à retrouver son ancien régiment.

Le 1er octobre 1916, il est affecté à la 9e compagnie du 149e R.I. qui est engagé dans la Somme.

Le lieutenant-colonel Pineau laisse une note peu flatteuse dans le feuillet de campagne de cet officier. Le 2 janvier 1917, il écrit ceci : « Nouvellement promu, était un excellent sous-officier. Paraît vouloir se relâcher un peu depuis qu’il est officier, un peu mou, a besoin d’être poussé, peut bien faire. »

Commander une section cela n’est pas donné à tout le monde, il faut être bien formé et avoir de l'expérience, ce qui est loin d'être le cas du sous-lieutenant Berteville.

Lorsqu’elle est comparée aux autres années du conflit, l’année 1917 est plutôt clémente pour le 149e R.I., c’est une  période qui va sans doute permettre au sous-lieutenant Berteville de prendre en main sa section, de s’aguerrir en faisant autorité sur ses hommes.

Le régiment occupe durant de nombreux mois des positions situées à l’ouest du fort de la Malmaison, du côté d’Aizy, de Jouy, de Billy-sur-Aisne et des fermes du Toty et de Hameret.

Fin septembre, le régiment se prépare pour une future attaque qui doit se dérouler dans le secteur du fort de la Malmaison.

Le cliché suivant a été pris quelque temps avant le déclenchement de la bataille de la Malmaison. Le sous-lieutenant Berteville figure parmi tous ces officiers.

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Après avoir été reportée plusieurs fois pour des raisons de mauvais temps, l’attaque de la Malmaison est déclenchée le 23 octobre 1917.

Roger Georges Berteville commande une des sections de la 9e compagnie qui fait partie des troupes de soutien, derrière le 1er bataillon, au cours de la première phase de l’opération.

Le sous-lieutenant Berteville trouve la mort durant la 2e phase du combat, quelque temps après que son bataillon ait reçu l’ordre de passer en tête d’attaque, laissant le 1er bataillon derrière lui.

Touché à la poitrine par plusieurs éclats d’obus, le sous-lieutenant Berteville décède à 8 h 00 sur le champ de bataille.

Le sergent Émile Pierron et le caporal Adrien Claudel confirmeront son décès au moment de la rédaction de son acte de décès, rédigé par l’officier d’état civil du 149e R.I., le sous-lieutenant Auguste Fourneret.

Roger Georges Berteville a été inhumé dans le cimetière militaire de Condé-sur-Aisne, lieu où a été enterrée une partie des officiers et des soldats du régiment qui ont été tués ce jour-là. Sa sépulture porte le numéro 275.

Son corps est restitué à la famille dans les années 1920.

Le sous-lieutenant Berteville repose actuellement dans la division 6 du cimetière Montparnasse à Paris.

Sepulture_Roger_Georges_Berteville

Cet homme est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Son nom est gravé sur le monument aux morts de la commune de Gonesse.

Citations obtenues :

Citation à l’ordre de la 85e brigade n° 7 en date 21 mai 1915 :

« Le caporal Berteville Roger Georges, n° matricule 7076, 11e compagnie, a organisé et défendu brillamment pendant 48 heures, une tête de sape prise à l’ennemi au cours du combat de Notre-Dame-de-Lorette, le 9 mai, a enrayé un retour offensif des Allemands

Citation à l’ordre de la 85e brigade n° 23 en date du 8 octobre 1915 :

« Le 26 septembre 1915, devant Angres, est parti à l’assaut des lignes ennemies en entraînant brillamment sa ½ section. Déjà cité et blessé au début de la campagne. »

Citation à l’ordre de l’armée n° 543 en date du 28 décembre 1917 publiée dans le J. O. du 17 janvier 1918 :

« Officier d’une bravoure, d’un allant et d’un entrain remarquables, a entraîné sa section à l’assaut d’une position ennemie fortement organisée, blessée mortellement au cours de l’attaque, a donné à ses hommes le plus bel exemple de bravoure et de sang-froid. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le portrait du sous-lieutenant Berteville est extrait d’une photographie qui figure dans le Fonds Douchez. Ce fonds, composé de trois volumes, a été déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

La photographie de la sépulture de cet homme a été trouvée sur le site "héros de Gonesse"

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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20 avril 2018

Gaston Louis Adrien Faure (1880-1946).

Gaston_Louis_Adrien_Faure

Né de Jean Marie Faure et de Léonie Modeste Charrasse, Gaston Louis Adrien voit le jour le 29 juillet 1880 à Carpentras, la sous-préfecture du Vaucluse ; cette naissance a lieu dans le logement de fonction de ses parents situé à l’intérieur de la caserne de la gendarmerie. À l’arrivée de Gaston, son père, un ancien zouave pontifical devenu brigadier, est âgé de 39 ans. Sa mère qui élève déjà 3 enfants est âgée de 32 ans. 

Nous ne savons rien de l’enfance de Gaston, si ce n’est que sa fiche signalétique et des services mentionne un degré d’instruction de niveau 3, il a donc quitté l’école communale en sachant lire, écrire et compter.

Le 5 mars 1899, le jeune homme, qui n’a pas encore vingt ans, se rend à la mairie de Salon-de-Provence pour y signer un contrat de trois ans avec l’armée. Étant mineur, il doit obtenir l’autorisation paternelle pour mener à bien son projet.

Un long voyage en train l’attend. Trois jours plus tard, Gaston est installé dans un des bâtiments de la caserne Mac Mahon du 150e R.I., un régiment qui possède son dépôt à Saint-Mihiel dans le département de la Meuse.

Le soldat Faure ne va pas mener son contrat à terme. Sa formation militaire est interrompue un an plus tard. Envoyé en congé le 5 mars 1900, il semble avoir fait valoir l’article 21 de la loi sur le recrutement, ayant un frère appelé postérieurement à son incorporation.

De retour à la vie civile, il rentre chez lui avec son certificat de bonne conduite.

Gaston Faure accomplit une 1ère période d’exercice, du 21 août au 17 septembre 1905, au 141e R.I., le régiment auquel il a été rattaché et qui a ses quartiers à Marseille. La 2e période d’exercice, pourtant obligatoire, n’est pas mentionnée sur sa fiche matricule.

En 1908, Gaston est installé dans la cité phocéenne. Il gagne maintenant sa vie comme négociant.

Cet homme vit toujours à Marseille lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914. Les événements qui vont précipiter le monde dans une terrible guerre l’obligent à rejoindre son corps d’affectation dès le lendemain de la mobilisation.

Vieux soldat de la réserve, il a été fraîchement rattaché au régiment territorial du 141e R.I.. Il est maintenant inscrit dans les rangs du 115e R.I.T.. Les premières semaines du conflit, Gaston Faure les passe à La Turbie à une quinzaine de kilomètres, au nord-ouest de Nice, puis dans la région de Dijon, au fort d’Hauteville.

La déclaration de neutralité italienne rend le risque d’ouverture d’un front dans les Alpes complètement caduc. Elle permet donc de piocher dans ce réservoir d’hommes pour envoyer des renforts sur le front. Un gros contingent d’hommes provenant de son régiment est prélevé dès le 20 septembre 1914, pour être acheminé dans un régiment d’active. Gaston Faure fait partie du nombre. Il s’agit d’une application de la loi du 4 août 1914 qui permet de mettre un homme, quel que soit son âge, dans un régiment d’active ou de réserve, enfonction des besoins.

Ce groupe doit servir à compléter une partie des effectifs qui fait défaut au 149e R.I., un régiment qui a été particulièrement éprouvé durant les deux premiers mois du conflit.

Tous ces soldats sont envoyés, dans un premier temps, au dépôt du 149e R.I. qui a été installé dans la région de Langres à partir du 4 août 1914.

Le 28 novembre 1914, Gaston quitte Rolampont avec un groupe de renfort. Le soldat Faure utilise le transport ferroviaire en direction de Dunkerque avant de rejoindre son régiment qui combat en Belgique depuis le début du mois. Comparativement à tout ce qu’il a vécu depuis le début de la guerre, c’est une période moins rude pour le régiment spinalien. Gaston Faure est aussitôt affecté à la 2e compagnie du 149e R.I., sous le commandement du capitaine Genevoix.

Fin décembre 1914, le 149e R.I. quitte la Belgique pour se rendre dans le Pas-de-Calais. C’est à pied que les trois bataillons du régiment vont devoir rejoindre leurs nouvelles positions. Les étapes se font de nuit, sur les routes pavées du Nord. Le repos a lieu dans les fermes et les granges locales au fur et à mesure du chemin parcouru.

Le 18 janvier 1915, la compagnie Genevoix est en cantonnement à Béthonsart au nord d’Arras.

Le 31 janvier, c’est le baptême du feu pour Gaston. Sa compagnie, qui exécute des travaux de défense, subit un violent tir d’artillerie de la part des Allemands. Le capitaine Genevoix est tué au cours de cette journée.

La 2e compagnie est maintenant sous les ordres du capitaine Crepet. Elle retrouve ainsi son ancien chef du début de la guerre. Cet officier avait été retiré de ce commandement pour être mis à la tête du 1er bataillon du régiment au début du mois de septembre.

Durant le mois de février, les 1ère, 2e, 3e et 4e compagnies du 1er bataillon occupent les tranchées de première ligne en alternance. Il en est de même pour les deux autres bataillons du régiment.

Les Allemands lancent, dans ce secteur, une grande offensive le 3 mars 1915. Une partie du 149e R.I. est prise au dépourvu. Après une explosion de mines et un tir d’artillerie extrêmement violent, l’infanterie ennemie se lance à l’attaque. Gaston Faure est fait prisonnier du côté du bois 7 au nord de la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_journee_du_3_mars_1915

Il y a de fortes probabilités pour que le soldat Faure fasse partie des effectifs de la section qui se trouvait, ce jour-là, sous l’autorité du sous-lieutenant Darracq. La quasi-totalité des hommes constituant cette unité, surprise par la fulgurance de l’attaque allemande, s’est faite piéger au cours de l’assaut.

Une longue captivité débute pour Gaston Faure.

Le 11 mars, il a la chance de pouvoir rassurer les siens. Il adresse un courrier à sa famille pour lui faire savoir qu’il a été fait prisonnier et qu’il est maintenant détenu au camp de Celle, à proximité d’Hanovre.

Il reste interné dans ce lieu durant une année. L’homme se dit bien traité en compagnie de plusieurs camarades du midi. Chaque quinzaine, Gaston Faure écrit à ses proches. Il reçoit en retour des courriers et des colis, qu’il numérote précautionneusement pour bien en accuser réception. Il correspond également avec de nombreux amis.

Les bonnes conditions de détention commencent à se dégrader à partir de la fin du mois de mars 1916. Le soldat Faure traverse une partie en chemin de fer, une partie à pied, l’Allemagne d’ouest en est, pour rejoindre la Russie.

Il va de camp en camp, principalement dans le nord de l’actuelle Pologne autour de Gdańsk. Il fait de longues marches dans le froid et la neige avec très peu de nourriture, probablement avec un équipement rapiécé de toute part, et de surplus, peu adapté aux conditions climatiques.

Le 15 juin 1916, il écrit : « Pourquoi nous traiter de la sorte ? C’est honteux pour ceux à qui incombent les causes de notre séjour ici, de s’en prendre à nous pour des différents qu’ils ont entre eux. Vous pourriez en dire quelques mots à notre député, Monsieur Girard. »

Il survit à toutes ces épreuves.

Le 10 octobre 1916, Gaston Faure quitte la Russie. Trois jours plus tard, l’ancien soldat du 149e R.I. est envoyé au camp de Guben, près de Berlin. S’ensuivent alors de nombreux changements de lieu d’internement. Le 4 novembre, il est à Berger Damm. La veille de Noël 1916, Gaston se trouve au camp de Spandau puis à celui de Brandenburg à partir du 15 janvier 1917.

De retour dans la Basse-Saxe, cette fois-ci, il est, à compter du 1er février, en captivité au camp de Hameln à proximité d’Hanovre. Il quitte provisoirement cet endroit, entre le 20 février et le 24 avril 1917, pour aller travailler en forêt du côté de Bexten-Listrup. De retour au camp de Hameln, il rassure ses proches sur ses conditions de captivité qui sont bien meilleures que celles qu’il avait en Russie. En mai, Gaston travaille en ville à l’entretien des jardins de particuliers.

Le cliché le représentant parmi un groupe de prisonniers a été fait au printemps de l’année 1917.

En_captivit__avec_les_camarades

Fin juin 1917, impatient de recevoir du courrier il écrit : « Sachez chers parents que les nouvelles, c’est tout, c’est tout pour un prisonnier. » Il envoie une photographie le représentant avec deux soldats russes ; tous les trois sont, selon ses dires, « habillés à la bonne franquette ».

Avec_deux_camarades_russes

Quelque temps plus tard la famille reçoit le cliché suivant réalisé au camp de Hameln.

Camp_de_Hameln

Entre le 5 décembre et 5 février 1918, il se plaint de ne plus recevoir de courrier.

Le 30 avril 1918, Gaston Faure quitte Hameln pour Softau, un camp situé plus au nord, du côté de Bremen.

En juillet, il parle du rapatriement des prisonniers dans un de ses courriers. Il calcule la date approximative de son éventuelle libération qui pourrait, selon lui, avoir lieu en septembre en fonction des 10 000 soldats libérés par mois et selon son rang chronologique.

Cette perspective plutôt réjouissante n’a pas lieu. Le 30 octobre 1918, il est toujours interné à Softau, ne pouvant plus compter sur le rapatriement, mais plutôt sur la fin du conflit.

Gaston_Faure_en_captivit_

Le 11 janvier 1919, il envoie sa dernière carte d’Allemagne depuis Dordrecht. C’est ici qu’un grand nombre de prisonniers français a été rassemblé en vue du retour au pays. Il vient de faire un voyage en péniche, sur le Rhin, depuis Wesel jusqu’à Dordrecht. Le 3 mars 1919, il est rattaché au 141e R.I..

Revenu à la vie civile après presque quatre années de captivité, Gaston Faure retourne à Salon où il va travailler comme représentant de commerce pour sa société d’huile, de savon et de café « Les fils de Jean-Marie Faure ».

Le soldat Gaston Faure possède une fiche sur le site du Comité International de la Croix Rouge.

Fiche__du_Comite_International_de_la_Croix_Rouge_de_Gaston_Faure

Le 17 janvier 1920, il épouse Marie Louise Crousnillon, dite Malou, dont il eut deux enfants, Gérard né en 1920 et Robert né en 1924.

Il est définitivement libéré des obligations militaires en novembre 1929.

Gaston Faure décède le 16 mai 1946 à l’âge de 65 ans.

Il aura laissé une correspondance de 170 lettres et de nombreuses photographies

La généalogie de Gaston Louis Adrien Faure se trouve sur le site « Généanet ». Pour la lire, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Geneanet

Sources :

La fiche signalétique et des services de Gaston Louis Adrien Faure a été consultée sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône et son acte de naissance sur celui des archives départementales du Vaucluse.

La plupart des informations figurant dans cette biographie a été fournie par Bernard Faure, le petit-fils de Gaston Louis Adrien Faure.

L’ensemble des photographies proviennent de la collection personnelle de Bernard Faure.

Le morceau de pain qui se trouve sur le 2e montage a été ramené de captivité par Gaston Faure. Il est toujours conservé dans la famille.

Un grand merci à M.F. Affaton, à M. Bordes, à A. Carobbi, à B. Faure  et aux archives départementales des Alpes de Haute-Provence.

 

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27 avril 2018

Maurice Alfred Reigneau (1894-1917).

Maurice_Alfred_Reigneau

Les parents de Maurice Alfred Reigneau habitent un petit appartement de la rue Yvon Villarceau, dans le 16e arrondissement de la capitale, lorsque leur fils voit le jour le 22 février 1894. La mère, Jeanne Catherine Thérèse Mouly, une jeune femme âgée de 20 ans, est professeure de couture à l’école professionnelle de la ville de Paris. Le père, Jules Émile, travaille comme employé.

La déclaration de naissance de l’enfant est faite deux jours plus tard en présence du docteur en droit, Charles Fontaines, et du peintre en décors, Charles Vanderheyden-Danton.

Après la communale, Maurice Alfred poursuit sa scolarité dans une des écoles dominicaines de la région parisienne.

Le jeune Reigneau n’est pas concerné par la mobilisation générale lorsque la guerre contre l’Allemagne éclate en août 1914. Futur soldat de la classe 14, il lui reste encore un peu de temps avant d’endosser l’uniforme. Très rapidement, la France va avoir besoin d’hommes pour compléter les classes déjà rappelées. Les pertes des premiers mois de guerre ont été considérables et il faut prévoir l’avenir. En toute logique, la classe 14 est appelée avant l’heure. 

Début septembre 1914, Maurice Alfred Reigneau quitte son appartement de Neuilly-sur-Seine, situé au 23 rue d’Orléans, pour être incorporé au 22e régiment de dragons ; cette unité de cavalerie possède son dépôt à Reims. Le 7, il commence sa formation militaire qui dure plusieurs mois.

Les différents documents consultés concernant ce soldat ne permettent pas de connaître la date exacte de son arrivée sur le front.

Nous saurons seulement qu’il a été promu brigadier le 6 octobre 1915 puis maréchal des logis le 21 avril 1916. Ces changements de grades ont été obtenus durant un long séjour de 10 mois (octobre 1915 - août 1916), réalisé par le régiment, dans le secteur de Prosnes et de la ferme des Marquises, en Champagne.

Nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 14 janvier 1917, sa promotion est ratifiée par décision ministérielle six jours plus tard. (J.O. du 25 janvier 1917).

Il est admis à servir dans l’infanterie pour la durée de la guerre. Le sous-lieutenant Reigneau est affecté, comme chef de section, à la 11e compagnie du 149e R.I..Cette unité est en Haute-Alsace, du côté de Villersexel.

Le 10 mars 1917, il est nommé à la tête d’une section de la 3e compagnie de mitrailleuses du régiment.

Le 149e R.I., qui n’a pas participé à une grande attaque depuis la fin de l’année 1916, se prépare à prendre part à la bataille de la Malmaison du 23 octobre 1917.

Quelque temps auparavant, Maurice Alfred Reigneau est photographié parmi les officiers du 3e bataillon du régiment, dans le parc de la Demoiselle de Maucroix à Ancienville.

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

À cette période, le jeune homme occupe toujours le même poste sous les ordres du capitaine Prenez.

Sa compagnie débute l’attaque avec le bataillon de soutien. Elle donc placée juste derrière le 1er bataillon du régiment qui marche en tête. Lorsque c’est au tour du 3e bataillon de mener les combats, les sections du capitaine Prenez installent leurs mitrailleuses pour protéger les vagues d’assaut.

Pour en savoir plus sur les évènements que se sont déroulés le 23 octobre 1917, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_2_journee_du_23_octobre_1917__2e_objectif_

Touché à l’abdomen, Maurice Albert Reigneau poursuit le combat malgré les souffrances.

Ses blessures sont tellement graves qu’il décède peu de temps après, dans le bois de la Belle-Croix, en poste, entouré de ses hommes.

Le sous-lieutenant Reigneau est inhumé par les soins du groupe des brancardiers de la 43e D.I., au cimetière militaire de la commune de Condé-sur-Aisne. Sa sépulture porte le n° 224.

L’acte de décès de cet officier, complété par le lieutenant Auguste Fourneret, responsable de l’état civil du 149e R.I., est transcrit à la mairie de Neuilly-sur-Seine, le 4 juillet 1918.

Les soldats Victor Martin et Désiré Plançon furent les deux témoins qui permirent la validation de cet acte.

Son corps est restitué à la famille dans les années vingt.

Maurice Alfred Reigneau est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Durant son parcours de guerre, le jeune homme adresse un courrier à l’un de ses anciens enseignants, le père Le Roy. Un extrait de cette correspondance a été publié dans le livre d’or du père dominicain Métayer : « Nos anciens élèves des écoles dominicaines Albert le Grand, d’Arcueil (Seine) Lacordaire et Saint-Dominique (Paris) morts pour la France 1914-1918. Ce qu’ils furent… Ce qu’ils nous disent… » 

Ce passage est non daté.

«… Le séjour aux tranchées est pénible, mais l’on n’y pense pas, c’est pour la France, c’est pour la victoire finale que nous travaillons et nous ne devons pas penser à nous-mêmes. Je ne désire qu’une chose ; voir une trouée faite et aller chevaucher dans les lignes ennemies, leur couper les vivres, le ravitaillement.

Pourvu que Dieu continue à nous aider et que la victoire soit proche... »

Maurice Albert Reigneau a obtenu les citations suivantes :

Citation a l’ordre de la VIe armée n° 527 du 20 novembre 1917.

« Officier très brave et très courageux ; s’est dépensé sans compter au cours de l’attaque du 23 octobre 1917 en soutenant par l’emploi de ses mitrailleuses la progression des vagues d’assauts. Grièvement blessé au cours de l’opération, a fait preuve d’une énergie rare en oubliant sa propre souffrance, ne pensant qu’à exhorter ses hommes. Mort pour la France. A été cité»

Citation à l’ordre de l’armée :

« Officier d’un grand courage et d’un patriotisme ardent, passé sur sa demande de la cavalerie dans l’infanterie, remarquable exemple pour les hommes placés sous son commandement, dont il avait su faire une compagnie d’élite. Grièvement blessé au cours de la bataille de la Malmaison, il a, néanmoins, gardé son commandement et maintenu l’avance de sa compagnie. »

Le sous-lieutenant Reigneau a été décoré de la Légion d’honneur à titre posthume (publication dans le J.O. du 17 octobre 1919).

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Acte de naissance trouvé sur le site des archives de Paris.

Livre d’or du père dominicain Métayer : « Nos anciens élèves des écoles dominicaines Albert le Grand, d’Arcueil (Seine)  Lacordaire et Saint-Dominique (Paris) morts pour la France 1914-1918 « Ce qu’ils furent… Ce qu’ils nous disent…».

Éditions Lyon, imprimerie des missions africaines, 150 cours Gambetta. 1934.  

Historique du 22e régiment de Dragons. Paris, imprimerie militaire universelle L. Fournier, 264  boulevard Saint-Germain.

Le portrait du sous-lieutenant Reigneau provient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue « l’illustration ».

La photographie de groupe est extraite du fonds Paul Douchez, un témoignage en trois volumes. Ce volumineux travail a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Posté par amphitrite33 à 06:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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