Maurice_Alfred_Reigneau

Les parents de Maurice Alfred Reigneau habitent un petit appartement de la rue Yvon Villarceau, dans le 16e arrondissement de la capitale, lorsque leur fils voit le jour le 22 février 1894. La mère, Jeanne Catherine Thérèse Mouly, une jeune femme âgée de 20 ans, est professeure de couture à l’école professionnelle de la ville de Paris. Le père, Jules Émile, travaille comme employé.

La déclaration de naissance de l’enfant est faite deux jours plus tard en présence du docteur en droit, Charles Fontaines, et du peintre en décors, Charles Vanderheyden-Danton.

Après la communale, Maurice Alfred poursuit sa scolarité dans une des écoles dominicaines de la région parisienne.

Le jeune Reigneau n’est pas concerné par la mobilisation générale lorsque la guerre contre l’Allemagne éclate en août 1914. Futur soldat de la classe 14, il lui reste encore un peu de temps avant d’endosser l’uniforme. Très rapidement, la France va avoir besoin d’hommes pour compléter les classes déjà rappelées. Les pertes des premiers mois de guerre ont été considérables et il faut prévoir l’avenir. En toute logique, la classe 14 est appelée avant l’heure. 

Début septembre 1914, Maurice Alfred Reigneau quitte son appartement de Neuilly-sur-Seine, situé au 23 rue d’Orléans, pour être incorporé au 22e régiment de dragons ; cette unité de cavalerie possède son dépôt à Reims. Le 7, il commence sa formation militaire qui dure plusieurs mois.

Les différents documents consultés concernant ce soldat ne permettent pas de connaître la date exacte de son arrivée sur le front.

Nous saurons seulement qu’il a été promu brigadier le 6 octobre 1915 puis maréchal des logis le 21 avril 1916. Ces changements de grades ont été obtenus durant un long séjour de 10 mois (octobre 1915 - août 1916), réalisé par le régiment, dans le secteur de Prosnes et de la ferme des Marquises, en Champagne.

Nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 14 janvier 1917, sa promotion est ratifiée par décision ministérielle six jours plus tard. (J.O. du 25 janvier 1917).

Il est admis à servir dans l’infanterie pour la durée de la guerre. Le sous-lieutenant Reigneau est affecté, comme chef de section, à la 11e compagnie du 149e R.I..Cette unité est en Haute-Alsace, du côté de Villersexel.

Le 10 mars 1917, il est nommé à la tête d’une section de la 3e compagnie de mitrailleuses du régiment.

Le 149e R.I., qui n’a pas participé à une grande attaque depuis la fin de l’année 1916, se prépare à prendre part à la bataille de la Malmaison du 23 octobre 1917.

Quelque temps auparavant, Maurice Alfred Reigneau est photographié parmi les officiers du 3e bataillon du régiment, dans le parc de la Demoiselle de Maucroix à Ancienville.

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

À cette période, le jeune homme occupe toujours le même poste sous les ordres du capitaine Prenez.

Sa compagnie débute l’attaque avec le bataillon de soutien. Elle donc placée juste derrière le 1er bataillon du régiment qui marche en tête. Lorsque c’est au tour du 3e bataillon de mener les combats, les sections du capitaine Prenez installent leurs mitrailleuses pour protéger les vagues d’assaut.

Pour en savoir plus sur les évènements que se sont déroulés le 23 octobre 1917, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_2_journee_du_23_octobre_1917__2e_objectif_

Touché à l’abdomen, Maurice Albert Reigneau poursuit le combat malgré les souffrances.

Ses blessures sont tellement graves qu’il décède peu de temps après, dans le bois de la Belle-Croix, en poste, entouré de ses hommes.

Le sous-lieutenant Reigneau est inhumé par les soins du groupe des brancardiers de la 43e D.I., au cimetière militaire de la commune de Condé-sur-Aisne. Sa sépulture porte le n° 224.

L’acte de décès de cet officier, complété par le lieutenant Auguste Fourneret, responsable de l’état civil du 149e R.I., est transcrit à la mairie de Neuilly-sur-Seine, le 4 juillet 1918.

Les soldats Victor Martin et Désiré Plançon furent les deux témoins qui permirent la validation de cet acte.

Son corps est restitué à la famille dans les années vingt.

Maurice Alfred Reigneau est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Durant son parcours de guerre, le jeune homme adresse un courrier à l’un de ses anciens enseignants, le père Le Roy. Un extrait de cette correspondance a été publié dans le livre d’or du père dominicain Métayer : « Nos anciens élèves des écoles dominicaines Albert le Grand, d’Arcueil (Seine) Lacordaire et Saint-Dominique (Paris) morts pour la France 1914-1918. Ce qu’ils furent… Ce qu’ils nous disent… » 

Ce passage est non daté.

«… Le séjour aux tranchées est pénible, mais l’on n’y pense pas, c’est pour la France, c’est pour la victoire finale que nous travaillons et nous ne devons pas penser à nous-mêmes. Je ne désire qu’une chose ; voir une trouée faite et aller chevaucher dans les lignes ennemies, leur couper les vivres, le ravitaillement.

Pourvu que Dieu continue à nous aider et que la victoire soit proche... »

Maurice Albert Reigneau a obtenu les citations suivantes :

Citation a l’ordre de la VIe armée n° 527 du 20 novembre 1917.

« Officier très brave et très courageux ; s’est dépensé sans compter au cours de l’attaque du 23 octobre 1917 en soutenant par l’emploi de ses mitrailleuses la progression des vagues d’assauts. Grièvement blessé au cours de l’opération, a fait preuve d’une énergie rare en oubliant sa propre souffrance, ne pensant qu’à exhorter ses hommes. Mort pour la France. A été cité»

Citation à l’ordre de l’armée :

« Officier d’un grand courage et d’un patriotisme ardent, passé sur sa demande de la cavalerie dans l’infanterie, remarquable exemple pour les hommes placés sous son commandement, dont il avait su faire une compagnie d’élite. Grièvement blessé au cours de la bataille de la Malmaison, il a, néanmoins, gardé son commandement et maintenu l’avance de sa compagnie. »

Le sous-lieutenant Reigneau a été décoré de la Légion d’honneur à titre posthume (publication dans le J.O. du 17 octobre 1919).

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Acte de naissance trouvé sur le site des archives de Paris.

Livre d’or du père dominicain Métayer : « Nos anciens élèves des écoles dominicaines Albert le Grand, d’Arcueil (Seine)  Lacordaire et Saint-Dominique (Paris) morts pour la France 1914-1918 « Ce qu’ils furent… Ce qu’ils nous disent…».

Éditions Lyon, imprimerie des missions africaines, 150 cours Gambetta. 1934.  

Historique du 22e régiment de Dragons. Paris, imprimerie militaire universelle L. Fournier, 264  boulevard Saint-Germain.

Le portrait du sous-lieutenant Reigneau provient du tableau d’honneur de la guerre 14-18 publié par la revue « l’illustration ».

La photographie de groupe est extraite du fonds Paul Douchez, un témoignage en trois volumes. Ce volumineux travail a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.