Gaston_Louis_Adrien_Faure

Né de Jean Marie Faure et de Léonie Modeste Charrasse, Gaston Louis Adrien voit le jour le 29 juillet 1880 à Carpentras, la sous-préfecture du Vaucluse ; cette naissance a lieu dans le logement de fonction de ses parents situé à l’intérieur de la caserne de la gendarmerie. À l’arrivée de Gaston, son père, un ancien zouave pontifical devenu brigadier, est âgé de 39 ans. Sa mère qui élève déjà 3 enfants est âgée de 32 ans. 

Nous ne savons rien de l’enfance de Gaston, si ce n’est que sa fiche signalétique et des services mentionne un degré d’instruction de niveau 3, il a donc quitté l’école communale en sachant lire, écrire et compter.

Le 5 mars 1899, le jeune homme, qui n’a pas encore vingt ans, se rend à la mairie de Salon-de-Provence pour y signer un contrat de trois ans avec l’armée. Étant mineur, il doit obtenir l’autorisation paternelle pour mener à bien son projet.

Un long voyage en train l’attend. Trois jours plus tard, Gaston est installé dans un des bâtiments de la caserne Mac Mahon du 150e R.I., un régiment qui possède son dépôt à Saint-Mihiel dans le département de la Meuse.

Le soldat Faure ne va pas mener son contrat à terme. Sa formation militaire est interrompue un an plus tard. Envoyé en congé le 5 mars 1900, il semble avoir fait valoir l’article 21 de la loi sur le recrutement, ayant un frère appelé postérieurement à son incorporation.

De retour à la vie civile, il rentre chez lui avec son certificat de bonne conduite.

Gaston Faure accomplit une 1ère période d’exercice, du 21 août au 17 septembre 1905, au 141e R.I., le régiment auquel il a été rattaché et qui a ses quartiers à Marseille. La 2e période d’exercice, pourtant obligatoire, n’est pas mentionnée sur sa fiche matricule.

En 1908, Gaston est installé dans la cité phocéenne. Il gagne maintenant sa vie comme négociant.

Cet homme vit toujours à Marseille lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914. Les événements qui vont précipiter le monde dans une terrible guerre l’obligent à rejoindre son corps d’affectation dès le lendemain de la mobilisation.

Vieux soldat de la réserve, il a été fraîchement rattaché au régiment territorial du 141e R.I.. Il est maintenant inscrit dans les rangs du 115e R.I.T.. Les premières semaines du conflit, Gaston Faure les passe à La Turbie à une quinzaine de kilomètres, au nord-ouest de Nice, puis dans la région de Dijon, au fort d’Hauteville.

La déclaration de neutralité italienne rend le risque d’ouverture d’un front dans les Alpes complètement caduc. Elle permet donc de piocher dans ce réservoir d’hommes pour envoyer des renforts sur le front. Un gros contingent d’hommes provenant de son régiment est prélevé dès le 20 septembre 1914, pour être acheminé dans un régiment d’active. Gaston Faure fait partie du nombre. Il s’agit d’une application de la loi du 4 août 1914 qui permet de mettre un homme, quel que soit son âge, dans un régiment d’active ou de réserve, enfonction des besoins.

Ce groupe doit servir à compléter une partie des effectifs qui fait défaut au 149e R.I., un régiment qui a été particulièrement éprouvé durant les deux premiers mois du conflit.

Tous ces soldats sont envoyés, dans un premier temps, au dépôt du 149e R.I. qui a été installé dans la région de Langres à partir du 4 août 1914.

Le 28 novembre 1914, Gaston quitte Rolampont avec un groupe de renfort. Le soldat Faure utilise le transport ferroviaire en direction de Dunkerque avant de rejoindre son régiment qui combat en Belgique depuis le début du mois. Comparativement à tout ce qu’il a vécu depuis le début de la guerre, c’est une période moins rude pour le régiment spinalien. Gaston Faure est aussitôt affecté à la 2e compagnie du 149e R.I., sous le commandement du capitaine Genevoix.

Fin décembre 1914, le 149e R.I. quitte la Belgique pour se rendre dans le Pas-de-Calais. C’est à pied que les trois bataillons du régiment vont devoir rejoindre leurs nouvelles positions. Les étapes se font de nuit, sur les routes pavées du Nord. Le repos a lieu dans les fermes et les granges locales au fur et à mesure du chemin parcouru.

Le 18 janvier 1915, la compagnie Genevoix est en cantonnement à Béthonsart au nord d’Arras.

Le 31 janvier, c’est le baptême du feu pour Gaston. Sa compagnie, qui exécute des travaux de défense, subit un violent tir d’artillerie de la part des Allemands. Le capitaine Genevoix est tué au cours de cette journée.

La 2e compagnie est maintenant sous les ordres du capitaine Crepet. Elle retrouve ainsi son ancien chef du début de la guerre. Cet officier avait été retiré de ce commandement pour être mis à la tête du 1er bataillon du régiment au début du mois de septembre.

Durant le mois de février, les 1ère, 2e, 3e et 4e compagnies du 1er bataillon occupent les tranchées de première ligne en alternance. Il en est de même pour les deux autres bataillons du régiment.

Les Allemands lancent, dans ce secteur, une grande offensive le 3 mars 1915. Une partie du 149e R.I. est prise au dépourvu. Après une explosion de mines et un tir d’artillerie extrêmement violent, l’infanterie ennemie se lance à l’attaque. Gaston Faure est fait prisonnier du côté du bois 7 au nord de la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_journee_du_3_mars_1915

Il y a de fortes probabilités pour que le soldat Faure fasse partie des effectifs de la section qui se trouvait, ce jour-là, sous l’autorité du sous-lieutenant Darracq. La quasi-totalité des hommes constituant cette unité, surprise par la fulgurance de l’attaque allemande, s’est faite piéger au cours de l’assaut.

Une longue captivité débute pour Gaston Faure.

Le 11 mars, il a la chance de pouvoir rassurer les siens. Il adresse un courrier à sa famille pour lui faire savoir qu’il a été fait prisonnier et qu’il est maintenant détenu au camp de Celle, à proximité d’Hanovre.

Il reste interné dans ce lieu durant une année. L’homme se dit bien traité en compagnie de plusieurs camarades du midi. Chaque quinzaine, Gaston Faure écrit à ses proches. Il reçoit en retour des courriers et des colis, qu’il numérote précautionneusement pour bien en accuser réception. Il correspond également avec de nombreux amis.

Les bonnes conditions de détention commencent à se dégrader à partir de la fin du mois de mars 1916. Le soldat Faure traverse une partie en chemin de fer, une partie à pied, l’Allemagne d’ouest en est, pour rejoindre la Russie.

Il va de camp en camp, principalement dans le nord de l’actuelle Pologne autour de Gdańsk. Il fait de longues marches dans le froid et la neige avec très peu de nourriture, probablement avec un équipement rapiécé de toute part, et de surplus, peu adapté aux conditions climatiques.

Le 15 juin 1916, il écrit : « Pourquoi nous traiter de la sorte ? C’est honteux pour ceux à qui incombent les causes de notre séjour ici, de s’en prendre à nous pour des différents qu’ils ont entre eux. Vous pourriez en dire quelques mots à notre député, Monsieur Girard. »

Il survit à toutes ces épreuves.

Le 10 octobre 1916, Gaston Faure quitte la Russie. Trois jours plus tard, l’ancien soldat du 149e R.I. est envoyé au camp de Guben, près de Berlin. S’ensuivent alors de nombreux changements de lieu d’internement. Le 4 novembre, il est à Berger Damm. La veille de Noël 1916, Gaston se trouve au camp de Spandau puis à celui de Brandenburg à partir du 15 janvier 1917.

De retour dans la Basse-Saxe, cette fois-ci, il est, à compter du 1er février, en captivité au camp de Hameln à proximité d’Hanovre. Il quitte provisoirement cet endroit, entre le 20 février et le 24 avril 1917, pour aller travailler en forêt du côté de Bexten-Listrup. De retour au camp de Hameln, il rassure ses proches sur ses conditions de captivité qui sont bien meilleures que celles qu’il avait en Russie. En mai, Gaston travaille en ville à l’entretien des jardins de particuliers.

Le cliché le représentant parmi un groupe de prisonniers a été fait au printemps de l’année 1917.

En_captivit__avec_les_camarades

Fin juin 1917, impatient de recevoir du courrier il écrit : « Sachez chers parents que les nouvelles, c’est tout, c’est tout pour un prisonnier. » Il envoie une photographie le représentant avec deux soldats russes ; tous les trois sont, selon ses dires, « habillés à la bonne franquette ».

Avec_deux_camarades_russes

Quelque temps plus tard la famille reçoit le cliché suivant réalisé au camp de Hameln.

Camp_de_Hameln

Entre le 5 décembre et 5 février 1918, il se plaint de ne plus recevoir de courrier.

Le 30 avril 1918, Gaston Faure quitte Hameln pour Softau, un camp situé plus au nord, du côté de Bremen.

En juillet, il parle du rapatriement des prisonniers dans un de ses courriers. Il calcule la date approximative de son éventuelle libération qui pourrait, selon lui, avoir lieu en septembre en fonction des 10 000 soldats libérés par mois et selon son rang chronologique.

Cette perspective plutôt réjouissante n’a pas lieu. Le 30 octobre 1918, il est toujours interné à Softau, ne pouvant plus compter sur le rapatriement, mais plutôt sur la fin du conflit.

Gaston_Faure_en_captivit_

Le 11 janvier 1919, il envoie sa dernière carte d’Allemagne depuis Dordrecht. C’est ici qu’un grand nombre de prisonniers français a été rassemblé en vue du retour au pays. Il vient de faire un voyage en péniche, sur le Rhin, depuis Wesel jusqu’à Dordrecht. Le 3 mars 1919, il est rattaché au 141e R.I..

Revenu à la vie civile après presque quatre années de captivité, Gaston Faure retourne à Salon où il va travailler comme représentant de commerce pour sa société d’huile, de savon et de café « Les fils de Jean-Marie Faure ».

Le soldat Gaston Faure possède une fiche sur le site du Comité International de la Croix Rouge.

Fiche__du_Comite_International_de_la_Croix_Rouge_de_Gaston_Faure

Le 17 janvier 1920, il épouse Marie Louise Crousnillon, dite Malou, dont il eut deux enfants, Gérard né en 1920 et Robert né en 1924.

Il est définitivement libéré des obligations militaires en novembre 1929.

Gaston Faure décède le 16 mai 1946 à l’âge de 65 ans.

Il aura laissé une correspondance de 170 lettres et de nombreuses photographies

La généalogie de Gaston Louis Adrien Faure se trouve sur le site « Généanet ». Pour la lire, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Geneanet

Sources :

La fiche signalétique et des services de Gaston Louis Adrien Faure a été consultée sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône et son acte de naissance sur celui des archives départementales du Vaucluse.

La plupart des informations figurant dans cette biographie a été fournie par Bernard Faure, le petit-fils de Gaston Louis Adrien Faure.

L’ensemble des photographies proviennent de la collection personnelle de Bernard Faure.

Le morceau de pain qui se trouve sur le 2e montage a été ramené de captivité par Gaston Faure. Il est toujours conservé dans la famille.

Un grand merci à M.F. Affaton, à M. Bordes, à A. Carobbi, à B. Faure  et aux archives départementales des Alpes de Haute-Provence.