Alfred_Monnoury

Natif du département du Cher, Alfred Monnoury naît le 23 août 1892. Son acte de naissance est enregistré à la mairie de Dun-sur-Auron. Hippolyte Monnoury, le père,  un employé du chemin de fer âgé de 28 ans, se présente le jour même devant l’adjoint au maire Nicolas Moreau ; il est en compagnie de l'aubergiste Étienne Gauthier et du coiffeur Laurent Bonnet, les deux témoins imposés par la loi qui autorise l’enregistrement des nouveaux nés dans le registre d’état civil. 

La mère, Catherine Beigneux, qui se repose au domicile familial, situé route de Levet, est une jeune femme âgée de 22 ans ; elle n’exerce pas de profession.

L’enfance et l’adolescence d’Alfred ne semblent pas s’être complètement déroulées à Dun-sur-Auron. En effet, le nom de cette famille ne figure pas dans les registres de recensement de la commune pour les années 1901 et 1906.

Alfred poursuit sa scolarité après l’école communale. Élève à l’école normale, il obtient le certificat d'études pédagogiques et le brevet supérieur.

Ces diplômes lui permettent d’exercer le métier d’instituteur pendant deux ans.

Nous retrouvons la trace des parents d’Alfred Monnoury dans la commune de Marçais grâce à la lecture du registre de recensement de l’année 1911. Le père est maintenant chef de gare. Alfred, alors âgé de 19 ans, ne vit plus au domicile parental.

La lecture de la fiche signalétique et des services de cet homme nous apprend qu’il exerce le métier « de hussard noir de la République » à Marçais, probablement quelque temps après le dénombrement de la population du village de 1911.

L’année suivante, le conseil de révision l’inscrit dans la 1ère partie de la liste du canton de Saint-Amand après son passage à la visite médicale obligatoire.

Une fois sa feuille de route reçue, il se prépare à quitter le Cher. L’enseignant laisse ses élèves derrière lui pour prendre la direction d’Épinal. Cette place forte lorraine, proche de la frontière allemande, accueille de nombreux régiments.

Le 10 octobre 1913, il attend son affectation dans une des compagnies du 149e R.I.  dans la cour de la caserne Courcy.

Son niveau d’études lui offre l’opportunité de faire rapidement la formation de caporal. Il est nommé dans ce grade le 11 avril 1914.

Alfred porte toujours l’uniforme lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914. À cette date, il commande une escouade de la 8e compagnie du régiment. Cette unité est sous les ordres du capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André.

Le caporal Monnoury participe aux combats du Renclos des Vaches, d’Abreschviller et de Ménil-sur-Belvitte en août 1914.

Le 1er septembre, il obtient ses galons de sergent. Quelques jours plus tard, le 149e R.I. est envoyé dans la Marne. Il se prépare à reprendre le village de Souain aux Allemands. Les hommes du régiment spinalien passent ensuite l'automne 14 en Artois puis en Belgique.

Le jeune homme devient aspirant le 24 décembre 1914. Son régiment est de nouveau positionné en Artois.

Trois mois plus tard, Alfred Monnoury est promu sous-lieutenant à titre temporaire par décision du général en chef le 31 mars 1915. Ce changement de grade est ratifié par décision ministérielle le 7 avril.

L’aspirant Monnoury est décoré de la croix de guerre avec étoile d’argent, suite à son engagement dans les combats qui se sont déroulés entre le 9 et le 13 mai 1915.

Cet officier est blessé le 27 septembre 1915 au cours d’une attaque lancée dans le secteur du bois en Hache. Atteint d'otorragie (saignement de l’oreille) et de commotion cérébrale, son état est jugé suffisamment grave pour qu’il soit évacué vers l’arrière durant quelques semaines. Pour cette blessure et son courage, il est autorisé à mettre une étoile de vermeil à sa croix de guerre.

Bois_en_Hache_vue_aerienne

L’aspirant Monnoury retrouve son régiment, toujours en Artois, le 1er décembre 1915. Il est, cette fois-ci, affecté à la 7e compagnie pour y prendre le commandement d’une de ses quatre sections.

Le 149e R.I. est expédié dans la Meuse au début du mois de mars 1916. La ville de Verdun est menacée. Les Allemands ont lancé une vaste offensive à long terme qui a commencé le 21 février. Les compagnies du régiment sont placées dans différents secteurs du fort de Vaux et du village de Vaux-devant-Damloup au cours de deux périodes bien distinctes. La première a lieu du 8 au 17 mars, la seconde du 31 mars au  10 avril.

La 7e compagnie du régiment, sous les ordres du lieutenant Ribault, occupe les tranchées de première ligne, à partir du 4 avril, dans le secteur de l’étang de Vaux.  Le 8, le sous-lieutenant Monnoury est de nouveau commotionné par l’éclatement d’une torpille. Il ne semble pas avoir été évacué vers l’arrière suite à ce traumatisme. Il peut ajouter une deuxième étoile d’argent sur sa croix de guerre.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante. 

8_avril_1916

Le 149e R.I. quitte l’enfer verdunois pour être envoyé au repos à Landrecourt. Le régiment gagne ensuite la Champagne où il occupe une zone située  entre les buttes de Tahure et de Mesnil, près des Deux-Mamelles. C’est un secteur plutôt calme, en comparaison avec ce que vient de vivre Alfred Monnoury.

Au cours de cette période, il est détaché au centre d’instruction de fusiliers-mitrailleurs du 19 juin au 6 juillet 1916.

Le 18 août, le sous-lieutenant Monnoury rédige un courrier à ses supérieurs. Il sollicite sa nomination à titre définitif dans la réserve de la classe 1912.

Le lieutenant Ribault qui commande la 7e compagnie donne son opinion :

« Demande transmise avec avis favorable. Provenant des aspirants d’infanterie de la classe 1912 et promu sous-lieutenant à titre temporaire le 31 mars 1915. Monsieur Monnoury est sur le front depuis le début des opérations. Il a pris une part aussi active que brillante aux différents combats livrés par le 149e R.I. et a été cité une fois à l’ordre du C.A. et deux fois à l’ordre de la division.

Instituteur primaire, ancien élève d’une école normale, titulaire du brevet supérieur. Monsieur le sous-lieutenant Monnoury mérite à tous les points de vue d’être nommé à titre définitif comme sous-lieutenant de réserve. »

Le commandant Schalck, responsable du 2e bataillon, poursuit en écrivant :

« Le sous-lieutenant à T.T. Monnoury va compter bientôt 17 mois de grade pendant lesquels il a toujours fait preuve d’un acquis militaire sérieux, joint à beaucoup d’activité, d’intelligence et de dévouement. Excellent chef de section, a toujours donné à sa troupe l’exemple du courage, de l’entrain et du sang-froid. Blessé aux attaques de septembre 1915, revenu sur le front peu après, titulaire de la croix de guerre, il mérite, sous tous les rapports, d’être confirmé dans son grade à titre définitif, au titre de la réserve. Excellente instruction primaire (brevet supérieur), d’une bonne éducation, il fera bonne figure comme officier de complément. Demande transmise avec avis très favorable. »

C’est au lieutenant-colonel Gothié, chef du 149e R.I., que revient le droit de conclure :

« Officier très brillant, énergique, dévoué, intelligent, d’une belle tenue et d’une excellente éducation, au front depuis le commencement de la campagne, beaux états de service (une blessure et trois citations), instruction primaire supérieure (brevet supérieur), mérite à tous égards d’être titularisé. »

Suite à cette demande écrite et après avoir obtenu l’avis très favorable de ses chefs directs, il passe dans la réserve avec le grade de sous-lieutenant à titre définitif le 24 octobre 1916. Cette nomination est publiée dans le J.O. du 20 novembre.

Devenu réserviste à titre définitif, il doit faire une nouvelle lettre pour demander sa réintégration dans l’armée active. Le lieutenant-colonel Pineau, nouveau responsable du 149e R.I., donne un avis très favorable à cette requête.

Alfred Monnoury obtient son maintien au 149e R.I. sans aucun problème.

Ce sous-lieutenant participe ensuite à la bataille de la Somme. Le 4 septembre, le 149e R.I. doit reprendre le village de Soyécourt. Sa compagnie, la 7e,  est en réserve avec les deux autres compagnies du 2e bataillon. Elle ne participe pas directement à l’attaque.

Après ces événements, Alfred Monnoury est envoyé en permission à partir du 13 octobre 1916. Il est de retour à la 7e compagnie le 26.

Début novembre, le régiment est toujours en Picardie, pas très loin du village de Génermont. Au cours de cette période, le sous-lieutenant Monnoury gagne la Légion d’honneur, après une action d’éclat.

Le jeune officier est promu lieutenant à titre temporaire dans l’armée active le 21 novembre 1916.

Cinq jours plus tard, il reçoit le commandement de la 10e compagnie.

En 1917, Le 149e R.I. occupe durant plusieurs mois un secteur à l’ouest du fort de la Malmaison, dans une zone située à l’extrême gauche du chemin des Dames, du côté de Billy-sur-Aisne, Jouy, Aizy et des fermes Hameret et du Toty.

Ferme_Hameret

Au cours de cette période, il obtient plusieurs permissions, il doit également se former depuis qu’il a été nommé lieutenant. La première période de repos à l’arrière a lieu du 25 janvier au 7 février 1917, la seconde entre le 10 et le 21 mai et la troisième du 26 août au 6 septembre. Entre temps, il a effectué son stage de commandant de compagnie au C.I. du 21e C.A. du 2 au 22 avril 1917.

Au retour de sa 3e permission, il retrouve son commandement à la 10e compagnie. Le régiment est en plein préparatif pour la future bataille de la Malmaison. Pour obtenir les meilleurs résultats,  il doit subir un entrainement assidu qui durera plusieurs semaines.  

Le cliché suivant a été réalisé quelque temps avant que le régiment ne rejoigne le front. Le lieutenant Monnoury y est représenté avec la presque totalité des officiers qui commandaient les compagnies du 3e bataillon. 

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

L’attaque de la Malmaison est déclenchée le 23 octobre 1917.

Dès le premier jour de la bataille, pendant la seconde phase de l'opération, alors que sa compagnie arrive dans le secteur du bois de Belle Croix, près de Vaudesson, le lieutenant Monnoury est tué par l'explosion d'un obus.

 Le visage de cet officier est horriblement mutilé par un éclat. Le sergent Alfred Marquand témoigne :

«… la perspective rectiligne du chemin est soudain barrée par deux corps immobiles, étendus en travers. Pris d’un doute subit, je les examine. Leurs mains sortent comme des moulages de cire des manches boueuses de leurs capotes ; leur barbe courte tranche en sombre sur le blanc jaunâtre des joues. Deux minces galons d’or, une barrette écarlate sur la poitrine… À mes pieds gît la dépouille mortelle du lieutenant Monnoury. La tête à demi renversée laisse deviner une affreuse blessure par où la bouillie sanglante de cervelle s’est écoulée avec la vie. Le couvercle relevé, l’étui à jumelle bée, vide… »

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Tranchee_de_la_Loutre__bois_de_Belle_Croix

Le lieutenant Monnoury est  inhumé dans le petit cimetière militaire de Condé-sur-Aisne par le groupe de brancardiers de la 43e D.I.. Sa sépulture porte le n° 311.

Le colonel Boigues, chef du 149e R.I. avait écrit ceci dans son livret de campagne le 1er octobre 1917 : « Compte parmi les meilleurs officiers de compagnie du régiment. A de l’activité, de l’intelligence et beaucoup d’autorité. En résumé c’est un excellent officier. »

L’acte de décès d’Albert Monnoury est transcrit à la mairie de Marçais le 18 février 1918.

Son corps a probablement été restitué à la famille dans les années 1920.

Le nom de cet officier est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Marçais.

Alfred Monnoury est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Citations obtenues :

Cité à l’ordre de la 43e D.I. n° 56 en date du 25 mai 1915 :

« Pendant les combats du 9 au 13 mai, sous un feu violent, a toujours conservé un grand sang-froid et a fait preuve de la plus belle bravoure. Le 12 et le 13 mai, en plein jour et en terrain découvert, a établi la liaison entre deux compagnies de 1ère ligne et a puissamment contribué à la défense d’un ouvrage important. »

Cité à l’ordre du 21e C.A. n° 63 en date du 18 octobre 1915 :

« Le 25 septembre 1915, devant Angres, a maintenu sa section dans la parallèle de départ, sous un bombardement des plus violents. A été enterré et blessé. Officier de beaucoup de courage et de sang-froid, déjà titulaire de la croix de guerre pour citation à l’ordre de la division. »

Cité à l’ordre de la 43e D.I. n° 126 en date du 2 mai 1916 :

« Officier d’une bravoure à toute épreuve et d’un entrain communicatif. Du 5 au 6 avril 1916, a, par son exemple, maintenu sa section sous un feu violent et continu de gros obus et de torpilles. Le 8 avril, quoique très violemment commotionné par l’éclatement d’une torpille, a fait preuve du plus grand mépris du danger en continuant à secourir, sous le feu, des hommes ensevelis par des projectiles. » 

Citation à l’ordre de l’armée : (publication dans le J.O. du 17 janvier 1918) :

« Commandant de compagnie d’une bravoure à toute épreuve. A montré de réelles qualités de commandement en entraînant brillamment sa compagnie à l’attaque de positions ennemies fortement organisées. Est tombé glorieusement en s'élançant à la tête de ses troupes à l’assaut d’un fortin ennemi qui arrêtait momentanément sa progression. »

Autre décoration :

Chevalier de la Légion d’honneur (J.O. du 22 décembre 1916). Cette décoration prend rang le 24 novembre 1916) :

« Officier d’une énergie et d’un courage exceptionnel. Le 7 novembre 1916, a vigoureusement entraîné à l’attaque d’une position très fortifiée, la vague d’assaut qu’il commandait a dirigé pendant trois quarts d’heure, avec un acharnement farouche, un violent combat au cours duquel il a fait 40 prisonniers, dont 5 officiers. Déjà trois fois cité à l’ordre. »

Alfred Monnoury possède un dossier individuel dans la base Léonore. Pour le consulter, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_base_Leonore

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Historique du 149e R.I.. Épinal, imprimerie Klein. 1919.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à T. Cornet, à M. Porcher, à F. Barbe, au Service Historique de la Défense de Vincennes, au collectif Artois et aux archives départementales du Cher.