02 mars 2018

Charles Honoré Alfred Boissenin (1895-1917).

Charles_Honor__Alfred_BOISSENIN

Charles Honoré Alfred Boissenin voit le jour le 18 octobre 1895 dans la petite commune de Consolation-Maisonnettes. Ce petit Doubien est le fils de Paul Joseph, un homme alors âgé de 30 ans, qui exerce le métier de scieur, et de Marie Philomène Léoutre.

Chaque nouvelle naissance dans la famille est marquée par un changement de domicile.

Les motifs qui pourraient expliquer ces nombreux déplacements ne sont pas connus. Ont-ils été provoqués pour des raisons professionnelles ? Des problèmes familiaux ? D’autres causes ?

Les Boissenin finissent par se fixer à Laval-le-Prieuré.

La mère décède à l’âge de 28 ans, quelques semaines après avoir mis au monde son 4e enfant, une petite fille qui, elle-même, n’a pas survécu.

Genealogie_famille_Boissenin

Les recensements des années 1906 et 1911 de la commune de Laval-le-Prieuré nous apprennent que la famille Boissenin demeure très précisément au hameau Sur-le-Lac. La sœur du père, Élisa et son époux, Alfred Léoutre, vivent avec eux. Cet oncle est devenu tuteur légal de Charles Alfred Boissenin. Jusqu’à ce jour, aucun document ne permet de savoir si ce dernier a également été désigné pour gérer les biens de l’ensemble de la fratrie.

Le fils aîné de Paul Joseph Boissenin quitte le pupitre de l’école communale en sachant lire, écrire et compter. Avec son frère cadet, ils vont tous deux travailler comme scieurs dans l'entreprise familiale.

L’année de ses 19 ans, Charles se retrouve classé dans la 1ère partie de la liste de l’année 1914 du canton de Russey. Sa classe est mobilisée avant l’heure, pour cause de guerre. Le jeune homme doit rejoindre la préfecture vosgienne le 18 décembre 1914 pour aller s’installer dans une des chambrées du dépôt du 170e R.I.. Il a peu de temps pour apprendre à manier correctement le Lebel et pour se forger à la discipline militaire.

Après ses classes, il est affecté au 149e R.I.. Le soldat Boissenin rejoint ce régiment engagé dans un secteur particulièrement exposé près d’Aix-Noulette, dans le Pas-de-Calais. Le jeune homme se retrouve dans la zone des armées à compter du 1er mai 1915. Pour cette période, le numéro de sa compagnie n’est pas connu.

Il y a de fortes probabilités pour que Charles Boissenin ait participé aux combats qui se sont déroulés en Artois en mai et en juin 1915. Il sort indemne de ces épreuves.

Au début de l'automne 1915, le 149e R.I. est engagé dans une nouvelle offensive qui débute le 25 septembre 1915, dans le secteur du bois en Hache. Charles Boissenin est évacué vers l’arrière deux jours plus tard. Les circonstances qui l'amènent à quitter la zone des combats ne sont pas identifiées.

De retour au front le 11 novembre 1915, il est nommé caporal le 25 janvier 1916, puis sergent le 29 avril. Cette nomination à ce grade s’effectue quelque temps après l’engagement de son régiment dans la bataille de Verdun. Plusieurs de ses compagnies ont lutté à deux reprises dans le secteur du village de Vaux-devant-Damloup et du fort de Vaux.

Début septembre 1916, le régiment participe à la bataille de la Somme pour tenter de reprendre aux Allemands le village de Soyécourt. L’opération est un succès. C’est à cette occasion que le sergent Boissenin gagne sa citation à l’ordre de la brigade.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette période, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Ruines_de_l_eglise_de_Soyecourt

Durant l’année 1917, le 149e R.I. occupe plusieurs secteurs à proximité du chemin des Dames. Pendant plus de dix mois, il ne sera jamais engagé dans une grande offensive. Ce n’est que le 23 octobre que ses bataillons participeront à la bataille de la Malmaison.

Ce jour-là, l’adjudant Boissenin commande une section de la 2e compagnie du 149e R.I.. Son unité, qui se trouve sous les ordres du capitaine Robinet, s’apprête à bondir en direction des tranchées ennemies.

C’est au cours de la première phase de cette attaque que ce sous-officier trouve la mort, touché à la tête par une balle de mitrailleuse ennemie.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_149e_R

Le sergent-major Georges Grumbach et le caporal Jacques Deveaud témoignent de son décès.

Le 28 janvier 1918, son acte de décès est transcrit par erreur à la mairie de Laval. Enregistré dans les registres des actes d’état civil de cette ville, il aurait dû être envoyé à la mairie de Laval-le-Prieuré.

Enterré dans un premier temps dans le cimetière de Billy-sur-Aisne, son corps, non réclamé par la famille, est transféré dans les années 1920.

Charles Honoré Alfred Boissenin repose actuellement dans la nécropole nationale de Soupir n° 1. Sa sépulture porte le numéro 4432.

Sepulture_Boissenin

L’adjudant Boissenin a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre du régiment :

« Gradé dévoué et courageux, au front depuis 10 mois. Pendant la dernière période de tranchées, s’est présenté volontairement pour faire toutes les patrouilles et placer les défenses accessoires dans des circonstances très périlleuses. »

Citation à l’ordre de la brigade n° 61 du 14 septembre 1916 :

« Sous-officier très énergique, d’un courage calme, a commandé avec distinction, sa section à l’attaque du 4 septembre et jours suivants. »

Citation à l’ordre de l’armée (publication dans le J.O. du 19 décembre 1919).

« Chef de section modèle, d’un courage admirable. À l’attaque  du 23 octobre 1917,  a brillamment entraîné sa section à l’assaut des positions allemandes. Arrêté par un tir de mitrailleuses, est tombé glorieusement pendant qu’il regroupait ses hommes pour les entraîner à nouveau. A été cité. »

Le nom de cet homme est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Laval-le-Prieuré.

Charles Boissenin ne s’est pas marié et n’a pas eu de descendance ; il venait de fêter ses 22 ans.

Sources :

Livre d’or « les enfants du canton du Russey 1914-1918 » de Maurice Vermot.

La fiche matricule de ce sous-officier a été consultée sur le site des archives départementales de Besançon.

La photographie de la sépulture de Claude Boissenin a été réalisée par M. Chevalier.

Les registres d’état civil du Doubs n’ont pas été numérisés. Il a tout de même été possible de compléter la généalogie de la famille Boissenin trouvée sur « Généanet », en consultant les registres de recensement des années 1906 et 1911 sur le site des archives départementales.

Un grand merci à M. Bordes, à P. Baude à A. Carobbi, à M. Chevalier, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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09 mars 2018

Les officiers du 1er bataillon du 149e R.I. en octobre 1917.

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Même si le J.M.O. du 149e R.I. est perdu pour cette période, j’ai pu, en grande partie, grâce au témoignage laissé par le commandant de Chomereau de Saint-André, reconstruire la quasi-totalité de la liste des officiers constituant le personnel encadrant  du  1er bataillon du 149e R.I. à la veille de la bataille de la Malmaison.

Je me propose de rassembler ici  les noms de ses hommes pour faciliter une éventuelle recherche qui mènera directement à leur biographie, lorsque celle-ci à été réalisée.

Composition du 1er bataillon du 149e R.I.

Chef de bataillon : Commandant Gaston de Chomereau de Saint-André (1879-1966)

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Capitaine adjudant-major : Pierre Guilleminot (1888-1918)

Compagnie de mitrailleuses du 1er bataillon

Lieutenant Alexandre de Parseval (1896-1918)

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Sous-lieutenant de réserve Albert Eugène Lesserteur (1883-1965)

1ère compagnie :

Lieutenant Pierre Victor Romain Édouard Illhé (1881-1917)

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Sous-lieutenant Jean Loubignac (1894-1957)

Sous-lieutenant Gabriel René Boudène (1895-1930)

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2e compagnie

Lieutenant Jules Georges Hippolyte Robinet (1889-1973)

Sous-lieutenant Raymond Clément David (1874-….)

Sous-lieutenant André Victor Louis Daumont (1894-1924)

3e compagnie

Lieutenant Joseph Marie Robert Mouren (1880-1917)

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Lieutenant Adrien Malaizé (1893-1963)

Sous-lieutenant Marie Désiré Edmond Gindre (1887-1917)

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 Sources :

Fonds photographique collection N. Bauer

Fonds photographique collection T. de Chomereau

Fonds photographique collection P. Lamberti

Fonds photographique collection D. Delavois

Base Léonore

Service Historique de la Défense de Vincennes

Un grand merci à  M. Bordes, à N. Bauer, à A. Carobbi, à T. de Chomereau, à J. Huret, à P. Lamberti, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.  

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16 mars 2018

Paul Vincent Constantin Douchez (1879-1959).

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Originaire de Paris, Paul Vincent Constantin Douchez naît le 10 mars 1879 dans le 4e arrondissement de la capitale. À sa naissance, son père, qui gagne sa vie comme garçon de café, est âgé de 32 ans. Sa mère, Élise Émilienne Collart, a 24 ans et exerce le métier de couturière.

Le chef de famille décède le 13 avril 1896 à Kensington dans le comté de Londres. Paul a 17 ans. L’histoire ne dit pas si les Douchez étaient tous installés en Angleterre à ce moment-là.

La fiche signalétique et des services de Paul Vincent Constantin Douchez mentionne un degré d’instruction de niveau 3. Ses connaissances scolaires lui permettent une bonne aptitude au calcul, à la lecture et l’écriture.

Jeune homme recensé de la classe 1899, il est ajourné l’année de ses 21 ans. En 1901, il en est de même. Paul doit se présenter une troisième fois devant le conseil de révision qui le classe, service auxiliaire en 1902.

Il passe dans la réserve de l’armée active le 1er novembre 1903, probablement sans avoir été incorporé. Cette décision ne lui convient pas. Paul Douchez fait donc appel, car il souhaite être reconnu apte au service armé. Sa requête est entendue en 1903.

Paul Vincent Constantin, qui occupe maintenant un poste de comptable, épouse Marie Anna Lambrecq le 25 mai 1907 à Lille. il a élu domicile dans cette ville en 1896, l’année du décès de son père.

Deux enfants vont naître de cette union, mais le couple ne s’entend pas et finit par se séparer. Le divorce est prononcé le 23 juillet 1910.

Paul Douchez ne va pas rester célibataire très longtemps. Le 6 février 1911, un second mariage le conduit à la mairie de Lille pour épouser Jeanne Julie Joséphine Corbaux, une rentière originaire de Senclin. Son frère Émile est son premier témoin.

Le 1er octobre 1913, il doit rejoindre les effectifs de l’armée territoriale. Paul a fêté ses 34 ans au mois de mars. Il a obligation de se présenter devant la commission de réforme. Celle-ci lui donne un avis favorable. Son nom est enregistré sur la liste des  effectifs du 5e R.I.T. de Lille.

Le 1er août 1914, Paul Douchez est appelé à l’activité par décret de mobilisation générale, comme des centaines de milliers d’hommes qui sont dans l’obligation de rejoindre leurs dépôts d’affectation. Deux jours plus tard, il est à la caserne Levis, pour y être habillé et équipé militairement.

Affecté à une compagnie de mitrailleuses, il fait partie des éléments du 5e R.I.T. qui sont envoyés dans la région de Calais.

Le soldat Douchez évolue assez rapidement dans l’échelle des grades de sous-officier. Nommé caporal le 9 mars 1915, promu sergent le 9 octobre, il devient, à partir de cette promotion, sous-officier, chef de peloton, une fonction qu’il occupe jusqu’au 25 novembre ; puis il devient sergent-major à compter du 10 janvier 1916.

Son ancien métier de comptable lui est sans doute fort utile pour tenir les registres de sa compagnie.

À cette période de la guerre, son régiment est positionné en Belgique du côté de Nieuport. Le sergent-major Douchez participe à la bataille des Dunes du 23 au 25 janvier 1916.

Trois mois plus tard, le 5e R.I.T. est envoyé dans le secteur de Verdun du côté de Fleury-devant-Douaumont. Le 1er mai 1916, Paul Vincent Constantin Douchez fait partie des effectifs de la 1ère compagnie de mitrailleuses qui se trouve sous l’autorité du capitaine Darras.

Le 27 mai 1917, le sergent-major Douchez est cité à l’ordre du régiment. Il apprend la nouvelle au moment où sa compagnie, qui a été mise à la disposition du génie, cantonne à Verdun-Aviation.

Le 10 juin, il est promu au grade supérieur. Trois jours plus tard, L’adjudant Douchez est blessé au genou gauche. La gravité de cette lésion n’est pas connue. Les informations figurant dans les différents documents consultés ne permettent pas de savoir si cette blessure a nécessité une longue évacuation vers l’arrière ou non.

Après son passage à Verdun, le 5e R.I.T. est envoyé en Haute-Alsace.

L’adjudant Douchez est volontaire pour être affecté dans l’armée active comme officier. Il doit pour cela suivre les cours des élèves officiers qui vont être donnés au centre d’instruction de la VIIe armée de Remiremont à partir du 15 octobre.

La photographie suivante a été réalisée au cours de ces courtes études.

Stage_eleves_officiers_Paul_Douchez

À la fin de la formation, il ne reste plus que 72 candidats sur 108. Paul Vincent Constantin termine 10e. Il est noté de la manière suivante par le personnel encadrant : «  Belle attitude, bon moral, bonne instruction de mitrailleur, apte à faire un bon officier d’active. »

 De retour dans son régiment le 28 décembre 1916, il retrouve sa compagnie à Largitzen. Le chef de peloton Douchez reste encore un mois dans cette unité.

Nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 29 janvier 1917, ce changement de grade le rattache aussitôt à un régiment d’active. Il doit se rendre à Friesen pour se présenter devant le lieutenant-colonel Pineau, responsable du 149e R.I.. Ce régiment cantonne à moins de 5 km à vol d’oiseau du 5e R.I.T..

Le 8 février 1917, Paul Vincent Constantin Douchez est nommé à la tête d’une section de la 2e compagnie. Cette affectation est de courte durée. Quelques jours plus tard, il quitte la 2e pour la 9e,  placée sous les ordres du lieutenant Paul Claudin.  

Son régiment se retrouve ensuite dans le département de l’Aisne. Il participe à la fixation des positions d’arrêt qui ont stoppé la progression allemande du côté de Jouy et de la ferme le Toty.

Ferme_le_Toty_juillet_1917

Durant les mois suivants, il exerce, tour à tour, les fonctions de chef de section, d’officier F.M. du 3e bataillon et d’officier pour les gaz du 3e bataillon.

Fin septembre 1917 le 149e R.I. poursuit un entraînement intensif en vue de participer à la future bataille de la Malmaison. Les exercices, étalés sur plusieurs semaines, sont exigeants.

Après plusieurs changements de dates, en raison des très mauvaises conditions météorologiques, l’attaque de la Malmaison est déclenchée le 23 octobre 1917.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

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Le sous-lieutenant Douchez est grièvement blessé au cours de la deuxième phase de cette opération.

En plus d’une intoxication aux gaz, l’homme est touché par plusieurs éclats de grenades aux membres inférieurs. Une balle s’est également figée dans sa jambe droite.

Un long calvaire dans les hôpitaux va commencer…

Le 24 octobre, le sous-lieutenant Douchez est évacué à l’ambulance 221. Deux mois plus tard, il entre à l’hôpital de Le Mans. Le 3 février 1918, le blessé est envoyé à Paris pour être soigné au Val de Grâce. Le 1er avril, Paul Vincent Constantin Douchez peut enfin partir en convalescence à Beauvais. Mais il n’en a pas pour autant fini avec les prises en charge médicales. Le 1er juin 1918, il est traité pour une pathologie cardiaque, à Labouheyre dans les Landes. Ses blessures, vieilles de quelque mois, sont toujours surveillées de près.

De retour au dépôt du 149e R.I. le 26 juin 1918, il y fait un bref passage. Insuffisamment remis sur pied, cette reprise de service l’oblige à subir une 4e intervention chirurgicale. Cet officier est envoyé à l’hôpital militaire de Golbey dès le 2 juillet.  Après un séjour d’un mois, il part de nouveau en convalescence le 1er août 1918. Il retourne au dépôt le 6 octobre 1918.

Dirigé sur le C.R. de la Fontaine-du-Berger, il entre à l’hôpital auxiliaire n°2  de Chamalières, près de Clermont-Ferrand, pour une période allant du 21 novembre 1918 au 26 janvier 1919.

Il est autorisé à quitter l’Auvergne pour partir au repos chez lui pendant deux mois, au 42 rue du Chafour, à la Madeleine, une commune limitrophe de la préfecture du Nord.

Le sous-lieutenant Douchez est promu lieutenant de manière temporaire. Cette promotion prend effet à partir du 29 janvier 1919 suite à une publication dans le J.O. du 10 mars 1919.

Paul Douchez bénéficie d’un mois de repos supplémentaire. De retour à l’hôpital du 24 au 27 mai 1919, au C.S.R. de Lille, son état général est considéré comme mauvais. Il est, une fois de plus, prolongé d’un mois, ce qui lui permet de poursuivre sa convalescence.

Suite à cette immobilité imposée par les médecins militaires, il est envoyé en congé illimité de démobilisation.

Le lieutenant Douchez est proposé pour une pension d’invalidité de 30 % par la commission de réforme du 19 janvier 1919.

Début 1920, il fait une demande écrite au général commandant la subdivision de Lille pour être reconnu comme sous-lieutenant à titre définitif. Pour motiver cette requête, le colonel Lecoanet qui commande le 149e R.I. rédige la note suivante :

« Chevalier de la Légion d’honneur avec une belle citation. Malheureusement, depuis 1917, il n’a pas quitté les hôpitaux. Pourra faire un excellent officier de complément s’il se remet bien de sa blessure. Épinal, le 3 mars 1920 »

Le titre définitif lui est accordé à partir du 5 janvier 1918, à la suite d’une décision validée dans le J.O. du 20 juillet 1920. Le 13 mars 1921, il est nommé lieutenant de réserve à titre définitif.

Paul Vincent Constantin Douchez travaille ensuite comme chef de la comptabilité générale à la reconstitution des régions libérées du département du nord.

En octobre 1922, cet officier de réserve, qui demeure maintenant à Lille, atteint l’âge de son passage légal dans l’armée territoriale. Il fait une demande écrite pour y être versé.

Le 20 novembre 1922, il est affecté au 43e R.I.. Trois jours plus tard, il obtient la médaille interalliée 1914-1918.

Le 6 janvier 1923, le lieutenant de réserve Douchez passe officiellement dans l’armée territoriale.

En juillet 1923, ses anciennes blessures lui permettent d’obtenir une pension d’invalidité qui a été estimée à 40 %.

Le lieutenant Douchez est rayé des cadres de l’armée en 1925.

Paul Vincent Constantin Douchez décède le 28 avril 1959 à Senclin à l’âge de 80 ans.

Cet officier a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre du régiment n° 36 en date du 27 mars 1916 :

« Sergent-major de la 1ère C.M., sous-officier ayant toujours fait preuve d’un mépris absolu du danger, chargé d’établir une section de mitrailleuses dans un secteur non reconnu et sous un bombardement extrêmement violent, n’a pas hésité à conduire ses hommes, un par un, sur un terrain découvert, sans souci des obus. C’était déjà signalé dans le secteur de Nieuport, où étant, par son grade, dispensé du service de tranchées, avait volontairement et régulièrement assuré ce service avec les autres gradés de son unité. »

Citation à l’ordre de l’armée n° 5912 D en date du 26 octobre 1918.

« Excellent officier d’un dévouement absolu et ayant un haut sentiment du devoir. A été très grièvement blessé le 23 octobre 1917 en entraînant sa section à l’assaut. Déjà cité »

La Légion d’honneur lui est attribuée par ordre n° 5912 « D » le 26 octobre 1917.

« Excellent officier, d’un dévouement absolu et ayant un haut sentiment du devoir. A été très grièvement blessé le 23 octobre 1917, en entraînant sa section à l’attaque.  Déjà cité à l’ordre. »

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Fond Douchez composé de 3 volumes. Déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

La photographie de groupe et le portrait de cet officier provient du fond Douchez déposé au S.H.D..

J.M.O. du 5e R.I.T.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 773/1

La fiche signalétique et des services du lieutenant Douchez a été lue sur le site des archives départementales du Nord.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher  et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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23 mars 2018

Paul Henri Houël (1881-1917).

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Jeunesse

Paul Henri Houël voit le jour le 17 septembre 1881 dans la commune axonaise de Guise. Narcisse Apollinaire Alfred, le père, est âgé de 27 ans. Il pratique le métier de boulanger. Plus tard, cet homme travaillera comme clerc d’huissier. La mère, Berthe Jeanne Lorent, est une jeune femme de 22 ans qui n’exerce pas de profession. Les parents divorcent avant le 8e anniversaire de leur fils. Le père se remarie le 26 août 1889. Devenu principal clerc d’huissier, il vit à Ribemont avec sa nouvelle épouse.

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La fiche signalétique et des services de Paul Henri Houël nous apprend qu’il possède un degré d’instruction de niveau 3. Il sait donc lire, écrire et compter. Il a sans doute poursuivi ses études au lycée Henri Martin. Un nom, Henri Houël, est gravé sur la plaque commémorative de cet établissement.

Malheureusement, les archives de ce lycée, qui auraient permis d’en savoir un peu plus sur le parcours scolaire d’Henri Paul Houël, ont été détruites durant la Première Guerre mondiale. En effet, les lieux ont été réquisitionnés par l’autorité allemande pour qu’ils puissent servir d’hôpital lors de l’occupation de la ville de Saint-Quentin.

Mais il y a tout de même de fortes probabilités pour que ce soit notre homme.

Paul Henri travaille ensuite comme clerc de notaire, bénéficiant probablement des relations du père pour trouver cet emploi.

Cette activité professionnelle ne semble pas lui convenir. Le 23 octobre 1899, peu de temps après avoir fêté ses 18 ans, il prend la décision d’entrer dans l’armée. Désir d'émancipation ? Tentation pour le côté « aventure » ? Autres raisons ? Nous ne le saurons jamais.

Au 74e R.I.

Paul Henri est loin d’avoir atteint l’âge de la majorité qui est, à cette époque, fixé à 21 ans. Il a donc besoin de l’assentiment paternel pour commencer cette nouvelle expérience. Narcisse Apollinaire Alfred Houël lui donne son aval. Après avoir obtenu cette autorisation, le jeune Paul Henri se rend à la mairie de Ribemont pour y signer un engagement volontaire de 3 ans.

C’est dans une des trois casernes du 74e R.I. qu’il va faire ses premiers apprentissages de soldat.

Nommé caporal le 1er juin 1900, puis sergent le 19 décembre de la même année, ce sous-officier est amené à exercer les fonctions de sergent fourrier entre le 21 janvier et le 26 septembre 1901, avant de retrouver ses fonctions de sergent.

Le premier semestre de l’année 1902 est difficile pour lui. Durant cette période, le sergent Houël aura à son actif plusieurs punitions.

La première a lieu le lendemain du réveillon. Ayant pris du retard dans la communication d’une note de service, il écope de deux jours de consigne qui lui sont donnés par un sergent-major. Cette punition est aussitôt augmentée de deux jours par son capitaine.

Le 8 mars, son chef de bataillon, major de garnison, lui porte 12 jours de consigne. Il a été rencontré, portant un képi de fantaisie ridicule, malgré les prescriptions de l’ordre général sur la tenue.

Neuf jours après avoir effectué cette sanction, il est encore puni par le même officier pour avoir réalisé des inscriptions au crayon sur le mur du poste. Il prend de nouveau 8 jours de consigne.

Le 30 mai, c’est le lieutenant-colonel qui lui assène 4 jours de consigne pour ne pas avoir veillé à ce que les hommes, exempts de service surveillé, soient à l’infirmerie, conformément aux ordres donnés.

Somme toute, en y regardant de plus près, les motifs infligés pour ces 28 jours de consigne dénotent un caractère assez indépendant, oubliant parfois la rigueur des règlements militaires. Ces traits de personnalité se retrouveront un peu plus tard. Mais ils ne sont pas prédominants, sans quoi il n’aurait pas obtenu son certificat d’aptitude à l’emploi de chef de section dans la réserve ou la territoriale. Il est nommé sous-lieutenant de réserve le 10 avril 1903.

Toutefois, peu sensible à l’idée de renouveler son contrat lorsque celui-ci arrive à échéance, il quitte, en 1902, la caserne du 74e R.I..

Le 23 novembre 1902, il retourne vivre à Ribemont, rattaché au 87e R.I. de Saint-Quentin, avec son certificat de bonne conduite accordé.

Retour à la vie civile

Cherchant sa voie professionnelle, il est tour à tour reporter dans un journal de province puis directeur de cinématographe. Durant les années suivantes, sa vie va être entrecoupée par de nombreux passages aux 87e et 287e R.I..

Il revêt sa tenue de sous-lieutenant pour accomplir une période volontaire de 12 jours allant du 6 au 17 juillet 1903.

À la fin de cette session, le colonel du 87e R.I. écrit ceci : « Ancien sous-officier de l’active, très vigoureux, a de l’entrain et de l’autorité. Bonne instruction pratique. Bon chef de section, apte à rendre des services en campagne. »

En 1904, le sous-lieutenant de réserve Houël effectue une période d’instruction en deux parties. La première a lieu du 14 au 28 mars, la seconde entre le 6 et le 20 juin. Ces séjours à la caserne de Saint-Quentin lui offrent l’occasion d’être formé aux nouveaux règlements.

Le 26 février 1905, il passe dans le régiment de réserve suite à une décision prise par le général commandant la 4e division d’infanterie.

Paul Henri Houël réalise un nouveau stage volontaire de 15 jours, du 18 septembre au 2 octobre 1905. Le lieutenant-colonel responsable du 287e R.I. note dans le feuillet du personnel : « Officier de réserve très capable de remplir en campagne les fonctions de son grade. Bonne tenue, appréciation d’ensemble : 16 ». Cette observation est cosignée par le colonel du 87e R.I..

En 1906, le sous-lieutenant de réserve Houël fait deux périodes de 14 jours sous l’uniforme. Une première du 22 mai au 3 juin et une seconde du 26 août au 8 septembre. Prenant part aux manœuvres du 2e corps, il est noté comme étant un officier rigoureux, intelligent et énergique, qui a su commander sa section en toutes circonstances, en étant très à la hauteur des fonctions de son grade ; l’appréciation d’ensemble est évaluée à 18.

L’année de son mariage avec Alice Gabrielle Hauële qu’il épouse à Saint-Quentin le 18 mars 1907, Paul Henri Houël retourne à la caserne Saint-Hilaire pour y réaliser un nouveau stage volontaire entre le 3 et le 16 juin.

À cette période de sa vie, il est directeur de la « Gazette saint-quentinoise », une revue hebdomadaire littéraire, scientifique, commerciale et agricole qui a été publiée entre 1905 et 1910. Il vit au numéro 12 de la place du 8 octobre.

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Le sous-lieutenant Houël passe dans le grade supérieur le 19 février 1908.

Il accomplit une période d’instruction qui s’étale entre le 12 et le 30 mai 1909. Cette année-là, il se rend au camp de Sissonne durant la convocation du 287e R.I..

Le lieutenant-colonel du régiment dit de lui : « Très sérieux et dévoué, connaît ses règlements, ade la pratique et du commandement. Commande très bien sa section et pourra commander une compagnie. Apte à faire campagne. »

Les années 1910-1911 sont marquées par 8 séances effectuées à l’école d’instruction de Saint-Quentin.

Il reçoit une lettre de félicitations du ministre de la guerre. Une récompense lui est accordée à l’occasion de fêtes ou de cérémonies organisées par des sociétés de préparation et de perfectionnements militaires. (Publication dans le J.O. du 23 juillet 1911).

Il fait un dernier passage au 287e R.I. du 31 août au 20 septembre 1911.

Devenu libraire à Paris, il vit dans un appartement situé au 41 de la rue du général Foy.

De nouveau attiré par la vie militaire il finit par signer un nouvel engagement le 24 septembre 1912. Cette fois-ci, il est attendu en Afrique du Nord. Son épouse se retire à Saint-Quentin. L’histoire ne dit pas si le couple s’est séparé de manière définitive.

Dans la Légion

C’est avec son grade de lieutenant de réserve qu’il intègre la 1ère compagnie du 2e régiment étranger le 14 octobre 1912, après avoir effectué la traversée de la Méditerranée

Le 28 décembre 1912, il participe à l'affaire de la Casba de Ribaa.

Sa nouvelle vie est très dure. Va-t-il tenir le coup ? Une observation faite en avril 1913 par le lieutenant-colonel Vandenberg, responsable du régiment, est sans appel. Elle est dure et intransigeante. Voici ce qu’il écrit : « Ancien reporter d’un journal de province, ancien directeur de cinématographe, il n’a pas réussi dans la vie civile et cherche comme pis-aller une situation dans la vie militaire. Gros garçon jovial, mais d’une moralité dont je suis peu sûr. A de l’allant, est vigoureux, mais n’est pas à sa place dans la Légion. »

Quelques mois plus tard, Paul Henri Houël finit par trouver ses marques dans le métier de légionnaire. À la fin du deuxième semestre de l’année 1913, le nouveau chef du régiment, le lieutenant-colonel Girodon, est beaucoup plus nuancé dans ses propos concernant son subordonné. Il note : « Je ne puis encore émettre un jugement personnel sur le compte du lieutenant de réserve Houël que je ne connais pas suffisamment. Je puis seulement dire que le chef du 1er bataillon, récemment rapatrié, avait apprécié favorablement les services qu’il rendait dans une compagnie et appuyé sa demande de maintien au Maroc pour une deuxième année, demande qui est, évidemment, un acheminement à une demande de passage dans le cadre actif. »

Les défauts notés par le lieutenant-colonel Vandenberg finissent par devenir des qualités. Il est apprécié par ses supérieurs.

À Fez, le responsable du régiment de marche du 2e étranger écrit ceci le 20 mars 1914 : «  Gai, jovial, le cœur sur la main, le lieutenant de réserve Houël a de la bonne volonté et paraît aimer le métier militaire, au moins, tel qu’on le pratique aux colonies et dans une troupe de soldats de métier comme à la Légion, mais son instruction militaire est faible. Je doute qu’il ait assez le goût du travail et l’esprit du devoir pour le développer beaucoup. L’occasion ne s’est pas encore présentée de le juger en colonne. »

Carte_du_Maroc

Le 9 février 1914, le chef de bataillon Denis Laroque, qui commande le 3e bataillon du régiment, lui donne l’unique punition de sa carrière de légionnaire. Il lui porte 4 jours d’arrêt simple avec le motif suivant : «  A quitté, de sa propre autorité, la tente qui lui avait été provisoirement affectée, pour s’installer, la veille même de l’arrivée de sa compagnie, dans une chambre de baraquement qui venait d’être attribuée à cette unité, sans attendre la répartition faite par son commandant de compagnie, à l’égard duquel il a aussi manqué de déférence. »

Lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914, le 2e régiment de marche est scindé en deux. Une partie, devenue le 2e régiment de marche du 2e régiment étranger, est destinée au front de France, l’autre, le 1er régiment de marche du 2e régiment étranger, demeure au Maroc. Le lieutenant de réserve Houël fait partie des effectifs du 3e bataillon qui reste sur place.

Cet officier prend part à plusieurs opérations militaires dans le Maroc occidental durant l’année 1914.

Le 31 mars 1914, il participe au combat de Dar Ayard au nord-est de Fez. Le 10 mai, il est au djebel Tfazza pour lutter contre les guerriers Rhiata. Deux jours plus tard, il est engagé dans la montagne des Tsoul. 

Paul Henri Houël, lieutenant à la 10e compagnie, est autorisé à faire une 3e année de stage à la Légion.

Son bataillon est à Koudiat-el-Biad.

Carte_localisation_Koudiat_el_Biad

Le lieutenant-colonel Corbière, qui a remplacé le lieutenant-colonel Girondon à la tête du régiment, écrit l’appréciation suivante le 29 septembre 1914 : « C’est un bon officier de réserve, jovial, heureux de vivre, rempli de bonnes volontés, toujours prêt à rendre service. Il se tient bien au feu et commande honorablement sa section. Il a été félicité et proposé pour le Ouissam Alaouite à la suite des opérations. »

Le lieutenant Houël est titularisé dans son grade par décret du 17 octobre 1914.

Poste_de_Koudiat_el_Biad

Une nouvelle observation est rédigée le 7 septembre 1915 par le responsable du 1er régiment de marche du 2e régiment étranger.

« C’est un officier d’une intelligence vive, d’un esprit très ouvert et assimilant très vite les diverses questions d'intérêt militaire ou générales. A cependant besoin de prendre un peu plus de jugement et d’étudier le métier plus à fond. Est trop superficiel. A de l’entrain, de la gaieté et possède les qualités physiques voulues pour faire campagne. Sera très bon lorsqu’il aura mûri son caractère et appris les détails du métier. »

Il participe à de nouvelles opérations militaires en octobre 1915. Abd el Malek réapparaît dans la région de Taza pour y faire renaître un foyer de résistance chez les Rhiata et les Beni Ouaraïn. Les 1er et 4 octobre 1915, le lieutenant Houël participe aux combats de l’Oued Ifran et du Souk el Arbaa.

Son passage à la Légion arrive à son terme.

Une décision du résident général au Maroc, datée du 27 octobre 1915, l’affecte dans un régiment d’infanterie qui combat sur le front français.

Sur le front européen

Arrivé en France, pour remplacer le lieutenant Maurice Joseph le Hoc, qui a été muté à son ancien régiment, il rejoint la ligne de front le 19 novembre 1915 pour intégrer le 149e R.I..

Ce régiment se trouve en Artois, une région qu’il s‘apprête à quitter après avoir vécu de longs mois dans un secteur particulièrement éprouvant.

Le lieutenant Houël devient officier porte-drapeau. Il occupe ce poste durant peu de temps. Le 23 janvier 1916, il prend, pour une période très courte, le commandement de la 9e compagnie avant d’être nommé à la tête de la 11e à partir du 12 février 1916.

En mars 1916, le régiment est envoyé en urgence dans le secteur de Verdun. Sa compagnie, sous les ordres du commandant de Witkowski, n’est pas engagée en première ligne. Dans un premier temps, elle est placée au village de Fleury-devant-Douaumont avec les 3 autres compagnies du 3e bataillon du 149e R.I., pour constituer la réserve de la 25e brigade. Le 9 mars, la compagnie Houël est rapidement envoyée au sud-ouest du fort de Douaumont avec une seconde compagnie du bataillon.

Pour en savoir plus sur les événements qui se sont déroulés à cette date, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_Verdun_journee_du_9_mars_1916__2_

Très exposé aux bombardements allemands, le lieutenant Houël est blessé le 10 mars à 15 h 00. Les médecins constatent une plaie profonde par éclat d’obus à son pouce droit, plaie qui nécessite une évacuation vers l’arrière.

Le sergent-major Lucien Bellwo et les soldats Louis Choix et Albert Bazin, tous trois de la 11e compagnie, signent le certificat d’origine de blessure de guerre de leur supérieur.

Le lieutenant-colonel Abbat, qui commande le 149e R.I. à cette époque du conflit,écrit ceci à son sujet : « Commande depuis un mois la 11e compagnie dans d'excellentes conditions, a de l’autorité et sait donner l’exemple dans les circonstances difficiles. Très bon officier à tous les points de vue. »

Paul Henri Houël est promu directement au grade de capitaine à titre définitif, le 4 avril 1916. Soigné, il retrouve son régiment le 18 avril qui est en pleine restructuration. Les pertes durant son passage à Verdun ont été conséquentes. Le lieutenant-colonel Gothié qui a repris le commandement de son ancienne unité le jour même où le capitaine Houël est revenu, s’apprête à combler les blancs qui se trouvent dans la liste de ses cadres. 

Paul Henri Houël obtient une nouvelle promotion puisqu’il est nommé capitaine adjudant-major du 3e bataillon. Il devient le second du commandant Fernagu, récemment affecté au régiment.

Le 149e R.I. a quitté l’enfer de Verdun quelques jours plus tôt. Après un court repos à Landrecourt, il prend la direction de la Champagne pour venir s’installer dans un secteur situé entre les buttes de Tahure et celles de Mesnil, près des deux-Mamelles. C’est une région plutôt calme en comparaison de ce qu’il vient de vivre.

Fin juillet 1916, les hommes du lieutenant-colonel Gothié sont en repos, une partie à Mairy-sur-Marne, l’autre à Sogny-aux-Moulins.

Le capitaine adjudant-major Houël est photographié après un exercice de défilé qui a lieu le 31 juillet 1916 à Mairy-sur-Marne. Nous le voyons échanger quelques mots avec le sous-lieutenant Mouren qui se tient devant ses hommes.

Le_capitaine_adjudant_major_Houel_et_le_sous_lieutenant_Mouren___Mairy_sur_Marne

Début août 1916, son bataillon est à l’entraînement du côté de Châlons-sur-Marne avec le reste du régiment. Une dizaine de jours plus tard, le régiment se prépare à partir dans la Somme. Début septembre 1916, le capitaine adjudant-major Houël participe à la prise du village de Soyécourt avec 3 compagnies du 3e bataillon. Les actions, qu’il mène au cours de cette opération, lui valent la Légion d’honneur.

Pour en savoir plus sur l’attaque du village de Soyécourt, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Photo_aerienne_Soyecourt

Paul Henri Houël bénéficie d’une permission qui lui permet de s’éloigner de la ligne de front du 24 septembre au 3 octobre inclus.

Le régiment alterne des périodes dans des secteurs plutôt calmes pour entreprendre une instruction intensive et des temps de repos. Cette instruction a lieu mi-partie au camp de Villersexel, mi-partie en deuxième ligne du secteur Seppois-Largitzen en Haute-Alsace.

Mi-avril 1917, le 149e R.I. est envoyé dans la région de Montmirail où il reste 6 semaines.

Le capitaine Houël obtient une seconde permission du 18 au 28 avril 1917.

À partir du début du mois de juin, le 149e R.I  occupe plusieurs secteurs à l’ouest du fort de la Malmaison.

Après une permission exceptionnelle du 3 au 6 juillet il est pour la troisième fois de l’année en repos, du 19 au 29 juillet. Cette permission fut la dernière.

Fin septembre, le régiment se prépare à la prochaine attaque pour laquelle il va être sollicité. L’entrainement est long et pénible.

La photographie suivante a été réalisée quelques jours avant que le régiment ne rejoigne le front pour être engagé dans la bataille de la Malmaison.

Photographie_des_officiers_du_3e_bataillon_du_149e_R

Le capitaine adjudant-major Houël est placé à la gauche du commandant Putz. L’image joviale et bonhomme sur le cliché correspond à la réalité de la description faite par ses supérieurs, même si nous ne savons pas ce que les hommes pensaient de cet officier.

Le 23 octobre 1917, les bataillons du colonel Boignes se lancent à l’attaque.

Pour en savoir plus sur les compagnies du 3e bataillon du régiment, il suffit de cliquer une fois sur le dessin suivant.

Attaque_du_149e_R

Peu de temps après avoir remplacé le commandant Putz tout juste blessé à la sortie de son P.C. au début de l’attaque de la Malmaison, il est touché par des éclats d’obus. Les souffrances sont terribles. Son pied droit est broyé et il a de multiples fractures compliquées aux deux jambes.

Rapidement évacué à Sermoise, il ne survit pas à ses blessures. Le jour même, le capitaine adjudant-major Houël décède à l'ambulance 13/8, après avoir été amputé de son pied.

Trois semaines plus tôt, le colonel Boignes avait écrit une dernière note succincte et particulièrement élogieuse à son sujet dans son feuillet individuel de campagne : « A de brillantes qualités militaires, de l’autorité et de la belle humeur. Est parfaitement susceptible de commander un bataillon. Fait un excellent adjudant-major. »

Il y a de fortes probabilités pour le corps de cet officier ait été restitué à la famille dans les années 1920.

Décorations obtenues :

Citation à l’ordre de 21e C.A. n° 97 du 12 mai 1916

Ayant fait 3 ans de campagne au Maroc. Venu de France à sa demande, a donné un bel exemple d’énergie et de ténacité le 10 mars 1916 en maintenant son unité en première ligne, sous un bombardement violent d’artillerie de gros calibre, à un emplacement de grande importance pour la défense  de la position Blessé au moment où il encourageait ses hommes. »

Cité à l’ordre n° 142 de la 43e D.I. en date du 15 juillet 1916.

« Par son activité, son habileté, son influence morale sur les hommes, a su, dans le minimum de temps, coordonner et mettre en valeur les efforts de chacun, de façon à faire donner le maximum à sa troupe et l’amener à conquérir sans pertes, le 9 juillet 1916, 500 mètres de tranchées ennemies et de faire 8 prisonniers vivants. »

Cité à l’ordre n° 229 de la 43e D.I. en date du 3 juillet 1917.

« Officier très courageux et très énergique, a montré beaucoup de courage et de dévouement en assurant, malgré un bombardement violent, le sauvetage de sa liaison ensevelie dans les abris. »

Citation à l’ordre de l’armée (J.O. du 17 janvier 1918)

« Brillant officier, plein de cœur et d’ardeur, ayant une haute autorité sur sa troupe. A été mortellement frappé à la tête du bataillon dont il avait assuré le commandement en marchant à l’attaque des positions ennemies. »

Chevalier de la Légion d’honneur en date du 18 septembre 1916

« S’est distingué par l’ardeur et l’énergie avec lesquelles il a commandé son bataillon au cours des attaques des 4 et 7 septembre 1916. A fait preuve des plus brillantes qualités d’entrain de décision et de ténacité dans la conquête et l’organisation des positions ennemies. » Déjà deux fois cité à l’ordre.

La nomination ci-dessus comporte l’attribution de la croix de guerre avec palme.

Autres décorations :

Médaille coloniale agrafe Maroc.

Officier dans l’ordre marocain Ouissam Alamite en date du 29 mai 1915.

Le nom de Paul Henri Houël est à la fois gravé sur le monument aux morts de Saint-Quentin et sur celui de Ribemont.

Monuments_aux_morts_de_Saint_Quentin_et_de_Ribemont

Son épouse s’est remariée en 1925.

Il n’y a pas de descendance connue pour cet homme.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Fiche signalétique et des services provenant du site des archives départementales de l’Aisne

Actes d'état civil lus sur le site des archives départementales de l’Aisne.

La partie de carte qui localise Koudiat-el-Biad est extraite de l'historique du 8e régiment de tirailleurs tunisiens, 3e bataillon de Marche trouvé sur le site « Gallica ».

La photographie de groupe est extraite du fonds Paul Douchez, un témoignage en trois volumes. Ce volumineux travail a été déposé par le fils de cet officier, aux archives du Service Historique de la Défense de Vincennes en 1983. Fond Douchez ref : 1K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à Achache, à A. Carrobi, à J. Charraud, à É de Fleurian à J.P. Duchemin, à M. Porcher, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales du département de l’Aisne.

 

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30 mars 2018

Un témoignage conséquent laissé par le sous-lieutenant Paul Douchez. Arrivée au 149e R.I.

Paul_Douchez

En 1983, un des fils du lieutenant Douchez fait don des écrits de son père au S.H.D. de Vincennes. Les souvenirs de guerre de cet homme, rédigés en 1921, ont été rassemblés en trois volumes.

Seule la partie consacrée au 149e R.I. nous intéresse. Nous prendrons donc le récit de Paul Douchez en cours de route à partir du moment où il commence sa formation d’officier, juste avant son arrivée dans son nouveau régiment.

Au début de l’automne 1916, l’adjudant Douchez s’apprête à quitter le 5e R.I.T., qui a été son régiment depuis la mobilisation générale en août 1914. Il vient de se porter volontaire pour accéder à une formation qui doit lui donner accès au grade de sous-lieutenant. Une fois sa demande acceptée, il se rend à Remiremont pour suivre les cours qui sont délivrés par le centre d’instruction de la VIIe armée. Les études commencent le 15 octobre 1916. Elles sont assez courtes. La formation se termine le 28 décembre 1916. Il retrouve son ancienne compagnie le 28 décembre 1916. Paul Douchez reste encore quelques semaines dans cette unité avant d'être muter au 149e R.I..

Les derniers jours passés au 5e R.I.T..

Fin janvier 1917

« L’adjudant David, de la 2e compagnie de mitrailleuses et moi-même, nous sommes promus sous-lieutenants à la date du 29 janvier 1917 et affectés au 149e R.I..

Le sous-lieutenant Dhotel m’invite à déjeuner avec David dans son P.C. de Largitzen.

Le trésorier-payeur du 5e territorial nous règle notre indemnité d’entrée en campagne, sous déduction des 100 francs perçus lors de notre nomination au grade d’adjudant.

Nous nous rendons à Friessen où nous nous présentons devant le lieutenant-colonel Pineau, commandant le 149e R.I.. Il nous affecte :

David à la 9e compagnie, cantonnée à Friessen

Douchez à la 2e compagnie, cantonnée à Hindlingen

Il nous libère pour 48 heures afin de pourvoir à notre équipement. Nous allons nous présenter à nos commandants de compagnie respectifs et rentrons ensuite à Largitzen.

Carte_1_temoignage_Paul_Douchez

Le soir, le nouveau colonel commandant le 5e R.I.T. nous invite dans son P.C. pour un dîner d’adieu auquel assistent nos commandants de compagnie, le capitaine Darras et le sous-lieutenant Dhotel, le capitaine adjudant-major Tallandier, le sous-lieutenant de Fernehen et le nouveau chef de bataillon Liagre.

Le capitaine Darras remet au colonel Roy, en ma présence, la proposition de citation à l’ordre de la division, dont j’ai fait mention le 19 janvier. J’exprime mon doute de ce qu’en raison de mon départ, il y soit donné suite. Le colonel me donne l’assurance que bientôt il me la fera parvenir à mon nouveau régiment.

Conformément à mes prévisions, elle m’a été enlevée et mon absence mise à profit au bénéfice d’un protégé.

J’ai, depuis longtemps, les meilleures jumelles de la compagnie. Le sous-lieutenant Labastie, quoique pourvu d’une excellente paire, a déjà cherché à me les faire retirer par le capitaine. Lorsqu’il connaît mon affectation, il parvient, quoique le règlement m’autorise à les conserver, à me les faire retirer pour se les approprier. J’obéis pour ne pas entrer en conflit avec mon commandant de compagnie par ailleurs très correct avec moi.

8 février 1917

Nous allons, David et moi, acheter à Belfort notre équipement. Par économie, je garde mon sabre ainsi que la tenue, encore fort bonne, que je me suis fait faire récemment. Mon browning, devenu réglementaire, me dispense également d’une dépense.

Le soir, je dîne avec le capitaine Darras et le sous-lieutenant Labastie.

9 février 1917

Je vais, une dernière fois, à nos diverses positions pour prendre congé des hommes avec la plupart desquels je suis depuis plus de deux ans. Un seul obus nous est envoyé dans cette matinée. Il tombe dans le boyau d’accès, une quarantaine de mètres en avant de moi, tandis que je me suis arrêté une minute à la porte d’une cagna pour dire au revoir à un collègue. Ce colloque m’a, à coup sûr, évité d’être mis en pièce. Je puis voir en effet, un instant plus tard, le boyau bouleversé.

Arrivée au 149e R.I.

Le soir même, je conduis une compagnie de travailleurs à Largitzen. En prévision d’une attaque par violation de la Suisse, que semble méditer l’ennemi. De grands travaux de défense sont activement poussés. La frontière helvétique est toute proche, puisque de Friessen, nous voyons les mâts qui la jalonnent.

Le 149e R.I. creuse des tranchées autour de Largitzen où j’ai le plaisir de revoir mon ancien régiment.

L’hiver est cruellement rigoureux. Certaines nuits, le froid tombe à un degré tel, qu’il faut suspendre tout travail. Les pioches s’émoussent, sans pouvoir entamer le sol gelé.

Une décision nous fait permuter David et moi. Elle me donne l’emploi d’officier F.M. du 3e bataillon.

À la 9e compagnie, j’ai pour commandant de compagnie, le lieutenant Paul Claudin ; comme collègues, le sous-lieutenant Berteville et le sous-lieutenant Bloch. Ce dernier a pour unique emploi d’être chef de popote des officiers du bataillon…

Dès la première nuit, je suis encore désigné pour conduire les trois compagnies au travail. Nous faisons des canaux très profonds dans lesquels sont enterrés ensemble jusqu’à 15 câbles de transmission. Les conditions dans lesquelles doit être effectuée cette tâche de haute importance ne sont pas observées. Le génie, sous la direction duquel il est mené, est absent lorsque sa présence est nécessaire. Parfois, il est représenté par un sergent incompétent.

Les officiers du génie sont insaisissables ; quant aux nombreux sapeurs, ils sont fainéants, ivrognes, incapables et aucunement surveillés.

En résumé, des sommes fantastiques sont enfouies, parfois à fleur du sol, dans la boue ou les cailloux, vouées à une destruction rapide, sans pouvoir, en cas de problème, rendre aucun service.

Début mars, le lieutenant-colonel Pineau, qui reçoit un nouveau chef de bataillon, m’invite à une réception. Sa popote est installée dans un restaurant abandonné. Le menu est un peu banal, si l’on considère que nous sommes là à environ deux kilomètres des premières lignes. J’ai, à ma droite, l’aumônier du régiment, Stanislas Galloudec.

L’après-midi de cette journée, c’est la bénédiction des fanions à l’église de Friessen.

Les_fanions_du_149e_R

J’avais, sur mon passage dans « l’active », des appréhensions motivées par les différences de vie, d’âge, de service, par l’esprit inconnu de moi, des jeunes troupes que j’allais avoir à commander. J’étais pris dans la crainte de manquer de résistance aux fatigues spéciales peu pratiquées dans l’armée territoriale, soucieux du manque des connaissances nécessaires, n’ayant pas fait de service militaire, et par l’accueil des jeunes officiers.

De suite, je suis mis à l’aise par la cordialité serviable de mes nouveaux camarades et chefs. Je me rends vite compte que mon cours d’élève officier m’a doté d’un bagage ignoré de beaucoup d’entre eux. Les premières étapes de déplacement me prouveront bientôt que je supporte la marche et les intempéries, mieux que la plupart de mes jeunes hommes. J’ai des désillusions sur leur état d’esprit. Je m’attendais à les trouver animés d’un patriotisme compensant la triste mentalité générale des territoriaux. Il en est de même pour la discipline, sapée par les parlementaires, minée par les nombreux journaux anti-français, subventionnés par les agents allemands.

Dans les périodes de demi-repos, tous vont, à tour de rôle, suivre au C.I.D. des cours de chefs de section, de grenadiers, de mitrailleurs, de F.M., de canon de 37, de signalisation, d’observation, de liaison, de commandants de compagnie, de chefs de bataillon… Je suis désigné pour suivre l’un de ces cours, où ne se traite qu’une partie de ce que j’ai déjà étudié à Remiremont.

Je quitte Friessen pour rejoindre le C.I.D. à Méziré, avec mon ordonnance, en utilisant la voiture de compagnie. »

La 43e division s’apprête à changer de secteur. Le C.I.D. suspend les cours pour suivre isolément la division.

Pour accéder à la biographie de Paul Douchez, il suffit de cliquer une fois sur l'image suivante.

Paul_Vincent_Constantin_Douchez

Sources :

Fonds Douchez composé de 3 volumes. Déposé au S.H.D. de Vincennes en 1983. Réf : 1 K 338.

Le portrait peint représentant le sous-lieutenant Douchez, la photographie de la popote du 3e bataillon du 149e R.I. et les clichés des fanions du 149e R.I. proviennent tous du fonds Douchez Réf : 1 K 338.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher  et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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