02 février 2018

Marie Désiré Edmond Gindre (1887-1917).

Marie_Edmond_Desire_Gindre

Marie Désiré Edmond Gindre voit le jour le 15 janvier 1887 dans la maison familiale. Le père étant décédé, c’est Honorine Loye, une cultivatrice âgée de 54 ans, qui est chargée de montrer l’enfant à l’officier d’état civil de la mairie de Plainoiseau.

La déclaration est faite en présence du cultivateur Joseph Gindre et de l’instituteur Charles Caillon.

Les circonstances du décès du père, Edmond Gindre, ne sont pas connues. Celui-ci exerçait le métier de cultivateur.

La mère, Marie Louise Ardiet, âgée de 28 ans, vient de donner vie à son quatrième enfant.

Genealogie_famille_Gindre

En 1901, Henriette, la sœur ainée, mariée depuis 1896, ne vit plus sous le toit familial. Les frères et la mère travaillent comme journaliers agricoles, excepté Edmond qui n’est alors âgé que de 14 ans et qui doit toujours poursuivre une scolarité.

La fiche signalétique et des services du jeune Gindre nous apprend qu’il possède un degré d’instruction de niveau 3. La mère ne s’est pas remariée. La précarité dans laquelle vit la famille semble évidente. Pour Edmond, il n’est vraiment pas question de poursuivre les études ; il lui faut vite aller gagner sa nourriture !

En 1906, Marie Louise Ardiet travaille comme cultivatrice. Elle vit à Montain avec son fils Abel.

C’est aussi l’année où Edmond doit se présenter devant le conseil de révision. Mais il fait un autre choix. Devançant l’appel sous les drapeaux, il décide de se rendre à la mairie de Lons-le-Saunier pour  y signer un engagement volontaire de 4 ans. Ce type de contrat est régi par l’article 50 de la loi de recrutement du 21 mars 1905, qui mentionne les conditions requises pour y prétendre.

C’en est fini de la vie jurassienne.

Arrivé au corps le 1er novembre 1906, Edmond devient rapidement 2e canonnier servant d’une batterie du 3e Régiment d’Artillerie Colonial. Marseille, Toulon ? Son lieu de casernement est inconnu, le régiment possède des batteries dans les deux villes.

Edmond Gindre n’a pas encore fêté ses vingt ans. Sept jours plus tard, il écope de 4 jours de salle de police, donnés par son lieutenant de section, pour avoir mis de la mauvaise volonté à exécuter une corvée et pour avoir donné de mauvais conseils à un camarade. C’est sa première punition, d’autres suivront.

Le 1er décembre 1906, le jeune homme reçoit une somme de 320 francs pour son engagement. Il n’a jamais été aussi riche de sa vie !  

Le 10 juin 1908, le canonnier Gindre est affecté à une batterie du 7e Régiment d’Artillerie Colonial. Il se prépare à l’embarquement pour aller faire son premier séjour à Madagascar entre le 6 juillet 1908 et le 5 août 1910. Quelque temps après avoir traversé le canal de Suez, il prend ses quartiers à Diégo-Suarez, à l’extrémité nord de l’île

Le 28 juillet 1908, son nouveau supérieur lui inflige 2 jours de salle de police pour mauvais entretien des ses armes.

Le 30 janvier 1909, le canonnier colonial Gindre se blesse à la main droite en construisant une case « Maillard ». Ces cases, du nom de leur inventeur, sont des baraquements préfabriqués en bois, importés de France, qui permettent de loger la troupe.

Le 9 novembre 1909, il décide d’en reprendre pour 5 ans en signant un nouveau contrat. Le 30, cette fois-ci, il touche une prime de 800 francs. Ce nouvel engagement prend effet à compter du 31 octobre 1910.

Le 5 août 1910, il est en France, de nouveau affecté au 3e Régiment d’Artillerie Colonial.

Le 29 novembre 1909, son chef d’escadron lui donne 2 jours de salle de police. Il a été surpris en ville en tenue irrégulière avec un képi fantaisie.

Edmond Gindre est nommé brigadier le 1er mars 1911.

Le 10 mai 1911, il est de nouveau puni de 4 jours de salle de police, pour être sorti en ville sans autorisation alors qu’il était de service. Dix jours plus tard, la punition est plus longue. Cette fois-ci, c’est 8 jours ! Il y a beaucoup de négligence dans son service de poste.

Edmond Gindre est devenu vaguemestre ; son capitaine lui porte,  le 20 septembre 1911, 4 jours sur son relevé des punitions, pour avoir abandonné son mulet sur la voie publique. Le 23 octobre, son supérieur lui donne 8 jours de consigne au quartier, pour avoir négligé son service de vaguemestre, en conservant, par-devers lui et pendant trois jours, des lettres destinées à un officier.

Le 1er août 1911, le brigadier Gindre est de nouveau muté au 7e Régiment d’Artillerie Colonial. Embarquant pour la seconde fois pour « l'île rouge », il rejoint Madagascar le 6 septembre 1911 pour être affecté à la 3e batterie du régiment.

En 1912, il est responsable de l’annexe du dépôt de remonte de Mantasoa, directement sous les ordres du capitaine Gauthé.

Le 28 octobre 1912, son chef de bataillon lui administre une punition de 8 jours de salle de police pour avoir bousculé et menacé par gestes et paroles un indigène, sans motif sérieux, ce qui a donné lieu à une plainte au général commandant supérieur.

Le 18 novembre, il subit une nouvelle punition, c’est la dernière, mais la plus sévère. Au cours d’une partie de cartes, pour un motif des plus futiles, il s’est laissé emporter par la colère en provoquant, par de violentes injures, un caporal, pour le forcer à se battre. La rixe a eu lieu, sans se soucier des hommes présents. Douze jours de salle de police !

Au total, il aura fait 44 jours de salle de police et 8 jours de consigne au quartier. Cela ne l’empêche pas d’être bien noté par ses supérieurs, comme le confirme l’avis suivant rédigé par le capitaine Launey le 3 mars 1914, à la suite de sa demande pour passer dans le grade supérieur.

« Le maréchal des logis Gindre, promu le 1er juillet 1913, rend les meilleurs services. Bon instructeur, cavalier solide, il a pris part à toutes les manœuvres de garnison en 1913, ainsi qu’aux écoles de feu et aux manœuvres de Moramaya.  À la rentrée de la batterie à Tananarive, il a été chargé de la mobilisation. Il s’occupe, à mon entière satisfaction, de ce service assez chargé. Trois cent cinquante réservistes et territoriaux, européens et indigènes sont, en effet, affectés à la 3e batterie. De plus, Gindre est employé à la tenue des écritures de la batterie, dont l’effectif des comptables n’est pas complet. Il se met au courant des fonctions de maréchal des logis fourrier et de maréchal des logis-chef.

 Le maréchal des logis Gindre a fait un premier séjour à Madagascar du 6 juillet 1908 au 5 août 1910. Il était alors en service à Diego-Suarez. Débarqué pour la deuxième fois à Madagascar le 6 septembre 1911. Sa santé a été excellente pendant ce deuxième séjour. S’il a eu trois entrées à l’hôpital ou à l’infirmerie en 1912 et en 1913, cela était pour une maladie absolument étrangère au climat. Je considère Gindre comme un très bon sous-officier et je transmets sa demande pour monter en grade avec avis favorable. »

Entrees_dans_les_formations_sanitaires

Début mars 1914, Edmond Gindre fait une demande écrite à son capitaine pour être autorisé à accomplir une quatrième année de séjour à la colonie (2e année supplémentaire).

Les événements, qui vont précipiter le monde dans le chaos, approchent… Août 1914, la guerre est déclarée contre l’Allemagne, la métropole mobilise…

Embarqué pour la France le 4 octobre 1914, promu maréchal des logis-chef deux jours plus tard, Edmond Gindre commence sa campagne contre l’Allemagne au 3e Régiment d’Artillerie Colonial,  le 25 octobre 1914.

Il est nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 28 juillet 1915.

Les pertes importantes en officiers conduisent le G.Q.G. à proposer à des sous-officiers d’autres armes de passer dans l’infanterie comme sous-lieutenants. Il est donc probable que notre maréchal des logis ait été volontaire pour changer d’arme.

Le 6 août, il rejoint le front d‘Artois pour se présenter devant le lieutenant-colonel Gothié, chef du 149e R.I., qui lui donne le commandement d’une section de sa 9e compagnie.

Cet officier, maintenant âgé de 27 ans, participe aux violentes attaques du mois de septembre 1915, dans le secteur du bois en Hache.  Le 27, il est touché par un éclat d’obus à l’épaule gauche. Le sous-lieutenant Gindre a également une plaie légère à la tête. Ces deux blessures, qui ne mettent pas sa vie en danger, nécessitent tout de même une évacuation vers l’arrière.

Il obtient, à cette occasion, une citation à l’ordre de l’armée.

Après avoir subi les soins nécessaires, il retrouve sa compagnie toujours placée dans le même secteur, le 30 octobre 1915.

Le sous-lieutenant Gindre accomplit un stage de mitrailleurs au centre d’instruction du 21e C.A. du 6 au 12 décembre 1915.

Le 6 janvier 1916, le lieutenant-colonel Gauthié écrit ceci à son sujet « Venu des sous-officiers de l’artillerie coloniale, s’est mis bien vite au courant des méthodes de l’infanterie et a rendu les meilleurs services comme chef de section à l’offensive de septembre devant Angres. Énergique et dévoué, très belle attitude au feu (une citation à l’ordre de l’armée).»

Début mars 1916, son régiment est envoyé dans le département de la Meuse pour aller protéger la ville de Verdun qui subit de violentes offensives allemandes depuis le 21 février. Le 31 mars, la 9e compagnie du 149e R.I., commandée par le capitaine Delung est, pour la seconde fois, en première ligne dans le secteur du fort de Vaux, avec le 3e bataillon qui est sous l’autorité du capitaine de Chomereau de Saint-André.

Pour en savoir plus sur cette période, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_1_journee_du_31_mars_1916

Le sous-lieutenant Gindre, au cours de cette période, reçoit une citation à l’ordre de la division.

Le 10 avril 1916, il est affecté à la 3e compagnie du 149e R.I.. Le régiment s’apprête à quitter la région de Verdun pour prendre la direction de la Champagne.

Les hommes du lieutenant-colonel Gothié s’installent dans une zone placée entre les buttes de Tahure et celles de Mesnil, près des Deux-Mamelles. C’est au cours de cette période d’accalmie pour le régiment que le sous-lieutenant Gindre poursuit sa formation théorique.

Il entreprend un stage d’instruction des commandants de compagnies entre le 22 mai et le 11 juin.

Poursuivant son instruction, il enchaîne les cours pour apprendre l’usage du canon de 37 mm entre le 22 juin et le 1er juillet 1916.

Une décision du 31 août 1916, prise par le général commandant en chef, aurait dû le mettre à la disposition du général de la 16e Division Coloniale pour être affecté à la compagnie malgache du 58e R.I.C., une mutation certainement liée à son passé militaire sur « l'île rouge ». Nous ne savons pas à quelle date il aurait dû prendre son service dans cette nouvelle unité, ni même s’il reçut officiellement l’information.

Comme l’atteste une citation à l’ordre du 21e C.A., cette décision n’a pas eu le temps d’être appliquée. En effet, le sous-lieutenant Gindre participe à la bataille de la Somme avec le 149e R.I. début septembre 1916. Le 4, il est grièvement blessé en entraînant sa section à l’assaut.

Pour en savoir plus sur cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Secteur_du_149e_R

Après une longue convalescence et un passage au dépôt divisionnaire, il est de nouveau affecté au 149e R.I..

En juillet 1917, le sous-lieutenant Gindre est choisi pour accompagner un groupe de soldats et le drapeau du régiment à Paris.

Ces hommes ont été désignés pour faire partie des délégations de régiments et de formations pour défiler derrière le général Augustin Dubail, durant la fête nationale du 14 juillet, dans les rues de la capitale, entre le cours de Vincennes et la place Denfert-Rochereau.

La photographie suivante, trouvée sur le site Gallica, montre deux soldats du 149e R.I. qui ont participé à cette cérémonie.

Revue_du_14_juillet_1917___Paris_147e_R

Si ces deux hommes nous offrent la certitude que le 149e R.I. était bien présent ce jour-là à Paris, l’agence Rol ne semble pas avoir de cliché du groupe du 149e R.I.. Par chance, nous disposons d’une vue partielle de la délégation du régiment spinalien centrée sur deux officiers, le lieutenant Husson derrière le drapeau et le sous-lieutenant Gindre à droite du cliché.

Revue_du_14_juillet_1917___Paris_149e_R

Le journal « Le Matin » publié le lendemain de l'événement parle de 134 drapeaux présents sur les lieux.

Le cliché suivant représente le sous-lieutenant Gindre posant devant le château de Vincennes.

Sous_lieutenant_Gindre_devant_le_chateau_de_Vincennes

Le 15 août 1917, le sous-lieutenant Gindre souhaite être titularisé dans son grade d’officier tout en restant affecté définitivement dans l’infanterie. Le lieutenant-colonel Boignes appuie sa demande en rédigeant l’avis suivant : « Officier très allant et plein de courage qui a donné un très bel exemple au feu. Est en outre très apprécié dans le commandement de sa section. Avis très favorable. »

Le 16 août, il passe devant le médecin aide-major Aimé Richard. Celui-ci estime que cet officier est de nouveau apte à reprendre ses services dans l’infanterie. La contre-visite faite par le médecin major de 1ère classe, Alexandre Briole, chef de service, valide le 1er diagnostic établi par son subordonné en écrivant : « Il est apte à faire un bon service comme officier de l’armée active. »

Le 25 août 1917, il est une nouvelle fois évalué par le lieutenant-colonel Boignes avec ce motif :

« Mérite, par son long stage comme sous-lieutenant à titre temporaire, d’être titularisé le plus tôt possible. A montré, sous un abord un peu rude, les plus solides qualités militaires : Ardeur, courage et dévouement.»

La date de sa titularisation n’est pas connue.

Le 149e R.I., qui n’a pas participé à une grande attaque depuis la fin de l’année 1916, est engagé dans la bataille de la Malmaison le 23 octobre 1917.

C’est au cours de cette offensive que le sous-lieutenant Gindre est mortellement blessé, touché à l’abdomen et à la cuisse gauche par plusieurs balles. Son décès est constaté dès son arrivée à l’ambulance 13/8.

Le sous-lieutenant Gindre avait pris le commandement de la 3e compagnie du régiment, après la mort du lieutenant Mouren et la blessure du lieutenant Malaizé.

Pour en savoir plus sur les évènements que se sont déroulés le 23 octobre 1917, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

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Le commandant de Chomereau de Saint-André, chef du 1er bataillon, nous donne, dans son témoignage, quelques indications sur les circonstances de sa mort.

« Le commandant en troisième de la 3e compagnie, le sous-lieutenant Gindre, qui, gravement contusionné par accident, la nuit précédente, a voulu faire l’attaque quand même, est tué à son tour. »

Le lieutenant Gindre est enterré au cimetière militaire de la commune de Sermoise, dans une tombe qui porte le n° 56.

Le corps de cet officier est exhumé le 9 mai 1923. La famille n’ayant pas demandé la restitution de son cercueil, il est transféré au cimetière national d’Ambleny, pour être placé dans une nouvelle sépulture, numérotée 464, située dans le carré A.

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Une habitante du village d’Eps du nom de Reine Martinage, fait une demande à la Croix Rouge Internationale pour savoir si le lieutenant Gindre aurait pu être fait prisonnier en septembre 1916. Elle renouvelle sa recherche auprès du ministère de la guerre le 30 juin 1919.

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Le lieutenant Gindre a obtenu les citations suivantes :

Cité à l’ordre de la Xe Armée n° 121 en date du 21 octobre 1915 :

« A fait spontanément plusieurs reconnaissances périlleuses en avant des lignes françaises les 25, 26 et 27 septembre 1915, vers Angres. A courageusement organisé une position conquise et a été blessé d’une balle à la tête le 27, au moment où il entraînait ses hommes à l’attaque.»

Cité à l’ordre de la 43e D.I. n° 121 en date du 17 avril 1916 :

« Excellent officier, plein d’allant, énergique et courageux. A donné le plus bel exemple de sang-froid et de courage à sa troupe, par son mépris du danger et son calme, la maintenant sous un violent bombardement pendant cinq jours. »

Citation à l’ordre du 21e C.A. n° 286 en date du 12 septembre 1916 :

« Officier de tout premier ordre, brave jusqu’à la témérité. Grièvement blessé le 4 septembre en entraînant sa section à l’attaque des positions ennemies. »

Citation à l’ordre de l’armée (publication dans le J.O. du 17 janvier 1918) :

« Officier d’un courage et d’un dévouement au-dessus de tout éloge. Déjà plusieurs fois cité à l’ordre, a été très grièvement blessé en se portant, avec sa section, à l’attaque des positions ennemies. »

Edmond Gindre est fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume le 10 juillet 1917.

Les noms et prénoms de cet officier et ceux de ses deux frères sont gravés sur le petit monument aux morts de la commune jurassienne de Montain, village où est née leur mère.

Cet homme est resté célibataire.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Fiche signalétique et des services provenant du site des archives départementales du Jura.

Le sous-lieutenant Gindre possède un dossier sur la base Léonore.

Pour le consulter, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_base_Leonore

La partie concernant le défilé du 14 juillet 1917 a été construite à partir de la lecture de divers articles trouvés sur le site « Gallica ».

La photographie de groupe du 147e R.I. provient également du site « Gallica ». Pour la consulter dans son format original, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

B

Le cliché de la sépulture du lieutenant Gindre a été réalisé par M. Lepage.

La photographie du monument aux morts de Montain a été trouvée sur le site « racine comtoise ».

Un grand merci à M. Bordes, à J. Baptiste, à A. Carrobi, à D. Gindre, à J. Huret, à M. Lepage, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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09 février 2018

Maurice Louis Beyssac (1892-1914).

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Enfance 

Le 11 octobre 1892, Jean Beyssac, accompagné de son père, Jean Baptiste Beyssac, puisatier de son métier, et du fleuriste Honoré Désiré Blin, se présentent devant l’officier de l’état civil de la ville de Colombes pour y faire enregistrer le nom de Maurice Léon Beyssac, né la veille.

Jean est alors âgé de 31 ans. Il travaille comme dessinateur dans une entreprise locale. Son épouse, Marie Louise Boucaud, qui a donné naissance à son deuxième enfant, est sans profession. Elle a 25 ans.

Le couple vit au 115 avenue de Gennevilliers (actuellement avenue de l’Agent Sarre) avec Antoinette Germaine, leur fille aînée et le petit Maurice. Deux autres enfants verront le jour quelques années plus tard.

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Marie Louise exerce pendant une courte période de sa vie le métier de couturière. Comme l’indiquent les actes de naissances des différents enfants, la famille déménage régulièrement. Elle finit par s’installer au numéro 35 de la rue Brochant dans le 17e arrondissement de Paris.

Jeunesse

Maurice a quitté l’école communale en maîtrisant les bases de la lecture, de l’écriture et du nombre.

Il choisit de s’engager professionnellement sur les traces de son père. Il entreprend des études qui vont lui donner accès au métier de dessinateur industriel, c’est l’emploi qui se trouve inscrit sur sa fiche signalétique et des services.

Sportif de très bon niveau, il est licencié dans l’équipe de rugby du Sporting Club Universitaire de France de Paris. Au début du vingtième siècle, ce club joue sur plusieurs stades, notamment sur le stade de Colombes où se déroulaient les matchs internationaux.

Maurice Beyssac fait partie des effectifs de l’équipe 2. Il occupe le poste d’arrière. La photographie suivante le montre parmi ses camarades.

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Ce cliché date de la saison 1911/1912. C’est probablement la première année où Maurice pratique son sport favori à ce niveau de jeu. En effet, son nom n'apparaît nulle part dans les archives du club pour les années précédentes.

Le 17 novembre 1912, le S.C.U.F. joue contre le Sporting Club de Vaugirard dans le cadre du championnat de Paris. Maurice Beyssac fait partie de l’équipe 1 qui gagne 6 points à 0.

17_novembre_1912___match_S

Au 149e R.I.

Inscrit sous le numéro 106 de la liste du canton du 17e arrondissement de Paris Maurice Beyssac est classé dans la première catégorie de la liste comme « Bon absent ». Il ne s’est probablement pas présenté devant le conseil de révision de l’arrondissement où il été recensé pour la dernière fois.

La lecture de sa fiche matricule nous apprend qu'il vit au Maroc, résidant à Casablanca, mais elle ne donne aucune explication à ce long voyage.

Incorporé au 149e R.I. à compter du 1er octobre 1913, l’ancien rugbyman de Colombes doit, de nouveau, traverser la Méditerranée pour rejoindre une des compagnies du régiment caserné à Épinal.

Malgré ses obligations militaires, il peut bénéficier de permissions spéciales qui vont lui permettre de retoucher au ballon ovale à un haut niveau.

Un article de presse datant du 14 décembre 1913, publié dans le journal « l’Aéro : organe hebdomadaire de la locomotion aérienne » évoque son éventuel retour au S.C.U.F. même s’il est resté éloigné du terrain depuis un long moment. Cette hypothèse se confirme à la lecture du même journal publié le lendemain. Son équipe est battue par le Stade Français, 6 à 0, sur le « ground » du stade des Princes, devant 6000 spectateurs.

Le journaliste sportif Léon Labarthe évoque Maurice Beyssac dans « l’auto » du 5 janvier 1914. Le joueur est de nouveau inscrit dans l’équipe du S.C.U.F. n°1 pour affronter l’équipe de Tarbes. L’arrière Beyssac est en grande forme, il fait un match remarquable. Les deux formations finissent à égalité, avec un score de 3 points partout.

5_janvier_1914___match_S

Parallèlement à sa carrière sportive, Maurice Beyssac suit les cours qui vont lui permettre de passer caporal. Il est nommé dans ce grade le 11 février 1914.

Le jeune homme est toujours sous les drapeaux lorsque le conflit contre l’Allemagne débute en août 1914. À cette époque, il est inscrit dans la liste des effectifs de la 7e compagnie du régiment, sous les ordres du capitaine Coussaud de Massignac.

Son engagement dans le conflit est de courte durée. En effet, le caporal Beyssac fait partie des toutes premières victimes du régiment le jour même où celui-ci est train de vivre son baptême du feu.

Le 9 août 1914, en fin de matinée, sa compagnie a l’ordre de protéger le drapeau. Elle reste un peu à l’écart des événements, à la disposition du colonel Menvielle.

La 4e compagnie du 149e R.I. débute le combat à 12 h 30, d’autres suivront… Ce n’est que vers 17 h 30 que la 7e est à son tour engagée dans l’attaque.

Le caporal Beyssac se retrouve inscrit dans la liste des disparus au combat du Signal de Sainte-Marie du J.M.O. du régiment.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant la journée du 9 août 1914, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Renclos_des_Vaches

Une enquête est demandée auprès du Comité International de la Croix Rouge. Ses proches cherchent à savoir s’il aurait pu être interné dans un des camps de prisonniers en Allemagne. Les recherches s’avèrent être négatives. La famille perd tout espoir de le retrouver vivant.

 

Fiche_Comit__International_de_la_Croix_Rouge__Maurice_Beyssac

 

L’après-guerre

Suite à une décision prise par le tribunal de la Seine le 23 avril 1920, le décès de cet homme est fixé à la date de sa disparition, le 9 août 1914.

Un 1er article de presse, paru dans le journal « le Gaulois » datant du 8 janvier 1922, évoque l’existence d’une sépulture au nom du caporal Maurice Beyssac.

Ce jour-là, le S.C.U.F. doit rencontrer les Lourdais qui font leur début devant le public parisien au cours d’un match comptant pour le championnat de France.

« Ce matin, l'équipe du S.C.U.F. se rendra, pour déposer une gerbe au cimetière de Colombes, où est inhumé Maurice Beyssac, ancien arrière du S.C.U.F., tombé au champ d’honneur. Les deux équipes  avant le match déposeront des palmes au pied du monument aux rugbymen morts pour la France. Monsieur Gaston Vidal, sous-secrétaire d’état et président du S.C.U.F. assistera à ces cérémonies et donnera le coup d’envoi du match qu’arbitrera Monsieur Bania. »

Un second article de presse publié le 1er août 1922 dans le journal « l’Homme libre » évoque de nouveau la tombe de Maurice Beysac.

« Ajoutons enfin qu’avant le match, l’équipe du S.C.U.F., se rendra au cimetière de Colombes, déposer une gerbe sur la tombe de Maurice Beyssac, l'excellent arrière du S.C.U.F. d’avant-guerre, tombé au champ d’honneur. Monsieur Gaston Vidal, sous-secrétaire d’état, président et ancien équipier du S.C.U.F., assistera à cette pieuse cérémonie. Il présidera ensuite le match et donnera le coup d’envoi ».

Difficile de savoir si la tombe de Maurice Beyssac existe encore de nos jours. A priori, non.

Après une recherche approfondie effectuée dans les registres du cimetière de la ville de Colombes, une sépulture a bien été retrouvée au nom de Beyssac. Il s’agit de la concession n°19179 qui a été, depuis, reprise et attribuée à une nouvelle famille. Seul, le grand-père paternel semble y avoir été inhumé en 1913. La grand-mère paternelle Mélanie Festin, décédée en 1886, n’est pas enterrée au côté de son époux. Aucune trace d’un dénommé Maurice Beyssac dans les archives du cimetière qui laisserait supposer que sa dépouille mortelle aurait été restituée aux siens juste après la guerre, pour être placée auprès de son grand-père.

Comme le prouve l’image suivante, il y a bien eu un monument dédié aux Rugbymen morts pour la France, érigé au stade de Colombes. Cet édifice commémoratif rendant hommage aux joueurs internationaux, le nom de Maurice Beyssac, n’y est donc pas inscrit. 

Monument_Federation_Fran_aise_de_Rugby_Aux_rugbymen_tombes_pour_la_patrie

Ce monument a disparu au cours d’une des nombreuses modifications du stade. La date exacte de sa destruction n’est pas connue.

Jusqu’à preuve du contraire, le caporal Beyssac serait le premier rugbyman jouant à ce niveau, à avoir été tué durant le 1er conflit mondial du 20e siècle.

Maurice Beyssac a été inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire à titre posthume (J.O. du 30 octobre 1919) avec la citation suivante :

« Excellent caporal, brave et consciencieux. Est tombé mortellement frappé, le 9 août 1914 à Sainte-Marie-aux-Mines. »

Cette inscription lui donne aussi droit à la Croix de guerre avec étoile de bronze.

Le nom de cet homme est inscrit sur l’une des deux plaques fixées à l'intérieur de l’église Saint-Leu dans le 1er arrondissement de Paris.

Maurice Beyssac est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Sources :

La photo carte de l’équipe 2 du S.B.U.F. saison 1911-1912 provient des archives du S.C.U.F. sous la responsabilité de F.Lazzerini.

Bien qu’il soit sur le cliché, il reste un doute pour que se soit bien Maurice Beyssac. En comparant cette photographie avec celles qui proviennent du site Gallica, nous pouvons remarquer quelques différences importantes sur les visages. Le nez est plus retroussé, fin et peu empâté, l’espace entre la bouche et le nez est important et la bouche plutôt moyenne. Le menton ne semble pas marqué par une fossette et les pommettes ne sont pas du tout prononcées. Il est difficile d’être affirmatif, car l’homme représenté sur cette photographie n’a pas été pris totalement de face, ce qui peut modifier la structure de son visage.

La photographie du monument  dédié aux Rugbymen morts pour la France du stade de Colombes fait également partie du fonds iconographique du S.C.U.F..

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Les différents articles de presse qui ont permis la reconstruction d’une partie de la carrière sportive de Maurice Beyssac ont été consultés sur le site « Gallica » de la bibliothèque nationale de France.

 

Pour les lire dans leur intégralité, il suffit de cliquer une fois sur les images suivantes :

18 novembre 1912

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5 janvier 1914

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Les photographies des équipes du S.C.U.F. proviennent également du site « Gallica ».

Pour les regarder dans leur format original, il suffit de cliquer une fois sur les images suivantes :

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La fiche matricule du caporal Beyssac a été consultée aux archives de Paris.

 Le site des archives de Paris ainsi que ceux de « Mémoire des hommes » et de « Généanet » ont été vus pour construire cette petite notice biographique.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à J. Horter, à F. Lazzerini, à B. Larquetou, à M. Porcher, à D. Gailhard et aux archives de Paris.

Je remercie plus particulièrement F. Lazzerini, responsable des archives et de l’histoire du S.C.U.F., B. Larquetou qui a effectué les recherches au cimetière de Colombes et D.Gailhard, spécialiste du rugby intervenant sur le forum « pages 14-18 », sans qui cette biographie n’aurait pas pu être aussi bien étoffée.

 

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16 février 2018

Paul Joseph Sévérac (1887-1918).

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Natif du village aveyronnais du Villaret, Paul Joseph Léon Sévérac voit le jour le 1er mars 1887.

À cette date, son père, Basile, exerce le métier de cultivateur. Sa mère, Marie Ester Ruas, entretient la maison familiale tout en élevant son fils. Les parents sont tous deux âgés de 31 ans.

Basile Sévérac doit faire quelques kilomètres pour se rendre à la mairie de Veyreau. Il se présente devant le maire de la commune, accompagné du cordonnier Justin Parguel et de l’instituteur, Albert Fabre, pour signer le registre d’état civil de la commune.

Les conditions sociales dans lesquelles vit la famille Sévérac sont certainement très rudes. Les trois sœurs aînées de Paul sont toutes décédées avant qu’il ne vienne au monde.

Deux autres garçons naîtront après lui, un seul survécut à la petite enfance.

Paul n’a probablement pas été très longtemps à l’école, peut-être même qu’il ne l’a pratiquement pas fréquentée. Une certitude, c’est qu’il ne sait ni lire, ni écrire, ni compter.

Comment peut-on expliquer ce manque d’instruction alors que l’enseignement primaire est devenu obligatoire depuis la loi du 28 mars 1882 ?

Est-il dû à un absentéisme lié à une santé précaire comme le laisse supposer la lecture de sa fiche signalétique et des services ? Est-il dû à un absentéisme lié au travail à la ferme pour aider la famille ? D’autres raisons peuvent être évoquées, mais les réponses restent bien évidemment inconnues faute de sources complémentaires.

Paul doit se présenter devant le conseil de révision de la commune de Peyreleau, l’année de ses vingt et un ans. Nous sommes en 1908. Le jeune homme se retrouve classé dans la 5e catégorie de la liste pour faiblesse. Il obtient également le statut de soutien de famille. Ajourné, il doit de nouveau être examiné en 1909. Cette fois-ci, il est déclaré bon pour le service armé. Appelé en même temps que la classe 1908, cet Aveyronnais doit faire deux ans de service actif.

Paul Sévérac se met en route le 7 octobre 1909 pour aller remplir ses obligations militaires. Arrivé au corps le lendemain, il intègre une compagnie du 142e R.I..

Il est impossible de savoir dans quelle ville s’est rendu le jeune homme. En effet, le 142e R.I. possède des casernes à Mende et à Lodève.

De constitution assez fragile, le soldat Sévérac est réformé n° 2 le 1er avril 1911 par la commission spéciale de Mende qui vient de lui diagnostiquer une orchite tuberculeuse. Il peut rentrer chez lui avec le certificat de bonne conduite accordé.

Au vu de la symptomatologie découverte, de retour à la vie civile, il imagine en avoir terminé avec la question militaire, mais c’est sans compter sur les évènements qui vont précipiter la France dans un conflit international quelques années plus tard.

La mobilisation générale, qui a lieu en août 1914, ne va pas le concerner directement. En effet, les réformés ne sont pas mobilisables. Toutefois, face à l’hécatombe des premiers mois de guerre, tous les exemptés et réformés doivent repasser devant un conseil de révision. Les médecins ont reçu la mission de vérifier si l’état de santé de ces hommes permet ou non le port de l’uniforme, soit en restant dans des tâches subalternes (services auxiliaires) soit pour être envoyés au front (service armé). Paul Sévérac doit donc, le 18 décembre 1914, se présenter au conseil de révision qui le déclare « bon service armé ».

Il rejoint le dépôt du 139e R.I. à Aurillac le 25 février 1915, avant d’être muté au 174e R.I. le 27 juin 1915.

Le 2 mars 1916, Paul Sévérac est légèrement blessé à la cuisse gauche. À cette période, sa compagnie se trouve dans le secteur de Vaux près de Verdun.

Rapidement soigné, il est affecté dans une nouvelle unité. Le soldat Sévérac intègre le 149e R.I. le 18 avril 1916. Ce régiment est en train de recomposer ses effectifs après avoir été mis à mal dans le secteur du fort et de l’étang de Vaux.

Il y a de fortes probabilités pour que Paul Sévérac ait participé à la bataille de la Somme dans les villages de Soyécourt et à Déniécourt, en septembre 1916 et à celle de la Malmaison en octobre 1917.

Une seconde blessure par balle, reçue le 29 mai 1918 près d’Arcy-Sainte-Restitue, l’oblige à vivre une seconde évacuation.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette période, il suffit de cliquer une fois sur la carte suivante.

Carte_journee_du_29_mai_1918

La date de son retour au front n’est pas connue. Affecté à la 6e compagnie du 149e R.I., il est grièvement intoxiqué à l’ypérite le 30 juillet 1918. Son régiment est en Champagne dans un secteur particulièrement agité du côté du trou Bricot.

Paul Sévérac décède le 5 août 1918 à l’H.O.E. d’Avre.

Le soldat Sévérac repose actuellement dans la nécropole nationale « Pont-de-Marson à Minaucourt-le-Ménil-lès-Hurlus. Sa sépulture porte le n° 6825.

Sepulture_Paul_Severac

Paul Joseph Léon Sévérac est resté célibataire et n’a pas eu de descendance.

Le nom de cet homme est inscrit sur le monument aux morts de la commune aveyronnaise de Veyreau.

Selon le livre d’or de l’Aveyron rédigé par Émile Vigarié, Paul Sévérac a été décoré de la Médaille militaire et a obtenu une citation à l’ordre de l’armée.

« Soldat courageux, ayant un haut sentiment du devoir. Gravement intoxiqué, est resté à son poste jusqu’à l'arrivée des renforts.»

Sources :

Le portrait du soldat Paul Sévérac provient du tome II du livre d’or de l’Aveyron publié sous les auspices du conseil général, et sous la direction du comité de renseignements aux familles, rédigé par Émile Vigarié. Rodez imprimerie Georges Subervie. 1922.

Les informations concernant ce soldat ont été extraites de sa fiche signalétique et des services consultée sur le site des archives départementales de l’Aveyron, de sa fiche individuelle visualisée sur le site « Mémoire des Hommes » et du livre d’or de l’Aveyron.

La généalogie du soldat Sévérac peut se consulter en cliquant une fois sur l’image suivante.

Geneanet

La photographie de la sépulture de Paul Joseph Sévérac a été réalisée par É. Menez.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à É Menez, au Service Historique de la Défense de Vincennes et aux archives départementales du département de l’Aveyron.

 

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