12 janvier 2018

Charles Marcel Auvert (1890-1917).

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Originaire du Loir-et-Cher, Charles Marcel Auvert voit le jour le 17 décembre 1890 à Romorantin, une sous-préfecture placée en plein cœur de la Sologne. À sa naissance, son père,âgé de 44 ans, occupe un poste administratif important. Il est conservateur des hypothèques. Sa mère, Marguerite Pilastre,  qui a trente ans, n’exerce pas de profession.

Après la communale, le collège et le lycée, Marcel entreprend des études supérieures. Une fois devenu bachelier, il se rend à Paris pour commencer des études à la faculté de droit.

Jeune soldat appelé de la classe 1910 de la subdivision de Cholet, il est appelé à l’activité le 7 octobre 1911 pour le service militaire. Le jour même, il doit rejoindre le 114e R.I., un régiment du département des Deux-Sèvres qui a son dépôt à Parthenay, et dont l’histoire est étroitement rattachée à la ville de Saint-Maixent. La formation universitaire de Marcel s’arrête en 2e année.

Le fait d’avoir fait des études lui offre certainement le droit d’entreprendre la formation de caporal en tant qu’appelé sous les drapeaux. Il est nommé dans ce grade le 11 avril 1912. Le 27 septembre, il peut coudre ses galons de sergent sur son uniforme.

Maintenu sous les drapeaux par l’application de l’article 33 de la loi du 31 mars 1905, Marcel Auvert est envoyé dans la réserve, le 8 novembre 1913, avec son certificat de bonne conduite en poche.

Rayé des contrôles, il se retire à Gennes, une petite commune du Maine-et-Loire où ses parents ont élu domicile. L’histoire ne dit pas si Marcel a eu l’intention de reprendre ses études de droit. De retour à la vie civile, il reste affecté au régiment d’infanterie de Parthenay en tant que sergent réserviste.

Lorsque le conflit contre l’Allemagne éclate en août 1914, le jeune Auvert se retrouve mobilisé dès le 2 du mois. Descendu à la gare de Parthenay le lendemain, il traverse une bonne partie de la ville à pied en compagnie de nombreux rappelés, pour rejoindre la caserne Allard. Habillé et équipé, il retrouve ses anciens galons de sous-officier. Les automatismes de la fonction sont vite retrouvés, la formation militaire n’est pas si lointaine que cela.

Le 9 septembre, Marcel Auvert est blessé dans le secteur de Connantray durant les combats qui se déroulent dans le secteur de la Fère-Champenoise. Atteint de trois balles de shrapnels aux deux jambes, il est évacué vers l’arrière.

La date de son retour au front n’est pas connue.

Le 12 novembre, son régiment combat en Belgique dans le secteur de Zonnebeke. Le sergent Auvert est de nouveau atteint dans sa chair. Cette fois-ci, il est frappé par un éclat de grenade à la main droite. Malgré cette blessure, certainement qualifiée de légère par le médecin du poste de secours, il reste au régiment.

Le 4 février 1915, il est blessé pour la troisième fois dans le secteur d’Ypres. Le détail des circonstances de sa blessure montre quel type d’officier il est : chargé de diriger l’utilisation d’un mortier de tranchée, c’est en observant le résultat du tir qu’il est touché par une balle à la tête. Cette blessure conduit à une nouvelle évacuation vers l’arrière. Cette fois-ci, c’est beaucoup plus grave, il doit subir une trépanation dont il gardera des séquelles.

De retour au dépôt, il entreprend, peu de temps après, une formation qui doit lui permettre de gravir les échelons de la hiérarchie. Le sergent Auvert obtient le certificat d’aptitude à l’emploi de chef de section le 26 mai 1915.

Le commandant Manjou, responsable du dépôt du 114e R.I., écrit une petite note résumant son parcours au 114e R.I. dans un mémoire de proposition : « Sous-officier intelligent, vigoureux, a commandé au front une section de troupe, une section de mitrailleuses. A été blessé trois fois et cité à l’ordre de l’armée. Médaillé militaire, a obtenu le certificat d’aptitude de chef de section. Apte à faire campagne. Fera un très bon sous-lieutenant de réserve. »

Ce texte contribue certainement à sa nomination au grade de sous-lieutenant de réserve à titre temporaire, suite à une décision ministérielle datant du 27 juin 1915. Il est muté au 149e R.I. aussitôt après cette promotion. Le jeune officier rejoint le front d’Artois, pour y intégrer le régiment qui combat dans cette région depuis la fin de l’année 1914. Il se présente au lieutenant-colonel Gothié, responsable du régiment, qui l’affecte à une compagnie de mitrailleuses. Le 20 septembre 1915, il est confirmé à titre définitif dans son grade de sous-lieutenant.

Cinq jours plus tard, il participe à l’attaque du 25 septembre 1915 avec sa compagnie.

Toujours dans l’idée de se perfectionner, ce jeune officier accomplit un stage à l’école de grenadiers anglais du 19 au 22 décembre 1915.

Le 12 février 1916, il est affecté à la 2e compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. quelques semaines avant que son régiment ne se retrouve engagé dans la bataille de Verdun.

Après avoir combattu dans le secteur du village de Vaux-devant-Damloup, avec le bataillon Magagnosc, il est évacué le 2 avril pour commotion cérébrale. Le sous-lieutenant Auvert a été une nouvelle fois touché à la tête, ce qui ravive les séquelles de sa précédente blessure. Son chef de bataillon note d’ailleurs qu’il souffre horriblement.

Le 8 avril 1916, il est promu lieutenant à titre temporaire, par décision du général commandant en chef.

Allant mieux, le lieutenant Auvert rejoint le corps le 3 mai 1916 pour être affecté au commandement de la 2e compagnie de mitrailleuses, son ancienne unité.

Il bénéficie d’une permission du 27 septembre au 7 octobre 1916, après que son régiment ait participé à la bataille de la Somme dans les secteurs de Soyécourt et de Déniécourt.

Son retour au front ne fut pas ce qu’il imaginait. Il n’aura d’ailleurs de cesse de vouloir retourner aux tranchées. En effet, un avis médical est formel, il n’est plus apte pour la 1ère ligne.  Marcel Auvert est promu lieutenant de réserve à titre définitif par décret présidentiel le 24 octobre 1916. De retour dans la zone des armées, il est envoyé au dépôt divisionnaire de la 43e D.I.  à partir du 21 novembre 1916, pour y  prendre le commandement de la 12e compagnie du 149e R.I..

Bénéficiant d’une excellente maitrise de son ancienne arme, il est amené à diriger l’école du centre d’instruction des mitrailleuses de la 43e D.I. entre le 8 et le 31 janvier 1917. Il reste peu de temps à ce poste. Après une permission du 2 au 14 février 1917, le lieutenant Auvert quitte le dépôt pour rejoindre la 5e compagnie de son régiment le 23 mars 1917.

Blessé accidentellement le 17 juillet 1917, il est, pour la 4e fois, évacué vers l’arrière, pour être soigné à l’hôpital temporaire n° 21 de Forges-les-Eaux jusqu’au 19 août. Cet officier bénéficie ensuite d’une permission de 7 jours avant de rejoindre son régiment au 1er septembre.

Durant cette période, le lieutenant-colonel Boigues dit de lui :

« Officier qui, malgré de graves blessures, à voulu à toute force revenir sur le front. Est chef dans une compagnie où il rend d’excellents services, mais il serait bien mieux à sa place dans le commandement d’une compagnie de mitrailleuses où il excelle. On peut absolument compter sur le lieutenant Auvert en toute circonstance. Il a dernièrement secondé avec autant d’activité que d’intelligence le commandement dans l’organisation d’un dispositif de défense. »

Le 26 septembre 1917, il prend le commandement de la 5e compagnie. De retour au front une nouvelle fois, il a réussi, sans que l’on sache comment, à reprendre sa place dans une unité combattante. Le 26 septembre, il prend le commandement de la 5e compagnie.

Cette unité est désignée pour assurer le rôle de compagnie de nettoyeurs de tranchées, durant l’attaque de la Malmaison, le 23 octobre 1917. C’est au cours de cette bataille que le lieutenant Auvert est blessé.

Très sévèrement touché, il décède à l’Ambulance 13/8 le jour même, atteint par plusieurs éclats d’obus à l’abdomen et à la poitrine.

Le lieutenant Auvert est enterré dans le petit cimetière de Sermoise dans une sépulture individuelle qui porte le n° 59. Le 9 mai 1923, un compte-rendu d'exhumation nous apprend que son corps a été transféré au cimetière national d’Ambleny, dans le carré A. Sa nouvelle tombe est enregistrée sous le n° 461.

Sepulture_Charles_Marcel_Auvert

Le lieutenant Auvert a obtenu les citations suivantes :

Citation à l’ordre de l’armée en date du 4 février 1915 : (Publication dans le J.O. du 6 mars 1915) :

« Chargé spécialement du maniement d’un mortier, a su, grâce à son ingéniosité et à une activité inlassable, tirer de cet engin le parti le plus efficace ; a été grièvement blessé d’une balle à la tête au moment où il observait les effets des projectiles qu’il lançait dans les tranchées ennemies. »

Citation à l’ordre du Xe Armée n° 227  en date du 20 septembre 1916 : (Publication dans le J.O. du 6 mars 1915).

« Commandant de compagnie de mitrailleuses des plus actifs et des plus entreprenants. Constamment sur la brèche en 1ère ligne pour faire la reconnaissance, sous les tirs de barrage les plus violents, des emplacements successifs  à occuper par sa section.

A fait de sa compagnie, une unité de premier ordre où chacun est animé de l’esprit de sacrifice le plus absolu. A fait preuve, en toutes circonstances, des plus solides qualités de commandement, d’énergie et de sang-froid, notamment en mars et avril 1916, où il a été blessé pour la quatrième fois, et, en dernier lieu, pendant les attaques des 4, 5 et 6 septembre 1916. »

Citation à l’ordre de l’armée (publication dans le J.M.O. du 17 janvier 1918) :

« Commandant de compagnie d’un entrain et d’un courage remarquables ; désigné avec sa compagnie pour le nettoyage des tranchées conquises à l’attaque du 23 octobre 1917, l’a brillamment entraînée à l’assaut sous les rafales de tirs de mitrailleuses et est tombé glorieusement dans l’accomplissement de sa mission. »

Cet officier a également été décoré de la Médaille militaire prenant rang à compter du 11 février  1915. (Publication dans le J.O. du 19 février 1917). Croix de guerre ratifiée, même motif que pour la citation du 11 février 1915.

Monument_aux_morts_de_Gennes

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Livre d’or de la faculté de droit de Paris guerre 1914-1918. Paris, 1925.

La photographie du monument aux morts de Gennes a été réalisée par P. Spriet.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à T. Cornet, à M. Porcher, à P. Spriet et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

Posté par amphitrite33 à 06:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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